Éléments de sigillographie ecclésiastique française - article ; n°78 ; vol.18, pg 30-59

De
Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1932 - Volume 18 - Numéro 78 - Pages 30-59
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1932
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Auguste Coulon
Éléments de sigillographie ecclésiastique française
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 18. N°78, 1932. pp. 30-59.
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Coulon Auguste. Éléments de sigillographie ecclésiastique française. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 18. N°78,
1932. pp. 30-59.
doi : 10.3406/rhef.1932.2604
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1932_num_18_78_2604DE SIGILLOGRAPHIE ÉLÉPHTS
EGGIiÉSIflSTIQUE
INTRODUCTION
Objet de la Sigillographie. — Du Sceau en général. — Son importance
jusqu'au xvie siècle. — Le Sceau matrice et les empreintes. — Com
ment distinguer les Sceaux ecclésiastiques ou religieux. — Comment les
classer ?
Tous ceux qui ont vu ou étudié des titres originaux du
Moyen Age ont remarqué les sceaux qui s'y trouvent fixés.
Il est bon de donner, à la suite de ces pièces d'archives,
lorsqu'on les publie ou qu'on les analyse, la description,
même sommaire, de ces sceaux qui les authentiquent et per
mettent parfois! d'en compléter le texte; il est utile de les
grouper pour en dresser des catalogues généraux ou spé
ciaux, comme la Sigillographie de l'ordre des Chartreux1, la
Sigillographie de TouV, ou bien encore la Sigillographie des
évêques de Marseille", et c'est pourquoi il a paru nécessaire
d'exposer ici quelques notions élémentaires de sigillographie
religieuse ou ecclésiastique, et plus spécialement pour les
sceaux français*.
1. G. Vallier, Sigillographie de l'ordre des Chartreux et numismatique
de Saint-Bruno. Montreuil-sur-Mer, 1891, in-8
2. P.-Ch. Robert, des évêques, des monastères, des juri
dictions et de la cité de Toul. Paris et Metz, 1868, in-4.
3. Abbé J.-H. Albanès, Armoriai et sigillographie des évêques de Mars
eille, avec des notices historiques sur chacun de ces prélats. Marseille,
1884, in-4.
4. La distinction établie par les Bénédictins entre les sceaux laïques et.
les sceaux ecclésiastiques (V. p. 31, n. 6 et 7) a été conservée jusqu'à nos
jours. Il suffirait donc, semble-t-il, de résumer ici ce qui a été dit de ces
derniers pour donner les principales notions de Sigillographie religieuse,
mais la différence est loin d'être aussi nettement marquée. Il est d'a
bord des principes généraux concernant la nlatière, la forme, le mode
d'apposition, et l'emploi des sceaux, qui s'appliquent à tous, quels qu'ils
soient. Ce serait dépasser le cadre qui nous est fixé que de les répéter
ici. On les trouvera développés dans les ouvrages qui traitent de cette
science et tout d'abord dans les pages magistrales dont Douët d'Arcq a
fait précéder son inventaire des sceaux des archives de l'Empire. Voir
L. Cl. Douet d'Arcq, Inventaires et documents publiés par ordre de
l'Empereur sous la direction de M. le comte de Laborde. Collection de
sceaux (Paris, 1863-1868-[1872], 3 vol. in-4°). Les Éléments de Sigill
ographie se trouvent aux pages i à cix du premier volume. L'ouvrage
-devait être accompagné d'un atlas de reproductions. Les désastres de DE SIGILLOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE FRANÇAISE 31 ÉLÉMENTS
Objet de la Sigillographie.
