Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine, originalité des industries à quartzites - article ; n°10 ; vol.85, pg 291-303

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1988 - Volume 85 - Numéro 10 - Pages 291-303
RESUME : Le Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine est relativement mal connu, et le nombre des sites stratifiés encore trop peu élevé pour en traduire l'évolution. Par contre, les gisements de surface sont nombreux, mais d'interprétation moins crédible, de par leur condition de découverte. La région sud de Nancy a livré plus de 65 000 artefacts, répartis sur 227 sites de plein air. Parmi ceux-ci, une série de gisements archaïques dominés par l'abondance des galets aménagés. Ils viennent de faire l'objet d'une thèse (Diplôme de recherches doctorales) par l'auteur, à l'aide de plusieurs méthodes originales complémentaires.
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1988
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André Janot
Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine, originalité des
industries à quartzites
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1988, tome 85, N. 10-12. pp. 291-303.
Résumé
RESUME : Le Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine est relativement mal connu, et le nombre des sites stratifiés encore
trop peu élevé pour en traduire l'évolution. Par contre, les gisements de surface sont nombreux, mais d'interprétation moins
crédible, de par leur condition de découverte. La région sud de Nancy a livré plus de 65 000 artefacts, répartis sur 227 sites de
plein air. Parmi ceux-ci, une série de gisements archaïques dominés par l'abondance des galets aménagés. Ils viennent de faire
l'objet d'une thèse (Diplôme de recherches doctorales) par l'auteur, à l'aide de plusieurs méthodes originales complémentaires.
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Janot André. Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine, originalité des industries à quartzites. In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1988, tome 85, N. 10-12. pp. 291-303.
doi : 10.3406/bspf.1988.9861
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1988_hos_85_10_9861291
Paléolitnique inférieur et moyen
de Lorraine,
originalité des industries à quartzites
par A. Janot
227 sites de plein air. Parmi ceux-ci, une série de
gisements archaïques dominés par l'abondance des
galets aménagés. Ils viennent de faire l'objet d'une
thèse (Diplôme de recherches doctorales) par l'au
teur, à l'aide de plusieurs méthodes originales comp
lémentaires.
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Fig. 1 - La région « Lorraine », composée de quatre départements : la
Meurthe-et-Moselle, la Meuse, la Moselle, les Vosges.
RESUME :
Le Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine
est relativement mal connu, et le nombre des sites
stratifiés encore trop peu élevé pour en traduire
l'évolution. Par contre, les gisements de surface sont
nombreux, mais d'interprétation moins crédible, de
par leur condition de découverte. La région sud de
Fig. 2 - Principale zone de prospection de la région Sud de Nancy. Nancy a livré plus de 65 000 artefacts, répartis sur 292
a été observé à l'intérieur des terres (Thévenin, 1979-
INTRODUCTION 1981 ; Janot, 1980-1982, 1983 a, 1986 b).
Les Paléolithiques se sont installés sur les format
ions quaternaires grossières, riches en matières
premières, et plus spécialement sur le tracé de Le Paléolithique inférieur et moyen de Lorraine,
s'il n'est pas totalement ignoré (Baroth, 1969 ; Janot, thalwegs d'érosion, traversant le plateau d'Est en
Ouest. 1983-1986), reste cependant une période assez diffi
cile d'approche sur bien des plans.
a) Mauvaise conservation des formations quater
naires.
b) Pénurie de sites stratifiés. MATERIAUX UTILISES c) Nature des matériaux employés (quartzite,
quartz).
d) Manque d'enthousiasme à rencontre de cette
période ; donc peu de synthèses. Ce sont les galets de quartzite roulés qui ont eu la
faveur des Préhistoriques, suivis des galets de quartz, L'essentiel des informations est connu par les
puis dans les phases finales de l'Acheuléen, on récoltes de surface, même si de ce fait, elles restent
observe l'apport de quelques pièces manufacturées entachées d'une marge d'erreur, impossible à est
en ch aille et silex. imer.
Les chailles proviennent des secteurs de Neufchâ- Par ailleurs, la région sud de Nancy reste la seule à
teau, Toul ; Saint-Mihiel ; gisements situés dans un receler des industries archaïques abondantes, elles
rayon de 70 km. Un biface en silex blond, cachalonné n'ont pas d'équivalence connue actuellement dans
blanc porcelaine, pourrait provenir de Champagne, l'Est de la France.
sinon même de Bourgogne. Les comparaisons sont donc à rechercher bien au-
delà de la région et ne facilitent guère les rapproche
ments.
