Ph. Moreau. Clodiana religio. Un procès politique en 61 av. J.-C. ; n°3 ; vol.200, pg 329-330

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Revue de l'histoire des religions - Année 1983 - Volume 200 - Numéro 3 - Pages 329-330
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Publié le : samedi 1 janvier 1983
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Source : Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Robert Turcan
Ph. Moreau. Clodiana religio. Un procès politique en 61 av. J.-C.
In: Revue de l'histoire des religions, tome 200 n°3, 1983. pp. 329-330.
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Turcan Robert. Ph. Moreau. Clodiana religio. Un procès politique en 61 av. J.-C. In: Revue de l'histoire des religions, tome 200
n°3, 1983. pp. 329-330.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_1983_num_200_3_4494Noies bibliographiques 329
Philippe Moreau, Clodiana religio. Un procès politique en 61 av.
J.-.C., Paris, Les Belles-Lettres, 1982, 267 p., in-8° (coll. d'Etudes
anciennes, Publ. de la Sorbonne, Série « ns Etudes », 17). — Naturel
lement, il ne s'agit pas de la « religion » de Clodius, mais plutôt du
contraire. L'expression Clodiana religio est tirée de Cicéron (Ad Ait.,
I, 16, 1), où elle s'applique au « sacrilège » commis par le futur ennemi
de l'orateur. Le sous-titre du livre annonce bien l'esprit dans lequel
ce sujet est traité. Ce sont les aspects politiques du scandale qui inté
ressent l'auteur au premier chef, et qu'il met d'ailleurs excellemment
en valeur. Reprenant à fond l'étude de toute la documentation dis
ponible, Ph. Moreau s'efforce de préciser la nature des faits, leur data
tion, leur localisation. Il analyse les attitudes des uns et des autres,
mêlés parfois bien malgré eux à cette ridicule affaire. Il décrit ou
restitue le processus politique et les procédures juridiques, le fonc
tionnement de la machine judiciaire, la nature et le nombre des délits
imputés à Clodius (inceste avec Clodia, sédition, complicité de brigue,
faux, parjure et surtout incestus au sens religieux du terme latin), les
arguments de la défense, les péripéties du procès. L'auteur exploite
conjointement avec bonheur les données de l'historiographie et de la
prosopographie, quand il s'attache notamment à reconstituer la liste
des pontifes en exercice, la composition du jury et l'identité des
judices. Une enquête solide et serrée lui permet d'identifier (après
d'autres) le bailleur de fonds — qui servit à corrompre les jurés — avec
le fameux Crassus. Enfin, M. insiste sur les suites politiques de l'acqui
ttement, « revanche de la conjuration manquée de Catilina » (p. 261) :
formule discutable, même si l'affaire a contribué à faire échouer les
projets cicéroniens de « troisième force ».
L'auteur minimise peut-être les réactions d'ordre religieux dans
l'opinion publique (p. 262 s.), dont Cicéron devait tenir compte même
s'il n'était pas personnellement un dévot fervent de la Bonne Déesse.
Dans sa lettre Ad AU., I, 12, 3 (où M. qualifie trop péremptoirement
de « très certainement ironique » le quod te moleste ferre certo scio),
l'orateur rappelle que les Damia comportent un sacrifice pro populo,
ce qui confère au délit une certaine gravité.
Sauf quelques fautes, des mots sautés ou déplacés dans les citations
de textes grecs et latins (p. 195, n. 587 ; p. 233), ce livre est d'une bonne
tenue et fournit un dossier très consistant sur cet épisode grotesque.
Mais, le livre fermé, on s'interroge encore : quelles raisons poussaient
donc un questeur désigné à courir le risque de briser sa carrière, en se
travestissant pour violer le secret d'un culte féminin ? Ses relations
adultères avec Pompeia, outre « la provocation à l'égard des personnes
et des institutions » (p. 24 s.) ? Contrairement à ce qui est dit page 26,
le rôle joué par une esclave de Pompeia n'implique pas nécessairement
une complicité de la maîtresse de maison. En tout cas, l'amoureux
ardent avait d'autres occasions que les Damia pour rencontrer la
femme de César... ou alors il faut croire que, Pompeia ne répondant
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pas à ses avances (cf. Plutarque, Caes., 9, 3), Clodius n'a pas trouvé un
meilleur moyen de la voir chez elle ? Sacrilège par amour, en somme !
Cet enfant terrible de la République romaine agonisante en était bien
capable. Mais n'y a-t-il pas été encouragé en sous-main par les ennemis
de César ?
Robert Turcan.
Aufstieg und Niedergang der rômischen Welt, II (Principat), vol. 31,
3 « Sprache und Literatur (Literatur der augusteischen Zeit : Einzelne
Autoren, Forts. [Vergil, Horaz, Ovid] », herausg. v. Wolfgang Haase,
Berlin-New York, W. de Gruyter, 1981, 24 cm, 757 p. (numérotées
de 1041 à 2158). — Dans ce volume consacré à Horace par l'ANRW,
on pourra regretter de ne pas voir représentée la science française
qui, avec les travaux de J. Perret et de P. Grimai, a tant fait pour la
revalorisation du poète ! On regrettera aussi les délais de la publica
tion : plusieurs contributions datent de 1971 ou 1972 ; les auteurs
ont pu rajouter des notes ou des appendices, ce n'est vraiment qu'un
pis-aller. La monumentale bibliographie (plus de 150 p. !) qui ouvre
ce volume, due à W. Kissel, montre en tout cas le regain d'intérêt
dont Horace, éclipsé par Virgile au xixe siècle, a bénéficié au xxe de
la part du monde savant : avec son index des auteurs, cette biblio
graphie exhaustive des travaux parus de 1936 à 1975 rendra d'émi-
nents services, de même que toutes les autres qu'on rencontre au fil
du volume, dressées par chaque auteur de son point de vue (ce qui,
inévitablement, entraîne des répétitions). Devant cet Horace surgi
de la science de notre siècle s'impose, de façon frappante, une consta
tation : l'intérêt, aujourd'hui, s'attache beaucoup plus au poète des
Carmina qu'à celui des Sermones. Comme le dit un des critiques, « nous
avons laissé, loin derrière, l'image d'Horace moraliste sévère qui a
exercé une influence sur tant de siècles où les Satires et les Epitres
étaient les lectures favorites des maîtres d'école européens » (p. 2093).
Ceci se ressent dans la répartition même des études. Une seule contri
bution porte sur les Epîtres d'Horace et c'est une des plus courtes,
mais, il est vrai, une des plus élégantes et des plus suggestives (O. Dilke).
Un important status quaestionis est consacré à VArt poétique par
F. Sbordone : sa conclusion souligne, en accord avec la tendance
moderne de la critique, que cette épître, plus qu'un manuel ou un
traité, est une œuvre littéraire de facture exquise, « un des joyaux delà
littérature latine ». Les Satires en elles-mêmes ne sont pas tellement
avantagées par rapport aux Epîtres : J. ter Vrugt-Lentz s'attache à
préciser l'attitude sociale d'Horace dans cette œuvre, et sa conclusion
(« son but a été de rendre l'individu heureux dans les structures de la
société existante ») n'est guère nouvelle. R. La fleur traite des trois
« apologies » du genre satirique que sont Serm., I, 4 ; I, 10 et II, 1 en les
replaçant dans la tradition grecque et latine des attaques personnelles.
En face, pour les Carmina, nous ne trouvons pas moins de six contri-
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