La spiritualité des compagnies de la Propagation de la foi : une dévotion de combat - article ; n°3 ; vol.217, pg 517-530

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Revue de l'histoire des religions - Année 2000 - Volume 217 - Numéro 3 - Pages 517-530
Ces sociétés dévotes n'étaient pas des groupes de prières destinés à la perfection spirituelle de leurs membres. Elles avaient été fondées pour travailler à la conversion des hérétiques et éventuellement des infidèles. Elles organisaient cependant une pratique religieuse originale entièrement tournée vers cet objectif de propagation de la foi. Les prières individuelles demandaient à Dieu de favoriser l'œuvre de la compagnie. Les prières collectives permettaient en outre de promouvoir les dévotions les plus influencées par la Contre-Réforme. La foi la plus sincère se mettait parfois au service de la persécution.
The spirituality of the companies for the Propagation of faith : a militant devotion
These associations of devout Catholics were not groups of prayers intended for the spiritual perfection of their members. They had been founded to work for the conversion of heretics and possibly of infidels. They however organized an original practice of religion entirely subordinated to this objective : spreading the faith. Individual prayers asked God to support the work of the company. Collective prayers made it possible, among other things, to promote the devotions most influenced by the Counter-Reformation. The most sincere faith was sometimes put in the service of persecution.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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Catherine Martin
La spiritualité des compagnies de la Propagation de la foi : une
dévotion de combat
In: Revue de l'histoire des religions, tome 217 n°3, 2000. pp. 517-530.
Résumé
Ces sociétés dévotes n'étaient pas des groupes de prières destinés à la perfection spirituelle de leurs membres. Elles avaient été
fondées pour travailler à la conversion des hérétiques et éventuellement des infidèles. Elles organisaient cependant une pratique
religieuse originale entièrement tournée vers cet objectif de propagation de la foi. Les prières individuelles demandaient à Dieu
de favoriser l'œuvre de la compagnie. Les prières collectives permettaient en outre de promouvoir les dévotions les plus
influencées par la Contre-Réforme. La foi la plus sincère se mettait parfois au service de la persécution.
Abstract
The spirituality of the companies for the Propagation of faith : a militant devotion
These associations of devout Catholics were not groups of prayers intended for the spiritual perfection of their members. They
had been founded to work for the conversion of heretics and possibly of infidels. They however organized an original practice of
religion entirely subordinated to this objective : spreading the faith. Individual prayers asked God to support the work of the
company. Collective prayers made it possible, among other things, to promote the devotions most influenced by the Counter-
Reformation. The most sincere faith was sometimes put in the service of persecution.
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Martin Catherine. La spiritualité des compagnies de la Propagation de la foi : une dévotion de combat. In: Revue de l'histoire
des religions, tome 217 n°3, 2000. pp. 517-530.
doi : 10.3406/rhr.2000.1045
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2000_num_217_3_1045CATHERINE MARTIN
Université de Nancy 2
La spiritualité des compagnies
de la Propagation de la foi :
une dévotion de combat
Ces sociétés dévotes n 'étaient pas des groupes de prières destinés à
la perfection spirituelle de leurs membres. Elles avaient été fondées
pour travailler à la conversion des hérétiques et éventuellement des
infidèles. Elles organisaient cependant une pratique religieuse originale
entièrement tournée vers cet objectif de propagation de la foi.
Les prières individuelles demandaient à Dieu de favoriser l'œuvre de
la compagnie. Les prières collectives permettaient en outre de
promouvoir les dévotions les plus influencées par la Contre-Réforme.
La foi la plus sincère se mettait parfois au service de la persécution.
The spirituality of the companies for the Propagation of faith :
a militant devotion
These associations of devout Catholics were not groups of prayers
intended for the spiritual perfection of their members. They had been
founded to work for the conversion of heretics and possibly of infidels.
They however organized an original practice of religion entirely
subordinated to this objective : spreading the faith. Individual prayers
asked God to support the work of the company. Collective
made it possible, among other things, to promote the devotions most
influenced by the Counter-Reformation. The most sincere faith was
sometimes put in the service of persecution.