Ce sont les découvertes sur les hautes terrasses du
LES PERIODES REPRESENTEES Roussillon qui sont les plus ressemblantes (cf. de
Lumley, 1976 ; Collina-Girard, 1986).
Toutes les grandes divisions allant du Haut Moyen
Age à PAbbevillien sont représentées par quelques
vestiges. Néanmoins c'est le Paléolithique inférieur
POSITION DES SITES qui est le plus abondant, avec une quarantaine de
sites pour 10 000 artefacts.
Dans le cadre de notre mémoire, nous avons
particulièrement voulu favoriser les très hautes pé
riodes, et notre choix s'est porté sur le plateau de
ORIGINALITE DES INDUSTRIES A QUART- Flavigny-Ceintrey (fig. n° 2).
ZITES
Il est recouvert d'un manteau d'alluvions fluvio
glaciaires, attribuées au Giinz (Theobald et Gardet,
1935).
L'originalité réside dans la fréquence des galets Elles contiennent par ailleurs des artefacts roulés aménagés et leur calibre, parfois inusité (un pebble- que nous estimons contemporains, et sur lesquels tool de 4,600 kg est connu), par la composition des nous reviendrons (Thévenin, 1979). ensembles culturels, archaïsants. Abondance des
Le niveau altimétrique moyen est de l'ordre de racloirs, pénurie des outils dits « du Paléolithique
90/100 m relatifs, la puissance des formations quater supérieur », rareté des bifaces (3 % de l'outillage en
général). naires variant de 0 à 2,60 m d'épaisseur (thalwegs
d'érosion - dépressions). Dans la pebble-culture, deux sites (nos 163-164)
contiennent respectivement 79 et 82 % de galets Les sites préhistoriques ont été découverts pour
une faible partie en bordure de plateau (Goury, aménagés sur le total outillage. Ce taux atteint
encore 30 à 37 % sur les sites 29 et 158 attribués à 1914 ; Bouillon, 1965), mais l'essentiel des gisements 293
l'Acheuléen supérieur. Il ne s'agit là ni d'un phéno Après 20 années de prospections en Lorraine et la
mène isolé, ni d'une aberration, mais cela constitue récolte de milliers d'artefacts, un certain nombre de
l'un des problèmes d'interprétation de ces industries. critères sélectifs ont vu le jour au fil des ans, auxquels
nous avons parfois apporté quelques modifications L'analyse de 5 000 artefacts pour notre mémoire a nécessaires. nécessité la recherche de méthodes inédites adapt
ées, afin d'affiner au mieux les solutions envisagées. La méthode du regretté F. Bordes (Bordes, 1955),
si elle rend d'inestimables services dans l'analyse des Il a fallu innover et s'éloigner des sentiers battus, industries sur éclat, doit être complétée ici par une quitte à ne pas être toujours suivi dans nos dé étude conjointe des galets aménagés (fig. 7). marches.
Ceci nous a permis d'établir une chronologie
relative ; elle se démarque totalement des industries
contemporaines sur silex, recueillies en d'autres
régions (cf. Actes du Colloque International de Lille,
4-6 septembre 1984 — 22e Congrès Préhistorique de METHODES D'ANALYSE France).
Les méthodes employées sont les suivantes (en
dehors de celle du Pr F. Bordes (fig. 8). Avant de rechercher les méthodes d'approche, il
1) Calcul des taux de galets aménagés par rapport nous a fallu tenir compte des diverses découvertes de
à l'outillage sur éclat, puis sur le total artefacts, non la région, de leur position altimétrique relative, de la
compris les déchets (cf. fig. 9). composition des ensembles industriels.
2) Grilles morphométriques pour les deux types
de support (galet-éclat) (fig. 3-4).
3) Histogrammes des composants industriels des
stations retenues pour l'étude (galets aménagés,
outils sur éclat, éclats bruts, nucleus).
4) Fréquence et importance des plages corticales
résiduelles, tant sur la face supérieure des éclats que
sur leur talon. Transcription de ces données au
moyen de codes graphiques, introduites dans un
histogramme binaire et biparti : a) pour la face
suypérieure et les talons, b) à l'usage des éclats bruts
et retouchés (cf. fig. 10).
