Rites de fécondité dans les religions préhelléniques - article ; n°1 ; vol.70, pg 120-131

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1946 - Volume 70 - Numéro 1 - Pages 120-131
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1946
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Charles Delvoye
Rites de fécondité dans les religions préhelléniques
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 70, 1946. pp. 120-131.
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Delvoye Charles. Rites de fécondité dans les religions préhelléniques. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 70,
1946. pp. 120-131.
doi : 10.3406/bch.1946.2563
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1946_num_70_1_2563RITES DE FÉCONDITÉ
DANS LES RELIGIONS PRÉHELLÉNIQUES
Les témoignages archéologiques sur lesquels se fonde notre connaissance,
encore si lacuneuse, des religions du monde préhellénique, n'ont pas fini
de défier notre besoin de savoir. Les énigmes qu'ils offrent à notre sagacité
sont appelées à ne recevoir, en dehors du contrôle des textes, qui, pour
nous, demeurent lettre morte, que des solutions précaires, où la subjec
tivité tient inéluctablement une très grande part. Il est donc légitime que,
sans se dissimuler le caractère aventureux des exégèses qu'ils défendent
à leur tour, les chercheurs se proposent, de temps à autre, d'élucider le
mystère de certains documents en les rapprochant d'objets avec lesquels
on n'avait pas eu jusqu'alors l'occasion de les confronter. Dans ce volume
où plusieurs hellénistes belges ont tenu à s'associer à leurs collègues
français pour commémorer le centenaire d'une École à laquelle ils n'oublient
pas qu'ils doivent l'une des parts les plus précieuses de leur formation,
il m'a paru opportun de tenter, à mon tour, un effort de ce genre en un
domaine, où certains Athéniens parmi les plus éminents nous ont ouvert
de séduisantes perspectives par leurs hypothèses originales et fécondes.
L'empreinte de sceau, au sujet de laquelle je voudrais présenter ici
quelques observations, a été découverte, en double exemplaire, à
Zakro(l) (fig. 1), en même temps que celles qui sont rapidement devenues
n° (1) 1, fig. Elle 1 a et été pi. publiée VI, 1. par — ■ D. Depuis, G. Hogarth, elle a été The étudiée Zakro sealings, successivement dans JHS, par XXII, : Georg 19U2, Karo, pp. Allkre- 76-77,
îische Kulislàllen, dans Archiv fur Religionswissenschafl, VII, 1904, p. 143 et p. 144, fig. 23 ;
W. Gaerte, Die Bedeutung der krelisch-minoischen Horns of consecration, ibid., XXI,1922,p. 77,
fig. 7 ; Emil Herkenrath, Mykenische Kullszenen, dans AJA, XLI, 1937, p. 417, n» 14 ; M. P. Nils- RÏTËS DE FÉCONDITÉ DANS LES RELIGIONS PRÉHËLLÉNÎQUËS 121
célèbres dans le monde des spécialistes par ces représentations d'êtres
fantastiques où l'on incline à reconnaître les produits d'imaginations
débridées plutôt que les images de démons composites (1).
A gauche, se dresse un édifice que couronnent deux paires de cornes de
consécration et dans lequel une baie à deux colonnes repose sur un socle
. plus large. Une chapelle d'un type comparable occupe le centre de la
fresque de Cnossos qui nous montre une foule de spectateurs masculins et
féminins assistant à une cérémonie religieuse (2). Les constructions ana
logues érigées à l'Ouest de la cour des Palais de Cnossos et de Mallia
semblent avoir été vouées au culte (3). Et c'est encore d'un bâtiment
de ce genre que des bractées en
or de Mycènes nous conservent
l'image (4).
