Esquisse morphologique de la région littorale de l' Etat de Rio de Janeiro - article ; n°353 ; vol.66, pg 80-91

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Annales de Géographie - Année 1957 - Volume 66 - Numéro 353 - Pages 80-91
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Publié le : mardi 1 janvier 1957
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Pierre Birot
Esquisse morphologique de la région littorale de l' Etat de Rio
de Janeiro
In: Annales de Géographie. 1957, t. 66, n°353. pp. 80-91.
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Birot Pierre. Esquisse morphologique de la région littorale de l' Etat de Rio de Janeiro. In: Annales de Géographie. 1957, t. 66,
n°353. pp. 80-91.
doi : 10.3406/geo.1957.18500
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1957_num_66_353_1850080 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
de moyens financiers. Sans doute est-il possible à des individus isolés et dépourvus
de tout de se faire un place en commençant par être des salariés : nous en avons ren
contré des exemples réconfortants. Mais alors les débuts sont durs, le succès aléatoire,
subordonné à l'énergie et à la capacité technique. Dans cette région en pleine expansion
économique et humaine qu'est le Brésil méridional, il y a place pour bien des succès
et pour bien des échecs.
Paul Veyret.
ESQUISSE MORPHOLOGIQUE DE LA RÉGION LITTORALE
DE L'ÉTAT DE RIO DE JANEIRO1
(Pl. V-VI.)
La grande unité de relief s'oppose à la pénétration de tout voyageur cherchant à
s'introduire dans l'intérieur des plateaux du Brésil. Il s'agit de la Serra do Маг,
qui l'emporte par sa continuité sur tous les autres accidents plus ou moins parallèles
à la côte, puisqu'elle s'étend, sans aucune interruption, depuis l'État de Parana du
Sud jusqu'à la transversale du Rio Pomba - Paraiba inférieur. On a affaire à un esca
rpement très sinueux dont la dénivellation varie entre 400 et 1 500 m, et qui sert de
ligne de partage des eaux entre de courtes rivières coulant directement vers l'Atlan
tique et les affluents tournés vers l'intérieur, dont les eaux doivent effectuer un long
parcours avant de rejoindre l'Océan par lé Parana ou le Paraiba (fig. 9).
On sait que cet obstacle, dans sa partie centrale, est doublé par les escarpements
dissymétriques de la Serra de Mantiqueira, dont nous n'avons pris qu'une connaissance
superficielle.
D'autre part, la Serra do Mar est précédée, du côté du Sud-Est, par des reliefs très
morcelés ne dépassant qu'exceptionnellement 1 000 m. Il s'agit de la Serra littorale
de l'État de Rio qui atteint son maximum d'altitude dans le massif de Tijuca, et à
laquelle nous avons pu consacrer un grand nombre d'excursions, puis des îles monta
gneuses de Ilha Grande et de Sâo Sebastiâo (1 300 m). Ainsi la mer occupe de larges
golfes encadrés par les sinuosités de la Serra do Маг dans ce secteur occidental.
Mais, entre la Serra littorale de Tijuca et la Serra do Маг de Teresopolis et de Petro-
polis, le golfe de Guanabara n'occupe qu'une partie de la dépression. Le reste a été
remblayé depuis la transgression flandrienne ou est occupé par un moutonnement
de collines basses.