5) Rapport éclats/nucléus, transcription des résul
tats par histogramme. Le principe permet de visuali
ser très rapidement les données, tout en étant moins
abstrait que des séries de chiffres.
Ces méthodes ont été appliquées systématique
ment à toutes les stations étudiées dans le mémoire,
hormis les grilles morphométriques et la méthode
Bordes, réservées à quelques sites privilégiés.
Il est bien évident que l'absence de tout autre
information (faune, flore, stratigraphie) a nécessité
l'utilisation massive de pourcentages et d'hist
ogrammes.
Les galets aménagés
Nous avons vu au paragraphe « Originalité des
industries à quartzites » les taux élevés atteints par Bifaces A Chopping-tools • Choppers
ces outils, de types variés, et parfois de poids
respectable. Le site n° 164 classé abbevillien, n'a-t-il Fig. 3 - Grille morphométrique des bifaces et galets aménagés du site 163
(Pebble-Culture). pas livré 70 kg d'artefacts en 1984 et 80 kg en 1987, 294
pour un peu plus de 200 objets ? Il y a une sélection Comme l'ont démontré les expérimentations de
Semenov - Vaughan - Keeley et bien d'autres (Vau- évidente des supports de fort calibre, comme en
témoignent les grilles morphométriques. ghan, 1983 ; Keeley, 1978), les racloirs ont travaillé
sur du bois le plus souvent. Il semble logique Nous n'avons pas tenté de classer ces outils suivant d'assimiler les racloirs concaves à la confection de la typologie de B. Biberson, car un certain nombre gourdins, javelots, épieux de section convexe, encore de ceux-ci ne correspondent pas aux définitions qu'ils ne se limitent sans doute pas à ces seuls requises, ou non décrits dans cette typologie (les instruments de chasse. outils doubles par exemple). Aussi avons-nous mis au
point une classification sommaire. Elle permet
d'observer par exemple une fréquence plus élevée Les éclats levallois des types double et abrupt, dans les phases les plus
anciennes.
Ils apparaissent assez tardivement dans notre proLes bifaces, par commodité, ont été rangés avec les vince, et semble-t-il, à la fin du RISS et en petit galets aménagés, car réalisés à 75 % sur bloc (galet). nombre. Ce taux est bien plus élevé dans les hautes périodes.
Cependant le débitage de type moustérien (débi- Les galets aménagés atteignent leur maximum de
tage centripète), est ici très précoce, encore que mal technicité à l'Acheuléen moyen, leur déclin s'amorce
par la suite, tant sur le plan technologique que par affirmé, dès le Cromérien inférieur. Curieusement,
les Paléolithiques ne semblent pas avoir eu un réel leurs taux. Ceux-ci constituent encore cependant 8 à
10 % des outils au Moustérien, ce qui est énorme, souci d'exploiter cette technique afin d'en obtenir des
éclats levallois. comparativement aux pourcentages connus ailleurs
(cf. de Lumley, 1976). On rencontre néanmoins des gisements à débitage
levallois, dans les phases finales de l'Acheuléen
supérieur et au Moustérien (Janot, 1983 b). Les éclats
Ces sites ne sont pas analysés dans le cadre du
présent mémoire, car extérieurs à la zone d'étude
Ils n'atteignent pas 25 % du mobilier recueilli sur que nous nous étions fixée.
les deux sites abbevilliens (nos 163-164), 70 à 74 %
Il est donc possible de suivre l'évolution de l'outild'entre eux ont été utilisés. Ce sont des éclats trapus,
lage sur éclat, à l'aide de deux moyens complémentépais et corticaux, ils témoignent d'une faible exploi
aires que sont la technique et la technologie. tation des nucleus. Il y a 30 à 40 % d'entames, ce
type d'éclat a d'ailleurs été largement utilisé comme Il est par contre impossible de leur assigner une
support d'outil (par exemple les sites 160-161). datation sûre, faute de site de référence régional, lui-
même bien calé chronologiquement. Ce phénomène se retrouve jusqu'au Moustérien,
où les racloirs transversaux sont très fréquemment Cette situation est d'autant plus complexe qu'un
réalisés sur des entames de galet. certain nombre d'outils évolués, dits « du Paléolithi
que supérieur », sont sous-représentés ou absents, La majorité des éclats est supérieure à 5 cm de
tels : grattoirs et burins. On peut y adjoindre les long, mais c'est à l'Acheuléen moyen que l'on
pointes de Tayac et de Quinson, les limaces, raclettes rencontre des dimensions supérieures, comprises
et tranchets moustériens ; les couteaux et denticulés entre 10 et 15 cm.
sont également peu fréquents.
