H. Metzger. Les représentations dans la céramique attique du IVe siècle ; n°2 ; vol.149, pg 235-246

De
Revue de l'histoire des religions - Année 1956 - Volume 149 - Numéro 2 - Pages 235-246
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Publié le : dimanche 1 janvier 1956
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Ch. Picard
H. Metzger. Les représentations dans la céramique attique du
IVe siècle
In: Revue de l'histoire des religions, tome 149 n°2, 1956. pp. 235-246.
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Picard Ch. H. Metzger. Les représentations dans la céramique attique du IVe siècle. In: Revue de l'histoire des religions, tome
149 n°2, 1956. pp. 235-246.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1956_num_149_2_7125ET COMPTES RENDUS 235 ANALYSES
tion des « influences subies par Delphes ». Influence diffuse de l'am
biance d'une époque, assurément, mais qu'il nous paraît cependant
exagéré d'interpréter en disant (p. 286) « que l'oracle devint un tel
pôle d'attraction que les hommes politiques, les poètes, les artistes, les
penseurs (?) s'y réunirent et y apportèrent leurs idées et leurs œuvres ».
On peut s'étonner, dans un ouvrage qui a le mérite de ne s'appuyer,
par ailleurs, que sur l'étude critique des données antérieures au
ive siècle, de voir invoquer à l'appui d'une idée semblable (p. 276) un
témoignage de caractère aussi romanesque et aussi anachronique que
celui des Éthiopiques. Plus justement, il nous le semble, M. D. a sou
ligné l'importance du rôle joué à Delphes au vie siècle par les réfugiés
politiques, et en particulier les Alcméonides dont on sait řa part qu'ils
prirent à la reconstruction du temple. « L'esprit delphique » témoignerait
d'abord de l'influence de ces cercles aristocratiques et de leur inclina
tion vers le juste milieu en fait de morale comme de politique. La
sagesse delphique, dans la mesure où elle est devenue la sagesse de
tous les Grecs « était à l'origine une sagesse aristocratique, une sagesse
de classe », d'où son affinité avec l'idéologie dorienne, ce qui deviendra,
au ve siècle, une cause de faiblesse pour l'Apollon pythien.
H. Jeanmaire.
H. Metzger, Les représentations dans la céramique attique du
IVe siècle (Bibl. des Écoles d'Athènes et de Rome, n. 172),
Paris, 1951, E. de Boccard ; in-8°, 472 p., Album, in-4°, 48 pi.
Par ma faute, ma très longue faute, la Rev. de Vhist. des religions
vient tard au seuil des mystères de ce livre de céramologie — de céra-
mologie du ive s. av. J.-C, tout court — dont bien d'autres érudits
auront déjà rendu compte savamment, en tous pays. Les recenseurs
ne se sont pas tous placés au point de vue spécial — assurément
essentiel — de la documentation céramographique ; mais on peut
déjà accorder que les plus nombreux en sont restés surtout là. Plus
rares sont ceux, comme M. Martin P. Nilsson1, qui ont cherché leur
provende aussi — voire surtout — du côté de l'instruction religieuse
païenne apportée par l'ouvrage.
Le travail qui m'est demandé ici relève de ce second point de vue ;
et' rend aussi, d'ailleurs, moins inexce qui allège un peu ma tâche2,
cusable mon retard. Mais je dois avouer un souci : si les recherches de
1) Gnomon, 24, 1952, p. 254-258.
2) L'ouvrage est intéressant, et même, en certaines parties, important. La
correction des épreuves, insuffisante, a déjà provoqué la mauvaise humeur de
certains recenseurs (L'Anl. class., 21, 1952, p. 540) ; et aussi, le nombre de phrases
mal présentées, l'inexactitude de certaines citations. Je n'aurai pas à m'occuper
ci-après, et je m'en réjouis, de ces petites ombres au tableau, que je ne puis,
hélas ! m'empêcher de regretter de la part d'un ancien Athénien, entraîné aussi
aux méthodes attentives et exactes de la numismatique, p. ex. 236 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
céramographie ne gagnent rien, oserait-on dire, à être conduites
« en vase clos », quand il s'agit de les employer comme auxiliaires
pour l'étude de l'histoire des religions, il peut être assez dangereux
de ne se servir que d'elles, de les traiter à part. Certes, les résultats
méritoires du travail de ГА. nous instruisent ; mais on est assez vite
amené à regretter la carence d'une documentation comparative, qu'on
eût aimé rencontrer, pour le bon complément de notre information,
et sa meilleure assise : du côté de la sculpture, par exemple, de la
peinture murale, des autres arts que je me refuse à appeler « mineurs » ;
car, art « mineur » n'est pas non plus la céramique, quand elle est
intelligemment traitée, comme c'est le cas ici, précisément.
