Recherches sur Jean Grolier..., par Antoine Le Roux de Lincy. ; n°1 ; vol.27, pg 611-618

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1866 - Volume 27 - Numéro 1 - Pages 611-618
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Léopold Delisle
Recherches sur Jean Grolier..., par Antoine Le Roux de Lincy.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1866, tome 27. pp. 611-618.
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Delisle Léopold. Recherches sur Jean Grolier.., par Antoine Le Roux de Lincy. In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1866,
tome 27. pp. 611-618.
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BIBLIOGRAPHIE.
Rechebches sur Jean Grolier, sur sa vie et sur sa bibliothèque, sui
vies ďun catalogue des livres qui lui ont appartenu, par M. Le Roux de
Lincy. Paris, L. Potier, 1866. In-octavo de xlix et 491 pages, avec
planches.
Dans le livre dont je viens de transcrire le titre, M. Le Roux de Lincy a
réuni et coordonné tous les détails qui peuvent faire connaître la vie et les
collections d'un des plus fameux bibliophiles français : Jean Grolier, Lyonn
ais, chevalier, vicomte d'Aguisy, d'abord trésorier de l'armée d'Italie,
puis ambassadeur à Rome sous François Ier, ensuite trésorier de France
sous François Ier, Henri IL, François II et Charles IX, né en 1479, mort
en 1565.
L'introduction porte en grande partie sur l'histoire du goût des livres en
France, depuis les temps les plus anciens jusqu'au xvne siècle. L'auteur y
passe rapidement en revue les plus célèbres collections qui ont été formées,
soit dans les églises et les collèges; soit par des princes, des prélats, des
magistrats, des financiers et des médecins. Ce tableau, tracé d'une main
assurée, a l'avantage de bien marquer la place que Jean Grolier doit occu
per parmi les bibliophiles français.
Ce point fixé, M. Le Roux de Lincy commence par exposer ce qu'il a
découvert sur la vie de Grolier. Le sujet était peu connu ; plusieurs docu
ments sont venus fort à propos l'éclairer d'un jour nouveau. Tels sont, en
première ligne, vingt-neuf lettres conservées dans les archives de monsei
gneur le duc d'Aumale, adressées les unes au grand-maître de France, le
maréchal de Montmorency, les autres à Nicolas Bertereau, secrétaire du
grand-maître. Rien n'est plus intéressant que de voir avec quelle familiar
ité et quelle sollicitude Jean Grolier s'occupe des affaires de M. de Mont
morency, de la santé de sa femme, des constructions qu'il faisait faire à
Chantilly, des artistes et des ouvriers auxquels était confiée la décoration
de cette splendide résidence, et jusque des fruits destinés à la table du mar
échal. Je ferai remarquer en passant qu'une phrase de la lettre du 28 oc
tobre 1558, signalée par M. Le Roux de Lincy (p. 9) à l'attention des « ha
biles dans la connaissance de la céramique française, » doit de préférence
être renvoyée aux historiens de l'orfèvrerie. Voici cette phrase : « Les
tasses gauderonnées seront prestes la sepmaine prochaine, et ay mandé au
m' envoyer les deux qui y sont encores pour y faire receveur de Chantilly
mettre les armes comme aux neufves et à celle que fais apporter pour
patron. » — A côté de cette correspondance, il convient de citer dix-neu f
lettres, retrouvées aux archives municipales de Lyon ; elles attestent le
soin que Jean Grolier mettait à défendre les intérêts de ses compatriotes.
Le second livre de l'ouvrage dont je rends compte a' pour sujet les goûts
M. 612
littéraires de Jean Grolier. M. Le Roux de Lincy a retracé, principalement
d'après des pièces de vers et des épîtres dédicatoires, les relations que ce
bibliophile entretenait avec les savants et les grands imprimeurs du xvie
siècle ; il donne une idée générale de la composition de sa bibliothèque et
de son cabinet de médailles et d'antiquités; ilindiqueles caractères distinc-
tifs des reliures qui ont surtout contribué à rendre célèbre le nom de Grol
ier, et qui sont, au moins pour une notable partie, l'œuvre d'artistes fran
çais. Les développements dans lesquels est entré M. Le Roux de Lincy
pour justifier cette dernière proposition, porteront, je n'en doute pas, la
conviction dans l'esprit de tous les lecteurs. Il a pourtant négligé un fait
qui, mieux que tous les raisonnements, établit à quel degré de perfection
l'art de la reliure était parvenu à Paris dans la première moitié du xvf
siècle. Je l'indiquerai en quelques mots.
