Poterie peinte non figurative préhistorique, protohistorique et gallo-romaine dans la France du Centre et du Sud - article ; n°7 ; vol.58, pg 410-421

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1961 - Volume 58 - Numéro 7 - Pages 410-421
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1961
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J.J. Jully
Poterie peinte non figurative préhistorique, protohistorique et
gallo-romaine dans la France du Centre et du Sud
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1961, tome 58, N. 7. pp. 410-421.
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Jully J.J. Poterie peinte non figurative préhistorique, protohistorique et gallo-romaine dans la France du Centre et du Sud. In:
Bulletin de la Société préhistorique française. 1961, tome 58, N. 7. pp. 410-421.
doi : 10.3406/bspf.1961.3768
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1961_num_58_7_3768Poterie peinte non figurative préhistorique
protohistorique et gallo-romaine
dans la France du Centre et du Sud
PAR
JM J. JULLY •
Cet aperçu comporte des remarques de technique et de terminolog
ie, l'examen de différents types de poterie, une tentative de chronologla mention de quelques formes et de quelques thèmes ornementaux
caractéristiques. En conclusion, des réflexions plus générales : répar
tition géographique, direction et aboutissements de propagation et traits
saillants du problème.
A une technique flottante correspond une terminologie flottante. Un
exemple, assez ancien déjà, est dans toutes les mémoires : « l'ibéro-my-
cénien » de Vasseur (1), Rouzaud (2) et, après eux, d'Evans (3), corrigé,
dès 1905 et surtout en 1918 (4) par Pottier qui, à juste titre, en fit un
« pseudo-mycénien ».
En nous bornant ici au Fer, nous sommes alors, dans la moitié Sud
de la Celtique, en présence de deux techniques principales : une tech
nique Méditerranéenne et une technique non-Méditerranéenne, dite par
fois en Espagne actuellement, « indo-européenne ». La technique Médi
terranéenne est celle de la «céramique grecque d'Occident» de
J. Jannoray. C'est de la « vaisselle commune », ionienne, pseudo
ionienne et aussi, pour l'essentiel, de la poterie dite « ibérique ». Terre
cuite claire, souvent jaunâtre. Engobe non courant. Colorants employés
dans l'ornementation : principalement un brun-rougé; quelques cas de
rouge vif, dans la vallée du Rhône notamment. Thèmes ornementaux
-variés dont des éléments curvilignes. Formes Méditerranéennes — ara-
phorettes, œnochoés, etc — ou de dérivation Méditerranéenne — vase
à anse doublée (Ruscino, Perpignan) (5) rappelant des types Rhodiens
{F. Villard) . A noter toutefois que, dans la série « ibérique », une plus
grande variété de formes et de colorants peut être signalée ainsi
d'ailleurs qu'une réelle évolution. La technique non-Méditerranéenne
est une technique héritière de celle du Rronze final avec des parentés
dans le Sud de l'Allemagne et en Suisse. Terre cuite sombre, noirâtre.
Engobe noir. Colorants de deux sortes : série chromatique avec emploi
du noir et du rouge non vif, série au « graphite » — l'ancien décor
dit « plombagine ». Thèmes ornementaux en nombre assez limité déri
vés les uns de l'excision — triangle, losange pleins, les autres de l'i
ncision — motifs anguleux : éléments de la grecque, H « couchés ». Parmi
un matériel assez fragmentaire, les formes qui nous sont parvenues sont
des coupes profondes, apodes, une coupe à forte carène et à pied
(Mons, Puy-de-Dôme) (6), le vase à col cylindroïde et à panse biconique
de la Grotte Landric, commune de Saint-Beaulize, Aveyron (7). Au
second âge du Fer sur notre territoire, ce double aspect technique
(*) Séance de décembre 1960. PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 411. SOCIÉTÉ
persiste avec d'ailleurs, attestée encore faiblement, du moins en ne se
basant que sur le matériel publié, l'existence nouvelle d'une série
« mixte », aux caractéristiques à la fois Méditerranéennes et non Médi
terranéennes. A la technique « Méditerranéenne » du 1er âge du Fer qui
se prolonge, certaines modifications ou variantes viennent s'ajouter,
par exemple une forme d'urne de type sphéroïde et à bandes peintes
ou, dans la série « ibérique », la forme de « gibus renversé » (sombrero
de сора ou encore kalathos) avec un colorant vineux. Dans la technique
non-Méditerranéenne, il y a un renouvellement remarquable. Et un rap
port avec le Sud de l'Allemagne semble encore pouvoir être affirmé (8).
