Les obituaires français. Perspectives nouvelles - article ; n°172 ; vol.64, pg 69-81

De
Revue d'histoire de l'Église de France - Année 1978 - Volume 64 - Numéro 172 - Pages 69-81
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1978
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Monsieur Jean-Loup Lemaitre
Les obituaires français. Perspectives nouvelles
In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 64. N°172, 1978. pp. 69-81.
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Lemaitre Jean-Loup. Les obituaires français. Perspectives nouvelles. In: Revue d'histoire de l'Église de France. Tome 64.
N°172, 1978. pp. 69-81.
doi : 10.3406/rhef.1978.1615
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1978_num_64_172_1615TRAVAUX ET ENQUÊTES
LES OBITUAIRES FRANÇAIS;
PERSPECTIVES NOUVELLES
Depuis l'aube du xvne siècle, les érudits se sont intéressés aux nécrologes
et aux obituaires. Si le premier utilisateur semble avoir été Jacques Severt
dans sa Chronologia historica successionis hierarchicae illustriss. archiantisti-
tum Lugdunensis archiepiscopatus, publiée à Lyon en 1607, l'un des plus
illustres utilisateurs fut incontestablement André Duchesne, dans ses « his
toires généalogiques » des maisons de Chastillon (1621), Montmorency et
Laval (1625), des ducs de Bourgogne (1628), des comtes d'Albon, de Valen-
tinois et de Diois (1628), des maisons de Guines, Ardres, Coucy, Dreux,
Bar-le-Duc, Luxembourg et Limbourg, Broyés et Chasteauvillain (1631),
Béthune (1639)... Il fut suivi par nombre d'autres historiographes, jusqu'à
Baluze lui-même, à qui l'usage des fragments de l'obituaire de Saint-Julien
de Brioude, que lui avait remis Jean-Pierre de Bar, fut fatal, causant sa
disgrâce et son exil en 1710. Outre les généalogistes, des historiens comme
Guillaume Catel, Jean Besly, Claude Robert, les frères de Sainte-Marthe,
le père Labbe, le père Du Monstier, les Mauristes enfin, et parmi eux dom
Jean Mabillon et son socius dom Claude Estiennot, dom Félibien,
Toussaints Du Plessis, dom Bouillart... utilisèrent abondamment ces textes.
L'usage qu'ils firent de ces froides listes de morts restait des plus limités.
Ils y cherchèrent, les uns, les noms des nobles dont il fallait justifier l'anti
quité de la race, les autres, ceux d'évêques ou d'abbés destinés à compléter
les listes publiées dans leurs savants ouvrages, et rien d'autre. C'était la
marque du temps. Ce qui est plus grave est que cette attitude dura jusqu'à
l'aube du xxe siècle. Un érudit aussi remarquable qu'Auguste Molinier,
dont le mémoire sur Les obituaires français au Moyen-âge 1 infléchit en France
le sort réservé aux nécrologes et aux obituaires, ne voyait encore en eux
que des documents permettant de « donner des dates précises ou à peu près
précises pour le décès des grands personnages laïques et ecclésiastiques du
Moyen-âge 2 ».
Depuis quelques années, sous la pression des nouveaux objets de la recherche
historique, les historiens ont saisi les multiples ressources offertes par ces
textes et ont dépassé le cadre de la stricte chronologie. Quelques pionniers
1. Auguste Molinier, Les obituaires français au Moyen-âge, Paris, 1890, in-8°,
iv-354 p.
2. Ibid., p. 47. 70 TRAVAUX ET ENQUETES
avaient soupçonné l'utilité des documents nécrologiques dans des domaines
autres que la chronologie épiscopale et abbatiale ou la généalogie seigneuriale.
