Quelques Paléolithes hoabiniens typiques de l'Abri sous roche de Lang-Kay - article ; n°6 ; vol.26, pg 353-384

De
Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1929 - Volume 26 - Numéro 6 - Pages 353-384
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1929
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Madeleine Colani
Quelques Paléolithes hoabiniens typiques de l'Abri sous roche
de Lang-Kay
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1929, tome 26, N. 6. pp. 353-384.
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Colani Madeleine. Quelques Paléolithes hoabiniens typiques de l'Abri sous roche de Lang-Kay. In: Bulletin de la Société
préhistorique française. 1929, tome 26, N. 6. pp. 353-384.
doi : 10.3406/bspf.1929.6735
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1929_num_26_6_6735SOCIÉTÉ PRÉHISTOU1QUE FRANÇAISE 353
Quelques I*aléolill»es tioabinien» typique»
de l'A.t>i*i sous roche <le H<»ng-K.»y (1).
PAR
Mlle Madeleine COL ANI.
Docteur ès-Sciences.
INTRODUCTION
Avant de commencer, nous devons aborder une question import
ante : le Paléolithique et le « Mésolithique » du sud-est de l'Asie
ont été découverts récemment [i,p.83j(2). Une culture nouvellement
connue nécessite des termes nouveaux. M. le Docteur Van Stein
Callenfels et M. Evans en proposent quelques-uns [12, p. 2 et
p. 4; PI. XIX, Fig. 1 a, b, c] au sujet des kjôkkenmôddinger de
Sumatra et de la Péninsule de Malacca et demandent leur adoption
définitive. Ils s'appliquent aux mobiliers préhistoriques indochinois
de même style.
Paléolithe (« palaeolith ») = instrument en pierre taillée.
Proto-néolithe ou néolithe inférieur (« proto-neolith or lower
neolith ») = instrument poli au tranchant seulement.
Type de Sumatra (« Sumatra-type ») = instrument taillé sur une
seule face.
Nous employons ces expressions commodes. La dernière peut
prêter à la critique, les auteurs eux-mêmes le reconnaissent; les
outils appelés types de Sumatra ont aussi été trouvés dans la pres
qu'île de Malacca et en Indochine, à Kéo-Phay entre autres [6, p. 8;
PI. Ill, Fig. 2, a, b,c; etc.]
« L'industrie lithique hoabinhienne renferme des types d'objets
« qui lui sont propres, des types qui se retrouvent dans le Bac-Son,
« des types qui vraisemblablement appartiennent aussi au Paléo-
« lithique de Ceylan et enfin des types européens », avons-nous dit
dans un travail précédent fi, p. 66]. Depuis la rédaction de ce
mémoire, nous avons découvert dans la même région du Tonkin
d'autres stations archéologiques. Nous nous proposons ici d'étudier
quelques modèles propres à l'industrie hoabinhienne ou qui se
retrouvent fort rarement dans le Bac-Son; ils ont, à part quelques-
uns, été extraits du petit abri sous roche de Lang-Kay et se ren
contrent dans presque tous les kjôkkenmôddinger hoabinhiens ;
mais dans cette station, pour un même volume de débris de cuisine,
ils sont plus nombreux; on pourrait se croire en présence d'une
(1) Province de Hoa-Binh, Tonkin.
(2) Les indications entre crochets se rapportent à la Bibliographie qui termine
l'article.
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE» 23 354 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAÎSÈ
collection d'un outillage relativement ancien et homogène. La phase
industrielle à laquelle il appartient est purement paléolithique.
Aucune trace de polissage n'a été constatée à Lang-Kay.
Description de la Station préhistorique de Lang-Kay.
Le petit ahri sous roche de Lang-Kay (1) [x = 103°14' (114S,72);
y = 20°35' (22g,88) ] est situé près de l'extrémité nord, sur le versant
ouest du prolongement d un massif calcaire peu étendu, le N. Dong
Cut; il se trouve non loin du confluent du Song-Boi et d'un affluent
de rive droite. Fort bien placé, il domine de quelques mètres les
Fig. 1. — Plan de l'abri sous roche de Lang-Kay.
