Réinterprétation de la Civilisation Saône-Rhône - article ; n°1 ; vol.30, pg 1-89

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Gallia préhistoire - Année 1987 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 1-89
On the base of a long chronological sequence of stratified lake-dwellings, in Clairvaux-les-Lacs (Jura, France), the authors propose an analysis of cultural trends which govern the transition between Middel Neolithic II and Late Neolithic, in the N.W. of the Alps. Organizing into a hierarchy the evolution of artefacts (pottery, stone, bone and wood), one has tried to differentiate chrono-cultural indicators of regional evolutions (the part of techniques and of environment transformations), of more general evolutions (beads, shapes and decoration of ceramics) and long distance transfers (objects, techniques and ideas). Chronological correlations are then proposed, between cultures of Chasséen évolué, N.M.B., Cortaillod, Pfyn, Les Treilles/Ferrières, Fontbouïsse, Chalcolithique provençal, Horgen, Lùscherz, Auvernier, S.O.M., Gord, Artenac, Cordée, Clairvaux, Chalain, stating the nature of contacts and transfers from one to another. At last, this approaching, on the base of plentiful series of artefacts from lake shores, well dated by dendrochronology, allowed to lead up to suggestions of important socio-economic modifications, of which the evolution of cultural and technical trends could be only the reflection.
Réinterprétation de la Civilisation Saône-Rhône. Une approche des tendances culturelles du Néolithique final par Pierre Pétrequin, Jacqueline Chastel, François Giligny, Anne-Marie Pétrequin et Sylvie Saintot
Sur la base d'une longue séquence chronologique d'habitats lacustres stratifiés, à Clairvaux-les-Lacs (Jura, France), les auteurs proposent une analyse des tendances culturelles qui régissent le passage Néolithique moyen II/Néolithique final au Nord-Ouest des Alpes. En hiérarchisant l'évolution des artefacts sur différents matériaux (terre cuite, pierre, matières dures animales et bois), on a cherché à différencier des indicateurs chrono-culturels d'évolutions régionales (la part du technique et de la transformation du milieu), des évolutions plus générales (parures, formes et décors céramiques) et des transferts à longue distance (objets, techniques et idées). Il est alors proposé des corrélations chronologiques entre les cultures du Chasséen évolué, N.M.B., Cortaillod, Pfyn, Les Treilles/Ferrières, Fontbouïsse, Chalcolithique provençal, Horgen, Lüscherz, Auvernier, S.O.M., Gord, Artenac, Cordée, Clairvaux, Chalain, en précisant la nature des contacts et des transferts de l'une à l'autre. Cette approche, à partir d'abondantes séries d'artefacts trouvés en bords de lacs et bien datés par la dendrochronologie, permet enfin de déboucher sur des propositions de modifications socio-économiques profondes, dont l'évolution des tendances culturelles et techniques ne serait que le reflet.
89 pages
Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Pierre Petrequin
Jacqueline Chastel
François Giligny
Anne-Marie Pétrequin
Sylvie Saintot
Réinterprétation de la Civilisation Saône-Rhône
In: Gallia préhistoire. Tome 30, 1987. pp. 1-89.
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Petrequin Pierre, Chastel Jacqueline, Giligny François, Pétrequin Anne-Marie, Saintot Sylvie. Réinterprétation de la Civilisation
Saône-Rhône. In: Gallia préhistoire. Tome 30, 1987. pp. 1-89.
doi : 10.3406/galip.1987.2364
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/galip_0016-4127_1987_num_30_1_2364Abstract
On the base of a long chronological sequence of stratified lake-dwellings, in Clairvaux-les-Lacs (Jura,
France), the authors propose an analysis of cultural trends which govern the transition between Middel
Neolithic II and Late Neolithic, in the N.W. of the Alps. Organizing into a hierarchy the evolution of
artefacts (pottery, stone, bone and wood), one has tried to differentiate chrono-cultural indicators of
regional evolutions (the part of techniques and of environment transformations), of more general
evolutions (beads, shapes and decoration of ceramics) and long distance transfers (objects, techniques
and ideas). Chronological correlations are then proposed, between cultures of "Chasséen évolué",
N.M.B., Cortaillod, Pfyn, Les Treilles/Ferrières, Fontbouïsse, Chalcolithique provençal, Horgen,
Lùscherz, Auvernier, S.O.M., Gord, Artenac, Cordée, Clairvaux, Chalain, stating the nature of contacts
and transfers from one to another. At last, this approaching, on the base of plentiful series of artefacts
from lake shores, well dated by dendrochronology, allowed to lead up to suggestions of important socio-
economic modifications, of which the evolution of cultural and technical trends could be only the
reflection.