1 . Les laits et idées renfermés dans cet article doivent beaucoup à des suggestions faites par
de nombreux collègues, compagnons d'excursion, et tout particulièrement A. Cailleux, J. Dresch,
H. Mohtensbn, H. Sternberg. Nous ayons aussi tiré le plus grand profit des observations faites
par d'éminents géographes botanistes, C. Troll et K. Hueck, qui nous ont initié à la végétation
tropicale, ainsi que le Conservateur du Parc National de l'Itatiaia, M. Wanderbilt Duarte db
Barros, qui nous a fait bénéficier d'une généreuse hospitalité dans sa station scientifique. Voir
en particulier : F. F. M. db Almeida, Consideraçôes sobre a geomorf o genese da Serra do Cubatuo
(Bol. Paulista de Geog., 1953, n° 15, p. 3-17). — Aziz Nacib Ab Saber, Contribuçuo a geomorfologia
do literal paulista (Rev. Bras, de Geogr., 1955, n° 1, p. 3-48). — Id. et Nilo Bernardes, Livret-
guide n° 4 du XVIIIe Congrès International de Géographie, Rio de Janeiro, 1966. — R. Osorio
ixe Freitas, Ensaio sobre о relêvo tectônico do Brasil (Rev. Bras, de Geogr., 1951, n° 2, p. 171-222). —
Id., Geologia e Petrologia da ilha de Sao Sebastiuo (Fac. Fil. С Let. Univ. S. Paulo, Bol. 85, G. 1,
n° 3, 1947, 244 p.). — A. Ribeiro Lamego, Escarpas do Rio de Janeiro (Serv. Geol. e Min., Bol. 93,
1938). — Id., A geologia de Niteroi na tectônica da Guanabara (Min. da Agricultura, Div. Geol. et
Min., Bol. 115, 1945). — Emm. de Martonne, Problèmes morphologiques du Brésil tropical atlantique
(Annales de Géographie, XLIX, 1940, p. 1-27, 106-129). — J. L. Rich, Problems in Brasilian geology
and geomorphologv suggested by reconnaissance in summer of 1961 (Univ. de S. Paulo, Bol. Fac.
Fil. Cienc. e Letras, n° 146, Geol., n° 9, 1951). — Fr. Ruéllan, A evoluçuo geomorfologica da baia
de Guanabara e das regiOes vizinhas (Rev. Bras, de Geogr., 1944, p. 355-508). о — . "О * CL,
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ANN. DB GÉOG. — LXVI» ANKÉK. ANNALES DE GÉOGRAPHIE
g. Naturellement, le problème morphologique со
S n° 1 est de déterminer dans quelle mesure l'es-
§ » carpement de la Serra do Mar, ainsi que ses
о ~ massifs satellites, sont l'expression directe de
.. ь. failles et de gauchissement brisant le bouclier CM
**_ i brésilien, et dans quelle mesure, au contraire,
p j les amples sinuosités et les golfes que contourne
■s "g la Serra do Mar ont été taillés par l'érosion dans
л 2g la masse cristalline. Si Emm. de. Martonne,
S -g O. Freitas et Fr. Ruellan ont donné le premier
♦» g rôle à la tectonique, des ouvrages postérieurs
g "g (Rich, Almeida, A2iz N. Saber, etc.) ont fait de
S «| sérieuses réserves quant à cette conception et
g> a. suggèrent que la Serra do Mar est, pour l'essen-
— J tiel, un abrupt d'érosion. Par là, ils rejoignent
^ § les idées de L. C. King, relatives au grand escar-
£ ^ pement de l'Afrique du Sud.
.S | La connaissance très inégale que nous avons
w «j pu acquérir de la région nous a amené à penser
' "Š que la réponse est sensiblement différente dans
% S les trois grandes unités de relief que nous venons
g | de distinguer.
в О I. — La Serra littorale (fig. 10). 2 -*
Au moins en ce qui concerne la Serra litto
rale de l'État de Rio, il semble qu'on ait affaire
à un relief résiduel. Toute trace des escarpements
de faille originels a disparu sous les coups de
l'érosion qui s'est manifestée souvent comme
une érosion sélective. Dans la plupart des cas,
о -a il paraît même impossible de dire dans quel sens
le bloc était basculé (sur ce point, nous nous écar
tons des conclusions de Fr. Ruellan). Avant toute
enquête géologique ou pétrographique, l'aspect
morcelé et anarchique des îlots montagneux
séparés par de profonds couloirs de largeur
variahle nous a amené à prendre cette position.
