L'éruption volcanique de la Martinique - article ; n°58 ; vol.11, pg 289-294

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Annales de Géographie - Année 1902 - Volume 11 - Numéro 58 - Pages 289-294
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1902
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Lucien Gallois
L'éruption volcanique de la Martinique
In: Annales de Géographie. 1902, t. 11, n°58. pp. 289-294.
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Gallois Lucien. L'éruption volcanique de la Martinique. In: Annales de Géographie. 1902, t. 11, n°58. pp. 289-294.
doi : 10.3406/geo.1902.18181
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1902_num_11_58_1818158. — i Ie année. 15 juillet 1902. №
ANNALES
DE
GÉOGRAPHIE
I. — GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE
L'ÉRUPTION VOLCANIQUE DE LA MARTINIQUE
(Рпот., Pl. K-U)
Le moment n'est pas venu encore fie décrire avec précision les diff
érentes phases de l'éruption volcanique de la Montagne Pelée et surtout
celte terrible explosion du 8 mai qui, en quelques instants, a anéanti la
ville et la population de Saint-Pierre. Il faut attendre pour en parler
que les missions scientiiîques envoyées dans l'île aient publié leurs
rapports, et nous ne possédons jusqu'à présent que les résultats des
premières observations faites par les savants américains. Nous en
donnerons plus loin un résumé; mais il ne paraîtra peut-être pas hors
de propos de rappeler que cette éruption n'est pas un phénomène
isolé dans l'histoire géologique des Antilles, et que l'Amérique cen
trale est une des régions du globe où l'instabilité du sol est la plus
grande et l'activité volcanique la plus intense.
Dans un article récent, Мг Е. Deckert figurait sur une carte l'aire
d'extension des tremblements de terre qui depuis le commencement
du XIXe siècle ont périodiquement ébranlé les deux Amériques du Xord
et du Centre J. Si l'on tient compte de ce fait que lesséismesquiont été
observés ou enregistrés ont pu seuls être portés sur cette carte, — et
c'est sans doute ce qui explique la stabilité apparente de l'Amérique
centrale proprement dite, où nous savons que les tremblements de
1. E. Deckert, Die Erdbebenherde und Schullergebiete von S ord- Amerika in i liven
Bezíehungen zu den morphologischen Verhaltnissen (Zeilschr. Ges. Erdk. Berlin,
1902, p. 367-389, pl. 5).
ANX. DE GÉOG. — XI* ANNÉE. 19 290- GÉOGRAPHIE GÉNÉRALE.
terre sont très fréquents, — on constatera que le pourtour de la fosse
des Antilles est une aire d'ébranlement des plus nettes. Le Sud du
Mexique, en particulier, paraît être, de toute l'Amérique, un des points
les plus souvent secoués, mais les tremblements de terre sont éga
lement fréquents à Cuba, à Haïti, dans toute la zone des Petites
Antilles, comme aussi sur les eûtes de Colombie et du Venezuela.
L'activité volcanique, au contraire, est localisée au voisinage de la
fosse des Antilles, suivant une double série d'alignements : celui de
l'Amérique centrale et celui des Antilles. Les volcans de l'Amérique
centrale forment une série indépendante de celle flu Mexique et de
celle du Pérou et de l'Equateur. Ils sont alignés, parallèlement à la côte
du Pacifique, depuis le Lacandon (Guatemala) au N, jusqu'à l'Irazu,
(Costa-Rica) аш S.. Comme Ta montré Mr Marcel Bertrand l, si l'on y:
regarde, de près, on voit que « cette traînée se divise, en quatre tron
çons distincts: celui de Guatemala, celui de San Salvador, celui de
Nicaragua et celui de Costa-Rica. Entre chaque tronçon, il y a une
interruption complète de la. chaîne ;... mais il n'y a pas seulement
interruption, il y a décrochement... Quand on vient du Nord, chaque
tronçon est rejeté sur la mer, par rapporta celui qui- le précède ,
chacun de c;*s derniers correspond sans r.onteste à une fente, à une
ligne de fracture transversale. L'homologie de ces quatre lignes est
encore mieux marquée par le fait que, sur chacune d'elles, se trouve
un lac ou une dépression équivalente; c'est, pour la première, le lac de
Pacaya; pour la seconde, la baie de Fonseca ; pour la troisième, le
lac de Nicaragua, et pour la dernière les dépressions cratériformes de
San José et de Cartago. Ces dépressions, qui sont incontestablement,
d'origine volcanique, accentuent la signiiication des brisures transver
sales et soulignent en. quelque sorte l'importance exceptionnelle des
séismes ou des éruptions dont elles ont été le théâtre: le décroche
ment du Guatemala est dominé p;ir le Fuego, le volcan le plus actif du
pays (cinquante-sept éruptions connues jusqu'en 1880), et c'est la ligne
de prédilection des grands tremblements de terre qui ont, jusqu'à cinq
fois, complètement détruit la ville de Guatemala. La baie de Fonseca.