La Sigillographie, dite aussi Sphragistique5 (du grec c^ayi?),.
a pour objet l'étude des sceaux. Dom Jean Mabillon, dans
son De re diplomatica", après lui Toustain et dom Tas-
sin dans leur Nouveau traité de Diplomatique1, leur ont con
sacré de longues pages, mais ils ne les envisageaient que
comme signes de validation et, suivant le titre de leurs ou
vrages, comme une des formes de la Diplomatique. C'est
plus tard seulement, au xvme siècle, que, comprenant l'i
mportance et l'intérêt multiple de ces frêles empreintes, on
songea à étudier les sceaux eux-mêmes et que, dotée d'un
nom qui lui fut propre, la sigillographie ainsi émancipée vint
prendre place, à côté de la numismatique et de l'art héral
dique, parmi les sciences auxiliaires de l'Histoire. L'impor
tance et l'intérêt qu'elle présente par le ( nombre, la variété
et la précision des renseignements qu'elle peut fournir à
l'archéologie, aussi bien pour l'histoire du costume, du mob
ilier et des monuments même que pour l'histoire de l'art,
est incontestable. On ne peut le nier quand on saura que le
sceau, étant personnel, a, par lui-même et par l'acte auquel il
est fixé, une date authentique, une origine certaine, une loca
lité précise et qu'il constitue ainsi un instrument de critique
d'inestimable valeur.
Du Sceau en général. Son importance jusqu'au xvie siècle.
Le sceau est l'empreinte, sur une matière plastique, géné-
1870 en arrêtèrent la publication. Nous désignerons désormais cet in
ventaire, que nous aurons souvent à citer, par le seul nom de l'auteur
en renvoyant au n° du sceau. — Voir aussi l'excellente bibliographie qu'a
publiée M. Adrien Blanchet, Sigillographie française, dans la Biblio
thèque des Bibliographies critiques (1902, 53 p.). — Mlle Mariette
Nicodème*, archiviste aux archives royales de Belgique a publié, dans
le Bibliographe moderne (t. XXII, an. 1924-1925, p. 130 à 161 et 203 à
221) une Bibliographie générale de la Sigillographie dont la fin doit
bientôt paraître. — A. de Bouard, Manuel de diplomatique française et
pontificale (Paris, 1929), p. 333-365, et planches XLI, XLII, XLIII de
l'album. — S. Roman, Manuel de Sigillographie française, Paris, 1912.
— A. Giry, Manuel de diplomatique (Paris, 1894), chap. IX, p. 622-657.
— Lecoy de La Marche, Les Sceaux, Paris [1889]. — Nous avons nous-
mêmes donné quelques principes généraux de sigillographie dans notre
notice sur Le Service sigillographique et les collections d'empreintes, de
sceaux des Archives nationales (Paris, 1916, 156 pages, 8 planches).
C'est principalement parmi les sceaux inventoriés par Douët d'Arcq
et Demay que nous choisirons nos exemples. Ces collections se trou
vent aux archives nationales et il sera facile d'y vérifier nos assertions.
5. Ce dernier terme est peu employé en France.
6. Paris, 1709-1714, 2 in-fol. Livre II, ch. XIV-XIX, p. 126-152.
7. Paris,, 1750-1765, 6 vol. in-4°. Tome IV, 1759, p. 1-443. revue d'histoire de l'église de France 32
ralement la cire, d'images ou de caractères gravés sur un
corps dur, métal ou pierre, plus spécialement désigné sous,
le nom de matrice et généralement employée comme signe
personnel d'autorité et de propriété.
Répondant à des sentiments si éminemment humains, le
sceau fut utilisé dès la plus haute antiquité; il en est fait
maintes fois mention dans l'Écriture sainte et les nombreux
cylindres babyloniens conservés dans nos musées ne sont
pas autre chose que des matrices de sceaux. Tels étaient en
core ces anneaux sigillaires de l'époque mérovingienne dont
le chaton gravé servait de cachet.
Le sceau est désigné par le mot : annulus jusque sous le
règne de Robert Je Pieux où le remplace le terme sigillum.