Je laisse* de côté volontiers mon petit regret, qui n'est pas un
reproche. En ce qui concerne la sculpture, par exemple, assurément,
on eût été satisfait — puisque M. H. M. remettait à l'honneur la
céramique du ive siècle, encore mal inventoriée, et insuffisamment
étudiée — qu'il marquât les parallélismes de l'évolution au cours
du temps. Tel ou tel des vases dits de Kertch ne s'explique guère
sans qu'on fasse songer aux frontons de Scopas, pour le temple fédéral
d'Aléa-Athéna à Tégée : il y a là les mêmes renouvellements de sujets,
de principes décoratifs ; les mêmes intentions d'évoquer le secret
d'une légende conventionnelle. Il en va de même pour certaines scènes
cultuelles, où l'on observe si souvent — des sculptures aux pein
tures — les marques de l'esprit nouveau. En fait, le ive siècle a
préparé l'ère hellénistique, où il y a eu tant de rencontres entre les
choix de la plastique — ronde-bosse, relief — et le style de la petite
peinture pittoresque.
Cela eût mérité d'être suggéré au moins.
Il est indéniable que l'étude entreprise ne pouvait se passer, d'autre
part, d'être tenue au contact de la grande peinture murale, souvent
inspiratrice des compositions industrielles des peintres de vases ;
comme elle le sera encore plus tard pour les gravures d'intailles, et les
décorations de sarcophages latins.
Faute de ces contacts, l'auteur s'expose : il n'a cité ou utilisé
comme on peut voir, de Zeuxis à Apelle et à Protogène de Gaunos,
qu'un nombre restreint d'œuvres de peintres professionnels. Le nom de
Nicomachos de Thèbes, fils d'Aristeidès, ne figure pas à l'index. La
conséquence est que, p. 232, M. H. M. peut écrire — bien imprudemm
ent, je le crains — que « la représentation du Rapt (de Core) est
fort rare » — oui, peut-être, dans la peinture des vases, mais pas
ailleurs ! — et « qu'il faut attendre l'époque romaine pour voir le
motif prendre sur les reliefs de sarcophages une réelle ampleur ».
Or, il y a beau temps que Cari Robert avait montré où, comment, et
pourquoi on avait la preuve, par exemple, que certains au moins des
sarcophages latins à « Enlèvements de Core », dérivent de la peinture
grecque célèbre qu'avait brossée Nicomachos de Thèbes (Pline, Nai.
hist., 35, 108) ; œuvre qu'on avait pu voir au Capitole, à Rome ; .
ET COMPTES RENDUS 237 ANALYSES
tableau précieux et réputé « in Minervae delubro supra aediculam
Juventatis ». Les sarcophages latins en sont tributaires, au moins ceux
qui montrent Hermès saisissant à la bride un des chevaux de l'attelage
d'Hadès, et cela a été dûment reconnu : là encore, il n'y a donc guère
lieu « d'attendre l'époque romaine », comme on dit1. Cet exemple
suffira à montrer qu'il n'eût pas fallu vouloir décider trop d'après les
vases, qui ne sont pas l'unique source d'étude possible, lorsqu'il
s'agit d'évaluer et de voir évoluer les croyances humaines d'un siècle
où la recherche philosophique et l'affabulation allégorique du legs
légendaire ont agi intensément sur tous les arts. Nicomachos de
Thèbes n'a pas été le seul, au ive siècle, à peindre des Enlèvements
de Core, sujet dont la propagande éleusinienne se servait dans les
tombes et ailleurs.
