Première approche de l'évolution de l'industrie du silex du Ve au IVe millénaire avant Jésus-Christ dans le sud-est du Bassin parisien - article ; n°2 ; vol.93, pg 225-234

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1996 - Volume 93 - Numéro 2 - Pages 225-234
RESUME L'examen d'une dizaine de séries lithiques appartenant au Néolithique ancien (Rubané final), au Néolithique moyen I (groupe de Cerny) et au Néolithique moyen II (groupe de Noyen) a permis de mettre en évidence une évolution de la production des outillages de silex dans le Sud- Est du Bassin parisien. Les principaux résultats montrent que le Néolithique ancien se caractérise par l'existence d'une production laminaire, minoritaire, issue d'un savoir- faire technique élevé et par l'acquisition de matières premières exogènes ou d'accès peu aisé. Cette structure de production serait héritée du Rubané final du Nord du Bassin parisien, supposé à l'origine du premier Néolithique régional. L'abandon de cette production lors du passage au Néolithique moyen traduirait une autonomie technique précoce de cette région par rapport au modèle danubien. Elle serait liée à un revirement du système technique et, aussi, à une meilleure adaptation des techniques et des méthodes de taille à la matière première locale, surabondante mais de qualité moyenne. Elle s'inscrirait dans le processus de mutations socio-économiques qui transparaît dans les données archéologiques.
ABSTRACT Study of about ten lithic series belonging to the Early Neolithic (Late Linear), Middle I Neolithic (Cerny group) and Middle II Neolithic (Noyen group) has demonstrated an evolution of the production of flint tools in the south-east of the Paris Basin. The principal results show that the Early Neolithic is characterised by the existence of minoritary blade production, dependent on a high degree of technical know-how and by the acquisition of raw materials from elsewhere, or of difficult access. This production structure would seem to have been inherited from the Late Linear Pottery culture of the north of the Paris Basin, presumed to be at the origin of the earliest Neolithic founds in the region. The abandoning of this type of production seems to translate an early technical autonomy in this region, compared with the Danube model. It would appear to be linked to a change in the technical system and, also, to an improved adaptation of knapping techniques and methods to local raw materials, which are very abundant but of mediocre quality. This adaptation seems to be part of the process of socio-economic changes which are visible in the archaeological data.
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Anne Augereau
Première approche de l'évolution de l'industrie du silex du Ve au
IVe millénaire avant Jésus-Christ dans le sud-est du Bassin
parisien
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1996, tome 93, N. 2. pp. 225-234.
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Augereau Anne. Première approche de l'évolution de l'industrie du silex du Ve au IVe millénaire avant Jésus-Christ dans le sud-
est du Bassin parisien. In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1996, tome 93, N. 2. pp. 225-234.
doi : 10.3406/bspf.1996.10144
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1996_num_93_2_10144Résumé
RESUME L'examen d'une dizaine de séries lithiques appartenant au Néolithique ancien (Rubané final),
au Néolithique moyen I (groupe de Cerny) et au Néolithique moyen II (groupe de Noyen) a permis de
mettre en évidence une évolution de la production des outillages de silex dans le Sud- Est du Bassin
parisien. Les principaux résultats montrent que le Néolithique ancien se caractérise par l'existence
d'une production laminaire, minoritaire, issue d'un savoir- faire technique élevé et par l'acquisition de
matières premières exogènes ou d'accès peu aisé. Cette structure de production serait héritée du
Rubané final du Nord du Bassin parisien, supposé à l'origine du premier Néolithique régional.
L'abandon de cette production lors du passage au Néolithique moyen traduirait une autonomie
technique précoce de cette région par rapport au modèle danubien. Elle serait liée à un revirement du
système technique et, aussi, à une meilleure adaptation des techniques et des méthodes de taille à la
matière première locale, surabondante mais de qualité moyenne. Elle s'inscrirait dans le processus de
mutations socio-économiques qui transparaît dans les données archéologiques.
Abstract
ABSTRACT Study of about ten lithic series belonging to the Early Neolithic (Late Linear), Middle I
Neolithic (Cerny group) and Middle II Neolithic (Noyen group) has demonstrated an evolution of the
production of flint tools in the south-east of the Paris Basin. The principal results show that the Early
Neolithic is characterised by the existence of minoritary blade production, dependent on a high degree
of technical know-how and by the acquisition of raw materials from elsewhere, or of difficult access. This
production structure would seem to have been inherited from the Late Linear Pottery culture of the
north of the Paris Basin, presumed to be at the origin of the earliest Neolithic founds in the region. The
abandoning of this type of production seems to translate an early technical autonomy in this region,
compared with the Danube model. It would appear to be linked to a change in the technical system and,
also, to an improved adaptation of knapping techniques and methods to local raw materials, which are
very abundant but of mediocre quality. This adaptation seems to be part of the process of socio-
economic changes which are visible in the archaeological data.;
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I
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 /TOME 93, n° 2 225
PREMIERE APPROCHE DE L'EVOLUTION
DE L'INDUSTRIE DU SILEX
DU Ve AU IVe MILLÉNAIRE AVANT JÉSUS-CHRIST
DANS LE SUD-EST DU BASSIN PARISIEN
Anne AUGEREAU
RESUME culture of the north of the Paris des schémas techniques précis et
Basin, presumed to be at the origin conduit à satisfaire des besoins spé
L'examen d'une dizaine de séries of the earliest Neolithic founds in the cifiques. Elle peut donc être considé
lithiques appartenant au Néolithique region. The abandoning of this type rée comme appartenant à un sys
ancien (Rubané final), au of production seems to translate an tème qui se structure au rythme des
moyen I (groupe de Cerny) et au early technical autonomy in this re changements socio-économiques.