Ce morcellement atteint sa plus grande valeur
en bordure de l'Océan, parce que l'érosion régres
m О sive y a commencé plus tôt. C'est la zone des pains 2';
de sucre typiques dont les parois convexes nues
sont sujettes à une desquamation, sans doute plus
lente que ne le laisse supposer Freise. Il s'agit
essentiellement de noyaux de roches dures, taillés
dans des gneiss œillés de feldspathisation tardive,
et très pauvres en diaclases verticales ou hori
zontales. Les contours de ces noyaux correspon
dent à des diaclases courbes débitant des bancs
<o LE XVIII* CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 83
de plusieurs mètres d'épaisseur. Les reliefs se disposent en chapelets, conformément à
l'orientation générale des fractures principales, W-E. Cette orientation est aussi celle
des couloirs intermédiaires qui ont été taillés plus facilement, soit dans des gneiss à
biotite dont A. Lamego a reconnu depuis longtemps le caractère peu résistant, soit dans
des gneiss ceillés ou des leptynites, rebelles à la décomposition chimique, mais qui sont
traversés par des réseaux de diaclases très serrées, ainsi qu'on peut le vérifier dans les
nombreuses carrières et dans les tunnels qui confèrent à la région de Rio des possibilités
d'observation uniques au monde en ce qui concerne la structure des masses granitiques
et gneissiques. Ces carrières entament un système de versants en pente modérée qui
s'interposent entre le fond des couloirs constitués d'un remblaiement fluvio
marin post-wurmien et les pentes nues des pains de sucre variant entre 45° et 90°.
Les modes d'occupation humaine se
calquent fidèlement sur cette divi- 1 """" * ■'' I t
sion tripartite, les gratte-ciel sur- 2 (č.....^> 5
gissant du fond alluvial, tandis que
les quartiers sordides des faveUas
revêtent les pentes moyennes d'un
semis de cabanes et de bananiers ;
les pentes grises gneissiques domi
nent l'ensemble, tantôt arrondies
suivant les diaclases courbes, tantôt
rectilignes et subverticales (géné
ralement sur le versant N) là où les
noyaux durs sont tranchés par le
réseau serré des diaclases.
Ceci suggère que ce dernier est
probablement d'origine tectonique,
200 m car les zones très fracturées ont
toujours comme axe un étroit filon Fie. 11. — Esquisse morphologique du pain
de roches plus basiques, qui ne sau de sucre des Cabritos. — Échelle, 1 : 20 000.
rait constituer par lui-même une 1, Tranches rocheuses subverticales. — 2, Niches
avec surplombs. — 3, Coulée de blocs. — 4, Réseau explication de l'érosion différentielle
de diaclases serrées. — 5, Filons de roches basiques. (leur volume est insignifiant et
d'ailleurs leur décomposition ne
semble pas particulièrement facile) ; mais c'est un témoin précieux quant à la signifi
cation des réseaux de fracture orientés, dans lesquels sont installées les principales
dépressions, et en particulier les quartiers de Catete, Leblon, Gavea, etc. Ainsi que
l'a montré Lamego, ce jeu de fractures s'est accompagné de poussées tangentielles,
au moins dans le cas du Pâo de Açucar, dont les gneiss œillés chevauchent légèr
ement les gneiss à biotite ; il nous semble pourtant qu'il a exagéré l'ampleur de ces
déplacements, et qu'on n'a pas de motif pour penser que les fragments de leptynite
des quartiers du centre flottent sur le gneiss à biotite ; on trouve en effet de nomb
reuses zones de transition, où les différentes variétés de gneiss alternent sans
qu'aucun contact anormal soit visible. De plus, il est extrêmement rare de 'trouver
des traces de déplacement horizontal affectant les filons, visibles dans les carrières.
Les nombreuses ondulations d'une partie des pegmatites, qui forment un réseau
désordonné, sont probablement en rapport avec leur mise en place précoce suivant
de peu la feldspathisation. Nous ne connaissons que deux exemples où les filons
postérieurs aient subi un déplacement de quelques centimètres suivant un plan ANNALES DE GÉOGRAPHIE 84
subhorizontal, dans la carrière de Nova Iguaçu et dans celle qui attaque le magnif
ique pain de sucre situé au Nord d'Inoa. Quoi qu'il en soit, l'altération chimique
affectant ces zones faibles règne souvent sur plusieurs dizaines de mètres, par
exemple sur le flanc N du Corcovado. Mais cette érosion différentielle s'éteint rap
idement à quelques kilomètres du rivage. Elle ne touche que peu le massif de Tijuca
où l'on trouve réunis, presque à la même altitude, des affleurements de toutes
les variétés de gneiss, et aussi de diorite et de granite. En dépit de la proximité du
littoral, de petits cours d'eau restent suspendus (par exemple, près de l'hôtel du
Corcovado, attestant la paresse de l'érosion régressive linéaire). C'est précisément
par l'examen des bordures du massif, tant du côté S que du côté E, que l'on acquiert
la conviction que les pains de
sucre résultent bien de l'exhu
mation par l'érosion différent
ielle de noyaux plus résistants.