Ainsi Grassoreille publiait en 1888 un article sur Le Trésor de Souvigny et
les réparations de V église d'après Vobituaire de Geoffroy Cholet 8. Louis Guibert
utilisait timidement, en 1895, la copie laissée par Legros du nécrologe de la
frairie de la Courtine à Limoges, dans son mémoire sur Les anciennes confré
ries de la basilique de Saint-Martial*. Puis, en 1926, Fernand Sauve ébau
chait une étude prosopographique des principales familles du pays d'Apt
d'après l'obituaire de la cathédrale, dans Y Introduction à son édition de ce
manuscrit5. Les documents nécrologiques fournissent en effet une matière
remarquable pour les études prosopographiques, la seule perçue par les
vieux maîtres. Dès 1939, P. David en avait saisi toute la portée et publiait
un article novateur : La Pologne dans l'obituaire de Saint- Gilles en Langued
oc au XIIe siècle •, mais il faut surtout attendre ces dernières années pour
voir leur exploitation systématique dans ce domaine, menée de main de
maître par William Mendel Newman avec Les seigneurs de Nesle en Picardie 7
et Le personnel de la cathédrale d'Amiens 8, par Agostino Paravicini Bagliani,
Cardinali di Curia e « familiae * cardinalizie dal 1227 al 1257 •. On ne saurait
enfin passer sous silence les travaux entrepris à l'Institut historique all
emand de Paris, sous la direction du Professeur Karl Ferdinand Werner,
consacrés à la prosopographie du haut moyen-âge, et ceux du Professeur
Joachim Wollasch, visant à reconstituer le personnel de Cluny d'après les
nécrologes, et ce, en utilisant les ressources offertes par l'ordinateur pour
leur exploitation. Dans un domaine proche de la prosopographie, Bernard
Gagnebin étudiait, en 1960, Français et Savoyards dans trois obituaires
conservés à la bibliothèque de Genève™. Une catégorie particulière d'érudits
a découvert ces dernières années un intérêt pour les nécrologes : les anthro-
ponymistes. On retiendra surtout les travaux de Jean Adigard des Gautries,
et en premier son article sur Les noms de personnes d'origine Scandinave dans
les obituaires de Jumièges ll, de Marie-Thérèse Morlet, Étude d'anthropony-
mie occitane : les noms de personnes dans l'obituaire de Moissac u, de Roger
Berger, qui a consacré un chapitre de sa thèse à l'exploitation anthropo-
3. Dans Bulletin de la société d'émulation du Bourbonnais, t. XVIII, 1888, p. 113-
116.
4. Dans de la Société archéologique et historique du Limousin, t. XLVIII,
1895, p. 295-303. .
5. Fernand Sauve, Obituaire de l'église cathédrale d'Apt, Monaco-Paris, 1926
{Collection de textes pour servir l'histoire de Provence publiée sous les auspices de
S.A. S. le Prince Louis II de Monaco).
6. Dans Revue des études slaves, t. XIX, 1939, p. 217-226.
7. William Mendel Newman, Les seigneurs de Nesle en Picardie, XIIe-XIIIe siècles,
Leurs chartes et leur histoire, Paris, 1971, (Bibliothèque de la société d'histoire du
droit des pays flamands, picards et wallons).
8. W. M. Newman, Le personnel de la cathédrale d'Amiens, (1066-1306), Paris,
1972.
9. Agostino Paravicini Bagliani, Cardinali di Curia e « familiae » cardinalizie
dal 1227 al 1254, Padoue, 1972 (Italia Sacra, vol. 18-19).
10. Dans Bulletin philologique et historique, 1960, p. 451-460.
11.Jumièges, Congrès scientifique du XIIIe centenaire, t. I, Rouen, 1955,
p. 57-67.
12. Dans Revue internationale d'onomastique, t. IX, 1957, p. 169-189 ; t. X,
1958, p. 31-51, 193-207, 249-284 ; t. XI, 1959, p. 56-67. TRAVAUX ET ENQUETES 71
nymique des 10.676 inscriptions du nécrologe de la confrérie des jongleurs
et des bourgeois d'Arras 1S.
Ces travaux exigent des éditions intégrales et soignées de ces nécrologes
anciens, sinon le recours aux manuscrits s'impose. On ne peut, hélas ! dans
la plupart des cas, utiliser les éditions anciennes, et pas même celles publiées
dans le Recueil des historiens de la France... car l'essentiel de ces nécrologes,
de simples noms, le plus souvent dépourvus de qualité, difficiles à identifier
avec certitude, n'est pas reproduit. Signe des temps, c'est à ces pauvres noms
que les historiens d'aujourd'hui attachent de l'importance ! L'histoire litté
raire elle-même a découvert l'utilité des obituaires. C'est que, parfois, un
bienfaiteur, homme de lettres, ou encombré d'un trésor improductif, léguait
à une communauté autre chose que des rentes foncières pour faire célébrer
son anniversaire : des livres. Walter Cahn et Jacqueline Humbert ont récem
ment tiré profit du bel obituaire de Geoffroy Cholet dans leur Contribution
à l'histoire de la bibliothèque du prieuré de Souvigny 14. Il faut se souvenir
que c'était souvent Yarmarius qui tenait à jour le nécrologe, l' obituaire, et
que de tels dons ne pouvaient le laisser indifférent. Roger Berger a montré
l'apport du nécrologe de la confrérie des jongleurs d'Arras pour la connais
sance de la littérature arrageoise, pour la reconstitution de sa chronologie 16.