Néolithique moyen II (groupe de gion, compared with the Danube Aussi, l'ambition de ce travail est-il
Noyen) a permis de mettre en év model. It would appear to be linked de tester l'apport des études de
idence une évolution de la production to a change in the technical system technologie lithique à la connais
des outillages de silex dans le Sud- and, also, to an improved adaptation sance des sociétés néolithiques du
Est du Bassin parisien. Les princi Sud-Est du Bassin parisien du Ve au of knapping techniques and methods
paux résultats montrent que le Néoli milieu du IVe millénaire avant J.-C. en to local raw materials, which are very
thique ancien se caractérise par abundant but of mediocre quality. le situant par rapport à celui des
l'existence d'une production lami This adaptation seems to be part of autres industries. Il s'agit d'élargir le
naire, minoritaire, issue d'un savoir- the process of socio-economic champ des études sur le Néolithique
faire technique élevé et par l'acquisi changes which are visible in the ar dans une région marquée par des
tion de matières premières exogènes chaeological data. phénomènes d'interpénétration cul
ou d'accès peu aisé. Cette structure turelle et caractérisée par des gis
de production serait héritée du Ru ements accessibles de matière sil
bané final du Nord du Bassin pari Ш PROBLEMATIQUES iceuse, le silex de la craie, abondants
sien, supposé à l'origine du premier ET FONDEMENTS mais de qualité médiocre.
Néolithique régional. L'abandon de DE L'ÉTUDE (1)
cette production lors du passage au Les problématiques suivantes ont Dans la moitié Nord de la France moyen traduirait une au été abordées : en général et dans le Sud-Est du tonomie technique précoce de cette Bassin parisien en particulier, la r — La chronologie du Néolithique région par rapport au modèle danub echerche sur le Néolithique de ces ancien du Sud-Est du Bassin pariien. Elle serait liée à un revirement trente dernières années s'est orien sien fait actuellement l'objet d'une du système technique et, aussi, à tée essentiellement vers la définition discussion. L'étude de la céramique une meilleure adaptation des tech du "paysage culturel" en caractéri indiquerait une forte occupation du niques et des méthodes de taille à la sant la culture matérielle des Rubané final, étape terminale du Rumatière première locale, surabon groupes régionaux. Dans cette ca- bané Récent du Bassin parisien, dante mais de qualité moyenne. Elle ractérisation, la part de l'industrie li- avec les sites de Passy "Les Gravs'inscrirait dans le processus de mut thique, aux côtés des éléments céra iers", Balloy "Les Réaudins", Barations socio-économiques qui trans
miques, architecturaux, funéraires, bey "Le Buisson Rond" (Constantin paraît dans les données archéolog est loin d'être négligeable et on c et Ilett, 1995). Toutefois, l'hypothèse iques. itera, par exemple, les travaux de du Rubané final est remise en cause
G. Bailloud (1964) et de С Constant pour certains sites comme Ville-
in (1985). Mais il s'avère maintenant ABSTRACT neuve-la-Guyard par C. Constantin
indispensable d'aborder les indust (Constantin, 1985 et Study of about ten lithic series be ries lithiques néolithiques pour elles- Ilett, 1995) qui propose pour ce site longing to the Early Neolithic (Late L mêmes, en terme de processus une "étape formative du groupe de inear), Middle I (Cerny technique, à l'exemple de plusieurs Villeneuve-Saint-Germain", à l'igroup) and Middle II Neolithic (Noyen auteurs comme D. Binder (1987) nverse des positions de P. Duhamel et has demonstrated an evolut pour les industries cardiales de la M. Prestreau (Duhamel et Prestreau, ion of the production of flint tools in Provence. En effet, l'économie li- 1988 Prestreau, 1992, 1993). the south-east of the Paris Basin. The thique, aboutissant à la production
principal results show that the Early — En ce qui concerne le Cerny, il de l'essentiel des outils qui parvien
semble acquis qu'il soit issu des Neolithic is characterised by the exis nent à l'archéologue, est structurée
tence of minoritary blade production, groupes épirubanés et qu'il se et cohérente : elle répond à des st
dependent on a high degree of tech scinde en au moins deux étapes trimulations diverses, se réalise selon
nical know-how and by the acquisit aduisant des apports successifs
ion of raw materials from elsewhere, d'éléments novateurs (Mordant D.,