Vers la droite de notre empreint
e, un enclos, dont la plateforme
inférieure est, elle aussi, ornée de
cornes de consécration, protège
une plante infléchie vers le bas,
que certains auteurs tiennent pour
une fleur de lotus (5), et d'autres,
pour un arbre ou une branche (6). Fig. 1. — Empreinte de sceau de Zakro
(d'après JHS, t. XXII, 1902, p. 77, fig. 1). Un dispositif semblable, avec l'ar
bre sacré enfermé dans un enclos,
figure dans plusieurs scènes empruntées à la vie religieuse du monde
préhellénique (7).
son, Geschichte der griechischen Religion, Munich, Beck, I, 1941, pi. XIII, 2; B. S. A. Al, De man-
nelijíce en de vroawelijke godheid van de boomcultus in de minoische godsdiensî, Amsterdam, Swets
et Zeitlinger, 1942, pp. 18-19, n° 16.
(1) Cf. D. Isaac, fíHfí, CXVIII, 1938, II, pp. 58-63.
(2) Arthur Evans, The Palace of Minos, t. Ill, Londres, 1930, pi. XVI.
(3) Cnossos : Palace, II, 2, 1928, p. 803 et sq., fig. 527 et 532. — Mallia '.'Fouilles
exécutées à Mallia. Premier rapport, 1928, pp. 19-20. — Pour ce type de lieux de culte on se repor
tera à J. Charbonneaux, La religion égéenne préhellénique, dans VHisloire générale des religions,
sous la direction de MM. Maxime Gorce et Raoul Mortier, Grèce et Borne, Paris, Quillet, 1944, p. 7.
(4) Georg Karo, Die Schachtgràber von Mijkenai, Munich, 1930-1933, pp. 74-75, noe 242-244
pi. XVIII.
(5) Hogarth, JHS, XXII, pp. 76-77; Evans, Palace, III, p. 136.
(6) Nilsson, The minoan-mycenaean religion, Lund, 1927, pp. 231, 243, 277 ; Gesch. der griech.
Religion, I, p. 253.
p. 229, (7) Nilsson, fig. 71 (bague The en or de Kilia, au religion, Musée de p. Berlin) 145, fig. ; p. 36 230, (bague fig. 72 en (bague ivoire en de or, Phylakopi) au Musée ;
d'Héraklion), fig. 73 (bague en or, au Musée d'Athènes) ; p. 231, fig. 74 (bague en or, trouvée à
Phaistos), fig. 75 (empreinte de sceau de Haghia Triada). СИ. DËLVOYË 122
Devant l'enclos, un homme dont la taille est prise dans une épaisse
ceinture au bourrelet nettement visible, renverse le tronc vers l'arrière,
suivant une attitude fréquente dans le rituel crétois. C'est celle qu'adopté
l'homme semblablemenťvetu qui, sur une empreinte de sceau de Cnossos,
est en adoration devant la statuette de déesse debout sur un socle accosté
de deux lions (1). Nous la retrouvons chez plusieurs processionnaires de
Cnossos, y compris le célèbre porteur de rhyton (2), ainsi que chez une
femme qui, sur une empreinte de sceau de Haghia Triada, lève les deux bras
en face d'un autel décoré d'une guirlande (3). Enfin, le jeune homme en
bronze du Musée de Leyde, qu'il soit orant, membre d'une procession
ou joueur de flûte dans quelque cérémonie sacrée, rejette de même le
torse en arrière (4).
A la partie centrale, vers le haut, on remarque une statuette féminine
à la jupe en cloche. Les idoles de ce type, faites parfois en bronze et, le
plus souvent, en terre-cuite, ont connu, de la fin du Minoen Moyen III au
terme de l'époque mycénienne, une vogue sans cesse croissante, accompa
gnée d'un relâchement dans l'exécution (5). Certaines figurines tenaient
les deux mains sur les seins (6). D'autres, comme celle qui est représentée
sur l'empreinte de sceau de Zakro, les mettaient aux hanches (7).
Cette figurine est disposée obliquement. On a conjecturé que c'était
peut-être par manque de place (8). Mais il suffît de regarder la reproduction
pour comprendre que cette hypothèse ne pourrait être que difficilement
retenue : tout autour de la statuette, le champ est libre et l'on eût été
en mesure de la graver verticalement si on l'eût désiré. C'est donc vraisem
blablement à dessein qu'on l'a inclinée de la sorte et il nous incombe de
rechercher quelle fut l'intention qui dicta ce parti.