est entourée de volcans, et c'est sur. ses bords qu'a eu lieu l'éruption.1
du Conseguina (1835). Les bassins de- San-José et de Cartago sont au
pied du Turrialba et sont célèbres par la fréquence et la .violence de?
leurs séismes. »- Enfin, l'activité eruptive s'est réveillée en juin 1883,
dans le lac même de Nicaragua, par l'éruption.de l'Omotepe.
Il serait très intéressant- fie savoir, si l'on peut constater, quelque
chose d'analogue dans la structure de l'arc volcanique des Petites
Antilles. Le problème est difficile à résoudre. Toutes ces îles reposent
sur. un même socle dont- la profondeur est d'environ tiOO m., mais
V. Makcel Bêrtkand, Les Volcans de l'Amérique centrale [Revue ency clopédique
Larousse, 10" année, 27 janvier 1900, p. 61-65). ■

L'ÉRUPTION VOLCANIQUE DE LA MARTINIQUE. 29!
elles sont séparées les unes des autres par des dépressions qui
atteignent jusqu'à lOOOm. Sont-files, comme -le pense ■ Mr .1. W.
Spencer1, d'anciennes vallées submergées? Y a-t-il là. comme d'autres
l'ont prétendu, des cassures transversales ? La catastrophe, dont; les
Antilles -viennent d'être le théâtre attirera de nouveau l'attention sur
ces questions-et peut-être arrivera- t-oib à une, solution. Quoiqu'il en
soit, les Petites Antilles sont les débris d'une chaîne de plissement
presque complètement submergée,, qui se prolonge, après une forte
intlexion vers l'W, dans les grandes iles de- Porto-Rim, de Haïti, de
Cuba, de la Jamaïque, où les différents plis se séparent en divergeant
. légèrement, pour aller se, raccorder avec ceux de, l'Amérique centrale;
«lui. loin d'être parallèles à la côte, du* Pacifique, comme оП'Га cru si
longtemps, en les confondant avec les alignements volcaniques, sont
au contraire transversaux par; rapport à cette direction. Du côté, du
Sud, le prolongement de la chaîne! des Antilles reste indécis. Il n'y a
pas raccordement entre elles et la chaîne Caraïbe, en grande partie
démantelée, dont l'indépendance par- rapport au système des Andes a
été mise, en évidence par Mr Sievers., L'effondrement qui a fait dispa
raître le flanc nord de la chaîne Caraïbe dans la fosse des Antilles a
masqué, également le prolongement des Andes et de la chaîne, des
Antilles.
Celle-ci se réduit en réalité à une série d'îles dont les sédiments
calcaires n'ont pas tous subi l'effort du plissement et cachent, le noyau
intérieur, en partie constitué par des roches érapti ves anciennes, qui
apparaît dans les montagnes de Haïti et de Cuba. C'est la rangée exté->
Heure des Petites Antilles qui s'étend de Sombrero à la Barbade, en
comprenant dans cet alignement la partie orientale de la Guadeloupe,-
la (ïrande. Terre, si différente de l'autre partie2.-
Contre cette chaîne démantelée, .marquant le bordorientalde la
grande, fosse des Antilles, dont les profondeurs dépassent о 000 mètres,
s'aligne la chaîne intérieure, celle des Antilles volcaniques, contrastant
par leurs pitons et leurs mornes avec les îles plus plates situées à ГЕ.
