M.-D. Chenu. Saint Thomas d'Aquin et la théologie ; n°1 ; vol.158, pg 112-114

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Revue de l'histoire des religions - Année 1960 - Volume 158 - Numéro 1 - Pages 112-114
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Publié le : vendredi 1 janvier 1960
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Pierre Flament
M.-D. Chenu. Saint Thomas d'Aquin et la théologie
In: Revue de l'histoire des religions, tome 158 n°1, 1960. pp. 112-114.
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Flament Pierre. M.-D. Chenu. Saint Thomas d'Aquin et la théologie. In: Revue de l'histoire des religions, tome 158 n°1, 1960.
pp. 112-114.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1960_num_158_1_9085REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS 112
Jean Girou. — Saint Dominique, révolutionnaire de Dieu, Paris,
Albin Michel, 1959, in-8°, 280 p. — L'auteur distingue en ; saint
Dominique six personnages successifs, qualifiés selon les lieux de
ses activités, d'où les titres des six premiers chapitres : « L'Espa
gnol » (origine, formation) ; « L'Occitan » (prédication en Langue
doc : 1203 à 1208) ; « Le Français » (1208 à 1218) ; « Le Romain ;
L'Européen » (tournées d'inspection : 1218-1219) ; « Le Citoyen du
Monde » (1219-1221). Ce principe ingénieux n'est pas toujours convain
cant ; ainsi le chapitre III semble moins découpé selon une époque de la
vie du personnage central que selon l'histoire de son temps : c'est la
croisade, jusqu'à la mort de Simon de Montfort, qui en fournit le
cadre et l'objet" principal. Le dernier chapitre (« Le révolutionnaire
de Dieu ») résume les innovations de Dominique : nouveauté de l'Ordre
des Prêcheurs, et de sa règle ; nouvelle assise donnée à la prédication ;
mise en valeur du travail intellectuel, rôle de la dispense ; dispersion
des religieux...
Ce livre, qui suppose une information étendue, se propose « de
replacer le modèle dans son temps et de brosser une fresque histo
rique » ; de fait, les liaisons entre les événements religieux et l'histoire
générale sont signalées (p. 51-52, à propos de l'œuvre d'Innocent III ;
p. 61, à propos du catharisme ; p. 260-262, pour les nouveautés
dominicaines). On peut, en revanche, juger trop belle la part qui est
faite à l'histoire militaire. Quant aux emprunts à l'hagiographie la
plus pittoresque, ils contribuent à donner la couleur mentale et affec
tive du temps. — Le style déborde souvent de sympathie et de
chaleur, parfois jusqu'au lyrisme ; c'est sans doute à la hâte de
l'enthousiasme qu'il faut rapporter quelques à-peu-près de détail, qui,
autrement, seraient mal explicables dans un ouvrage bien documenté.
Jean Jolivet.
M.-D. Chenu. — Saint Thomas d'Aquin et la théologie, Paris,
Édit. du Seuil, coll. « Maîtres spirituels », 1959, 192 p. — Dans son
étude sur saint Thomas d'Aquin, le R. P. Chenu évoque d'abord la
vocation du Frère prêcheur. Cette décision de Thomas se heurte à
l'opposition de sa famille. Thomas a 19 ans ; son départ ruine les
espérances des siens et déconcerte leur mentalité. Malgré un enl
èvement, puis une résidence forcée imposée au jeune homme pendant
plus d'un an, Thomas persévère. Au moment où la chrétienté veut
élargir ses frontières, celles de l'ancien Empire romain, la famille
d'Aquin, fermée sur son petit univers féodal, rêve pour Thomas de
bénéfices monastiques. Il y renonce, quitte le mont Cassin pour
gagner Naples, puis l'Université de Paris. Il y découvrira le sens de la
pauvreté mendiante, du retour à l'Évangile.
A Paris, c'est la formation doctrinale du futur mailre en théologie,
en plein cœur de la cité. Avec les Frères prêcheurs, il suit les cours de
l'Université, y. rencontre Albert de Cologne ; un accord affectueux et BIBLIOGRAPHIQUES 113 NOTICES
confiant s'établit entre les deux savants. Bientôt — nous sommes
en 1252 — Thomas enseigne lui-même ; en 1256, il est promu maître.
Le voici chargé de la transmission du message, la parole de Dieu,
reçue dans la foi, base de toute rencontre humaine. Cette fonction,
qui est pour lui d'Église, il la gardera toute sa vie; il sera vrai Docteur
de l'Église, réalisant la sainteté de l'intelligence.
Thomas est aussi le contemplatif. En face des difficultés, il prie,
et son travail intellectuel va de pair avec une contemplation profon
dément religieuse. Sa vie ? contempler Dieu, parvenir à une haute
délectation pour servir Dieu dans ses frères. Pour lui, en effet, contemp
lation et action ne font qu'un. Son enseignement est vivifié par la
contemplation qui commande, qui exprime le mystère de la commun
ion divine.
