Recherches sur l'insurrection communale de Vézelay, au XIIe siècle. - article ; n°1 ; vol.12, pg 339-365

De
Bibliothèque de l'école des chartes - Année 1851 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 339-365
27 pages
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Publié le : mercredi 1 janvier 1851
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Léon De Bastard D'estang
Recherches sur l'insurrection communale de Vézelay, au XIIe
siècle.
In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1851, tome 12. pp. 339-365.
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De Bastard D'estang Léon. Recherches sur l'insurrection communale de Vézelay, au XIIe siècle. In: Bibliothèque de l'école des
chartes. 1851, tome 12. pp. 339-365.
doi : 10.3406/bec.1851.445003
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bec_0373-6237_1851_num_12_1_445003RECHERCHES
SUR
L'INSURRECTION COMMUNALE
DE VÉZELàY,
AU XIIe SIÈCLE.
L'histoire de la commune de Vézelay, sous l'abbé Pons de
Montboissier, vers 1153, a fixé d'une manière toute particulière
l'attention de l'auteur des Lettres sur l'histoire de France. Si,
après M. Augustin Thierry, nous osons aborder le même sujet,
c'est qu'il nous a semblé que, passant sous silence les insur
rection et conspiration qui précédèrent la révolte communale
de 1153, l'eminent écrivain n'avait pas apprécié d'une manière
tout à fait exacte la nature, le but et le résultat de cette dernière
insurrection, à laquelle il donne un caractère politique, que l'
étude des textes contemporains ne permet pas de lui attribuer.
Nous essayerons de le démontrer sous les trois paragraphes qui
suivent , après avoir dit quelques mots de la fondation de l'a
bbaye de Vézelay et de ses privilèges.
L'abbaye de Vézelay fut fondée vers Гаи 863 * par le comte
1. La date précise de cette fondation n'est pas connue. La lettre par laquelle Gérard
mande au pape Nicolas 1 les donations qu'il a faites à Vézelay est ainsi datée : Data
in mense martio anno ххш régnante gloriosissimo et serenissimo Rege et Domino
nostro Carolo (Spicil. d'Achery, II, in-f°, 502) ; or la 3e année du règne de Charles le
Chauve donne la date 863. Il y a tout lieu de croire que cette lettre a suivi de très-
près l'acte de donation, qui lui-même n'est pas daté. Il est donc difficile de se rendre
compte du motif qui a déterminé les auteurs du Gallia Christiana (IV, 466) à fixer la
fondation de l'abbaye à l'année 867 ou environ.... circa annum 867..., puisqu'ils
mentionnent la lettre de Gérard au pape... uti colligitur ex epištola fundatorum
ad Nicolaum papam ; ils ont de la sorte assigné pour date à la fondation de l'a
bbaye celle de la charte confirmative de Charles le Chauve. André Duchesne publie
(Bibl. Clun., not. 55) un fragment d'un ancien manuscrit que lui a communiqué
Nicolas Camuzat, qui fait remonter à 821 la fondation du monastère; cette date est 340
Gérard de Boussillon i et par Berthe, sa femme; elle était s
ituée en Bourgogne , dans le pagus d'A vallon, et comprise, ainsi
que la plus grande partie de ses propriétés, dans le diocèse d'Au-
tun. Le fondateur y établit d'abord une congrégation de fem
mes auxquelles il accorda tout ce qu'il possédait à Vézelay ,
dans l'Avallonais et dans le Tonnerrois; l'énumération de ces
biens se trouve dans l'acte de fondation 2 : Gérard s'en réserva
l'usufruit sa vie durant, imposa à l'abbaye la condition de don
ner à Borne, chaque année, une livre d'argent au souverain
pontife , et promit en compensation aide et assistance au mon
astère. C'est dans ce sens qu'est écrite la lettre adressée au
pape Nicolas Ier par le comte Gérard pour le prier de confirmer
sa donation , et de mettre l'abbaye sous la protection pontifi
cale. La bulle confirmative de Nicolas est datée du mois de
mai 863.
Le saint-siége accueillit avec bonté et reconnaissance ces
témoignages de la dévotion de Gérard et érigea l'abbaye en fief
de saint Pierre ; il ne fut permis à aucun empereur, roi ou prélat,
à aucune personne enfin, de quelque dignité qu'elle fût revêtue,
de diminuer, d'enlever ou de s'approprier les biens donnés au mon
astère par le comte; défense fut aussi faite d'aliéner aucun de ces
évidemment fautive, puisque la donation eut lieu après la mort de Louis le Débonn
aire et sous le- règne de Charles le Chauve... Domini Senioris Ludovici.... Karoli
filii.... qui nunc superest regnans. C'est aussi à tort que la soumission des.abbayes
de Vézelay et dePoultière au pape Nicolas Ier est rapportée par le P. Labbe (Nov.