Au Moyen Age il tient lieu de signature et son usage se mult
iplie parmi les grands personnages, les corps importants,
voire les particuliers. Chacun veut posséder le sien, un acte
écrit n'étant valable que s'il est scellé. Le sceau disparaissait-
il, l'empreinte était-elle mutilée ou illisible, l'acte était con
sidéré comme nul. Si Ton n'avait pas de sceau, on emprunt
ait celui d'un autre, en le mentionnant expressément. En
core n'attribuait-on pas à tous la même valeur juridique :
elle était infiniment variable « suivant qu'ils émanaient de
personnages investis d'une juridiction plus ou moins éten
due, ou de simples particuliers. Ils offraient, dans le premier
cas, une garantie publique, validant les, actes la mesure
de la puissance ou l'étendue du ressort de leurs titulaires ;
privé8 ils ne ». valaient, dans le second cas, rien de plus qu'un seing
Rien de plus fréquent, jusqu'à la fin du xme siècle, que de
voir des particuliers demander, pour la -garantie d'un acte
même scellé par eux, l'apposition du sceau d'un évêque ou
d'un abbé. Aussi ces empreintes sont-elles singulièrement
nombreuses pour cette époque9; et c'est pourquoi, sans doute,,
on vit se multiplier, avec les grands sceaux, les sceaux offi
ciels, les sceaux de juridictions qui conféraient l'authenticité
et devenaient une source de revenus. Il y eut des sceaux
spéciaux pour les contrats et les obligations : Sigillum ad
contractum ; sigillum obligationum ; pour les actes de procé
dure : Sigillum ad causas. Il y en eut pour les officialités :
Sigillum curiae : ces tribunaux où s'exerçait la juridiction
spirituelle de l'évêque et d'autres dignitaires ecclésiastiques,.
8. A. de Bouard, Manuel de diplomatique, p. 359-365.
9. On peut le constater d'un simple coup d œil sur les listes du tableau,
systématique publié par.Douët d'Arcq en tête de son inventaire. :
DE SIGILLOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE FRANÇAISE 33 ÉLÉMENTS
archidiacres, arehiprêtres, doyens, abbés, qui jouissaient de
ce privilège. On distingua même, dans certaines officialités,
le grand sceau et le petit sceau10. Un sceau de la Chambre :
sigillum camerae, appelé aussi, de sa forme : sigillum rotun-
dum, paraît avoir été employé, en principe, par quelques pré
lats pour l'administration du temporel et les affaires financ
ières11. Celui qui était revêtu d'une dignité ou chargé d'une
fonction avait donc un sceau spécial, propre à son rôle offi
ciel. Il n'en possédait pas moins un sceau particulier, per
sonnel, le petit-sceau, le sceau secret, qui, ramené à des d
imensions plus réduites, devint le signet12 N'oublions pas les
matrices qui furent gravées en des circonstances spéciales,
à l'occasion de conciles comme ceux de Constance" et de
Bâle14, sceau de l'Église gallicane15, concordat de François IlV
concessions, d'indulgences", etc..
Au xve siècle, l'usage plus répandu de la signature auto
graphe, la substitution plus fréquente du papier au parche
min, le développement de l'instruction, l'habitude de recour
ir aux notaires dont le rôle ne cesse de grandir18, restreignent
l'emploi du sceau dont l'intérêt, après le xvie siècle, se trouve
notablement atténué pour la Sigillographie. Trop souvent
aujourd'hui il est remplacé par une estampille, un timbre
sec ou lîumide, et si parfois on doit recourir, comme garan-
10. Paul Fournier, Les officialités au Moyen Age (Paris, 1880), p.
306, n. 4.
11. Sceaux de Pierre ' d'Orgemont, évêque de Paris, 1399 (Douet
d'Arcq, n° 6801) ; — de Guillaume de Vienne, archevêque de Rouen,
n° 1406 2334) (G. ; Demay, — de Louis Inventaire de Luxembourg, des sceaux de évêque la Normandie de Térouanne, (Paris, 1420 1881), (G.
Demay, Inventaire des sceaux de l'Artois et de la Picardie 1827),
Artois n° 2338) ; — de Jean Germain, évêque de Chalon-sur-Saône, 1437
(Aug. Coulon, Inventaire des sceaux de la Bourgogne (Paris, 19,12), n°
943). On voit que ce genre de n'apparaît qu'à l'extrême fin du
xive siècle.