Vers 1538, Claude Chappuis se fit rembourser une somme de 130 livres
10 sous tournois qu'il avait avancée à un libraire de Paris, nommé Le
Faucheux, « pour avoir, de l'ordonnance et commandement du roi, rabillé,
relié et doré plusieurs livres de la librairie du roy, en la forme et manière
d'ung evangelier, ja relié et doré par icelluy Le Faucheux, escript de lettres
d'or et d'ancre i ». Or l'évangéliaire auquel fait allusion cet article de
compte est celui qui à la Bibliothèque impériale porte le n° 257 du fonds
des manuscrits latins. Il est encore revêtu de la reliure dont il fut orné par
Le Faucheux, oo, pour employerune forme plus correcte, par leFaulcheur.
En effet, le relieur mentionné dans le compte précédent est certainement
celui dont le nom, le surnom, le titre et l'adresse sont exprimés tout au
long sur le frontispice de plusieurs livres imprimés à Paris du temps de
François Ier : je citerai un ouvrage de Jean de Gagny 2 imprimé, en 1540, à
Paris « pour Estienne Roffet, diet le Faulcheur, libraire et relieur ordinaire
du Roy, demourant sus le pont Sainct-Michel, à l'enseigne de la Rose. »
Au revers du titre est un extrait du privilège que François Ier accorda le
25 mars 1540 (n. s.) à Jean de Gagny, pour faire imprimer et débiter son
livre « par Estienne Roffect, diet le Faulcheur, libraire et relieur ordinaire
d'icelluy seigneur. » La marque de cet habile artiste, dont le nom devra
figurer au commencement des annales de la reliure parisienne, représente
un faucheur. On la voit sur le frontispice du volume intitulé : Sermons de
Guerricus, abbé ďlgny, translatez de latin en langue vulgaire franç
aise, 'par Jehan de Gaigny, docteur, conseiller et premier aulmosnier
du roy, par le commandement dudict seigneur, avec privilège pour
cinq ans. Imprimé à Paris par Simon de Colines, pour Estienne
Roffet 3.
1. De Laborde, la Renaissance des arts. Addit. au 1. 1, p. 973.
2. Briefve et fructueuse exposition sur lesepistres sainct Paul aux Romains
et Hébreux, par Primasius.
3. La marque d'Etienne Roffet est gravée dans la nouvelle édition du Manuel du
libraire, II, 1795. 613
Le troisième livre des Recherches de M. Le Roux de Lincy contient l'his
toire de la bibliothèque de Grolier. L'auteur a rapporté les éloges qui lui
ont été donnés par plusieurs savants du xvie et du xvne siècle ; puis il nous
fait assister à la dispersion de cette incomparable collection, qui, partagée
entre plusieurs héritiers à la mort de Grolier, fut vendue une partie en
1565 et l'autre en 1675 ou 1676. On remarquera, dans cette division de l'ou
vrage, des recherches sur les bibliophiles qui ont recueilli avec le plus d'ar
deur les débris du cabinet de Grolier, et particulièrement sur les Petau,
sur Jean Ballesdens, sur le chancelier Séguier, sur les de Mesmes, sur
LouisÉmeric Bigot, sur Fléchier, sur du Fay, sur le comte d'Hoym, sur le
cardinal de Rohan-Soubise, sur Gaignat et sur le duc de La Vallière. Après
avoir donné sur ces bibliophiles des notices fort curieuses et dans lesquelles
il serait difficile de rien trouver à reprendre, si ce n'est peut-être dans le
paragraphe relatif au prétendu psautier de saint Louis, possédé par la
famille de Mesmes *, M. Le Roux de Lincy passe en revue les collections
publiques qui renferment aujourd'hui quelques livres de Grolier -, il en a
rencontré 64 à la Bibliothèque impériale, 15 à Sainte-Geneviève, 7 à l'Arse
nal, 3 à la Mazarine, 2 au Louvre (collection Motteley), 4 à Lyon, 1 à Mars
eille, 2 à Rouen, 1 à Caen,l à Bayeux,2à Orléans, 22 au Musée britannique
(la plupart provenant d'un legs du rév. Cracherode), 1 à Cambridge, 1 à
Edimbourg, 16 à Vienne (fonds du baron de Hohendorf), 1 à Berlin, 1 à
Berne, 1 à Milan et 1 à Parme. Suit un travail analogue sur les collections
privées qui ont été dispersées de nos jours et sur celles qui subsistent en
core : les plus remarquables par le nombre des exemplaires de Grolier
qu'on y a recueillis, sont celles de Mac-Carthy, de Renouard, de Coste, de
M. Yemeniz, de M. Brunet, l'auteur du Manuel, et de monseigneur le duc
d'Aumale. Un fait qui donne la mesure exacte de la passion, de plus en
plus effrénée, avec laquelle les amateurs se disputent les livres de Grolier,
c'est le prix que plusieurs ont atteint dans les dernières ventes. Un Mac
hiavel a été payé 3,750 francs en 1856, et un Héliodore 3,500 francs
en 1863.