Encore que le quartzite ne se prête guère de par sa
texture, à la réalisation de grands supports, ces pièces
semblent par ailleurs obtenues sur enclume dor Les nucleus
mante, comme l'expérimentation nous l'a confirmé.
Ils constituent de 17 à 30 % du total mobilier, non
compris les déchets. Ces fluctuations résultent de Les outils sur éclats
plusieurs causes comme nous avons pu le démontrer
à l'aide des histogrammes, complétés par l'informa
tion « de visu » fournie par les sites eux-mêmes. La panoplie d'outils est assez restreinte dans les
hautes périodes, elle comprend surtout des racloirs Les nucleus ont été catalogués en 6 catégories et sur face plane, des simples concaves, des encoches. cela systématiquement pour l'ensemble des 20 sites Les racloirs restent l'outil primordial en Lorraine où étudiés. leurs taux sont compris entre 40 et près de 80 %,
mais le plus souvent supérieurs à 50 % des outils sur Pour leur transcription en histogramme, nous
éclat. avons réduit à 3 le nombre des catégories : 1) les 295
Les galets de quartz ont été rapportés d'un placage discoïdes non préparés, 2) les préparés, 3) tous les
autres (fig. 10). fluvio-glaciaire, distant de moins d'un kilomètre, ils
entrent pour 83 % des outils alors que ceux-ci ne On aurait logiquement pu s'attendre à obtenir une figurent que pour 14 % du mobilier recueilli... pyramide régulière, avec une augmentation progress
ive de la classe des discoïdes préparés, et ce au Par contre, les déchets voient leur taux passer à
74,5 % de l'ensemble, et les galets aménagés 6,2 % détriment des deux autres. Il n'en est rien, et
quelques anomalies sont apparues dans cet hist du mobilier, déchets ôtés.
ogramme, qu'il a été facile d'expliquer dans
certains cas (sites ateliers nos 160-161).
Site 207, Voinémont L'abondance relative de discoïdes préparés s'expli
que au moins de trois façons :
Croupe orientée N.-N.-O., quelques traces de 1) site atelier : directement en relation avec une colluvions argilo-siliceuses. Le mobilier est composé source de matières premières abondantes. de 79 % de quartz pour 21 % de quartzite.
Cela se traduit par un excédent de nucleus (supé Le quartz a produit 67,8 % de déchets pour rieur à 25 % du mobilier) et un déficit d'éclats, les seulement 13,3 % d'outils sur éclat. meilleurs de ceux-ci ont été emportés ailleurs.
Le quartzite, quant à lui, fournit 36,8 % d'outils 2) site pauvre en matières premières : préparation sur éclat, pour seulement 13 % de déchets. et débitage plus marqués de la matière disponible
(site n° 35). Matières confondues, le quartz représente 58 %
des outils, le quartzite 42 %. Les matériaux ont été 3) site sans matières premières locales ; les galets apportés probablement de plusieurs kilomètres. ont été rapportés d'une terrasse ou d'un placage
L'outillage n'a pas encore été décompté selon la fluvio-glaciaire plus ou moins proche. Un choix très
sérieux des supports a été opéré, suivi d'une préparat méthode « Bordes » mais comprend une forte pro
ion puis d'une exploitation très rationnelle des portion d'encoches, quelques racloirs convergents,
nucleus. Ce dernier cas est bien connu dans le secteur des burins et grattoirs. Ces derniers, de type diminut
de Tonnoy et concerne des sites moustériens. if, ont été réalisés préférentiellement sur des éclats
de quartzite trapus, et ne sont pas sans rappeler les Une autre anomalie apparaît au site 158 (acheu- grattoirs-museau de l'Aurignacien. Il est sans doute léen supérieur), alors que nous devrions avoir là un trop tôt pour en faire une analyse exhaustive, mais maximum de discoïdes préparés, l'emploi d'un cer c'est la première fois qu'ils sont rencontrés en tain contingent de quartz comme matériau, fausse Lorraine. tous les calculs, puisqu'il est assez rare de pouvoir en
La récente publication de G. Onoratini (G. Onora- obtenir un discoïde.