Bibl. Mss. I, 394) à l'année 838, puisque l'exaltation de Nicolas I n'eut lieu qn'en 858.
1. Gérard de Roussillon, si célèbre dans les romans de chevalerie, était fils du
comte Leuthaire dit d'Alsace et de Grimilde, descendue des anciens rois de Bour
gogne... Filius Luthardi comilis et Grimildis, ex Etichonis ducis Alemaniae génère
descendebat. Obiit 877, vulgo Rossilionis... (Eckart, de Rebus Franciee orient. II,
564; Dunod, Histoire du comté de Bourgogne, II, 66.) — Voir sur Gérard de Rouss
illon une biographie anonyme du onzième siècle (Bibl. nat., suppl. mss. fr. 6325).
2 In loco vel agro qui dicitur Vizeliacus, in pago Avalensi, in regno Burgun-
diae, ubi et contulimus villas has : eamdem ipsam in qua situm sacrum et venerabile
monasterium Vizeliacum, quam commutavimus cum Domina et gloriosa Judith
Regina, agente et impétrante apud piissimae memoriae Dominům et Seniorem nos
trum Ludovicum Imperatorem, quidquid idem clementissimus Imper ator ad eamdem
villam respiciens sub prsecepti sui confirmatione condonavit, nobisque contulit, quae
ubicumque respiciunt ad eamdem villam pertinentia praedicto monasterio consigna-
vimus , villam denique Dorniciacum, villam Cisternas, Fontanas, atque Molnilum ,
vel quidquid in nominato pago Avalensi vel Tornodorensi acquisivimus, cum universis
appendiciis supradictarum villarum, ubicumque vel in quocumque pago fuerint.
(Privilegia et Charta Vizeliacensis cœnobii., ap. d'Achery Spicil., II, 499.) 341
biens, que l'abbaye devait posséder librement et dans leur inté
grité ; aucun pape ne souffrir qu'ils fussent transmis, soit
à titre de bénéfice, soit à titre d'échange. La redevance de la
livre d'argent était acceptée par le saint-siége, comme le prix
de sa sollicitude pastorale et de sa protection. L'élection de
l'abbé était seulement soumise à l'approbation du saint-père.
Nulle personne , laïque ou ecclésiastique , roi ou évêque , ne
pouvait prétendre aucun droit sur l'ordination de l'abbé, des
moines , prêtres ou clercs non plus que sur la distribution
des saintes huiles ou la consécration des églises , etc. Ainsi
s'exprime Hugues de Poitou , historiographe de l'abbaye de
Vézelay , qui écrivait vers le milieu du douzième siècle et remp
lissait les fonctions de secrétaire de l'abbé Pons de Montbois-
sier \
Cinq ans après, tous ces privilèges furent garantis par une
charte de Charles le Chauve, (janvier 868), qui exempta l'abbaye
de toute juridiction temporelle comme le pape l'avait affranchie
de spirituelle 2. Il fut défendu à toute personne
séculière d'exiger du monastère aucun droit de gîte, de péage,
aucune redevance, et ce, sous peine d'une amende de six cents
sous ; une moitié de cette amende devait revenir au trésor royal,
et l'autre à l'abbaye pour l'indemniser du dommage qu'elle au
rait souffert.
Le monastère avait d'abord été construit sur les bords de la
Cure , au bas de la montagne où se trouve aujourd'hui la petite
ville de Vézelay ; habité par des religieuses , il ne résista pas
longtemps aux guerres dont cette partie de la Bourgogne fut le
théâtre. Les religieuses furent bientôt obligées de céder la place
à des moines, qui, pour se garantir des mêmes attaques, se
retirèrent sur la montagne de Yézelay et y bâtirent un château
fort (castellum). Ils y étaient établis en 868, époque à laquelle
Jean VIII 3 confirma à l'abbaye tous ses biens et prérogatives.