or of difficult access. This production (1) Cet article présente le résumé d'une 1980, 1986 a ; Constantin, 1985, thèse de doctorat soutenue à l'Université de structure would seem to have been 1992 Duhamel et Prestreau, 1988, Paris en décembre 1993 dont la publication inherited from the Late Linear Pottery est en cours. 1991). Mais l'interprétation du ,
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contacts avec la sphère septentriogroupe de Cerny, devenu culture de de differentiation sociale indépen
dant des accointances culturelles. nale (groupes danubiens et Rubané) puis sa définition par G. Bailloud
et aussi méridionale. Notamment, il (1964), diffère selon que les cher — Enfin le groupe de Noyen, déf fallait vérifier, sous l'angle des induscheurs se réclament d'une concept ini par D. Mordant (1982, 1986 b), se tries lithiques, l'hypothèse de ion plutôt chronologique ou plutôt caractérise par l'amalgame d'élé С Constantin (1985) selon laquelle le culturelle de la recherche néolithique. ments méridionaux chasséens (mar Rubané Récent du Nord du Bassin Pour les premiers, partisans de l'op mites) et septentrionaux Michelsberg parisien serait à l'origine du Néolition chronologique, la culture de (vases à col) avec le fond Cerny. Ce thique ancien du Sud-Est. Ainsi, les Cerny représenterait une étape du groupe suscite actuellement une caractères lihiques du Néolithique Néolithique européen parallélisée, controverse sur sa position au sein ancien du Sud-Est du Bassin pariselon les auteurs, avec le Róssen des cultures du Néolithique moyen sien ont été dégagés afin d'en percefinal (Lichardus, 1992) ou le II du Bassin parisien s'agit-il d'un voir l'évolution et d'examiner leurs (Dubouloz, 1994) elle désignerait groupe culturel à part entière carac rapports avec les industries du Ruune des manifestations du Chalcoli- térisant une micro-région comme le thique européen ou du Proto-Chal- bané Récent du Nord du Bassin paripense D. Mordant ? ou représente- sien, d'une part, et de l'ensemble colithique. Les seconds cherchent à t-il le front de pénétration méridional des groupes danubiens occidentaux évaluer la part des influences exté de la culture de Michelsberg (Le Bol- rieures, notamment rhénanes, et la (Rubané, Villeneuve-Saint-Germain, loch, 1992)? part des caractères régionaux dans Blicquy), d'autre part.
la formation et l'évolution du groupe Finalement, deux questions es 2) La question du passage du de Cerny. Ainsi, pour D. Mordant sentielles, au cœur des préoccupat Néolithique ancien au Néolithique (1980, 1986 a), si l'influence orientale ions de la recherche sur le Néoli moyen et de l'existence, dans le est certaine, il s'agirait de contacts thique européen, ressortent de ces Sud-Est du Bassin parisien, d'un discrets et indirects avec les groupes débats Chalcolithique structurellement euroRóssen et Epi-Rôssen de l'Est et du
péen auquel sont rattachés, par cerNord-Est, sans fusion réelle des di 1) Le processus de néolithisation
tains auteurs, les changements apfférentes composantes. Dans les pra dans le temps du Sud-Est du Bassin
paraissant dans le groupe de Cerny parisien et des stimuli ayant présidé tiques funéraires, C. Jeunesse (1994)
et se développant dans la deuxième constate un amalgame entre une à l'évolution du premier Néolithique
régional posent le problème de la na- partie du Néolithique moyen (Licharforte tradition rhénane (inhumation
dus et Démoule, 1994). Phénomène allongée) et un phénomène général ture et de la chronologie des
Formations tertiaires
Campanien
Fig. 1 - Carte de répartition des sites étudiés et principales formations géologiques. Étoiles, habitats du Néolithique ancien
(Seine-et-Marne) 6, Barbey "Le Buisson Rond" et Barbey "Le Chemin de Montereau" (Seine-et-Marne) 4, Balloy "Les Réaudins" 7, Villeneuve-la-Guyard "Les Falaises de Prépoux" (Yonne) 8, Passy "Les Graviers" et Passy "La Sablonnière" (Yonne). Cercles vides,
enceintes du groupe de Cerny 1 Barbuise-Courtavant "Les Grèves de Frécul" (Aube) 4, Balloy "Les Réaudins"
Nachères" 5, Châtenay (Seine-et-Marne) "Les Pâtures" (Seine-et-Marne). ; 3, Grisy "Les Rouqueux" Cercles pleins, (Seine-et-Marne). retranchements Carrés du groupe pleins, de minières Noyen à silex 2, Noyen-sur-Seine : 9, Villemaur-sur-Vanne "Le Haut des "Le
Grand Bois Marot" et Villemaur-sur-Vanne "Les Orlets" (Aube). :
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sensible à l'échelle européenne (Li- nombre de restes, plus du tiers de de grandes ressemblances avec
chardus et al., 1985 Dubouloz, l'ensemble des vestiges archéolo celle du Rubané Récent de Picardie
1991), les changements structurels giques provenant de cette région. Il définie par M. Plateaux (1981, 1990).
