Repérage des sanctuaires gaulois et gallo-romains dans les campagnes du bassin de la Somme et ses abords (information) - article ; n°2 ; vol.141, pg 551-566

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1997 - Volume 141 - Numéro 2 - Pages 551-566
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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Monsieur Roger Agache
Repérage des sanctuaires gaulois et gallo-romains dans les
campagnes du bassin de la Somme et ses abords (information)
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 141e année, N. 2, 1997. pp. 551-
566.
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Agache Roger. Repérage des sanctuaires gaulois et gallo-romains dans les campagnes du bassin de la Somme et ses abords
(information). In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 141e année, N. 2, 1997. pp.
551-566.
doi : 10.3406/crai.1997.15760
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1997_num_141_2_15760H J
NOTE D'INFORMATION
REPÉRAGE DES SANCTUAIRES GAULOIS ET GALLO-ROMAINS
DANS LES CAMPAGNES DU BASSIN DE LA SOMME ET SES ABORDS,
PAR M. ROGER AGACHE, CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE
La carte de la fig. 1 donne la localisation des quelque soixante-
dix sanctuaires gallo-romains1 vus d'avion depuis 1960, dans le
bassin de la Somme et ses abords, mais cinq étaient connus anté
rieurement aux survols que nous avions entrepris sur les conseils
d'E. Will. Il y en a certainement bien d'autres, d'autant plus que
nous avons éliminé les tracés douteux ou peu significatifs, ainsi
que les vestiges dont la nature exacte n'a pu être précisée par des
sondages de contrôle, comme par exemple à Méricourt-l'Abbé.
Nous n'avons pas tenu compte non plus de certains édifices ara
sés aussi monumentaux qu'énigmatiques, tel celui du marais de
Velennes-Frémontiers ou encore d'ensembles s'agençant dans de
grands rectangles comparables aux plans de masse des villae avec
leurs dépendances, mais sans trace d'habitation principale (par
exemple à Bettencourt-Saint-Ouen, à Molliens-Dreuil, à Feuil-
1ères, peut-être même à Conchy-lès-Pots...).
On ne dira jamais assez que l'archéologie aérienne2 ne fournit
que des indices ; de plus, elle est nécessairement aléatoire et
1. Les sanctuaires celtiques de cette région ont fait l'objet, ces dernières années, de fouilles
importantes par J.-L. Brunaux entres autres à Gournay-sur-Aronde, à Ribemont- sur- Ancre et
à Saint-Maur-en-Chaussée. Le colloque de Saint- Riquier (8 au 11 novembre 1990) a permis de
faire le point des recherches. Les actes de ce colloque qui constituent une documentation
essentielle pour les archéologues ont été publiés sous la direction de J.-L. Brunaux, Les sanc
tuaires celtiques et le monde méditerranéen, Paris, 1991. Les articles de J.-L. Brunaux, de
J.-L. Cadoux, de Ch. Delplace, de L. P Delestrée, de S. Fichtl, de B. Lambot, de P. Méniel,
d'A. Rapin et de G. P. Woimant se rapportent directement aux sanctuaires fouillés en Picardie
et dont il est question dans cette note d'information. Quant aux gallo-romains, étu
diés ici, on trouvera aussi des informations dans les ouvrages de J.-L. Brunaux, Les Gaulois,
sanctuaires et rites, Paris, 1986, d'I. Fauduet, Les temples de tradition celtique en Gaule romaine,
Paris, 1993, et de S. Fichtl, Les Gaulois du nord de la Gaule, Paris, 1994. Rappelons que les pre
miers résultats des fouilles en cours sont fournis dans les bilans scientifiques publiés tous les
ans par chaque Service régional de l'Archéologie avec, en annexe, une précieuse bibliographie.
2. Au fur et à mesure des résultats obtenus, nous avons publié nos principales photo
graphies aériennes dans des périodiques scientifiques divers. 700 d'entre elles ont été
regroupées dans les trois premiers numéros spéciaux des bulletins de la Société de Pré
histoire du Nord : R. Agache, Vues aériennes de la Somme et recherche dupasse, Amiens, 1962 ;
Id., Archéologie aérienne de la Somme, Amiens, 1964 ; Id., Détection aérienne des vestiges proto
historiques gallo-romains et médiévaux dans le bassin de la Somme et ses abords, Amiens, 1970.