Revue de l'histoire des religions, 217 - 3/2000, p. 517 à 530 première compagnie de l'Exaltation de la Sainte-Croix La
pour la Propagation de la foi fut créée à Paris en 1632 par un
capucin, le P. Hyacinthe de Paris. Elle rassemblait des ecclé
siastiques, des laïcs et même des femmes1. Son objet était la
conversion des hérétiques par la persuasion2 et par l'aide
matérielle aux convertis. Cette compagnie de Paris a décliné
dès les années 1650, mais elle avait auparavant donné nais
sance en 1647 à une filiale grenobloise qui a été la mère d'un
réseau de compagnies bien implanté dans le sud-est du
royaume.
Il ne s'agissait donc pas de confréries de dévotion, le fon
dateur s'en défendait même avec véhémence. Bien sûr, on veil
lait à ce que les confrères fussent de bonnes vie et mœurs, et
on leur souhaitait une foi ardente et pure, mais la compagnie
n'avait pas vocation à être le cadre de leurs exercices spiri
tuels. Chacun était libre de pratiquer les dévotions de son
choix dans d'autres institutions. La dévotion n'en était pas
moins une activité essentielle de ces groupes de dévots, mais
leur pratique religieuse était entièrement vouée à l'unique
objectif de la compagnie : la conversion des hérétiques.
La prière de chacun dans le secret des oratoires pouvait
obtenir de Dieu le salut des âmes égarées, mais la pratique
collective répondait encore mieux aux objectifs militants de la
compagnie. Elle avait une valeur d'édification et assurait la
promotion des dévotions les plus chères à la Contre-Réforme.
Parfois même, la pratique ostentatoire de cette dévotion avait
1. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale (bn, Fr. 2786) qui retrace
les débuts de la compagnie ne mentionne pas la participation des femmes
aux assemblées, mais souligne l'aide matérielle qu'elles lui apportent. Elles
sont aussi incluses dans le bref d'indulgences accordé à la compagnie. La
filiale grenobloise était mixte et était même dominée par de fortes personnal
ités féminines.
2. La compagnie de Paris organisait des controverses. Par la suite, les
compagnies de province ont aidé le pouvoir royal à organiser la persécut
ion, mais dans les années 1630, le temps n'en était pas encore venu. LES COMPAGNIES DE LA PROPAGATION DE LA FOI 519
des fins encore plus terrestres puisqu'elle constituait une pro
vocation qui permettait des poursuites contre les protestants
qui tombaient.
UNE PRATIQUE RELIGIEUSE DÉDIÉE
À la Propagation de la foi
La spiritualité et la stratégie étaient donc toujours curieu
sement mêlées, mais il faut admettre leur coexistence. La foi
qui s'exprime dans les textes produits par les compagnies de
la Propagation de la foi peut se résumer simplement : Dieu est
du côté de la compagnie, c'est lui qui a inspiré le P. Hyacinthe
et il faut donc s'adresser à lui pour demander par la prière la
conversion des hérétiques.
L'efficacité de la prière individuelle
Cette conviction apparaît dans le bref d'indulgences3
accordé à la compagnie de Paris en 1634. Les adhérents rece
vaient une indulgence plénière le jour de leur réception, à
l'article de la mort et quand ils : «... visiteront par chacun an
l'Église, chapelle ou oratoire de ladite Compagnée (sic) es
jours et festes de l'Invention & Exaltation de Sainte Croix
depuis les premières vespres, jusques au soleil couché des ditz
jours et festes et y feront devotes prières a Dieu pour la
concorde entre Princes Chrestiens, l'Etirpation (sic) des heres
ies, & Exaltation de nostre mère sainte Église. »4
La compagnie de la Propagation de la foi n'avait pas
l'exclusivité de ces prières « pour la concorde des princes chré
tiens et l'extirpation des hérésies », mais elle donnait à ces for
mules tout leur sens. La suite du bref montre que chaque
3. bn, Paris, Fr. 2786, f° 58.
4. bn, Fr. f° 59. CATHERINE MARTIN 520
membre de la compagnie travaillait à son propre salut en tra
vaillant à celui des autres. Soixante jours d'indulgence leur
étaient promis chaque fois qu'ils « réduiront quelqu'un à son
devoir, & le remettront dans la voie du salut, & enseigneront
aux ignorans les commandemens de Dieu, & ce qui est pour
arriver à la béatitude éternelle... »5.