Nombre d'autres domaines pourraient être mieux connus à. la lumière des
nécrologes et des obituaires, pour peu qu'on sache convenablement les inter
roger, qu'on les regarde avec des yeux neufs, et non plus avec ceux d'André
Duchesne : ainsi l'histoire de la liturgie, car ces textes renferment quantité
de notations concrètes sur la liturgie des défunts, — la toponymie, pour
laquelle les livres d'anniversaires constituent une source de premier ordre,
— l'histoire économique et sociale, — l'histoire des mentalités, si prisée
de la génération actuelle, — l'archéologie et l'histoire de l'art, — l'histoire
monastique, récemment illustrée par les travaux de dom Kassius Hallinger w
et de Michel Parisse 17, où les confraternités entre monastère ont pu être mise
en évidence grâce aux nécrologes. Même la généalogie, remise à l'honneur
par les travaux de Georges Duby, trouverait dans les nécrologes et les obi
tuaires une matière abondante, pour peu que l'on veuille bien s'occuper
d'autre chose que des familles princières 18, Les documents nécrologiques,
dont les plus anciens remontent au milieu du ixe siècle, fournissent un excel
lent exemple de ces textes dont les nouvelles orientations de l'histoire permet
tent une exploitation renouvelée.
Si leur intérêt est évident, leur abord l'est moins. Combien sont parvenus
jusqu'à nous ? Où sont-ils conservés ? Combien sont encore inédits, et que
13. Roger Berger, Le nécrologe de la confrérie des jongleurs et des bourgeois
d'Arras, 1149-1361, Arrag, 1970 (Mémoires de la Commission départementale des
Monuments historiques du Pas-de-Calais, t. XIII2). Cf. p. 57-100 : « Le nécrologe :
trésor onomastique ».
14. Dans Bulletin de la société d'émulation du Bourbonnais, t. LUI, 1966, p. 98-
103.
15. Op. cit., note 13, p. 101-118.
16. Kassius Hallinger, Gorze-Kluny, Studien zu den monastischen Lebensfor-
men und Gegensàtzen im Hochmittelalter, Rome, 1950-1951 (Studia Anselmiana).
17. Michel Parisse, Le nécrologe de Gorze. Contribution à l'histoire monastique,
Nancy, 1971 [Annales de l'Est, mémoire n° 40).
18. Cf. la thèse de Michel Parisse, La noblesse lorraine, XI*-XIIIe siècle, Lille-
Paris, 1976. TRAVAUX ET ENQUETES 72
valent les éditions dont nous disposons ? Comment peut-on les exploiter ?
Comment doit-on les publier ?
Lorsque l'on ouvre le tome II de V Introduction aux études d'histoire ecclé
siastique locale M de l'abbé Victor Carrière, on s'étonne de ne pas y trouver
un mémoire semblable à ceux de René Aigrain, « Comment utiliser les inscrip
tions chrétiennes », Maurice Prou, « Conseils pour la publication des chartes »,
Henri Stein, « Comment doit-on publier un cartulaire » ou Victor Carrière
lui-même, « Chronologie et biographie épiscopales », touchant les méthodes
d'exploitation et d'édition des nécrologes et des obituaires. Sans doute, Vic
tor Carrière avait-il pensé qu'il était inutile d'aborder cette question après
l'imposant travail d'Auguste Molinier *> et les publications faites par l'Aca
démie des Inscriptions et Belles-Lettres. .
I. — Constitution d'un nouveau répertoire.
Molinier avait fait suivre son étude d'un catalogue des obituaires fran
çais a. Ce répertoire souffre aujourd'hui de son âge, mais surtout des condi
tions dans lesquelles il avait été réalisé. Molinier n'avait pas vu tous les manusc
rits qu'il citait. Il eu recours aux inventaires d'archives, aux cata
logues de bibliothèques parus jusqu'alors, et à l'aide de divers érudits locaux,
en particulier les archivistes départementaux. Pour cette raison ses notices
souffrent d'une très grande irrégularité, allant d'une ligne à une page, mais
surtout de nombreux manuscrits, et non pas des moindres, lui ont échappé.