1997 36 '¥■>■>
552 COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 1. — Carte des sanctuaires gallo-romains vus d'avion. Les mots soulignés correspondent aux cinq sites connus
antérieurement aux prospections aériennes. Un fanum, hautement probable, n'a pas été localisé précisément et
n'a donc pu être contrôlé sur le terrain. Il se situe sur le plateau qui domine la voie romaine au nord de Flixecourt,
probablement sur le terroir de Franqueville. Ne figurent pas ici les grands ensembles énigmatiques de Betten-
court-Saint-Ouen, de Molliens-Dreuil, de Conchy- lès -Pots, de Feuillères et de Velennes : il n'est pas certain qu'il
s'agisse de sanctuaires, bien que ce soit vraisemblable. REPÉRAGE DE SANCTUAIRES GAULOIS ET GALLO-ROMAINS 553
lacunaire : la nature du sol, les modes de culture, la nature du cou
vert végétal, les conditions atmosphériques et hygrométriques
jouent un rôle important dans l'éventuelle apparition fugace des
vestiges enfouis. Par ailleurs, il est évident que ne peuvent être
repérés d'avion les sites occultés par les agglomérations actuelles
et, entre autres, par Amiens et ses faubourgs. Ils ne sont donc pas
reportés sur cette carte où ne figurent que les sites visibles dans
les campagnes actuelles. Cela ne veut pas dire qu'il s'agisse néces
sairement de sanctuaires ruraux. Certains, au contraire, semblent
être annexés à des agglomérations antiques par exemple à Ven-
deuil-Caply, à Vermand, ou même en constituer le noyau essentiel
comme à Ribemont- sur- Ancre.
Dans la zone représentée ici, cinq sanctuaires seulement étaient
bien connus antérieurement aux survols, à savoir, d'ouest en est, Eu,
Saint-Maur, Vendeuil-Caply, Champlieu et le Mont-Bemy (commune
de Pierrefonds). Nous ne parlerons guère de ces deux derniers qui
sont installés de l'autre côté de l'Oise et donc au-delà de notre zone
de recherches ; ils ont d'ailleurs souvent fait l'objet de publications
depuis plus d'un siècle. Nous les représentons néanmoins sur la fig. 1.
Actuellement, seuls sont visibles en élévation les bases de
temples d'Eu, du Mont-Berny et, évidemment, de Champlieu où,
en outre, ont été dégagés le théâtre et les thermes sous l'impulsion
de Napoléon III. Enfin, récemment à Vendeuil-Caply, le petit
théâtre a été réenfoui et le plus grand a été partiellement fouillé
puis ouvert au public. D'autre part, dans la Somme, un « temple »
de plan oblong aurait été découvert près du château de Tours-en-
Vimeu (avec un buste de Cybèle) vers 1766 et un autre, assez hypo
thétique, à l'est de l'oppidum de Liercourt. Précisons que lefanum
que nous avons vu à Liercourt se trouve, lui, à l'intérieur de la col
line fortifiée. Il ne s'agit donc pas du même. Enfin, on ignore tout
du prétendu « temple de Diane » à Boves. Rappelons que, au-delà
de la région étudiée, plusieurs sanctuaires ont été mis au jour au
siècle dernier dans les forêts de Haute -Normandie et de l'Oise où
le plus célèbre est celui de Champlieu (commune d'Orrouy).
D'emblée, on peut distinguer deux types de sanctuaires : les uns
peu étendus comprenant essentiellement un fanum (parfois deux,
exceptionnellement trois) souvent associé à quelques construc-
Par ailleurs, d'autres clichés ont été publiés dans les mémoires (t. 24) de la Société des
Antiquaires de Picardie : R. Agache, La Somme préromaine et romaine d'après les prospections
aériennes^ Amiens, 1978. Ce volume a été complété par R. Agache, « Nouveaux apports des
prospections aériennes en archéologie préromaine et romaine de la Picardie », Cahiers
Archéologiques de Picardie, 1979, p. 33-90. L'inventaire des sites arasés repérés d'avion et
leur cartographie sur fond de cartes au 1/50 000e ont été édités dans R. Agache, B. Bréart,
Atlas d'archéologie aérienne de Picardie, 2 vol., Amiens, 1975. COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 554
tions annexes, les autres beaucoup plus vastes avec théâtre et
quelques monuments divers. Examinons d'abord ces derniers.
