Données nouvelles sur le gisement paléolithique moyen de Piégu (Pléneuf-Val-André, Côtes-du-Nord) - article ; n°1 ; vol.2, pg 7-21

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1985 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 7-21
The settlement of Piégu is an old rock shelter at the bottom of a cliff which was frequented on a marine recessive period. It was very well situated and aspected.
The industry is mainly of flint and has been collected on the beach. lts outstanding features are a levalloisian technique, a very distinctive levalloisian facies (particularly numerous levalloisian points), well-made side-scrappers, a lot of natural backed-knives, the rarity of notehes, denticulates, retouched backed-knives and tools of Upper Palaeolithic type, and also the presence of infrequent hand-axes (of Acheulian type).
The saalian age of the settlement seems to be proved by the geological study of the site. The industry could be compared to an Old Middle Palaeolithic or to an «Epi-Acheulian».
Le gisement de Piégu correspond à un ancien abri en pied de falaise, occupé en période de régression marine. Il bénéficiait d'une situation et d'une exposition remarquables.
L'industrie, essentiellement en silex et provenant de ramassages sur l'estran, est caractérisée par un débitage levallois, par un faciès levalloisien très marqué (nombreuses pointes levallois en particulier), par des racloirs de bonne facture, par une abondance de couteaux à dos naturel, par la rareté des encoches, denticulés, couteaux à dos retouché et outils de type Paléolithique supérieur, ainsi que par la présence de rares bifaces (de type acheuléen).
L'industrie de Piégu, dont l'âge saalien semble prouvé par l'étude géologique du site, se rattacherait à un Paléolithique moyen ou ancien ou à un Epi-Acheuléen.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
Lecture(s) : 39
Nombre de pages : 16
Voir plus Voir moins

Jean-Laurent Monnier
Patrick Amoureux
Jacques-Henri Clément
Serge Pincemin
Données nouvelles sur le gisement paléolithique moyen de
Piégu (Pléneuf-Val-André, Côtes-du-Nord)
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 2, 1985. pp. 7-21.
Abstract
The settlement of Piégu is an old rock shelter at the bottom of a cliff which was frequented on a marine recessive period. It was
very well situated and aspected.
The industry is mainly of flint and has been collected on the beach. lts outstanding features are a levalloisian technique, a very
distinctive levalloisian facies (particularly numerous levalloisian points), well-made side-scrappers, a lot of natural backed-knives,
the rarity of notehes, denticulates, retouched backed-knives and tools of Upper Palaeolithic type, and also the presence of
infrequent hand-axes (of Acheulian type).
The saalian age of the settlement seems to be proved by the geological study of the site. The industry could be compared to an
Old Middle Palaeolithic or to an «Epi-Acheulian».
Résumé
Le gisement de Piégu correspond à un ancien abri en pied de falaise, occupé en période de régression marine. Il bénéficiait
d'une situation et d'une exposition remarquables.
L'industrie, essentiellement en silex et provenant de ramassages sur l'estran, est caractérisée par un débitage levallois, par un
faciès levalloisien très marqué (nombreuses pointes levallois en particulier), par des racloirs de bonne facture, par une
abondance de couteaux à dos naturel, par la rareté des encoches, denticulés, couteaux à dos retouché et outils de type
Paléolithique supérieur, ainsi que par la présence de rares bifaces (de type acheuléen).
L'industrie de Piégu, dont l'âge saalien semble prouvé par l'étude géologique du site, se rattacherait à un Paléolithique moyen ou
ancien ou à un Epi-Acheuléen.
Citer ce document / Cite this document :
Monnier Jean-Laurent, Amoureux Patrick, Clément Jacques-Henri, Pincemin Serge. Données nouvelles sur le gisement
paléolithique moyen de Piégu (Pléneuf-Val-André, Côtes-du-Nord). In: Revue archéologique de l'ouest, tome 2, 1985. pp. 7-21.
doi : 10.3406/rao.1985.868
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1985_num_2_1_868:
:
:
archéol. Ouest, 2, 1985, /;. 7-2/ Rev.
DONNÉES NOUVELLES SUR LE GISEMENT
PALEOLITHIQUE MOYEN DE PIEGU
(Pléneuf-Val-André, Côtes-du-Nord)
Jean-Laurent MONNIER *
avec la collaboration de Patrick AMOUREUX, Jacques-Henri CLEMENT et Serge P/NCEMIN
Résumé : Le gisement de Piégu correspond à un ancien abri en pied de falaise, occupé en période de régression marine. 11 bénéficiait d'une
situation et d'une exposition remarquables.