Depuis la parution de cet ouvrage, le lieu de conservation des documents
a parfois changé, des acquisitions nouvelles ont été faites, en particulier
par la Bibliothèque nationale, mais aussi les destructions dues à la seconde
guerre mondiale ont sévi : bibliothèques de Chartres, de Metz, de Tours...,
Archives du Loiret, de la Manche... Un nouvel état de la documentation
devenait indispensable.
A la demande de M. Pierre Marot, directeur de la collection des « Obi
tuaires » de l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, l' Institut de recherche
et d'histoire des textes s'est attaché à ce travail en 1970, sous la direction
conjointe de M. P. Marot et de M. J. Glénisson. ,
La méthode suivie est classique : dépouiller les inventaires et les cata
logues imprimés, mais aussi manuscrits, de nos bibliothèques et archives,
tant de Paris que de province, y relever les documents nécrologiques, puis
les examiner soit à Paris, soit en province, au cours de missions, pour en
donner une description sommaire.
On a pris comme cadre les frontières de la France contemporaine, avec
quelques exceptions pour des diocèses dont les limites anciennes ne corre
spondent pas aux frontières actuelles mais dont le territoire aujourd'hui
« étranger » est peu étendu, par exemple Genève. Les documents sont énu-
19. Victor Carrière, Introduction aux études d'histoire ecclésiastique locale, t. II,
L'histoire locale à travers les âges, Paris, 1934.
20. Auguste Molinier, Les obituaires français au Moyen-âge, Paris, 1890. :
21. Op. cit., p. 157-284. TRAVAUX ET ENQUETES 73
mérés dans Tordre des provinces ecclésiastiques telles qu'elles existaient à
la fin du Moyen âge, avant Térection d'Avignon en archevêché (1475), cadre
déjà adopté par l'Académie des Inscriptions pour la publication des Pouillés.
Pour chaque diocèse, les établissements ont été classés selon le vœu émis
par Auguste Longnon, premier directeur de la collection r.
1. Cathédrale.
2. Abbayes et prieurés (moines et chanoines réguliers).
3. Universités et collèges.
4. Églises collégiales.
5.paroissiales.
L'ensemble de la documentation a été retenu, des origines à la Révolution,
à l'exception des rouleaux des morts en raison des travaux de M. Jean Dufour
à leur sujet. Un choix élargi a en effet été jugé préférable pour le répertoire.
Toutefois, les comptes d'anniversaires, les ponctuations, les nombreux
livres de sépultures particuliers aux communautés religieuses établis dès
la fin du xvne siècle et au xvme ont été indiqués très sommairement, parfois
seulement d'après l'inventaire lorsqu'il s'agit de grandes séries. Il a paru
utile d'en mentionner l'existence dans la mesure où nous en avions connais
sance, sans pour cela leur faire une part excessive eu égard à leur intérêt
souvent faible. Les notices de ce répertoire ont été établies selon un schéma
unique :
ÉTABLISSEMENT, (vocable et ordre)
localisation.
Description codicologique ■ommaire [pour les mss. originaux].
Contenu du manuscrit (selon l'ordre des ff., sauf pour les extraits où seule est
retenue la partie nécrologique). r>
Bibliographie : édité.
indiqué : N° de Molinier. *
Catalogues de bibliothèques. -
Articles. — Mentions anciennes.
Ce répertoire est achevé et devrait paraître prochainement. .
Cet instrument de travail présentera malgré tout des lacunes. Certains
fonds d'archives, non classés et non inventoriés, n'ont pu être examinés
pièce par pièce en raison de leur importance matérielle. Il a fallu faire con
fiance aux récolements faits par les archivistes. Il est vraisemblable que peu
de manuscrits médiévaux ont été omis, mais des manuscrits tardifs, de second
ordre, des fragments, nous, ont certainement échappé. De même, il n'a pas
été jugé utile de procéder à un dépouillement exhaustif des collections de
la Bibliothèque nationale. Là aussi, s'il est peu probable que des manuscrits
importants aient été oubliés, il faut admettre que Ton trouverait des ment
ions, peut-être même des extraits de nécrologes ou d'obituaires si Ton se
livrait à l'examen pièce par pièce des notes, des correspondances d'érudits,
des grandes collections du xvme siècle, dont les catalogues publiés ne sont :
74 TRAVAUX ET ENQUETES
malheureusement pas toujours précis. Une telle recherche dépassait les pos
sibilités d'un seul homme et aurait surtout compromis le succès de l'entre
prise, pour un résultat numériquement faible et d'intérêt vraiment mineur
pour l'historien» II sera toujours temps de faire des suppléments.