se manifestant à cette période doi laisse la voie, en essayant de tracer Cela s'exprime surtout dans les ca
vent être replacés dans le cadre du des pistes variées, à des études ulté ractères de la production laminaire
rieures pouvant se greffer librement qui se compose de petites lames (dcontinent. Mais la question mérite
d'être abordée, dans un premier sur l'ossature ainsi édifiée. imensions moyennes : 52 mm pour la
temps, sous l'angle de la logique longueur, 19 mm pour la largeur et
évolutive intrinsèque des sociétés 6 mm pour l'épaisseur) débitées par
■ LE NÉOLITHIQUE ANCIEN : néolithiques locales (Constantin et percussion indirecte pour l'essentiel
INDUSTRIE LITHIQUE ET al., 1994) à quel moment peut-on (fig. 2). La méthode de débitage
percevoir, dans les industries li- TRADITION DANUBIENNE consiste à préparer le nucleus par
OCCIDENTALE une crête frontale ou trois crêtes an- thiques du Sud-Est du Bassin pari
sien, les prémices d'une évolution ? téro-latérales mises en forme par
percussion indirecte. Le plan de Sur quelles bases et à partir de quels • Néolithisation stimuli cette évolution s'amorce t-elle frappe est préparé par une tablette
et quelles en sont ses étapes ? Quels en oblique puis par de petits enlèveL'industrie lithique des premières
sont ses rapports avec l'émergence ments centripètes qui permettent de étapes du Néolithique ancien du
du Chalcolithique européen ? caler le chasse-lame. Le débitage est Sud-Est du Bassin parisien présente
Les séries traitées sont abon
dantes et variées : environ 100 000
artefacts en silex, dont 6 000 pièces
retouchées, ont été manipulés. Elles
proviennent de sites localisés dans
les vallées de la Petite-Seine, de
l'Yonne et de la Vanne (fig. 1)
— habitats du Néolithique ancien :
Balloy "Les Réaudins", Seine-et-
Marne (fouilles D. Mordant ; Mor
dant, 1991) ; Barbey "Le Buisson
Rond" et Barbey "Le Chemin de
Montereau", Seine-et-Marne (fouilles
S. Renaud ; Renaud, Gouge, 1992) ;
Passy "Les Graviers" et Passy "La
Sablonnière", Yonne (fouilles
H. Carré ; Carré, 1984) Villeneuve-
la-Guyard "Les Falaises de Pré
poux", Yonne (fouilles P. Duhamel et
M. Prestreau ; Prestreau, 1992) ;
— enceintes du Néolithique
moyen I, groupe de Cerny Balloy
"Les Réaudins", Seine-et-Marne
(fouilles D. Mordant Mordant,
1991) ; Châtenay "Les Pâtures",
Seine-et-Marne (fouilles P. Gouge,
inédit) ; Barbuise-Courtavant "Les
Grèves de Frécul", Aube (fouilles
J. Piette; Piette, 1974) ;
— sites de retranchement du
Néolithique moyen II, groupe de
Noyen Noyen "Le Hauts des Na-
chères", Seine-et-Marne (fouilles C.
et D. Mordant ; Mordant 1981) ; Grisy
"Les Rouqueux", Seine-et-Marne
(fouilles С et D. Mordant, inédit) ;
— minières d'extraction de silex
du Néolithique moyen II : Villemaur-
sur-Vanne "Le Grand Bois Marot" et
"Les Orlets", Aube (fouilles P. -A. de №s Fig. 1 2 à - 3, Industrie 11 et 12, laminaire troncatures du Néolithique et bitroncatures ancien de du la Sud-Est catégorie du des Bassin armatures parisien. de Labriffe Labriffe, Thébault, 1995 ; faucille n° 1 bitroncature trapézoïdale n° 2, troncature simple oblique n° 3, bitronca- et al., 1995). ture en segment de cercle n° 11, troncature simple droite n° 12, bitroncature droite.
№s 4 à 8, grattoirs. № 9, microburin. № 10, perçoir. № 13, lame à retouche marginale. Ce travail constitue la première №s 14 à 16, bitroncatures de la catégorie des armatures de flèche n° 14, bitroncature approche des industries lithiques de asymétrique trapézoïdale longue ; nos 15 et 16, bitroncatures asymétriques triangulaires.
ce secteur et prend en compte, en №s 17 et 18 burins d'angle sur troncature. № 19, nucleus. Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 /TOME 93, n° 2 228
toujours unipolaire, selon une ryt flèches, pourraient s'accorder avec hypothèse 2) ? Cette évolution pourr
hmique ternaire de la gauche vers la l'idée d'une colonisation très proche ait avoir été d'autant plus nécess
droite ou de la droite vers la gauche dans le temps du Nord et du Sud-Est aire que la matière première locale
dans la plupart des cas. Une ryt du Bassin parisien. est de qualité moyenne pour la réal
hmique alternée, plus complexe, isation d'un débitage laminaire éla
Reste néanmoins le problème de existe aussi pour la production de boré. De plus, les réseaux de distr
Villeneuve-la-Guyard. Ce site se dilames dans le silex de meilleure qual ibution de silex de bonne qualité,
stingue des autres séries du Néoliité (silex à grain fin). La gestion de comme le silex à grain fin et le silex
thique ancien par des traits technolo- ces débitages donne essentiellement tertiaire, ont pu être insuffisants face
giques particuliers comme la des troncatures et des bitroncatures à la demande, rendant inévitable
présence d'un débitage de lames par géométriques de la catégorie des a l'utilisation de la matière première
percussion directe tendre, et une rmatures de faucille, des bitronca immédiatement disponible. Le faible
méthode de débitage laminaire tures de la catégorie des armatures nombre de lames en silex à grain fin
moins élaborée générant des prode flèche et des burins. Leur typolo et en silex tertiaire militerait en faveur
duits aux dimensions moins caligie se rapproche aussi de celle des de cette hypothèse. A la fin du Néol
brées. L'origine de ces particularités pièces retouchées sur lame du Ru- ithique ancien, on constate une
pose problème : ces caractères anbané Récent : troncatures simples baisse numérique des produits lami