Engobe blanc. Thèmes ornementaux, ou bien du Sud de l'Allemagne,
ou bien dérivés de ceux de la poterie Marnienne du Second âge du Fer,
ou, apparemment, évolués sur place (9) ou encore — cette fois dans le
Sud de notre pays — fortement sous l'influence du répertoire Méditer
ranéen — présence de la métope avec remplissage de l'espace métopal
par plusieurs lignes ondées horizontales, les unes sous les autres. Signa
lons dans le type « mixte » une amphorette récemment découverte par
le Dr Ch. Morel à Brénoux, Lozère; sa forme est celle de l'amphorette
avec lignes ondées sur le col et sur la panse, mais elle a un engobe
blanc et, outre le rouge des lignes ondées, elle présente des filets
gris (10). Cette « polychromie» relative est déjà caractéristique du type
non-Méditerranéen du Forez et l'utilisation du gris caractérise le faciès
Languedocien de ce même type non-Méditerranéen.
Les différents types de poterie considérés s'inscrivent dans une suc
cession chronologique qui comporte sinon des lacunes du moins de
grands vides. Ces constatations de chronologie sont étayées certes par
tout un contexte, et ni le « décor » ni la forme ne peuvent à eux seuls
ou même étudiés conjointement départager les types différents. En effet,
si le décor est peut-être ce qui varie le moins lorsque l'on s'efforce par
exemple d'avoir une vue d'ensemble d'une aire géographique donnée,
surtout de telle ou telle qui, comme la Méditerranée, possède une personn
alité esthétique bien nette, il est reconnu qu'il ne serait pas de bonne
méthode de trop fonder sur lui. Les « résurgences », les concordances
fortuites, ne se comptent plus. « L'archéologie de l'ornement » a connu
des abus. Quand à baser une chronologie uniquement sur l'étude de
l'évolution des formes, là encore il y a risque d'erreur. Certes les formes
paraissent varier plus que le décor mais si elles sont mentionnées sans
l'accompagnement d'un examen technique, autant dire que l'essentiel du
problème n'a pas été envisagé. Des recherches récentes tenant pleine
ment compte de ces considérations indiquent pour la première fois
sur notre sol l'existence de poteries peintes non-figuratives « préhis
toriques ». Le type Peu-Richard peint noir (Dr J. Arnal et Cl. Bur-
nez) (11) : horizon post-Chasséen. Le type peint brun d'horizon chal-
colithique (12) des grottes du Gard. Le Bronze final, surtout celui
du lac du Bourget, Savoie (12 bis), d'appartenance « indo-européenne»
indéniable, type où la dichromie et la trichromie sont présentes. Dans
l'horizon protohistorique, au premier âge du Fer, les deux grands types
précédemment rappelés : le type non-Méditerranéen en liaison étroite
avec des types du Bronze final (cf. Suisse), le type Méditerranéen avec
les subdivisions déjà indiquées plus haut d'ailleurs, plus celle, fort bien
mise en lumière tout dernièrement par F. Villard (13), qui comprend
toute la « céramique grecque de Marseille», c'est-à-dire celle de la colonie
grecque proprement dite et ne présentant pas encore la dégénérescence
des formes et celle du décor du « pseudo-ionien ». Une intéressante
constatation : présence dans le Sud de la France au premier âge du
Fer d'une poterie dont le décor consiste uniquement en bandes nomb
reuses horizontales et parallèles. Dans la péninsule Ibérique (Levant
Espagnol et la zone Sud), dans le Sud de la Sardaigne, à la pointe Sici
lienne qui fait face à l'Afrique, ce décor pauvre et simple est également
attesté. Il semble d'ailleurs qu'il soit, du moins hors de notre pays, 412 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
typique de la poterie « punique ». Autre remarque sur lui : il est, en
Péninsule Ibérique, avec la première poterie peinte du Ie1 âge du Fer
et il s'y trouve encore en bout de course, au second âge du Fer. Il
semble que sur ce point il y ait aussi en France des rapprochements à
établir, notamment avec la poterie analogue de Marseille (14) et celle
d'Ensérune (15) l'écart chronologique étant comparable à celui qui est
apparent dans la péninsule Ibérique.