On voit les surfaces rocheuses
de desquamation se dégager de
l'arène blanche qui les enveloppe
où la décomposition chimique a
marché à toute vitesse, tant
sur les flancs Sud du Corcovado
(en particulier Morro de Dona
Marta) que sur les abrupts mon
tagneux dominant le quartier de
Tijuca (fig. 13). Ces pains de sucre
naissants hérissent le versant des
massifs plus élevés bien que cons
Fig. 12. — Vue du flanc SW du Morro dos Cabritos. titués de roches plus tendres.
La surface est constituée par des diaclases courbes. Comme toujours, le plus dif
Un banc supérieur subsiste au sommet. Une diaclase ficile est de comprendre d'où subverticale fait affleurer en tranches le banc moyen
vient cette inégale résistance de enveloppé par les diaclases courbes et révèle sa structure
lenticulaire. Il est revêtu de lichens, sauf la partie centrale roches, attestée par le seul exa
(laissée en blanc) d'où une dalle vient de se détacher. men du relief. Il résulte des
observations précédentes que
les pains de sucre correspondent à des zones ayant échappé à la fracturation te
ctonique d'une orogénie certainement très ancienne (précambrienne, ou tout au plus
primaire), d'où la rareté des diaclases, et aussi des fissures à l'échelle du cristal
(toutes les fissures antérieures ayant été obturées par la cristallisation tardive des
gneiss œillés). Mais la grande énigme demeure l'origine des diaclases courbes dont le
plan est exactement semblable à celui des Jnseïberge du Sahara. Les coupes des car
rières et des tunnels montrent qu'elles limitent des lentilles atteignant jusqu'à des
épaisseurs de 4 à 5 m. Par conséquent, il semble impossible de les attribuer aux
variations thermiques, les variations diurnes s'amortissant en quelques décimètres, et
les annuelles étant trop faibles pour exercer une action sérieuse ; d'ailleurs
dans le Nord-Est du Brésil, où cette dernière oscillation ne dépasse pas quelques
degrés, les diaclases courbes ont la même physionomie dans les Inselberge de Patos.
On ne doit cependant pas en conclure que toute convexité est une surface struc
turale. En effet, il existe aussi une desquamation météorique détachant des écailles
de quelques centimètres, profondeur qui correspond probablement à la tranche où
la pénétration de l'eau est facilitée par les oscillations thermiques diurnes : en XVIIIe CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 85 LE
effet, on peut voir comment l'arête d'un surplomb est transformée en surface convexe,
d'autant plus parfaitement que le détachement du bloc ayant occasionné le surplomb
est plus ancien. Inversement, il ne faut pas non plus attribuer automatiquement
la réduction en épaisseur d'un banc limité par des diaclases courbes aux retouches
apportées par cette desquamation météorique, puisque nous savons que le plan
structural de ces diaclases courbes comporte des lentilles. Chaque cas particulier
demande un examen minutieux et la solution n'est possible que si l'on dispose d'une
carrière. D'autre part, il paraît difficile de suivre Brajnikov1 dans toutes ses
conclusions, lorsqu'il attribue les diaclases courbes à des structures mises en
place au moment du métamorphisme. En
effet, ces surfaces courbes coupent les filons
de toute espèce traversant les gneiss, non
seulement les pegmatites de la première géné
ration, qui semblent encore avoir été froissées
à l'état fluidal, mais aussi des pegmatites plus
récentes coupant la foliation, des granites à
grain fin envahissant l'ensemble, et même des
diorites (carrière de Bangu). Reste la célèbre
théorie dont le père est le grand pionnier
Gilbert. Les diaclases courbes seraient dues
à des effets de tension consécutifs à l'enlèv
ement par l'érosion d'une tranche de terrain
de plusieurs kilomètres d'épaisseur. Nous nous
rallierions volontiers à cette manière de voir,
si A. Cailleux n'avait pas fait observer que
la diminution de pression ainsi provoquée doit Fig. 13. — Coupe du rebord
être à peu près compensée par un abaiss du gorcovado.
