Le « Commentaire des Psaumes » de Diodore de Tarse et l'exégèse antique du Psaume 109/110 (fin) - article ; n°1 ; vol.177, pg 5-33

De
Revue de l'histoire des religions - Année 1970 - Volume 177 - Numéro 1 - Pages 5-33
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1970
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M.-J. Rondeau
Le « Commentaire des Psaumes » de Diodore de Tarse et
l'exégèse antique du Psaume 109/110 (fin)
In: Revue de l'histoire des religions, tome 177 n°1, 1970. pp. 5-33.
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Rondeau M.-J. Le « Commentaire des Psaumes » de Diodore de Tarse et l'exégèse antique du Psaume 109/110 (fin). In:
Revue de l'histoire des religions, tome 177 n°1, 1970. pp. 5-33.
doi : 10.3406/rhr.1970.9507
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1970_num_177_1_9507« Commentaire des Psaumes » Le
de Diodore de Tarse
et l'exégèse antique du Psaume 109/110
(fin)1
SITUATION THEOLOCxIQUE DU COMMENTAIRE DE DIODORE
SUR LE PSAUME 1<J9
De cette longue étude, il ressort que Psaume 109, 1 et о
était profondément impliqué dans les doctrines erronées des
arianisants et de Marcel. Il est donc compréhensible qu'au
moment de commenter ce psaume, un auteur écrivant dans
le troisième quart du ive siècle — si l'hypothèse de Mariés
est exacte — ait pu éprouver le besoin de prendre parti et
de procéder à des rectifications précises. De fait, on constate
que, face à l'éventail des opinions professées sur ce psaume
au ive siècle, c'est bien par rapport à des gens comme Eusèbe
et Astérius d'une part, Marcel de l'autre, que Diodore entend
se situer.
Diodore refuse de comprendre le Psaume 109 du « Dieu
Verbe avant même qu'il soit incarné », ce qui était effectiv
ement l'interprétation d'Eusèbe avant Nicér et, dans le cas
particulier du verset 3, d'Astérius première manière. Il voit
donc dans ce psaume non le Verbe préexistant, mais Notre-
Seigneur Jésus-( Christ en tant qu'il est le Premier-né, l'Incarné
à qui le Père accorde de partager son propre trône (v. 1 a),
qui a commencé à régner à Sion < le jour de sa résurrection >
1) Voir ИНН, juillet-septembre ПНИ), р. Г»-.Ч.Ч, et octobre-décembre l'J69,
p. 153-188. Un résumé de l'ensemble de cet nrticle est donné en tète de
l;i lre partie. fi IŒVT'E DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
(v. "2 a), qui se manifestera en puissance lors de la seconde
parousie (v. 3 a), qui s'est incarné dans le sein de la Vierge
(v. 3 с), qui a reçu, une fois incarné, le sacerdoce éternel
(v. 4 a), qui a mené une vie rigoureuse au terme de laquelle
il sera exalté (v. 7). L'opposition à la tendance d'Eusèbc et
d'Astérius est précise sur plusieurs points. Entendre « Premier-
né » du Verbe incarné (argument), c'est s'opposer à Eusèbe,
pour qui ce titre s'applique à la divinité du Fils de Dieu1,
non à sa chair, et figure, avec « Seigneur » et « prêtre » parmi
les nombreux titres qui désignent le Verbe en tant qu'il
préexiste à la chair2. Dire que le Seigneur, en tant qu'il est
.Monogène, c'est-à-dire en tant qu'on l'envisage sous l'angle
de sa divinité, est coéternel au Père (argument), c'est contre
dire directement une assertion d'Arius3 et d'Eunome4. Expli
quer que le Sauveur reçoit du Père la dignité royale (v. 1 a) en
tant qu'incarné, car en tant que Dieu il la possède par nature,
c'est s'inscrire en faux contre Eusèbe qui estime que ce don
fait au Dieu Verbe en tant que Verbe prouve la dépendance
de celui-ci par rapport au Père5. Présenter la comparaison
([n'établit Hébr. 1, 13 entre le destinataire du Psaume 109
et les anges, comme preuve que ce est le Sauveur
envisagé dans son humanité, non dans sa divinité puisque
cette dernière est incomparable, c'est encore prendre le
contre-pied d'Eusèbe, qui affirme que seul le Père est absolu
ment incomparable, tandis qu'il n'y a pas de blasphème à
comparer le Fils, au moins par prétention, à des créatures6.