nonçant certains traits de l'étape suobliques et bitroncatures trapézoï naires. Mais, parallèlement, on enre
ivante du Néolithique ancien régional dales pour les armatures de faucilles, gistre un approvisionnement en
(Passy "Le Sablonnière"), soit Villbitroncatures asymétriques trapézoï grandes lames en silex tertiaire de
eneuve-la-Guyard représente un foyer dales longues et courtes et bitronca bonne qualité qui a pu rendre peu à
d'innovations précoces, soit ce site tures asymétriques triangulaires pour peu superflue la fabrication de lames
constitue une étape intermédiaire les armatures de flèche, burins en silex local. Cette matière première
entre le Rubané final et le groupe de d'angle, simples ou doubles, sur a pu alors être réservée pour la fabr
Villeneuve-Saint-Germain, comme le troncature ou sur cassure. Toutefois, ication expéditive d'outils sur éclat
proposent C. Constantin et M. Ilett à le Néolithique ancien du Sud-Est du destinés à un usage domestique et
travers la céramique (1995). Bassin parisien possède des traits immédiat. Dans ce cas, on ne peut
propres. Il s'agit essentiellement de plus considérer l'industrie de l'éclat
la grande proportion de pièces r comme une tradition locale trans
etouchées sur éclat (grattoirs et denti- mise aux néolithiques. Malgré tout, la • Rapports avec le Mésolithique culés) et certaines bitroncatures faible représentation numérique de
parmi les armatures de flèche l'industrie laminaire du Néolithique L'étude des formes de la colonicomme les pièces triangulaires sans ancien régional et sa disparition prsation danubienne nécessite une retouche inverse rasante et, enfin, les écoce montreraient que l'héritage connaissance fine du substrat mésolfaucilles sur troncature oblique à technique danubien n'a pas engenithique local. On a tenté de poser le dos. Les ressemblances plaident en dré ici des pratiques qui vont problème par une approche comparfaveur d'une filiation directe entre les prendre racine, contrairement à ce ative concernant la confrontation industries lithiques du Rubané Ré qui se passe dans le Nord-Est du des caractéristiques des industries cent du Bassin Parisien et celles du Bassin parisien. du Néolithique ancien régional avec Néolithique ancien de la région. Les les industries Rubané Récent du dissemblances montrent une évolu Nord du Bassin parisien d'une part, tion de ce Néolithique ancien par et avec la seule série mésolithique • Les étapes récentes rapport au Rubané Récent. Ces attr disponible, Noyen, d'autre part. Par du Néolithique ancien ibuts distinctifs du Néolithique ancien rapport au Rubané Récent, le Néolirégional vont d'ailleurs se généraliser thique ancien régional possède un Ces étapes n'existent pour le moà l'ensemble du groupe de Vill caractère original. La proportion de ment qu'à l'état d'hypothèse, chaeneuve-Saint-Germain dans le Bassin débitage d'éclats avec des grattoirs cune n'étant représentée que par un parisien. et des denticulés est forte. Ce type seul site. D'une manière générale,
Ces résultats semblent cadrer de production existe déjà dans le l'industrie des étapes récentes du
avec l'hypothèse retenue par Mésolithique de Noyen et, à la fin du Néolithique ancien régional révèle
Constantin (1985) selon laquelle le Néolithique ancien régional, il va une grande analogie avec celles du
Sud-Est du Bassin parisien aurait été prendre une importance croissante. Villeneuve-Saint-Germain du reste
colonisé à partir des foyers du Ru Le problème est de savoir si le débi du Bassin parisien d'une part, et
bané Récent du Nord dans leur tage d'éclats et la fabrication de avec celles du groupe belge de Blic-
phase d'expansion. Les innovations grattoirs et de denticulés, très peu quy, de l'autre (Plateaux, 1990 ; Bos-
constatées dans l'industrie lithique investis techniquement, peuvent être tyn, 1994 ; Cahen et al., 1986). Dans
du Néolithique ancien régional qui, considérés comme des vecteurs toutes ces régions on enregistre un
par la suite, vont se répandre dans d'une identité culturelle. En d'autres accroissement des modules de débi
l'ensemble du Bassin parisien termes, peut-on attribuer l'inflation tage laminaire, une diversification de
le groupe de Villeneuve-Saint-Germ de l'industrie sur éclat au Néolithique la typologie des burins sur lame (d
ain, plaident en faveur d'une posi ancien à un apport local préexistant éveloppement des burins d'axe,
tion chronologique du Néolithique qui se serait intégré aux pratiques de simples ou dièdres) et une augment
ancien régional légèrement postér taille néolithiques (fig. 3, hypothèse ation de leur nombre, une transfor
ieure au Rubané Récent. Les carac 1) ? Ou alors, l'industrie sur éclat est- mation typologique similaire des b
tères communs aux deux ensembles, elle une évolution logique du bagage itroncatures géométriques sur lame
comme les méthodes de débitage et technique de populations éloignées de la catégorie des flèches (bitronca
la forme de certaines armatures de des foyers danubiens originels (fig. 3, tures trapézoïdales longues), une :
Bulletin de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 2 229
MESOLITHIQUE REGIONAL augmentation notable de l'approv
(Noxen-chcnal) isionnement en silex tertiaire qui
donne des lames longues régulières
et, enfin, une élévation du taux de APPORT LOCAL BAGAGE "MESOLITHIQUE- ORIGINEL LOCALE grattoirs et de denticulés sur éclat.