rizières; d'un accès facile, il est très clair et bien protégé contre la
pluie. Le sol se compose d'une terre argilo-calcaire mélangée de
nombreuses coquilles de Melania; le volume de ce kjôkkenmôdding,
peu considérable, ne dépasse pas quarante mètres cubes et demi
(Fig. 1, plan de l'abri sous roche de Lang-Kay); son épaisseur
maximum n'atteint guère plus d'un mètre. Comme dans les autres
stations préhistoriques hoabinhiennes, aucune stratification n'est
discernable. Inutile de donner ici plus de détails sur la petite sta
tion de Lang Kay. Le mobilier comprend seulement des paléolithes,
pas d'instruments en os, mais quelques fragments d'os de Mammif
ères peut-être utilisés par l'homme. Ces dépôts ne paraissent pas
avoir été remaniés, bien que des tessons (2) de céramique, les uns
(1) Voir la carte de quelques stations préhistoriques de la Province de Hoa-
Binh [J].
(2) Aucun n'est fait au panier ou « marqué à la corde » [/2, p. 3] . La pâte
d'un tesson à surface unie est cependant grossière; il gisait à une profondeur de
50 centimètres. PREHISTORIQUE FRANÇAISE 355 SOCIÉTÉ
actuels, les autres un peu plus anciens, se trouvent à tous les
niveaux. De tout temps les passants ou des pâtres ont dû faire leur
cuisine dans cet abri sous roche; ils y ont laissé des morceaux de
poterie; ces débris, petits, minces, coupants, se sont enfoncés dans
les dépôts meubles peu épais.
Entre les instruments des niveaux supérieurs et ceux des niveaux
inférieurs, aucune différence de facture n'est appréciable.
Nous ne nous occuperons pas de quelques pièces rares et belles,
qui, par leur galbe, ont des rapports frappants avec les outils cor
respondants européens ; les unes et les autres provenant de cultures
assez analogues. Les paléolithes sont souvent des modèles purement
hoabinhiens.
Le tableau ci-joint (p. 356) indique le résultat complet des fouilles. Il
comprend des divisions horizontales, hautes de 25 millimètres, repré
sentant chacune une tranche du kjokkenmôdding épaisse de 25 centi
mètres, dont la superficie est celle du dépôt. Dans la nature, on ne voit
pas d'indication limitant ainsi des lits. Les colonnes verticales du
tableau se rapportent aux différentes catégories de pièces, chaque point
représente une piece. Prenons les haches, par exemple, le lecteur se
rendra vite compte de leur répartition : quatre gisaient à la surface ;
à partir de 80 centimètres, elles se font plus rares, elles disparaissent
à 110, etc. Dans la colonne des percuteurs, recouverts en grande part
ie par la croûte du galet, sont réunis des outils très dissemblables,
pour éviter une abondance inutile de détails. Les séries indiquées
n'ont rien de rigoureux : par exemple, certains outils figurant dans la
colonne des haches, pourraient être dénommés, instruments amygda-
loïdes, etc. Ces dépôts très meubles ne permettent pas de mesures
rigoureuses; nous les indiquons de 5 en 5 centimètres, une approxi
mation plus grande serait inexacte.
Description de quelques outils.
Explication des figures :
a) face ;
b) plan presque uni, limite supérieure de l'objet ;
b') profil transversal supérieur;
c)longitudinal ;
d) profil inférieur ;
e) face constituée par la croûte du nodule.
Les nombres indiquant les dimensions longitudinales ont le mill
imètre comme unité. (Les différentes figures qui se rapportent à un
instrument ne sont pas rigoureusement à la même échelle).
Dans toute cette région du Tonkin, les roches cristallines et cris-
tallophylliennes sont à peu près les seules matières premières tra
vaillées par ces anciens artisans. Noue nous proposons d'étudier les
types suivants : outils raccourcis à empoignure plane, instruments
faits de la tranche d'un galet, instruments présentant un angle sail
lant, instruments à contour triangulaire et subtriangulaire, un
grand percuteur. 356 SOCIÉTÉ PRÉH1ST0IUQUK FRANÇAISE
Inventaire succinct du Kjokkenmodding de Lang-Kay
(répartition verticale)
|| ] | j ' J ; RECOUVERT] j j j
TRIANGULAIRE ANGLE TRAVAILLÉS VARIÉES
GALET ATYPIQUES О NACRE ELtPHANT PRIMITIVES GALET TRAVAILLÉS TRAVAILLÉS о M ctí COLT.TES SAILLANT ce UN p PROFONDEUR FORMES Ы DU TALON RACLOIRS HACHES AYANT о DE OBJETS ctí S DE CROUTE p INSTRUMENTS INSTRUMENT D FRAGMENT TRANCHE HACHES ъ MOLAIRE HACHES ACTIF A DE ÉCLATS NON en H z INSTRUMENT DES PERCUTEURS DISQUES H z ы a LA ET о TOTAL DE
ti ET
0
5
10
15 50
20
25
30
35
40 45
45
50
55
60
22 65
70
75
80
85
90 34
95
100
105
110
115 7
120
125
130
135
140 2
145
150
Totaux.. 1 1 1 39 39 15 17 14 10 1 10 22 14 2 :
SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 351
1) Instruments courts à empoignure plane (haches courtes) [1, p. 10].
