M. Eliade. Traité d'histoire des religions ; n°1 ; vol.158, pg 90-91

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Revue de l'histoire des religions - Année 1960 - Volume 158 - Numéro 1 - Pages 90-91
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Publié le : vendredi 1 janvier 1960
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Jean-Paul Roux
M. Eliade. Traité d'histoire des religions
In: Revue de l'histoire des religions, tome 158 n°1, 1960. pp. 90-91.
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Roux Jean-Paul. M. Eliade. Traité d'histoire des religions. In: Revue de l'histoire des religions, tome 158 n°1, 1960. pp. 90-91.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1960_num_158_1_9066Notices bibliographiques
celles qu'Ëliade vrai Celui-ci l'immense vient s'accorde connaissent l'écueil doute s'est les Études l'indianisme. parution Harva dont Payot, (ce G. RHR Dumézil, documents Certes, qui, Mircéa même la pleinement de que que le Paris, sur (Die historiques au est paraître formation l'éminent livre à a tous chaque et lecture fond, lequel Éliade. reconnaître pour généralement et analysé Paris, religiôsen c'est 1959. déjà qui pratiquent n'acceptent importe les ? réalisé. il qui ont spécialiste préfacier, là Tous 1948), — classique ou de se — populations par le servi arme brise, Est-il ethnographiques Traité base à danger ceux Vorsiellungen les peu), Éliade dont très depuis D'ailleurs, pas à si spécialistes, à nécessaire l'étude était de qui reconnaît son bien savoir d'histoire sans bien une mais qui la Mircéa longtemps altaïques s'intéressent édification. plus su clarté 2e réserves menace pour ne que « une et édition, séparer de der peut étroitement comme Ëliade le des qu'il il discuté, le et prompte présenter pour souhait le altaischen faut cet les comparatisme la religions, valoir le Un à conforme comparatiste cite personnalité conclusions ouvrage (lre l'histoire essentielles. lesquelles bon le homme ce et en que que éd., aux rappeler, riche grain spécialisée qui références 1 Volkem, formulait à ce lecteurs fondamental. préfacée vol., prouve des la aussi fécondité que le de de un des et première, religions Cela livre l'ivraie. l'auteur chacun 405 parfois savant valent averti idées, de dans sont Hel- sans à par est p., de sa la »,
sinski, 1939), plein de renseignements, fait autorité. Ce n'est pas la
faute de M. Éliade si ce manuel, toujours et inévitablement cité,
fourmille de préjugés, fait montre d'un mépris total pour les distances
historiques et géographiques1. On se contentera, à ce sujet, d'un
exemple. P. 65, Mircéa Éliade, utilisant Harva, écrit : « Les Tatars de
Minussinsk appellent le dieu suprême « Créateur de la Terre » (car
cajany, p. 149), les Yakoutes « le sage Maître Créateur » (uriin ajy
tojon) ou « le Maître très élevé » far tojon), les Tatars de l'Altaï « le
Grand » (iilgân, iïlgen) ou « le Très Grand » (bai ùlgàn)... Dans les
prières et les textes littéraires, le dieu du ciel est souvent appelé
« Père » (Harva, 284). » Or, toute cette titulature est récente. On en
trouve peu ou point de traces dans les documents anciens. S'il est
vrai, comme conclut Ëliade, que « la simple enumeration de ces noms
et titres met en évidence le caractère souverain et créateur de la
1) Cf. mon compte rendu de la récente traduction française dans fíHR,
avril-juin 1960, p. 224-229. BIBLIOGRAPHIQUES 91 NOTICES
divinité suprême ouralo-altaïque », il est loin d'être certain que le
caractère créateur (sinon le caractère souverain qui, lui, est attesté
dès les plus anciens documents) ne soit pas dû à une influence exté
rieure, celle de l'Islam ou du christianisme sans doute. En réalité,
comme je crois l'avoir montré par ailleurs, l'idée de la création ne se
posait pas encore au haut Moyen Age chez les Turcs qui se conten
taient de constater la réalité de l'existence. Quant au titre de « Père »,
il me semble un développement tardif et généralisé de la croyance plus
ancienne en l'origine céleste du souverain.
Un autre trait caractéristique des synthèses qui couvrent un
immense domaine (et celle-ci a l'heureuse hardiesse d'étendre partout
des ramifications), c'est de laisser ici et là quelques fautes de détail.
Elles sont fort rares chez Ëliade et cela prouve la conscience, l'atten
tion et la maîtrise du rédacteur. Il en est cependant que l'on pourrait
corriger dans une 3e édition que l'importance du livre rend dès main
tenant probable. Ainsi, p. 100, faut-il lire, malgré Radlov, Kutadgu
Bilig, et non Kudalku Bilig (correction admise depuis un certain
temps par tous les turcologues) ; ainsi, p. 200, il serait mieux que la
Ka'aba de La Mecque ne soit pas la pierre noire vénérée par l'Islam,
mais la Maison de Dieu qui contient cette pierre noire. J'aurais mauv
aise grâce en continuant à relever des incorrections, ce qui pourrait
donner la fausse impression que je critique un livre pour lequel j'ai
une grande admiration.
Je terminerai cette brève notice en rappelant quelques caractères
de l'œuvre de M. Ëliade qui peuvent rendre service à ceux qui ne la
connaissent pas encore. Quoiqu'elle ne puisse absolument pas être
considérée comme vulgarisation, elle peut être lue par un public
beaucoup plus vaste que celui des spécialistes, étant entendu qu'il
faudra s'accoutumer au vocabulaire parfois assez personnel de l'auteur.
En particulier, comme le dit le Pr Dumézil dans sa préface, l'effort
vers la théorie, la mise en lumière de l'archétype et de la répétition
ont l'avantage de réduire « le vertige dont souffrent parfois les débu
tants perdus dans le labyrinthe des faits ». Par contre, et c'est cette
fois M. Éliade qui nous met en garde, on ne saurait se servir de ses
pages comme d'un répertoire et leur portée ne peut être saisie qu'au
prix d'une lecture intégrale (p. 14) : de cette façon seulement, on
verra que l'auteur a recherché les structures, les mécanismes consti
tutifs des religions, qu'elles soient « primitives », anciennes ou bien
« évoluées » et modernes. Les sous-titres suffisent pour éviter toute
méprise (il ne s'agit, certes, pas d'une comparaison des religions entre
elles et encore moins de monographies successives des principales
religions) et pour faire pressentir l'architecture du livre. Si certains
pensent alors à Max Muller et à sa mythologie de la nature, ils décou
vriront bientôt quel chemin a été parcouru depuis les Hibbert Lectures.
Jean-Paul Roux.

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