Lorsque je m'étais occupé en 1948 d'essayer de restituer au
ive siècle grec — siècle qu'on a appelé du second classicisme, et qui
fut, ne l'oublions plus jamais, celui de Platon et d'Aristote — j'avais
déjà signalé l'état encore lacunaire de nos connaissances, notamment
sur la céramique grecque. Architecture, sculpture, nous fournissaient
leur témoignage, plus ou moins abondant et précis, car nous sommes
loin de bien connaître encore assez l'architecture du ive siècle, malgré
les efforts et gains récents. — Pour la céramique, la déficience était
encore pire, avant les recherches de M. K. Schefold, sur les Kertscher
Vasen, et celles de Sir John Beazley, sur les dernières séries des vases
attiques à figures rouges, débordant les limites du ve siècle. On
comprend que M. H. M. ait accueilli les suggestions qui lui avaient été
faites pour l'étude d'un domaine trop négligé. Il a eu le courage
personnel de braver ce qui avait été la cause principale de l'indiff
érence plus que relative. Disons-le, les vases du ive siècle, de Kertch et
d'ailleurs, n'ont rien pour tenter l'amateur d'art. Après les multiples
splendeurs de la céramique à figures noires, à figures rouges, leur
négligence, leur style superficiel, à la fois surchargé et sans accent
dans bien des cas, avaient de quoi décourager tout zèle, même celui d'un
néophyte. Ce n'était pas, du moins, une excuse pour les abandonner.
Précisément, en classant les représentations, en les datant, ce qui
permet les progrès de l'étude, M. H. M. a bien montré, dans la plupart
des cas, ce qu'on en pouvait tirer'pour nos connaissances de l'histoire
religieuse : évolution des cultes et des mythes. Il a fait œuvre grande
ment utile ; personne n'oubliera jamais plus de l'en remercier.
L'ouvrage débute par une introduction sur l'état de l'imagerie
1) C. Robert, Die anliken Sarkophagreliefs, III, 3, p. 454, pi. 119; p. 459
fîg. 360. Cf. J. Six, BCH, 49, 1925, p. 263-280 (p. 264 sqq., et fïg. 2-3) ;
G. Lippold, Anlike Gemaldekopien, 1951, p. 103, et fig. 84 (fragment du Musée des
Thermes où figure un détail qui est la preuve de l'identification : Hermès, compa
gnon d'Hadès, tient là le col d'un cheval, comme faisait la Niké, célèbre, de Nico
machos, pour une des bêtes de son attelage, d'après les monnaies de Plautius
Plancus, et les gemmes. REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS 238
classique dans la seconde moitié du ve siècle ; introduction conçue
comme un inventaire des thèmes conservés et des tendances annonçant
l'avenir (p. 13-38). P. 37-38, l'A. tire les conclusions de cette enquête
— un peu trop rapide, à mon gré — où il a surtout étudié le cycle
d'Aphrodite et d'Éros, le cycle de Dionysos, le cycle d'Apollon,
quelques autres thèmes. légendaires, sans se soucier assez peut-être
des principales divinités de l'Olympe de Phidias, des Deux déesses,
d'Héphaistos associé avec Athéna dans l'Héphaistieion, le vrai, d'Alca-
mène, voire de tant d'entités divines, qu'on aurait tort de croire
toutes descendues au second piédestal. — On peut déjà justifier ici les
premières remarques de méthode ci-dessus présentées : l'examen des
vases, si précieux qu'il soit, ne peut, bien entendu, à lui seul tout dire
et tout éclairer. La céramique de la seconde moitié du ve siècle met en
avant, sous une lumière favorable, Aphrodite, Ëros, Dionysos. Qui
assurera que nous devions nous en tenir à cet enseignement spécieux
pour un classement hiérarchique ? Il y a toujours eu des domaines
distincts en Grèce pour la religion officielle et la religion populaire.
