Le rite d'initiation tribale comme catégorie anthropologique (Van Gennep et Platon) - article ; n°1 ; vol.220, pg 5-62

De
Revue de l'histoire des religions - Année 2003 - Volume 220 - Numéro 1 - Pages 5-62
On sait le rôle joué par les modèles et par les catégories qui les fondent dans une anthropologie culturelle et sociale qui trouve sa légitimité épistémologique en particulier dans la comparaison entre les cultures. Or les méthodes comparatives ont fait récemment l'objet de plusieurs interrogations. Dans cette perspective critique, une réflexion sur la nature à la fois semi-empirique et opératoire de notions que l'on a volontiers érigées en universaux reste indispensable. L'exemple d'une catégorie partagée entre le formel et le figuratif tel le rite de passage, et plus particulièrement le rite d'initiation tribale, est à cet égard significatif. Autant l'histoire de la formation du concept à partir de Van Gennep que la confrontation avec son équivalent indigène chez un philosophe de la culture comme Platon sont susceptibles de rendre compte de ses limites.
An anthropological category for the fabrication of man : the rite of tribal initiation (Van Gennep and Plato)
The role played by the models and by the categories in a cultural and social anthropology based on comparison between different cultures is well known. The methods of comparison have recently been submitted to different questions. In such a critical perspective, the semi-empirical nature and the instrumental function of notions supposed to be universals have to be examined. As « basic level category », the concept of « rite de passage » (particularly the ritual of tribal initiation) is pricesely situated between the formal and the figurative. The history of the formation of such a concept through the work of Van Gennep as well as the comparison with its indigenous equivalent for such a philosopher of culture as Plato are able to show its contours and limits.
58 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
Lecture(s) : 61
Nombre de pages : 59
Voir plus Voir moins

Claude Calame
Le rite d'initiation tribale comme catégorie anthropologique (Van
Gennep et Platon)
In: Revue de l'histoire des religions, tome 220 n°1, 2003. pp. 5-62.
Résumé
On sait le rôle joué par les modèles et par les catégories qui les fondent dans une anthropologie culturelle et sociale qui trouve sa
légitimité épistémologique en particulier dans la comparaison entre les cultures. Or les méthodes comparatives ont fait
récemment l'objet de plusieurs interrogations. Dans cette perspective critique, une réflexion sur la nature à la fois semi-empirique
et opératoire de notions que l'on a volontiers érigées en universaux reste indispensable. L'exemple d'une catégorie partagée
entre le formel et le figuratif tel le rite de passage, et plus particulièrement le rite d'initiation tribale, est à cet égard significatif.
Autant l'histoire de la formation du concept à partir de Van Gennep que la confrontation avec son équivalent indigène chez un
philosophe de la culture comme Platon sont susceptibles de rendre compte de ses limites.
Abstract
An anthropological category for the fabrication of man : the rite of tribal initiation (Van Gennep and Plato)
The role played by the models and by the categories in a cultural and social anthropology based on comparison between different
cultures is well known. The methods of comparison have recently been submitted to different questions. In such a critical
perspective, the semi-empirical nature and the instrumental function of notions supposed to be universals have to be examined.
As « basic level category », the concept of « rite de passage » (particularly the ritual of tribal initiation) is pricesely situated
between the formal and the figurative. The history of the formation of such a concept through the work of Van Gennep as well as
the comparison with its indigenous equivalent for such a philosopher of culture as Plato are able to show its contours and limits.
Citer ce document / Cite this document :
Calame Claude. Le rite d'initiation tribale comme catégorie anthropologique (Van Gennep et Platon). In: Revue de l'histoire des
religions, tome 220 n°1, 2003. pp. 5-62.
doi : 10.3406/rhr.2003.942
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2003_num_220_1_942CLAUDE CALAME
Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris
Université de Lausanne
Le rite d'initiation tribale
comme catégorie anthropologique
(Van G^nnep- et Platon)
On sait le rôle joué par les modèles et par les catégories qui les
fondent dans une anthropologie culturelle et sociale qui trouve sa légi
timité épistémologique : en particulier dans la comparaison entre les
cultures. Or les méthodes comparatives ont fait récemment l'objet de
plusieurs interrogations. Dans cette perspective critique, une réflexion
sur la nature à la fois semi-empirique et opératoire de notions que l'on
a volontiers érigées en universaux reste indispensable. L 'exemple d'une
catégorie partagée entre le formel et le figuratif tel le rite de passage,
et plus ! particulièrement le ■ rite • d'initiation ■ tribale, est' à cet ~ égard
significatif Autant l'histoire de • la formation du concept à partir, de
Van Gennep que la confrontation avec son équivalent indigène chez un
philosophe de :. la culture comme ■ Platon sont susceptibles de rendre
compte de ses limites.