tini, 1986) nous apporte des informations très préIl n'en reste bien souvent qu'une masse informe, cieuses pour cette séquence charnière, qu'est l'avèneclassée avec les nucleus divers. Ce choix du quartz va ment du Paléolithique supérieur. d'ailleurs s'accentuer au cours du Moustérien et pour
quelques sites — seulement — Bien que ce problème Le choix préférentiel du quartz n'est pas sans poser
une double question. Pourquoi et pour quels n'ait été abordé dans notre mémoire, il nous semble
important d'y faire allusion car représentatif d'un usages ?
faciès bien particulier et assez tardif. Ce choix est déjà sensible à la fin de l'Acheuléen
supérieur et le problème est de savoir si le quartz
Les sites à quartz répond à un réel besoin nouveau, à la ténuité de son
tranchant ou son aspect esthétique. Une pointe
moustérienne est connue dans cette matière dans la Un certain nombre de gisements moustériens sont région, des perçoirs, raloirs multiples, couteaux égaconstitués presque exclusivement d'outillage sur lement. quartz, à nette tendance microlithique. S'il paraît
encore prématuré d'en faire une étude exhaustive, il La miniaturisation annonce de toute évidence des
changements profonds, soit dans les modes de vie et est cependant possible de fournir quelques indica
tions. de subsistance, soit dans le choix du gibier poursuivi
et de l'équipement de chasse qui lui est propre.
Site 189, Fléville- devant-Nancy Il peut tout simplement s'agir des premiers « Sa
piens Sapiens » apportant leurs techniques nouvelles.
II est situé sur une croupe exposée au S.-O., avec La poursuite des recherches ne peut que confirmer
quelques lambeaux de colluvions argilo-siliceuses. cette impression. 296
Afin de bien préciser les méthodes employées dans Les bifaces :
l'élaboration de notre mémoire, nous donnons à
présent l'analyse type d'un site de la pebble-culture
Il s'agit de 2 proto-bifaces partiels *. L'un est (n° 163, Flavigny).
réalisé sur un galet plat, à grands éclats.
Il conserve de très larges plages corticales.
Station n° 163 F/flVigny,Abbevillien ou Pebble- Le second a été sommairement obtenu à partir Culture d'un gros éclat épais (entame).
Il n'y a pas de retouches secondaires sur ces deux
Nous sommes ici sur un placage grossier, sans outils.
éléments fins conservés, directement au contact des
argiles du Sinémurien.
Les outils sur éclat : Le groupe « galets aménagés » constitue 60,6 %
du total mobilier mais 79,2 % des outils.
Les racloirs composent l'outillage à 50 % (non
compris l'ensemble « galets aménagés »).
Les choppers : Les retouches d'aménagement sont peu étendues
en général, et sont plutôt des retouches d'utilisation
prolongée. Ils sont 2,2 fois plus nombreux que les chopping-
tools (76/34) , et les abrupts sont très bien représentés Dans ces hautes périodes, les retouches secon
(25/76), soit 32,8 %. daires ne sont jamais bien marquées. Bon nombre
d'éclats semblent bien avoir été utilisés bruts de Il est vraisemblable que les choppers abrupts
taille. étaient des rabots rudimentaires, utilisés pour la
préparation de diverses pièces de bois, entrant dans
la confection d'épieux, javelots, gourdins ; éventuel
lement le traitement des peaux.
Il était indispensable au préalable d'ébrancher, INVENTAIRE : sinon même d'écorcer les pièces de bois, afin d'en
faire disparaître les aspérités.
— 6 racloirs simples concaves, l'un est associé à
une encoche, Les chopping-tools :
— 1 racloir transversal droit,
— 7 racloirs sur face plane, l'un est associé à 3
Ils sont représentés par 34 pièces dont 5 doubles. encoches festonnées adjacentes, sur l'autre face
(fig. 7, n° 3), n° Un 1). outil Vu massif les dimensions de près de et le 3 kg poids a été respectables dessiné (fig. d'un 6, — 1 racloir à retouches abruptes,
— 2 racloirs à retouche biface ordinaire, tel outil, sa préhension à deux mains était nécessaire
— 1 racloir à totale (fig. 7, n° 1), pour l'exécution de gros travaux.