Comprendre ex utero du sein de Marie et apercevoir dans le
verset 3 с une allusion à l'Incarnation, c'est s'opposer à la
première manière d'Eusèbe et d'Astérius7. Entendre la pro
messe du sacerdoce éternel (v. 4) comme adressée au Verbe
1) Ecrl. Theol., I, 20, 11, Klostermann, p. 02-93.
2; fieri. I, 20, 25, p. 95.
.'!; Hpist. ad Alexandrům, Opitz, III, 1, p. 13 ; cité supra, 2e art., p. 188, n. 1.
4) Ap. Basile, Adv. Eunom., II, 17, PG 29, 605.
5) Eccl. Theol., I, 11, Klostermann, p. 69-70 ; cité supra, 2e art., p. 157.
(',) Comm. in Psalm., ř<8, PG 23, 10«3.
7i Eusèbe, DE, IV, 15, 16 ; PE, VII, 12 ; Ed. Proph., II, 38; cf. supra, 2e art.,
p. 159-160. Astérius, ap. Marcel, fraerm. 28 et 29, cités supra, 2e art., p. 161-162. LE « COMMENTAIRE DES PSAUMES » /
incarné, c'est encore dire le contraire d'Eusèbe1, pour qui
d'ailleurs « prêtre » est l'un des titres du Verbe préexistant2.
Diodore refuse tout autant de. comprendre Psaume 109
d'un « simple homme ». Si l'on n'a pas de preuve que cette
doctrine radicale ait été celle de Marcel, on ne peut nier
cependant que les formules qu'emploie ce dernier pour parler
du second Seigneur visé dans Psaume 109, 1 ne font peut-être
pas pleinement droit à sa divinité. Au reste, il est un point
sur lequel Diodore vise certainement Marcel : s'il explique
au verset 1 b que jusqu'à ce que n'indique pas que la session
du Fils à la droite du Père a un caractère temporaire, ce ne
peut être qu'en référence à des développements tels que ceux
qu'on a relevés dans le C. Marceli, le De Incarn. verbi et
c. arian. et VEpist. ad Antiochenns^. Mais ce n'est pas tout.
Dans l'argument, Diodore affirme l'identité du Monogène et
du Premier-né, alors que Marcel épilogue sur le caractère
contradictoire de ces deux vocables4. Au verset 3 c. Diodore
admet une première génération du Seigneur antérieure à la
création, alors que. pour Marcel, la catégorie de la génération
est réservée à l'Incarnation. Au verset 1 a, on peut penser,
à la lumière de l'argument, que non seulement Paul de
Samosate, mais Marcel ou Photin, sont implicitement visés
à travers les juifs lorsque. Diodore, évoquant la discussion
de Jésus et des pharisiens sur ce verset, note que Jésus en tira
argument pour établir qu'il n'était pas « un simple homme ».
et pour affirmer sa divinité. D'une façon générale, lorsque
Diodore rappelle avec insistance que le Sauveur historique,
charnel, à qui s'adresse ce psaume est non seulement homme,
mais aussi Dieu (argument, v. 1 a, v. 3 c), on peut penser
qu'il s'oppose à ceux qui le désignent par des formules mini
misantes ou ambiguës, comme Vhomme seigneurial, le corps
1) Elsèbe, DE, IV, 15; V, .'5.
2) Ecd. Thenl., I, 20, '25, Klostermann, p. 95.
3) С Marceli., fraerm. 117 (Re 104), Klostermann, p. 210-211. De I near п.
Verbi el r. Arian., 20, PG 26, 1020 B-1021 A. Episl. ad Antioch., fraem. 65 И 66,
SHAW, Phil. -hist. Kl., 1921, 6, p. 21-25, cités supra, 2" art., p. 166-171.
Г. F га arm. .'i, Klostermann, p. 1S6. О REVUE DE L HISTOIRE DES RELIGIONS
seigneurial né de Marie, l'homme sauveur, V homme considéré
selon qu'il est le Sauveur. Mieux, dans la mesure où Marcel,
henprosopisch en matière trinitaire, est dyoprosopisch en
christologie, comme Га justement remarqué M. Tetz, Diodore,
soucieux d'éviter que son opposition à l'exégèse arienne ne
le fasse basculer dans l'erreur opposée de Marcel, est amené à
souligner l'unité de la personne humano-divine du Sauveur.