Résumé
Réinterprétation de la Civilisation Saône-Rhône. Une approche des tendances culturelles du
Néolithique final par Pierre Pétrequin, Jacqueline Chastel, François Giligny, Anne-Marie Pétrequin et
Sylvie Saintot
Sur la base d'une longue séquence chronologique d'habitats lacustres stratifiés, à Clairvaux-les-Lacs
(Jura, France), les auteurs proposent une analyse des tendances culturelles qui régissent le passage
Néolithique moyen II/Néolithique final au Nord-Ouest des Alpes. En hiérarchisant l'évolution des
artefacts sur différents matériaux (terre cuite, pierre, matières dures animales et bois), on a cherché à
différencier des indicateurs chrono-culturels d'évolutions régionales (la part du technique et de la
transformation du milieu), des évolutions plus générales (parures, formes et décors céramiques) et des
transferts à longue distance (objets, techniques et idées). Il est alors proposé des corrélations
chronologiques entre les cultures du Chasséen évolué, N.M.B., Cortaillod, Pfyn, Les Treilles/Ferrières,
Fontbouïsse, Chalcolithique provençal, Horgen, Lüscherz, Auvernier, S.O.M., Gord, Artenac, Cordée,
Clairvaux, Chalain, en précisant la nature des contacts et des transferts de l'une à l'autre. Cette
approche, à partir d'abondantes séries d'artefacts trouvés en bords de lacs et bien datés par la
dendrochronologie, permet enfin de déboucher sur des propositions de modifications socio-
économiques profondes, dont l'évolution des tendances culturelles et techniques ne serait que le reflet.RÉINTERPRÉTATION DE LA CIVILISATION SAÔNE-RHÔNE
Une approche des tendances culturelles du Néolithique final
par Pierre PÉTREQUIN, Jacqueline CHASTEL, François GILIGNY, Anne-Marie PÉTREQUIN
et Sylvie SAINTOT
Cette présentation constitue le prolongement et digitales profondes du groupe d'Auvernier) ; enfin
également le répondant, dix ans après, de la synthèse des types non-essentiels (M. -A. Borrello, 1981) qui
proposée par J.-P. Thévenot, G. Strahm et alii indiquent des phénomènes de continuité et d'inter-
(1976), qui tendait à définir une entité culturelle communication avec d'autres régions (décors cordés,
nouvelle et originale, la Civilisation Saône-Rhône poignards pressigniens, etc.). Il convient pourtant de
(C.S.R.), en France du Centre-Est et en Suisse constater que la C.S.R., issue d'une nécessité de la
occidentale à la fin du Néolithique. recherche et de réalités culturelles et chronologi
ques3, a immédiatement été déviée de son sens
premier; en effet la synthèse proposée (J.-P. ThéveEN GUISE D'HISTORIQUE : LE CONCEPT DE C.S.R. not in : J.-P. Thévenot, C. Strahm et alii, 1976,
p. 395 et sq.) met en avant des types-clefs (en Le concept de C.S.R. répondait au besoin de quelque sorte des fossiles-directeurs, puisque les faire reconnaître, dans cette région, une évolution pièces sont ici prises isolément et non en fonction de culturelle spécifique, qui n'était pas rattachable aux
leur valeur d'association), qui apparaissent strictblocs1 S.O.M.-Horgen-Cordée d'une part, Ferrières-
ement limités à l'aire C.S.R pour l'unique raison Treilles-Fontbouïsse-Chalcolithique provençal d'au
qu'ils n'ont pas été cartographies ailleurs : à l'exemtre part. Une telle évolution, caractéristique de la ple des importations d'outillage en silex de Touraine, zone de contact entre influx septentrionaux et
des haches-marteaux à renflement médian, des jarres méridionaux, aurait été un phénomène culturel «non à prises ou cordons horizontaux, enfin des armatures comme une civilisation au sens large telle la Bandke-
foliacées ou losangiques à encoches latérales. L'analramik, mais comme une manifestation plus yse actuelle de cette synthèse de 19764 impose donc cohérente»2, selon les modèles polythétiques^ de de reconnaître que les types-clefs portés en* avant D. Clarke (1968) «qui sont des entités géographiques pour caractériser la C.S.R. sont en fait des types et chronologiques». On y a mis en évidence (mais non-essentiels et qu'une cartographie un peu sérieuse sans préciser la valeur du vocabulaire utilisé) des les aurait clairement mis en, évidence. On pourrait types-clefs, artefacts spécifiques à l'ensemble géogra schématiser en disant que la C.S.R. est un phénomènphique défini (par exemple les flèches losangiques ou e culturel, que chacun des cosignataires de la foliacées à encoches latérales) ; des types exclusifs,
témoins de l'originalité de certaines entités à l'inté
rieur de cette civilisation (cordons à impressions 3. Autant que l'on pouvait en juger alors à partir de