Ces pièces se présentent comme des haches, des instruments
amygdaloïdes ou des coups-de-poing, dont on aurait supprimé la
partie supérieure. En d'autres termes, la ligne longitudinale (pe
rpendiculaire à la région active) peut être plus ou moins longue, par
fois de même longueur que la ligne transversale (parallèle à la
région active). En haut la pièce est limitée par un plan générale
ment de même direction que le taillant ou parfois oblique, le plus
souvent à peu près uni. L'extrémité inférieure affecte les mêmes
formes variées que les tranchants des haches ou les bords actifs des
coups-de-poing et des racloirs.
a b <Г с d a b = с d a b ~> с d
Nous classons un peu arbitrairement ces pièces en trois séries :
a) La ligne transversale est plus longue que la ligne longitudinale, le
plan de l empoignure est presque parallèle à la ligne transversale.
90
Fig. 1, a, b, c. — Hache courte (Iго série).
Hache courte (Fig.i, a, è, c) : mesure transversale 106 millimètres
longitudinale 90 ; épaisseur maximum 36. Une face bombée longitudi- 358 SOCIÉTÉ PRÉHISTOUIQUE FRANÇAISE
nalement est recouverte en entier par la croûte du nodule et ne porte
aucune trace de travail ; la face opposée (Fig. 1, a) a été largement
taillée, à droite (dans le dessin) et au bord actif ; à gauche on l'a sur
tout retouchée. Une disposition analogue se rencontre souvent. La
région active est une ample surface peu concave. Le plan opposé
(Fig. I, b), plat, porte une petite trace de cassure au bord de la face
d'éclatement. Roche eruptive du type grenu. Pièce extraordinairement
massive.
Profondeur (1) 25 centimètres.
76
a
Vig. 2, a, b, c. — Hache courte (lr" série).
Hache courte [J^ig. 2 a, b, c) : mesure transversale 143 millimètres ;
longitudinale 1С) ; épaisseur maximum 28. Une face est recouverte en
entier par la crofite du nodule et ne porte presque aucune trace de tra
vail ; la face opposée (Fig. 2 я) semble légèrement taillée le long du
bord gauche (dans le dessin) et un peu retouchée au bord actif. Celui-
ci décrit une courbe faiblement concave. Le plan opposé (Fig. 2 b)
paraît plat si on regarde l'instrument de prolil (Fig. 2 с) ; il montre
deux larges incurvations si on le considère de face 2 a). La roche
semble formée entre autres d'énormes éléments dégagés en partie par
l'érosion (voir le dessin). Cette pièce provient d'un galet plat très peu
modifié par l'homme. Son homologue, de Sao-Dong [I_, pi. II, fig. 23],
est échancré davantage au bord actif.
Profondeur JO centimètres.
Hache courte (Fig. 3 a, b, c) : mesure transversale 100 millimètres ;
longitudinale 07; épaisseur maximum 25. Une des grandes faces a été
un peu travaillée le long des deux bords se rejoignant à l'extrémité
active (Fig. 3, a) ; l'un cl eux est taillé dans la face opposée en pente
peu abrupte; l'autre, plus mince, plus escarpé, porte les marques d'une
(1) Profondeur signifie profondeur à laquelle gisait la pièce. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 359
intervention humaine moins importante. Le bord actif se termine en
une pointe obtuse. Le plan de 1 empoignure (Fig. 3 b) est mal façonné :
le long de la face non éclatée, il est formé d'un bord plan étroit, suivi
d'une grande cassure irrégulière. Roche renfermant des éléments cris
tallins visibles à l'œil nu; la tranche montre des plans de schistosilé.
Profondeur 35 centimètres.
Fig, За, 6,6-. — Hache courte (l1"' série).
