Quinze années de fouilles dans les Gros Monts des Beauregards de Nemours (S.-et-M.) - article ; n°1 ; vol.62, pg 84-97

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Bulletin de la Société préhistorique française - Année 1965 - Volume 62 - Numéro 1 - Pages 84-97
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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Ed. Vignard
G. Vacher
Quinze années de fouilles dans les Gros Monts des
Beauregards de Nemours (S.-et-M.)
In: Bulletin de la Société préhistorique française. 1965, tome 62, N. 1. pp. 84-97.
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Vignard Ed., Vacher G. Quinze années de fouilles dans les Gros Monts des Beauregards de Nemours (S.-et-M.). In: Bulletin de
la Société préhistorique française. 1965, tome 62, N. 1. pp. 84-97.
doi : 10.3406/bspf.1965.4015
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1965_hos_62_1_4015Quinze années de fouilles
dans les Gros Monts des Beauregards
de Nemours (Seine-et-Marne)
PAR
Par Ed. VIGNARD avec la collaboration de G. VACHER *
C'est dans le courant d'avril 1950 qu'en compagnie du Docteur
Cheynier, nous avons donné les premiers coups de pioche dans le
gisement des « Gros Monts I » (1), découvert quelques jours aupa
ravant par Messieurs R. Daniel et A. Cheynier. Nos fouilles s'y sont
poursuivies jusqu'en 1955, en même temps que nous étions occupés
au « Cirque de la Patrie » (2).
Dans le courant de 1955, en compagnie de M. R. Delarue dési
rant confirmer certaines de nos observations géologiques et pédolo
giques, nous avons transporté notre activité sur les platières des
Beauregards, en évitant toutefois le célèbre gisement interdit du
« Beauregard » près de la table d'orientation ; cela après avoir
prospecté les nombreux abris des falaises depuis l'abri Doigneau
jusqu'à Pierre-le-Sault (carte).
Grâce à l'aimable autorisation de Monsieur Hauvette, de
Nemours, que nous avons maintes fois remercié, nous avons pu
dans quelques-uns de ses 17 Bois découvrir de 1955 à 1961 :
— 12 ateliers magdaléniens II-III : Gros Monts bis et ter —
Eveline — Marie Laure — Corine — Gros Monts IV, V, VI, VII, IX,
X — Les Ronces.
— 6 ateliers badegouliens (Ex Proto I) : IIe Redan bis — Les
Pins — Les Chênes — Les Gros Monts — Les Ronces — Gros
Monts X.
— 5 ateliers gravettiens : Gros Monts bis et ter — La Terrasse
— Les Chênes — Les Ronces — Gros Monts VIII.
— 4 occupations tardenoisiennes : Gros Monts bis, V, VI —
Les Ronces.
(*) Séance de mai 1965.
(1) A. Cheynier. — Les Gros Monts de Nemours, XVe Congrès Préhistorique de
France, Poitiers-Angoulême, 1956-1957, p. 344.
(2) A. — Le Cirque de la Patrie, Mémoires S.P.F., t. 6, 1962.1963. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 85
Plus quelques traces néolithiques, ce qui, sur moins de cent
hectares représente 27 ateliers appartenant à quatre civilisations
du Paléolithique Supérieur et du Mésolithique.
Si l'on y ajoutait le célèbre gisement du Beaur égard et ceux
fouillés anciennement par R. Daniel, l'Abbé A. Nouel et quelques
anciens collègues on aurait, sur la rive droite du Loing dans les
Beauregards, sur quelque 100 hectares, quelques 35 ateliers !
Quelle densité et surtout quelle séquence de civilisations loca
lisées sur ces platières sans abri !
Et nous sommes loin d'avoir tout prospecté !
Obligés à nouveau de transporter nos activités dans la région
de Rambouillet, nous abandonnons momentanément nos travaux
dans les Beauregards et en profitons pour tirer quelques conclu
sions de nos observations faites pendant ces quinze dernières
années, représentant plus de 500 fouilles pendant lesquelles nous
avons recueilli plus de 10 000 pièces et 200 000 éclats magdaléniens
et environ 10 000 pièces et 200 000 éclats badegouliens et gravettiens.
