L'évolution du peuplement, de l'habitat et des paysages agraires du Maghreb - article ; n°446 ; vol.81, pg 451-464

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Annales de Géographie - Année 1972 - Volume 81 - Numéro 446 - Pages 451-464
The evolution of Maghreb's population, habitat and rural landscape.
Recent evidence from eastern Morocco, Algeria, Tunisia and Tripolitania supports de Planhol's thesis that a distinct peasant civilization was established in the pre-saharan mountains of the Maghreb in the pre-classical period and survived intact until at least the 11th century. Since that time this civilization has gradually disappeared from large areas, though it survives to this day in the western High Atlas, the Aures Massif and in parts of the Djebels Matmata, Ouderna and Nefousa. These semi-arid mountains and hills were attractive for early settlement by peasant communities because of their open forest vegetation. There were few obstacles to their penetration, and settlement involved little clearing. Over the centuries the Berber population developed a variety of irrigation techniques to concentrate and retain the scarce surface water and to allow the accumulation and retention of soil. This provided a sound agricultural base, while livestock rearing, involving short-range trans-humance movements, formed an equally important element in the economy. Indeed, this rural civilization appears to have given to the pre-saharan zone a degree of unity and a certain individuality during early historical times. In contrast, the coastal mountains remained sparsely populated during the early historical period, and were occupied by communities with a much less sophisticated economy and a low level of material culture.
Un ensemble de témoignages récents venant du Maroc oriental, d'Algérie, de Tunisie et de Tripolitaine confirment la thèse de Xavier de Planhol en prouvant qu'une civilisation paysanne distincte s'est établie dans les montagnes présahariennes du Maghreb à l'époque préclassique et a survécu intacte au moins jusqu'au XIe siècle. Depuis, cette civilisation a graduellement disparu de grandes régions, bien qu'elle se soit maintenue dans le Haut-Atlas occidental, le massif de l'Aurès et dans certaines parties des djebels Matmata, Ouderna et Nefousa. Ces montagnes et collines semi-arides présentaient à des communautés paysannes l'attrait de leur forêt ouverte, et leur peuplement fut très précoce. Elles offraient peu d'obstacles à la pénétration et il ne fallait que très peu déboiser avant de s'installer. A travers les siècles la population berbère mit en pratique différentes techniques d'irrigation afin de concentrer et retenir la rare eau de ruissellement et d'accumuler et garder le sol fertilisé. Ceci procurait une bonne base à l'agriculture, tandis que l'élevage du petit bétail, s'appuyant sur la transhumance à courte distance, formait un élément également important de l'économie. Il semble que cette civilisation paysanne ait réellement donné à la zone présaharienne du Maghreb un certain degré d'unité et une certaine individualité jusqu'à l'époque médiévale. Par contraste, les montagnes littorales restèrent à peu près vides pendant cette période et furent occupées par des communautés dont l'économie était beaucoup moins avancée et le niveau de vie très faible.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1972
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Monsieur Richard I. LAWLESS
L'évolution du peuplement, de l'habitat et des paysages agraires
du Maghreb
In: Annales de Géographie. 1972, t. 81, n°446. pp. 451-464.
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LAWLESS Richard I. L'évolution du peuplement, de l'habitat et des paysages agraires du Maghreb. In: Annales de Géographie.
1972, t. 81, n°446. pp. 451-464.
doi : 10.3406/geo.1972.18768
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1972_num_81_446_18768Abstract
The evolution of Maghreb's population, habitat and rural landscape.
