Bulletin d'histoire de la philosophie médiévale en Occident - article ; n°20 ; vol.30, pg 462-480

De
Revue néo-scolastique de philosophie - Année 1928 - Volume 30 - Numéro 20 - Pages 462-480
19 pages
Publié le : dimanche 1 janvier 1928
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Fernand Van Steenberghen
Bulletin d'histoire de la philosophie médiévale en Occident
In: Revue néo-scolastique de philosophie. 30° année, Deuxième série, N°20, 1928. pp. 462-480.
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Van Steenberghen Fernand. Bulletin d'histoire de la philosophie médiévale en Occident. In: Revue néo-scolastique de
philosophie. 30° année, Deuxième série, N°20, 1928. pp. 462-480.
doi : 10.3406/phlou.1928.2522
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0776-555X_1928_num_30_20_2522XXIII
BULLETIN D'HISTOIRE
DE LA PHILOSOPHIE MÉDIÉVALE
EN OCCIDENT *)
Dans la livraison de cette revue, datée de février 1927, M. M. De
Wulf terminait le précédent bulletin en remarquant qu'il aurait à
être continué bientôt, tant la production littéraire relative au moyen
âge philosophique est abondante.
Après avoir parcouru rapidement le champ des études monograp
hiques, et en nous arrêtant aux principales *), nous analyserons
quelques travaux de synthèse.
I. — Monographies
I. — Avant le xne siècle
Jean Scot Erigène, qui est assurément le premier métaphysicien
remarquable du moyen âge, continue à retenir l'attention des histo
riens. Une étude d'ensemble a paru en anglais : H. Bett, Johannes
*) Sigles employés :
AHDLMA : Archives d'Histoire doctrinale et littéraire du moyen âge (dirigées
par E. Gilson et G. Théry, O P ). Paris, Vrin. Depuis 1926.
BGPM : Beitra'ge zur Geschichte der Philosophie und Théologie des M. A.
(Fondateur : Cl. Baeumker ; directeur : M. Grabtnann). Munster in W.
BT : Bibliothèque thomiste. (Directeur : P. Mandonnet). Le Saulchoir, Kain
(Belgique).
MG : Mittelalterliches Geistesleben de M. Grabmann. (Munich, M. Flueber,
1926, in-8°, xi et 585 pp.). Série d'études sur le moyen âge.
RNS : Revue Néo-Scolastique. (Louvain).
1) Rappelons qu'on trouve une bibliographie complète de la philosophie médiév
ale dans la Revue d'histoire ecclésiastique (Louvain). Voir surtout les chapitres :
Sources littéraires du moyen âge. Histoire du dogme et des hérésies. Histoire
des sciences et des lettres. Bulletin d'histoire de la philosophie en Occident 463
Scotus Erigena (Cambridge, University press, 1925 ; in-8°, 204 pp.) ;
l'auteur n'a d'autre prétention que de présenter au public philoso
phique de langue anglaise un exposé succinct, mais complet, relatif
à Scot : vie et œuvres, doctrine, sources et influence de Scot ; l'ou
vrage se termine par un appendice sur les citations scripturaires
relevées dans l'œuvre d'Erigène, et par quatre tables.
On étudie avec prédilection la dépendance de Scot vis-à-vis du
néo-platonisme : H. Dôrries, Zur Geschichte der Mystik. Erigena
und der Neoplatonismus (Tubingue, Mohr, 1925 ; in-8°, 122 pp.),
conclut qu'Erigène est vraiment original dans l'utilisation qu'il fait
du néo-platonisme. M. Tkchkkt, Le plotinisme dans le système de
Jean Scot Erigène (RNS, XXIX, 1927, pp. 28 à 68) essaie d'autre
part de démontrer — à l'encontre de l'opinion courante — la pro
babilité d'une dépendance directe de Scot vis-à-vis de Plotin.
Signalons une étude d'ensemble sur Lanfranc : A. J. Mac-Donald,
Lanfranc. A study of his life, work and writings (Oxford, University
press, 1926 ; in-8°, ix et 308 pp.).
Sur saint Anselme on consultera l'étude de H. Ostlender : Anselm
von Canterbury , der Vater der Scholastik. Mil deutsch. und lat. Texten
(Religiose Quellenschriften, fasc. 45 ; Dusseldorf, Schwann, 1927 ;
in-8°, 45 pp.).