Prières et les dévotions quotidiennes étaient donc l'un des
moyens d'action pour obtenir des conversions. Les filiales
qui se sont créées dans le sud-ouest du royaume entre 16476
et 1679 partageaient cette conception. Elles ne mirent toute
fois pas une égale ardeur à les appliquer. Aix et Montpellier
réservaient toute leur énergie à l'action concrète et ne cher
chaient pas à donner une dimension spirituelle à leur acti
vité. Ce souci de relier le combat contre l'hérésie à une vie
spirituelle animait au contraire les confrères de Lyon et de
Grenoble.
La pratique organisée des confrères de Lyon
La compagnie de Lyon ne se contentait pas d'encourager
ses membres à prier pour la propagation de la foi : elle orga
nisait cette dévotion. Lors de chacune des assemblées on dési
gnait deux confrères (un laïc et un ecclésiastique) qui
s'engageaient à dédier leurs dévotions au but poursuivi par la
compagnie. Comme celle-ci comptait un grand nombre
d'ecclésiastiques, elle trouvait chaque semaine un prêtre pour
dire la messe pour la conversion des hérétiques tandis que le
laïc communiait dans la même intention. En revanche, proba
blement en raison de cette forte proportion de prêtres, la
compagnie de Lyon connaissait une baisse de son activité
pendant les temps forts du calendrier liturgique, tout particu
lièrement le Carême et la semaine sainte.
5. bn, Paris, Fr. 2786, f° 59.
6. Fondations des quatre compagnies qui ont laissé des sources : Gre
noble en 1647, Aix et Avignon en 1656, Lyon en 1659 et Montpellier
en 1679. LES COMPAGNIES DE LA PROPAGATION DE LA FOI 521
La participation collective des dames de Grenoble
aux dévotions de la semaine sainte
Au contraire, les dames7 de Grenoble incluaient les dévo
tions de la semaine sainte dans leurs activités collectives. C'est
ainsi qu'en 1675, à la place du procès-verbal de délibérations
elles écrivaient : « II n'y a point eu d'assemblée que celle des
dames qui ont fait l'adoration de la croix dans la chapelle. »8
L'année suivante elles reprenaient à peu près les mêmes
termes : « II n'y a eu d'autre assemblée que celle pour faire
l'adoration de la Croix, ce jour se rencontrant le vendredi
saint. »9
Le jeudi saint était lui aussi occupé par la liturgie : « Mes
dames de la Compagnie ont esté avertyies d'assister au lav
ement des pieds et adoration de la Croix les jeudi et vendredi
saint après ténèbres. »10
Le temps de la semaine sainte était en effet tout indiqué
pour célébrer avec faste la Croix et le Saint-Sacrement, sym
boles de cette piété christocentrique et post-tridentine qui ani
mait ces compagnies. Cette participation active aux exercices
dévots de la semaine sainte permettait à la compagnie de se
manifester sans se distinguer du reste des fidèles par une
dévotion trop particulière. Pour ramener au catholicisme des
brebis égarées, il convenait de leur présenter l'image d'une
Église unie dans l'adoration du mystère central du christia
nisme. En même temps, la façon dont était conduite cette
célébration soulignait les points de divergence entre catholi
ques et protestants pour mettre en évidence des dévotions de
combat.
7. En réalité, les assemblées de la compagnie des dames de Grenoble
étaient des assemblées ordinaires auxquelles des messieurs assistaient. Les
assemblées dites «des messieurs» étaient des assemblées extraordinaires
tenues en présence de l'évêque ou de son vicaire, les dames les plus émi-
nentes y participaient.
8. AD de l'Isère, 26H 104*, 12 avril 1675.
9. AD de 3 avril 1676.
10. AD de l'Isère, 26H 104*, 27 mars 522 CATHERINE MARTIN
DES DÉVOTIONS DE COMBAT
En effet, le combat idéologique que les compagnies
menaient contre les protestants les conduisait à s'inscrire dans
la ligne proposée par le concile de Trente et à pratiquer une
piété de Contre-Réforme. Elles vénéraient donc tout particu
lièrement la Croix, le Saint-Sacrement, la Vierge et quelques
saints spécialistes de la conversion ou symbolisant l'att
achement à l'Église romaine.