Il faudrait d'ailleurs être sûr, d'abord, de pouvoir s'entendre et
s'accorder sur les interprétations. Par exemple, Vôon de la Collection
H. Stathatos à Athènes1 montre-t-il bien une simple mère de famille
en conflit ici-bas avec la déesse de l'Amour (?), au sujet du choix et de
l'établissement d'une fiancée, sa fille ? Ne le croiront que ceux que
n'étonnera pas trop un si étrange différend; une telle mise en scène ;
ceux qui auront oublié, dans la peinture des vases classiques, les
disputes amoureuses, où le sort d'une destinée sentimentale interve
nait. On ne les réglait guère par le jeu populaire de la morra — qui
n'est d'ailleurs pas en cause sur Yôon Stathatos2 — , ces drames
sociaux, au plan divin, au plan mortel ! En fait, la querelle se
présente entre deux déesses, et elle intéresse Déméter plus encore
qu'Aphrodite, car il s'agit de la: Dispute de Coré, mieux à sa place
sur un ôon funéraire (et symbolique à l'évidence). Les peintures de la
fin du ve siècle, si volontiers allégoriques déjà, restent religieuses :
Parrhasios, Zeuxis, comme Aison... ou d'autres, n'échappent pas à la
norme du temps. Jusqu'aux derniers écrits du théâtre de Sophocle,
pendant la grande gloire d'Euripide et d'Aristophane même, la
majesté de l'Olympe n'est guère menacée, à mon sens. — Un sujet
comme celui de la Défaite de Thamyris, rival des Muses3, ou celui
1) Mon. Piot, 40, 1944, p. 69 sqq., pi. VII.
2) Cf. Rev. arch., 1945, H, p. 134-135, où j'ai rappelé que le relief de Hiéron
(Bosphore) provenait d'un sanctuaire oraculaire.
3) Représentations, p. 31. A la documentation invoquée, ajouter le curieux vase
de Comacchio-Spina : G. G. Giglioli, Potion, Arch, class., 5, 1953, II, p. 163 sqq.,
et pour le vase du musée de Ferrare, pi. 72-73. Sur ce vase, on voit aussi l'épisode
d'Héra prisonnière magiquement enchaînée sur son trône d'or ; le prototype se
réfère au cycle de Parrhasios (et d'Aison ?), d'après le cratère de Bologne,
Ch. Picard, Rev. philol., 57, 1931, p. 209-221. ET COMPTES RENDUS 239 ANALYSES
des Enfances d'Eumolpos (Metrop. Mus. New York), nous aver
tissent du caractère encore austère de la religion d'un temps où
Socrate encourut son procès d'impiété, où Platon flt ses apprent
issages.
La documentation céramique de la fin du ve siècle nous réserverait
encore bien des surprises, et le bilan des faits n'est pas assez complet
pour autoriser un jugement valable. Je ne suis pas sûr, pour ma part,
qu'il y ait eu déjà des changements dessinés, ou même esquissés. Il a
fallu, je crois, la défaite d'Athènes, après 404, pour marquer une
transformation durable ; et surtout les audaces de la sophistique,
jusqu'au procès de Socrate. On ne peut pas dire qu'avant ces événe
ments, d'ailleurs, tout fut resté principalement poésie, illustration,
dilettantisme, joie des yeux. L'Apologue de Prodicos est là pour nous
en avertir.
M. H. M. a classé dans une première partie, les cycles de « repré
sentations », dans la céramique attique du ve siècle. Il part légi
timement de l'imagerie qu'il a recueillie, cherchant ce qu'elle apporte.
Aussi bien, nulle autre méthode n'eût été possible. Il n'y a, dès lors,
ni artistes très en vogue, ni ateliers très célèbres, et les thèmes ci
rculent, répétés avec plus ou moins d'ingéniosité, ici et là, au contour
des vases. — Pourquoi donc commencer, p. 45, par Ëros et son
thiase ? C'est à cause, sans doute, de l'évolution qu'on a cru pouvoir
faire deviner avant la fin du ve siècle. Mais, en fait, n'est-il pas un peu
difficile de trouver du nouveau dans cette série même ? Ni pour Ëros,
ni pour Aphrodite même, on -ne voit- trop se rafraîchir les scènes,
encore au début du siècle. On eût pu compter sur les changements
dictés par le prestige de l'Aphrodite èv KVjtcoiç après la création
d'Alcamène, ou, selon certains, de Callimachos. L'Aphrodite a été
copiée aux temps mêmes de Meidias. Quant à l'Éros médiateur entre
les amants, sa primauté paraît bien ne dater que d'après les entretiens
de Diotime et de Socrate; d'après Le Banquet.