Le plus important, le plus énigmatique, est celui de Ribemont-
sur- Ancre (Somme)3. Il se différencie nettement de tous les autres
par ses dimensions énormes, par sa monumentalite et son plan de
masse très élaboré. Il est aussi le mieux connu car, depuis 1966,
c'est-à-dire trois ans seulement après sa découverte aérienne,
E. Will, alors directeur régional des Antiquités, a fait ouvrir un
chantier de fouilles méthodiques. Elles ont été menées à bien, suc
cessivement par A. Ferdière, J.-L. Cadoux, puis par J.-L. Brunaux
depuis 1990. Trente ans de recherches particulièrement fruc
tueuses ont permis d'établir une chronologie précise des diffé
rents états de ce gigantesque complexe.
Les lignes des fondations gallo-romaines, bien discernables sur
les photos aériennes, s'étendent sur plus de 800 m de longueur,
sur près de 500 m de largeur, soit une superficie d'une quarant
aine d'hectares et, probablement, beaucoup plus, car les prospect
ions au sol révèlent des vestiges diffus et du matériel archéolo
gique sur 60 ou 65 hectares. Les tracés les mieux discernables de
bases de murs antiques s'ordonnent remarquablement par rap
port au temple. Celui-ci occupe une position haute sur une petite
colline. Il domine, vers l'arrière, un vaste paysage traversé par la
grande voie romaine Amiens -Bavay d'où il devait être visible de
fort loin. Vers l'avant, face à lui, s'ouvrent trois cours de plus en
plus vastes, de plus en plus larges, allant en s'évasant vers le soleil
levant du solstice d'hiver, mais c'est peut-être la topographie qui a
imposé cette orientation. Ces grandioses esplanades bordées de
portiques, tout au moins dans la partie haute, sont encadrées lat
éralement par des bâtiments complexes et parfois monumentaux.
Certains sont disposés de part et d'autre de rues empierrées qui
font penser à une agglomération notable avec des insulae.
Le théâtre -amphithéâtre se trouve au cœur de cet ensemble
dans la troisième cour. Toujours dans le même axe central, mais
près du fond de vallée, se situent les thermes, dont le plan d'en
semble est comparable à celui de Champlieu. Enfin, cet énorme
sanctuaire avec sa parure monumentale de caractère urbain se dif
férencie aussi par son temple dont les dimensions très exception
nelles ne sont guère comparables, dans la région, qu'à celui de
3. J.-L. Cadoux a publié une série d'articles sur les résultats de ses fouilles à Ribemont.
Il a dressé le bilan de ses recherches dans J.-L. Cadoux, « Le sanctuaire gallo-romain de
Ribemont-sur- Ancre (Somme) : état des recherches en 1983 », Revue du Nord 260, janvier-
mars 1984, p. 125-145. Voir aussi G. Fercoq du Leslay, P. Toussaint, Gaulois et Gallo-romains
à Ribemont- sur- Ancre, Amiens, 1996. Un important volume de synthèse sur ce sanctuaire
doit paraître prochainement sous la direction de J.-L. Brunaux. REPÉRAGE DE SANCTUAIRES GAULOIS ET GALLO-ROMAINS 555
Champlieu. De surcroît à Ribemont, ce plan, tout au moins après
les remaniements du IIe siècle, est bien plus proche de celui du
temple classique gréco-romain que du plan carré des fana de tra
dition indigène, si fréquents dans le bassin de la Somme.