I. — Géologie - Pédologie :
Nous avons été surpris dans nos fouilles de remarquer que les
indications de la carte géologique ne coïncidaient guère avec ce que
nous avions sous les yeux : Assurément la roche-mère est stam-
pienne avec beaucoup de blocs de grès de Fontainebleau mais ce
substratum est recouvert :
1° d'un sable gris humique, avec en dessous
2" un sable jaunâtre contenant 10 à 25 % de loess dont les pluies font mieux
sentir la présence ;
3° en dessous, nous avons rencontré, soit un cailloutis, soit des plaques de grès,
surmontant
4° des placages de sable argileux roux, recouvrant
5° la Table Stampienne.
Cette strate argileuse rouge, très compacte, avait déjà été
signalée au Beauregard par R. Daniel et A. Nouel où elle était très
épaisse, alors que partout ailleurs il n'y en a que d'assez faibles
témoins.
A Gros Monts I, nous nous sommes aperçus que le Magdalénien
sans patine occupait la partie supérieure du sable loessique jau
nâtre tandis que les silex patines blancs plus anciens, étaient dans
les placages de sable rouge au ras de la table.
A la suite de l'étude de ces 27 ateliers nous avons pu proposer
la coupe idéale (publiée Bull. S.P.F., 1961, p. 196, et Bull. S.P.F.,
1963, n° 5-6, p. 349) qui illustre schématiquement les positions des
différentes civilisations par rapport aux différentes formations géo
logiques. Cette coupe vient d'être, dans le courant de 1964, confirmée
par la découverte d'un important « piège » gravettien dans l'atelier
des Chênes au sujet duquel une note est en préparation. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 86
Nous voyons qu'au-dessus de la table ou du sable stampiens
existe très souvent une couche de sable argileux rouge (3) en partie
d'origine burdigalienne, en partie provenant de la décalcification du
calcaire de Beauce. C'est sur cette couche que nous recueillons le
Gravettien, parmi un cailloutis, ou sous les dalles de grès. Cette
formation a été terriblement illuvée et se présente sous forme de
placages ou d'îlots.
Postérieurement au Périgordien elle a été recouverte d'un loess
très sableux jaunâtre (3) dont l'épaisseur atteint parfois 0,70-0,80 m.
La rive gauche du Loing distante de 800 mètres est recouverte
d'une forte épaisseur de ce loess qui forme la bordure Est et la
richesse de la Beauce.
Vers la base et le centre de cette formation, nous avons trouvé
deux séries d'occupations badegouliennes (Ex Protomagdalénien 1) ;
malgré de violentes illuvations cette formation est assez bien conser
vée sur les platières tandis que dans les habitats de pente (Les
Ronces) elle est bouleversée, mélangée aux autres couches.
Les Magdaléniens II-III occupent la partie supérieure de ce
sable loessique, mais les 2 grandes illuvations qui ont suivi la fin
du Wiirm l'ont passablement remanié soit en apportant des crêtes
voisines une nouvelle couche de loess (Gros Monts IX-X) soit,
comme à Gros Monts bis-ter, en entraînant le Gravettien par dessus
le Magdalénien (4).
II. — Lois et emplacements des Habitats :
Tenant compte de l'exposition S.-O. (à l'abri des vents du Nord
et de l'Est) et de quelques autres remarques que nous avons faites
sur les platières, puis sur les bords des falaises, eu la
surprise de les voir se répéter assez régulièrement.
C'est ainsi que nous avons constaté que les trois crêtes des
Gros Monts avaient été occupées par 3 ou 4 civilisations ; que 5
ateliers étaient situés au bord de la plaine à l'orée des voies d'accès
du fond de la vallée vers la platière qu'elle surplombe de 50-60
mètres. Les autres étaient à l'intérieur, toujours dans les mêmes
conditions.
Sur ce sol stampien où ne jaillit aucune source, où l'eau de
pluie s'enfonce immédiatement, on était obligé de suivre les rares
cheminements possibles dans cette falaise presque à pic pour se
procurer l'eau du Loing indispensable et remonter le gibier qui
vivait dans les vastes pacages des bords de la rivière.
Or ces pâturages, actuellement marécages, pullulent d'innom
brables moustiques tout particulièrement actifs l'été où ils rendent
la vie impossible. Au Paléolithique supérieur, ils devaient être
encore plus nombreux et actifs comme ils le sont encore au prin
temps, au Cap Nord, en Finlande. Cette présence innombrable peut
expliquer la désaffection des abris de la falaise au profit des pla-
(3) Le Protomagdalénien I du Bois des Chênes, Bull. S.P.F., I960, p. 620.