Bien que le groupe de Blicquy s'ind Mat. prem locale ividualise peut-être par la pratique de de qualité
la taille laminaire par pression, ces T"
observations tendent à indiquer une industrie sur éclat composante ^_ Mat prem reseau évolution partagée des caractères laminaire de qualité d'échange: des industries lithiques de toute l'aire * hypothèse 1 : industrie sur éclat- filiation technologique
qui va de la Belgique au Sud du Bass \ ** hypothèse 2 : imlustn dat= í ■chnoloKique in parisien. Elles appuient l'idée, dé
fendue par С Constantin (1985), de
l'homogénéité culturelle du groupe Acroissement des modules de débitage laminaire de Blicquy et du groupe de Vill VILLENEUVE- \ Utilisation du silex tertiaire eneuve-Saint-Germain auquel on peut SAINT- Diversification et augmentation des burins et
rattacher les industries des étapes GERMAIN des bitroncatures géométriques sur lame
Elevation du taux de manoirs et de dcnticule récentes du Néolithique ancien du
Sud-Est du Bassin parisien. De plus, Développement des bitroncatu la présence de silex tertiaire sous :hets et flèches tranchante
forme de produits importés dans le
Sud-Est du Bassin parisien et proba Iranchets et flèches tranchantes blement en Belgique atteste de CERNV-BARBUISE Simplification des techniques et méthodes lami
contacts entre ces régions et le Abandon des caractères danubiens
Haches polies en grès quartzite centre du Bassin parisien, zone plus Caractère macrolithique: pics et hachettes tail riche en affleurements tertiaires
(Ouest de la Picardie, Gâtinais, Ile-
Tranchcts de-France..., voir également Bostyn, Abandon de la technique laminair GROUPE 1994). L'échange de lames en silex udusme sur éclat DE tertiaire a accompagné, voire a pu NOYEN Haches polies en silex
renforcer, cette cohésion culturelle. Flèches perçantes foliacé
Dates С 14 Dans l'avenir, il faudrait néanmoins calibrées tenter de préciser la nature de ces (av. I.C.)
échanges entre producteurs et Fig. 3 - Schéma évolutif simplifié de l'industrie du silex du Sud-Est du Bassin parisien. consommateurs : s'agit-il de produc
tions "familiales" échangées par la
suite ou s'agit-il de productions des des éléments novateurs apparaissent sation de la production antérieure tinées à l'exportation dès leur comme les grandes bitroncatures des outillages semble totalement conception ? (tranchets) et les petites consommée : on constate l'arrêt de
sur éclat de la catégorie des armat l'approvisionnement en silex exo
ures de flèches tranchantes (fig. 3). gènes ou rares (silex à grain fin,
Par la suite, ces éléments seront très DU NÉOLITHIQUE ANCIEN silex tertiaire) et la disparition des
répandus dans le groupe de Cerny. Il méthodes de taille élaborées AU MOYEN
est donc intéressant de constater comme le débitage de lames par
que ces éléments novateurs survien percussion indirecte. La matière
• La fin du Néolithique ancien : nent dans une ambiance "danu première est exclusivement locale
une première étape bienne" manifeste dans le débitage et, au groupe de Cerny (enceintes
de l'évolution des sociétés de Balloy "Les Réaudins" et de laminaire et aussi dans l'architecture
issues de la néolithisation ? (maisons). On peut se demander si Barbuise-Courtavant), le concept
ce n'est pas dès ce moment-là, à de lame perdure un temps, mais
Dès la fin du Néolithique ancien, à l'extrême fin du Néolithique ancien, selon des techniques et des mé
Passy "La Sablonnière", les prémices que les sociétés néolithiques locales thodes de taille extrêmement sim
d'une évolution se font sentir. Les ca amorcent un changement dans l'o plifiées : les lames sont en silex
ractères généraux des industries ulté rganisation de l'acquisition des outils local, obtenues par percussion d
rieures deviennent perceptibles mais en silex, qui trouvera irecte à la pierre (fig. 4). Ces don
cette série peut être rattachée au Vi son aboutissement avec le groupe de nées traduiraient une simplification
lleneuve-Saint-Germain par certains Noyen, à la fin du Néolithique moyen. technique croissante qui trouvera
aspects. En effet, la pratique d'un son apogée au groupe de Noyen
débitage laminaire par percussion où l'on rencontre essentiellement
• Le Cerny : une autonomie indirecte, l'approvisionnement en une industrie sur éclat par percus
grandes lames en silex tertiaire et la technique précoce sion dure.
typologie des troncatures et des bi-
troncatures sur lame de la catégorie Dès la transition entre le groupe Cette simplification technique
des faucilles renvoient au Villeneuve- de Villeneuve-Saint-Germain et le marque aussi d'autres régions fran
Saint-Germain. Mais les méthodes de groupe de Cerny, à Châtenay "Les çaises. Il s'agit principalement des
débitage laminaire se simplifient et zones en marge des foyers de colo- Pâtures", la rupture avec ;
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Tout d'abord, la fin du Villeneuve-
Saint-Germain et les débuts du
Cerny dans le Sud-Est du Bassin pa
risien sont marqués par l'investiss
ement de nouveaux biotopes comme
les fonds de vallée (Bassée ; Mord
ant, 1986 a et b) et les rebords de
plateau, encore peu recherchés par
les populations antérieures dans
cette zone géographique. Les di
agrammes polliniques, établis dans la
séquence stratigraphique de Noyen
(travaux Leroyer In : Augereau et al.,
1993), montrent qu'à ce moment-là,
les premières traces de deforestation
sont perceptibles dans ce secteur.