Hache courte {Fig. 4 a, b, c) : mesure transversale 84 millimètres ;
longitudinale 50; épaisseur maximum 15. Une des grandes faces,
couverte en entier par la croûte du nodule, ne porte aucune trace de
Fis;. 4, «, b, c. — Hache courte (lee série).
travail ; la face opposée (Fig. 4 a) a été taillée en pente très douce et
retouchée tout le long du bord convexe, plus largement à gauche qu'à
droite. A l'extrémité active se voit une très petite échancrure. La
surface opposée {Fig. 4 b) est presque plane ; on aurait commencé à
préparer cette empoignure le long de la face non travaillée. Roche
cristalline verdâtre ; quelques éléments sont visibles à un faible gros
sissement. Cette pièce légère n'est pas symétrique par rapport à un 360 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
plan médian longitudinal normal au limbe; l'extrémité gauche de Гет-
poignore (Fig. !i a et b) se termine par un angle trièdre émoussé, un
peu saillant. On retrouve cette disposition très exagérée dans une série
d'instruments (Fig. 13, etc.) que nous étudierons plus loin.
Profondeur 10 centimètres,
Hache courte (fig. 5 a, b, c) : mesure transversale 92 millimètres ;
longitudinale 71 ; épaisseur maximum 29. La face non travaillée, cons
tituée par la croûte du nodule, est traversée par un renflement longi
tudinal. La face d'éclatement (Fig. 5 a) est taillée à assez grands coups
le long de ses bords en talus, abrupts à gauche, plus faiblement incli
nés à droite. L'extrémité active est une pointe assez aiguë, à sa
gauche une large échancrure diffère assez peu de celle de la pièce
figurée en 1. A l'opposé, le plan de l'empoignure est parfaitement plat
et net, sauf un rebord extrêmement court ; si nous l'avions reproduit,
il serait dessiné en haut et à gauche de la figure 5 b. Roche gris très
Fig. 5, a, b, c. — Hache courte (l'e série).
foncé, quelques cristaux visibles à un faible grossissement. La région
active de cette pièce est terminée en pointe comme l'extrémité de l'outil
figuré en 3 et échancrée comme celle de l'instrument dessiné en 1. Il
ressortirait de cette disposition que les troglodytes auraient fait avec
cet instrument des travaux de genres différents.
Profondeur 30 centimètres.
Hache courte (Fig. G a, b, c) : mesure transversale 51 millimètres ;
longitudinale 27 ; épaisseur maximum 14. Une des faces est faiblement
entamée le long d'un bord, travail paraissant naturel. La face
opposée (Fig. С) a) a été un peu taillée, dirait-on, latéralement, à gauche
et en bas ; le reste de la surface a conservé la croûte du nodule. L'ex
trémité active est arrondie et très épaisse (Fig- 6 с). L'intervention
humaine serait douteuse sans le plan de l'empoignure (Fig. 6 b) qui
est plat, fort net et régulier le long d'un des bords ; seule une main
experte a pu le façonner. La patine de la roche est verdûlre ; un endi.it
argileux jaune la recouvre par place ; quelques éléments cristallins PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 361 SOCIÉTÉ
foncés. Cette pièce provient de la grotte sépulcrale de Lang-Gao (1) ;
le kjôkkenmôding renfermait entre autres des haches bacsoniennes. A
quoi servait ce petit outil ? Nous le figurons pour montrer que les
haches courtes taillées avaient parfois des dimensions exiguës.
Profondeur et provenance : 95 centimètres, entrée nord en avant.
27.
Fig. 6, a, b, с. — Hache courte (lre série).
b) La ligne transversale est plus courte que la ligne longitudinale
ou ces lignes sont égales entre elles ; le plan de l'empoignure est pres
que parallèle à la ligne transversale.
Hache courte (Fig. 7 a, b, c) : mesure transversale 79 millimètres ;
longitudinale 87; épaisseur maximum 22. Les deux grandes faces
a
Fig. 7 . a, b, с. — Hache courte (2e série).
sont taillées ; l'une (Fig. 7 a) est plus travaillée que l'autre ; elle a été
un peu retouchée le long des bords. L'extrémité active amincie
(Fig. 7 с) n'est ni pointue, ni échancrée, mais plutôt arrondie. L'empoi-
gnure (Fig. 7 b) est à peu près plane ; du côté de la face figurée, le bord
(1) Lang-Gao, province de Hoa-Binh [X = 103318' (114«,78);y = 20°38 (23g,93)]

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