(4) Le Hameau Magdalénien des Gros Monts bis-ter, Bull. S.P.F., 1961, pp. 736-744. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 87
tières, alors sans grands arbres et, d'où les vents chassaient les
essaims de moustiques, ce que nous constatons tous les ans.
Etonnés par l'état physique et les détériorations des silex
gravettiens et badegouliens, nous en avons déduit que ces tribus ne
pouvaient, à ces époques terriblement froides, vivre toute l'année
sur ces platières sans abri ; nous en avons conclu qu'elles tran
shumaient à la belle saison comme elles le font encore dans l'extrême
Nord à la suite de leurs troupeaux de Rennes, base de leur nourri
ture et de leur civilisation.
Nous en avons une autre preuve dans la présence, dans tous ces
habitats, de collections de pierres étrangères : granit, quartz,
micaschiste, ardoises, ocres diverses et surtout steatites et de laves
variées qui ne peuvent provenir de la vallée du Loing ou des
rivières voisines. On devait les rapporter, on ne sait dans quel but
(sauf les ocres) des régions d'hivernage : Hte-Loire, Dordogne, Cha
rente ? Il y a quelques années, avant sa mort, l'Abbé Moufflet, de
Pithiviers avait amorcé des recherches sur les voies de passage de
la vallée de la Loire à celle de L'Essonnes et du Loing par le
seuil de Briare.
III. — Civilisations :
1° Acheuléen — nous avons 3 coups de poing, l'un entier à Gros
Monts VII ; l'autre en plusieurs morceaux aux Pins, enfin un beau
fragment aux Ronces.
2° Le Moustérien est représenté par quelques éclats facettés à
forte patine blanche teintée d'oxyde de fer. Près de Gros Monts I
R. Daniel en a découvert, sous un bloc renversé, un atelier avec un
outillage admirablement conservé.
Mais il n'y a pas de véritable habitat dans les Gros Monts avant :
3° Le Gravettien dont nous avons la région 4 horizons :
Le Cirque de la Patrie — Gros Monts bis et ter — Les Chênes —
Les Ronces.
Le Solutréen n'a pas été trouvé, ici, où il ne pouvait probable
ment pénétrer par suite des conditions très sévères du climat qui
aurait rendu impossible toute présence humaine. Cependant 2 éclats
semblent appartenir à cette civilisation ; ils ont dû être apportés
plus tard ; l'un a été trouvé au 2° Redan par Lacaille, l'autre par
R. Delarue aux Chênes.
Après une période de vents violents suivie d'un grand abais
sement des températures, arrivent en 2 vagues :
4° Les Badegouliens (Ex Protomagdalénien I) qui occupent
fortement la région au début, puis vers le milieu de la tombée du
loess récent.
Après 15 ans de fouilles et de réflexions, nous pensons que le
terme Badegoulien doit remplacer désormais celui de Protomagdal
énien I à raclettes du Dr A. Cheynier. Il écarte aussi toute confu
sion avec le Protomagdalénien de Peyrony et des Professeurs Bordes
et Movius (Voir le I des Ronces, Bull. S.P.F.,
1964). 88 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
Après une nouvelle vague de grand froid arrivent :
5° Les Magdaléniens II-IIL — Après bien des hésitations, des
comparaisons, nous ne pensons plus que cet horizon puisse être
plus récent ou même appartenir à la fin du Magdalénien.
La fin du Wiirm fut marquée par 2 illuvations puissantes qui
ont laissé des traces dans les gisements de pente : Gros Monts bis-
ter, IV, X — Les Ronces.
Puis arrivent :
6° Les Tardenoisiens qui ne firent que de courts séjours à Gros
Monts bis, V, VI — Les Ronces.
R. Daniel et l'Abbé Nouel en ont signalé aussi près du Beaure-
gard. Il y en a encore dans les friches de Pierre-lé-Sault (5).
En face du Beauregard, sur la rive gauche du Loing, 2 autres
gisements ont été signalée par R. Daniel à St-Pierre-de-Nemours et à
Chaintréauville. Un autre atelier important est en cours d'exploi
tation dans les environs du « Rocher de Chaintréauville ».