Au verset 3 c, Diodore récuse à la fois ariens et marcel-
liens, puisqu'il tire une interprétation antithétique et complé
mentaire des expressions ante luciferům et ex utero, dont la
première renverrait à la divinité du Sauveur, la seconde à
sa chair. Une semblable distinction entre ante luciferům et
ex utero, comme concernant deux ordres différents de réa
lité, se trouvait déjà chez Justin1. Pour Justin toutefois,
Psaume 109, 3 indique que l'économie (la génération char
nelle) est venue se greffer sur la théologie (la préexistence du
Fils), alors qu'aux yeux de Diodore, il révèle les deux natures
qui entrent dans la personne du Sauveur : la divinité et la
chair. Le point de vue est devenu christologique, l'objet de la
réflexion étant moins une vision d'ensemble de l'éternité et
du temps que la personne de Jésus-Christ dont la dimension
humaine n'épuise pas la réalité. En dehors de Justin et de
Diodore, on ne voit personne qui lise à la fois dans Psaume 109,
3 с la théologie et l'économie2, ou la divinité et l'humanité3.
Cette originalité de Diodore me semble lui avoir été dictée
1) Dial., 45, 4.
2) Augustin propose l'une un l'autre interprétation (Enarr. in Psalm.,
С IX, 16, CC 40, p. 1615-1616). Cf. Prosper d'Aouitaine, Exp. Psalrn., С IX, .'5,
PL 51, 319 C-320 A. — Voir toutefois la collecte au Psaume 109 de la série
dite espagnole : « Domine Pater omnipotens qui ex tua substantia tamquam
ex utero filium ante luciferům genuisti, quesumus ut ipse nos sua claritate
inluminet, qui tecum universa m lucem ex nihilo procreavit, qui nee ante
genitus aliquando rece.ssit, et pro nobis natus Dominus ex utero virtrinali
processit : effice nos, etc. » (éd. A. Brou et A. Wilmart, The Psaller (lullecls
from V-VIlh cenlury (Ihree series), Henry Bradshaw Society 8.3, London,
1949). Il s'agit ici de rhétorique au service de la dévotion plus que d'exégèse
rigoureuse.
3) Ceux qui lisent les deux natures dans le Psaume 109, le font à la lumière
du verset 1, ou de l'ensemble du Psaume avec ses versets complémentaires,
jamais d'après le seul verset 3 c, toujours compris de la génération éternelle,. « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 9 LE
par le souci de renvoyer dos à dos les ariens avec leur géné
ration pré-historique du Verbe — que Diodore ne veut pas
retenir unilatéralement ici, sans doute à cause des risques de
subordinatianisme contenus dans le verset 1 s'il est compris
du Verbe avant l'Incarnation — et Marcel avec sa génération
charnelle du Fils, que Diodore ne veut pas non plus retenir
unilatéralement, sans doute à cause des menaces de mini
misation ou d'évacuation de la divinité du Sauveur que
recèle dans ces perspectives le verset 1. Ces deux points
acquis, Diodore trouve dans le fait que le Père, ici, s'adresse
évidemment à une seule et même personne, une excellente
parade contre le « dyoprosopisme » latent de Marcel, héritier
du « dyoprosopisme » de Paul de Samosate1 : « Ici le psalmiste
a fort bien enfermé l'une et l'autre nature, la chair et la
divinité, dans l'unique personne. »
Mais en réalité, ce qui intéresse Diodore, dans la ligne du
parti exégétique qu'il a posé au début de ce psaume, c'est
uniquement la génération charnelle. En effet, juste après
cette explication équilibrée qui voit dans Psaume 109, 3 с
à la fois la chair et la divinité de Notre-Seigneur, et qui
précise bien que ante luciferům genui te désigne la génération
avant la création, avant l'histoire, Diodore ne retient plus
du même verset que l'allusion à l'Incarnation : « Que par
l'indice de la chair il désigne aussi l'Incarnation, c'est ce que
montre la suite, puisqu'il continue : Le Seigneur Va juré el
il ne se repentira pas. On ne peut pas dire que < le Père >,
ayant engendré le Dieu Verbe avant tous les siècles, lui a
juré de le faire prêtre selon l'ordre de Melchisédech. Mais
ayant parlé d'une unique génération, celle de l'Incarné,
1) On connaît la brutale formule de celui-ci : « Autre est Jésus-Christ, et autre
le Verbe » (citée dans la Conleslalio d'EusÈBE de Dorylée, ap. Léonce de
Byzance, (Junira Nestorian., PG 86, K5O2 A; ap. Jitstinien, Contra Monophys.,
PG 86, 1120 A). Pour la reconstitution du développement dont cette formule est
la conclusion, voir G. Bardy, Paul de Samosale, Bruges, 1O2Í5, p. .'{09. Dans la
perspective de Paul, il n'y avait sans doute pas, d'ailleurs, « dyoprosopisme »