An anthropological category for the fabrication of man :
the rite of tribal initiation (Van Gennep and Plato) *
The role played by the models and by the categories in a cultural,
and social anthropology based on comparison between different cultu
res is well known. The methods of have recently been sub
mitted to different questions. In such a critical perspective, the semi-
empirical nature and the instrumental function of notions supposed to
be universals have to be examined: As « basic level category », the
concept of « rite de passage » (particularly the ritual of tribal initia
tion) is pricesely situated between the formal and the figurative. The
history of the formation of such a concept through' the work of Van
Gennep as well as the comparison with its indigenous equivalent for
such a philosopher of culture as Plato are able to show, its contours
and limits:
Revue de l'histoire des religions, 220 - 1/2003. p. 5 à 62 .
.

différentes procédures de rapatriement de l'expérience et Les
des pratiques ethnologiques , de terrain' pour les constituer env
objet narratif et pour les destiner à un public d'éducation acadé
mique , occidentale , sont depuis .< quelques *. années . au . centre de
l'attention d'une anthropologie culturelle et sociale qui se veut
critique. L'intérêt s'est essentiellement porté jusqu'ici sur ce que ■
l'on pourrait appeler la rhétorique du discours anthropologique :
procédés descriptifs, mises en intrigue narratives; stratégies énon-
ciatives visant un effet d'objectivité, métaphorisations tendant à
faire voir, schématisations et finalement < organisation formelle ;
transformant le discontinu et l'hétérogène de l'expérience et de
l'information de terrain dans < la-, manifestation discursive holiste
et homogène qu'est la monographie ; en; trois mots, procédures
de mise - en - discours, visant à l'unité '. cohérente et : constitutive
d'un texte1: Mais, en deçà de la transformation * discursive de
1'objeť anthropologique en article érudit ou en monographie, le;
regard épistémologique de la discipline a commencé à se porter
sur les - grands : concepts * qui ' sont entrés - dans la tradition de ;
l'anthropologie , sociale et qui ■ en organisent la matière. C'est à
Claude Lévi-Strauss que l'on doit - rappelons-le - la canonisa
tion de la distinction entre une ethnographie consacrée à l'obser
vation et à la description factuelle, une ethnologie représentant
« uni premier pas vers la synthèse » à partir de l'observation,
directe, et une anthropologie sociale et culturelle , visant ; « une
connaissance globale de l'homme» par les conclusions générales
qui s'appliqueraient à toutes les sociétés humaines dans leur dif
fusion universelle, aussi -, bien historique que géographique2.
1. À marquer ce tournant réflexif, autant d'un point de vue historique
que dans une perspective d'épistémologie de la discipline, les travaux sont
désormais très nombreux. On citera pour mémoire les ouvrages d'Affergan >.
(1987), de Clifford (1988); de Geertz (1988), et, pour l'analyse de discours,
les études d'Adam, Borel, Calame, Kilani (1995), les contributions réunies
par Affergan (éd.), 1999,л ainsi que la mise au point de Kilani (1994).
2. Lévi-Strauss ■; (1958,- 386-389, puis > 397-399) ; voir à - ce propos les
remarques formulées par Borel et Kilani, in Adam et al., 1995, 34-49 et 82-
85 respectivement. :
:

;
;
LE RITE D'INITIATION TRIBALE 7
Or la- formulation de conclusions ; transcendant les cas parti- -
culiers que représentent les sociétés humaines dans leurs différen
tes réalisations géographiques et historiques présuppose l'utilisa
tion . de concepts » généraux; . Le postulat . de * leur, application < à
toute communauté culturelle induit celui, implicite, de leur carac
tère universel. C'est ainsi que le : même Lévi-Strauss assigne à
l'anthropologue - la tâche ; de : « façonner,' de ; nouvelles catégories
mentales »,. des. catégories objectives, . indépendantes: tant' des,
valeurs particulières de ' la société indigène que des conceptions
propres; à la- société de son observateur. Ce postulat d'universal
ité: transcendante marque en: particulier: toutes les: grandes;
notions , mises ; en œuvre: dans la constitution- progressive : de
l'anthropologie sociale et culturelle en tant que discipline acadé
mique : le tabou, le mana, la magie, le masque, le rite," le mythe,
la religion ; , et plus récemment des ; concepts articulés - de par
l'influence du structuralisme, puis ; de r l'informatisation - en
forme " d'oppositions- binaires :. « nature/culture », « oral/écrit »,
« le même / l'autre », etc. Formulations qui; toutes, favorisent, enk
dépit des dénégations, la résurgence du- Grand Partage3...