7° Au Néolithique il ne semble pas qu'il y ait eu d'habitat sur
la rive droite du Loing, tout au moins dans les Beauregards, alors
qu'il surabonde, en face, sur la rive gauche où de nombreux collè
gues l'ont rencontré dans les riches terres de loess.
Nous avons toutefois trouvé à Gros Monts I deux pointes de
flèche, une autre aux Chênes, quelques objets (haches) au 2e Redan,
un morceau de poignard, 2 pointes de flèches à tranchant, 2 haches
polies, une hache campignienne aux Ronces. Tous instruments de
chasse et non d'habitat. On voit que cette région privilégiée a attiré
et reçu la visite de 7 civilisations.
IV. — Stratigraphie :
Nous venons de voir que sept civilisations sont représentées
dans les Gros Monts, mais quatre seulement témoignent d'un véri
table séjour.
Sous abri, on en trouverait les restes en superposition ; ici, il
n'en est rien ; le Moustérien mis à part, nous avons récolté dans le
même habitat le Gravettien, le Badegoulien, le Magdalénien et le
Tardenoisien, quelquefois mélangés.
Deux cas se présentent :
1° En terrain de pente :
Dans les sols sableux, légers et meubles nous savons que de
nombreuses illuvations ont bouleversé les couches géologiques : Le
Cirque de la Patrie (6) nous a montré 4 grandes illuvations pour le
seul Périgordien. Gros Monts bis et ter (7) possède 3 strates de
Gravettien dont une avec Magdalénien ; Les Ronces ont au moins
2 strates de Périgordien et de Badegoulien plus une de Magdalénien
suivie de 2 illuvations postwurmienne. Tout cela est parfois très
(5) R. Delarue et Ed. Vignard. — Un gisement Sauveterrien à Nemours, Congrès
Préhistorique de France, Poitiers-Angoulême, 1957, p. 445.
(6) Cf. note 2.
(7) R. Delarue et Ed. Vignard. L'Aurignaco-Périgordien des Gros Monts bis et ter,
Bull. S.P.F., 1959, p. 462. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 89
localisé suivant la place des rochers qui dirigent les coulées des
eaux sauvages.
Cela nous donne au moins quatre à six grandes illuvations
pendant le Paléolitique supérieur.
2° En terrain plat :
Comme l'avaient déjà remarqué plusieurs anciens fouilleurs du
Beauregard, les diverses industries ont été mélangées en surface par
l'action des racines, des fouisseurs, et des travaux humains. Sur ces
platières, hormis quelques très beaux sapins à racines couvrantes,
les autres arbres à racines pivotantes sont plutôt malingres et de
petite taille, car la table arrête leurs racines et les tempêtes les
arrachent souvent.
Avant la myxomatose, l'action des lapins était certes le facteur
prédominant de ces mélanges ; d'autre part, une partie de ces pla
tières à sol riche a été cultivée en vignes au Moyen Age ; à présent,
un taillis règne partout : châtaigniers et chênes dans les meilleurs
endroits ; bouleaux, pins, bruyères dans les sols plus arides.
Nous avons fait des tamisages par couches de 0,10 m et nous
avons recueilli 5 à 8 % de silex blancs dans les premiers centimèt
res, davantage en dessous au niveau du Magdalénien auprès duquel
on trouve le Tardenoisien et le Néolithique.
// n'en est pas moins vrai que la grande majorité du Badegou-
lien est sous-jacente au Magdalénien et que le Périgordien est sous-
jacent au Badegoulien.
Nous avons encore trouvé une vingtaine de « pièges » gravet-
tiens sous dalles, purs de tout mélange, et plusieurs autres « pièges »
badegouliens sous blocs.
Le gisement badegoulien des « Pins » était le seul pur dans
la région avec celui de la « Cabane du Chef » . Il est à noter en effet,
que ces trois ou quatre civilisations se sont installées toujours aux
mêmes endroits limités et à découvert où il semble que rien ne les
attirait cependant.
Avec la connaissance des outils propres à chaque civilisation,
et le secours de la patine (blanc de neige pour le Gravettien sous
piège, blanc teinté pour le Gravettien remonté et le Badegoulien,
blond sans patine le Magdalénien) nous avons la possibilité de
discerner ici, avec assez de certitude, ce qui appartient à chaque
industrie.