L'industrie, essentiellement en silex et provenant de ramassages sur l'estran, est caractérisée par un débitage levallois, par un faciès levalloi-
sien très marqué (nombreuses pointes levallois en particulier), par des racloirs de bonne facture, par une abondance de couteaux à dos natur
el, par la rareté des encoches, denticulés, couteaux à dos retouché et outils de type Paléolithique supérieur, ainsi que par la présence de
rares bifaces (de type acheuléen).
L'industrie de Piégu, dont l'âge saalien semble prouvé par l'étude géologique du site, se rattacherait à un Paléolithique moyen ou ancien
ou à un Epi-Acheuléen.
Abstract The settlement of Piégu is an old rock shelter at the bottom of a cliff which was frequented on a marine récessive period. It
was very well situated and aspected.
The industry is mainly of flint and has been collected on the beach. lts outstanding features are a levalloisian technique, a very distinctive
levalloisian faciès (particularly numerous levalloisian points), well-made side-scrappers, a lot of natural backed-knives, the rarity of notehes,
denticulates, retouched backed-knives and tools of Upper Palaeolithic type, and also the présence of infrequent hand-axes (of Acheulian type).
The saalian âge of the settlement seems to be proved by the geological study of the site. The industry could be compared to an Old Middle
Palaeolithic or to an «Epi-Acheulian».
Mots clés Paléolithique, stratigraphie, Pléistocène , sédimentologie, outillage lithique, typologie.
Key-words Palaeolithic, stratigraphy, Pleistocene, sedimentology, flint implements, typology.
Le gisement de Piégu a déjà fait l'objet de plusieurs Le site est particulièrement abrité et ensoleillé, au
pied du promontoire qui domine le port de Piégu. publications (Monnier, 1973 ; 1974 ; 1976 ; 1980).
Cependant, ayant pu réunir récemment le produit de L'établissement de la station balnéaire du Val-André,
collectes faites sur le site mais restées inédites, nous dont l'aménagement a commencé à la fin du siècle der
avons jugé opportun de reprendre cette étude. Les don nier, a complètement transformé le paysage naturel. Il
nées nouvelles portent non seulement sur l'industrie y avait là une vaste zone basse bordée par des cordons
lithique, mais aussi sur la sédimentologie et la position de galets et des dunes. L'examen de photographies
stratigraphique du gisement. anciennes (cartes postales) montre qu'à l'époque, dans
le secteur de Piégu, les formations limoneuses avaient
1 - SITUATION DU GISEMENT DE PIÉGU déjà largement disparu et que les falaises de roches
dures étaient à peu près partout dégagées. Il est possiLe gisement de Piégu se trouve au sud de la Pointe
ble que ces dépôts aient été enlevés lors de la construcde Pléneuf et au nord de la grande plage du Val-André
tion du Port de Piégu et de son chemin d'accès sur (IGN carte de France au l/25000è, feuille de Saint-
digue. Ces travaux ont été effectués au cours du dix- Brieuc). Il est peu distant des stations paléolithiques
neuvième siècle (le cadastre de 1785 ne mentionne pas de Nantois (Monnier, à paraître), des Vallées (Leclerc
la présence du port). Il subsistait cependant, au début et Milon, 1925 ; Monnier, 1980 et du Pissot (Monnier, de ce siècle, des lambeaux de falaises loessiques vers 1974, 1980).
* Chargé de Recherche, E.R. n° 27 du C.N.R.S., Labo. d'Anthropologie, Préhistoire, Protohistoire et Quaternaire Armoricains, Université
de Rennes I, Campus de Beaulieu, 35042 Rennes cédex. :
1 Localisation du site de Piégu. Le quai Célestin-Bouglé longe la falaise. Son agrandissement en 1974 (terre-plein) a oblitéré une partie Fig.
du gisement. 1 : zones ayant livré les silex (ramassages entre 1969 et 1984) ; 2 : zones ayant livré des traces d'ossements en place.