christolosique, car, selon lui, la Sagesse qui est unie à Jésus, d'une union purement
morale, n'est pas une personne subsistante, mais un attribut (voir G. Babdy,
ibid., p. .Ч70-3791. 10 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
comme venant de lui-même — car il s'approprie aussi la
génération virginale, celle qui vient du sein — , c'est après
l'Incarnation de celui-ci qu'il lui promet comme à un homme
de lei faire désormais prêtre. » On voit le glissement : on passe
de « et la chair et la divinité » à « il désigne aussi l'Incarna
tion », et enfin à « < le Père > ayant parlé d'une unique géné
ration, celle de l'Incarné », ce qui revient à faire abstraction
de ante luciferům. Sans doute, le procédé n'est-il guère
cohérent. Remanence de l'archaïque tradition du « trinitarisme
économique » ? Il semble surtout que ce soit la nécessité de
comprendre le verset 4 a dans la perspective de l'Incarnation
qui amène Diodore à ne plus lire dans le verset 3 с que la généra
tion charnelle1. Mais à partir de cette position antiarienne, il
prend soin à nouveau, contre l'exégèse humaine, trop humaine,
de Paul de Samosate et de ceux qui lui sont assimilés, de
souligner que même cette génération charnelle, décidément
seule en cause au verset 3 c, le Père la présente comme s'étant
faite à partir de lui et se l'approprie (оохеюита!,), donc qu'elle
est malgré tout, par l'une de ses dimensions, divine.
Sur ce dernier point, Diodore se rattache à la lignée
représentée par Justin, le Tertullien de Y Adv. Marc., V,
Marcel (fragm. 31), l'Eusèbe des С о mm. in Psalm., l'Athanase
des Exp. in Psalm. On constate même une telle similitude
entre Athanase lorsqu'il écrit : « Vois comment le Père
s'approprie la génération du Monogène selon la chair », et
Diodore lorsqu'il écrit : « Car le Père s'approprie aussi la
génération virginale, celle qui vient du sein », que l'on peut
sans doute parler de dépendance. On note toutefois que
Diodore, à la différence d'Athanase, ne dit pas que c'est le
Monogène qui est engendré dans la chair, et qu'il oppose
même de la façon la plus nette la génération du Dieu Verbe
avant les siècles et la génération de l'Incarné né du sein de
Marie. Cette façon de dissocier le Verbe ou Monogène non
1] Cf. Augustin, Enarr. in Psalm., CIX, 17, (T. 10, p. 1616-1617; résumé
par Prosper d'Aquitaine, Exp. in CIX, PL fil, 320 A. « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 11 LE
pas de la personne historique de Jésus, mais de la naissance
charnelle de celui-ci, pourrait bien sentir son Diodore de Tarse.
En tout cas. les Exposiliones in Psnlmns, dont j'ai montré
ailleurs qu'elles datent du début de la carrière littéraire
d'Athanase. fournissent. Diodore mis à part, le dernier
exemple connu de cette exégèse « économique » de Psaume 109,
3 с dans l'Antiquité chrétienne. La revue qui a été passée
plus haut de l'utilisation de Psaume 109, 3 с dans la littérature
doctrinale du ive siècle le faisait pressentir1. On en a confi
rmation en examinant les commentateurs du Psautier posté
rieurs à Athanase, que ce soit ceux qui n'ont pas d'attaches
avec le commentaire de Diodore, ainsi Evagre, Didyme. Hésy-
chius. Arnohe le Jeune, Cassiodore, ou même ceux qui ont avec
lui de visibles afiinités, tels Jean Chrysostome. Jérôme, Julien
d'Eclane, Théodoret. Pour tous, Psaume 109, 3 с concerne
la génération éternelle du Verbe2. Seul Augustin, héritier de
la tradition double que l'on a vu se manifester chez Tertullien,
connaît les deux interprétations possibles, génération du
Verbe engendré de la substance du Père avant le temps,
naissance du Christ né du sein de la Vierge la nuit de Noël,
et les consigne côte à côte sans choisir13. Mais ce cas isolé,
peut-être dépendant de Tertullien, ne prouve rien pour le
reste du monde chrétien, surtout le monde grec où l'on ne
voit pas (jue, passé le milieu du ive siècle, Psaume 109, 3
soit jamais interprété de l'Incarnation. Cela inviterait à
situer assez haut le Commentaire de Diodore. Non pas
1) On observe même qu'à oixeioÛTai, employé par Athanase et Diodore pour
marquer l'étroit rapport du Père et «le l'Incarné, correspondent, chez Basile oîxsicoaiç
et oix.eiOT7)ç, mais pour désigner l'union intime du Père et du Monoarène, en dehors
de toute, perspective d'Incarnation. Voir supra, 2e art., p. 1*6-187.