deux sites lacustres stratifiés de Suisse occidentale (Auvernier
et Yverdon) et de trois ensembles d'artefacts dont la position
chronologique ne pouvait être assurée (Clairvaux, Ouroux et
1. Ou, du moins, ce qui était considéré comme tel à Chara vines).
l'époque. 4. Cette analyse est d'autant plus soutenable qu'elle est
2. C'est nous qui soulignons (J.-P. Thévenot et le fait d'un des cosignataires de la synthèse de 1976,
G. Strahm, 1976, introduction, p. 332). P. Pétrequin, également l'instigateur de la présente approche.
Gallia Préhistoire, 1987-1988, tome 30, p. 1-89. P. ET A.-M. PÉTREQUIN, J. CHASTEL, F. GILIGNY, S. SAINTOT
première synthèse a reconnu par comparaison avec val de Saône, J.-P. Thévenot (1976) fait perdurer la
G.S.R. jusqu'à la fin du Bronze ancien, cette culture ce qui se passe à l'extérieur de l'aire Saône-Rhône ;
est prolongée en amont par J. Winiger (1981b) avec dans cette zone, une série de tendances culturelles
le Lûscherz (G.S.R. ancien)6 ou par la Proto-C.S.R. présente un indéniable air de famille, qui s'estompe
(J.-L. Voruz, 1984). Plus récemment encore, pluprogressivement lorsqu'on se dirige vers le Sud et la
basse vallée du Rhône, ou qui disparaît très rapid sieurs néolithiciens mettent en doute l'éventuelle
origine méridionale de certains types céramiques de ement vers le Nord de la Franche-Comté ou du lac de
la G.S.R. (R. Montjardin, 1984), les rapports avec la Neuchâtel ; vers l'Est, les limites coïncident avec les
reliefs alpins, tandis qu'à l'Ouest la raréfaction des S.O.M. (G. Bailloud, 1982), certains allant même
jusqu'à proposer de rattacher purement et simpledocuments archéologiques ne permet pas de situer
quelque frontière ou zone précise de mutation. Mais ment le site d'Ouroux-sur-Saône (Saône-et-Loire) et
le groupe de la Saône à la Civilisation d'Artenac lorsqu'il a fallu détailler collectivement le concept de
G.S.R., les auteurs ont manqué leur but en s'ap- (J. Roussot-Larroque, 1984).
Devant les progrès rapides réalisés depuis 1976 puyant non plus sur des associations et des tendan
dans le domaine des datages dendrochronologiques7, ces culturelles, mais sur des éléments isolés, souvent
de l'analyse des longues séquences stratigraphiques ubiquistes et par conséquent peu caractéristiques en
(Clairvaux-les-Lacs, Jura ; La Motte-aux-Magnins et soi. Car manquaient les séquences stratigraphiques
Delley, Portalban, FR, Suisse) et de l'approche de référence (sinon Yverdon, avenue des Sports, VD,
typologique des groupements d'artefacts (A. R. Fûr- Suisse, dont l'exploitation n'était pas poussée à
ger, 1981 ; D. Ramseyer, 1980 ; F. Schifferdecker, terme), l'étude d'importantes séries industrielles,
enfin, et surtout, le sentiment clair d'une approche 1982 et 1984; J.-L. Voruz, 1984; J. Winiger, 1981a),
le moment semblait venu de remettre le concept de qui ne serait pas fondée , sur l'objet isolé, hors
Civilisation Saône-Rhône à l'épreuve des faits eux- contexte ou volontairement choisi et extrait de son
mêmes. Lors du Colloque interrégional sur le Néolienvironnement culturel, tendant vers une synthèse
thique, tenu à Lons-le-Saunier les 11-13 octobre d'autant plus globalisante qu'elle s'appuyait sur une
1985, cette mise à l'épreuve a été éludée, au profit documentation déficitaire.
Depuis 1976, le terme de G.S.R. a fait son d'une juxtaposition plus monotone de présentations
régionales, où l'on retrouve, sans espoir de solution chemin, mais sa signification, à l'évidence, a évolué
au fil des années et selon les auteurs. Déjà dans l'acte collective, les contradictions citées plus haut8..
de naissance (J.-P. Thévenot, G. Strahm et alii,
1976), les rapports entre groupe de Lûscherz et.
6. Ne pas confondre le concept de Winiger (phase groupe d'Auvernier5 n'apparaissent pas clairement : ancienne de la C.S.R. = Lûscherz) avec celui de Bocquet d'un côté, on souligne les points communs entre ces (phase ancienne de la C.S.R. = site de Charavines, Les Bai
deux ensembles (F. Schifferdecker et A. Beeching gneurs).
7. Tout le monde, avec raison, est unanime pour in : J. -P. Thévenot, G. Strahm. et alii, 1976) ; de
encenser l'apport et les résultats de la dendrochronologie, qui l'autre, on- montre le remplacement, en Suisse changent progressivement notre notion de l'écoulement du occidentale, du Lûscherz par la G.S.R. elle-même. temps. Il faut pourtant maintenant que les dendrochronolo-
Après une décennie, la confusion s'est accrue au gues eux-mêmes, comme l'ont fait auparavant la plupart des
scientifiques, affichent clairement les incertitudes liées à la point que seuls les néolithiciens du Centre-Est et de
méthode (nous devrions dire aux méthodes)1 et au stock Suisse ont quelque chance de s'y retrouver. Après
documentaire. Combien de phases d'abattage d'arbres n'ont avoir forgé l'unité de la C.S.R., voici que les mêmes que peu de chances d'apparaître en dendrochronologie?
chercheurs, chacun pour sa part, insistent sur les Arrachage des pieux avant reconstruction, choix d'essences
particularismes régionaux, chronologiques ou cultu végétales qui enregistrent mal les variations de croissance, bois
issus de niches écologiques particulières, arbres trop jeunes rels : les influx S.O.M. à Auvernier, La Saunerie
pour être calés en chronologie, adaptations architecturales (NE, Suisse) (C. Strahm, 1978), les traditions méri avec radiers de fondation et sans poteaux plantés dans le sol, dionales à Glairvaux-les-Lacs (A.-M. et P. Pétrequin, niveaux érodés, voilà quelques défauts documentaires si
1978), une phase ancienne de la C.S.R. à Charavines fréquents et souvent passés sous silence. Une date dendrochro-
(A. Bocquet, 1974 et 1980). A croire qu'on ne parle nologique, même unique, sera toujours bienvenue ; mais il n'est
pas question de la vouloir comparer, en toute sécurité, aux plus de la même évolution culturelle. Tandis qu'en
résultats globaux établis sur une documentation nombreuse et
de qualité ; le préhistorien doit le savoir avant de manipuler
«culturellement» les calages dendrochronologiques.