Si l'on se limite à la stricte mention des types Méditerranéens —
ionien, pseudo- ionien, « ibérique » — il n'est pas inutile peut-être de
souligner les noms de ceux qui ont contribué à les faire reconnaître :
en 1914, Vasseur (16), pour l'ionien; en 1933, Jacobsthal et Neuffer (17)
et en 1937, Ph. Héléna (18) pour le pseudo-ionien. Quand à « l'ib
érique », il y eut, surtout avant 1914, une tendance à en voir un peu par
tout, notamment dans nos départements du Languedoc. C'est le reproche
que l'ont peut adresser par exemple à Mouret (19).
Au second âge du Fer, il semble qu'en plus des types pseudo-ionien
et « ibérique », ici et là, il y ait, en isolés jusqu'ici, des types de déri
vation gréco-romaine (20). Quand à la série non-Méditerranéenne, celle
du « gaulois peint » c'e J. Déchelette, il y a eu depuis les travaux de
cet auteur, des publications, des recherches, des découvertes ou même
des re-découvertes comme celle du Crêt-Chatelard (21). Déjà renouvelé,
ce sujet le sera plus encore lorsque le matériel de la Nouvelle Poste,
Roanne (22) et celui du Crêt-Chatelard auront été intégralement publiés.
C'est dans le Sud de la France, notamment à Montfo-Magalas (23), à
Ensérune (24), ailleurs encore, par exemple à Elne, Pyrénées-Orient
ales (25), à la Roque, commune de Fabrègues, Hérault (26) que le type
« celtique » du second âge du Fer non reconnu par Mouret, a été signalé.
Des fouilles en cours, à Chateaumeillant, Cher, (27) notamment, appor
teront encore du nouveau.
Tout porte à croire d'ailleurs que le renouveau escompté touchera
avant tout la chronologie jusqu'ici admise, tout particulièrement pour
cette poterie peinte non-figurative du second âge du Fer qui paraît avoir
eu des prolongements et une certaine vitalité jusque dans notre ère. Mais,
plus généralement, c'est une acquisition due aux toutes dernières
recherches qui permet maintenant de préciser telle ou telle succession
chronologique comme certaines concordances stratigraphiques. Des
fouilles en cours (28), des études aussi (29) ajouteront, dans un avenir
prochain, de nouveaux jalons.
Le Peu-Richard peint suit immédiatement, avec le Peu-Richard en
relief, un niveau Chasséen. Sur ce site, la datation de ce niveau Cha-
séen, d'après le carbone 14, est 2.700 avant l'ère (30). Dans le Var un
tesson de Ripoli a été signalé par J. Audibert (31. Les tessons de Bra-
mabiau, commune de Saint-Sauveur-des-Pourcils, Gard, avaient, dès
1948 (32), été retenus dans un horizon chalcolithique, horizon confirmé
par J. Audibert, qui a également signalé (33) ceux de la grotte des
Italiens, commune de Méjannes-le-Clap, Gard et de la combe Pradier,
commune de Rémoulins, Gard. A Grésine, lac du Bourget, Savoie, la
poterie peinte non-figurative est dans un horizon du Bronze final 3 (34).
Mais c'est au Fer que les précisions chronologiques sont les plus mar
quées. La poterie peinte non-Méditerranéenne est en contexte avec la
longue épée en fer à Freyssinel, commune de Sauveterre, Lozère (35).