L'étude de German Hafner, dans la Festsgabe fur A. von Salis,
sur l'Êros parmi les fleurs1, ne contredit point à cette indication. Le
discours d'Agathon, son énigmatique tragédie perdue (Anlheus) ont
pu faciliter le changement, corrigeant la monotonie des cartons
traditionnels (cf. p. 56-57, pour l'hydrie d'Athènes, où Ëros arrose des
fleurs de pavots : n° 39 du Répertoire). Ëros est ici introduit dans le
cycle dionysiaque, comme M. H. M. l'a remarqué. Mais il est avant tout
l'Ëros Iv Kï]7roiç2 de la terrasse Nord de l'Acropole. Son évolution sera
dictée par le rôle si curieux, si primitif, en somme, qu'on lui a donné là.
Pour le cycle d'Aphrodite (p. 59 sqq.), les nouveautés me paraissent être
celles qui correspondent aux inventions de la sculpture : l'Aphrodite ne
1) Bâle, 1951, p. 137 sqq.
2) Pour l'Aphrodite « près des Roseaux (èv KaXa[xotç) de Samos, dite aussi
êv "EXei », cf. p. 84-87 (au temps de Périclès) : simples indications topographiques. 240 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
chevauche plus uniquement les grands oiseaux-totems de la Kypris
orientale, protomythologiques ; mais aussi le bouc, par exemple, ou la
chèvre, bétail terrestre. Elle fait amitié avec le monde animal, avec la
mer écumeuse, avec le charme de l'Orient, en somme. On la verra au voi
sinage de l'Acropole en Blaulè1, Aphrodite à. la- sandale, proche de
sœurs chypriotes ou syriennes2. Son Anodos terrestre, déjà utilisée sur
le «• Trône » Ludovisi, quoiqu'on dise, est représentée avec curiosité
(p. 72 sqq.), autant que l'apparition écumeuse sur les flots, dans la Nais
sance marine, où la coquille prend un rôle symbolique; la fustigation du
sol, dans la scène terrestre de l'^nodos-abordage, montre l'accession
de rites de fécondité, destinés à évoquer au-dessus du sol les génies
de la terre, comme au temps de Darius et des Perses d'Eschyle, où
l'on appelait d'en bas, magiquement, l'ombre des morts3. — II n'est
pas jusqu'à l'importance donnée à la « geste d'Adonis », comme dit
VA. (p. 89), qui ne soit significative. Là aussi, évidemment, on n'assiste
guère à une genèse spontanée ; tout ne naît pas de rien ; car le ve siècle
connaissait déjà les rivalités sentimentales de Coré et d'Aphrodite,
dans la dispute du bel éphèbe syrien, et les tablettes de Locres avaient
montré que cette crise de maternelle jalousie avait commencé quand'
Adonis était encore au berceau ; quand l'arbitrage de Zeus avait
dû départager les amoureuses. Ce n'est pas ce sujet qui a tenté
les peintres du ive siècle ; mais nous leur devons, sur un lécythe de
Cassel (p. 89 sqq.) une énigmatique Chasse d'Adonis ailé ; or Adonis
est là chassé plus que chasseur; un sanglier le poursuit; vase très isolé
dans l'imagerie grecque, plein de détails imprévus, tel celui de la
chlamyde (?) éloilée, avec laquelle, surpris par le ragot féroce, le bel
éphèbe peureux cherche à se protéger. On chercherait en vain l'expli
cation des amphores brisées par le milieu qui servent d'armes aux
Nymphes, si l'on ne songeait aux primitives inhumations de Byblos,
de la Crète, et aux pots de fleurs des Jardins d'Adonis. Notons aussi la
fréquence des cérémonies qui se rapportent à la culture des jardins
« suspendus », Jardins d'Adonis ; la fête avait été importée à Athènes,
1) Kéramopoullos, Arch. Deltion, 12, 1929, p. 73 sqq.