Recent evidence from eastern Morocco, Algeria, Tunisia and Tripolitania supports de Planhol's thesis
that a distinct peasant civilization was established in the pre-saharan mountains of the Maghreb in the
pre-classical period and survived intact until at least the 11th century. Since that time this civilization has
gradually disappeared from large areas, though it survives to this day in the western High Atlas, the
Aures Massif and in parts of the Djebels Matmata, Ouderna and Nefousa. These semi-arid mountains
and hills were attractive for early settlement by peasant communities because of their open forest
vegetation. There were few obstacles to their penetration, and settlement involved little clearing. Over
the centuries the Berber population developed a variety of irrigation techniques to concentrate and
retain the scarce surface water and to allow the accumulation and retention of soil. This provided a
sound agricultural base, while livestock rearing, involving short-range trans-humance movements,
formed an equally important element in the economy. Indeed, this rural civilization appears to have
given to the pre-saharan zone a degree of unity and a certain individuality during early historical times.
In contrast, the coastal mountains remained sparsely populated during the early historical period, and
were occupied by communities with a much less sophisticated economy and a low level of material
culture.
Résumé
Un ensemble de témoignages récents venant du Maroc oriental, d'Algérie, de Tunisie et de Tripolitaine
confirment la thèse de Xavier de Planhol en prouvant qu'une civilisation paysanne distincte s'est établie
dans les montagnes présahariennes du Maghreb à l'époque préclassique et a survécu intacte au moins
jusqu'au XIe siècle. Depuis, cette civilisation a graduellement disparu de grandes régions, bien qu'elle
se soit maintenue dans le Haut-Atlas occidental, le massif de l'Aurès et dans certaines parties des
djebels Matmata, Ouderna et Nefousa. Ces montagnes et collines semi-arides présentaient à des
communautés paysannes l'attrait de leur forêt ouverte, et leur peuplement fut très précoce. Elles
offraient peu d'obstacles à la pénétration et il ne fallait que très peu déboiser avant de s'installer. A
travers les siècles la population berbère mit en pratique différentes techniques d'irrigation afin de
concentrer et retenir la rare eau de ruissellement et d'accumuler et garder le sol fertilisé. Ceci procurait
une bonne base à l'agriculture, tandis que l'élevage du petit bétail, s'appuyant sur la transhumance à
courte distance, formait un élément également important de l'économie. Il semble que cette civilisation
paysanne ait réellement donné à la zone présaharienne du Maghreb un certain degré d'unité et une
certaine individualité jusqu'à l'époque médiévale. Par contraste, les montagnes littorales restèrent à peu
près vides pendant cette période et furent occupées par des communautés dont l'économie était
beaucoup moins avancée et le niveau de vie très faible.L'évolution du peuplement,
de l'habitat et des paysages agraires
du Maghreb
par Richard I. Lawless
Université de Durham.
Dans un article paru ici en 19621, Xavier de Planhol tentait de reconsti
tuer les genres de vie des montagnards du Maghreb au début de l'histoire,
et d'examiner la portée des invasions médiévales des grands nomades arabes
sur le peuplement et la structure de l'habitat de cette région.
Les premiers habitants connus du Maghreb sont les Berbères, et X. de
Planhol suggérait qu'avant les invasions médiévales des Arabes au xie siècle
le centre de leur civilisation se situait dans les montagnes déjà nettement
s' étendant du Haut et de l'Anti-Atlas sèches de la frange interne du Maghreb,
au Maroc, à travers l'Atlas saharien et l'Aurès en Algérie, jusqu'aux djebels
Matmata et Ouderna en Tunisie et jusqu'au djebel Nefousa en Tripolitaine
(fig- 1).