12. « Les signets étaient l'empreinte d'un chaton de bague, ils avaient
une double destination : clore les lettres, authentiquer les actes. Tou
jours plaqués dans le premier cas, ils furent, dans le second, appendus
aussi longtemps que s'y prêta la matière subjective. C'est-à-dire que les
signets pendants se raréfièrent à mesure que se multipliaient les actes
sur papier. Les signets plaqués se présentent communément à l'origine
et jusque dans le xvc siècle sous la forme d'une mince couche de cire
vermeille, étalée en croix. Les signets ont été souvent employés comme
sous-sceaux, c'est-à-dire fixés sur la même queue de parchemin qui
portait déjà un autre sceau » (A. de Bouard, Manuel, p. 344-346.
13. Demay, Picardie, n° 1055.
14. Douet d'Arcq, n° 6243. :
15.n° 6242.
16. Douet d'Arcq, n08 6087, 6088.
17. Sceau des indulgences de l'ordre du Saint-Esprit, xvi* siècle (De--
may, Normandie, n° 3125).
18. A. de Bouard, Manuel, p. 330-333.
3 f • REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 34
tie, à des cachets de cire,, on reconnaîtra qu'ils sont d'une
désolante banalité. Seule l'expression « avoir du cachet », quoi
que appliquée souvent à toute autre chose qu'à des docu
ments, marque encore ce caractère de personnalité, d'origi
nalité, qu'avaient nos anciens sceaux dont ces empreintes
modernes ne sont que les descendants abâtardis et méconn
aissables.
Le Sceau matrice et les empreintes.
Les matrices dont on obtenait des empreintes, de même
que d'un seul cliché photographique, dit négatif, on tire
maintes épreuves ou positifs, étaient le plus souvent en
bronze ou en cuivre, quelquefois en métal précieux, argent
ou or. Le nombre de celles que le Moyen Age nous a laissées
peut sembler important, il est minime si l'on pense à toutes
celles qui furent en usage. C'est que, d'abord, le métal dont
elles étaient généralement faites ayant toujours une valeur
intrinsèque et se prêtant à maints emplois, a été, comme
tant d'autres objets analogues, fondu et transformé; c'est
ensuite et surtout, parce que les matrices, étant essentiell
ement personnelles, ne devaient plus servir après la mort
de leurs titulaires : on les ensevelissait alors avec ces der
niers, ou bien on les brisait, on les détruisait, on s'efforçait
même, à coups de limes ou de marteaux, de les rendre in
utilisables au cas où elles seraient tombées aux mains de
personnes peu scrupuleuses. Beaucoup, d'empreintes que l'on
rencontre aujourd'hui sont des faux, des surmoulages, qui
peuvent offrir encore quelque intérêt lorsque les originaux
ont disparu.
On n'ignore pas que les empreintes étaient généralement
de cire, d'abord naturelle, puis colorée, que plaquées d'abord
sur les actes eux-mêmes elles y furent aussi plus tard, dès la
fin du xie siècle, appendues par des liens de diverses matièr
es, cuir, parchemin, chanvre ou soie; qu'elles reçurent fr
équemment, au revers de l'empreinte principale, une autre
empreinte constituant le contre-sceau et que leur place, par
fois même leur couleur, furent déterminées par des règles
de chancellerie. On sait aussi que la légende qui en marque
le contour porte le plus souvent ce qui en facilite singuliè-
19. La première en date citée par Douët d'Arcq, le sceau de Richard,
archevêque de Bourges (Inventaire, p. xxm) est de 1067. Deux ans après,
en 1069, Guillaume le Conquérant eut aussi un sceau pendant avec un
revers, c'est-à-dire un contre-sceau aussi grand que le sceau lui-même v
(/&., t. III, p. 261, n°9998). DE SIGILLOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE FRANÇAISE 35 ÉLÉMENTS
rement l'identification, — le nom et les titres de leur pro
priétaire et que leur forme peut se ramener à deux types, la
forme ovale ou ronde, qui est la plus ancienne, et la forme
improprement dite ogivale20 que nous appellerons en navette.
X.es empreintes sur métal sont beaucoup plus rares; on leur
donne le nom de bulles et elles sont le plus souvent en plomb.
Il n'était pas possible de les plaquer, comme les empreintes
de cire, sur le document lui-même. Elles sont donc toujours
pendantes.