Ne s'agirait-il pas d'une statuette se balançant suivant un rite de
(1) Nilsson, Gesch. der griech. Religion, I, pi. 18, 1.
(2) Evans, Palace, II, 2, p. 752, fig. 486 (fragment de rhyton en steatite) ; p. 753, fig. 487
(reliefs en terre-cuite de la «maison des bœufs sacrifiés»); pi. XII (porteur de rhyton); pi.
supplémentaires, XXVI et XXVII (fresques de la procession).
(3) Nilsson, Minoan-mycenaean religion, p. 150, fig. 39.
(4) Evans, Palace, III, p. 462, fig. 322.
(5) Cf. Nilsson, Minoan-myc. religion, pp. 253-271 ; Gesch. der griech. Religion, I, pp. 263-
268; Evans, Palace, IV, 1, pp. 161-163.
(6)II, 1, p. 340, fig. 193, b, с (Cnossos); Monumenli Anlichi, XII, p. 125,
fig. 53 (Phaistos) ; Nilsson, Minoan-myc. religion, p. 255, fig. 78, 3 (Haghia Triada). — Ces
statuettes sont en terre-cuite.
(7) Monumenli Anlichi, XIV, p. 725, fig. 24 (Haghia Triada, terre-cuite) ; The unpublished
objects from the Palaikaslro ežcavations, Annual of the British School at Athens, Supplementary
Papers, I, 1923, p. 122, fig. 103 (bronze).
(8) Herkenrath, AJA> XLI, 1937, p. 417. RÎTES DE FÉCONDITÉ DANS LÉS RELIGIONS PRÉHELLÉNIQUES 123
fécondité bien connu dans différents cultes agraires ? Sir James Frazer
a réuni un grand nombre d'exemples de balancements magiques attestés
dans différentes contrées et à diverses époques (1). Des multiples cas
allégués, il ressort que les raisons qui inspirèrent cette pratique ne furent
point partout les mêmes. Mais en plusieurs endroits, cet usage avait pour
but de stimuler la fécondité de la nature, d'assurer l'abondance des récoltes
et aussi, parfois de la chasse et de la pêche. Chez les Dayaks de Sarawak,
sur la côte Nord-Ouest de Bornéo, des hommes se faisaient aller sur une
balançoire, parfois à dix ou douze ensemble, en demandant aux esprits
de leur octroyer une bonne récolte de sagou et de fruits ainsi qu'une
excellente saison de pêche. A la fin de la moisson, de vieilles femmes s'y
livraient au même exercice. Chez les Buginois et les Macassars de Celebes,
c'étaient des jeunes filles qui se balançaient à cette occasion. Au Népal,
les jeunes gens des deux sexes faisaient de même au cours de la grande
fête Dassera qui se déroulait immédiatement avant la récolte du riz. Dans
l'île de Bengkali, durant les cérémonies auxquelles on recourait pour
obtenir une bonne pêche, une prêtresse assise sur une escarpolette,
s'adressait successivement à chacun des seize esprits qui devaient garantir
le succès de l'entreprise. Ces usages s'étaient perpétués en plusieurs régions
de la Grèce moderne, où l'on avait perdu de vue leur signification première.
Lors de diverses fêtes dont la date variait suivant les endroits mais qui,
en général, se plaçaient au printemps, les jeunes paysannes se balançaient
en chantant des refrains fixés par la tradition.
Or plusieurs indices donnent à croire que de telles pratiques furent
également connues dans le monde préhellénique. Le site de Haghia Triada
a livré une statuette dont M. Charles Picard, dans une étude fort suggestive,
a révélé toute l'importance pour le sujet qui nous occupe (2). Entre deux
piliers surmontés chacun d'une colombe, pendait une corde, sur laquelle
était assise une femme aux bras relevés qui s'y agrippait des deux mains.