ments appartenant vraisemblablement à un Rhinocé- le bas de l'actuelle rue de Piégu, avant qu'ils ne soient
isolés de la mer par le raccord à la digue-promenade, rotidé ou/et un Elephantidé, de par l'épaisseur de cer
cette dernière résultant d'entreprises individuelles sur tains os. Le plus gros vestige correspond à un fragment
le cordon dunaire après 1910. Des vestiges de ces fo de radius de Bovine (Bos ou Bison). A noter aussi un
rmations limoneuses sont encore visibles de nos jours fragment dentaire appartenant à une prémolaire supé
derrière les cabines (fig. 1). rieure gauche d'Equus caballus. Toutefois l'état de ces
Bien que nous ayons essentiellement affaire à un gis vestiges ne permet pas de se rapprocher au stade de l'e
ement érodé par la mer, ses limites sont assez bien ci spèce, voire même du genre, ce qui implique donc l'im
rconscrites (fig. 1). La plus forte densité de l'outillage possibilité d'un calage chronologique (renseignements :
lithique a été rencontrée dans une zone caillouteuse F. Prat et S. Madelaine, Institut du Quaternaire, Bor
située au sud du port. Les pièces récoltées à cet endroit deaux 1).
paraissent avoir été peu déplacées par la mer. Plus au
sud sont apparues, lors de certains démaigrissements
de la plage, des traces d'ossements en place et quelques
silex. L'ensemble de ce secteur riche en vestiges pré
historiques ne s'étend guère sur plus de 200 mètres.
2 - LA QUESTION DE LA POSITION STATI-
GRAPHIQUE DU GISEMENT
Lors des précédentes publications, aucun vestige
paléolithique n'avait été trouvé en place à Piégu. Il avait
seulement été observé que l'épandage de cailloux angu
leux contenant l'industrie (interprété comme étant un Fig. 2 : Piégu. Eclat de silex denticulé associé aux ossements. ancien head lavé par la mer) recouvrait le sable décar-
bonaté d'une plage fossile située donc un peu au-
A ces débris osseux était directement associé un petit dessous du niveau des plus hautes mers actuelles.
Les recherches menées plus récemment sur le site ont denticulé sur éclat de silex (fig. 2). Ossements et silex
taillé étaient en place, emballés dans un sable argileux permis de découvrir des ossements : ce sont des :
:
:
:
carbonate de couleur jaune orangé. Un sondage a mont
ré que le sable argileux, peu épais, est superposé à la
plage ancienne sableuse dont il est séparé par un niveau
de graviers. La couche sablo-argileuse a livré par ail
leurs un certain nombre d'éclats et de nucleus en silex.
De rares éclats ont été trouvés associés à un sable argi
leux brun roux, non carbonate, et possèdent en outre
une patine plus jaune. Or un sondage effectué plus au
sud (travaux de construction d'un escalier contre la
digue) a montré la présence d'un sable roux superposé
à un sable argileux verdâtre. Il est donc possible que
l'outillage lithique récolté provienne de deux niveaux
distincts. Cependant, à ces quelques exceptions près,
la série étudiée paraît homogène et serait en relation Fig. 3 : Gisement de Piégu. Courbes granulométriques cumulatives avec le sable argileux jaune orangé. semi-logarithmiques correspondant aux fractions sableuses (tamisa
ges, tamis série AFNOR). PGs : sable décarbonaté de Piégu (plage
3 - LES DONNÉES DE LA SÉDIMENTOLOGIE ancienne sous le niveau à industrie) ; PGg sable argileux carbonate
associé aux ossements et aux silex ; NSg par comparaison, sédLe sable de la plage ancienne de Piégu est assez fin iment correspondant à la couche archéologique de Nantois (estran) ; (Md = 285 microns) et très bien classé (Hq = 0,50 ; NS 21 : dune fossile de Nantois (Formation de la Haute- Ville) ; NS
34 et NS 35 sable argileux à la base de la coupe de Nantois (Saalien). Asq = -0,22)(Fig. 3). Il est, comme nous l'avons vu,
totalement décarbonaté. La morphoscopie indique une
forte usure d'origine marine (NU = 22,9 % ; il y a beaucoup moins de grenat (3,34 %), également
EL - 47,9 % ; SA = 28,7 <% ; EP = 0,50 %). Les moins de tourmaline (2,09 %), d'andalousite(l,67 %),
de staurotide (0,62 %) et de zircon (0,41 %). minéraux lourds (entre 100 et 315 microns) sont domi
La couche archéologique est donc nettement diffénés par la hornblende (64,94 %) ; l'épidote est peu
abondante (7,47 %), l'Andalousite (4,20 %), la stau- rente de la plage ancienne. Il s'agit du remaniement
rotide (3,73 %) et le zircon (1,86 %). (solifluxion, ruissellement) d'une couche sableuse pro
venant d'apports éoliens ayant remobilisé des sédiments Le sédiment carbonate qui emballe les ossements est
un sable argileux. La fraction sableuse représente marins.