Ce sont, en partant- du ; Sud, Grenade, les Grenadines, Saint-Vincenti
Sainte-Lucie, la Martinique, la Dominique, la Basse Terre de la Guadel
oupe, Montserrat, Nevis, Saint-Christophe, Saint-Eustache, Saba. Toutes
ces îles sont des volcans récents, d'altitudes toujours inférieures à
tiooO m. Le, point culminant qu'on' a; cru. pendant longtemps être le
Morne Diablotin, à la Dominique, paraît; bien: être la Soufrière 'de la
Guadeloupe, qui. atteint HX4 m.. Ce nom de, Soufrière qu" on trouve,
également à la Dominique et dans d'autres îles provient ; des fumées
1. On the f/eolo>/ical and physical Develop ment of Antigua, etc... {Quart. Journal
tied. ."V'cLVII, 1001, p. í'J(J-o-í4). J3onne analyse, par J.Giraud, dans La denf/raphie,
V, 1902, p. 290-29Í).
2. Voir, sur les Petite* Antilles, Ed. Stes?, La Face de la Ten e, Trad, de .Marge- T.' р. ~11-Т.)17 rie, Paris. Librairie Armand Colin, Ш7, Г, géographie: générale: 292
sulfureuses qui s'échappent d'un certain; nombre de fissures. Ainsi1
tous ces volcans s'alignent le long de grandes cassures probables-,
délimitant à ГЕ la fosse des Antilles.
Mr Ed. Suess aanis le premier en lumière l'analogie qui- exista
entre la structure du bassin des Antilles et celle du bassin occidental
de la Méditerranée1. Là, comme dans la Méditerranée, la grande foss^
marine est enfermée au N et au S entre des zones de plissements : au
N c'est la Chaîne antillienne qui diverge à partir d'Haïti: elle corres
pondra la- zone des plissements alpins. Au S c'est la'chaine Caraïbe_
qui présente, bien que probablement plus ancienne, des analogies sin
gulières avec les chaînes «le l'Atlas, elles aussi en partie effondrées.
Au Nord de cette zone, d'autres effondrements se sont produits: en
Amérique celui du golfe du Mexique, en Europe, ceux de l'Adriatique-
et de la mer Noire. C'est encore Ed. Suess qui a fait remarquer l'anai
logie qui existe entre l'arc volcanique des petites Antilles et celui qu-
occupe le fond de la Méditerranée occidentale, avec l'Etna, Stromboli
et le Vésuve, sans parler des volcans éteints du Latium et de ceux de
la Campanie dont l'activité pourrait bien se réveiller un jour. Ainsi se
manifeste, parallèlement à l'équateur, l'existence d'une zone de fractures
et d'effondrements, d'une plus grande Méditerranée qui est une des
parties faibles de l'écorce terrestre.
Biemque constituée, par des volcans récents, la chaîne des Petites-
Antilles passait pour une région dont l'activité volcanique, malgré le»
fumerolles qui s'échappaient de certains cratères, paraissait- plutôt
assoupie. En particulier, la Montagne Pelée ne semblait présenter aucun
danger. Um petit lac, le lac des Palmistes, qui en occupait le sommet,
était bien un lac de cratère, mais la végétation avaitdepuis longtemps
envahi les pentes de la montagne, dont le sommet seul restait dénudé,
d'où le nom de Montagne Pelée (ait. 1 350 m.). En 185 1; cependant, une
éruption- très- localisée avait causé une • véritable panique parmi les
populations quiise pressaient sur le rivage, au pied de la montagne,
eť dans les nombreuses habitations de cette riche région de cultures.
NouSî possédons sur: cette éruption un. rapport* très instructif de
Mr Leprieur, pharmacienne la marine, présidentde la Commission
qui) fut; instituée alors pour étudier le phénomène. On y lit que le
16 mai 1851 se produisit une forte 'secousse de tremblement de terre,
qu'en juillet on ressentit de nouvelles secousses, qui continuèrent au.
début du mois d'août, accompagnées de sourds grondements. Dans-
lai nuit du» 5 au, H août, une pluie -de cendres couvrit Saint-Pierre et
s'étendit jusqu'au Carbet. Des gerbes de fumée étaient lancées par la
montagne, des vapeurs refoulées par le • vent remplissaient Saint-
1. La Face de la Terre, t. I, p. 113-123. . /If Пгчд., 11° !jR. Тошр XI.. PI. 1<\ Ann.,
i-.. л.д. i- Л. гл.: ï.