M. Picard a proposé d'y voir une figuration préhellénique de « Phèdre à
la balançoire», que Polygnote de Thasos devait peindre entre 458 et
447 av. J.-C, sur les murs de la Les^hé des Cnidiens à Delphes (3). La valeur
religieuse de cet objet fut confirmée par une trouvaille faite ultérieurement
(1) Frazer, Le dieu qui meurt. Trad, française par Pierre Sayn, Paris, Geuthner, 1931, pp. 241-
249, note В : « Le balancement considéré comme rite magique ».
(2) Charles Picard, Phèdre à la balançoire el le symbolisme des pendaisons, Я A, 5 e série, XXVIII,
1928, II, pp. 47-04.
(3) Pausanias, X, 29, 3, ne comprenant plus la valeur magique du balancement, a cru que
Polygnote avait fait allusion d'une manière voilée à la mort de Phèdre par pendaison. CM. DÈLVOYE 124
à Mari, en 1938. Dans le temple consacré à Ninhursag, déesse de la fertilité,
à la hauteur du niveau III, qui date du milieu du troisième millénaire
(époque sargonique), la mission franco-belge a découvert une statuette
de femme que 'l'on balançait sur une cordelette double (1). Le caractère
même du lieu où cette œuvre fut exhumée nous porte à croire qu'elle était
en relation avec un rite de fécondité agraire. On ne s'étonnera pas de
rencontrer à Mari et en Crète les mêmes pratiques destinées à agir sur les
divinités qui président à la croissance des plantes, si l'on se souvient des
nombreux liens religieux et artistiques qui unissaient la Mésopotamie à
l'Égéide. Les découvertes de l'avenir étendront encore, sans doute, le
nombre des traits communs aux deux contrées et permettront d'en préciser
la nature. Sans oublier les différences dont il serait vain de minimiser la
portée, rappelons-nous que les palais crétois et celui de Mari offrent,
principalement dans leur plan, des similitudes frappantes. Les habitants
du bassin de l'Egée et du Proche-Orient mésopotamien conçurent de la
même façon plusieurs moyens d'influencer la croissance des plantes et
la' prolifération des animaux.
Il en fut ainsi, notamment, des unions rituelles. M.. Charles Picard a
montré qu'il convient de voir dans l'histoire de Déméter s'unissant au
laboureur Jasion en Crète, « dans une jachère trois fois retournée », autre
chose qu'un simple conte grivois (2). Ce tepoç yajxoç rustique, qui, dans
certains sanctuaires de la déesse, par exemple à Cos, fournissait la matière
d'un Xoyoç dont on révélait le sens aux initiés (3), était, en réalité, une trans
position mythique de rites que l'on célébrait avec le dessein de faire
fructifier les champs, non seulement en Crète, mais aussi, sans doute, sur
le continent grec dès l'époque néolithique. Les couches les plus basses de
Sesclo, en Thessalie, n'ont-elle pas livré des fragments, en terre-cuite,
d'oarystis humains (4) ? Le folklore et l'ethnographie rendent plus intelli
gible le sens magique de ces usages. Pour beaucoup de peuples, les étreintes
des puissances divines ont passé pour amener l'abondance des récoltes et
(1) André Parrot, Syria, XXI, 1940, pp. 15-16, pi. VIII; С{ь Picard, RA, 6e série, t. 18,
1941, II, pp. 84-85.
(2fCh. Picard, REG, XL, 1927, pp. 344-346; Eranos-Jahrbuch, 1938, p. 93; RA, 1928, II,
p. 54. — Cf. Nilsson, Minoan-myc. religion, pp. 346, 506; R. Vallois, REA, XXVIII, 1926,
p. 305 et sq. ; Frazer, L'esprit des blés, I, Paris, 1935, pp. 57, 182 ; Alb. Klinz, 'Iepoç yafJioç, Halle,
1933, pp. 74-75.
(3) Théocrite, III, 50-51.