Près de cent vingt pages du livre de M. Le Roux de Lincy (p. 181-297)
sont remplies par un catalogue alphabétique d'environ trois cent cinquante
ouvrages qui ont fait partie de la bibliothèque de Jean Grolier. Ce cata
logue est suivi (p. 301-320) de « l'indication des bibliothèques publiques et
particulières, anciennes et modernes, dans lesquelles se trouvaient ou se
trouvent encore des volumes provenant de la bibliothèque de Jean
Grolier. »
Le livre se termine par un choix de pièces justificatives (p. 323-456),
dans lequel on remarque plusieurs documents administratifs ayant trait aux
emplois de Jean Grolier, aux missions qui lui furent confiées et au procès
1 . J'exposerai ailleurs les raisons qui me font suspecter l'authenticité des notes
inscrites sur le psautier que possède aujourd'hui Мше la comtesse de Puységur. 614
— qu'il les eut vingt-neuf à soutenir lettres en 1561 trouvées ; — une dans généalogie les papiers de du la maréchal famille des de MontmorGrolier ;
ency ; — les dix-neuf lettres des archives de Lyon; — deux lettres latines
écrites par Grolier à François d'Asola et à BeatusRhenanus, publiées l'une
d'après un ms. de la reine de Suède au Vatican, l'autre d'après un ms. de
Schelestadt ; — enfin plusieurs épîtres et pièces de vers adressées à Grolier
par les auteurs dont il encourageait les travaux.
Les documents administratifs dans lesquels figure Jean Grolier n'ont
pas, en général, beaucoup d'importance. Ils servent cependant à. fixer des
points de chronologie qui sont encore douteux. A ce titre, je crois devoir
indiquer ici plusieurs pièces qui pourront être rapprochées de celles qu'a
publiées M. Le Roux de Lincy.
I. 13 novembre 1523. Mandement de François Ier pour faire payer
50,000 1. t. à Jehan Prévost, par son amé et féal conseiller et trésorier de
ses guerres maistre Jehan Grolier1.
II. 28 avril 1524. Mandement du même pour faire payer 20,000 1. t. à
Jehan Carré, par son amé et féal conseiller et trésorier de ses guerres
maistre Jehan Grolier.
III. 26 juillet 1525. Montre faite à Roye, « servant à l'acquit de maistre
Jehan Grolier, conseiller du roy et trésorier de ses guerres 2. »
IV. 1525. « Estât fait à maistre Jehan Grolier, conseiller du roy nostre
sire et trésorier de ses guerres, pour les paiemens par luy faiz à partie des
gens de guerre des ordonnances du roy, nostre dit seigneur, estans soubz
sa charge, pour l'année commançant le premier jour de janvier 1524 et
finissant le dernier jour de décembre ensuivant 1525 3. » — Un article
de l'état nous apprend quels étaient les gages de Jean Grolier : « Audit
maistre Jehan Grolier, trésorier des guerres dessus diet, la somme de trois
mil livres tournois, pour ses gaigesde ladicte année, finie le dernier jour
de décembre oudit an 1525. »
V. 9 janvier 1527 (n. s.). Mandement de François Ier pour faire payer
les gages de Jacques de la Brosse, par son amé et féal conseiller et tréso
rier de ses guerres maistre Jehan Grolier.
VI. 30 septembre 1528. Mandement de François Ier à son amé et féal
conseiller et trésorier de ses guerres, maistre Jehan Grolier, pour payer
6,250 1. t. à maistre Jehan la Guette.