2) G. Elderkin, Hesperia, 10, 1941, p. 382 sqq.
3) Sous l'influence de cette vogue des apparitions « terrestres », la création de
Pandora se transforme ; elle a donné lieu à une représentation du type de Г Anodos
de Persephone ou d'Aphrodite. Mais il faut éliminer les cas douteux : sur le vase
E. 467 de Londres (J. D. Beazley, Attic red- fig. vase painters, 1942, 420, 21 ;
cf. H. Metzger, Représentations, p. 73), je ne suis pas sûr que la figure surgissant
du sol soit Pandora ; cf. A. Cambitoglou, Journ. hell. Stud., 75, 1955 (Trois vases
attiques du Mus. de Valetta), p. 7 et pi. 2-3, pour le cratère à cloche du début du
iv« s. (pi. 3 a, et fig. 1-3) avec une déesse sortant du sol sous un tertre en ogive,
reçue par Hermès et trois Satyres (cf. Louvre G. 508) : il doit s'agir d'une Aphrodite,
ainsi que le pense M. Cambitoglou : Hermès et les Satyres ne pourraient guère
assister Coré. A-t-on ' affaire à une Aphrodite chthonienne, comme on nous le
propose ? Ce n'est pas certain. Il est douteux aussi que le peintre utilise une
réminiscence précise d'un drame satyrique ; on nous le dit, il se souviendrait
simplement, plutôt, d'un décor devenu traditionnel sur les vases. ; ET COMPTES RENDUS 241, ANALYSES
au moment déjà de la guerre du Péloponnèse, quand on entendit les
« iou-iou » des femmes d'Attique, montées à l'échelle sur les terrasses
du haut de leurs petites demeures. Interpréter partout comme Ëros le
jeune officiant, dans ce rituel d'origine si étrangère, est hasardeux,
puisque nous connaissons des Adonis ailés, dans l'art grec, dans l'art
étrusque (p. 90). Tous ces vases, dont quelques-uns comptent parmi
les meilleures productions de la céramique du ive siècle, et qui étaient
le plus souvent exportés à l'étranger où ils ont été découverts (p. 99),
ont pour nous le mérite de dénoncer une flambée vivace d'influences
exotiques, déjà dans l'Athènes du ive siècle. — L'inculpation de Socrate,
comme dangereux introducteur de cultes étrangers, s'accorde, au point
de départ, et s'explique par un tel foisonnement, qui inquiétait piétistes
et conservateurs. Il est intéressant de le constater plus clairement, vases
en mains.
L'ouvrage — grâce à son matériel documentaire si abondant, grâce >
aux judicieux commentaires que l'A. en a lui-même tirés — constitue
assez souvent un appoint précieux ; mais VA. s'est privé bien à tort,
selon nous, de tirer tout l'avantage qu'il eût pu obtenir de son
enquête. Il se borne un peu trop à nous redire, après K.Schefold
(Untersuchungen Kertscher Vasen, p. 150-151) qu'il y a eu progrès
du ve au ive siècle dans l'esprit de l'imagerie attique ; et il constate
un peu trop sans l'expliquer que les possibilités du mythe se sont
trouvées réduites au ive siècle (p. 421). Mais pourquoi ? La révolution
socratique eût dû être, je pense, mise en cause, au point de départ de ce
changement qui a si fortement affecté l'esprit grec, et l'esprit humain.
Socrate, comme on l'a bien vu et bien dit1, a été le liquidateur d'une
bonne part de la mythologie primitive. Les commentaires sceptiques et
désabusés du vieil ascète, dans la vallée de l'Ilissos (Platon, Phèdre)
n'ont pas résonné en vain parmi la solitude maigrement champêtre ;
ils ne se sont pas perdus dans les branches du gattilier fleuri ombra
geant la fontaine des Nymphes. Déjà le monde miraculeux de la
féerie primitive était menacé : Socrate lui a porté, entre autres icono
clastes2, un coup meurtrier. Il a payé d'une injustice exemplaire, de
l'incompréhension de ses compatriotes, de la. mort, l'atteinte plus
ou moins sacrilège portée contre un ordre millénaire, qui consacrait
en partie l'entente cordiale du ciel et de l'ici-bas. Comment eût-on
pu oublier, après la fin de Socrate (399), et le poison de la ciguë
officielle, et les échecs subis, aussi, par la conscience mythique ? Toute
une expérience restait ébranlée ; Platon a dû prendre lui-même,
comme on voit, mille précautions pour diffuser discrètement sa fabu
lation orientalisante ; ainsi, il a fait faire au symbolisme, pour sauver
religion, et même magie, un progrès décisif. Grâce à lui, le mythe,
1) G. Gusdorf, Mythe et métaphysique, 1953, p. 120 sqq. -
2) On compterait déjà Sophocle et surtout Euripide, Aristophane, parmi eux.