Parvenu à la pleine maîtrise de sa pensée, Thomas d'Aquin se
fait le héraut d'une nouvelle chrétienté, et, à la demande de saint Ray
mond de Peňafort, rédige la Somme contre les gentils (1258-1260). Que
vise saint Thomas ? les païens sans doute, mais aussi les musulmans,
les juifs, les hérétiques, et sans doute aussi la clientèle universitaire
de Paris, où l'averroïsme déploie ses ravages. C'est pour lui la défense
de la pensée chrétienne en face de la conception gréco-arabe de
l'univers.
Mais, bientôt, l'influence grandissante des théories d'Aristote et
d'Averroès sur les milieux universitaires menace Thomas lui-même.
En 1270, des propositions averroïstes sont déclarées inconciliables
avec la foi chrétienne. Thomas, dont la méthode même est visée,
prend la défense des attaqués dans la mesure où il estime saine leur
doctrine, rappelle le sens de la créature en face de l'absolu divin,
affirme avec force l'union profonde de l'esprit et de la matière dans
l'homme, imago mundi, et construit une morale humaine, inscrite
dans l'ordre du monde, morale où l'homme, doué de libre arbitre,
est vraiment à l'image de Dieu.
Pour saint Thomas, l'équilibre, dans l'élan vers la perfection,
demeure la plus sûre expression morale de la grâce ; pour lui, le
« sage » réalise la plus parfaite image de Dieu. Pour lui, la « vie ver
tueuse », c'est l'empire de la raison. Sans doute, cette raison doit
souvent imposer sa vision aux appétits rebelles. Mais, par delà ces
combats, la vertu atteint cette maîtrise de l'esprit où l'appétit finit
par se complaire lui-même dans la lumière de la raison. Unifié, et non
partagé, l'homme, muni des vertus de tempérance, de force et de
justice, mais plus encore de prudence, participe à la sagesse législatrice
de Dieu, devient de plus en plus l'image de Dieu.
Les dernières pages du livre sont consacrées au destin de saint
Thomas. En 1277, mort depuis trois ans, les positions méthodologiques
du maître se trouvent compromises par la condamnation de pro
positions, à la requête d'Etienne Tempier, évêque de Paris, ancien
chancelier de l'Université. Mais les disciples de saint Thomas réagissent 114 REVUE DE L'HISTOIRE DES RELIGIONS
avec vigueur contre ce procès de tendance. L'interdit est promptement
tourné. Quarante-six ans plus tard, en 1323, Jean XXII canonise le
grand théologien. Depuis lors, la doctrine de saint Thomas a connu
des heures glorieuses et mouvementées. Depuis cinquante ans, le
grand Docteur apparaît de plus en plus, dans la science même de sa
théologie, comme un maître spirituel..
La richesse de substance de ce petit livre rend vaine toute analyse
rapide. Le P. Chenu, pour reposer l'esprit en face d'une telle densité
de pensée, a choisi de répartir son anthologie de textes à la fin de
chacun des chapitres : il faut lui en savoir gré. Des appendices sur les
œuvres de saint Thomas, une chronologie, une bibliographie complèt
ent l'ensemble, et, bien entendu — c'est une des caractéristiques de la
collection — de très belles illustrations, parmi lesquelles nos préfé
rences iront au portrait du héros par Juste de Gand, sans doute
image la plus ressemblante, tracée par un témoin. L'accès de cet
ouvrage demeure plus difficile que celui d'autres volumes des Maîtres
spirituels.
Pierre Flament.
André Biéler. — La pensée économique et sociale de Calvin,
Genève, Librairie de l'Université, 1959, 1 vol. de 562 p. — La Faculté
des Sciences économiques et sociales de l'Université de Genève vient
de publier l'important ouvrage de M. A. Biéler, thèse d'histoire, fruit
de longues années de recherches. Cette étude systématique et exhaust
ive nous offre, inséparables de sa pensée religieuse, les conceptions
de Calvin en matière économique et sociale et trace les limites que le
christianisme impose en ce domaine. Selon le Pr Antony Babel, qui
préface le volume, c'est une contribution « considérable et novatrice »,
et l'on ne peut que se réjouir de voir paraître ce beau travail.
La première partie est une fresque d'histoire (180 pages). A
l'aube des temps modernes, la Réforme se trouve en face de transfor
mations économiques et sociales profondes. Le calvinisme leur apporte
son appui. Partout les bouleversements sociaux se manifestent, en
Allemagne, en Suisse, en France ; l'établissement de la Réforme à
Genève est marqué de ces remous. Calvin, après sa conversion au
protestantisme, devient le chef du mouvement populaire « subversif ».
Pour lui, politique et vérité spirituelle sont inséparables ; l'Église
authentique du Christ se trouve plus souvent chez les pauvres que
chez les grands de ce monde ; mais les chrétiens, réformateurs d'une
société désordonnée, ne sauraient être confondus avec les révolution
naires politiques. Calvin pose les bases de la réforme des mœurs et de
la doctrine ; il se dresse contre le nationalisme religieux, contre la
mystique révolutionnaire, le militarisme outrancier, la
menace théocratique. Il souhaite une étroite union du peuple et des
intellectuels dans cette réforme.
Calvin organise le ministère social de l'Église avec le diaconat,

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