— 1 grattoir atypique, Nous pensons à l'abattage de perches de bois, à la — 7 encoches, déconnexion de carcasses de gros mammifères, au — 2 denticulés, débitage de gros os pour en extraire la moelle. — 3 becs,
— 2 retouches abruptes épaisses,
— 1 retouche abrupte mince,
Les percuteurs et divers : — 1 encoche en bout d'éclat.
Les racloirs simples concaves et ceux sur face plane
sont dominants. Par contre, les simples droits, Dans ce lot nous avons 4 percuteurs et 1 enclume
convexes, les convergents, les dé jetés et les doubles dormante, classée sous la même rubrique ; elle a été
sont absents. « reprise » en chopper abrupt. Il s'agit d'un gros
galet de quartzite plan-convexe, portant des impacts
de chocs violents sur sa face bombée. * Un 3e vient d'être découvert (fig. 5, n° 2), mais non compris
dans cet inventaire, l'analyse étant déjà terminée. Cette pièce ne Les enclumes sont très rares et toujours associées à conserve aucune plage corticale, ce qui est unique pour cette
des sites très anciens dans notre zone de prospection. période. 297
CLASSIFICATION SOMMAIRE DES NUCLEUS Les encoches sont également bien représentées,
encore que l'on puisse émettre quelques réserves
Nucleus discoïdes 2 Nucleus polyédriques 2 pour certaines d'entre elles. préparés * 7 levallois 0
Nucleus unipolaires 10 Nucleus divers 10
Les éclats : * Nucleus discoïdes préparés.
69,2 % ont été transformés en outils plutôt frustes, ÉTUDE TECHNOLOGIQUE DES ECLATS ET DES TA
LONS 2 éclats atteignent 13 cm de longueur, mais la
moyenne est généralement plus modeste, 8/9 cm. Ils
Entames 3/4 С 2/3 С 1/2 С 1/3 + 1/4 С non С forment 21,8 % du total mobilier. 0/E 13 6 2 9 6 0
0 Éclats 8 2 7 4 0
Les nucleus :
TYPES DE TALONS SUR TOTAL OBSERVABLE
Corticaux 1/2 С Lisses Dièdres Facettés Ils composent 15,4 % du total mobilier, mais il
0/E 18 0 9 0 0 n'est pas impossible que certains galets aménagés
n'aient servi de nucleus en premier lieu. Éclats 7 0 2 0 0
22,5 % sont des discoïdes, la plupart préparés
(7/9). Les plus abondants sont les nucleus à débitage
unipolaire, un clivage naturel ou une face plane
Analyse corticale servant de plan de frappe.
La catégorie « divers » est à égalité numérique
avec la précédente 10/10. 40.3 % des éclats sont des entames et il n'y a pas
d'éclats non corticaux dans ce gisement. Le rapport éclats/nucléus (e/n) est de 1,67 donc
assez faible. 69.4 % des talons observables conservent du cor
tex, reflet d'une faible préparation des plans de
frappe. Il n'y a pas de talon facetté, ni dièdre, par DÉCOMPTE MOBILIER, POURCENTAGES.
contre nous trouvons 30,5 % de talons lisses, ce qui
sous-entend une préparation à larges enlèvements. Choppers 76
On note quelques talons clactoniens formant un Chopping-tools 34
angle ouvert de 110/120° avec la face plane. 5 60,5 % Polyèdres, percuteurs
Le groupe « éclats * » constitue 25,3 % du total Divers 5 mobilier. Sur la grille morphométrique on peut
Bifaces et assimilés 2 observer que ce sont les éclats les plus longs qui ont
été transformés en outil, et principalement ceux dont Groupe levallois 0
1 est plus grand que L, à l'extrême droite de la grille. 15,9 % Outils sur éclat 36
L'examen de la grille morphométrique permet de Éclats de 3 cm et + 16 7,9 % distinguer une concentration principale (calibre égal
Nucleus 31 15.4 % ou inférieur à L 10 x 1 8 cm et un nuage plus dispersé
et moins important dans le calibre L 12 x 1 10. Le
Totaux 205 rapport L/l, est compris entre 1,2 et 1,3, donc assez
régulier.