C'est le commencement des méfaits de la littérature d'imagination.
16 >
REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS 242
découvert et dirait-on- désarmé, a pu demeurer, parmi d'autres, une
des structures maîtresses de la pensée grecque, qui d'abord trans
posait si volontiers toute expérience passée -ou présente : apte , à
continuer, au point de faire encore d'Alexandre le Grand, avant sa
mort, un Dionysos redivivus1. L'art a subi naturellement le contrecoup
de ce drame de l'intellectualité. Le mythe du ive siècle qui n'est plus
agi, devient poésie et jeu spectaculaire. L'imagerie a beau tendre à la
simplicité, elle ne peut plus se satisfaire de ses parades anciennes, du
bel ordre d'épiphanie que montraient, au temps de Phidias, les
nobles apparitions stables des dieux et des héros. C'est la leçon morale
de chaque tableau qui compte de plus en plus, comme dans l'Apologue
de Prodicos de Géos. D'où les progrès aussi, décisifs, de l'allégorie, le .
triomphe des influences littéraires et théâtrales.
Au chapitre III, p. 101 sqq., l'A. en vient à s'occuper des repré
sentations relatives >• à Dionysos : enfant, puis amant ď Ariadne,
maître du thiase. Riche matière, qui susciterait longue méditation. C'est
peut-être là que l'on sent le mieux le désavantage produit par l'absence
des comparaisons avec la grande peinture. Après , Zeuxis et Parrha-
sios, qui se réfèrent plutôt au passé, on rencontre bien des contacts
avec l'école sicyonienne, avec Nicias, avec Euphranôr, Apelle, etc.
Certes, il est souvent difficile de déterminer avec précision comment
a débuté un thème nouveau, ou comment fut, rajeuni un vieux
thème. Lorsqu'il, devient populaire à la fois dans la peinture, dans
la tragédie ou le lyrisme choral, un sujet — celui, p. ex., des
Enfances de - Dionysos, connu dès le temps de Sophocle — sera
favori partout : dans le petit art comme dans la comédie et la cari
cature. .Pourquoi l'A. s'étonne-t-il de revoir le Silène portant «-un
Dionysos enfant au thyrse/ sur des bols d'Arezzo postérieurs de
plusieurs siècles» (p. 109) ? De ces transmissions, je crois avoir donné
la raison profonde, en 1954, dans mes études sur le célèbre groupe
d'Olympie, qu'on retrouve jusque dans les Mithraea du limes germa-
nicus. Certes, il ne faut pas tout vouloir tirer du côté du culte. On ne
fera jamais trop importante la part de la fantaisie ; voire, disons-le celle
de l'ignorance des artistes. Toutefois, le cas est comparable à celui des
légendes d'Adonis, de Phaon, d'Héraclès (Apothéose) et de la Nais
sance d'Hélène (chap. VII, p. 267 sqq.), par exemple. Tous ces thèmes
ont eu des variantes multiples, des versions élevées ou vulgaires, soit
en art, soit en littérature2, parfois ici et là. La question des rapports de
la peinture et de la littérature — à élargir depuis la thèse de
1) A la fin du règne d'Élagabal encore, un aventurier qui se faisait appeler
« Alexandre le Grand » parcourait la Thrace (région de Byzance) avec 400 hommes
porteurs de nébrides dionysiaques et de thyrses. On alléguerait dans le même
sens le curieux vase de verre bachique de Hohensulzen, au musée de Mayence.