2) Evagre, PG 12, 1Г>69 B. Didyme (?), PG .'{'.), 1Г)1и ВС. IIésychius, Para,
fthrane, PCi 27, 11 16 С ; Petit commentaire, éd. Jairié, p. 2Л4. Ar.noue le Jetne,
PL Т/Л, 490 A. C:issiodon\ CM 98, p. 1010. Pour Jean Chry&ostome, Jérôme,
Julien, Théodoret, voir infra. D'Apollinaire, nous n'avons pas de <jlose sur le
verset .'{.
.'{) Enarr. in Psalrn., <UX, 16, CC 40, p. 1616 ; résumé par Prosper d'Aoi i-
taine. Exp. in Psalm., CIX, PL F>1, .41 У С sqq. Citons aussi un titillas du
Psaume 10'.), « Nati vitas Domini Nostri Jesu Christi », appartenant à une série
• le tiluli, sans doute italienne, qui peut, dater du Ve siècle (éd. P. Salmon,
Les lilnli Psnlrnnrnrn des manuscrits latins, Paris, 1 '.)">'.», p. к7). 12 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
nécessairement dans la première moitié du siècle : une tradi
tion assez généralement abandonnée peut se survivre chez
des auteurs isolés — Augustin en est la preuve. Mais on
imagine mal comment cette exégèse du verset 3, qui se pré
sente comme un hapax même en milieu antiochien après
350 environ, aurait pu resurgir à une époque où un consensus
universel s'était établi depuis longtemps en faveur de la
génération éternelle du Verbe et d'elle seule. Or. il me paraît
possible que les choses se soient définitivement fixées lors
de la crise eunomienne où tous, hérétiques et orthodoxes,
comprenaient Psaume 109, 3 с de la génération éternelle
du Verbe, le litige sur ce verset se situant à l'intérieur même
de cette interprétation. La thèse de Mariés, situant le comment
aire de Diodore avant 378, ou même avant 372, trouve
peut-être là une certaine confirmation.
Sur le verset 4 a, au contraire, Diodore adopte, en disant
que le sacerdoce est donné non au Verbe éternel, mais au
Verbe incarné, une position novatrice. Eusèbe, on Га vu.
pensait le contraire. Cyrille de Jérusalem écrivait encore
vers 350 que le Christ n'avait pas entamé son sacerdoce dans le
temps, et qu'il avait été oint par le Père avant les siècles1. Mais
Chrysostome, Jérôme, Augustin, Théodoret, Cassiodore, dans
leurs commentaires du Psaume 109, rejoignent Diodore2. On
sait du reste que la question de savoir si c'est en tant que Verbe
ou en tant qu'homme que Notre-Seigneur est prêtre a joué un
rôle dans les querelles du ve siècle, et que le Xe anathématisme
de Cyrille d'Alexandrie condamne précisément ceux qui attr
ibuent le sacerdoce du Sauveur à son humanité prise isolément3.
1) Нот. Galech., X, 14, PG .'53, 680.
2) Chrysostome, Exp. in Psalm., CIX, PG 55, 276. Jérôme, Trad, de Psalm. ,
CIX, ed. G. Morin, Anecd. Mareds., Ill, 2, p. 201. Augustin, Enarr. in Psalm., 17, CG 10, p. 1616-1617. Théodoret, In Psalm., CIX, PG80, 1772 С et 177.3 A.
