L'Esthétique de Plotin (suite) - article ; n°80 ; vol.20, pg 431-454

De
Revue néo-scolastique de philosophie - Année 1913 - Volume 20 - Numéro 80 - Pages 431-454
24 pages
Publié le : mercredi 1 janvier 1913
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jos. Cochez
L'Esthétique de Plotin (suite)
In: Revue néo-scolastique de philosophie. 20° année, N°80, 1913. pp. 431-454.
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Cochez Jos. L'Esthétique de Plotin (suite). In: Revue néo-scolastique de philosophie. 20° année, N°80, 1913. pp. 431-454.
doi : 10.3406/phlou.1913.2075
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/phlou_0776-555X_1913_num_20_80_2075XXIII.
L'ESTHÉTIQUE DE PLOTIN.
(Suite *).
IV.
LA BEAUTÉ DU MONDE SENSIBLE.
Pour Plotin, tous les corps indistinctement n'ont qu'une
réalité apparente. Ils sont constitués de deux éléments : la
matière (^ BXtj) et la forme (xô elooç) l). La matière est le
non-être ; « elle n'est pas, à proprement parler, le sujet
de la forme. La forme est la perfection de la matière en
tant que matière et en tant qu'elle est en puissance ».
Lorsque par son union avec la matière se produit une
chose une, « la forme n'est pas dans la matière, mais les
deux ensemble sont sujet d'autre chose, comme l'homme et
un certain homme sont sujet de passions et d'actions et de
leurs conséquents » 2). Ce composé (auva|xcp6x£pov) est une
substance, c'est-à-dire une chose dont l'essence existe « sui
iuris » et non pas dans un sujet (par opposition à l'accident
qui ne peut exister que dans un sujet) 3).
*) Voir Revue Néo-Scolastique de Philosophie, 1913, pp. 294-
338.
*) II. 1, 456 C ; 2, 457 D ; XII, 4, 160 G-161 A; 162 E.
« ' XXXIX xxxix XLIV 4 6l9 AE g ' 624 E.625 A
*) / xliv , 4, 619 C; oùffîa xoîvov, » ô' oTtep r èytiv aÙToû èofrtv; > 5. > 620 B-C : S owv
lt) èv Ù7Toy.ei|iivcf>, 432 /. Cochez
Une substance corporelle est constituée toujours par une
forme existant sur la matière. Ces deux éléments sont indé
pendants l'un de l'autre : la matière reste absolument indif
férente à la forme et demeure non-être ; elle reçoit la forme
comme un miroir, qui en réalité n'existerait pas, recevrait
une image. C'est précisément pour cela que les corps n'ont
pas de réalité vraie, quoique nous soyons facilement portés
à les prendre pour des êtres véritables. Comme leur forme
est établie sur le non-être, ils sont dépourvus de réalité, de
subsistance ; mais le non-ètre est invisible : on ne peut donc
voir le réceptacle de la forme, et ainsi on est tenté de la con
sidérer comme reçue dans un être réel, tandis qu'on s'aper
çoit assez vite de l'inanité d'une chose projetée sur un
miroir parce qu'on voit non seulement l'image, mais aussi
le miroir 1). L'apparence de réalité et la perfection des
corps leur viennent de la forme ; leur non-réalité et toutes
leurs imperfections proviennent de la matière 2).
Cependant d'où vient la matière et la forme des corps ?
Y aurait-il dans l'Univers sensible deux principes, l'un bon,
l'autre mauvais ? Certains textes seraient susceptibles d'une
interprétation dualiste 3), si Plotin n'affirmait pas catégo
riquement l'unité de l'Univers. La matière et la forme des
corps viennent l'une et l'autre de l'âme 4).
L'âme du monde seule engendre comme dernier aboutis
sant de sa force le non-être, c'est-à-dire la matière première ;
en même temps elle lui donne sa forme première, qui est
, 8, 19, 311-322 passim ; en particulier 13, 316 D-F.
' xxv xxvi 17 ' 320 A.B ' xxm' xxii n ' 670 A 0 * Ure gur ' • t le j xn î)
itept xôiv Sûo 6Xtov.
*) p. ex.: -— , 6-7, 76-77; ce sont les textes où Plotin interprète les idées
de Platon, tout en prétendant que le système dualiste de Platon est
d'accord avec son système.