V. — Climats :
Dès nos fouilles de 1956 à Gros Monts bis et ter, nous nous
étions aperçus que les silex gravettiens se présentaient sous 3 états
physiques :
1° Très abîmés, méconnaissables, pour ceux des 20 premiers centimètres.
2° Plus ou moins abîmés pour ceux de 0,50-0,75 m.
3° En très bon état pour ceux trouvés enfouis sous la dalle à 1-1,40 m.
Nous avons fait les mêmes constatations aux Ronces. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 90
Nous avons encore noté que la table stampienne profondé
ment enfouie était altérée, « pourrie », tombait parfois en pouss
ière par place et nous avons pensé que ces matériaux avaient
dû supporter des températures fort basses.
Dans notre étude sur l'altération des silex de Nemours (8),
nous avons décrit 7 altérations dues aux actions glaciaires qui,
combinées avec la tombée du loess récent post-périgordien, nous
ont permis de connaître avec assez de précision les dates des
crues glaciaires du Wiirm que nous avons pu ainsi faire coïncider
avec les présences ou les absences de l'une de nos 3 civilisations
du Paléolithique supérieur.
En l'absence de faune que nos sols siliceux à PH acide
détruisent rapidement, conjuguée avec la carence de pollens dans
huit échantillons de loess badegoulien du T Redan et des Ronces,
nous avons eu la possibilité de connaître assez approximative
ment les refroidissements et réchauffements par rapport à nos
3 grandes civilisations : froid sec et violent, puis grand refro
idissement après le Gravettien supérieur, léger réchauffement à
l'arrivée des Badegouliens, puis très grand refroidissement avant premiers Magdaléniens, et nous avons pu en déduire
la courbe des températures (9).
VI. — Habitats :
Nous avons vu que de nombreux abris naturels de la falaise
n'avaient pas été occupés, seuls les immenses auvents du Beau-
regard et du Troglodyte ont été habités : les tribus de ces trois
civilisations se sont installées sur les crêtes et les platières :
a) A Gros Monts I et Gros Monts bis, les carriers modernes
ont détruit quelques rochers qui auraient pu peut-être fournir
un abri.
b) Gros Monts X, Les Ronces, Les Chênes comportent de gros
rochers émergeant plus ou moins et même enterrés qui, avant
la tombée du loess, offraient un abri de 1-1,50 m contre lesquels
on pouvait appliquer de grosses branches que l'on recouvrait de
peaux.
c) A Marie-Laure, Eveline, Corine, les Gros Monts V-VI il n'y
avait rien qui pouvait servir d'abri, il faut donc envisager des
tentes charpentées de grosses branches sur lesquelles on disposait
des peaux.
De plus, quelques-unes de ces habitations comportaient des
pavements apportés et choisis dont la partie supérieure était plane
alors que les aspérités étaient au contact du sol. L'été, le climat
était donc très pluvieux pour que, sur ces sols sableux très perméab
les, plus ou moins en pente, on soit obligé de se défendre de
l'invasion des eaux. De tels habitats très sommaires ne pouvaient
(8) Ed. Vignard et G. Vacher. — Altérations des silex du Paléolithique supérieur
de Nemours, Bull. S.P.F., 1964, p. 45.
(9) Ed. Vignard. — Courbes des températures, Bull. S.P.F., 1963, p. 804. SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE 91
être utilisables que pendant la belle saison, surtout pendant les
périodes glaciaires ou les basses températures devaient rendre la
vie impossible, ne serait-ce que pour la conservation de l'eau. Nous
avons pensé à un séjour réduit aux mois les plus chauds : Mai à
Septembre.
L'importance des gisements varie beaucoup suivant les diffé
rentes civilisations et les ateliers :
A) Gravettien - Gros Monts bis et ter est assurément le plus
important puisque sur à peine la moitié du gisement nous avons
recueilli 3.000 outils et 95.000 éclats.
Les Chênes ont donné seulement 600 outils et nuclei et plusieurs
milliers d'éclats, toujours sur la moitié de l'atelier.
Les Ronces en ont donné à peu près autant dans les mêmes
conditions.
Il en est de même au :
B) Badegoulien (ex Protomagdalénien I) ; au 2e Redan, nous
avons recueilli plus de 1.700 outils et nucleus ; d'anciens fouilleurs
en ont récolté certainement plus du double.