Originellement boisées, mais avec une végétation de climax forestiers
très fragile (souvent forêts claires de chênes, pins ou genévriers), ces mont
agnes, qui reçoivent une chute de pluie moyenne dépassant rarement
400 mm par an, n'étaient pas difficiles à pénétrer. Le travail de déboisement
nécessaire avant de fonder une habitation n'était que peu important. C'est
précisément, insiste-t-il, la médiocrité de l'obstacle forestier qui explique
leur peuplement précoce et leur apparition très ancienne dans l'histoire. Il
semble que la population, qui vivait dans des villages de pierre sèche, ait été
composée de paysans pasteurs pratiquant une agriculture d'irrigation et
l'élevage du petit bétail. Ils aménagèrent les pentes des basses collines en
1. X. de Planhol, « Caractères généraux de la vie montagnarde dans le Proche-Orient et
dans l'Afrique du Nord », Annales de Géographie, 1962, p. 113-130; id., Les Fondements géogra
phiques de l'histoire de l'Islam, 1968, p. 124-155 ; voir aussi J. Despois, « La culture en terrasses
en Afrique du Nord », Annales E.S.C., 1956, p. 42-50 ; id., Le Djebel Amour, Paris, Publications
de la Faculté des Lettres d'Alger, 11e série, XXXV ; pour une étude de la en
dans les pays méditerranéens, id., Géographie et histoire agraires, Nancy, Mémoires des Annales
de l'Est, 21, p. 105-117. 452 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
terrasses de façon à pouvoir cultiver des céréales et planter des arbres ; la
terrasse irriguée leur procurant une base agricole certaine par rapport aux
résultats aléatoires de l'agriculture pluviale. La surproduction de céréales
était souvent amassée dans des greniers et magasins collectifs. En hiver
ces communautés menaient leurs troupeaux de brebis et de chèvres dans les
plaines basses, et en été dans les hautes pâtures de montagne. Pour ces
déplacements à courte distance, il n'y avait nul besoin de chameaux, ni
même de chevaux, et le bœuf porteur était la bête de somme la plus larg
ement utilisée1. Quoiqu'il soit difficile d'évaluer les densités de population
pour cette époque, X. de Planhol suggérait que dans les montagnes pré-
sahariennes elles devaient être assez proches de celles d'aujourd'hui.
Fig. 1. — Carte générale du Maghreb.
Il montra aussi qu'à l'opposé des montagnes de l'intérieur à la civilisa
tion rurale cohérente, les montagnes littorales humides s' étendant du Rif
à la Kroumirie (dont certaines parties reçoivent plus de 1 000 mm de pluie
par an) restèrent très boisées jusqu'aux grands remaniements médiévaux.
Elles semblent avoir été à peu près vides, les habitants occupant de rudes
abris construits dans de petites clairières disséminées à travers la forêt. Ces
communautés primitives dépendaient probablement des produits de la forêt
pour subsister. Ils vivaient en équilibre avec le milieu et étaient incapables
de mettre sérieusement la forêt en danger2.
Le caractère traditionnel de l'occupation humaine de ces montagnes
changea cependant radicalement après le xie siècle, selon X. de Planhol,
1. Le rôle important que joua le bœuf porteur dans la vie de ces communautés a été examiné
plus en détail par X. de Planhol, « Le bœuf dans le Proche-Orient et l'Afrique du Nord »,
Journal of the Economie and Social History of the Orient, 12, 1969, p. 298-321.
2: X. de Planhol observe un contraste semblable, au Proche-Orient, entre l'occupation
humaine des montagnes littorales et des montagnes de l'intérieur au début de l'histoire et jusqu'au
Moyen Age. LE PEUPLEMENT DU MAGHREB 453
-c'est-à-dire après les invasions médiévales des grands nomades arabes — le
Béni Hilal et le Béni Solaym. Dans certaines parties des montagnes de l'inté
rieur, par exemple l'Aurès et le Haut-Atlas occidental, une combinaison de
reliefs déchiquetés et de sociétés agraires profondément enracinées permit aux
habitants de préserver intact leur genre de vie traditionnel. Ailleurs, par
exemple dans l'Atlas saharien, moins élevé et plus ouvert, la vieille civilisa
tion rurale fut submergée et disparut presque. Mais les changements les plus
profonds eurent lieu dans les montagnes littorales, qui servirent de refuges
aux habitants des plaines environnantes, où les conditions de vie devenaient
de moins en moins sûres, au fur et à mesure que des tribus nomades du Sud
pénétraient profondément le Tell. Il en résulta un changement fondamental
du centre de gravité de la population berbère, et bientôt le Rif oriental,
massifs du Zerhoun, Béni Snassen, des Traras, et la Grande Kabylie,
jusqu'alors à peu près vides, supportèrent des densités de population rel
ativement élevées. Cette situation est demeurée pratiquement inchangée
jusqu'à maintenant.