Comment distinguer les Sceaux ecclésiastiques ou religieux.
On a ramené les sceaux, en ne considérant que ce qui s'y
trouve gravé en dehors de la légende, c'est-à-dire le décor, à
quelques types parmi lesquels figure un type dit ecclésiasti
que ou sacerdotal, mais ici non plus la distinction ne saurait
être absolue. Si le personnage est représenté debout, ainsi
qu'il arrive très fréquemment, le sceau peut être aussi dit de
type pédestre, type qui fut communément employé par les
dames et aussi par quelques seigneurs : ceux de Jean, duc
de Berry en 137921 et de Jean de Ligne en 143723 nous en of
frent des modèles justement réputés.
Le sceau armoriai, qui apparaît à la fin du xne siècle, et
qui est ainsi nommé parce que le champ est occupé par le
blason du possesseur, est bien loin d'être l'apanage des la
ïques; on le trouve sur maints sceaux ecclésiastiques, à partir
du xine siècle, et dès cette époque il est utilisé comme petit
sceau ou contre-sceau par les prélats. Rien de plus fréquent
que de voir le blason laïque tenu par des anges ou des saints,
ou bien accompagné, dans les lobes des rosaces, dont on l'e
ncadre souvent au xive siècle, des symboles des quatre évan-
20. Cette expression qui désigne la figure déterminée par l'intersec
tion de deux circonférences d'égal rayon est préférable aux qualificatifs
de « gothique » ou d' « ogival ». Les sceaux de l'époque que l'on est
convenu d'appeler gothique sont loin d'être tous de cette forme; il en
est beaucoup de ronds, ornés de motifs d'architecture et qui, à ce titre,
pourraient aussi bien être dits gothiques.
Quant au mot « ogival », il est surabondamment prouvé aujourd'hui
qu'il ne peut s'appliquer à l'arc brisé. Cette acception, qui avait pour
tant l'avantage d'être claire pour bien des personnes, est formellement
réprouvée par les archéologues.
L'expression de forme en amande (mandorla) est tout aussi improp
re, puisque l'amande étant plus effilée à sa partie supérieure, presque
arrondie à sa partie inférieure, n'offre pas la rigoureuse symétrie des
sceaux auxquels on a voulu la comparer.
21. Douet d'Arcq, n° 421.
22. G. Demay, Inventaire des sceaux de la Flandre (Paris, 1873), n?
1228. 36* REWE D'HISTOIRE DE I/.ÉGLTSE DE FRANCE
gélistes.^On trouve aussi les représentations de monuments,
de symboles ou de personnages d'un caractère religieux sur
les sceaux de vUles. Gravelines, par exemple, en 1244 et en
132823; Pamiers en 1267 et en 1306s* nous offrent, la première,
une scène de la vie de saint Willibrord, la seconde un épisode
de la légende de saint Antonin, son patron. Les différents-
sceaux de la ville de Gand en 1199, 1275, 1300, 1503, nous
donnent les images de saint Jean-Baptiste dont les dernières
sont des merveilles de gravure25. Toulouse réunit à la fois
sur son sceau un édifice civil : le château Narbonnais, et un
édifice religieux : l'église de Saint-Sernin (1214, 1242, 1303,
1404), tandis qu'au contre-sceau apparaît un agneau pascal
qui prendra place dans les armoiries de la ville26. Pour Mar^
seille, c'est, d'un côté, saint Victor à cheval, terrassant le dra
gon; de l'autre, la cité fortifiée27. Le chapitre de Saint-Malo
place sur son sceau, à côté de l'image de la ville entourée de
murailles et battue par les flots, l'effigie du saint évêque dont
elle porte le nom28. En Dauphiné les sceaux des cours de jus
tice communes entre les Dauphins et les prélats réunissent
les emblèmes ou les armes des uns et des autres. Celui de la
cour commune de Grenoble porte, en 1275, à droite un buste
d'évêque et à gauche un dauphin séparés par une crosse; en
1552 le dauphin est à droite et une mitre remplace le buste
d'évêque à gauche. Sur le sceau de la cour de Romans en
1438 se voit un écu parti d'un dauphin et des armes du cha
pitre avec ^celles de l'archevêque de Vienne, entouré de la
légende : S. curie secularis de Romans™. Si le prélat agit
comme seigneur temporel, le sceau dont il use à ce titre peut*
n'avoir aucun caractère ecclésiastique; de même verra-t-on
sur des sceaux d'officialités comme celles de Besançon, de
Laon, de Reims, de Soissons, des monuments qui n'ont rien
de religieux80.