Ce pape avait fait la dédicace de l'église du monastère en se ren
dant au concile de Troyes. Rien ne fut changé d'ailleurs aux pri
vilèges de la nouvelle corporation d'hommes. Les bulles confir-
matives des papes qui se succédèrent ne font que répéter celles
1 . Hug. Pictav., lib. lir, ap. Spicil. d'Achery, II, 523-524.
1. Script, rer. Franc. Vlil, 608; Guib.de Novig. in observ. 657 ; Ann. Bened.,
Ш, 131.
3. Spicil. d'Achery, H, 503- 342
de Nicolas Ier et de Jean VIII. L'indépendance spirituelle et tem
porelle de l'abbé et seigneur de Vézelay se trouvait ainsi parfai
tement garantie.
A la fin du neuvième siècle, le corps de sainte Marie-Madeleine,
apporté à l'église de Vézfilay1, y fit accourir un grand nombre
de pèlerins ; les aumônes qu'ils y laissèrent , jointes aux dona
tions si fréquentes dans ces temps de piété, enrichirent promp-
tement l'abbaye ; mais elles excitèrent la convoitise de ses voi
sins. « Comme, entre les vices auxquels la faute de notre premier
« père nous a condamnés, l'envie au teint livide est celui qui a
« infesté le plus horriblement l'espèce humaine, beaucoup de
« puissances tant ecclésiastiques que séculières des environs,
« pénétrées dece poison, s'efforcèrent d'enlever à l'abbaye son
« étole de liberté 2. » Tel est le motif que l'on peut assigner aux
persécutions que l'abbaye de Vézelay eut à supporter, au com
mencement du onzième siècle, de la part de Landry, comte de
Nevers et d'Auxerre, qui chassa de leur demeure L'abbé et les
moines3. Cependant il est à croire que le dommage qu'en
éprouva l'abbaye ne fut pas très-grand, puisque nous trouvons
dans une bulle du pape Pascal II les propriétés du monastère
sensiblement augmentées depuis sa fondation. La lutte n'en con
tinua pas moins entre l'abbé de Vézelay et le comte de Nevers.
Le pape est obligé de se mêler de la querelle : en 1 103, Pascal
enjoint à Guillaume II, arrière-petit-fils de Landry, de mettre un
terme à ses vexations 4, et charge par une autre lettre l'archevê
que de Sens, les évêques de Nevers, d'Autun, de Langres et
d'Auxerre, de faire respecter les droits de l'abbaye.
Dans le même tempsç l'évêque d'Autun commence à élever
contre l'abbaye des prétentions 5 qui donnèrent naissance, vers
1. Gall, christ. IV, 466.
2. Hug. Pictav., lib. Ill, ар. Spicil. ďAchery, II, 524.
3. Agente Landrico comité, monachis ejusdem loci cum abbate turpiter ejectis.
(Epist. Will. abb. ad Odonem abb. Clun., ap. Script, rer. Franc. X, 480 ; Ann. Be-
ned. IV, 333.)
4. Monemus igitur, ut vicinas tibi ecclesias ab oppressionibus libéras facias, nec
aliquas eis molestias irroges : illis maxime quœ ad B. Pétri tutelam aut patrocinium
pertinent, quemadmodum Vizeliacense cœnobium ; in quo exactiones aut usurpa-
tiones aliquas per te vel quornmlibet prœsumptione institui omnino prohibemus et
interdicimus. (Epist. Pasch. adGuili. com. Nivern. ap. Spicil. d'Achery H, 505-506.)
5. Ann. Bened. V, 428. 343
!'an 1 140, à une série de procès non terminés encore au dix-
septième siècle.
§ I.
Insurrection des habitants de Vézelay contre l'abbé, excitée par
l'établissement de nouvelles charges ; meurtre de l'abbé Artaud
(vers 1106).
La première insurrection des habitants de Vézelay contre leur
seigneur remonte au commencement du douzième siècle ; les dé
tails ne nous en sont pas connus; mais le fait est attesté, à n'en
pouvoir douter, par deux lettres de pape.