La Croix
La compagnie de Paris se félicitait de « l'heureuse coïnci
dence » qui avait placé sa première réunion le 14 septembre,
jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte-Croix. Elle voyait
dans la Croix l'enseigne des milices qui luttaient contre ceux
qui, selon elle, avaient rejeté le sacrifice du Christ. Elle était
aussi le garant du salut de ceux qui s'efforçaient de propager
la foi catholique. « Et si, au dire de l'Apostre11 nous ne fa
isons pas de doute que la fin des ennemis de la croix de Jésus
Christ, sera leur mort, pourquoy ne dirons nous pas que la fin
des amys de la mesme Croix, qui sont affectionnez de dissémi
ner a leur pouvoir la gloire d'icelle, sera la vie éternelle.12 »
Le Saint-Sacrement
La vénération du Dieu caché dans l'hostie venait naturel
lement compléter celle du Rédempteur exposé sur la Croix.
Les liens étroits qui existaient entre la compagnie de
l'Exaltation de la Sainte-Croix et celle du Saint-Sacrement
11. Saint Paul, Épure aux Philippiens, III, 19.
12. bn, Paris, Fr. 2786, f> 41. LES COMPAGNIES DE LA PROPAGATION DE LA FOI 523
accentuaient encore l'importance de cette dévotion. Pour la
compagnie de Grenoble, il est facile de déceler ces liens
puisque l'on dispose aussi des délibérations de la compagnie
du Saint-Sacrement. On constate que de nombreux confrères
appartenaient à la fois aux deux compagnies. La
de la Propagation de la foi, qui n'était pas secrète et disposait
d'une chapelle, permettait aux membres de la société secrète
d'entretenir un culte du Saint-Sacrement, un culte hebdomad
aire public. La compagnie de la Propagation avait aussi
l'avantage de permettre aux dames, exclues de la société
secrète, d'exprimer leur dévotion au Saint-Sacrement. Cette
dévotion apparaît par conséquent, dans les délibérations de la
compagnie de la Propagation comme presque exclusivement
féminine. La compagnie de Grenoble établissait régulièrement
le rôle des dames qui, deux par deux, s'engageaient à accom
pagner le viatique porté au malade. Elles se cotisaient pour
donner plus de lustre à cette procession en fournissant cire,
clochette et chandeliers.
C'est aussi l'une de ces dames, Mme de Revel qui proposa
à la compagnie de faire la promotion du miracle de l'Osier
par lequel la Vierge avait forcé un protestant à se convertir.
La Vierge : une auxiliaire de marque
En dehors de Dieu lui-même, il n'y avait pas de figure
céleste plus intéressée que la Vierge à la déroute des héréti
ques. La dévotion mariale n'est pas très apparente dans le
culte quotidien des compagnies de la Propagation13, mais
quand les humains étaient impuissants pour obtenir la
conversion d'un sujet particulièrement récalcitrant, Marie se
manifestait. La Vierge des dévots de la Propagation n'avait
rien de la bonne Sainte Vierge douce et accessible, elle était
13. Sauf à Lyon dont l'évêque, Camille de Neuville, avait placé la com
pagnie non sous le titre de l'Exaltation de la Sainte-Croix mais sous celui de
l'Immaculée Conception. 524 CATHERINE MARTIN
sévère et même parfois vengeresse. Sa colère était salvatrice
mais non dénuée de brutalité.