En même temps que s'accomplissait ce recensement, nous avons rassemb
lé à l'Institut de recherche et d'histoire des textes22 l'essentiel de la docu
mentation nécrologique française, sous trois formes :
1. Microfilms de manuscrits :
— manuscrits appartenant aux Archives départementales et aux
bibliothèques de province communiqués k l'I.R.H.T. ;
—de la Bibliothèque nationale [par achat] ;
— manuscrits de bibliothèques étrangères ou provinciales [par achat
ou contretype]. •
2. Éditions imprimées.,
Un effort a été tenté pour réunir, au gré des occasions, l'essentiel des
éditions d'obituaires parues jusqu'à ce jour, au demeurant peu nombreuses.
3. Articles. -,
Dans la mesure du possible, toutes les éditions parues sous forme d'article
dans les revues des sociétés savantes ont été (ou seront) reproduites en
photocopie.
Toute cette documentation, microfilms, livres, photocopies est mise à la
disposition des érudits qui désirent la consulter, les microfilms pouvant même
être empruntés. Le but ainsi cherché n'est pas seulement de publier un nou
veau répertoire des documents nécrologiques français, mais aussi de faciliter
une reprise des publications et particulièrement de la collection des Obituaires
dans le Recueil des historiens de la France. ;
II convient aussi de jeter un regard sur l'état des publications.
II. — - L'édition des documents nécrologiques.
État et projets.
Répondant au premier point du concours de l'Académie des Inscriptions
de 1887 : « Exposer la méthode d'après laquelle doit être étudié, préparé
pour l'impression et commenté un ancien obituaire », Auguste Molinier
avait consacré le cinquième chapitre de son mémoire ** à Y édition et annot
ation des obituaires. Plus récemment, dom Nicolas Huyghebaert a traité
de ce même problème sous le titre : Règles d'édition **. En fait il renvoie
essentiellement aux normes proposées par Molinier :
« Ce sont des règles générales ; il est inutile de dire qu'elles doivent être adaptées au
document particulier que l'on veut éditer; chaque nécrologe, chaque obituaire pose
des problèmes auxquels l'éditeur tâchera d'apporter la meilleure solution possible ».
22. Laboratoire propre du Centre national de la recherche scientifique, Centre
Augustin-Thierry, 3 B, Avenue de la Recherche scientifique, 45045 Orléans. .
23. Op. cit., p. 96-104.
24. Dom Nicolas Huyghebaert, Les documents nécrologiques, Turnhout, 1972,
p. 58-60 (Typologie des sources du Moyen âge occidental, fasc. 4). ,
TRAVAUX ET ENQUETES 75
Chaque texte, en effet, mérite un examen particulier, car chaque église,
chaque communauté a eu sa manière propre de rédiger son nécrologe ou
son obituaire. Il faut tenir compte de l'époque du manuscrit, du mode de
transmission du texte. L'on ne peut éditer un nécrologe du ixe siècle de
la même manière qu'un livre des anniversaires du xive siècle, ou qu'un
nécrologe connu seulement par la copie d'un érudit du xvme siècle. ,
Nous voudrions évoquer à ce propos quelques problèmes touchant les
méthodes d'édition en usage en France. ..
1. Les publications françaises.
Les nécrologes et obituaires français ont été publiés jusqu'à ce jour de
deux manières :
— soit isolément, en fascicules séparés, ou dans des revues de sociétés savantes
ou spécialisées dans l'histoire religieuse comme la Revue Mabillon ;
— soit en « corpus » dans la série Obituaires du Recueil des historiens de la
France, publiée par l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres. .
§ 1. Les éditions isolées.