5. Le groupe étant alors entendu comme un terme 8. Mais, en fait, on devra se demander si de tels
neutre, qui couvrirait les aspects géographiques et chronologi colloques, chaque année alourdis par un nombre plus impor
ques. tant de participants, peuvent encore être le lieu privilégié de DE LA CIVILISATION SAÔNE-RHÔNE RÉINTERPRÉTATION
(types-clefs ou types exclusifs) donne des résultats de Pour une approche des grandes séries valeur chrono-culturelle très différente selon les
matériaux et la fonction ; et ce n'est pas un hasard si On voudra bien nous pardonner cette longue
la céramique décorée et la parure ont été partout introduction diffîcultueuse à l'image des faits eux-
privilégiées en tant qu'indicateurs chronologiques et mêmes ; elle est nécessaire pour comprendre les
culturels11, comparativement à des matériaux tradmodalités de choix méthodologique que nous propo
itionnellement moins étudiés, voici quelques années sons.
encore, car leurs dynamiques pourraient être davanChercher à dégager les bases sur lesquelles on
tage liées au technologique, ainsi certains outillages a fondé la C.S.R. revient à mettre en évidence les
en os, en bois de cerf, en défense de suidé et en silex. approches différentes d'un auteur à l'autre. Dans le
Un juste milieu semblait avoir été trouvé avec cas le plus simple, ces différents modes peuvent être
l'étude des types d'associations des artefacts entre consécutifs à la conservation des sites : Ouroux-sur-
eux, permettant de rechercher des constantes cultuSaône (Saône-et-Loire), gisement de berge avec un
relles et chronologiques, plus complexes et plus matériel très fragmenté et de fortes incertitudes sur
pertinentes que les pièces isolées elles-mêmes. Mais la cohésion chronologique (J.-P. Thévenot, 1973), ne
ces valeurs d'association ne préjugent pas des permet pas la même étude qu'Yverdon, av. des
rapports respectifs chiffrés des objets dans un même Sports (C. Strahm, 1973) pour des raisons de fossil
groupement (A. Gallay, 1977; J. Winiger, 1981b) et isation des artefacts, d'abondance de la documentat
de leur signification dans un cadre chronologique ion9 et de cohérence stratigraphique des ensembles;
plus détaillé. rien d'étonnant à ce qu'à Ouroux-sur-Saône l'ana
Tout à l'opposé, on assiste, depuis quelques lyse culturelle porte sur l'objet isolé et, au mieux,
années, à l'émergence d'études détaillées et chiffrées l'association, tandis qu'à Yverdon, dans un milieu
où le seul spécialiste d'un matériau (l'os, le bois de lacustre où le matériel est abondant, sinon pl fait* cerf, l'industrie lithique taillée, la céramique...) éthorique, priorité soit donnée aux associations, aux
intervenir une exploitation parfois statistique des» décomptes numériques et à la mise en évidence de
grandes séries, découvertes au bord des lacs tendances industrielles chiffrées (J.-L. Voruz, 1984).
(A.R. Fûrger, 1981 ; S. Hefti-Ott, 1977; F. Schiffer- Mais en fait, il peut s'agir aussi d'un choix métho
decker, 1982; J.-L. Voruz, 1984). L'accent est alors dologique sans rapport avec la conservation des
mis sur la description (sinon la compréhension) de artefacts, puisqu'à Charavines, Les Baigneurs (Isè
tendances culturelles évolutives, déjà prônées et re), site lacustre où la fossilisation est optimale,
utilisées par C. Strahm en 1973 pour la céramique- l'exploitation des données culturelles n'est toujours
d'Yverdon, av. des Sports. On voit donc se mettre en envisagée qu'en termes d'individus isolés et de
place des démarches typologiques de plus en plus types-clefs (A. Bocquet, 1974; A. Bocquet et
spécialisées et sophistiquées, qui permettent d'appréP. Pétrequin, 1984), alors qu'y existent tous les
hender d'un seul jet les trois niveaux élémentaires de éléments pour des études chiffrées qui seraient
l'analyse culturelle et chronologique : l'objet lui- comparables à celles menées sur d'autres sites
même, l'association et la tendance évolutive chiffrée. littoraux au nord-ouest des Alpes10.
Lorsque la documentation le permet, l'avenir Effectivement, le nombre souvent faible des
est à ce type de démarche qui, seul, pourra rendre artefacts dans beaucoup de sites terrestres nous ont
compte de dynamiques industrielles et culturelles habitué à raisonner avant tout en terme de pièces complexes, au travers de l'infinité de plans chronoloisolées, et dans ce cas, une laborieuse analyse
giques qui se succèdent le long de l'axe diachronique, culturelle comparative tente de rendre quelque
contexte à l'objet unique. Cette démarche, qui, au
mieux, peut déboucher sur des présences-absences 11. A Clairvaux, La Motte-aux-Magnins, la synthèse des
tendances culturelles chiffrées du Néolithique final montre que
les attributions chronologiques issues de pièces étudiées
progrès vers des synthèses collectives étayées. Leur finalité isolément (présence/absence) sont bons dans le cas de la
semble maintenant la présentation d'un panorama des céramique à décors incisés/poinçonnés, bons à moyens pour la
connaissances et non l'accélération collective d'une recherche. parure, bons à mauvais pour l'outillage en silex et en bois de
9. On peut même se demander si la part très importante cerf, les formes céramiques et les décors plastiques, en général
de céramique bien cuite et lustrée à Ouroux n'est pas, de plus, mauvais pour l'outillage en os ou en défense de suidé et la
amplifiée par un processus de conservation différentielle. technologie céramique. Les termes de bons à mauvais sont ici
10. Il existe donc bien, par-delà les différences liées aux une évaluation de la fourchette de datation. Cette hiérarchisa
sites eux-mêmes, des traditions scientifiques d'exploitation des tion indique exactement les priorités données, le plus générale
vestiges, habitudes parfois irréductibles. ment, aux études sur les artefacts du Néolithique final. •
ET A.-M. PÉTREQUIN, J. CHASTEL, F. GILIGNY, S. SAINTOT P.