VII. 9 juillet 1529. Mandement du même pour faire payer par son amé
et féal conseiller et trésorier de ses guerres, maistre Jehan Grolier, les
gages de plusieurs hommes d'armes.
1. Cette pièce, ainsi que les n"1 II, V, YI, VII, X et XI, fait partie d'une collection
de lettres patentes des rois de France; provenues de la chambre des comptes de Paris,
et qu'on s'occupe maintenant à classer suivant l'ordre chronologique au département
des manuscrits de la Bibliothèque impériale;
2. Titres scellés de Clairambault, vol. 120, p. 167.
3.de vol. 128, p. 1083-1122. 615
VIII. 1529. « Estât des compagnies de gens de guerre des ordonnances
du roy nostre sire, ausquelles ledit seigneur a ordonné estre fait paiement
par les trésoriers de ses guerres, maistres Jehan Grolier et Georges He-
ruoet, pour leurs gaiges et soulde du quartier d'octobre, novembre et dé
cembre 1529 1. »
IX. 1530. Pareil état pour le quartier de janvier, février et mars 1529
(v. s.)2.
X. 12 (?) décembre 1530. Mandement adressé par François Iev à son amé
et féal conseiller et trésorier de ses guerres, maistre Jehan Grolier.
XI. 25 juin 1543. Mandement de François Ier adressé au sieur d'Estour-
mel, et commençant par ces mots : « Comme dès le premier jour de may
dernier passé, nous ayons commys et depputez noz amez et féaulx cons
eillers François Olivier, président en nostre court de parlement à Paris,
Philibert Babou, Jehan Grolier, trésorier de France , François de Raisse,
sieur de la Hargerie, maistre d'hosjel ordinaire de nostre hostel, Pierre d'A-
pestigny, général de Bourgongne;*et Thomas Rappouel, sieur de Bande-
ville, noz commissaires généra ulx sur le fait et superintendence des vivres
du camp et armée que nous avons présentement en ce pays de Haynault, et
à iceulx expédié commission en forme, donnée à Sainct-Germain en Laye,
ledit premier jour de may, en laquelle commission vous avez esté obmis à
nommer par inadvertence, combien que vous fussiez pour lors en nostre
pais de Picardie, ayant charge expresse de nous de vacquer et entendre
ou fait desdits vivres pour les préparatifs de nostre dicte armée... »
XII. 14 février 1563. Quittance des 2,000 1. t. que Jehan Grolier, se
igneur d'Aguisy, conseiller du roi, trésorier de France, recevait pour ses
gages ordinaires de l'année 1563 3.
XIII. 14 février 1563. Quittance des 300 1. t. que le même avait à tou
cher pour son droit de bûche et chauffage de l'année 1563.
Je signalerai encore une addition qui pourra trouver place dans le sup
plément que nous promet M. Le Roux de Lincy. A la généalogie qu'il a
tirée des archives du Collège héraldique, il sera peut-être bon de joindre
un petit discours, composé par un cousin de Jean Grolier, et dans lequel
se trouve la première rédaction des traditions, fort contestables, qui ont au
jourd'hui cours sur l'origine de la famille des Groliers, traditions que
M. Le Roux de Lincy a consignées à la première page de son livre. On me
pardonnera d'insérer ici ce morceau, dont la Bibliothèque impériale pos
sède une ancienne copie dans les papiers de d'Hozier qui ont formé le
fonds primitif du Cabinet des titres et généalogies.
1. Titres scellés de Clairambault, vol. 128, p. 1125-1134.
2. Ibid., p. 1135-1141.
3. Cette pièce et la suivante sont au Cabinet des titres, 2e série des originaux, au
mot Grolier. 616
« Pour ce que chacune personne désire sçavoir dont est venu la source
de leur généalogie, je George Grolier, seigneur de Casault, trésorier de
Crémone, en Italie, et greffier du greffe et scel du bailliage de Viennois,
fils de feu Guillaume Grolier, receveur de l'Arbresle, me suis ingéré et ay
pris peyne sçavoir dont sont venus et issus mes ancestres et source de la
généalogie des Groliers.