Il en est de même à Corent, Puy-de-Dôme (Hallstatt C) (36). A Castres
(Tarn), Joulin, en 1922, l'indiquait en relation topographique avec des
épées à antennes. A la crête de la Boulaine, commune de Gabrias,
Lozère, le Docteur Ch. Morel Га signalée avec des bracelets filiformes à
section rectangulaire (Hallstatt tardif) (37). Quant à l'important matériel
de poterie découvert dans la grotte Landric, commune de Saint-Beau-
lize, Aveyron par P. Temple (38), il fut trouvé en surface dans un en
semble présentant des survivances du Bronze. Le type Méditerranéen est
en contexte avec l'attique à figures noires à Ruscino niveau 2, au PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 413 SOCIÉTÉ
Fig. 1. — № 1, Peu-Richard : feston noir peint; n° 2 : grotte de Bramabiau,
commune de Saint-Sauveur-des-Pourcils, Gard (Muséum Nîmes) (à la dimens
ion) ; nos 3, 4, 5 : grotte de Bramabiau (Muséum de également (à
la dimension). 414 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
Cayla II, à Ensérune niveau I, à Saint-Biaise, couche III, au Garou,
commune de Sanary, Var : niveau B2, cabane 17. Ceci est valable encore
dans d'autres sites non publiés. Au second âge du Fer, la poterie peinte
non-figurative de type Méditerranéen est en contexte avec l'attique à
figures rouges ou à vernis noir uniforme, au Cayla, niveau 3, à Ensérune,
niveau 2 b, à la Roque, commune de Fabrègues, Hérault, au Garou, C, cabane 16. Elle est encore en contexte soit avec la céramique
« pré-campanienne », soit avec la céramique « campanienne », au Cayla
niveau 4, à Ensérune niveau 3, à la Boque, à Montfo-Magalas, Hérault.
Des prolongements de la série non-Méditerranéenne ont été reconnus en
contexte avec de l'Arezzo à Roanne (39), avec du Lezoux au Crêt Cha-
telard (40). A Nîmes, Gard, une poterie peinte locale a jadis été signalée
par Mazauric en contexte avec des monnaies du ive siècle de notre ère.
D'autres mentions, plus récentes (41), tendent également à prouver la
continuation de la technique de la poterie peinte non-figurative dans
des horizons très tardifs.
En ce qui concerne les formes, il n'est pas impossible de voir quelque
ressemblance entre le vase peint publié par le Dr J. Arnal et par
Cl. Burnez provenant de Peu-Richard (42) et tel vase de Zebbug, 2e néoli
thique Maltais (43). Jusqu'ici, dans l'horizon chalcolithique le matériel
est fragmentaire seulement (44). A Coltines, Cantal, un vase ancienne
ment trouvé est, avec son bord fortement évasé et son épaule très sail
lante, comparable à un type du Bronze Suisse. En Savoie, au lac du
Bourget (45), dans le Jura (46)1 la poterie est encore très fragmentée mais
des plats et des coupes existent. Aux formes déjà données ci-dessus
pour le 1er âge du Fer, tant dans la série Méditerranéenne que dans la
série non-Méditerranéenne, il est bon d'ajouter un type de vase dont le
couvercle présente des sortes de tenons (Cayla II, Mailhac, Aude) : ce
type là est attesté dans le Levant Espagnol (47). Au second âge du Fer,
des formes nouvelles apparaissent : certains vases semblent avoir des
formes correspondantes dans la péninsule Italique, par exemple le vase
de la cascade du Dard, Baume-les-Messieurs, Jura (48) qui rappelle
l'urne cinéraire ovoïde de Golasecca (-700 à -500) et aussi l'urne à
cordons d'Esté, IIIe période. D'autres, principalement localisés en Lan
guedoc et Roussillon, ont la forme du « gibus renversé » déjà signalée
plus haut. D'autres encore sont proche-parents d'un type de l'Ouest de
l'Allemagne (La Tène tardif) (49). Tel ou tel vase à Ensérune (50 se
rapproche encore beaucoup de cette forme. Le « bol », très fréquent à
Roanne (51), est aussi une forme nouvelle.
Les thèmes ornementaux de la poterie peinte non-figurative sont,
dans l'ordre chronologique, les suivants : néolithique Peu-Richard —
cordons pinces colorés en noir, arcs ou festons noirs (52), portions de
cercles, lignes entrecroisées (53) ; chalcolithique du Gard — lignes bru
nâtres assez irrégulières de contour et parfois perpendiculaires à des
cordons parallèles et horizontaux : Bronze — double vocabulaire orne
mental déjà noté : transpositions dans le langage peint de thèmes
mentaux excisés ou incisés : triangles, losanges, carrés hachurés, bandes
en croix, chevrons (lac du Bourget, Savoie), damier (Coltines, Cantal).