plutôt à cumuler les informations issues de ces et en dépit des problèmes d'échantillonnage et des
différentes méthodes, mais à leur attribuer des variations latérales-sur chaque plan synchronique.
significations différentes, en termes de chronologie et Mais cette démarche complexe, qui n'exclut pas le
de culture. moins du monde les approches plus classiques, a
Nous proposons ici une démarche franchement introduit une hyper-spécialisation et une. durée
culturelle pour tenter d'appréhender la dynamique d'étude considérablement prolongée. Et aujourd'hui,
évolutive des industries de la région Saône-Rhône au le décalage entre la fin d'une fouille importante et la
Néolithique final. Il s'agira de se référer à une publication des études typologiques spécialisées est
couramment de l'ordre de, 5s à - 15 ans, pendant séque'nce chronologique longue et occupant une
position centrale dans l'aire concernée, c'est-à-dire la lesquels la documentation nouvelle n'est pas encore
succession des habitats reconnus sur le Grand Lac de disponible. De plus, chaque spécialiste peut être à ce
Clairvaux (Jura). Plutôt que d'attendre les conclupoint enclos dans son domaine qu'il n'a parfois plus
sions des études typologiques spécialisées sur l'eque des idées très générales sur les acquis nouveaux
nsemble des sites néolithiques de Clairvaux15, nous obtenus par ses collègues qui œuvrent sur les mêmes
suivrons une démarche plus rapide en termes d'objséquences chronologiques, la même région, voire
ets, d'associations et de tendances culturelles, et même le même site12, mais à partir de matériaux
nous utiliserons la séquence étudiée pour proposer différents. Ou alors un spécialiste peut tenter une
une autre approche de la C.S.R. Le concept de approche synthétique des tendances culturelles sur
C.S.R. avait été créé à partir d'une approche une région, mais en utilisant les mesures et les
monolithique, c'est-à-dire utilisant d'abord la perchiffres publiés par d'autres, pour des approches
1984),* il peut y ception générale d'une culture pour descendre ensuidifférentes; dans ce cas (J.-L. Voruz,
te à un niveau plus détaillé, le groupe régional et la avoir une perte d'information, à, vouloir réexploiter
phase chronologique, comme si l'essentiel du contenu des données anciennes, sans retour aux documents
matériel d'une civilisation devait toujours évoluer eux-mêmes13.
dans le même sens. Sur la base d'observations ethno- En termes d'ethnologie (et non plus d'éloges à
archéologiques, nous posons au contraire en postultout prix de la mesure et de l'exploitation statisti
at qu'en cette fin du Néolithique, alors qu'est que), chacun, de ces niveaux d'appréhension des
réalisé l'essentiel de la colonisation agricole, chaque réalités anciennes (objet, association, tendance) per
élément de la culture matérielle peut posséder sa met d'induire des faits complémentaires et de
dynamique spécifique. Du particulier au général, signification différente au plan des communautés
nous chercherons ensuite les enchaînements, les- humaines14. Choisir et s'en tenir à une méthode
parallélismes, les complémentarités ou les opposiunique et ubiquiste conduirait alors à orienter les
tions essentielles entre les dynamiques évolutives de conclusions avant même d'aborder l'étude ; le choix
chaque gamme d'artefacts, pour tenter de proposer entre deux méthodes également réductrices qui
un tableau plus nuancé du contenu de la Civilisation accorderaient la même valeur d'une part aux objets
Saône-Rhône, si tant est que ce terme général puisse isolés et aux grandes séries, d'autre part aux seules
être encore considéré comme significatif à quelque grandes séries en perdant de vue les objets isolés,
niveau d'approche que ce soit. Toujours dans cette n'est aujourd'hui plus possible : la solution consiste
optique influencée par l'ethnologie, les enchaîne
ments évolutifs seront appréhendés dans le contexte
12. On pourrait multiplier les exemples en Suisse occi du continuum culturel mis en évidence par dentale (Twann, Yverdon, Auvernier), où l'exploitation des C. Strahm (1977) pour la Suisse occidentale, et documents culturels, en tant que matière à- classification, est
correspondant probablement à la stabilité acquise de plus avancée qu'en Suisse nord-orientale.