Le 25 octobre 1106, Pascal II écrit aux évêques de France
pour leur ordonner de chasser de leurs diocèses respectifs les
meurtriers d'Artaud, abbé de Vézelay. L'exil et, en cas de ré
sistance à la sommation episcopate , l'excommunication, doivent
être le châtiment d'hommes assez pervers pour avoir tué leur
seigneur, prêtre et abbé. On doit remarquer que les évêques
auxquels cette lettre est adressée sont accusés de protéger et de
recueillir dans leurs diocèses les auteurs de ce meurtre l . Le
8 avril 1 144, les coupables ou leurs héritiers n'étaient pas encore
tous arrêtés, puisqu'alors le pape Luce II écrit à ce sujet à Pons,
abbé de Vézelay. Il se sert des mêmes termes que Pascal II et
désigne nominativement comme coupable, ou tout au moins comme
complice, un clerc ou chanoine d'Auxerre 2 nommé Etienne ,
contre lequel une instruction avait été commencée. Comme Pascal
II, Luoet mentionne la protection accordée par les évêques aux
1. ...Indignum videtur, quod facinorosas personas quas pro criminibus suis per-
sequ^deberetis, f'overe dicimini. Interfectores enim Vizeliacensis abbalis in quorum-
dam vestrum parochiis Iicenter habitare dicuntur... eos qui dominům suum, pres
byterům et abbatem suum tam nequiter occiderunt... in exilium detrudatis ; et si
noluerintobedire, excommunicationi subjicite, nec unquam vel Vizeliacensi ahbati,
vel prœposito alicui facilitas sit eisdem homicidis, vel eorum heredibus, de his quae
ad Ecclesiam pertinent aliquki dimittere. (Epist. Pasch. ap. Spicil. d'Achery, II, .
506.)
2. Prohibuit etiam ut nunquam Vizeliacensi abbati vel praeposito alicui facultas
sit eosdem homicidas in eodem monasterio ad habitandum suscipere. Nos itaque
praeceptum confirmantes ipsius super boc, apostolica auctoritale prohibemus, ut nec
ipsi vel eorum heredes, nominatim Stephanus Allissiodorensis clericus.... (Epist.
Lue., id , 507.) 344
meurtriers de l'abbé Artaud. Le sentiment d'envie qui divisait
l'abbaye de Yézelay et les diocèses voisins, s'il faut en croire l'hi
storien du monastère, sert à expliquer la protection donnée à des
assassins. Aussi n'est-il pas étonnant de voir compromis dans cette
affaire un clerc du diocèse d'Auxerre ; son procès fut instruit en
présence de Geffroi, évêque de Langres et de S. Bernard , abbé
de Clairvaux, par la cour de l'abbé, à laquelle, du reste, il
fit défaut. Etienne n'était pas le meurtrier de l'abbé Artaud : l'au
teur de ce crime se nommait Simon ; il était fils d'Eudes , prévôt
de Yézelay, et serf de l'abbaye * .
Le fait du meurtre est donc constant, et le nom du meurtrier
connu.
L'année où le crime fut commis ne saurait être déterminée d'une
façon précise : au concile de Guastalla (octobre 1106), Renaud, suc
cesseur de l'abbé Artaud, reçut la bénédiction du pape Pascal II 2.
Le meurtre n'est donc pas postérieur à l'année 1 106. Il ne peut
être antérieur à 1 103 : cette année, en effet, au mois de novembre,
le pape Pascal adresse une bulle confirmative de privilèges à Ar
taud , abbé de Yézelay : Artaud vivait alors , il est cité comme
témoin dans une charte de l'évêque ď Autun en faveur de l'abbaye
deCluny 3.
L'abbé de Vézelay fut donc tué de 1 103 à 1 106.
Aucun détail ne nous est parvenu sur les circonstances qui
précédèrent ou suivirent le meurtre de l'abbé Artaud. Il paraît
cependant raisonnable de penser que, comme à Laon, où l'évêque
fut assassiné presque à la même époque, ce meurtre fut de la part
des habitants de Yézelay la suite d'une insurrection ; leur parti
cipation ne saurait d'ailleurs être révoquée en doute : plus de
quarante ans après, Guillaume II, comte de Nevers, dans un dis
cours adressé aux habitants de Yézelay qu'il voulait soulever
contre leur abbé, leur rappelle comme un titre de gloire le meurtre
de l'abbé Artaud, et s'exprime en ces termes : « Je m'étonne de
« l'excès de lâcheté qui a succédé chez vous à ce courage renom-
« mé qui vous a fait tuer l'abbé Artaud seulement à cause des deux
1. ...Simonis filii Odonis praepositi Vizeliaci, servi utique Ecclesiae : qui videlicet
Sirao prodidit et percussit dominům sutím, videlicet Artaldum abbatem Vizeliacensis
monasterii. (Hug. Pictav. lib. IV, ар. Spicil. d'Achery, II, 543.)