Aux Chênes, sur à peine la moitié de l'atelier nous avons 2.500
objets et plusieurs milliers d'éclats.
Aux Ronces, dans les mêmes conditions nous avons seulement
700 pièces et nucleus.
Les Pins étaient encore moins importants mais c'est le seul
atelier pur de toute la région, avec la cabane du chef (l'ancien gis
ement du Beauregard en a fourni plus de 10.000 et est loin d'être
épuisé).
Mais c'est au :
C) Magdalénien que les différences sont plus sensibles :
Gros Monts I a donné plus de 5.000 outils et 50.000 éclats. bis : 2.000 — Gros Monts ter : 100 — Marie-Laure :
150 — Eveline : 560 — Corine : 150. Nous rappelons que ces cinq
ateliers, plus un dépotoir, étaient situés exactement à 15 pas les
uns des autres sur deux lignes droites se recoupant presqu'à angle
droit.
C'est le plus ancien hameau connu en France.
Gros Monts IV en contenait 250. V : 280 — Gros Monts VI : 490 — Gros Monts VII :
560 — Gros Monts IX : 490 — Gros Monts X : 410.
Tous ces gisements sont à peu près totalement fouillés.
Les Ronces en contiennent plus de 1.000 sur la moitié de
l'atelier.
VIL — (Èuvres d'art :
Etant donné le PH acide des sols de notre région, les os, les
cornes, les bois y disparaissent très rapidement. Cependant R. Daniel
et l'Abbé A. Nouel, dans une zone privilégiée du Beauregard où le 92 SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE
sable argileux roux était particulièrement épais, ont récolté quel
ques dents et os en assez bon état.
A Gros Monts I, R. Daniel a trouvé 2 gravures grossières sur
cortex. Au 2e Redan, l'Abbé Nouel a trouvé, sur cortex, un rectangle
de 0,01 X 0>05 couvert d'incisions et, nous-mêmes avons récolté
à Gros Monts bis et Gros Monts V, des gravures illisibles sur cortex,
plus une steatite couverte de graffitis.
Si les os avaient pu se conserver, nous aurions assurément un
bon nombre d'œuvres d'art ; cette carence déprécie nos gisements
si intéressants par tant d'autres côtés.
Au sud des Beauregards, dans les zones calcaires de Souppes,
il n'est pas improbable qu'on puisse trouver des os gravés qui
auront eu la possibilité de s'y conserver dans un milieu plus
alcalin.
VIII. — Matières premières :
En dehors d'une lame provenant probablement du Grand-Pres-
signy et de quelques silex étrangers à la région, la très grande
majorité des silex mis en œuvre provient des poudingues de
Nemours dont la couche géologique commence vers le Beauregard
avec environ 1 mètre d'épaisseur et s'étend au sud de Souppes les épaisseurs de 10 et 20 mètres. C'est une mine inépuisable
que les hommes du Paléolithique supérieur connaissaient et exploi
taient à l'envie.
Dans les ateliers nous trouvons des rognons de poudingues avec
leur ciment et, vers Pierre-le-Sault, nous avons découvert un point
de repos où les mineurs paléolithiques avaient allégé leur charge
ment en se débarrassant de petits blocs de médiocre qualité.
On a pu encore employer quelques silex de la craie qui affleure
au pied de la falaise sous le Sparnacien sur la rive droite du Loing,
mais cela assez rarement dans les ateliers paléolithiques ; il ne
semble pas en être de même pendant le Néolithique dont les outils
recouvrent les champs de la rive gauche du Loing.
Cette abondance de matière première n'a pas incité à l'éc
onomie : plusieurs pesées nous ont donnés 30 kg d'éclats pour 1 kg
de pièces manufacturées.
IX. — Armes de chasse :
Au Gravettien, les pointes de la Font-Robert, les pointes à un
cran, les gravettes devaient servir à armer les javelots (nous avons,
en effet, trouvé une très grande quantité de bases de qui,
ayant été cassées à la chasse, étaient ramenées avec la hampe au
campement).
Quant aux microgravettes, si nombreuses dans notre région,
et aux petites Font-Robert de la taille des pointes de flèche néoli
thiques, elles laissent supposer la connaissance de l'arc.

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