Une somme considérable de témoignages archéologiques est venue
renforcer la théorie de Xavier de Planhol quant au caractère de l'occupation
humaine dans les montagnes du Maghreb jusqu'aux grandes invasions
médiévales. Le but de cet article est de présenter un résumé de ces faits
nouveaux.
A l'intérieur de l'Algérie occidentale et du Maroc oriental les nombreuses
habitations désertées furent décrites brièvement pendant la seconde moitié
du xixe siècle et la première partie du xxe siècle1, mais restèrent peu étudiées
jusqu'à maintenant. Bien que l'on fût d'accord pour admettre que certaines
de ces habitations étaient préislamiques, de nombreux archéologues et
historiens étaient convaincus qu'il n'y avait aucun moyen de connaître plus
précisément la date à laquelle elles remontaient. Ces sites furent donc consi
dérés très souvent comme des domaines d'investigation stériles. En 1957
cependant Marion publia les résultats de ses travaux sur les habitations
désertées dans le dir du Ras Asfour, région peu étendue de l'Atlas tabulaire
occidental, près de la frontière entre l'Algérie et le Maroc2. C'était la première
tentative d'étude systématique de tous les sites de ce type, dans une région
peu étendue, mais bien définie. Après avoir visité plus d'une centaine de ces
habitations, et mené à bien plusieurs fouilles, Marion fut à même d'identifier
trois types distincts — villages, maisons isolées et enceintes — et avança
1. S. Gsell, Atlas archéologique de l'Algérie; F. Blanche, «Ruines berbères des environs
d'Ain el Turck », Bulletin de la Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran, 1913, p. 223-230 ;
id., « L'Ain Nekrouf et les ruines berbères », Bulletin de la Société de Géographie et d'Archéologie
d'Oran, 1920, p. 167-172 ; R. de la Blanchère, Voyage d'étude dans une partie de la Mauritanie
Césarienne, Extrait des Missions scientifiques et littéraires, Troisième Série, 10, 1883 ; A. Joly,
« Répartition et caractère des vestiges anciens dans l'Atlas tellien (Ouest oranais) et dans les
steppes oranaises et algéroises », Revue africaine, 53, 1909, p. 5-19 ; L. Voinot, « Note sur les
tumuli et quelques vestiges d'anciennes agglomérations de la région d'Oujda », Bulletin de la
Société de Géographie et d'Archéologie d'Oran, 1913, p. 507-527 ; id., «Note sur les tumuli et
quelques ruines des environs d'El Aioun-Sidi Mellouk (Maroc oriental) », Bulletin de la Société
de Géographie et d'Archéologie d'Oran, 1916, p. 257-277.
2. J. Marion, « Les ruines anciennes de la région d'Oujda », Bulletin d'Archéologie maro
caine, 2, 1957 (1959), p. 117-173. ANNALES DE GÉOGRAPHIE 454
la preuve convaincante que nombre d'entre eux avaient été fondés avant la
période romaine et étaient restés florissants jusqu'au xme siècle au moins.