«) XIII, 2, 357 EF ; XV, 1, 283 A-C ; ™, \, 344 EF, etc. V Esthétique de Plotin 433
une raison, image de la raison de l'âme-nature (cpuaiç), puis
sance inférieure de l'âme du monde 1).
Cette génération s'accomplit depuis que l'âme existe,
c'est-à-dire apparemment de toute éternité ; mais le monde
sensible, n'ayant pas de réalité vraie, ne peut avoir qu'une
image de l'éternité ; cette image, c'est le temps. Il n'est
donc pas exact de dire que le monde sensible existe de
toute éternité ; il est de tout temps 2).
Les âmes particulières entrent dans le monde sensible et
y animent par leur image les corps que l'âme du monde
leur a préparés ; elles y réalisent autant que possible leur
raison spécifique et individuelle, réalisation toujours imparf
aite, subordonnée à l'ordre général de l'univers. Son
imperfection ne provient pas des raisons de l'âme, mais
de l'impuissance de la matière à recevoir la forme 3).
Cependant les âmes n'animent pas toujours un corps :
elles ne produisent que temporairement une image sensible
des idées. Or, le monde sensible doit être l'image la plus
parfaite possible du des idées, et exister tant qu'existe
l'intelligence. Puisque donc le monde sensible doit exister
toujours, ou bien il faut une infinité illimitée d'intelligibles
et d'âmes particulières pour former les substances sen
sibles toujours changeantes (ce qui est imposs
ible, parce que les intelligibles sont limités par l'intell
igence), ou bien il faut admettre que les formes particulières,
images des idées intelligibles, reparaissent périodiquement
dans le monde sensible. D'accord avec Platon, Plotin pré-
1)xxv" ' xxx' 1, 344 EF; ' xxiii ^ 8,665-666; ' ' 9,666-667; ' ' xxvii xx^, 10, ' 380 C-E; ' 14, '
383 AB; xxx-, 18, 217 D : «il faut que ceux qui ont un corps, restent
dans ces habitacles et ne se suicident pas, parce que ces habitacles leur
ont été préparés par l'âme du monde... »
*) ' Voyez J à ce sujet J le livre itepl r àiûvo; xaî ypo'vou, Ar — xlv ; ' xxxvm x~-, 2, ' 695 A-
696 A.
») ££, 10, 380 C-E; 14, 383 AB; -£jL 18, 217 D. 434 /. Cochez
fère la deuxième solution. Le monde sensible a un mouve
ment giratoire ; chaque révolution du monde amène une
nouvelle période dans laquelle toutes les raisons et, par
conséquent, toutes les âmes particulières reparaissent dans
le monde sensible, et y animent le corps qui leur est pré
paré l).
L'âme-mère a produit cet ensemble merveilleusement
ordonné, non par raisonnement, car le raisonnement inclut
une faiblesse de pensée, mais par contemplation ; par
intuition immédiate du monde intelligible, elle possède en
elle les raisons de tous les intelligibles et engendre néces
sairement par l'âme du monde et par les âmes particulières
le monde sensible, faible image du monde intelligible, mais
image la plus complète, la plus parfaite qu'il soit possible
de réaliser 2).
Le monde sensible lui-même est divisé en deux grandes
régions, l'une supérieure, le ciel, l'autre inférieure, la terre
et son atmosphère ; la terre est le centre du monde 3).
Dans le ciel il n'y a comme élément que le feu, mais ce feu
a quelque chose des trois autres éléments ; il s'y montre
dans le soleil, les astres, les planètes et la lune, dernier
corps céleste, tous êtres immortels, dieux, intelligents,
vivant toujours par leur âme la vie tranquille, impassible
de la contemplation de l'Intelligence 4). Le ciel existe tou
jours et d'âme et de corps 5). Il ne subit pas de change-
l) Voyez cz les livres XV, -A-v, ittpi itept tî)<; wjt, xoxXoçpopta<; Au/iAuipupix, ci et xxxv--t XXXVII itepl oûpavoô, c. a.
8,102 F.
*) Voir les livres xx-, contre les Gnostiques, spécialement 12, 211 BC
^51, XXVII 12, ' 381 D-F; ' x-^î, XXXI ' 7, ' 548; ' 8, ' 549 B-D ' ; 9, ' 550; ' XLVII ^ 3, 256-257
5 7, 141 B-D; etc.