1. CATEGORIES i SEMI-FORMELLES i
ET EFFETS r DE FICTIONNALITÉ
Ce bref prélude sur la catégorisation prédiscursive appelle, en-
guise d'introduction; quatre remarques;
a / Les , « catégories y du niveau de base »
Les notions à prétention universelle de l'anthropologie cultur
elle t et : sociale ; se situent en quelque ; sorte à ; cheval ■ entre le
conceptuel et le discursif. Elles sont nées de la nécessité de classi
fication propre à tout discours en sciences humaines, surtout ;
3. Le Grand Partage a été redéfini en termes d'oppositions structurales
par Goody (1977, .146-162). Puisque la Grèce antique est impliquée, je me
permets, à titre d'exemple, de . renvoyer à la critique de la catégorie du
« mythe » que, après d'autres,1 j'ai présentée récemment , (Calame, . 1996 b,
9-46). .
,
;
:

8 CLAUDE CALAME
quand • celui-ci : se veut : comparatif: , Tirant . donc : en • général . leur
origine de la comparaison entre phénomènes jugés du même type
à l'intérieur, d'une même culture ou à l'intersection de plusieurs
cultures, les i notions courantes de l'anthropologie : culturelle : et
sociale apparaissent comme des catégories semi-empiriques. Elles -.
sont • en î effet i le *. résultat . d'un . processus . d'abstraction plus ; ou
moins poussé à partir, de différentes manifestations concrètes et,
documentaires: Elles correspondent en fait à ce que l'on nomme
désormais en sciences : cognitives des . basic level I categories. Ces .
catégories du niveau de base se situent à un niveau intermédiaire
de « figurativité » : c'est dire qu'elles relèvent en partie du. visuel
et du figuré,. telle la catégorie du « chat » dans sa position inte
rmédiaire entre la formelle de Г « animal » et les espèces
particulières que seraient le « siamois » ou Г « angora »4. Classes
floues s du ; point de vue > formel, ces catégories • de , niveau : en fait
intermédiaire constituent des images mentales ; qui •. relèvent de la
notion plutôt, que du* concept:. Leur, constellation,1 dans: son
aspect empirique et ; dans son manque de rigueur, constitutif,; est
en quelque sorte à la classification formelle, par, différence spéci
fique et genre prochain ce que la logique naturelle est elle-même
à la logique formelle.
C'est précisément leur nature visuelle et figurative qui assure
aux classes empiriques que sont les grandes notions de l'anthro
pologie culturelle et sociale leur caractère pratique. En raison de
leur, origine instrumentale . et par : conséquente en raison : de ; leur
valeur essentiellement opératoire,, ces catégories -, floues i permett
ent non seulement d'entrer en interaction avec notre environne
ment comme on le suppose des catégories dites « du niveau de
base», mais elles représentent surtout des outils de la pensée et
de :1a communication. Ce sont ces artefacts qui permettent à la,
pensée anthropologique de se construire dans l'échange entre les
érudits et aux*, mouvements contrastés qui : animent' la : discipline
4; Pour le concept de basic level category tel qu'il a été développé en
sciences dites « cognitives » notamment à partir des tentatives de la sémant
ique « componentielle », voir Lakoff (1988; mais aussi 1987, 269-303). Ce
concept s'applique particulièrement' bien à cette autre série de catégories
semi-empiriques que sont les genres poétiques: voir Molino (1993)r RITE D'INITIATION TRIBALE 9 > LE
de se déterminer les uns par rapports aux autres, dans l'espace et
dans le: temps;
Stéréotypes ou prototypes ? Catégories conceptuelles ou ima
ges mentales acceptées comme le meilleur exemplaire de la caté
gorie ? Oiseaux ou moineaux ? La définition du genre que donne
Aristote dans las Métaphysique \ manifeste; la-- même ambiguïté.