13. A l'exemple de la synthèse proposée par J.-L. Voruz l'essentiel des populations de la fin du Néolithique16.
(1984) dont la cohérence est parfaite pour le thème principal
(recherche de pointe), c'est-à-dire l'outillage sur matières dures
animales, mais bien moindre pour les conclusions globales
15. J. Chastel (l'outillage en bois de cerf et en os), après l'insertion de l'outillage lithique et de la céramique,
F. Giligny (la céramique de style Clairvaux) et S. Saintot étudiées par d'autres chercheurs, dans une optique différente.
(l'outillage lithique taillé), entre autres. Néanmoins, une telle approche a le mérite d'appréhender les
16. Le travail publié ici ne représente qu'un investissdynamiques évolutives en intégrant les données de plusieurs
ement réduit, puisqu'il a été réalisé en trois mois par huit catégories de matériel et en les mettant en interrelation.
14. Faits que certaines procédures statistiques, inadapt personnes, au dépôt archéologique de Beffia (Jura). Pour ce
ées à l'approche ethnologique, peuvent reléguer à l'arrière- faire, nous avons pu bénéficier d'une large subvention de
l'A.F.A.N.", pour la préparation du colloque interrégional sur le plan quand elles ne les oblitèrent pas complètement, sans autre
Néolithique, Lons-le-Saunier (octobre 1985). Ce thème de forme de procès. >
RÉINTERPRÉTATION DE LA CIVILISATION SAÔNE-RHÔNE
présence de l'homme dans ce petit bassin lacustre ; il
faudrait attendre le début du IIIe millénaire pour Le lac de Clairvaux et ses habitats littoraux
voir le rythme d'occupation s'accélérer, le nombre
Depuis la mise en œuvre du programme de des maisons dans chaque hameau dépasser la dizaine
recherche sur le Néolithique de la Combe d'Ain et du et la sédentarité s'accroître avec la pression démo
Jura méridional (U.R.A. 12, C.R.A.), la prospection graphique, ce qui, n'exclut pas des hiatus sans
systématique du Grand Lac de Glairvaux a permis le régularité et des déplacements de l'habitat. Il n'en
repérage, puis la fouille partielle de neuf gisements demeure pas moins que Clairvaux constitue le cas
différents (fig. 1; en haut à gauche). Les méthodes de rare d'un petit lac où il est possible d'appréhender,
prospection comprenaient des missions régulières de en moins d'une génération de recherche, la dynami
photos aériennes, la surveillance de tous les travaux que de l'habitat et les questions de succession des
de drainage et d'aménagement des sols (réseau de étapes culturelles pendant plus d'un millénaire18.
tranchées à maille d'environ 50 à 100 m), des lignes Le problème est maintenant de savoir comment
de sondages à la tarière dans la tourbière au nord du il est possible d'ordonner précisément dans le temps
lac et le parcours des plates-formes. littorales émer les différentes phases d'occupation de chacun des
gées à l'étiage ou toujours immergées ; cette surveil neuf sites d'habitat du lac de Clairvaux. Les
lance détaillée a été prolongée pendant dix années tentatives basées sur les sondages à la tarière et les
consécutives. Dans ces conditions, nous pouvons raccords stratigraphiques directs ou indirects n'ont
raisonnablement estimer que nous connaissons l'e pas abouti (M. Magny, 1978) et cette approche a dû
ssentiel des zones occupées par des villages littoraux, être totalement abandonnée, du moins pour cette
du Néolithique moyen à l'Âge du Bronze ancien17. question de datation relative d'ensembles chronolo
Le cadre chronologique utilisé dans cette présenta-- giques différents avec déplacement latéral de l'habi
tion, et d'ailleurs dans tout l'article, correspond à tat, selon un rythme en* grande partie indépendant
des dates radiocarbone calibrées, selon la table de des fluctuations naturelles du plan d'eau
correction du «groupe de Tucson» (J. Evin et alii, (P. Pétrequin, 1986). Nous sommes, de plus, très
1983) et à des dates dendrochronologiques (pré-print largement au-delà des marges d'incertitude des
du Colloque interrégional sur le Néolithique, Lons-le- datages radiocarbone et seuls quelques tirs groupés
Saunier, octobre 1985). (fig. 1, St. II, St. IV, La Motte-aux-Magnins A-B-C)
L'étalement, assez régulier dans le temps, des permettent un calage chronologique avec une préci
28 dates radiocarbone obtenues à Clairvaux (fig. 1) sion suffisante pour proposer certaines corrélations
ne saurait, en aucune manière, être interprété avec les séquences dendrochronologiques de Suisse
comme indice sérieux d'une permanence de l'occupa occidentale. D'ailleurs, si les dates radiocarbone du
tion des rives du lac; on connaît les limites de cette Néolithique moyen II offrent une grande sécurité, en
méthode; d'autres approches, fondées sur les ryth une période de baisse progressive du niveau du lac
mes stratigraphiques et l'impact des activités humain par érosion du seuil de l'exutoire, il n'en va pas de
es sur l'environnement (P. Pétrequin, G. Lambert même pour le Néolithique final, où certaines dates
et H.Richard, 1983; P. 1985b), ind (figurées en tiretés verticaux sur la figure 1) s'élo
iquent au contraire que pendant le Néolithique ignent notablement de la diagonale idéale qui corre
moyen II (Néolithique Moyen Bourguignon et Cor- spond à leur position stratigraphique réelle ; notons
taillod) les périodes. de hiatus de l'occupation au que ces dates aberrantes correspondent à des échant
raient été beaucoup plus longues que les périodes de illons de petits charbons de bois qui proviendraient,
par flottage, de stations plus anciennes, en cours de
recherche a fait l'objet d'un séminaire sur le Néolithique, à démantèlement à la suite de la plus grande instabili
Paris I (P. Pétrequin et D. Mordant) et, dans ce cadre, les té du plan d'eau au cours du IIIe millénaire19. discussions n'ont pas manqué d'être fructueuses. De plus,
C. Strahm et K. Wolf nous ont facilité l'accès aux documents
d'Yverdon, av. des Sports. Quant à J. de Bois-Gerrets, ses 18. L'autre exemple classique est le Wauwilersee en
commentaires * critiques ont conduit à approfondir notre Suisse centrale.