) ~\ 5, 99 FG; 3 7, 548 A; etc.
4) «ara, 3) 98 BE; 6> 1Q1 B_7> 1Q1 . xlw 5-6j 139 E.14Q Q (lgs planètes:
Lune. Jupiter, Vénus, Mars, Saturne et Mercure),
s) xxxvn XL 96_103^ e a 4> Q8 c Esthétique de Plotin 435 V
ment dans les différentes périodes dont nous parlions plus
haut. Sur la terre et dans son atmosphère vivent les hommes,
les animaux ainsi que les plantes, mais celles-ci participent
de l'âme de la terre 1).
Telle est, dans ses grandes lignes, l'organisation du
monde sensible dont nous devons maintenant étudier la
beauté.
A. La beauté naturelle du monde sensible. — Dans le
monde intelligible tout est beau. Dans le monde sensible,
au contraire, se trouvent des laideurs à côté de beautés,
mais beautés et laideurs concourent toutes à réaliser la
beauté de l'ensemble. Malgré ses laideurs de détail,
l'Univers est revêtu d'une telle beauté que, si la beauté
parfaite du monde intelligible n'existait pas, rien ne le
surpasserait 2). Il y a donc dans l'Univers sensible une
beauté d'ensemble la plus parfaite possible. Bien souvent
Plotin se plaît à la décrire avec effusion, surtout dans les
livres XXII-XLV, datant de sa période de splendeur 3),
alors que des Gnostiques fréquentaient son école et qu'il avait
à défendre contre eux la perfection du monde sensible 4).
*) Plotin n'a pas eu une théorie bien définie sur ce point, car au 1. XI,
2, 494-495, il suppose que les plantes ont une âme propre ; plus tard
il écrit (1. XXVI , 27, 419) qu'elles ont une simple participation de l'âme
de la terre ; enfin, ' au 1. xxxvm' -xxxv-, 11, ' 703, ' expliquant v H le Timée de Platon, il
paraît leur reconnaître à nouveau une âme propre.
' î™!1 XXXI ' s, ' 549 CD. »)
s) Vie de Plotin, ch. 5.
*) Vie de ch. 16 ; XXXIII — - , 10, 209 A-C. Il y est dit que Plotin rédigea
le livre contre les Gnostiques, parce que dans son cercle s'étaient élevées
des discussions (sans doute à propos r K des livres précédents r xxx xxxii
traitant de la perfection et de la beauté de l'Intelligence et du monde
sensible) : ses disciples gnostiques dénigraient la doctrine de Platon
et disaient que le monde sensible est mauvais. La lutte de Plotin contre
les Gnostiques a été finement analysée et située dans son milieu par
C. Schmidt. Plotins Stellung zunt Gnosticismus und Kirchlichen
Christentum (Texte und Untersuchungen von Gebhard und
Harnack, N. F., V, 4), 1900. Bousset, Hauptprobleme der Gnosis
(Forschungen zur Religion und Litteratur des alten und 436 /. Cochez
Aussi le livre contre les Gnostiques l) constitue-t-il le plus
beau traité plotinien sur la perfection de ce monde.
Mais dans les livres de sa première et de sa dernière
période 2), le philosophe parle moins de la splendeur de
ce monde que de l'inanité de son être et de sa beauté.
D'une part, durant les premières années de son séjour à
Rome, alors que son cercle était fort restreint 3), il n'avait
pas encore à combattre directement les Gnostiques. D'autre
part, vers la fin de sa vie, il fut atteint d'une maladie
infectieuse, qui occasionna le départ de tous ses amis et le
força de quitter Rome pour la Campanie 4). Alors il n'était
plus en présence de ses adversaires et souffrait beaucoup :
conscient de sa mort prochaine, il insiste fréquemment sur
le néant des beautés corporelles et la vanité des biens du
monde; bientôt il espère jouir dans l'intelligible de la vraie
beauté et d'un bonheur illimité 5).