II. — Le xii* siècle
B. Geyer poursuit l'édition des œuvres philosophiques d'Abélard :
Peter Abaelards philosophische Schnften. I. Die Logica « Ingredien-
tibus ». 3. Die Glossen zu Ilepi'Epjievefa; (BGPM, XXI, 3, 1927, pp. 307
à 503).
La discussion continue au sujet de la provenance de la célèbre
Summa Sententiarum, que plusieurs attribuaient à Hugues de Saint-
Victor, et que M.Chossat avait mise sous le nom de de Mor-
tagne. Dans son article : La Summa Sententiarum est-elle postérieure
aux Sentences de P. Lombard ? (RNS, XXVIII, 1926, pp. 284 à 302),
O. Lottin écarte comme Chossat le nom de Hugues de Saint- Victor,
en démontrant que l'ouvrage date au plus tôt de 1141. F. Pklster
appuie également Chossat (Scholastik, Valkenburg, 1927). D'autre
part, B. Geyer soutient que l'auteur de la Summa serait un certain
Magister Otto, Evêque de Lucques et protecteur de P. Lombard
(Verfasser und Abfasiungszeit der sog. Summa Sententiarum. Theol.
Quartalschrift, CVII, 1926, pp. 89 à 107).
Cl. Baeumker a édité, peu de temps avant sa mort, un écrit polé- 464 F. Van Steenberghen
mique dirigé contre le panthéiste Amaury de Bène et son école :
Contra Amaurianos. Ein anonymer Traklal gegen die Amalrikaner
aus dem Anfang des XIII. Jahrh. (BGPM, XXIV, 5, 6 ; 1926, lx et
52 pp.). Baeumker pense que le traité est dû à la plume de Garnier
de Kochefort, dont il signale d'autres œuvres inédites.
III. — Le xme siècle
Le xfiie siècle demeure à juste titre le principal objet d'étude des
médiévistes, et l'émulation qui s'affirma dès l'origine entre les deux
grands Ordres mendiants est aujourd'hui encore un des facteurs du
développement sans cesse croissant des recherches relatives aux
courants d'idées du xme siècle.
On trouve un bon exposé de l'état de la question dans l'article
du Gard. F. Ehrle, S. J. : L'agostinismo e l'aristotelismo nella sco-
lastica del secolo XIII (Xenia thomistica, III ; Rome, 1925), dans
lequel l'éminent auteur reprend et précise ses études antérieures
sur le même sujet.
L'événement capital, qui est le point de départ des luttes doctri
nales désormais incessantes, est l'introduction des œuvres d'Aristote
et des Arabes en Occident. On a accueilli avec grande faveur les
pages magistrales que Mgr A. Pelzer a écrites sur ce sujet dans la
dernière édition de V Histoire de la Philosophie médiévale de M. De
Wulf (Louvain, tome I, 4924, pp. 223 à 237). On consultera aussi
la dernière édition d'Oeberweg (voir plus loin), ainsi que : M. Grab-
mann, Mittelalterliche lateinische Aristotelesùbersetzungen und Aris-
toteleskommentare in Handschriften Spanischer Bibliotheken (Sit-
zungsberichte der Bayer. Akad. der Wissensch., Munich, 1928 ;
in-8°, 120 pp.).
1° L'ancienne scolastique ou l'augustinisme.
Tout en reconnaissant le bien fondé des critiques formulées
contre le terme augustinisme, la plupart l) des médiévistes main
tiennent cette appellation pour désigner la scolastique préthomiste
en général et celle qui, après saint Thomas, reste réfractaire à
l'aristotélisme et fidèle aux anciennes idées. Après l'avènement du
thomisme et de l'averroïsme latin, l'augustinisme est surtout repré
senté par l'école franciscaine.
1) J. Sostili adopte résolument l'appellation ancienne scolastique proposée par
M. De Wulf. (J. Sostili, Thomae Aquinatis cum Augustino de illuminatione
concordia. Divus Thomas de Plaisance, XXXI, 1928, p. 51 en note ; tiré à part,
p. 4 en note). Bulletin d'histoire de la philosophie en Occident 465
G. Lacombe a entrepris la publication des œuvres de Prévostin :
il vient de consacrer un premier volume à une introduction qui est
la première étude d'ensemble sur la personnalité du Chancelier de
Paris : Praepositini Cancellarii Parisiensis opera omnia. I. Etude
critique sur la vie et les œuvres de Prévostin (BT, XI, 1927 ; x et
221 pp.). Personnage de transition, il paraît à l'aube du grand
siècle et est un des principaux summistes de l'époque.