(4) Chr. Tsountas, Ai áxpo7TÓXei<- Aipjvíou xal SécxXou, Athènes, 1908, col. 397. DE FECONDITE DANS LES RELIGIONS PREHELLENIQUES 125 RITES
la multiplication des troupeaux (1). En Mésopotamie, de telles croyances
furent également répandues. On y a trouvé des lits en terre-cuite sur
lesquels est étendu un couple enlacé. Les spécialistes les considèrent comme
des talismans destinés à favoriser la fertilité des champs et la reproduction
des animaux (2). La consommation de l'union entre les deux divinités de
la* fécondité est figurée sur des plaquettes de plomb provenant d'Assour (3)
et, à Tell Ashmar, sur une stèle en calcaire exhumée dans le temple d'Abou
ainsi que sur une empreinte de cylindre découverte dans une maison
privée (4).
C'est au rituel de fécondité qu'il convient de rapporter aussi certaines
images de femmes aux jambes écartées, connues dans le monde préhellé
nique et en Mésopotamie. Sur une oinochoé
de Malliá, le décor incisé montre deux proces
sionnaires s'avançant vers une femme nue,
déesse ou prêtresse, qui se trouve dans cette
attitude (5). Ce geste, je crois le retrouver sur
u*n fragment de vase néolithique de Tsangli, si
mutilé que l'on n'est pas en mesure de l'inter
préter d'une manière assurée (6) (fig. 2) ; de
l'extrémité supérieure d'une ligne droite épaisse
part une autre ligne, presque perpendiculaire,
qui se termine par des traits écartés, semblables
Fig. 2. — Tesson de Tsangli à ceux qu'emploient les enfants pour repré
(d'après Wace et Thomps
senter les doigts; à partir de l'autre bout de on, Prehistoric Thessaly,
p. 95, fig. 47, f). la première ligne remonte un trait oblique de
l'extrémité duquel redescend une nouvelle ligne
verticale .: on songe à une jambe repliée. Dans le Nord des Balkans
et dans l'Europe danubienne, dont les civilisations présentent tant
d'analogies avec celles de l'Égéide primitive, particulièrement en ce qui
(1) Frazer, Le roi magicien, II, Paris, 1935, pp. 86-92 ; Esprits des blés, I, Paris, 1935, pp. 57,
182; R. BrifYault, The Mothers, III, Londres, 1927, pp. 196-209; Marie Delcourt, Œdipe ou la
légende du conquérant, Paris, Droz, 1944, pp. 176-180. — Cette pratique avait survécu en Belgique
dans certaines régions de la Campine jusqu'à la fin du siècle dernier: Marie Gevers, La ligne de
.vie, Paris, Pion, 1937, pp. 106-109.
(2) G. Contenau, Manuel d'archéologie orientale, II, Paris, Picard, 1931, pp. 841, 843.
(3) W. Andrae, Die jungeren Ishtar-Tempel in Assur, Leipzig, 1935, pi. 15, 30, 45, 46.
(4) H. Frankfort, Iraq Excavations of the Oriental Institute. Third Preliminary Report, Chicago,
1934, p. 45, fig. 40 ; p. 48, fig. 42 ; p. 49.
(5) P. Demargne, Mélanges Glotz, I, 1932, pp. 305-314, fig. 1 et pi. Ill ; Ch. Picard, RA,
1938, II, pp. 12-13, fig. 7-8, et Eranos-Jahrbuch, 1938, pp. 100-106, fig. 4.
(6) A. J. B. Wace et M. S. Thompson, Prehistoric Thessaly, Cambridge, 1912, p. 95, fig. 47, f. 126 CH. DELVOYE
concerne la religion, on trouverait plusieurs exemples d'une crudité
aussi franche que celle des vases de Mallia et de Tsangli, si l'on consent
ait à voir des femmes dans ces dessins incisés en quoi Joseph Kern avait
cru reconnaître des grenouilles à une époque où la scène parfaitement
claire q.ui décore l'oinochoé de Mallia ne fournissait pas encore les éléments
de comparaison nécessaires pour saisir le sens d'images plus schématisées (Í).
A Boubenec (près de Prague), un vase porte, en incision, une femme dont
le geste reproduit exactement celui que nous venons d'étudier (2).