ANALYSE DES CHOPPERS ET CHOPPING-TOOLS Grille morphométrique des éclats bruts et retouchés,
site 163, fig. 4. Choppers distaux 19 Choppers abrupts 25 latéraux 19 sur clivage 2
I) Lames : D'après F. Bordes (F. Bordes, 1961, Choppers à pointe 3 Choppers doubles 11
p. 6), c'est un éclat dont la longueur est égale ou inverses 0 supérieure à deux fois la largeur. La longueur étant
Chopping-tools distaux 17 Chopping-tools à pointe 3
* Éclats bruts de taille + éclats retouchés, transformés en outils. latéraux 9 doubles 5 298
+ Eclats bruts D Outils/éclat
Fig. 4 - Grille morphométrique des éclats bruts et retouchés, site 163.
Fig. 6 - Site 163, n° 1 : chopping-tool latéral ; n" 2 : protobiface ; n° 3
chopping-tool double ; n" 4 : distal.
prise dans l'axe de percussion de l'éclat, la largeur
perpendiculairement à celui-ci.
II) Éclats laminaires : Définition sujette à contro
verse, nous pourrions utiliser le terme d'éclat long.
L est égal à 1,5 1 dans notre classification.
III) Éclats ordinaires : L est inférieur à 1,5 1.
IV) Éclats larges : Catégorie située à l'extrême
droite du graphique. La largeur est supérieure à la
longueur prise dans l'axe de débitage. Dans notre
étude, il n'a été retenu que les éclats complets ou
ceux dont les cotes étaient restituables.
Remarques : La comparaison des graphiques et le
calcul des diverses catégories d'éclats permettent de
constater d'une part : l'absence de lames et d'éclats
laminaires sur le site 163, et d'autre part d'y observer
un plus grand nombre d'éclats larges (4) et d'éclats Fig. 5 - №s 1 et 2 : protobifaces ; n° 3 : uniface (nos 1 et 3, site 164 ; n° 2,
site 163). ordinaires (3) que sur le site 164. 299
Provenchères-lès-Darney * (Vosges) Site 163: I) 0 %, II) 0%, III) 73,4%, IV)
41,6 %. 164
52 Site 164 : I) 0 %, II) 14,8 %, III) 51,8 %, IV)
35 33,33 %.
74
Le site 163 est donc techniquement antérieur au
site 164, puisque l'évolution se traduit par des pièces
généralement plus longues que larges.
Cependant, l'écart chronologique ne semble pas
être très important pour ces deux gisements. Peut-
être faut-il tenir compte de l'abondance des matières
premières sur le site 164 ; il s'agit de formations
GUNZ solifluées locales.
Les matériaux du site 163 ont la même origine,
mais beaucoup plus dilués, et sans éléments fins
conservés. Il y a moins d'un kilomètre d'écart entre
les deux stations.
Fig. 8 - Courbes cumulatives de quelques sites étudiés, selon la méthode du
Pr F. Bordes.
Courbes cumulatives selon la liste-type de
F. Bordes.
Site 164 Abbevillien
Sites 52-35 Acheuléen ancien
Site 74 moyen
A remarquer la courbe très concave du site 164 et
les grandes verticales, qui matérialisent le groupe
« galets aménagés ».
Analyse
La courbe du site du « Haut-de-Thiébault » à
Provenchères, étudiée par Ch. Guillaume (Ch. Guil
laume, 1978) se détache très nettement des courbes
de nos stations. La station des Vosges est placée au
Paléolithique moyen.
Nos sites comportent encore une fraction import
ante de galets aménagés, ce qui sous-estime un peu
la place qu'occupe l'outillage sur éclat.
10 DECOUVERTES PALEOLITHIQUES DANS
LES AUTRES DÉPARTEMENTS LORRAINS
Fig. 7 - Site 163, n° 1 : racloir à retouche biface totale ; n° 2 : racloir simple
n" 3 : racloir sur face plane + encoches ; n° 7 : bec concave + encoche ; Les trouvailles anciennes ont été recencées par Ch. n° 4 : racloir biconcave ; n° 5 : racloir concavo-convexe ; n° brisé. Site 164, Guillaume-Baroth (Baroth, 1969), dans le cadre d'un n° 8 : bec ; n" 9 : encoche ; n° 10 : micro- 6 : racloir simple concave ;
n° 11 : denticulé. travail d'étude et de recherche. denticulé ;

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