Si la beauté de ce monde est ravissante, à cause de la
belle ordonnance du tout et de ses parties, il n'en est pas
moins vrai que cette beauté n'est qu'apparente et donne
l'illusion d'une perfection, qu'en réalité elle ne possède pas,
neuen Testaments, Bousset und Genkel, 10. H.) Gôttingen, 1907,
p. 114, ne parvient pas à identifier les Gnostiques de Plotin avec une
secte connue. C. Schmidt (o. c, pp. 31-63) prouve que ce sont sûre
ment des < Gnostiques » en affinité de doctrine avec des sectes alexan
drines, mais formant une secte spéciale à Rome. Voyez encore le bel
exposé de la lutte de Plotin contre les Gnostiques de E. Rocholl,
Plotin und das Christentutn. Diss. Iena, 1898, et Harnack, Lehrbuch
der Dogmengeschichte. I. Bd. Leipzig, 1894s, pp. 766-785.
' XXXIlf
») 1. 1-XXII et XLVI-LIV.
*) Vie de Plotin, ch. 4.
*) de ch. 2.
*L" •) ' Cf. le livre XLVI^- : icepl euSatfjiovîa; en entier; 'XVLII-*L" , 5, 258-259 ; ' 15, ' 266 E-
267 B ; ' xlix' XLI-\ 17, ' 515-516 ; ' XL-, li iïjcc ta xaxa ; en entier, ' mais v principalement r
la fin ; XLVI, 17-18, 147 F-148 ; x-", e. a. 2, 2, AB et 12-13, 6-7; ™~, mpl LU LUI L1V
too 7tpwxou àya3ou seal xc6v à'XXwv àya^ûv, en entier.
Tous ces livres sont dans ce même cercle d'idées et portent la marque
évidente de la faiblesse de Plotin et d'un certain effroi en face de la mort. V Esthétique de Plotin 437
parce qu'elle est édifiée sur le non-être, la matière. Aussi
les exposés sont tout différents, suivant que Plotin met en
relief la beauté de la forme ou la non-réalité de la matière
du monde.
De fait, la beauté du monde sensible consiste dans sa
forme qui provient des raisons des âmes-nature (cause imméd
iate) ; celles-ci dérivent des raisons de l'âme du monde ou
des âmes particulières (premières causes médiates), et ces
dernières à leur tour de l'âme-mère qui possède en elle les
raisons de tous les intelligibles (deuxième cause médiate).
Plus brièvement : la cause de la beauté des corps est l'âme
qui les informe par une image d'elle-même : * Eaxiv o5v %at
èv x^j <puasr. Xdyoç, -/àXXouç àpyéxwïzoç xoô èv awjjiaxi, xoû 5' èv x^j
cpuasi à èv xtq tyuyjft xaXXuov, Trap' ou %ai à èv x^j çuast, » a).
L'âme-mère est cause de la beauté de l'ensemble de
l'Univers ; l'âme du monde et les âmes particulières sont
cause de la beauté des parties. L'âme du monde produit la
beauté du monde et de ses périodes successives ; les âmes
particulières embellissent le monde, en l'ornant de beautés : astres, planètes, hommes, bêtes, terre ; mais
toutes ces beautés sont relatives, toutes sont subordonnées
à la beauté de l'ensemble, telle une danse une et parfaite
exécutée au milieu de chants et de musique variée ; tel un
tableau dans lequel le peintre ne met pas partout des cou
leurs également belles, mais donne à chaque partie la
leur qui lui convient pour réaliser la beauté de l'ensemble *).
^ 3j 544 A de même au j ^ 6> 55 EF . XXXI
outio Xé^Exat, <^o)£T] t)8t) îtoiei " are yàp 5etov outra, xal olov fxcupa xoû xaXoî3,
&v 2v ècpâ^T^xat xal xpax^, xaXà xauxa, à; ôuvaxov auxolç jjietoXaPeiv itoiti.
s) ^~jj, 14, 383 AB ; 33, 427 A-34, 428 E (magnifique comparaison de
l'univers avec un chœur de danse) ; 35, 429 B-D ; 36, 430 AB ; -^" , passim,
en particulier, 8, 549 CD; 12,554; ^^, passim, en particulier 17,216 A-E;
xS 3' 695B-696AÎ x^j et S Passim' sPécialement XLVII, 2,
250 BC; 3,256 E-257 D ; 11, 263 F-tfW A; VI, 2, 470 B. 438 /. Cochez
C'est ainsi qu'on trouve dans l'Univers une hiérarchie de
beautés ; celle du ciel : soleil, astres, planètes, est de beau
coup supérieure à celle des hommes ; ceux-ci sont plus
beaux que les animaux ; enfin vient la beauté des végétaux
et des corps participant de l'âme de la terre l).