Au 1er âge du Fer, la grammaire ornementale de la poterie peinte non-
Méditerranéenne reste dans la tradition de la poterie peinte du Bronze
final : continuation du décor « excisé », présent d'ailleurs alors dans
l'Allemagne du Sud (Salem), et du décor « incisé » dans la technique
peinte. Méritent d'être mentionnés deux thèmes ornementaux : les carrés
inscrits (Vix (54), Freyssinel) (55) que l'on retrouve dans la péninsule
Ibérique à Almohaja (Teruel) (56) et les rectangles inscrits (Thiverny,
Oise (57), Villeneuve-la-Guyard, Yonne (58), Almohaja (Teruel) (59),
Cortes de Navarra) (60). Parmi les thèmes ornementaux existant sur la
poterie peinte de type Méditerranéen, citons, outre les bandes parallèles
horizontales, (Ruscino-Perpignan, le Cayla-Mailhac, Ensérune), les filets
parallèles horizontaux avec des pastilles ou des points alignés entre eux 2. — № 1 : vase forme 20 du Dr Morel, tumulus XVII, Freyssinel, comFig.
mune de Sauveterre, Lozère (fouilles Dr Ch. Morel) ; n° 2 : vase du tumulus
de Mons près Saint-Flour, Cantal, publié en 1878 par Delort dans M tériaux,
fig. 44, p. 63; n° 3 : vase de la grotte de Landric, Saint-Beaulize, Aveyron
(fouilles de P. Temple); n° 4 : idem; n°8 5, 6, 7, 8 : Ruscino-Perpignan,
Pyrénées-Orientales : habitat, seconde moitié du vie siècle avant l'ère (G.
Claustres); nos 9, 10 : le Cayla niveau II, Mailhac, Aude (moitié du vie siècle
avant l'ère, à première partie du V) (O. et J. Taffanel); n° 11 : vase prove
nant de Brenoux, Lozère (d'après le dessin aimablement communiqué par
le Dr Ch. Morel). 416 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
(Durban, Beaume-de-Venise, Vaucluse) (61), les mêmes filets mais verti
caux cette fois avec les mêmes pastilles en ligne (le Castelet, Font-
vieille, Bouches-du-Rhône) (62). La métope vide est à Marseille (63);
remplie par un thème ornemental, elle est à Ruscino-Perpignan (64), à
Ensérune (65). Le feston existe au Pègue, Drôme (66). Quand à la « Wel-
lenlinie » — ligne ondée — très répandue dans toute la Méditerranée
au Fer, elle est, dans le Languedoc, au Cayla-Mailhac (67), à Ensé
rune (68) notamment. En Provence, elle se trouve au Garou, Sanary,
Var (69), à Marseille (70), au Castelet-Fontvieille (71). La basse vallée
du Rhône ne l'ignore pas, par exemple au Mourre de Sève, Sorgues,
Vaucluse (72). Au Ve siècle avant l'ère, dans la poterie de type déjà « ibé
rique », des thèmes ornementaux apparaissent : cercles concentriques
se chevauchant et traversés en leur milieu par une ligne horizontale
(œnochoé de « style Tartessos » (sic), Ensérune, Musée). A Montfo-Maga-
las, des cercles concentriques plus nombreux coupés, en leur milieu, par
plusieurs lignes horizontales, ont été attribués au ive siècle avant
l'ère (73). Des demi-cercles concentriques, parfois des trois quarts, limi
tés par deux traits parallèles ou par un trait et une bande et tantôt dispo
sés en festons, tantôt disposés en arcs concentriques, ont été trouvés à
Ensérune (Musée), au Cayla-Mailhac (74), à Montlaurès-Narbonne (Musée
de Narbonne). Comme autres thèmes ornementaux « ibériques» présents
dans le Languedoc, il faut indiquer les segments de cercles, décroissants
et disposés en éventail (Ensérune, Musée), les mêmes segments disposés
en hélice (Ensérune, Musée). D'autres sont à la fois dans le Languedoc
et dans le Roussillon, notamment deux thèmes ornementaux très par