Grâce aux résultats des travaux de Marion, il devint évident que les habi
tations désertées des autres parties du Maroc oriental et de l'Algérie occident
ale seraient un sujet d'études plus fécond1. La répartition de ces sites est
indiquée sur la figure 2. Certes, cette carte ne donne pas un tableau complet
de leur répartition, c'est un bilan provisoire. Mais elle nous permet de déli
miter les régions où existent des concentrations importantes de ruines et les
régions où ces sites semblent être absents. De plus, nous pouvons affirmer
que les zones vides sur la carte le sont en fait. Il y a peu d'habitats ruinés
dans les montagnes littorales — Atlas blidéen, monts des Béni Ghougran,
djebel Tessala, monts de Miliana, massif des Traras, et les Ouarsenis septen
trional et central, et pourtant les cartes correspondantes de Y Atlas de Gsell
montrent que ce fait ne reflète pas simplement un manque d'investigation
archéologique. De nombreuses descriptions de restes archéologiques à ces
endroits datent des premières années de la conquête militaire française et
il semble improbable qu'un grand nombre de sites aient été détruits, sans
avoir été mentionnés, par des colons européens venus à une époque plus
tardive. Cependant, à la différence des montagnes littorales, les montagnes
de l'intérieur — Atlas tabulaire, monts des Ouled Naïl, et pentes méridio
nales du massif de l'Ouarsenis — et la plaine haute du Sersou renferment
d'importantes concentrations d'habitations désertées.
Aucune de ces habitations berbères n'a été l'objet de fouilles scientifiques
mais des descriptions détaillées de plusieurs de ces sites et groupes de sites
ont été publiées2, et viennent compléter les renseignements inclus dans
Y Atlas de Gsell. Les conclusions suivantes sont fondées sur ces témoignages
plutôt fragmentaires. Tous les principaux types de sites identifiés par Marion
sont représentés, ainsi qu'un site particulièrement intéressant, à Sidi
Medjahed, qui était probablement la résidence fortifiée d'un chef de clan
berbère3. Le village fortifié est le type le plus répandu et la figure 2 montre
la prédominance de l'habitat groupé, surtout dans l'Atlas tabulaire et la
plaine haute du Sersou. Malheureusement cette structure peut ne pas être
réelle. Des fermes isolées et des enceintes simples peuvent exister mais leur
présence n'a pas été enregistrée. Ce n'est que lorsque tous les sites d'une
région précise ont été étudiés qu'un tableau complet de la structure de l'habi
tat de cette région émerge. Et même alors il est possible que tous les sites
d'habitations n'aient pas été occupés à la même époque, et qu'un ou plusieurs
types d'habitations soient caractéristiques de certaines périodes chronolo-
1. Nous-même avons inséré ce travail dans un plan plus vaste destiné à étudier l'évolution
de la structure de l'habitat du Maroc oriental et de l'Algérie occidentale jusqu'aux grandes
invasions médiévales. Notre thèse a été soutenue devant l'Université de Durham en juillet 1969
en vue de l'obtention du doctorat es Lettres. Le titre était : « Mauretania Caesariensis : an archaeol
ogical and geographical survey ».
2. F. Blanche, op. cit., 1913 et 1920 ; R. de la Blanche re, op. cit. ; A. Joly, op. cit. ;
L. Voinot, op. cit., 1913 et 1916.
3. J. Marion, « L'éperon fortifié de Sidi Medjahed (Oranie) », Libyca-ArchéologU-Épigraphie,
7, 1959, p. 27-41. Fig. 2. — Répartition des habitations berbères désertées au Maroc oriental et en Algérie occidentale.
El Aioun. — 0. Sidi Medjahed. — 3. Koudiat-er-Roum. — 4. Koudiat-en-Nessara. — 5. Ain el Turck. — 6. Ain Nekrouf. — 7. Kersout.
— 8. Koliaa. — 9. Karbab. — 10. Tidernatin. — 11. M talsa. — 12. Ain Balloul. 456 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
giques précises. Mais il faudra attendre des travaux plus détaillés et notam
ment des fouilles pour pouvoir tenter de définir les changements dans la
structure de l'habitat pendant la première moitié de l'ère chrétienne.