Si nous insistons sur cet ensemble antique, ce n'est pas seul
ement parce qu'il est le plus considérable découvert d'avion, ce
n'est pas seulement parce qu'il témoigne de l'efficacité de ce type
de prospections, c'est aussi parce qu'il montre et les contraintes et
les limites de l'archéologie aérienne. Contraintes : il a fallu éche
lonner les survols pendant plusieurs dizaines d'années, en toute
saison, et dans les conditions atmosphériques et agricoles les plus
variées pour obtenir une bonne image d'ensemble des substruc-
tions arasées. Limites : il est évident que le dernier mot appartient
toujours aux fouilleurs et que l'essentiel des informations découle
de leurs travaux qui seuls infirment ou confirment, précisent,
identifient et datent les structures. Il ne nous appartient pas d'en
parler ici. Limites aussi dans la perception aérienne des vestiges
enfouis : obnubilés par l'ampleur des tracés gallo-romains et par
leur prégnance, on ne cherche guère autre chose. Là comme
ailleurs souvent, les tracés les plus spectaculaires occultent les
autres, surtout si ces derniers sont plus anciens. Ici, par exemple,
le sanctuaire gallo-romain à fondations en pierre recouvre et
cache un autre immense sanctuaire laténien, lui, en bois et en
terre crue : ce sont les fouilles qui l'ont révélé avec ses trous de
poteaux, ses fossés bourrés d'ossements humains, sans tête, avec
beaucoup d'armes et de matériel métallique bien conservé... Mal
gré l'ampleur de ces terrassements gaulois sous-jacents, ces der
niers n'avaient pas été identifiés sur les vues aériennes alors qu'ils
auraient pu et qu'il auraient dû l'être. Le cas de Ribemont est
donc exemplaire et particulièrement significatif sur ce dernier
point: le réexamen des clichés, ainsi que de nouveaux survols,
devient indispensable quand les conditions
atmosphériques sont plus propices à la détection des terrass
ements arasés qu'à celle des fondations. En effet, on vient de le
dire, cet ensemble gallo-romain de Ribemont n'a fait que succéder
à un sanctuaire indigène. Or, dans le bassin de la Somme, il en est
de même pour tous les vestiges cultuels gallo-romains qui ont fait
l'objet de sondages ou de fouilles, aussi bien pour les plus petits
que pour les plus vastes.
Les autres grands sanctuaires gallo-romains discernés d'avion
n'ont jamais un plan d'ensemble parfaitement ordonné comme
à Ribemont. Toutefois à Marteville, près de Vermand et face à
l'oppidum des Viromandui, fort près d'une nécropole de la fin du
IV siècle, de grands monuments sont partiellement disposés en un 556 COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
vaste arc de cercle à l'intérieur duquel xmfanum est visible ainsi,
semble-t-il, qu'un ou plusieurs autres, près de substructions
imposantes. Mais le théâtre, si théâtre il y a, n'a pas été repéré. Des
labourages profonds ont remonté en surface un très riche matériel
métallique sur ce site d'une quinzaine d'hectares qui a été scanda
leusement pillé par des clandestins souvent équipés de détecteurs
de métaux.
Quant aux grands sanctuaires à théâtre étudiés depuis long
temps comme à Champlieu (dont nous ne parlerons pas ici)
comme au Vert-Ponthieu près d'Eu ou à Vendeuil-Caply (où il y a
deux théâtres), on ne distingue pas de plan de masse cohérent, pas
plus qu'à Rouvroy-lès-Merles, fouillé plus récemment... Quand les
fouilles des temples ont été faites sérieusement, on a toujours
trouvé trace d'une occupation du site à La Tène. Il en est de même
à Saint-Maur-en-Chaussée, mais là les recherches de ces dernières
années ont révélé des lignes de fondations géométriquement di
sposées dans l'axe du temple avec, dans ce même axe, ce qui semble
bien être un théâtre.
Notons que tous ces grands sanctuaires se trouvent sur des hau
teurs à proximité et parfois de part et d'autre des limites présu
mées de cités. C'est le cas pour le grand ensemble cultuel à théâtre
de Cappy-Dompierre où, malgré l'abondance des trouvailles
monétaires, aucun sondage n'a été fait. Le complexe de Fluy
est différent. Ce vaste sanctuaire découvert plus récemment se
situe apparemment loin des zones frontières, il est curieusement
implanté de l'autre côté d'Amiens-Samarobriva par rapport à
Ribemont. Il y a là encore, semble-t-il, un théâtre mais pas de plan
d'ensemble cohérent. Toutefois, les deux temples visibles à Fluy
sont implantés géométriquement dans une sorte de «temenos»
parfaitement rectangulaire. Aucun sondage n'a été effectué pour
le moment.