Signalons deux petites monographies intéressantes : E. Longpré,
0. F. M., Fr. Thomas d'York, 0. F. M. La première Somme méta
physique du XIIIe siècle (Archivum francise, histor., XIX, 1926,
58 pp.) et A. Calleb^ut, 0. F. M., Jean Pecham, 0. F. M., et l'au-
gustinisme. Aperçus historiques : 1263-1285 (Ibidem, XVIII, 1925,
52 pp.). Dans la première, le P. Longpré met en lumière la vie et
l'œuvre de Thomas d'York, qui joua un rôle important et trop peu
connu dans l'histoire des origines de l'école franciscaine et dans
celle des grandes systématisations scientifiques du xme siècle. La
seconde est une critique adressée aux historiens dominicains, que
l'auteur accuse d'avoir donné une version tendancieuse du conflit
entre l'école thomiste naissante et ses adversaires.
B. Jansen a achevé la publication des Quaestiones in secundum
librum sententiarum Fr. P. Johannis Olivi : nous en possédons
ainsi trois volumes considérables, qui forment le tome IV de la
Bibliotheca franciscana scholastica, éditée à Quaracchi (vol. III :
Quaestiones, pp. 72 à 118, 1926). Nous renvoyons le lecteur au
compte rendu qu'a donné M. De Wulf des deux premiers volumes
(RNS, XXVIII, 1926, pp. 61-62).
Un gros volume du Spicilegium Sacrum Lovaniense est consacré
à Richard de Middleton, sa vie, ses œuvres, sa doctrine (E. Hoce-
dez, S. J., S. S. L., VII ; Louvain, Paris, 1926 ; in-8°, xvi et 555 pp.).
L'auteur veut tirer de l'oubli l'œuvre de Richard et donner à celui-ci
la place qui lui revient dans ce xme siècle où il a été trop long
temps éclipsé par les grandes figures qui l'entourent. A cette fin, il
étudie la vie, puis la doctrine, tant philosophique que théologique,
du Doctor Solidus.
Il convient de mentionner enfin le travail de H. Spettmann : Die
Erkenntnislehre der mittelalterlichen Franziskanerschulen von Bona-
ventura bis Scotus (Paderborn, Schoningh, 1925; in-12, 145 pp.).
La théorie de la connaissance est à la fois un des points les plus
caractéristiques et les plus obscurs de la doctrine augustinienne
reprise et développée par l'école franciscaine, surtout depuis saint
Bonaventure.
7 F. Van Steenberghen 466
2° L'aristotélisme chrétien et le thomisme.
Deux éludes de caractère général ont paru sur Albert le Grand :
celle de F. Strunz : Albertus Magnus. Wehheil und Naturforschung
im M. A. (Menschen, Vôlker, Zriten, fasc. 15; Vienne, K. Konîg,
4926 ; in-8°, 187 pp.), que nous n'avons pu examiner, et celle, toute
récente, de M. Grabmann : Der Einfluss Alberts des Grossen auf das
mittelaltcrliche Getstcsleben (Innsbruck, 1928; in-8°, 74 pp.), qui
est un tiré à part de la Zeitschrift fur kathol. Theol. (XXV, 4928).
A l'encontre de H. von Schubert (Die Geschichte des deutschen
Glaubens. Leipzig, 1925), qui considère la scolastique comme une
théologie étrangère au génie des peuples germaniques et ne recon
naît pas de grands scolastiques allemands, sauf peut-être Hugues
de Saint-Victor, un mystique, et Albert le Grand, un compilateur,
Grabmann fixe d'abord la personnalité spirituelle d'Albert d'après
les titres qui ont servi à le désigner au cours de l'histoire ; il établit
ensuite l'influence d'Albert sur la Scolastique et la mystique, en
Allemagne et à l'étranger. Nous retrouvons une fois de plus, dans
cette brochure, la riche érudition du savant professeur de Munich.
Cette vaste et profonde connaissance du moyen âge permet à Mgr
Grabmann d'allonger sans cesse la liste de ses publications : nous
lui devons notamment deux nom elles études sur le disciple néo
platonicien d'Albert le Grand, Ulric de Strasbourg. La première a
paru dans les M. G., recueil de dix-sept études sur l'histoire de la
Scolastique et de la mystique — dont la plupart ne sont que des
mises au point d'articles publiés précédemment dans diverses revues,
allemandes ou étrangères, ((l'est ainsi que la cinquième, consacrée
à la carrière, à la personnalité et au rôle scientifique d'Ulric de
Strasbourg (pp. 147 à 221), provient d'une série d'articles écrits
en 1905 pour la Zeitschrift fur Kath. theol.). Une seconde notice
de Grabinann a paru dans les Sitzungsbenchte der Bayer. Akad. der
Wissensch. de Munich : Des Ulrich Engelb^rti von Strassburg, 0. P.