démarche. Que tous en soient remerciés. 19. Par contrecoup, ces dates aberrantes sont de pré
17. Il existe, à ce jour, encore trois zones incertaines : un cieux indicateurs sur les variations du plan d'eau, peut-être
groupe de pieux, signalé en 1872 par J. Lemire dans une petite consécutives à des fluctuations du climat, au moins pour les
baie au sud-est du lac, n'a pu être retrouvé ; quelques tessons, épisodes qui se retrouvent, au même moment, sur des lacs
détectés en 1972 dans une tranchée de drainage à 200 m différents. Sur les bois non carbonisés, dont l'espérance de vie,
environ au nord/nord-est de La Motte-aux-Magnins, n'ont pu en cas d'érosion, est nettement plus limitée, nous n'avons pas
être rattachés à un quelconque habitat ; il en va de même pour eu ces problèmes de «vieillissement» de certaines dates dans
la découverte de tessons isolés au sud du lac (fig. 1, point 9). des séquences stratigraphiques continues. Ces phénomènes i
'
/. Station IV
2- VU
3. Station III
4- La Motte-aux-Magnins Sud
5- LA MOTTE-AUX-MAGNINS
6- -
- Stations II H
8-
i _ Découverte isolée S LE GRAND LAC
10- Station VIII
H //_ Découverte isolée
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_4000avJ.C. {phase récente
Sériation de la céramique 2900av.J.C. 2500av.J.C.
du Fig Bronze 1 ancien, Les sites en du relation lac de avec Clairvaux la succession et le des cadre styles chronologique. céramiques (en Dates bas). C14 Colonne calibrées, de droite depuis : les la corrélations fin du Néolithique avec la région moyen des jusqu'à Trois Lacs, l'Âge
d'après le calendrier dendrochronologique (F. Schifferdecker et al., 1984). DE LA CIVILISATION SAÔNE-RHÔNE RÉINTERPRÉTATION
Dans l'attente d'une chronologie absolue en culturelles sur cette séquence d'où sont exclus les
années solaires20, il faut donc se contenter d'appro problèmes de chronologie relative entre les différents
ches plus classiques. On a choisi la stratigraphie de ensembles, nous tenterons, lorsque faire se peut, de
Glairvaux, La Motte-aux-Magnins pour séquence de raccorder les autres sites du lac de Glairvaux à cet
référence (fig. I, n° 4 du plan). A ce choix, plusieurs axe général, pour tenter de combler, au moins en
raisons. La a fourni la plus partie, les hiatus indiscutables de l'habitat de
longue séquence chronologique du lac de Clairvaux, La Motte-aux-Magnins.
depuis le Néolithique Moyen Rourguignon, dans la
deuxième moitié du IVe millénaire, jusqu'à la fin du
Valeur de la chronologie relative de Rronze ancien, dans la lre moitié du IIe millénaire
La Motte-aux-Magnins avec des hiatus, bien entendu. Une surface échantil
lon de 96 m2 a été fouillée sur La Motte-aux-
Avec un site d'ambiance humide, voire amphibMagnins, et, d'après l'étude de l'architecture, couvrir ie, tel que celui de La Motte-aux-Magnins, où l'eau ait toujours au minimum l'équivalent d'une maison a favorisé une bonne conservation, il serait facile de et des dépotoirs latéraux ; ce qui offre une certaine se leurrer et d'estimer a priori que la valeur de sécurité quant à la qualité de chaque échantillon l'information chronologique est sensiblement la mêchronologique21. La fouille centrale de La Motte- me sur toute la puissance de la séquence stratigra- aux-Magnins est, de surcroît, encadrée par deux phique reconnue, du Néolithique moyen II à l'Âge sondages, La Motte-aux-Magnins Sud et M. M. Nord, du Bronze ancien. Ce serait méconnaître les problède surfaces plus réduites (respectivement 13 et 9 m2), mes de sédimentation spécifiques à chaque lac, voire où il est possible de vérifier, quoique sur un à chaque gisement (P. Pétrequin, 1986), en admetéchantillon globalement plus réduit, les tendances tant une vitesse de sédimentation lacustre uniforme, évolutives des artefacts repérés sur la fouille princi dans le temps et dans l'espace. pale (M. M.) et les éventuels' déplacements des Une première approche, où l'on met en rapport hameaux. la position topographique des sites, leur profondeur Le site de La Motte-aux-Magnins constitue donc sous le plan d'eau et les courbes d'équidatation l'axe chronologique de référence de notre étude (de radiocarbone (fig. 2, n° 1) indique que la sédimentatbas en haut, ensembles M.M.V. et M.M.A. à ion est fonction, dans cette gamme de profondeur, M.M.K.). Les tableaux illustrant cet article sont de l'action érosive des vagues et de l'orientation des donc le résultat, pour l'essentiel, des décomptes courants. En moyenne, la compaction des couches, effectués sur ce site. Bien que les rapports stratigra-
voire l'établissement de véritables surfaces d'érophiques avec le site principal soient impossibles à sion22, augmenterait pendant la deuxième moitié du établir, nous avons pourtant utilisé également le IIIe millénaire (fig. 2, n° 2) ; on doit donc s'attendre, niveau inférieur de la station IV (surface