ticuliers : « ailes d'oiseau en vol » disposées verticalement dont la
pointe en V s'applique à des lignes verticales et parallèles entre elles,
ce qui donne l'impression d'un travail d'osier tressé (type « gabion »)
ou d'une toile d'araignée (Marseille (75), Ensérune (Musée), Montlaurès
(Musée de Narbonne), Ruscino (76); festons sous une ligne horizontale
qu'ils frôlent et créant par leur chevauchement et cette rencontre à la
« corde », des segments colorés d'une manière uniforme : thème très
ibérique — il est à Amarejo — que nous avons à Montlaurès (Musée de
Narbonne), à Elne, Pyrénées-Orientales (Musée du Cloître). A ces nou
veaux thèmes qui s'offrent parfois à la transition 1er âge du Fer second
âge du Fer, il faut ajouter, dans un horizon du second âge du Fer, des
thèmes 3° niveaux déjà d'ensevelissements, relevés au 1er âge du décor Fer métopal, : décor à Ensérune bandes, Ensérune (Musée) 2e (77), et
ligne ondée, Ensérune, 2e niveau d'ensevelissements et encore sur ossu
aire « celtique», dans le 3'" (78).
Quelle est la répartition géographique de cette poterie peinte non-
figurative dans le Centre et le Sud de la France? Les zones côtières et
leur arrière-pays semblent particulièrement favorisées, zone côtière
Atlantique pour le néolithique peint Peu -Richard,
Méditerranéenne pour le chalcolithique du Gard. Au Bronze final, les
Alpes : Jura (Baume-les-Messieurs), la Savoie (lac ou Bourget). Au
Fer, à nouveau la zone côtière Méditerranéenne et son arrière-pays avec
des pointes assez profondes le long ou près de voies naturelles. C'est le
moment de la plus grande diffusion de la poterie peinte non-figurative
et aussi de sa densité. D'ailleurs il ne se passe pas d'année
sans qu'ici et là de nouveaux sites à poterie peinte non-figurative soient
signalés. Un des tout derniers par exemple est l'oppidum de Joeuvre
dans la Loire (79). Les trois grandes familles de poterie peinte non-figu
rative du Fer se répartissent ainsi : faciès atypique à bandes et faciès
« ibérique » : Languedoc-Boussillon avec un certain nombre de pré
sences «ibériques» à l'Est du Rhône; faciès archaïsant : basse vallée
Rhodanienne, notamment sur les sites de Roouemaure, Gard, le Pègue
(Drôme), Malpas-Soyons, (Ardèche). Si l'on tente de chiffrer, avec la
marge d'erreur due justement à cette découverte quasi incessante de
nouveaux sites à poterie peinte non-figurative dans le Sud de notre pays, SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 417
figure 3
Fig. 3. — № 1 : cascade du Dard, Baume-les-Messieurs, Jura; n° 2 : Saint-
Rémy-de-Provence; n°" 3, 4, 5 : Ensérune; n° 6 : forme la plus courante à
Roanne; n° 7 : thème ornemental présent à Roanne, Nouvelle Poste. Il est
également dans l'Allemagne de l'Ouest à la fin de La Tène; nos 8, 9 : thèmes
ornementaux présents à Roanne, Nouvelle Poste; n° 10 : bol type Roanne
(polychrome : sur fond blanc, colorants marron, violet, rouge). Nous r
emercions vivement M. R. Perichon pour son autorisation de reproduction
concernant les noe 7, 8, 9, 10.
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 27 418 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
les découvertes plus ou moins importantes de cette poterie, on obtient
les résultats suivants : ionien et pseudo-ionien à l'Ouest du Rhône : 28
sites environ, à l'Est du Rhône, 23; « ibérique » à l'Ouest du Rhône,
14 sites à l'Est du 6.