L'ethnographie confirme de son côté, l'existence de pratiques semblables
chez divers peuples (3). En Mésopotamie, sur de petits lits comparables
à ceux sur lesquels sont parfois étendus des couples qui s'étrejgnent, on
trouve aussi, à l'occasion, la déesse nue allongée, qui, pour s'offrir moins
impudiquement que les femmes de l'Égéide, n'en montre pas
clairement quelle est sa principale fonction (4).
Il était donc légitime d'attendre que le rite du balancement fût, lui aussi,
attesté, à la fois en Mésopotamie et dans le monde égéen.
Au demeurant, de ces statuettes à balancer, dont l'empreinte de Zakro
nous autorise à supposer l'emploi, nous possédons plusieurs exemplaires,
outre celui de Haghia Triada. Tel était le rôle que jouaient à l'époque
néolithique sur le continent grec les figurines dans lesquelles étaient
ménagés des trous d'attache pour les cordes de suspension. Certaines
perforées sous les aisselles (5) (fig. 3). D'autres fois, c'étaient les moignons
représentant les bras qui étaient transpercés, le plus souvent horizon
talement (fig. 4) (6), parfois verticalement (7). Il arrivait que deux petits
canaux circulaires fussent aussi ménagés dans la tête (8). Dans un
exemplaire de Malthi, le trou était creusé à travers la taille, suivant la
(1) J. Kern, Mannus, IX, 1917, pp. 55-69; G. Kossinna, ibid., pp. 69-70.
(2) J. Schránil, Vorgeschichte Eôhmens und Màhrens, Berlin, de Gruyter, 1927-1928, pl..I, 13.
(3) A. C. Kruijt, Een en ander aangaande het geestelijk en maalschappelijk leven van den Poso-
Alfoer, dans Medcdeelingen van aege het nederlandsche Zendelinggenootschap, XXXIX, 1895,
p. 138; XL, 1896, p. 16 et sq.
(4) Contenau, Manuel, II, p. 840, fig. 597 ; pp. 841, 843.
(5) Chéronée : Ipek, 1932-1933, p. 42, n° 15, pi. 9, 9.
(6) Sesclo : Tsountas, Ai áxpO7TÓXeic..., pi. 35, 2. Olynthe : G. E. Mylonas, Excavations at
Olynlhus, t. I, The neolithic settlement, 1929, íig. 72, a.
(7) Olynthe : G. E. Mylonas, op. c., p. 57, n»8.
(8) Sesclo : Tsountas, AÍ oxporcoXeiç..., pi. 35, 2. .
.
,
.
.
,
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RITES DE FÉCONDITÉ DANS LES RELIGIONS PREHELLENIQUES 127
largeur du corps (1). Sur d'autres statuettes, il se localisait à la hauteur
du ventre (2). Des figurines analogues se retrouvent, pour les débuts de
l'âge du bronze, à Thermi, dans l'île de Lesbos. La plupart y étaient
perforées à la tête (3). Une autre porte un grand trou au, milieu
du ventre (4). : ;.
Le buste provenant de Sesclo (fig. 4) (5) paraît appartenir à une figure
assise comparable par l'attitude, sinon par le style, à l'idole de Malthi.
Ces statuettes seraient, à l'aube des temps préhelléniques, les devancières
des « Phèdres à la balançoire » que Haghia Triada allait connaître encore
Fig. 3. — Statuette de.Chéronée Fig. 4. — Statuette de Sesclo (d'après
Tsountas, Ai dbtpO7toXeiç Ai jít; ví ou xai (d'après Ipek, 1932-1933, PI. 9,
n° 9). SloxXou, PL 35, 2).
près de deux millénaires plus tard. Les autres statuettes ici alléguées
représentent des femmes debout. Ainsi en fut-il également sur l'empreinte
de sceau de Zakro. Dès l'époque néolithique apparaissent, constitués,
les deux types, l'un assis, l'autre debout, qui se maintiendront en Crète
durant l'âge du bronze.