64,5 % ; elle est médiocrement classée (Md = 266 En nous basant sur notre connaissance des dépôts
pléistocènes de la région de Pléneuf, il est possible de microns ; Hq = 1,56; Asq = + 0,15) (fig. 3 & 4). La
morphoscopie des grains de quartz (400 à 500 microns) rechercher les couches équivalentes dont la position
stratigraphique a été établie par l'étude des coupes en indique un état d'usure également important, mais avec
sans doute une prédominance des actions éoliennes se falaises. Le sable décarbonaté de Piégu ne peut avoir
superposant, semble-t-il, à un émoussé d'origine marine d'équivalents que dans la plage inférieure de Nantois
(NU = 17,8 % ; EL - 6,9 % ; SA = 62,9 % ; (NS 38) ou dans la dune fossile (NS 21) correspondant
EP = 12,4 %). Les minéraux lourds montrent une à la formation de la Haute-Ville (Monnier et Morzadec-
nette différence avec le sable précédent : il y a davant Kerfourn, 1982). Il diffère nettement des dunes fossi
les par la granulométrie (médiane plus élevée) et par age de hornblende (74,68 %) et d'épidote (15,06 %) ;
200 400 1000 2000 m
Fig. 4 : Gisement de Piégu. Courbes granulométriques cumulatives semi-logarithmiques correspondant aux fractions comprises entre 2 et
2000 microns (méthodes utilisées tamisages + pipette d'Andreasen). PGg : sable argileux carbonate associé aux ossements et à l'industrie.
Par comparaison : NSg : sédiment associé à l'industrie de Nantois sur l'estran ; NS 34 et NS 35 : sables argileux à la base de la coupe de
Nantois (Saalien) ; PM 19 : limon sableux carbonate d'âge weichsélien à Port-Morvan. :
:
10
4 - L'INDUSTRIE LITHIQUE DE PIÉGU les minéraux lourds (taux de grenat beaucoup plus fai
ble). Ce taux de grenat relativement bas nous conduit a) CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES à rapprocher le sable decarbonaté de Piégu du premier L'étude a porté sur plus de 800 éclats (tabl. 1). Les groupe de plages anciennes connu dans le domaine de hommes de Piégu n'ont guère taillé que le silex la Baie de Saint-Brieuc (Formation de Langueux) et (99,6 %). De très rares éclats tirés de roches locales ont dont fait partie la couche 38 de Nantois. été trouvés ; il s'agit de quartz, de grès et de phtanite, Le sable argileux carbonate de Piégu (couche archéo en proportion infime. logique) ne peut être comparé qu'avec les couches 34-35 Près de 220 nucleus ont été récoltés, représentant de Nantois ou encore avec les limons sableux carbonat
environ 20 % de la totalité du matériel lithique (éclats, es plus largement répandus (Nantois, Les Vallées, Le outils retouchés et nucléus). La plupart sont en silex Pissot, La Haute- Ville, Port-Morvan...) et datés de la (97,2 °/o) ; six seulement ont été taillés dans des roches première moitié de la dernière glaciation (PM 19). La
locales (phtanite, quartz, quartzite). Les nucleus ont granulométrie est en fait très différente de celle des de petites dimensions : leur longueur moyenne est de limons sableux carbonates (fig. 4). En outre, comme 58 mm avec une déviation standard égale à 14 (maxdans la couche 35 de Nantois, il n'y a aucune trace de imum : 1 14 mm ; minimum 29 mm). Beaucoup d'ailcoquilles de mollusques terrestres alors que celles-ci sont
leurs paraissent épuisés. Les nucleus informes sont latoujours abondantes dans les limons sableux carbonat rgement dominants (tabl. 2). Viennent ensuite les es du Weichsélien. nucleus levallois (principalement à éclats) et les nucleus En conclusion, la couche archéologique de Piégu
discoïdes. (PGg) se rapproche fortement des sables argileux car
Le débitage est très nettement levallois (tabl. 3). L'inbonates de la base de la coupe de Nantois (NS 34-35)
dice levallois (IL = 24,3) est, avec celui de l'industrie et tout particulièrement de la couche 34 (fig. 3 & 4).