Dans l'approvisionnement carné, la
part de la chasse augmente avec
une chasse au grand gibier, le Cerf
essentiellement (Tresset, 1993, thèse
en cours). L'ensemble de ces don
nées indiquerait que, dorénavant,
l'organisation du groupe humain se
fonde sur l'exploitation de l'e
nsemble des potentialités locales. Pa
rallèlement, l'habitat se modifie et les
premières enceintes à fossé inte
rrompu apparaissent (Châtenay "Les
Pâtures"). Enfin, les pratiques funé
raires changent également dans les
modes d'inhumation (inhumation a
llongée) et, dans la région, le do
maine des morts se trouve séparé de
celui des vivants par la construction
de nécropoles monumentales
comme Balloy ou Passy-Richebourg.
Ces édifices monumentaux fermés,
enceintes et enclos funéraires, pourr
aient symboliser cette appropriation
du terroir environnant (Augereau et
al., 1993).
L'évolution de l'industrie du silex
s'inscrit dans ce processus de mutatFig. 4 - Industrie du silex du groupe de Cerny. №s 1à 9, industrie laminaire n° 1 tron ions socio-économiques. En effet, le n° 6, grattoir nos 3 et 5, lames à bord abattu nos 8 et 9, cature nos 2, 4 et 7, burins tarissement de l'acquisition de silex lames brutes. №s 10 à 20, industrie sur éclat nos 10 à 13, petites bitroncatures (arma
tures tranchantes) nos 14 et 15, grattoirs n° 16, burin nos 17 et 20, grandes bitronca de bonne qualité et la disparition de (tranchets) n° 18, perçoir n° 19, denticulé. la taille laminaire par percussion indi
recte, caractéristiques des périodes
anciennes, sont liés, sans qu'il soit
encore possible de distinguer cause
nisation néolithique comme le Sud- bien. Dans le Sud-Est du Bassin pa et conséquence. On exploite alors ce
risien, cela se manifeste par la disparEst du Bassin parisien, où les pra qui est disponible, le silex de la craie,
tiques lithiques de tradition danu ition de la taille laminaire par per et, petit à petit, les connaissances et
bienne ne s'implantent pas cussion indirecte et la désagrégation les savoir-faire propres aux sociétés
profondément, le Centre-Ouest et le des réseaux de diffusion des silex danubiennes occidentales vont dis
Nord-Ouest du Bassin parisien. exogènes, notamment le silex ter paraître. Cette disparition a sans
Ailleurs, là où l'occupation rubanée tiaire, qui montrent une désaffection doute été favorisée par l'étiolement
est ancienne et bien ancrée (essen pour ces processus d'acquisition des contacts avec les groupes origi
tiellement Nord du Bassin parisien, des supports d'outils fortement mar nels, par une conversion des options
Alsace, Champagne...), les industries qués culturellement. En fait, à cette socio-économiques des communaut
conservent une économie des mat période, il semblerait que la société és et par l'aptitude moyenne de la
ières premières héritée des technol néolithique subisse, dans tous les matière première locale à une mé
ogies rubanées. domaines, des changements d'im thode de débitage élaborée. La mise
portance traduisant une diversifica en œuvre, sans doute complexe, des
tion de l'exploitation du milieu naturel Cet état de fait exprimerait une réseaux d'acquisition des silex de
autonomie technique précoce de ces et une meilleure insertion des popul bonne qualité devient caduque de
ations dans le paysage. régions par rapport au modèle même que l'appel à des tailleurs de de la SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 1996 / TOME 93, n° 2 231 Bulletin
lames performants. La simplification tion technique. En contexte domest seaux d'échange complexes, dépas
de la production des outillages en ique, l'industrie de la lame a total sant l'échelle régionale. En définitive,
contexte domestique traduirait peut- ement disparu et il n'existe aucune il est prématuré de dire si l'organisa
être, dans cette ambiance, un revir trace du fractionnement de la chaîne tion techno-économique de la pro
ement du système technique dans sa opératoire en plusieurs sous-chaînes duction des outillages durant le
groupe de Noyen s'apparente à un globalité et, aussi, une meilleure consacrées à la production d'outils
début des artisanats spécialisés et adaptation des techniques et des mé spécifiques, comme cela semble être
le cas dans le groupe de Cerny. La de la différenciation sociale. thodes de taille à la matière première
locale. Cette dernière idée, de même gestion du débitage se limite à la di
l'ensemble des données archéolo fférenciation des outils par la r
giques, suggère que le passage au etouche et, en reprenant les défini ■ CONCLUSION :
Néolithique moyen se structure, dans tions de С Perlés (1991), l'activité de LA QUESTION DE LA "CHALCOLITHISATION" cette région, en fonction des taille peut être qualifiée de product
contraintes locales, aux dépens d'une ion indifférenciée de supports d'out
appartenance culturelle plus large. ils. II faut, en outre, rechercher les