Dans la perspective ouverte par Aristote en effet; le genre (génos)
correspond au fondement de ce qui est dit de l'essence, mais il est
aussi défini par. la collection des êtres issus du processus de géné
ration (genesis) à partir d'une même forme (eîdos). Si la première
définition donnée affirme implicitement,' dans son abstraction; la
nature discursive du -genre, la seconde, d'ordre génétique trans
forme le genre en une instance qui fait passer les entités concer
nées à l'être : ainsi en va-t-il, selon Aristote, d'Hellên pour les Hel
lènes, de Ion pour lesí Ioniens ou; de Pyrrha, l'épouse de
Deucalion, pour le genre féminin. Ce retour aux héros fondateurs
nous fait en quelque sorte passer de l'idée abstraite du stéréotype •
à ■; l'idée concrète du • prototype, avec son ; exemplaire institué en
modèle ; on retrouve ainsi la procédure de Г « objet-exemple », de
l'objet qui fait voir» sa propre règle de construction5. À l'égard de ■
cette distinction, les catégories de l'anthropologie se caractérisent
par leur absence d'homogénéité : les notions de mythe, de rite ou *
de religion se situeraient par. exemple plutôt du côté du stéréo
type, celles de mana, de tabou ou de magie plutôt du côté du pro
totype. Mais toutes tendent à la modélisation universalisante. .
Au-delà ч de ce ; manque d'homogénéité '-, dans le , degré d'ab
straction, les • classes . opératoires sur lesquelles se , fonde , le . dis
cours anthropologique assument souvent la fonction de modèle:
Comme le dit encore Lévi-Strauss : « Quand; l'anthropologue
cherche à construire des modèles, c'est toujours en, vue; et 'avec
l'arrière-pensée, de découvrir, une forme commune aux diverses
5; Aristote, Métaphysique, 4, 1024 a 29 - b 16. Les 'problèmes ontolo
giques et sémantiques posés par la notion de « prototype » sont passés en ;
revue par Kleiber (1990, 45-117), avec la perspective critique développée par*
Rastier (1991, 26-41). Les différents types de modèles élaborés par l'anthro
pologie sont évoqués dans l'ouvrage de Fabietti (1999; 168-187), cf. aussi
Lenclud (2001; 428-440); pour la notion ď « objet-exemple », voir Borutti,
(1999, 136-142). ■
:
* CLAUDE CALAME 10
manifestations de la vie sociale. » Mais en sciences humaines, le
modèle, si abstrait soit-il, comporte régulièrement une dimension
empirique, à la fois descriptive et figurative. Dans cette mesure,
11 peut aussi revêtir la forme concrète qu'est l'exemple au sens oùr
l'entend • Aristote également; mais dans • un • développement pré
senté dans la. Rhétorique6. Fréquemment, combiné avec la figure
de raisonnement ; non r formel et de démonstration rhétorique
qu'est l'enthymème, le paradeigma fonde, en tant qu'exemple, la
procédure de Ymàuciion (epagôgê). Mais l'exemple de la rhéto
rique aristotélicienne présente souvent une composante narrative
sur laquelle on va revenir. .
b / Le « comme si » du fictionnel
Si ; les notions de l'anthropologie, élevées au rang de catégor
ies naturelles et universelles, sont bien des outils de classement
de caractère semi-figuratif, si dans leur absence : d'homogénéité
elles ont bien le caractère pratique des catégories du niveau « de
base », . il n'en reste pas , moins que leur emploi contribue aux
procédures de la totalisation et de la communication de l'objet ;
produit dans les. formes discursives de la monographie. Par leur
caractère mixte, à la fois visuel et abstrait, à la fois descriptif et
normatif/ elles figurent certainement parmi les opérateurs fonda
mentaux du « comme si» fondant le discours anthropologique7.
Leur nature; se partageant entre l'empirique et le formel," leur 4
confère un pouvoir, discursif qui contribue à l'achèvement de la
mimesis anthropologique. Les différentes formes du discours de
l'anthropologie concourent < en effet à • construire une fiction, au
sens étymologique du terme : elles façonnent ( finger e) la société
indigène ou exotique pour la présenter au regard d'un public dis-
6. Lévi-Strauss (1958, 399). Sur le rôle du paradeigma dans l'art ora
toire, cf. Aristote, Rhétorique, 1, 1356 a 35 - b 18 et 2, 1393 a 28 - 94 a 18.