Cette hypothèse est légitimée par les multiples survivances que l'on
(1) N. Valmin-, The Swedish Messenia Expedition, Lund, 1938, pi. I, 2. .
(2) Tsani : Wace-Thompson, Prehistorie Thessaly, p. 147, fig. 91, с. Sesclo : Tsountas, Ai
áxpoTCÓXeic..., pi. 37, I.
(3) W. Lamb, Excavations at Thermi in Lesbos, Cambridge, 1936, p. 150, pi. XX, 30. 8 ; p. 155,
pi. XXI, 30. 15, 30. 26 ; pi. XXII, 30. 17.
(4) W. Lamb, op. c, p. 153, pi. XX et XXIII, 32. 26.
(5) Tsountas, Al dbipoTcoXeiç.,., pi. 35, 2, _ k ■128 CH. DELVOYE
. relève, dans les régions préhelléniques, de l'âge de la pierre et des débuts
du chalcolithique à l'époque des seconds palais crétois*. Les idoles de terre-
cuite et de pierre qui, au cours du quatrième et du troisième millénaires,
figurèrent une ou des déesses de la fécondité, dans tout le bassin de l'Egée,
aussi bien sur le continent que dans les Cyclades et en Crète, peuvent être
tenues pour les ancêtres de celles qui obtinrent une faveur grandissante du
Minoen moyen III à la fin de l'époque mycénienne. Pour les débuts du moyen, les exemplaires de transition font presque complètement
défaut. On en- a cependant recueilli à Chamaizi Siteias* (1) et à Gournes (2).
De plus, les nombreuses destructions causées dans les couches de cette
époque par l'édification des seconds palais expliquent que plusieurs
spécimens des Minoens moyens I et II aient été anéantis alors. Le type de
la courotrophe se rencontre aussi bien à la fin du néolithique à Sesclo (3)
et au début du chalcolithique à Paros (4) que dans la nécropole de Mavro-
Spelio au M. R. Ill b (5) et à Mycènes, à l'Hellénique récent III (6). Et les
musiciens qui avaient leur place au tombeau dans les Cyclades avant l'an
2000 (7) continuèrent de jouer leur rôle, durant les cérémonies funéraires,
à l'époque du sarcophage de Haghia Triada. Il n'est pas surprenant que le
rite du balancement se soit maintenu en Égéide de l'époque néolithique à
la fin de l'âge du bronze.
Il semble avoir été pratiqué aussi dans plusieurs civilisations de
l'Europe balkano-danubienne et des Terres-Noires, qui, sans être identiques
à celles du monde égéen, leur sont cependant apparentées, surtout dans le
domaine de la vie sociale et des coutumes religieuses. Ces groupes de petits
paysans étaient naturellement portés à demander, avant tout, aux
puissances surnaturelles de veiller sur leurs champs et leurs troupeaux.
Des conditions de vie assez semblables, de communes attaches avec le
Proche-Orient asiatique, des rapports, espacés peut-être mais incon-
(1) 'ApxaioXoywi) 5E<p)(xepiç, 1906, col. 138, fig. 4 ; Nilsson, Minoan-myc. religion, pp. 93,
253; V. Millier, Frûhe Plastik in Griechenland, Augsbourg, 1929, pi. XI, 224.
(2) 'ApxaioXoyixov ДеХ-ríov, IV, 1910, p. 53, fig. 3 ; Nilsson, religion, p. 257 ;
Millier, Frûhe Plastik, pl. XI, 219, 220.
(3) Tsountas, Al áxpo7róXsic..., pl. 31, 2.
(4) Ch. Picard, Manuel d'archéologie grecque. La sculpture, I, 1935, p. 95, fig. 13,
(5) Evans, Palace, II, 2, 1928, pl. supplémentaire XXI, B.
(6) Ch. Picard, BEA, XXXII, 1930, p. 105, fig. 5.
(7) Picard, Manuel, I, p. 93, fig. 10 ; Nils Aberg, Bronzezeitliche und friiheisenzeiiliche Chro
nologie, IV, Griechenland, Stockholm, 1933, p. 69, fig. 118-119.

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