du Mont-Dol, l'un des plus forts observés en Bretagne. Elle est aussi de la même nature que la couche à osse
ments et silex trouvée sur l'estran de Nantois (NSg) Le facettage des plans de frappe est également très
(Monnier, à paraître). Le gisement de Piégu est donc important ; il est beaucoup plus élevé en ce qui con
cerne les seuls éclats levallois. L'indice laminaire est réellement antérieur à l'interglaciaire éemien et se place
dans la base de la Formation de Nantois (Saalien). moyen ; il est aussi notablement plus fort lorsque le cal-
L E V A L LO I S •
cortic. lisse dièdre f. plan f. angul. f. conv. i. conc. punctif. ôté cassé
Eclats 3 60 23 11 5 27 6 2 12
Pointes 0 9 6 3 2 10 0 1 0 2
Lames 1 6 2 0 0 1 0 0 9
Total Levallois : 209
NON LEVALLOIS
lisse dièdre f. plan f. angul. f. conv. f. conc. punctif. ôté
Eclats 52 366 12 31 16 15
Pointes 0 10 3 1 1 0 0
Lames 0 20 3 1 7 0 0
Total non Levallois : 650
Total général : 859
Tabl. 1 Caractéristiques techniques de l'industrie de Piégu selon la méthode Bordes. Décomptes des éclats, pointes et lames levallois ou
non levallois selon les types de talons (cortic. cortical ; f. plan : facetté plan ; f. angul. : facetté anguleux ; f. conv. : facetté convexe ;
f. conc. : facetté concave ; punctif. : punctiforme. :
:
11
cul porte sur la fraction levallois de l'industrie. On Nb
Nucleus levallois à éclats 2* ii.ii observe donc que le débitage levallois s'accompagne
Nucleus à pointes 3 d'un enrichissement en lames et d'une pratique plus 1,39
développée du facettage des plans de frappe. Nucleus levallois à lames 1 0,*6
Le nombre d'enlèvements sur la face dorsale des Nucleus discoïdes moustériens 23 10,63
éclats est en moyenne de 4 à 5 pour les éclats levallois Nucleus prismatiques à un plan de frappe 6 2,78
et de 2 à 3 pour les éclats non levallois (tabl. 4) ; la dif Nucleus à deux plans de frappe 2 0,92
férence est hautement significative ce qui ne surpren Nucleus pyramidaux 9 «,17
dra pas car ce caractère participe à la définition de Nucleus informes 139 64,35
l'éclat levallois. Nucleus globuleux 7 3,2* Les éclats levallois seraient en moyenne un peu plus Nucleus acheuléens 2 0,93 longs que les éclats ordinaires (différence des moyenn Total 216 es acceptable au seuil de 3 %). Par contre les des largeurs ne présentent pas de différence signi
ficative (tabl. 4). Ces observations sont à rapprocher Tabl. 2 Industrie de Piégu. Classification des nucleus.
du calcul de l'indice laminaire, plus élevé dans le cas
des éclats levallois.
L'épaisseur moyenne des éclats levallois est nettement indice levallois (IL) : 2 * , 3 î
plus faible que celle des ordinaires (différence non levallois total hautement significative). Par contre les éclats de tech
nique levallois possèdent des talons plus larges (diffé facettage large (1FI) 53,26 20,27 28,20 rence des moyennes hautement significative), ce qui est
sûrement en rapport avec la préparation particulière facettage strict (IFs) 36,11 11,00 17,10 associée à ce type de débitage. Cette seconde observat
ion est aussi à rapprocher des différences constatées laminaire (Ilam) 11,00 5,85 7,10
dans les valeurs des indices de facettage (voir supra).