ement de température provoquant une contract Des blocs sont en voie de se détacher ion. On aboutit donc à une impasse. le long de diaclases verticales très serrées
Quant à la plus faible résistance des gneiss interférant avec les diaclases courbes du
sommet. Un bloc énorme tombé depuis à biotite, elle est imputable au moins à trois
assez longtemps repose sur les pentes facteurs : a) la foliation bien plus parfaite que forestières inférieures où l'altération chi
celle des gneiss œillés ; b) l'absence de cristal mique est profonde. Çà et là, une carrière
lisation tardive scellant les fractures anté révèle que les diaclases y sont très serrées
et forment un réseau avec des orientations rieures ; c) enfin, la présence de la biotite qui,
multiples. Un noyau résistant, N, futur comme l'a montré en premier lieu Fr. Ruellan pain de sucre, n'est pas encore exhumé dans des climats assez analogues du Japon et de ce sol argilo-sableux.
de la Corée, est le premier minéral qui s'altère.
Les marches de l'Institut de Géologie, cons
truit il y a une trentaine d'années, qui sont couvertes de traînées rougeâtres, per
mettent de le vérifier.
Au Nord du massif de Tijuca, on ne trouve plus de pains de sucre, mais deux étroites
serras aux versants raides, Madureira et Bangu. Leurs flancs, séparés par de larges
couloirs, peuvent d'abord suggérer des escarpements de faille ; mais le seul examen du
relief montre qu'il n'en est rien. La carte pétrographique ne suffît pas davantage
à les expliquer. Si l'abrupt Nord de la Serra de Madureira coïncide approximativement
avec le contact des syenites et des granito -gneiss (sauf près de Nova Iguaçu), il
1. B. Brajnikov, Les pains de sucre du Brésil sont-ils enracinés? (<_.'. R. Sommaire iuc. Géol,
Fr., 1953, p. 267). ANNALES DE GÉOGRAPHIE 86
n'en est pas de même sur le versant S qui est constitué tout entier par des granito-
gneiss. Il ne semble pas non plus que le massif de Bangu ait une composition spéciale,
ni que son granite soit plus pauvre en diaclases. On a probablement affaire à des versants
raides dérivant d'une zone de broyage relativement étroite, et qui ont ensuite reculé
parallèlement à eux-mêmes. Ils sont en contact brutal avec des glacis assez fortement
inclinés pour un pays tropical humide, mais où il est difficile de distinguer l'arène,
transportée par ruissellement à partir de versants raides, et la roche en place profo
ndément altérée. De toutes façons, il s'agit de glacis en fonctionnement actuel et
aboutissant au remblaiement postwiirmien qui entoure le golfe de Guanabara.
A l'Est du détroit, la Serra littorale s'abaisse considérablement, tout en conservant
un aspect morcelé. Les pains de sucre se font plus rares ; celui que nous avons déjà
cité au Nord-Est d'Iona constitue une exception. C'est pourtant dans cette région
que l'on trouve le seul témoignage des dislocations responsables de la mise en
place de la Serra littorale. Il s'agit d'un petit bassin sédimentaire situé près de
Cabuçu sur le flanc N de la Serra, et dont Fr. Ruellan a déjà montré toute l'importance.
Il se compose de couches calcaires à travertins et accidents siliceux dont la rareté
a heureusement motivé une exploitation. Au-dessus, elles alternent avec des fanglo-
mérats composés de fragments de gneiss dont les feldspaths sont parfaitement frais.