7. En particulier Vaihinger (1924, 27-32 et 271-287), par; référence à
I. Kant, . définissait ■ les procédures et catégories de la • pensée discursive
comme des « fictions analogiques », mais qui, dans leur aspect pragmatique
et1 cognitif avant la lettre, doivent être considérées également comme des
expédients mentaux. Sur les procédures holistes du : discours anthropolog
ique, voir Kilani (1994," 54-58).. :
LE RITE D'INITIATION TRIBALE 11
tant dans l'espace, , le temps et la * culture. Ce transfert - s'opère
donc la. pratique d'un véritable poiein;.ďxmQ « poiétique »
mimétique qui tente de restituer l'objet socialet culturel comme
si : on l'avait ■ sous les ; yeux. Le : résultat de cette « mise : en - di
scours», de ce poiein d'ordre discursif est naturellement marqué1
par la perspective de celle ou de celui qui l'opère. Par différentes
stratégies énonciatives; implicites ou non, le texte qui en est issu
porte la marque des préconstruits culturels et des ■ intentions de
qui l'a produit vis-à-vis du public visé, c'est-à-dire de la commun
auté de croyance à qui il s'adresse8.
L'objet de l'anthropologie, par l'intermédiaire de la simulation >
discursive, s'inscrit ainsi- dans l'ordre: du> « vrai-semblable ».
Moins qu'à l'effet de réel provoqué par la fiction construite dans
le discours anthropologique, les catégories ' du i niveau-: de - base .
contribuent à la cohérence logique et * sémantique de ; la totalité
discursive que représente l'étude d'anthropologie. Tout? en : ren
forçant autant la x vraisemblance ; que la modélisation du monde .
possible façonné et simulé dans ■■, le discours, elles assurent -. à ce
monde , sa ; communicabilité dans ; une communauté de croyance
académique donnée ; elles . garantissent ť ainsi \ au monde - mis ; en
discours son efficacité cognitive. Du caractère pratique et opérat
oire de ces catégories découle à l'évidence leur fonction pragmat
ique qui se partage entre production de connaissances nouvelles;
et : reproduction ; normative;. C'est : ainsi? que, . par exemple, .. sont
successivement nés dans les années 1940 « le Mélanésien », et dans
les années < 1980 « l'homme grec »9..
Borutti- 8. Si, insiste dans sur son le « double, Lexique sens épistémologique de fiction comme de la « > fiction finger e », » à et paraître, comme;:
« feinte » (et donc mensonge), Affergan (1987, 137-162) a précisé le rôle du
regard comme préalable à la mise en forme du discours anthropologique.
Les procédures schématisantes de la mise en texte et les éléments énonciatifs
qui en résultent font l'objet de la bonne synthèse présentée par Adam (1999,5
34-42 et 101-118) ; pour un exemple particulier, voir Calame (1999).
9. Dès l'introduction de sa célèbre monographie, Leenhardt (1971," 43):
se donne pour tâche d'étudier « le Mélanésien » (qui apparaît aussi comme
« le Canaque », emblème d'une « mentalité mélanésienne » ; cf. par exemple ;
139-140 et 162), , tandis que pour Vernant (1993) « l'homme . grec » peut :
devenir l'intitulé d'un, ouvrage collectif visant à donner, une définition de
cette entité holiste dans ses différents domaines d'exercice ; on verra à ce;
propos les remarques critiques formulées par Loraux (1996, 281-287).. >
:
1 2 CLAUDE CALAME
Afin de poursuivre ces analogies pour tenter, de mieux saisir
la nature et la fonction des grandes catégories de l'anthropologie
et de son discours, on pourrait proposer, en s'inspirantd'Imma-
nuel Kant, de les compter au nombre des 'Vorstellungen; qui sont
elles-mêmes fondées sur. des Darstellungen : « représentations »
en tant que formes, . mais basées sur des « présentations » en tant ;,
que notions empiriques ; représentations intermédiaires : (vermit-
tlende -' Vorstellungen) offrant une homogénéité à la fois ' avec le
concept ou la catégorie et avec les phénomènes ( Erscheinungen) ;
autrement dit, . des « schemes < transcendentaux » ■ se partageant
entre l'intellectuel et le sensible. Dans cette mesure, ces représen
tations agiraient comme de véritables « principes de construction