Parmi les éditions isolées, citons celle de l'obituaire de Saint-Mansuy-
lès-Toul, procurée par M. Pierre Marot d'après des copies d'érudits du
xvne siècle, qui constitue le modèle à suivre pour toute édition de nécrologe
connu seulement par des copies anciennes * et, parmi les plus récentes, celle
du nécrologe de Gorze, œuvre de M. Michel Parisse, précédée d'une impor
tante étude historique M, ou notre édition du fragment de l'obituaire de la
collégiale Notre-Dame-du-Miracle d'Avignon27. Nous accorderons une ment
ion particulière à l'édition de l' obituaire de la cathédrale d'Apt par Fernand
Sauve as. Celle-ci est une des meilleures dont nous disposons. Le manuscrit,
conservé au Trésor de la cathédrale d'Apt, est difficilement accessible. Il
est décrit avec précision et transcrit intégralement selon les normes préco
nisées par Molinier : caractères romains pour la main primitive, italique
pour les additions, au reste peu nombreuses. Les jours vacants sont mentionn
és. En bas de page figure une annotation copieuse et concise, rendue pos
sible par la publication d'un document limité et par une excellente connais
sance de l'histoire locale. Une bonne table alphabétique des noms de lieu
et de personne termine l'ouvrage. Il manque toutefois à cette édition un
fac-similé du manuscrit, fût-ce d'un feuillet, qui aurait présenté d'autant
plus d'intérêt qu'il s'agit d'un manuscrit dont on peut fixer avec précision
la date de rédaction, entre 1299 et 1303, et qu'il est, nous l'avons dit, diff
icilement consultable. Une description, si bonne soit-elle, ne remplacera jamais
un fac-similé, même partiel.
25. Pierre Marot, « L'obituaire de Saint-Mansuy-lès-Toul », dans Revu» Mabill
on, t. XIX, 1928, p. 24-38, 96-109, 276-283, t. XX, 1929, p. 47-56.
26, Cf. note 17.
27: Jean-Loup Lemaitre, « Un fragment de l'obituaire de la collégiale avigno-
naise Notre-Dame-du-Miracle » (Vat. lat. 10644, ff. 121-122), dans Revue Mabill
on, t. LVIII, 1974, p. 271-286.
28. Cf. note 5. '
TRAVAUX ET ENQUETES 76
Malheureusement, toutes les éditions publiées isolément sont loin, souvent
même très loin, d'avoir les qualités de celles de P. Marot, F. Sauve ou
M. Parisse... Certaines ne sont que de simples transcriptions défigurées par
les fautes de lectures, que d'éventuelles notes ne font pas oublier. Toutes
ne respectent pas les principes, pourtant élémentaires, posés par Molinier...,
Leur dispersion, enfin, nuit à leur diffusion.
§ 2. La série Obituaires du Recueil des historiens de la France. ?
Le premier volume de la collection des Obituaires parut en 1902, préparé
par A. Molinier sous la direction d'A. Longnon qui le préfaça. Consacré aux
diocèses de Sens et de Paris, il forme un gros volume in-4° de 1380 pages. .
Cinq autres volumes ont été publiés depuis.
Province db Sens, publiée sous la direction de A. Longnon. ■
I 1902 Diocèse» de Sens et Paris, par A. Molinier.
II 1906 Diocèse de Chartres, par A. Molinier.
III 1909 Diocèses d'Orléans, Auxerre et Nevers, par A. Vidier et L. Mirot.
IV 1923de M eaux et Troyes, par A. Boutillier du Retail et P. Pie-
tresson de Saint-Aubin.
Province de Lyon, publiée sous la direction de H. Omont puis de Clovia
Brunel.
I 1933 Diocèse de Lyon [texte], par G. Guigue et J. Laurent.
1951 de [tables].
II 1965 Diocèse de Lyon [add.], diocèses de Maçon et Chalon-sur-Saône,
par J. Laurent et P. Gras.
Seule la publication des obituaires de la province de Sens est achevée,
encore s'agit-il seulement d'un choix de textes publiés partiellement ! Il a
fallu vingt ans pour cela. Quant à celle des obituaires de la province de
Lyon, dont le premier volume parut en 1933, on ignore quand elle s'achè
vera, lorsque auront été publiés les volumes consacrées aux diocèses d'Autun
et de Langres ?
Les principes généraux présidant à la réalisation de ce « Corpus » des obi-
tuaires français étaient les suivants :
— - 1. Textes groupés par provinces ecclésiastiques et par diocèses.