Dans chaque corps particulier, on peut donc envisager ou
sa beauté absolue, ou sa beauté relativement à l'ensemble de
l'Univers. Il se peut que certains soient dépourvus de beauté
absolue : il y a des corps laids. Ils ne sont évidemment pas
le plus parfaits possible. Ainsi de tous les corps, tant
célestes que non célestes, aucun d'eux n'est en soi aussi
beau qu'il pourrait l'être. Mais rapportée à la beauté de
l'ensemble, leur beauté est ce qu'elle doit être, parce que
celle de l'Univers est la plus parfaite possible.
Nous sommes ainsi amenés à rechercher ce qui constitue
proprement la beauté objective des corps.
Dans l'intelligible, la beauté est un aspect de l'essence.
Dans les corps, ce n'est pas une essence, mais un accident
de la substance corporelle, une qualité des êtres sensibles 2).
En effet, nous savons par expérience que les mêmes corps
paraissent tantôt beaux, tantôt laids : les corps ne sont donc
pas beaux en tant que corps : la beauté leur est sur
ajoutée 3).
Elle affecte surtout la vue, parfois aussi l'ouïe 4), à l'ex
clusion des autres sens ; nulle part Plotin ne parle de
la beauté des saveurs, des odeurs, du toucher. C'est donc
toujours une qualité visuelle ou auditive des corps : il en
ressort à l'évidence que le philosophe ne confond pas leur
bonté et leur beauté.
1)' xxviii«VL, 17, 384 D-385 B; ' xxxnr -— , 16, ' 215 F; ' 18, ' 217 D-F; ' 5™ xl ' 96-103 ex
professo, etc.
2) ^jjp 19, 635 AB (livre traitant ex professo des genres des êtres
sensibles).
») I, 1, 50 C.
*) 5' 1, 1, 50 A : « Tô fièv xaXôv èv étyei icXefoxov * Êkrt 8è èv àxoau; x«Tot te Xoytov Esthétique de Plotin 439 V
Cependant toutes les formes que nous voyons, tous les
sons que nous entendons ne sont pas beaux. Qu'est-ce qui
fait leur beauté ? Ce ne sont pas leurs dimensions ou leur
grandeur comme telle. Celle-ci est causée par l'union de la
matière et de la forme et reçoit en elle tous les autres acci
dents, y compris la beauté. Plus un objet est grand, plus
il a besoin d'être dominé par la forme pour paraître beau.
Ainsi donc, la grandeur est comme la matière de la beauté 1).
Ce n'est pas non plus dans la symétrie des parties jointe
à la juste distribution des couleurs, ni dans la combinaison
harmonique des sons que consiste formellement la beauté
des corps.
Qui n'a lu dans le livre rcepl xou xaXoû, le fameux réquisi
toire de Plotin contre la doctine de ses prédécesseurs ?
« Est-ce, comme tous le répètent, la proportion des parties
considérées les unes par rapport aux autres et chacune par
rapport à l'ensemble, jointe à la grâce des couleurs, qui
constitue la beauté quand elle s'adresse â la vue ? Dans ce
cas, la beauté des corps en général consisterait dans la
symétrie et la juste proportion de leurs parties, elle ne
saurait se trouver dans rien de simple, elle ne pourrait
nécessairement apparaître que dans le composé. L'ensemble
seul serait beau ; les parties n'auraient par elles-mêmes
aucune beauté : elles ne seraient belles que par leur rapport
avec l'ensemble. Cependant, si l'ensemble est beau, il paraît
nécessaire que les parties aussi soient belles ; le beau ne
saurait, en effet, résulter de l'assemblage de choses laides.
11 faut donc que la beauté soit répandue sur toutes les
parties. Dans le même système, les couleurs qui sont belles,
comme la lumière du soleil, mais qui sont simples, et qui
n'empruntent pas leur beauté à la proportion, seront exclues
du domaine de la beauté. Comment l'or sera-t-il beau
j i} 672 C : < ... Kal xaXôv où tip iiiyi àXXà tip xaXip,
xaXoû oxt iyévtto ^y»... *«' oSxto tô jx^ya uXtj xoû xgcXoû... »; ÎÎYH^ 2, 543 BC

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