(f 1277) Abhandlung De Pulchro. Untersuchungen und Texte :
(1926, in-8, 84 p.).
La Bibliographie thomiste (de 1800 à 1920), publiée en 1921 par
P. Mandonnet et J. Destrez, comptait 2219 numéros; il faudrait
en ajouter un gros millier à l'heure actuelle. Essayons de donner
une idée d'ensemble sur cette vaste littérature, en indiquant les
travaux les plus remarquables ').
1) Pour la bibliographie thomiste courante, voir le Bulletin thomiste, publié
par la Société thomiste, depuis 1924 ; Le Saulchoir, Kain (Belgique). Bulletin d'histoire de la philosophie en Occident 467
Pour clore la longue série des mélanges dédiés au docteur
commun à l'occasion du sixième centenaire de sa canonisation, ses
admirateurs de langue flamande ont eu l'heureuse idée de publier
un ouvrage collectif dû à la collaboration de maîtres distingués :
Sinl Thomas van Aquin. Bijdragen over zijn tijd, zijn leer en zijn
ver heerlij king door de kunst. (édité par A. W. Van Winckel, 0. P.
et F. Van Goethem. Bruxelles, Standaard, 1927 ; in-4, 228 pp.) La
dernière partie est remarquable : elle comporte un album icono
graphique riche de 131 reproductions sur papier glacé.
il faut renoncer à citer les nombreux articles consacrés à l'histoire
de la vie et des œuvres de saint Thomas, et notamment à la chronol
ogie de ces dernières. La discussion porte surtout sur la date des
questions quodlibétiques (Cfr Pelster, Glorieux, Mandonnet, Synave,
Lottin, dans les différentes revues de philosophie et de théologie).
— L' in die Summa de M. Grabmann a été traduite en Einfuhrung
français par E. Vansteenberghe : M. Grabmann. La somme théolo
gique de saint Thomas a" Aquin. Introduction historique et pratique.
(Paris, Nouv. libr. nation., 1925 ; in-8°, 170 pp.). — Dans ses
M. G., Grabmann traduit et met à jour un article paru en 1914 dans
les Annales de l'Institut de Philosophie (Louvain) : Die Aristoteles-
kommentare des Hg. Thomas v. Aquin ( VIII, pp. 206 à 313). — Nous
devons à M. le Prof. Mansion un important article, très fouillé :
Pour l'histoire du Commentaire de saint Thomas sur la métaphysique
d'Aristote (RNS, XXVII, 1925 ; pp. 274 à 295) ; l'auteur y étudie les
circonstances de composition et spécialement la date des différentes
parties du commentaire. — Sur le De Ente et Essenlia, on peut
voir : M. l). Roland-Gosselin, 0. P., Le De Ente et Essentia de
saint Thomas d' Aquin. Texte établi d'après les ms parisiens. Intro
duction, notes et études historiques. BT, VIII, 1926 ; in-8°, XXX et
220 pp.). Voir aussi : M. Grabmann, Die Schrift De Ente et Essentia
und die Seinsmetaphysik des hg. Thomas von Aquin (MG, IX,
pp. 314 à 331). — Sur l'opuscule antiaverroïste de saint Thomas a
paru un ouvrage de G. Gastellani : .San Tommaso d' Aquino.
L'unità delï intelletto. Testo con inlroduzione e commenta. (Milan,
Rome, 1927 ; in- 16, 163 pp.). — Notons enfin deux exposés plus
généraux, l'un relatif à la vie, l'autre aux œuvres du saint Docteur :
A. Walz, 0. P. Delineatio vxtae S. Thomae de Aquino. (Rome, Coll.
angel., 1927) et A. Racvic, 0. P. Introductio compendiosa in opera
S. Thomae Aquinatis (Ibidem, 1926 ou Angelicum, 1928). Et
rappelons aussi le livre de J. De Guibert, S. J. : Les doublets de
saint Thomas a" Aquin (Paris, Beauchesne, 1926 ; in-12, 168 pp.), F. Van Steenberghen 468
ouvrage qui a été présenté aux lecteurs de la RNS par M. le Prof.