Les sanctuaires plus petits sont répartis sur l'ensemble du ter
ritoire4. Un seul, à Conty, se trouve en fond de vallée où, il est
vrai, les possibilités de repérages aériens sont extrêmement
limitées et aléatoires. Tous les autres sont placés sur des hau
teurs parfois en retrait, mais en surplombant les voies romaines
d'assez loin. Cependant, comme l'a fait remarquer Ch. Mar
chand, la recherche d'une position dominante se fait aussi sim-
4. De nombreuses monnaies gauloises ont été recueillies sur ces sanctuaires grands ou
petits, soit à l'occasion de prospections de surface dans les labours, soit à l'occasion de
fouilles. Elles ont été remarquablement étudiées, site par site, par L. E Delestrée, Mon
nayage et peuples gaulois du Nord- Ouest, Paris, 1996. L'auteur illustre son propos par des
photographies de monnaies et aussi par des vues aériennes et des plans réalisés à l'occa
sion des fouilles de ces sanctuaires dont beaucoup ont été repérés par avion. VJ i
REPÉRAGE DE SANCTUAIRES GAULOIS ET GALLO-ROMAINS 557
plement par rapport à l'environnement immédiat. Ainsi, à
l'Étoile, le fanum est-il installé sur un petit méplat, juste au-
dessus du marais tout proche. Par ailleurs, J.-L. Brunaux a fait
observer fort justement que, à Ribemont- sur- Ancre, le temple
est un peu en -dessous du point le plus haut de la colline où le
lieu-dit « Les Tombelles » est significatif: l'archéologie aérienne
y a révélé la présence d'enclos funéraires circulaires de l'Âge du
bronze trahissant l'existence de tumuli qui ont probablement été
arasés il y a peu de temps. Lors du choix de l'emplacement du
temple, on est en droit de penser qu'il a été tenu compte de
cette nécropole pour l'épargner. La même chose a été observée
à Cocquerel par exemple.
Les premiers survols n'avaient parfois révélé que le seul plan
des fana, toujours très proches du carré dans le bassin de la
Somme, sauf à Licourt où il est rectangulaire. Il convient toutefois
de remarquer que ces plans centrés, de doubles carrés imbriqués,
correspondant aux fondations de la cella entourée de sa galerie
périphérique, ne sont pas toujours parfaitement rectilignes. Les
prospections ultérieures ont montré que ces fana n'étaient jamais
entièrement isolés et que, aux abords immédiats, existaient tou
jours soit des édifices à fondations de craie, soit des édifices en
bois et en terre. Il arrive, comme à Cocquerel (fig. 2), que l'on dis
tingue parfaitement de grands et complexes systèmes fossoyés et
des alignements de trous de poteaux dont certains délimitent de
vastes enclos se chevauchant partiellement, ce qui témoigne de
réaménagements successifs.
A la Chaussée-Tirancourt, immédiatement à l'extérieur de Yop-
pidum, ce sont des enclos fossoyés emboîtés fort vastes. Bien recti
lignes, probablement d'époque romaine, ils enserrent le fanum, le
seul d'ailleurs pour lequel des bases de colonnes soient percept
ibles d'avion. Rappelons que des fana ont souvent été repérés à
l'intérieur ou à l'extérieur des oppida.
Évidemment, là comme partout ailleurs en Gaule, on observe
que le ou les fana avec les annexes parfois importantes et à fonda
tions de pierre sont renfermés dans un enclos sacré délimité par
des murs ou par des fossés. Ce « temenos » peut alors être rectiligne
comme à Proyart, voire architecturalement composé comme à
Cantaing. A Fluy, il est parfaitement rectangulaire. A Revelles,
à Namps, comme à Remiencourt, ils n'ont été discernés que par
tiellement, mais ils semblent assez rectilignes.