« Je trouvé, moy estant en Italie, où j'ay'demeuré sept ans, exerçant l'of
fice de trésorier de Crémone, soubz le roy François premier de ce nom, à
présent reignant, en la ville de Véronne, estant aux Vénitiens. Il y avoit un
gentilhomme nommé Bernard Grolier, des plus apparens d'icelle ville, et
me monstra, après avoir parlé de plusieurs choses et entendu de ses pré
décesseurs, huit instrumens et papiers fort anciens, tant des
années MCLXII que des années MCLXV1II et IIH" et I, de quatre frères
Groliers qui partirent leurs biens, dont l'und'iceux quatre frères estoit gou
verneur du fils du comte de Gennes, quj^ à présent se nomme duché. Après
la mort de son père, ledit petit comte, à4 cause des partialitez qui estoient
lors en icelle ville de Gennes, demeuroit à Veronne, au logis de sondit
gouverneur, nommé Jheromme Grolier, et desditz quatre frères, et estant
retiré, ledit petit comte à Gennes, après celles partialitez cessées, maria
sondit gouverneur Groiier à la fille d'un des Grimaldi, grands
gentilz hommes dudit Gennes, dont sont sortis entre autres enfans Estienne
et Ambroiz Groliers, frères, qui furent capitaines de aucuns gens de guerre
soubz les Geneuois, en leur armée, qui menèrent en l'armée du roy de
France Charles cinquiesme1, en Languedoc, contre les Albigeois, lesquelz
en ce temps estoient ennemis nouvellement lors révoltez et estant contre
la foy comme à présent sont les Luthériens, lesquelles armées obtindrent
lors victoire contre iceulx Albigeois, lesquelz estoient plus de deux cens
mille homme, et les François et Geneuois n'estoient que douze mille hom
mes. C'esloit la puissance divine qui y besongna, et fut lors gaignée la cité
de Carcassonne et ostée au comte de Thoulouse, qui tenoit le party des Al
bigeois. Lors furent mises les garnisons audit pays, et mesmement envoya
ledit roy Charles partie de son armée et de celle desditz Geneuois en Lion-
nois, pour quelque querelle qu'il avoit contre le duc de Bourgongne, et
furent garnisons assizes à Ance, l'Arbresle et autres lieux circonvoisins
de la Bourgongne et Beaujollois, et furent esleux pour capitaines pour partie
des gens de guerre desditz Geneuois iceulx deux frères Estienne et Ambroiz
Grolier, et demeurèrent en garnison, où Estienne Grolier se maria à une
dés filles de la maison forte de Montmala, dont sont sortis Estienne Grol
ier, grand père de mon père, Guillaume Grolier, qui a eu deux enfans,
Estienne et Guillaume Grolier, dont sont sortis deux enfans. L'un
vint demeurer à Lyon, dont en sont sortis monsieur l'eslu Grolier, à
1. Je crois inutile de relever les grossiers anachronismes dans lesquels tombe
Georges Grolier. 617
présent, qui est mon cousin remué de germain, cousin de mon père, Guil
laume Grolier, qui a esté trésorier de Milan, des guerres et de l'extraordi
naire, soubz le roy Louis douziesme dernier décédé ; messire André
Grolier, archediacre et chanoine de Vienne ; Eustache Claude Grolier, et
le refaicturier de Savigny, tous frères. De l'autre frère est sorty Guillaume
Grolier, mon père, et Gabriel Grolier.
« Autre chose n'ay sceu trouver d'icelle généalogie des Groliers, fors que
à la rivière de Gennes et à Gennes sont plusieurs grosses maisons des
Groliers, qui m'ont dit que leurs prédécesseurs sont sortis de Ottrante,
dernière ville d'Allemagne, et de Véronne en Italie, et que autrefois de
leurs ancestres sont allez demeurer en Lionnois près Lyon, durant les
guerres que les roys de France ont eues en Languedoc, dont ilz furent
joyeulx en avoir ung de leurs parens, lorsque le roy Louis dernier dé
cédé, douziesme de ce nom, lorsqu'il print par composition la ville de
Gennes, en l'année mil cinq cens unze, lequel leur parent estoit maistre
Estienne Grolier, trésorier de Milan et des guerres, ensemble de l'extraor
dinaire, dont mention est faite cy devant, qui estoit père de M. maistre
Jehan Grolier, conseiller du roy, à présent trésorier de France.