Un grand nombre de ces habitations occupent des endroits jouissant de
certaines protections naturelles. De nos jours le type d'habitat perché est
reconnu comme traditionnellement méditerranéen, lié à des situations
économiques et sociales plutôt qu'à des raisons spécifiques de défense. Mais
la plupart des villages de cette région ont aussi de solides remparts pour en
renforcer les côtés les plus propices à l'attaque, et il semble probable que
la recherche d'une certaine protection contre une attaque ait été le facteur
essentiel du choix des sites d'habitation. Construire en pierre sèche et brute
est la règle générale, bien que l'on puisse voir en plusieurs sites des pierres
taillées jointes ensemble avec du mortier. Les murs construits en pierre
sèche ne pouvaient pas être très hauts et le bois devait être un important
matériau de construction. La dimension et le plan des villages étaient loin
d'être homogènes. Certains couvraient seulement 1 ou 2 hectares, d'autres
50 hectares. A Tidernatin, par exemple, il n'y avait que quelques maisons
à l'intérieur de la surface enclose et elles étaient irrégulièrement disposées ;
à Mtalsa, au contraire, à l'intérieur du mur d'enceinte, les maisons se serraient,
disposées avec une certaine régularité.
L'élevage du bétail semble avoir joué un rôle important dans la vie
économique de nombreuses, sinon de toutes ces communautés berbères. Des
traces de vastes cours furent découvertes par Voinot dans plusieurs villages
désertés près de El Aioun au Maroc oriental ; des maisons avec de vastes
cours et des enceintes, comportant une ou plusieurs petites salles à l'intérieur,
furent décrites par Joly dans les monts des Ouled Naïl et par de la Blanchère
dans l'Atlas tabulaire. De plus il est possible que les grands espaces ouverts
à l'intérieur des murs d'enceintes de certains villages, comme Tidernatin,
permettaient aux habitants de mener leurs troupeaux à l'intérieur de l'en
ceinte la nuit, et en période de danger ou lors d'une attaque. Cependant ces
communautés étaient sédentaires et non nomades. Des silos à grains, des
tours dans lesquelles le grain était emmagasiné, des moulins à blé et des
graines de céréales carbonisées ont été découvertes parmi les ruines de plusieurs
villages. Quelques communautés de l'Atlas tabulaire et des monts des Ouled
Naïl construisirent de petits barrages en travers des ruisseaux pour capter
l'eau de leur surface et aussi la terre emportée par les torrents irréguliers.
Les petites terrasses ainsi créées se prêtaient particulièrement bien à la plan
tation d'arbres. De nombreux villages étaient également entourés de jardins,
probablement irrigués, surtout en été. Tous ces faits suggèrent, par consé
quent, qu'agriculture et élevage étaient importants pour les habitants,
l'équilibre étant toutefois sûrement rompu en faveur de l'une ou l'autre de
ces activités selon les ressources locales.
De nos jours il est difficile de classer les techniques de construction ber
bères et les objets façonnés en des périodes chronologiques précises. On peut
distinguer différentes techniques de construction, mais seules celles qui PEUPLEMENT DU MAGHREB 457 LE
reflètent clairement une des grandes influences extérieures — romaine ou
arabe — dans cette région ont une valeur chronologique. De même seuls les
objets de fabrication arabe ou romaine, ou montrant des traces d'influence
romaine ou arabe, sont caractéristiques et nous aident à dater ces villages.
Une grande majorité de ces habitations étaient situées au-delà de la
frontière établie par Rome au cours du me siècle. Néanmoins on a découvert
des pièces de monnaie romaine dans les monts de Saïda et autour de Zenina
dans les monts des Ouled Naïl ; on a trouvé de la poterie romaine dans les
ruines de nombreux villages. On a aussi relevé des inscriptions et des signes
laissés par des maçons à Sidi Medjahed et découvert une base de colonne
grossièrement façonnée à Tidernatin. Mais il semble que les Romains aient
surtout influencé les techniques de construction : à Sidi Medjahed, Koudiat-
er-Roum et Koudiat-en-Nessara on peut voir des pierres taillées, jointes
avec du mortier et soigneusement disposées en assises. L'usage de la pierre
taillée est visible à Mtalsa et dans un certain nombre de sites autour de Zenina
et de Djelfa dans les monts. des Ouled Naïl. Il existe une citerne de cons
truction romaine à Koliaa, dans les monts de Saïda, et des vestiges d'une
conduite d'eau en pierre taillée à Ben Yacoub, dans les monts des Ouled Naïl1.