Vrr.LAC.E DU MORXn-VERT. ET VERS.VXT XnllD-uUEiT DEà PÍTOVS Dlí CARBET
(Mars IS',1'.).)
FnUiîÈllES ARBiJ RESSENTES ET VÉiiKTATIOX КОГЕТТЕЕ PAU L*ALIZÉ
ЛГ C(»L DU MOUXE-RoL'i'.E
Le pit.«n niiru est le Piton fïelé. (Avril 1УУУ.) L'ÉRUPTION VOLCANIQUE DE LA MARTINIQUE. 293
.Pierre d'hydrogène sulfuré. Quand! l'éruption -se fut; calmée,. Mr Le-
prieur put constater, à. la- lin d'août et au commencement de sep
tembre, qu'elle ne s'était pas produite au sommet delà montagne, ou
le lac des Palmistes n'avait subi aucune modification, mais sur le flanc
ouest, vers les sources de la rivière- Claire. Là. se trouvaient- deux
bouches d'où avaient jailli des vapeurs et de la boue; plus bas, d'autres
cratères s'étageaient dans la direction de Saint-Pierre. Il n'y avait pas
•eu d'émission de laves1.
C'est au débuť d'avril ,190a: que commencèrent à se manifester les
premiers symptômes de la dernière éruption. On en: connaît les
principaux épisodes. De violentes détonations se produisirent d'abord;
le 23, il y eut une pluie de cendres, un cratère s'ouvrit à, 7 heures du
matin au: lieu dit l'Étang Sec, ancien antérieurà l'éruption
■de. lSîîl, à НПО? m. du sommet et sur le flanc ouest de la montagne.
•C'est de là que sortit le torrent de boue, descendu par la vallée de la
rivière Blanche, qui, le l\ mai, ensevelit l'usine (îuérin. Le 7, on
■entendit une canonnade : intense, une pluie de cendres d'une ténuité
■extrême couvrait Saint-Pierre et ses environs. Le S, quelques minutes
avant 8 heures, la malheureuse ville était emportée par une trombe
de gaz et de feu,, asphyxiant .et brûlant les habitants, détruisant
tout sur son passage. De nouvelles éruptions, qui eussent été peut-être
aussi- terribles que la première, s'il y eût eu encore -des victimes à
faire, se produisirent le 20 mai et le (i juin. Depuis, le volcan parais
sait i plus calme, mais on annonce une recrudescence - d'activité qui
s'est traduite par de violentes explosions le 9, le 11: et le 12 juillet..
Fait très digne de remarque, presque en même temps que la Mon
tagne Pelée, la Soufrière de Saint- Vincent entrait en éruption, faisant
heureusement moins de victimes. En mai et juin l'activité volcanique
se réveillait au Mexique, et au Guatemala. De nombreux séismes étaient
en même temps observés sur plusieurs points du globe, dont le der
nier, au commencement de juillet, ébranlait fortement Salonique.
Voici maintenant un résumé des observations transmises par Mr R.
T. ITi 11 , du Geological Survey des États-Unis,, au National Geographic
Magazine-.
La surface ravagée par la catastrophe forme une ellipse allongée
dont la circonférence passe par le Prêcheur, le sommet de la Montagne
Pelée et le bourg du Carbet. On y distingue trois zones où les traces
<le destruction se manifestent avec une intensité décroissante. Le Nord
1. Les conclusions du rapport de M' Leprielr ont été publiées par M'A.Pehrey
• dans Mémoires Acad. Sciences, Arts et Belles-lettres de Dijon, '!' série,. II, 18!»4,
.partie des Sciences, p. З0-С8. Quelques parties en ont été reproduites par L. Furest
dans le journal L'Illustration, LX, 1902, n° 309.", p. 44K-447. — On trouvera une bonne
«•arte ù 1:500 000 de la Martinique, de la Dominique et de la Guadeloupe dans
l'Atlas des Colonies Françaises de Paul Pelet, Paris, Librairie Armand Colin, PI. 24.
•2. XIII, 1901, June. p.'-209-'212.

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