Avec une telle localisation, tant à la préhistoire que dans les temps
protohistoriques, un cheminement préalable de « propagation » semble
tout indiqué ou, du moins, une direction et des points d'aboutissements
et même des « causes » apparaissent en clair. En ce qui concerne le
Peu-Richard peint, il n'est pas impossible, croyons-nous, à la fois de
le relier au thème ornemental non peint dit « oculé », thème connexe
topographiquement, et aux antécédents de ce dernier tant en
Méditerranée occidentale qu'en Méditerranée orientale (80). Les tessons
peints du Gard eux aussi indiquent, au chalcolithique, des contacts
Méditerranéens non interrompus. Au Fer, avec des importations de plus
en plus attestées sur des sites dont le nombre va en croissant aussi, la
Méditerranée et surtout la Méditerranée orientale est présente dans
le Sud du pays. Puisque ce sont de telles importations qui ont préparé
la voie de la poterie peinte non-figurative ou qui l'ont accompagnée, il
n'est pas sans intérêt peut-être de rappeler brièvement en quoi elles ont
consisté. Dans les séries non peintes, des amphores puniques ont été
recueillies à Ruscino-Perpignan, au Garou-Sanary (81), des amphores
étrusques à au Cayla II-Mailhac, à Bessan, Hérault,
au Grau du Roi, Bouches-du-Rhône, au Garou-Sanary, à Antibes, le buc-
chero пего sur quinze sites au moins : Ouest du Rhône : le Cayla II,
Ensérune, Calvisson, (Gard), La Liquières-Nages (Gard), Malpas-Soyons
(Ardèche) ; Est du Rhône: le Garou-Sanary (82), Antibes, Marseille,
Saint-Biaise, Martigues, la Couronne-l'Arquet (B.-du-Rhône), Tamaris,
Eygalières (B.-du-Rhône), Saint-Rémy-de-Provence, le Mourre de Sève-
Sorgues, (Vaucluse). Dans les séries peintes, la céramique Rhodienne se
trouve à Saint-Biaise (assez forte proportion), à Ruscino-Perpignan,
à la Couronne-l'Arquet (Bouches-du-Rhône), à Marseille et, ici et là,
elle est en contact avec l'ionien, par exemple à la Couronne et à
Ruscino, niveau 2; la céramique Etrusque imitation du protocorinthien,
est à Pertuis, Vaucluse : coupe de l'Agnel, au Cayla-Mailhac : sky-
phos (83), et à la Bâtie-Monsaléon, dans les Alpes (84); La céramique
protocorinthienne est à la grotte Saint-Vérédème, Sanilhac, Gard (85),
et à Saint-Biaise; le corinthien est à Saint-Biaise (assez bien attesté),
à la Couronne-l'Arquet, à Antibes.
Cette rapide vue d'ensemble connaît plus d'espaces dans l'ombre que
d'espaces en pleine lumière mais ce qui, peu à peu, a rejoint le plein
jour de la connaissance archéologique actuelle (86), est d'une impor
tance capitale non seulement pour les spécialistes mais encore et sur
tout pour une plus juste appréciation des origines Méditerranéennes de
notre civilisation. Le sujet de la poterie peinte non-figurative, fort bien
exploité depuis longtemps déjà au-delà des Alpes, est loin d'être aussi
pauvre en France qu'on aurait pu le croire. C'est un sujet qui a fo
rcément des prolongements en Méditerranée orientale à tout coup. C'est
un sujet qui est synonyme des vagues civilisatrices successives, en
provenance du Moyen-Orient pour l'essentiel, qui déferlèrent sur nos
côtes du Sud.
Certes cet A В С de la poterie peinte non-figurative dans le Centre
et le Sud de la France n'est et ne peut être encore qu'une approximat
ion. Mais, croyons-nous, il était bon, ne serait-ce que pour recueillir
remarques et corrections, de le présenter. Il peut être également de
quelque utilité pour les chercheurs trop coupés de toute documentation
de notre Sud Méditerranéen, dans l'attente de publications, qui s'a
nnoncent, de stratigraphies (86) et de concordances stratigraphiques (87).
Un des problèmes à l'ordre du jour de notre protohistoire, l'étude de
la poterie peinte non-figurative, est également un des problèmes à l'ordre
du jour de la préhistoire et de la protohistoire de la Méditerranée-
occidentale toute entière.

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