2) M. M. ne pouvait encore connaître les travaux de Mme L. Boutros-Ghali
sur la légende d'Hélène et de Paris : on y trouvera une documentation complétée/
et d'utiles commentaires, parfois rectificatifs. ANALYSES ET COMPTES RENDUS 243
L. Séchan qui ne traitait que du théâtre — varie naturellement, soit
qu'il s'agisse du domaine de la vie des dieux, ou de celle des héros,
sur lesquels le théâtre a constamment renouvelé son emprise : on le
constate au mieux pour le cycle d'Euripide : Télèphe, Andromède,
Méléagre, Iphigénie, etc. Mais on le voit aussi avec les représentations
concernant Dionysos et Ariadne, ou le Thiase : sur le vase de Pronomos
par exemple1, sur la péliké de Barcelone (p. 187, 189), au flanc de
laquelle des Ménades sont appelées Tragédie et Comédie2. Au revers
du vase de Pronomos, Dionysos et Ariadne évoluent aussi parmi les
Ménades et les Satyres, comme ils évolueront plus tard les
Bacchoi vendangeurs. Y eut-il un jour, pour la présentation du couple
Dionysos-Ariadne, que nous trouvons aussi au ive siècle sur . les
cadoi funéraires de bronze (Mus. Chantilly et ailleurs), une mise en
œuvre primordiale ? Dans la littérature d'une part, dans la grande
peinture murale aussi sans doute (sanctuaires de Dionysos) ? C'est
probable ; mais nous n'avons pas encore le moyen de le démontrer3 :
ce qui est sûr, c'est la grande faveur du thème, où H. M. a raison de
distinguer des étapes, des séries : depuis la première Rencontre à
Naxos (sans doute illustrée par Nicias, ce dont Pompéi nous a gardé
le reflet), jusqu'au classique symplegma des urnes cinéraires4. Ici et là,
d'ailleurs, que d'interprétations délicates, dont certaines paraissent
devoir attendre révision : sur l'hydrie de Londres E. 228, d'un pathé
tique si sensuel, où plusieurs figurantes tiennent en mains le tympanon
étoile, la parade dionysiaque est encadrée de deux figures étonnantes,
vers le haut : l'une est celle d'un Pan endiablé, sautillant au-dessus
d'un cratère à vin ; l'autre, en face, celle d'une femme ailée, grave,
enveloppée de longs voiles, dont la danse annonce les pas des Tana-
gréennes : « Écho », redit ГА. (p. 120). Mais on a comparé le lécythe du
Peintre de Pan à Tarente (ôsterr. Jahresh., 38, I) et préféré en
conséquence l'hypothèse d'une évocation de Nyx. Je ne fais qu'indi
quer ici combien les méthodes de Mme Erika Simon5 apporteraient de
1) Les fragments de Wurzbourg où figure un chœur tragique ont été négligés
à tort.
2) On retiendra que « Tragédie » et « Comédie », avec le Dithyrambe et le
Nyctérinos sont représentées au Stibadeion de Thasos, pour lequel je n'ai point lieu
de changer d'opinion (Rev. arch., 1956, I, p. 75-77). Ce sont là partout des figures
typiques et traditionnelles du thiase même de Dionysos.
3) Quelques interprétations du livre ne recueilleront pas toutes les adhésions.
Je ne puis croire, p. 111, que la femme endormie, à demi nue, de la péliké de
Londres, 1901, 7, 10, 5 (pi. X) soit Ariadne plutôt qu'une ménade surprise :
pourquoi le lit, incommode, de « fagots » (?), et comme on a peu l'impression que
les Satyres soient pressés d'aller avertir Dionysos !
4) On ajouterait à la série des Symplegmala : B. L. Webster a signalé (JHS,
73, 1953, p. 186) un intéressant document, p. ex., de Harrow School Museum. -
5) Sur les tendances de cette étude, qui a arrêté sa documentation à la série des
vases attiques de la première moitié du ve siècle, mais qui suggère aussi des vues
nouvelles utilisables pour commenter les vases du ive siècle, cf. Rev. arch., 1956, I,
p. 115 sqq. (rôle du canthare sacré, etc.).

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