Certaines constructions annexes qui n'ont pas de fondations en
craie n'apparaissent que très difficilement sur les clichés. Elles se
manifestent alors par de fugitives aires sombres cendreuses, cor
respondant à l'effondrement des murs en pisé. De tels édicules en Y 5SL
558 COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
FlG. 2. — Coquerel. Découverte aérienne d'un sanctuaire gallo-romain. Les fondations crayeuses, un peu
blanchâtres, dessinent le plan caractéristique àufanum en forme de double carré, c'est-à-dire de la cella
et de la galerie périphérique. Les céréales (qui sortent à peine de terre en période de sécheresse) sont plus
vigoureuses et plus sombres à l'emplacement des fosses et fossés comblés ; elles dessinent ainsi les al
ignements de trous de poteaux et des systèmes d'enclos fossoyés. On notera la présence, aux abords, d'un
cercle qui entourait un tumulus de l'Âge du bronze, comme cela est assez fréquent (photo R. Agache,
ministère de la Culture). REPÉRAGE DE SANCTUAIRES GAULOIS ET GALLO-ROMAINS 559
bois et en terre crue, souvent de faibles dimensions, semblent
avoir existé surtout dans les petits sanctuaires où ils sont parfois à
peu près exclusifs, mais parfois aussi dans les plus vastes où ils
sont alors minuscules et très minoritaires.
Par ailleurs, le cas d'Estrées-Saint-Denis vaut d'être signalé. Sur
les photographies aériennes, on ne distinguait qu'une vague tache
crayeuse, blanchâtre, bien ramassée. Les fouilles de G. P. Woi-
mant3 ont montré qu'il s'agissait de l'ensemble d'un sanctuaire
dont les quatre fana et les annexes étaient groupés dans un « teme-
nos » quadrangulaire. La base des murs, ainsi que les anciens sols,
étaient bien conservés. Huit phases d'occupations successives ont
pu être étudiées, les deux premières remontant à La Tène. Un tel
fait n'est pas rare : les vestiges enfouis, moins discernables que les
autres sur les clichés aériens, se révèlent parfois plus intéressants
à la fouille car moins arasés.
Partout ailleurs où des fouilles de fana ont été effectuées dans
cette région, des traces d'installations antérieures à l'époque
romaine ont été observées, nous l'avons dit. Or, nulle part nous
n'avions repéré ou identifié comme tels des sanctuaires laténiens
sur les photographies aériennes, mais grâce à l'apport des fouilles
récentes, on sait maintenant qu'ils auraient pu l'être, fort partie
llement, il est vrai. Là encore, le cas de Ribemont- sur- Ancre est
exemplaire. On s'est laissé aveugler par ce qui « saute aux yeux » :
le trop visible empêche de voir. Une structure trop prégnante per
turbe la perception des structures labiles. D'emblée, les premiers
survols avaient montré des traces de lignes de fondations antiques.
Pendant plusieurs dizaines d'années, nous avons échelonné nos
prospections avec l'arrière -pensée d'obtenir des images de l'e
nsemble de ce sanctuaire dont l'étendue se révélait de plus en plus
importante, au fil du temps et aussi d'avoir des images aussi pré
cises que possible. Pour cela, les nombreux survols effectués l'ont
été aux moments les plus propices à l'apparition de ces lignes de
fondations dont l'importance et l'ampleur obnubilaient l'attention
et cela, d'autant plus que les fouilles entreprises, dès 1966, por
taient évidemment sur ces structures spectaculaires d'époque
romaine qui, seules, étaient connues. Rappelons qu'il a fallu
attendre 1982 pour que les archéologues de terrain y mettent en
évidence un ossuaire gaulois sous les vestiges antiques qui, appa
remment, occultaient entièrement les traces antérieures. En réal
ité, les grands fossés comblés laténiens sont discernables sur
certains clichés, pris cependant aux mauvais moments ; nous les
5. G. P. Woimant, < Organisation spatiale et chronologie du sanctuaire d'Estrées-Saint-
Denis >, dans J.-L. Brunaux, op. cit. (n. 1), p. 164-168.

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