Gela nous indique que la faille avait déjà commencé à fonctionner, et aussi qu'un
climat de nuance aride, tout à fait différent du climat tropical actuel, régnait dans la
région. Les calcaires sont percés de poches karstiques fossilisées par un terrain
plus sombre, assez argileux, et qui renferme des Mammifères éocènes. L'ensemble
de ces couches est incliné de près de 15° vers un abrupt cristallin. A son extrémité E,
les calcaires et les fanglomérats dessinent seulement un synclinal. Il
ressort de ces coupes que depuis une date qu'on peut fixer au Crétacé supérieur
se sont produits des événements décisifs qui donnent sa physionomie à la région :
d'une part, la transformation d'un climat sec en climat humide et, d'autre part, les
grandes fractures et gauchissements qui ont mis en place la Serra littorale. Puisque
la seule trace nette d'escarpement de faille se trouve limitée précisément au voi
sinage du bassin sédimentaire, il est probable qu'on a affaire à une manifestation de
l'érosion différentielle, et que les dislocations inaugurées au Crétacé se sont arrêtées
assez tôt, par exemple à la fin de l'Éogène.
Les autres témoins, aujourd'hui partiellement ennoyés, de. la Serra littorale
donnent la même impression de dissection poussée, en particulier Ilha Grande. Les
escarpements qui limitent l'île de Sâo Sebastiâo sont beaucoup plus imposants, mais
il est peu vraisemblable qu'on ait affaire à des escarpements de faille originels. La
comparaison de là carte topographique avec la carte géologique dressée par Freitas
souligne le rôle important de l'érosion différentielle. Les deux principaux massifs
correspondent avec des masses syénitiques de mise en place tardive (peut-être fin
du Primaire), alors que les gneiss et les diorites occupent une position relativement
basse sur les rivages et dans le col séparant les deux massifs principaux. Sans doute
des traces de miroir de faille sont visibles sur des rochers, au voisinage du détroit
séparant l'île du continent, mais cela ne signifie pas nécessairement que le mouvement
soit récent. En effet, les abrupts sont surtout nets au voisinage des vallées plutôt que
dans les interfluves et au contact des gneiss et des syenites. La présence de rivières
suspendues sautant en cascades n'est pas davantage, en climat tropical humide,
la preuve de dislocations récentes, étant donné la lenteur de l'érosion régressive. XVIIIe CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 87 LE
II. — La Serra do Mar (fig. 14; pi. V-VI)
Beaucoup plus continu se présente le front de la Serra do Маг, mais avec des
contours toujours sinueux et n'offrant à peu près jamais l'image classique de l'e
scarpement de faille. Les secteurs rectilignes généralement orientés SE-NW corre
spondent à des lignes de fracture exploitées par des thalwegs mordant dans la masse
soulevée. Ceci apparaît avec une parfaite netteté tant dans le secteur de Petropolis
et Terezopolis que dans celui d'Itaguai ou de Párati. On a affaire ainsi à une série
d'échardes orientées obliquement par rapport à la direction générale de l'escarpe-
Fig. 14. — Un aspect de la Serra do Mar.
Au premier plan, les meias laranjas (1) partiellement ennoyées dans les alluvions postwur-
miennes (2) ; puis l'escarpement principal avec le commencement de dégagement d'un pain
de sucre et un berceau cyclique suspendu. En haut, haute vallée coulant vers le Paraiba et
toujours orientée par les fractures. — Bloc diagramme de Pierre Birot.
ment et mises en valeur par l'érosion différentielle. Il est probable, d'ailleurs, que ces
fractures ne constituent que le prolongement de failles véritables limitant des touches
de piano, réalisant dans l'ensemble un abaissement brutal du bloc de la Serra do Маг
vers le S. Mais, étant donné l'activité de l'érosion ultérieure, il est impossible de resti
tuer avec précision l'image tectonique initiale. On soupçonne seulement que les golfes
de mer ou de plaine qui infléchissent le tracé de la Serra do Маг correspondent à des
zones de convergence de touches de piano, à partir desquelles l'érosion régressive
a mordu sur les lignes de fracture. Il en résulte l'apparition d'un relief pseudo-appa-
lachien sur les flancs de la baie de Párati, lorsque les lignes de fracture sont suffisam
ment rapprochées. Le plan d'ensemble du golfe de plaine situé au Nord-Ouest de
Rio est analogue. L'inflexion transversale a affecté, semble-t-il, jusqu'aux blocs de
la Serra do Mar elle-même, d'où le passage privilégié emprunté par la route de Rio ANNALES DE GÉOGRAPHIE 88
à Sâo Paulo, où l'escarpement n'a plus que 400 à 500 m de dénivellation. Dans la
région de Angra dos Reis, la dissection se complique du fait de l'apparition de lignes
de fracture N-S.