Les compagnies de Paris et de Grenoble se glorifiaient tou
tes deux d'avoir bénéficié de ce soutien de poids. C'est dans un
mémoire14 envoyé en 1635 à Rome sur les conversions obte
nues depuis sa fondation que la compagnie de Paris a inséré le
récit d'une conversion miraculeuse. Un jeune catholique aupa
ravant très attaché à la Vierge avait apostasie par la faute d'un
mauvais prêtre qu'il avait vu manier l'hostie alors qu'il venait
de pécher. Le P. Hyacinthe, fondateur de la compagnie et infa
tigable prédicateur et controversiste, avait prodigué en vain ses
efforts pour empêcher le jeune homme de tomber dans
l'hérésie. Rien n'avait pu le détourner de monter dans la
barque qui conduisait au temple de Charenton. C'est à son
retour que se produisit le miracle. Alors qu'il s'était étendu sur
son lit en chantant les psaumes, il fut assailli par une horde de
serpents démoniaques qui l'enserraient de leurs anneaux. Il eut
alors l'instinct d'implorer la Vierge. Elle apparut aussitôt pré
cédée par deux anges étincelants et armés qui mirent en fuite
les démons et lui frayèrent le chemin. Marie venait le sauver,
non sans lui faire d'amers reproches sur le mépris qu'il avait
témoigné à son fils. Elle arrivait les mains chargées des instr
uments de la pénitence (un cilice et une discipline) et de ceux de
la prière (le rosaire et les livres qu'il avait autrefois utilisés).
Dès le lendemain le jeune homme courrait chez le P. Hyacinthe
pour lui demander l'absolution.
La Vierge était donc bien le dernier recours de la com
pagnie face aux hérétiques les plus endurcis.
La compagnie de Grenoble se réclamait aussi du soutien
de la Vierge. Elle est même l'organisatrice du pèlerinage de
Notre-Dame de l'Osier. C'est en 1656 que les délibérations
mentionnent pour la première fois le miracle de l'Osier :
Pierre Port-Combet, protestant marié à une catholique15, vou-
14. Archives de la Congrégation pour l'évangélisation des peuples,
Rome, SOGC, vol. 199, f° 96.
15. On voit ici que la Vierge intervient surtout pour convertir des
huguenots qui ont déjà quelque lien avec le catholicisme. LES COMPAGNIES DE LA PROPAGATION DE LA FOI 525
lut, malgré les exhortations de son épouse, tailler son osier le
jour d'une fête de la Vierge. L'arbre se mit à saigner en abon
dance, maculant les vêtements et les chaussures du pécheur. À
son retour à la maison, sa femme vit les taches, lui fît avouer
toute l'histoire et le convainquit d'aller abjurer chez les moi
nes augustins16. C'est la compagnie de la Propagation qui
après avoir acheté le fonds sur lequel l'osier était planté y fît
construire une chapelle17 et répandit le récit du prodige. Celle-
ci devint un lieu de pèlerinage où la Vierge, après avoir guéri
l'âme de Pierre Port-Combet, guérissait les corps. Mme de
Revel18, qui était un peu l'âme de la Propagation de Grenoble,
fut l'une des premières miraculées.
La Vierge que priaient les membres des compagnies de la
Propagation usait donc de sévérité pour ramener dans le droit
chemin les brebis égarées. Les dames de Grenoble la véné
raient aussi pour une autre raison. Dotées d'une forte personn
alité et d'une grande envie de ne pas se contenter dans
l'Église de la part de Marthe, elles étaient heureuses de trou
ver dans la hiérarchie céleste une figure féminine qui eût de
l'autorité. Elles le marquaient en célébrant tout particulièr
ement le temps compris entre l'Ascension et la Pentecôte. Elles
pensaient en effet que le Christ avait confié à sa mère la
Régence sur les Apôtres en attendant le Saint-Esprit. Elles
revendiquaient ainsi un temps des femmes dans l'Église. Cette
commémoration du temps où la Vierge aurait eu le gouverne
ment de l'Église était marquée par des repas solennels que les
dames de la compagnie venaient prendre dans la maison au
milieu des nouvelles catholiques. Elles célébraient ainsi une
sorte de cène au féminin et affirmaient par là la part qu'elles
avaient pris au retour de ces âmes à l'Église.
16. La version actuelle du miracle dit que le huguenot ne se convertit
pas tout de suite et qu'il fallut une apparition de la Vierge pour y parvenir,
mais cette version n'est pas attestée avant 1686 (ad de l'Isère, 1H 141,
fonds des Augustins de l'Osier).
17. Elle a été remplacée au XIXe par une basilique dont le pèlerinage est
encore très fréquenté.
18. Elle est l'auteur d'une Ode à l'osier miraculeux.

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