à partir de 2600 av. J.-C, à la coexistence, dans un fouillée = 55 m2) pour lequel une série de datages même horizon stratigraphique, d'industries chronoradiocarbone groupés offre une bonne sécurité de logiquement différentes. Cette tendance générale de corrélation avec les groupes de dates de La Motte-
ralentissement de la sédimentation en un même aux-Magnins A-B-G (fig. 1). Notre étude portera point est conforme aux modèles actuels de mise en donc d'abord sur cette séquence principale, soit des
place des plates-formes de craie lacustre ; elle environs de 3500 à 2400 av. J.-C, en dates radio- apparaît très clairement à La Motte-aux-Magnins si carbone calibrées. Une fois reconnues les tendances l'on prend en compte le rythme des séquences
stratigraphiques (fig. 3, n° 1, A, B, C, etc.) et les naturels sont tout différents du vieillissement systématique dates radiocarbone. Une indication tout à fait des dates obtenues par le laboratoire radiocarbone de Lyon
identique, et fondée sur une méthode indépendante, dans les années 1970 à 1974 (n°s de comptage, LY 384 à 1155) ;
ces datations où peuvent se poser des problèmes d'étalonnage, est donnée par un diagramme cumulatif du mobilier
ont toutes été abandonnées. archéologique par niveau stratigraphique (estimé en 20. G. Lambert travaille actuellement sur l'approche volume et en poids). A Clairvaux, La Motte-aux- dendrochronologique des sites de Clairvaux, au laboratoire de
Magnins, l'écart chronologique augmente de bas en Chrono-Écologie de Besançon.
21. En fait, la question est plus complexe, car il y a haut, pour des unités stratigraphiques d'égale épais
également eu déplacement de l'habitat sur le site même de seur; en d'autres termes, le contenu mobilier des
La Motte-aux-Magnins. Ainsi les phases les plus anciennes
n'existent qu'au centre même du site et certaines phases plus
tardives (à l'exemple de l'ensemble K) sont plutôt développées 22. Qui ont d'ailleurs longtemps échappé à l'approche
vers le nord-est du gisement. stratigraphique et sédimentologique (M. Magny, 1978). P. ET A.-M. PÉTREQUIN, J. CHASTEL, F. GILIGNY, S. SAINTOT
St. Il 6t.lV St. W MM. M.M.S. II S Ê DIM EN TA T ION/ ÉROSION
tO Ju lac
2000
erosion
_0
1000
2000
250 0
2700
3000
3200 av.J.C. ©
erosion
I 5 10
COMPACTION/ DILATATION DES DEPOTS
Fig. 2 — Comparaison des rapports sédimentation/érosion entre quatre gisements néolithiques de l'extrémité nord du lac de
Clairvaux : 1, courbes schématiques d'équidatation C14 calibré, en rapport avec la position topographique des sites, leur profondeur
sous le plan 0 du lac et la puissance des dépôts stratifiés. Schématiquement, les séquences stratigraphiques sont dilatées dans les
dépôts les plus profonds et tendent à la compaction lorsqu'on se rapproche du plan d'eau à l'étiage et qu'augmente l'action
érosive du ressac; 2, la moyenne des vitesses de sédimentation à l'extrémité septentrionale du lac montre que la sédimentation,
donc l'information chronologique, est en moyenne idéale pour la période du milieu du IIIe millénaire.
ensembles stratigraphiques inférieurs (A, B,- G, etc.) tion/érosion. Le nombre des pièces diminue lorsqu'il
a été déposé dans un laps de temps court, tandis que y a accélération de la sédimentation (fig. 4, D et E)
dans les niveaux supérieurs, où la sédimentation a et augmente lorsque l'érosion est plus importante
été contrée par l'érosion, le laps de temps pour une (fig. 4, H, J et K). Au contraire, est consécutive à
même unité stratigraphique est notablement plus des variations culturelles l'augmentation brutale du
long. nombre des outils en silex (fig. 4, J et K), avec la
En examinant par le détail l'abondance relative généralisation de l'utilisation des microdenticulés (la
de témoins archéologiques dans chaque ensemble courbe 5 de la fig. 4 a été construite en éliminant ces
stratigraphique de La Motte-aux-Magnins (fig. 4), il mêmes microdenticulés). On peut interpréter, selon
apparaît que les mêmes variations se retrouvent en le même mode culturel, la diminution progressive du
général, quels que soient les témoins mesurés. Ce nombre des parures (fig. 4, G à K). Pendant les
phénomène n'est pas à mettre au compte de données périodes d'occupation du site de La Motte-aux-
uniquement culturelles ou temporelles (rejet plus ou Magnins, on a donc rejeté chaque année à peu près
moins important selon les phases chronologiques), toujours la même quantité de restes d'animaux et
mais bien de données relatives au rapport d'artefacts brisés ; mais la modification des rythmes

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