« Aussy avoient aucuns parens à Bordeaulx des Groliers, lesquelz plusieurs
fois les sont allez voir à Gennes. Qui soit ainsy, moy estant à Bordeaulx
greffier ordinaire de la grant séneschaussée de Guyenne, laquelle je vendy
à un nommé Vasparault, et m'avoit cousté du roy François, à présent rei-
gnant, vingt mille livres tournois, je trouvay un qui vint obtenir une sau
vegarde, nommé Paulle Grolier, bourgeois de Bourdeaulx. Après l'avoir
interrogé, je trouvay que son grand père estoit issu des Groliers de Gennes,
et me sceut bien dire qu'il avoit des parens à Lyon et à Larbesle, mesme-
ment ledit trésorier Grolier.
« Autre chose n'ay sceu trouver au vray de cette généalogie des Groliers,
et ne desplaise à messieurs de bonne maison et de grand lignaige qu'ils
n'ayent grand tort de ce qu'ilz ne mettent par escrit du temps du lignaige
dont ilz sont sortis. Si j'eusse esté extoriograffe, je eusse prins poyne de
sçavoir plus amplement de nos ancestres, et dont vint le fondement de la
première source des Groliers. Partant, je prie Nostre Seigneur que par sa
grâce vueille que tous ceux quy cy après descendront de cette race des
Groliers soyent tous gens de bien et faire telle œuvre envers Nostre Seigneur
qu'ilz puissent acquérir la gloire perdurable de Paradis. Amen.
« Extraict de mon grand livre, le XXVIII d'octobre 1532. Signé :
GEORGE GROLIER. »
L'exécution matérielle du livre de M. Le Roux de Lincy fait honneur
aux presses de M. Jouaust et au goût du libraire M. Potier. Six planches,
dues à M.Pilinski, sont jointes au volume; elles représentent une des de
vises de Grolier, — ses armoiries avant et après son mariage, — le blason
que Gafori a fait peindre sur l'exemplaire du traité de l'Harmonie qu'il of
frit à Grolier, la devise et la note de propriété que Grolier a mises sur plu- 618
sieurs de ses livres, — une quittance de Grolier du 23 avril 1512 S — la
reliure du Pandolfo Codonense de la Bibliothèque impériale, — celle du
Valère Maxime du même dépôt, — et celle de l'Arnobe de la bibliothèque
de l'Arsenal.
Les bibliophiles français, à qui le livre est dédié, seront unanimes à re
connaître que M. Le Roux de Lincy, secondé par l'habileté et le zèle de
l'éditeur, de l'imprimeur et du dessinateur, a élevé un magnifique monu
ment à la mémoire de l'homme que M. Brunet a justement appelé «le prince
des bibliophiles passés, présents et futurs. »
Leopold Delisle.
LIVRES NOUVEAUX.
Juillet — Septembre 1866.
245. Adnot. — Notes historiques sur l'ancienne ville de Chappes, en
Champagne. — In-8°, 40 p. et pi. Troyes, impr. Dufour-Bouquot.
Extrait de l'Annuaire de l'Aube, 1866.
246. Babinet de Rencogne. — Inauguration d'une foire en Angoumois
sous Henri IV (6 mai 1598). — In-S°, 24 p. Angoulême, imprim. Nadaud
et Ce.
Extrait du Bulletin de la Société archéologique et historique de la Charente ,
année 1865.
247. Babil et Vinet. — Notice sur la commune de Migré (canton de
Loulay). — In-8°, 40 p. Saint- Jean-ď Angely, impr. et libr. Lemarié.
Extrait du Bulletin annuel de la Société historique et scientifique de Saint-Jean-
d'Angély.
248. Benoit (Louis). — L'Abbaye de Craufthal (Claustriacum). Avec 2
planches lithographiées. — In-4°, 24 p. Strasbourg, imprim. Ve Berger-
Levrault.
Extrait du Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques
de l'Alsace.
249. Beegmann. — Origine et signification du nom de Franc. — In-8°,
28 p. Colmar, impr. Decker.
250. Bladé. — Dissertation sur les chants héroïques des Basques. —
In-8°. Paris. A. Franck. (3 fr.)
251. Blanc (Félix). — Essai historique sur le colonat en Gaule, depuis
les premières conquêtes romaines jusqu'à l'établissement du servage (283
avant J.-C, au dixième siècle). — In-8°, 107 p. Blois, impr. Giraud.
252. Boutiot. — Les Templiers et leurs établissements dans la Cham-
1. Il me semble douteux que cette quittance soit écrite de la main de Jean Grolier.
La signature seule paraît autographe.

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