liens entre ces processus locaux et Mais pourquoi est-ce à ce mom l'émergence du Chalcolithique euroent-là, dans cette seconde moitié • Premières haches polies péen tel qu'il a été défini par J. Li- du Ve millénaire, que la société néol en silex et premières chardus et al. (1985). Pour ces auithique locale est soumise à de tels minières : l'exemple de teurs, le Chalcolithique ancien, tel changements ? Aucune réponse sa Villemaur-sur-Vanne qu'il est perceptible dans les steppes tisfaisante n'est actuellement propo pontiques et dans le bassin des Car- sée. On peut penser que l'organisa Quant à l'industrie minière orien pates et qui correspond au Néolition socio-économique de la société tée vers la fabrication de haches, qui thique moyen II de la terminologie danubienne, trop rigide, a atteint ses semble alors apparaître dans la ré française, se définit par l'émergence limites. On peut imaginer qu'elle a gion, on ne peut encore, compte d'un nouvel état socio-économique épuisé toutes ses facultés d'adaptat tenu du caractère partiel des études, dont les manifestations sont parfois ion et que les territoires sur lesquels déterminer précisément le mode regroupées sous le terme de "chal- les groupes danubiens se sont préfé- d'organisation socio-économique colithisation" : diversification des rentiellement installés ont atteint leur dont elle procède. En comparant les produits de l'élevage, perfectionnelimite de portage et se sont appauvris. compositions des amas de façon ment des techniques agricoles, augUne crise surviendrait, à la fin du Néol nage triés selon les différentes mentation de la chasse, début des ithique ancien, entraînant une indi étapes de la chaîne opératoire de f artisanats spécialisés et des différenspensable reconversion socio-écono abrication d'ébauches de haches ciations sociales... mique. Il reste bien entendu à prêtes à polir (éclats très épais cortrechercher les traces de cette crise et Il est certain que, dans le Sud-Est icaux de dégrossissage, éclats épais à en déterminer la nature. Des él du Bassin parisien, au Néolithique partiellement corticaux de mise en
éments pourraient être recherchés moyen, on assiste à l'éclosion d'un forme, éclats minces de finition...) dans l'étude de la pathologie humaine nouvel état socio-économique se avec les données de la taille expéret dans les aspects économiques de développant dès le Néolithique imentale (2), on peut tout de même l'approvisionnement carné. moyen I correspondant, en terminolmettre en évidence que les haches
ogie européenne, au Proto-Chalcoli- de Villemaur ont été taillées au sortir En tout état de cause, se manifest
thique, et en milieu Cerny particulides puits, sans division spatiale de la erait, dans le Sud-Est du Bassin pa èrement. Les changements observés chaîne opératoire. D'autre part, en risien, une évolution interne et né concordent et coïncident avec les utilisant le travail expérimental de cessaire de la société néolithique, transformations structurelles interveJ. Pelegrin comme un "étalon" de rinscrite dans un processus graduel nant dans les steppes pontiques et éférence formé par l'expérience de la dont l'origine est manifeste, dans les les Carpates et, dans ce sens, ils taille et du polissage de centaines de industries lithiques, dès l'extrême fin sont conformes à l'état chalcolipièces bifaciales, on peut avancer, du Néolithique ancien. Plus précisé thique européen. Toutefois, ces modpar comparaison avec le matériel ament, le développement d'un ou ifications ne peuvent s'expliquer rchéologique, que les ébauches sont tillage en silex plus lourd, comme les qu'en partant des conditions naturissues d'un savoir-faire technique grandes bitroncatures (tranchets), à elles et économiques préexistantes sommaire mis en œuvre par des indla fin du Néolithique ancien (Passy dans la région de manière à mieux y ividus ayant une fréquence de pra"La Sablonnière"), pourrait participer cerner la part des facteurs endotique faible (Augereau, 1995). à l'exploitation extensive du terroir gènes et exogènes rentrant dans qui semble se profiler à cette époque Bien que ces quelques données leur constitution. et qui va se préciser à la période sui tendent à montrer des tailleurs peu vante, avec le groupe de Cerny. Ainsi, la simplification de la techperformants et une exploitation des nologie lithique domestique s'amor- mines pour des besoins locaux, on
çant à la fin du Néolithique ancien ne peut écarter l'éventualité d'une ■ LE GROUPE DE NOYEN et culminant au groupe de Noyen et large diffusion des produits miniers
la production minière à destination et donc l'existence possible de ré- • Une production indifférenciée locale ou régionale (hypothèse qu'il de supports d'outils reste à étayer) semblent bien s'inté
A la fin du Néolithique moyen, le grer au phénomène de régionalisat(2) Réalisée par J. Pelegrin (E.R.A. 28 du groupe de Noyen instaure l'abouti ion qu'indique l'ensemble des donC.N.R.S.) sur de la matière première issue des nées archéologiques. La plus ssement du processus de bancs de Villemaur. :
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