2. Interfui concilio quod tenuit papa Paschalis Guarestallae (sic), et vidi quod ib
idem benedixit abbatem Vizeliaci Renaldum. (Id., 518.)
3. D. Mart. Thes. Anecd. IV, 124. 34 Г)
« stationes qu'il avait imposées aux maisons '. » C'est là, à notre
lumière connaissance, sur cette le première seul texte insurrection. historique qui Essayons puisse d'expliquer jeter quelque ce
texte, Statio c'est-à-dire nous' paraît le mot ici statio synonyme qui en ďhospitium fait toute la : difficulté duse statio
glise 1 avait fois attirait étant rien un nes abbé passage doit par de la alors exigé et signification a Vézelay. an donc ses Vézelay fort des d'une aux sujets. désigner nombreux, habitants maisons Les pour charte Les ordinaire fêtes le y pèlerins qui qu'ils honorer de ne droit Vézelay. pouvaient sert, attiraient du les de et les vers mot reçussent gîte reliques Ce voyageurs être stalio 1 le ou sens, 136, plus logés de comme 2, de que logis est de transaction à Marie-Madeleine que l'abbaye- ne monde corroboré imposé hôtes contredit la dévotion à de l'abbé Véze entre deux par l'é en
lay étaient Pâques et la fête de Marie-Madeleine : aussi à ces deux
quatre au moms maisons époques, contraire les ans, à prétentions les la et qu'ils habitants seulement disposition n'étaient del'abbéen de à l'égard des Vézelay tenus hôtes du 1 étaient 136. au comte de droit l'abbaye Les obligés de habitants Nevers de ; gîte telles de et mettre prétendaient que de étaient ses tousles gens- leurs du
leurs cette était qu'ils successeur ils se lourde fondaient maisons, époque pouvaient de pour à l'abbé aux sur Vézelay. faire les une nombreux habitants Artaud. en concession donnant Non-seulement marchands On de à Vézelay comprend faite loyer du leurs ils forains temps ; elle manquaient combien maisons les de qui privait l'abbé se ou cette rendaient partie un Kenauď du charge bénéfgain de à
cette fut lieu droit occasion que ice, la en mais cette opinion de cause 1 gîte de 136, encore obligation de dépenses. ou , entre leur puisqu'alors le de première séjour l'abbé logement de On loger peut des et les insurrection. hôtes , qu'à donc, deux habitants de l'une sans fois l'abbaye par invraisemblance, des ne La de furent an transaction Vézelay, deux était , des pour fêtes astreints étrangers confirme eux qui de croire Pâune eut au
ques ou de Marie-Madeleine 3 .
duas virtus 1. Valde tantum vestra, stupeo qua domorum prudentissimum nbi sit, stationes vel ad quantam interfecistis. et satis liberalissimum ignaviam (Hug. devenerit Pictav. abbatem lib olim ш Artaldum opinatissima an <?ní«/ ob
' " ' l'Plcu-
ďAchery,II, 529.)
v° Statio. 2. Du Cange,
3. Conqnerebamur quod hospitia, que, secnndiim morem antiqimm, faciebarmis
П. (Troisième série.) г
sûr Cette elle traduction est; plus satisfaisante du mot slatio que 346 paraît celle qui peu en contestable a été donnée ; à coup jus
qu'ici. On lit dans la Collection des mémoires relatifs à l'histoire
de France * , publiée sous la direction de M. Guizot : « Vous mîtes
a à mort le très -sage et même assez généreux abbé Artaud à cause
« du service auquel il voulait assujettir seulement deux maisons. »
M. Augustin Thierry a suivi fidèlement cette traduction; il rend
les mots 06 duas tantum domorum stationes par une nouvelle
taille imposée à deux maisons 2. Il y a là évidemment erreur; il
ne s'agit pas, en effet, de service imposé à deux maisons, mais
bien de deux services ou tailles (duas stationes) imposés aux mai
sons, ce qui est tout différent; il s'agit d'une imposition générale
qui doit peser sur tous les habitants et à laquelle ils ont tous in
térêt à se soustraire, imposition qui, par sa nature générale, doit
exciter leur mécontentement bien autrement que ne l'aurait pu
faire une taille quelconque , à laquelle deux maisons seulement
auraient été soumises.