Il est intéressant de constater que les moyennes des Tabl. 3 Industrie de Piégu. Indices techniques (Méthode Bordes). épaisseurs des talons ne présentent cependant pas de
différence significative d'une catégorie à l'autre. Quant
aux angles d'éclatement (angle formé par la face d'écla Parmi les accidents de taille, on peut observer queltement et le plan du talon), ils sont nettement plus petits ques éclats outrepassés (1,3 °7o) et rebroussés (4,9 °7o), sur les éclats levallois (différence des moyennes haute ainsi que d'assez rares fractures en languette (0,5 %), ment significative). par impact perpendiculaire au plan de l'éclat (0,5 %) Les cônes de percussion sont, d'une manière génér ou longitudinales (type «pseudo-burin de Siret» : 1 %). ale, bien marqués (tabl. 5). Des cônes multiples appar
aissent dans 18 % des cas sur l'ensemble des éclats. b) CARACTÉRISTIQUES TYPOLOGIQUES Les différences entre les pourcentages observés selon
L'indice levallois typologique (IL ty = 56,3) est les catégories d'éclats (levallois ou non levallois) ne sont
extrêmement élevé. Considérant que les ramassages ont pas significatives.
Typométrie Eclats levallois Eclats non levallois
déviation déviation moyenne maximum minimum moyenne maximum minimum standard standard
Nombre d'enlèvdments sur (ace dorsale 4 à 5 11 2 1,5 2 à 3 8 0 1,6
Longueur des éclats (mm) 49 à 50 100 28 12,7 46 à 47 110 20 14,5
Largeur des éclats (mm) 39 à 40 67 18 9,6 39 à 40 82 14 11,0
Epaisseur des éclats (mm) 10 à II 22 5 3,1 12 à 13 32 4 *,7
Largeur des talons (mm) 23 à 24 49 6 8,6 19 à 20 46 2 7,9
Epaisseur des talons (mm) 8 à 9 16 2 2,6 8 à 9 22 2 3,2
Angle talon/face d'éclatement 101 à 102 120 80 8,2 105 à 106 145 75 9,9 (degrés)
Tabl. 4 : Industrie de Piégu. Typométrie des éclats. •

)
'
1

"
12
essentiels avec essentiels sans cônes de percussion indices et groupes typologiques réels levallois non levallois total couteaux à dos couteaux à dos
simples 77,90 % 80,14 % 79,60 % levallois typologique (ILty) 36,29 0,68 0,99
de racloir (IR) 17,37 39,46 57,43 multiples 20,99 % 17 M % 18,29 %
acheuléen (Iau) 0,30 0,68 0,99 non marqués 1,11 % 2,«2 % 2,11 %
de biface (IB) 0,60 1,34 1,94
Tabl. 5 : Industrie de Piégu. Analyse des cônes de percussion. d'outils à bords retouchés convergents (Ire) 2,99 6,80 9,90
% ESSENTIELS % ESSENTIELS NOMBRE % REELS levallois (I) 56,29 0,68 0,99 AVEC C.D.N. SANS C.D.N.
64 19,16 93 27,83 moustérien (II) 22,15 50,34 73,27 30 8.9S 0,30 0,68 0,99 nte pseudo-le 4,79 10,89 15,84 0,00 0,00 0,00 Paléolithique supérieur (III) 1,80 4,08 5,94 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 simple droit 2,39 5,44 7,92 denticulés (IV) 1,50 3,40 4,95 conv 2 5,99 13,61 19,81 1,50 3,40 4,9 5 simple conc double droit 0,00 0,00 0,00 0,60 1,36 1,98 double droit 0,30 0,68 0,99 Tabl. 7 : Industrie de Piégu. Indices et groupes typologiques (Méthode r bicoi 0,90 2,04 2,97 r double 0,00 0,00 0,00 Bordes). 0,30 0,68 0,99 Racloir 0,00 0.00 0,00 0,60 1,36 1,98 0,00 0,00 0,00 2,39 5,44 7,92 0.30 0,68 0,99 L'indice de racloir est moyen (IR essentiel proche de 0.60 1,36 1,98 concave 0,60 1,36 1,98 40), bien sûr plus fort si l'on ne tient pas compte des 0,30 0,68 0,99 sur fa ce pi 0,00 acloir a retc )uche abrupte 0,00 0,00 couteaux à dos naturel (tabl. 7). L'indice acheuléen est 0,30 0,68 0,99 à dos amin Cl 0,00 0,00 0,00 acloir a retc >uche biface très faible du fait de la rareté des couteaux à dos.. La 0,30 0.68 0,99 alterne 2,04 2,97 0,90 0.68 0,99 présence de bifaces associés à l'industrie de Piégu n'est 0,30 0.00 0,00 ypjqu 0,00 pas établie avec une certitude absolue : sur les deux piè0,00 0,00 0,00 Percoir typique 0,00 0.00 0,00 0,99 atypique 0,30 0.68 ces signalées, l'une est très atypique et l'autre pourrait 0,99 0,30 0.68 Couteau à dos atypique 0,00 0,00 0,00 être exogène. Quoi qu'il en soit l'indice de biface est 13.77 31,30 Rackette 0.00 0,00 0,00 très bas. Quant à l'indice d'outil à bords retouchés conEclat tronqué 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 0,00 vergents, il est peu élevé. 