Sous le nom de sigillographie ecclésiastique ou religieuse
23. Douet d'Arcq, nog 5527, 5528.
24.nos 5554 et 5555 (contre-sceau).
25. Douet d'Arcq, nos 10704-10707.
26.nos 5680-5684.
27. 1237 (Douet d'Arcq, n° 5809). Voir aussi Louis Blancard, Icono
graphie des sceaux et bulles des archives départementales des Bouches-
du-Rhône (Paris, 1860), p. 71 et 72, sceaux de 1243 et de 1262.
28. 1395 (Douet d'Arcq, n° 7311).
29. Ém. Pilot de Thorey, Inventaire des sceaux relaftfs au Dauphiné
conservés dans les archives départementales de l'Isère (Extr. du Bull,
de la Soc. de stat. de l'Isère, 1879), p. 281, nc 103; p. 359, n° 308.
30. Officialités de Besançon, 1301, Douet d'Arcq, n° 6963; — de Laon,
1212, 1234, 1248, 1281, ib., n°s 6978 à 6981; — de Reims, 1224, 1269,
1270, 1541; ib., n<" 7011, 7013 à 7015; — de Soissons, 1243, ib., n° 7026. DE SIGILLOGRAPHIE ECCLÉSIASTIQUE FRANÇAISE 27 ÉLÉMENTS
il faut donc comprendre : 1° les sceaux des ecclésiastiques,
2° les sceaux des laïques portant des images de caractère re
ligieux : scènes hagiographiques, personnages, objets du
culte, symboles, etc. Nous les étudierons d'après les différents
types auxquels ils peuvent se ramener, spécialement d'après
les sceaux français depuis les plus anciens jusqu'au xvi*
siècle.
D'aucuns penseront qu'il eut été plus simple de les classer
d'après l'état ou la qualité de ceux qui les employèrent et
<ju'on a désignés sous le nom de « sigillants », particuliers
ou personnes morales, du clergé séculier aussi bien que le
clergé régulier : cardinaux, archevêques, évêques, officiali
sés, chapitres, paroisses, abbés, prieurs, couvents, ordres mi
litaires et religieux, hôpitaux, etc., sans oublier les universit
és, les collèges) et les corporations qui, au Moyen Age, étaient
rattachés à l'Église, mais ce serait s'exposer à d'inévitables
redites, un même type ayant été souvent utilisé par des clas
ses de personnes fort différentes. Nous les mentionnerons
d'ailleurs en leur lieu, et ce que nous dirons pourra s'appl
iquer aussi aux sceaux laïques de caractères religieux que nous
venons de citer.
Remarquons d'abord que si le sceau d'un particulier n'a
vait qu'une durée éphémère, puisqu'il devait être détruit ou
annulé à la mort de son propriétaire, il n'en est pas de même
pour les personnes morales qui ayant, suivant la fiction lé
gale, une existence illimitée, conservaient leurs sceaux fort
longtemps; parfois même elles s'attachaient à reproduire
l'ancien type ou à s'en inspirer, lorsque par suite d'accidents,
de faux, de perte, d'usure ou de toute autre circonstance,
il devenait nécessaire de refaire une matrice neuve. Il n'est
pas rare de trouver aujourd'hui dans les familles des diplô
mes universitaires délivrés à la veille même de la Révolution
et portant encore des sceaux du xve siècle. Le parchemin, le
style, le mode d'attache, lout a changé, seule la frêle image
« gothique » a survécu aux variations amenées par le temps
et consacrées par la mode.