Balthasar (RNS, XXIX, 1927 ; pp. 362 à 365).
Nous renonçons à énumérer les nombreuses éditions et traduc
tions partielles des œuvres de saint Thomas, parues au cours des
dernières années.
v Quant aux multiples monographies touchant des points parti
culiers de la doctrine thomiste, voici les plus importantes : P. H.
WiCKSTERD, The reactions between dogma and philosophy illustrated
from the works of-S. Thomas Aquinas (Londres. Constable, 1926 ;
in-8°, 695 pp.). Nous n'avons pu voir ce livre dont le titre et le
volume sont pourtant de nature à éveiller une légitime curiosité. —
Le cinquième fascicule du grand ouvrage épistémologique de
J. Maréchal, S. J., a vu le jour en 1926 : Le point de départ de la
métaphysique. V. Le thomisme devant la philosophie critique. (Lou-
vain, Museum lessianum ; Paris, Alcan ; in-16, 482 pp.) ; il a été
analysé par le R. P. Kremer dans la RNS (XXIX, 1927, pp. 475
à 478). — La dissertation présentée par A. Van Hove pour la
maîtrise en théologie à l'Université de Louvain intéresse principale
ment cette dernière discipline : La doctrine du miracle chez saint
Thomas et son accord avec les principes de la recherche scientifique
(Bruges, Paris, 1927 ; in-8°, XXXV et 390 pp ) ; mais tous ceux qui
étudient la pensée de saint Thomas consulteront avec grand profit
ce travail, fruit de recherches méthodiques et étendues dans l'œuvre
à la fois philosophique et théologique du docteur commun. On
peut lire le compte rendu de M. Mansion dans la RNS d'août 1927
(pp. 344 à 346). — Nous voudrions signaler enfin deux études
comparatives dans lesquelles le thomisme est mis en parallèle avec
les systèmes respectifs de deux chefs d'école qui ont exercé une
influence considérable sur le développement de la pensée catholique,
saint Augustin et Suarez : E. Gilson, Pourquoi saint Thomas a-t-il
critiqué saint Augustin? (AHDLMA, I, 1926; p. 1 à 127) et
P. Descoqs, S. J., Thomisme et Suarézûme (Ârch. de Philos., IV,
1927 ; pp. 82 à 192). Rien n'est suggestif comme le rapprochement
de ces figures célèbres, quoique d'inégale grandeur, car en allant
au fond des choses, on aperçoit que le point de divergence entre
ces grandes orientations d'une tradition philosophique par ailleurs
une et continue, se trouve au cœur de la métaphysique et de la
théorie de la connaissance qui en est le seuil. Cette divergence est-
elle grave ou légère, est-elle faite de nuances ou engage-t-elle le
fond de la pensée ? Ici, les avis sont partagés, comme nous le
rappellerons plus loin.
Nous arrivons ainsi aux ouvrages de synthèse, consacrés au Bulletin d'histoire de la philosophie en Occident 469
thomisme en général. E. Gilson. Saint Thomas d'Aquin (Paris,
Lecoffre, 4925 ; in-16, 380 pp.) fait partie de la collection Les
moralistes chrétiens et comporte une introduction sur l'humanisme
de saint Thomas. — Le livre de Gil son : Le thomisme. Introduction
au système de saint Thomas (Paris, Vrin), a atteint en 1927 sa
troisième édition. — Celui de M. Grabmann : Thomas von Aquin.
Eine Einfuhrung in seine Persônlichkeit und Gedankenwelt (Munich,
Kôsel et Pustet, 1926, in-8°, 172 pp.) en est à sa cinquième édition,
corrigée par l'auteur (notamment quant à la chronologie des œuvres
de saint Thomas). — Grabmann a publié, en 1923, un élégant petit
livre intitulé : Die Kulturphiloxophie des Hg. Thomas von Aquin
(Augsbourg, B. Filser ; in-8°, 217 pp.). Issue de plusieurs con
férences données par l'auteur à l'occasion du sixième centenaire de
la canonisation de saint Thomas, cette publication contient sept
études sur les principaux aspects du thomisme considéré comme
valeur culturelle, soit pour le moyen âge, soit pour notre époque.