— • 2. Première place donnée aux nécrologes des cathédrales ; puis répartition en
quatre séries : monastères, collèges, églises collégiales, paroisses.
— 3. Textes reproduits intégralement « ou du moins sans coupure notable ».
— 4. inédits ou déjà publiés, donnés d'après l'original ou les copies en
subsistant.
— 5. Distinction du texte primitif et des additions par des procédés
phiques.
— 6. Annotation réduite au strict nécessaire : année de la mort.
— 7. Index unique des noms de lieu et de personne et index des matières.
Posant ces principes, Auguste Longnon ne s'était en aucun cas préoccupé
du choix des textes et des limites chronologiques à adopter. Il semble, en .
ET ENQUETES 77 TRAVAUX
effet, qu'il ait tracé ce plan dans la perspective d'une publication exhaustive
de la littérature nécrologique dont l'essentiel alors connu avait été répertorié
par Molinier. Les documents modernes étaient ignorés. Pour Molinier, c'est
au xive siècle que commence la décadence de l'institution des anniversaires,
« au moment même où le nombre s'en multiplie, où la célébration s'en com
plique ». C'est un peu le terme qui semble avoir prédominé dans la pensée
d'A. Longnon. Il suffit pour s'en convaincre de se reporter aux pages qu'il
consacre à l'importance des obituaires au point de vue des études histo
riques, où dix lignes seulement sont consacrées aux obituaires de la Renais*
sance w.
Cette optique fut celle des premiers éditeurs, de Molinier bien sûr. Dans
le troisième tome des Obituaires de la province de Sens, Léon Mirot publia
deux importants obituaires modernes d'Auxerre : celui de l'église paroissiale
Saint- Regnobert et celui des Cordeliers. L'exemple fut imité dans les volumes
suivants, sans toutefois que l'ensemble de la documentation moderne laissée
de côté fût indiqué.
En fait, le programme tracé fut imparfaitement suivi. En soixante-dix ans,
une province terminée, Sens, une autre inachevée, Lyon... Tous les textes
édités n'ont pas été reproduits intégralement, tant s'en faut ! mais surtout
les éditeurs, même les plus récents, n'ont jamais indiqué l'importance des
coupures auxquelles ils procédaient. Citons la publication du Livre funéraire
des Minimes de Lyon, par G. Guigue et J. Laurent, qui est précédée de cette
remarque : « On a prélevé dans ce curieux recueil de larges extraits, qui
suivent... *> ». Le cas des nécrologes clunisiens est particulièrement flagrant.
Le tome Ier des Obituaires de la province de Sens renferme deux très impor
tants nécrologes de prieurés clunisiens : Saint-Martin-des-Champs, de Paris
(p. 421-475) et Longpont-lès-Montlhéry (p. 519-528). On sait que les nécro-
loges clunisiens renferment en général un fond commun propre à tout l'ordre
de Cluny. Les deux manuscrits ont sensiblement la même importance matér
ielle, ce qui n'apparaît guère dans la publication. Mais surtout, Molinier
a systématiquement éliminé, dans les deux cas, la partie commune du nécro
loge, pour n'en retenir que quelques noms et les additions. Ces deux publi
cations sont de ce fait inutilisables pour la reconstitution du nécrologe perdu
de l'ordre de Cluny, à laquelle travaille actuellement l'équipe du professeur
Wollasch, de l'Université de Munster en Westphalie.
Les textes n'ont pas toujours été publiés avec le soin nécessaire. On note
l'absence systématique de tout fac-similé, comme de la description de la plu
part des manuscrits. L'annotation est très irrégulière. Pratiquement inexis
tante, selon le vœu d'A. Longnon, dans les premiers volumes, elle devient
importante dans les deux tomes parus de la province de Lyon, où chaque
établissement pour lequel un texte est publié fait l'objet d'une notice suc-
cinte, et où de très nombreux personnages sont identifiés avec certitude
ou présomption.
Les tables sont de valeur inégale selon les volumes et l'index cumulatif
unique qui pourrait être souhaité pour chaque province est absent. Un
index termine chaque volume. Son utilité est de ce fait contestable, d'autant
plus que l'on y trouve un mélange de noms allant du ixe au xvme siècle.
29. Obituaires de la Province de Sens, t. I, Paris, 1902, p. x-xxxv.
30.de la de Lyon, t. I, 1933-1951, p. 520.

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