3) « Si quelqu'un dit que. ce n'est pas le Verbe né de Dieu lui-même qui est
devenu notre grand-prêtre et apôtre lorsqu'il est devenu chair et homme selon
nous, mais que c'est un autre différent de lui, un homme né d'une femme..., qu'il
soit anathème » (Schwartz, AGO, I, 1, 1, p. 41). Ce texte a, été l'objet de discussions
successives : réplique, d'André de Samosate et apologie de Cyrille (ACO, I, 1, 7,
p. Г>3-Г)7) ; réplique de Théodoret et nouvelle de {ACO, I, 1, 6,
p. 135-142) ; autre apologie de Cyrille {ACO, I, 1, 5, p. 21). Cf. sur cetfp même LE « COMMENTAIRE DES PSAUMES » 13
En somme, ce qui caractérise ce commentaire do Diodore,
c'est son éclairage christologique, que ce soit dans la vue
d'ensemble de l'introduction, ou à propos de versets parti
culiers, tels que 1, 3, 4, 7. Que cet éclairage et les formules
équilibrées qui l'expriment aient été inspirés à l'auteur par
les erreurs opposées entre lesquelles il lui faut s'orienter,
c'est ce que paraît indiquer le cas assez analogue des comment
aires « antioohiens » de la fin du ive siècle et de la première
moitié du Ve.
CONFIRMATION !
LES COMMENTAIRES « ANTIOCHIENS » DU PSAUME 109
Parmi les commentaires du Psaume 109, écrits entre ЗГИ)
et 150 environ, on peut grossièrement réunir sous la rubrique
« Àntioche » ceux de (Ihrysostome (probablement composé
à Antioche entre 386 et 308 J1, de Jérôme (prêché dans le
couvent de Bethléem entre 401 et 413 d'après G. Morin)2.
de Julien d'Eclane (composé pendant ou après l'exil de 421-
424 en Cilicie. puisque l'utilisation du Commentaire de Théo
dore de Mopsueste y est évidente3, de Théodorot (écrit
question un passa <re. du discours sur la Vierye. de Proclus de Cyzique : « () temple,
eu qui Dieu est devenu prêtre sans chariirer de nature, mais en revêtant par misé
ricorde celui qui est selon l'ordre de Melehisédech » !ЛС<), I, 1, 1, p. 104}, et le pas
sade correspondant de la réponse de Nestorius : « .le veux attirer votre attention
sur ce point : je ne peux admettre que Dieu ait été fait prêtre. Si en effet Dieu le
créateur est aussi prêtre, à qui le sacrifice sera-t-il offert pa.r les prêtres ■> » {ЛСО, I,
Г». 1. p. 'Ax-, ou M. Richard voit, une allusion au Xp anathémafisme de Cyrille
L'introduction du mot hypostase dans la théologie de l'Incarnation, MSR 2,
НМГ>, p. 2Г.п-257 '.
i pa :>:>, 2r>i-27(.).
2: Trud. de Psalrn., СЛХ, éd. (1. Мшим, Awed. Murals, III, 2, p. l(.i*-2()r>
PL 2ť>, llti.4 B-llf>x В..
.'$'■ Ed. G.-I. Ascoli, // codiee irlnnde.se. iMVAmbrnsiana, vol. I, dans Arrhivit
Chilliilnijiri) Italiano, V, 187H-187Í1, p. Г>2'.)-Г>.'52. On sait que le début de ce comment
aire latin du Psautier, jusqu'au Psaume 1H, 12 (Ascoli, p. l.'?7) est. une traduction
latine île Théodore de Mopsueste, tandis que la suite est une couvre plus libre, qui
emprunte encore à Théodore, mais par fragments, et en y mêlant d'autres éléments.
L'écrivain latin responsable de l'ensemble fc,'est-à-dire de la traduction jusqu'au
Pp. Ui, 12, puis de la compilation assaisonnée de notes personnelles pour les Ps. Hi,
l.'{ à lTiOt est un pélatrien du V siècle, au jugement de (i. Mercati. Il semble; bien
qu'il s'airisse de Julien d'Eelane lui-même, d'après l'opiniâtre démonstration
el'A. Vaecari, finalement acceptée par H. Devrkesse, Essai sur Théndure île
Mnp.snesle, ST 141, Vatican, l'JtS, p. .'il, n. 2, et entérinée par (î. l!n[ wman,
Dns Julian von Aeclnnum Kornmenlnr zn den Pruphelen Osée, Jnel und Arnns,
Riiin.'i, lilii*. [). x-12.

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