1.S0 4,08 5,94 1,50 3,40 4,95 0,00 0,00 0,00 Le groupe levallois est bien sûr égal à l'indice levai- Pointe de Taya 0,00 0,00 0,00 Triangle à ena 0,00 0,00 0,00 lois typologique. Le groupe moustérien est assez fort, 0.00 0.00 0,00 Encoche en bol 0.30 0,6S 0,99 tandis que les outils de type Paléolithique supérieur 0.00 0,00 0,00 Hachoir 0.00 0,00 0.00 Rabot (groupe III) sont peu nombreux, ainsi que les denticul0.00 o.oo 0,00 Pointe pedoncu 0,00 0.00 0,00 Outil pedoncul< és (groupe IV). 0,30 0.6S 0,99 Chopper 0,00 0,00 0,00 imers Le diagramme typologique cumulatif en décompte 1,20 2.72 3,96 Chopping-tool 2,04 2,97 Divers 0.90 réel (fig. 9) met en évidence l'abondance des éclats et o.oo 0.00 0.00 Pointe foliacée
des pointes levallois, ainsi que des couteaux à dos natur
el. Le diagramme typologique en décompte essentiel
(fig. 10, trait plein) montre la forte représentation des
couteaux à dos naturel et la proportion notable de pointTabl. 6 : Industrie de Piégu. Distribution typologique selon la es pseudo-levallois. Le second diagramme (tireté, sans méthode Bordes. Décomptes réel, essentiel avec couteaux à dos natur
el, essentiel sans couteaux à dos naturel. Les numéros 45 à 50 (retou les couteaux à dos naturel) marque la prédominance
ches) ne sont pas pris en compte. des racloirs (principalement simples, doubles, déjetés
et transversaux), la présence notable des grattoirs ainsi
que la faible représentation des encoches et des
été effectués de manière exhaustive, jusqu'à quasi épui denticulés.
sement des éclats sur le site, il est alors possible que
l'abondance des éclats levallois non retouchés résulte c) DESCRIPTION DE L'INDUSTRIE d'un tri par les hommes préhistoriques.
Eclats levallois : très nombreux (157, soit 47 %). Il est apparu qu'un grand nombre d'éclats à dos cor
Près de 60 % d'entre eux sont atypiques. Nous avons tical pouvaient être classés dans le groupe des couteaux
à dos naturel, toutefois les incertitudes introduites dans vu (tabl. 4) qu'ils sont en moyenne petits (longueur
moyenne voisine de 5 cm avec un écart-type ou déviala reconnaissance de ces pièces du fait de l'état général
tion standard de 1,3). Le nombre d'enlèvements viside l'industrie m'ont conduit à proposer deux décompt
bles sur la face dorsale est également en moyenne assez es typologiques essentiels, l'un comprenant les cou
faible (4 à 5 avec un écart-type de 1,5). Des restes de teaux à dos, l'autre les excluant. En effet, si l'indust
rie de Piégu est dans l'ensemble peu émoussée bien cortex sont assez fréquents, ce qui est à mettre en rap
qu'ayant séjourné sur l'estran, elle n'a pas conservé de port avec la médiocre qualité de la matière première
disponible, en particulier avec la petite taille des façon lisible les traces d'utilisation, de sorte que ce cri
tère n'a pu être pris en compte pour la détermination rognons de silex qui proviennent des cordons de galets
du littoral. Quelques éclats et lames levallois sont repré- des couteaux à dos naturel. 13
Fig. 5 : Industrie de Piégu. Eclats, lames et pointes levallois, racloirs (légende détaillée dans le texte). 14
29
Fig. 6 : Industrie de Piégu. Racloirs divers (légende détaillée dans le texte). 15
Fig. 7 : Industrie de Piégu. Racloirs, couteaux, biface atypique, divers (légende détaillée dans le texte).

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.