On ne trouve dans cette insurrection ni commune ni confédé
ration des habitants entre eux ; on ne peut donc pas dire de cette
insurrection qu'elle fut communale ; mais, il faut le reconnaître,
elle prccd sa source dans un des principaux motifs mis en avant
par les serfs lors de leurs révoltes contre les seigneurs , révoltes
qui aboutirent souvent à l'établissement des communes. Pierre
le Vénérable les légitime en quelque sorte, lorsqu'il décrit les exac-
saisire ad opus hospitum qui Viziliacum in Pascha et in solempnitate béate Marie
Magdalene conveniebant.... ecclesia de suo erat procurata, contra prohibitionem
nostram, peregrinis locabant et mercatoribus, quapropter sepius cogebamur pecu-
nia nostra alias domos conducere. Ad hoc ipsi dicebanl quod solam familiam comitis.. .
debebant, et illam etiam non nisi in quanto (lege quarto) anno : quod eis concessum
fuisse dicebant ab abbate Rainaldo, in presentia Willelmi, Nivernensis comitis. Nos
vero hospitalitatem requirebamus, non tantum hominibus comitis, sed et omnibus
quos ecclesia procuraret et quociens opus esset, sicut a predecessoribus nostris semper
factum fuisse constabat ; quod vero a predecessore nostro sibi concessum dice
bant.... negabamus. De hospitalitate dictum est quod burgenses hospitari debent hos-
pites abbatis quoscumque de suo procnraverit, quia hoc ecclesiam a tempore domini
\rtaldi et domini.... in annum tenuisse duo legitimi homines Bardelinus
scilicet forestarius et Willelmus de Ponte, etquamplures alii, párati fuerunt jurare.
Sed quia villa major est quam esse solebat, addiderunt ut quorum hospicia in tino
Pascha hospitata fuerint, in proximo subsequenti Pascha eis esse parcendum similfter
et de festo béate Marie Magdalene debere fieri dixerunt. {Annuaire de l'Yonne, 184.=>,
3e partie, p. 58 et 62.)
1. VH, 165.
2. Lettre XXII sur l'hist. de France, p. 437, in-8", 1836; p. 317, in-12, 1846. tions que la féodalité faisait subir aux serfs : « Ces maîtres injus-
« tes, dit-il, ne se contentent pas de la servitude ordinaire et ac-
« quise , mais ils s'arrogent sans cesse et sans miséricorde les
« propriétés avec les personnes et les personnes avec les propriétés;
« outre les redevances accoutumées, ils enlèvent les biens trois
« ou quatre fois dans l'année, et aussi souvent que la fantaisie leur
« en prend ; ils les grèvent d'innombrables services, leur impo-
« sent des charges cruelles et intolérables * . »
Ce fut pour se soustraire à ces charges intolérables que les
habitants de Vézelay tuèrent l'abbé Artaud. Ils invoqueront plus
tard ce précédent , ou plutôt on le fera valoir à leurs yeux
pour les pousser à la révolte ; on doit donc rapporter à cette in
surrection de 1106 l'origine de celle qui éclata cinquante ans
plus tard et qui donna lieu à l'établissement éphémère , il est vrai,
d'une commune à Vézelay , 'puisque cette révolte de 1106 eut
pour motif l'une des causes les plus ordinaires du grand mouve
ment désigné sous le nom d'affranchissement des communes , je
veux dire, l'allégement des charges, tailles, impositions ou rede
vances.
Conspiration des habitants de Vézelay; fixation de redevances
arbitraires; allégement des charges; concession de droits civils
(1137).
Pendant les trente années qui suivirent le meurtre de l'abbé
Artaud, nul conflit ne paraît s'être élevé entre l'abbé de Vézelay
et les habitants de cette ville. Mais vers 1 1 37, du temps de l'abbé
Albéric, les bourgeois de Vézelay se confédérèrent contre lui et en
traînèrent dans la conspiration les paysans qui habitaient les pro
priétés de l'abbaye. Les réclamations qu'ils élevèrent alors né
cessitèrent, en 1137, une transaction qui permet d'éclaircir les
prétentions respectives des deux parties 2.
1. Petr. Ven., lib. I, ep. 28.
2. L'original de cette transaction, dont un fragment a été cité plus haut, n'a pas
été retrouvé ; elle a été publiée pour la première fois dans l'Annuaire de l'Yonne 1845,
3e partie, p. 67-77, d'après une copie de 1770, qui renferme des lacunes. Le copiste
du dix-huitième siècle avoue n'avoir pu lire le texte dans son entier. Voici quelle
est la déclaration de l'abbé au sujet de la conspiration : Conquesti sumusquod....
23.

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