• Nous en dirons autant de certains sceaux qui furent com
muns au chapitre et au doyen, au couvent et à l'abbé ou au
prieur, de même que d'autres sceaux de dignités ou de fonc
tions : sceaux anonymes (nous entendons par là qu'ils ne
portent point le nom de la personne qui l'emploie), utilisés
à titre officiel, que les titulaires se transmettaient l'un à l'au
tre. Il y en a de nombreux exemples pour ces prieurs qui,
m'exerçant qu'une charge temporaire, remettaient, en la quit- . REVUE D'HISTOIRE DE L'ÉGLISE DE FRANCE 38
tant, le sceau à leur successeur comme signe de sa nouvelle
autorité.
On en trouve plus rarement pour les abbés. De nombreus
es observations que nous avons faites à ce sujet, nous pou
vons affirmer que, très souvent, dans ce cas, l'abbé en met
tant dans l'acte qu'il scelle son nom, ou l'initiale de son nom,
et son titre, fait précéder ce dernier du mot dictus. « R. de
Ripatorio, B. de Moris dicti abbatis » (1199-1206)31. — «Frèr
es Pieres dis abbés de Hautefontaine » (1272)"
Ce serait donc une grande imprudence que de vouloir, à.
défaut d'autres éléments, déterminer d'après le seul type d'un
sceau de ce genre, l'âge d'un document. Aussi ne saurait-on
revendiquer, pour cette classe de sceaux, l'exactitude chrono
logique qui reste l'apanage, et, comme instrument de criti
que, l'un des privilèges les plus précieux de ceux des parti
culiers. Ils fixeront seulement une date, un point de départ,
terminus a quo, que la découverte d'un exemplaire plus an
cien permettra de reculer encore. Nous en excepterons les
cas où nous connaissons, pour certains de ces sceaux, la dajte
exacte à laquelle ils cessèrent d'être en usage. C'est lorsque
la matrice ayant été perdue ou volée, il en était fait déclara
tion devant l'autorité afin de s'opposer à tout emploi fraudu
leux qu'en pourraient par la suite faire des personnes mal
honnêtes entre les mains desquelles elle serait parvenue. On
appelait cet acte la révocation de sceaux3*.
31. Raoul, abbé de la Rivour, dioc. de ïroyes, et Barthélémy, abbé
de Mores, dioc. de Langres (Arch, de l'Aube, 3 H 134 ; — Archives natio
nales, Sceaux de Champagne; Aube, n° 513). Le premier sceau était déjà
en usage en 1179, il l'était encore en 1247 (Arch, de la Marne, H 583 et H,,
Troisfontaines ; — Archives nationales, Sceaux de Champagne, nos 265 et
916). -
32. Hautefontaine, dioc. de Troyes (Arch, de la Marne : H, Troisfon
taines; — Sceaux de Champagne, n° 832). Ce sceau était déjà en usage
en 1239 (Ib., — Sceaux de Champagne, n° 879). Il semble que, pour
traduire ce terme, on pourrait mettre : (un tel) étant abbé.
33. Le 10 août 1399 Mathieu Bridel, Jean Le Nourricier et Jean Glo-
rion, marguilliers de l'église Saint-Séverin à Paris, déclarèrent devant
le Châtelet avoir depuis un mois « perdu ou adiré le seau de la fabrique
et marreglerie de leur église que avoit lors en sa possession le dessus
nommé Jehan Le Nourricier, lequel sceau est berlonc et en ycellui à
empraint l'image de saint Seurin en façon d'un abbé, lequel tient une
crosse en la main destre, et ou costé destre a une fleur de lie et au
senestre une rose, et à l'environ a escript le nom ou annonce Le seel
de Saint Seurin, ont révoqué, rappelle, cassé et adnullé et mis au néant
led. seel, pour obvier a tout inconvenient qui pour cause de ce se pour-
roit ensuir, et oultre ont dit et déclaré que ilz ont intencion de fere
réfère led. seel tel que dessus est dit, excepté tant que il sera tout ront
et que au lieu de la rosette sera faicte une fleur de lie », etc. (Arch,
nat., Y 5222, fol. 81 ; publié par M. Léon Mirot : Documents relatifs à:
des révocations de sceaux dans le Moyen Age, t. XIX (1915), p. 36.

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