— 11 faut rapprocher de cette vue panoramique celle, plus brève
et plus technique, de P. Tischleder : Die Geistesgeschichtliche
Bedeutung des Hg. Thomas von Aquin fur Metaphystk, Ethift und
Théologie (Fribourg-en-Br., Herder, 1927 ; in 8°, VI et 37 pp.),
également née d'une série de conférences de l'auteur. — L'anima
di San Tommaso, de F. Olgiati (Milan, Vita e Pensiero, s. d.; in- 8°,
149 pp.) est un essai de synthèse de la philosophie thomiste en
fonction de la notion d'être, dans laquelle l'auteur voit l'âme du
système ; professeur de métaphysique à l'Université du Sacré Cœur,
il considère successivement la mise en œuvre de la notion d'être
dans les différentes branches de la philosophie et dans la théologie
du Docteur angélique. Ce n'est pas ici le lieu de juger cette intéres
sante brochure au point de vue métaphysique. — II nous reste à
signaler le beau livre de E. De Bruyne : Saint Thomas d'Aquin.
Le milieu. L'homme. La vision du monde (Paris, Beauchesne ;
Bruxelles, Cité chrétienne, 1928 ; in-8°, 348 pp.). Ce livre est
complet. Dans sa partie historique, il résume les résultats des
innombrables travaux relatifs à la carrière de saint Thomas, en se
gardant bien de trancher hâtivement les questions encore débattues.
Cette partie comprend les deux premiers chapitres : I. Le milieu
(Vie universitaire — Réguliers et Séculiers — Les attitudes intel
lectuelles). II. L'homme (Notice biographique. Le caractère. L'unité
du thomisme. Taches solaires). On remarquera ce dernier article,
qui étudie les déficiences du thomisme. Sujet important, nécessaire,
trop négligé par beaucoup d'admirateurs enthousiastes ; on ne peut
oublier que l'œuvre de saint Thomas n'est pas à présenter telle 470 F. Van Steenberghen
quelle à nos contemporains, et qu'avant de faire du thomisme un
instrument de régénération intellectuelle, il faut à tout prix le
dépouiller de son écorce médiévale. Dans sa partie philosophique,
l'ouvrage de E. De Bruyne est une synthèse, neuve et vigoureuse
de structure, actuelle et élégante de forme, et cependant, mesurée
et fidèle quant au fond. Ancien élève de l'Institut Supérieur de
Philosophie à Louvain, l'auteur a su fondre dans une unité originale
le meilleur de l'enseignement, souvent inédit, de maîtres éminents.
Nous souhaitons à cet ouvrage de très nombreux lecteurs.
Sur les disciples immédiats de saint Thomas, il convient de men
tionner les articles de Grabmann : Die italienische Thomistenschule
des XIII. und beginnenden XIV. Jahrh. (MG, X, pp. 332 à 391),
et: Forschungen zur Geschichte der iiltesten deutschen
des Dominikanerordens (ibid., XI, pp. 392 à 431). On trouve dans
ces articles une mine de renseignements sur la carrière de quatorze
personnages appartenant aux débuts de l'école thomiste.
P. Glorieux a commencé la publication de ses recherches sur
Les premières polémiques thomistes. Un premier volume est consacré
au Correctorium corruptorii « Quare» (BT, IX, 1927; LV1 et 451 p.).
— Un article du même auteur est intitulé : Comment les thèses tho
mistes furent prosentes à Oxford (15,84-1286). (Rev. thorn., 1927,
pp. 259 à 291).
Gilles de Rome peut être rattaché, à certains points de vue, à
l'école thomiste. K. Egknter a publié une dissertation inaugurale
qui a pour titre : Die Erkenntnispsychologie des Aegidius Iiomanus
(Regensburg, J. Habbel, 1925 ; VIII et 97 p.). C'est un travail bien
documenté et bien ordonné, qui contient notamment une introduc
tion sur la chronologie des œuvres de Gilles de Rome.
3° Directions philosophiques diverses.
Le fascicule VI des Opera hactenus inedila Eogtri Baconi, publiés
par K. Steele, a paru en 1926 : Compotus fralris Rogeri (Oxford,
1926; XXVII et 302 p.).
Aux pages consacrées à maître Eckhart dans le précédent bulletin,
il faut ajouter la mention du travail collectif de 0. Karrer et
H. Piesch : Meister Eckharts Hechtfertigungsschrift vom Jahre 1326
(Erfurt, Kurt Stenger, 1927; in-8°, 172 p.); ce travail comporte
une double introduction historique dont l'une considère les circon
stances externes de composition, et l'autre le caractère interne de
l'écrit en question ; viennent ensuite les documents relatifs au
procès d'Eckhart, traduits et annotés. — On peut lire dans le Divus

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