de :■ l'image ». En passant des propositions ; de Kant s à celles fo
rmulées . par ■ Ludwig Wittgenstein, ont peut* se ; demander si ; les
représentations ; ne contribuent . pas, par. leur . pouvoir de modéli
sation et par leur, efficacité discursive, à la construction de confi
gurations formelles.- Elles transformeraient ainsi: les images - que
donne le discours : anthropologique des ; sociétés et ' des cultures ;
exotiques dans ces ; « visions globales » ou synoptiques que sont
les tibersichtliche Darstellungen ; ce sont, ces visions globales qui ,
permettraient ' de voir la * forme à travers les exemples, de passer
en quelque sorte du prototype au stéréotype10. Quoi qu'il en soit,
comme les catégories du* niveau de • base dans : les formes quoti
diennes du discours et de la communication verbale courante,- les
grands concepts de l'anthropologie ■ culturelle et sociale permett
ent au praticien aussi bien qu'à son destinataire de distinguer, ,
de classer, d'identifier, de. reconnaître et . de communiquer de
manière discursive ; il s'agit en fait de rassurer, du point de vue
cognitif, en réduisant le singulier au général, l'étrange au connu,
1'extravaganť au cohérent, l'abnorme au vraisemblable, sinon au
normatif/ le visuel au- discursif et au textuel. Il s'agit, dans cette
mesure, de fournir des outils à la comparaison; dans une réponse
qu'il conviendrait de donner à une contestation récente évitant la
10. Kant (1963, 150-156 ; dans le chapitre tiré de la Doctrine transcen
dante du jugement ■ et intitulé « Du •■■ schématisme - des concepts purs de
l'entendement») ; Wittgenstein (1961, 167 et 325-361), avec le double com
mentaire de Borutti (1993, 59-64, et 1999/ 106-113). ,
:

LE RITE D'INITIATION TRIBALE 13
confrontation autant avec la mise en cause poststructuraliste des
modèles (synchroniques) de ; l'anthropologie qu'avec la '■ critique :
de sa- rhétorique discursive.
с / Approches . comparatives
En effet, si les catégories semi-empiriques généralement accept
ées et utilisées en anthropologie culturelle sont souvent nées de la -
nécessité d'évaluer ■ les . manifestations étudiées, en> confrontant
leurs apparitions dans des cultures différentes, comparaison et
méthodes comparatives ont fait' récemment l'objet de plusieurs ,
interrogations et д réaffirmations ; et' l'anthropologie culturelle et
sociale n'est pas le lieu unique de ce questionnement.
Ainsi l'une des dernières livraisons d'une revue helvète d'his
toire et de sciences des religions a pour t titre -Noch eine Chance
fur' die) Religionsphânomenologie ? Dans- l'introduction- ai ce
double recueil de 23 contributions tentant de relever le défi posé
par cette interrogation, l'éditeur des actes de ce qui ; fut: un 'co
lloque zurichois remarque simplement que la fonction tradition
nellement assignée • h la phénoménologie de •. la' religion < consiste
dans ' l'élaboration • d'une classification des ■> manifestations rel
igieuses11. Selon le . souhait ' même de son créateur, Pierre Daniel i
Chantepie de la Saussaye, cette classification à valeur opératoire,
devrait présenter dans ' son- application1 une universelle:
Envisagée ' dans cette perspective * taxinomique, la phénoménol
ogie de la religion (un singulier aussi significatif que contradict
oire...) ; a d'abord • conduit . à l'élaboration ■ conceptuelle d'une
série de phénomènes qui correspondent en fait à des catégories :
la prière,- l'offrande, l'initiation, etc. ; mais elle a aussi contribué
à -la construction d'une typologie des religions ou des types de
religion :; Versôhnungsreligion,. Erlôsungsreligion, gestiftete Reli
gion, etc. Ce travail s'insère ■ dans . la • ligne de la recherche des .-
Idealtypen chers à' la pensée anthropologique germanophone. Or
la procédure principale à l'œuvre dans ces travaux de classifica
tion' et de catégorisation ; s'avère être la comparaison. Ainsi, en.
conclusion à cette mise au point historique sur les méthodes pro-
11. Stolz (2000-2001).

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.