En quelque point qu'on la traverse, la Serra do Mar est une ligne de partage
des eaux entre l'érosion régressive venant directement de l'Océan et des vallées
beaucoup plus évasées coulant vers l'intérieur. Le long de la vieille route Petropolis-
Guya de Pacobatiba, les morsures furieuses de l'érosion régressive dans les sols
mûrs jaunes et rouges des vallées décapitées est particulièrement spectaculaire.
Le relief couronnant la Serra do Mar, qui est ainsi attaqué, est extrêmement complexe.
Le type morphologique le plus répandu est un immense Gipfelflur de croupes arrondies
et chauves situées entre 600 et 900 m et ne présentant pas de restes de surfaces
d'aplanissement culminantes nets (entre Nova Friburgo et Terezopolis, au Sud
d'Angra dos Reis, etc.). Leurs versants aboutissent à des vallées assez larges au fond
plat et à la pente longitudinale modérée. Elles forment également un réseau déterminé
par des lignes de fracture orthogonales, mais où la direction SW-NE l'emporte.
Elles présentent toutefois dee étranglements qui rendent difficile l'analyse cyclique.
En tout cas, on n'a pas affaire purement et simplement à un seul cycle mûr qui
aurait été soulevé uniformément. Il est probable que dans l'ensemble de cette topo
graphie les formes de dégradation lente, provoquées par un léger mouvement de
bascule et favorisées par la vitesse de décomposition de la roche, jouent un très grand
rôle. Cependant, çà et là, des restes d'aplanissement incontestables apparaissent,
marquant une étape dans le soulèvement, par exemple sur la route entre Itaipava et
Terezopolis. D'autre part, le niveau général du Gipfelflur est dominé par des massifs
résiduels plus élevés, telle la région du Dedo do Deus qui dépasse de 1 000 m et
le massif situé entre Angra dos Reis et la route de Sâo Paulo. Il coïncide vraisembla
blement avec des masses de roches plus dures. En outre, l'ensemble de la région
de la Serra dos Orgâos apparaît comme ayant subi un soulèvement d'ensemble
plus vigoureux. Le détachement des noyaux résistants par l'érosion différentielle
dans les avant-postes de ces massifs amène souvent à l'individualisation de pains
de sucre, par exemple dans la région de Petropolis.
Les flancs de l'escarpement principal de la Serra do Mar montrent aussi des traces
d'aplanissement partiel, mais qu'il est bien difficile de raccorder. Les replats sont en
effet très abîmés. Plus significatives sont les vallées suspendues. Par exemple, le
long de l'ancienne route de Petropolis, l'exploitation de plusieurs lignes de fracture
a donné lieu au creusement d'une belle vallée en auge semblable aux vallées du
Portugal septentrional. Elle est plus large que les zones de broyage originelles, car
il y a eu recul des versants raides parallèlement à eux-mêmes, si bien que les cloisons
intermédiaires ont sauté. Or le fond de cette vallée s'élève par ressauts successifs
dont l'un se trouve au pied de Meio da Serra, tandis que l'autre est suspendu plus
haut, vers 400 à 500 m, et n'a subi qu'une incision insignifiante du fait du torrent.
En avant des éperons intermédiaires, des noyaux plus durs sont dégagés sous forme de
pains de sucre. En se rapprochant de la baie de Guanabara, les éperons font place
à des buttes arrondies, dites meias laranjas. Ces « demi-oranges » semblent se grouper
en niveaux de Gipfelflur suggérant d'anciens niveaux d'aplanissement. Fr. Ruellan
y a reconnu les restes de plates-formes horizontales étagées entre 300 et 0 m. Mais il
nous paraît un peu imprudent de formuler des .conclusions aussi précises. Les lambeaux
de surfaces vraiment planes n'occupent le plus souvent que quelques milliers de
mètres carrés (par exemple au pied de l'abrupt abordé par Pautostrade de Sào Paulo)
et sont très éloignés les uns des autres. Le sommet des meias laranjas subit dans

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