Les fondations régulières des maisons de Koudiat-er-Roum et de Koudiat-
en-Nessara et des remparts d'Ain Balloul reflètent aussi l'influence romaine.
Les faits prouvent qu'un certain nombre de villages à l'intérieur de cette
région existaient pendant l'époque romaine, et que leurs habitants furent
jusqu'à un certain point « romanisés ». Il est possible que certaines de ces
habitations aient été fondées durant la période romaine. Mais l'existence
d'une technique de construction beaucoup plus ancienne et évidemment
indigène : maçonnerie utilisant la dalle monolithique, suggère que de nom
breux villages furent fondés avant l'occupation romaine. La découverte
d'une inscription libyenne, préromaine, parmi les ruines d'un village berbère
à Karkab vient appuyer cette hypothèse. Sur quelques sites, les deux tech
niques de construction, l'une indigène, l'autre romaine, coexistent, l'ancienne
technique indigène se maintenant même à l'intérieur de communautés qui
tombèrent sous l'influence romaine.
Peu de témoignages indiquent que ces communautés furent influencées
par les techniques de construction arabes, et peu d'objets arabes ont été
retrouvés dans les ruines. Cependant il semble hautement probable que cette
civilisation de paysans-pasteurs fut florissante jusqu'aux invasions hila-
liennes. L'invasion vandale du ve siècle et la conquête musulmane au cours
1. Nous avons une autre preuve de l'influence romaine dans l'est des monts des Ouled Naïl
— en dehors de la région choisie pour cette étude. Durant les 11e et m0 siècles des groupes de
colons romains s'établirent là parmi les communautés indigènes ; et nous connaissons l'existence
d'au moins un domaine impérial (J. Carcopino, « Le limes de Numidie et sa garde syrienne
d'après des inscriptions récemment découvertes », Syria, 6, 1925, p. 145-147). De plus une inscrip
tion gravée entre 198 et 201 après J.-C. dans le djebel Zireg (entre les monts des Ouled Naïl
et le chott el Hodna) a enregistré l'allocation de terre arable, de pâtures et de sources par les
autorités romaines aux indigènes ou aux colons romains — ou peut-être un partage (L. Leschi,
t Une assignation de terres en Afrique sous Septime Sévère », Etudes d'épigraphie, d'archéologie
et d'histoire africaines, Gouvernement général de l'Algérie, Sous-Direction des Beaux-Arts,
Service des Antiquités, 1957, p. 75-79). 458 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
du vne siècle ne paraissent pas avoir apporté de grands changements dans
cette région ; la conquête musulmane du vne siècle ne toucha que peu de
gens et les nouveaux venus étaient surtout des citadins. C'est dans les nouvelles
capitales arabes que la civilisation islamique s'épanouit et dans les zones
rurales nous sommes réduits à supposer qu'il y eut continuité d'occupation
de nombreux sites, de la fin de la période romaine et de la période immédiate
ment postromaine jusqu'au début de l'époque musulmane. Les habitations
désertées ne semblent pas avoir été détruites, et par conséquent le principal
résultat de l'invasion des tribus arabes des xie et xne siècles fut probable
ment de convertir ces groupes de paysans au genre de vie des Arabes1. Ce
sont les pressions exercées par les nouveaux venus, ou simplement les contacts
avec eux, qui ont entraîné un grand nombre de paysans à abandonner leurs
villages et terrasses en faveur d'une économie plus pastorale, d'un genre de
vie nomade et d'une « demeure » plus mobile — la tente.
Par rapport aux régions précocement peuplées de l'Algérie occidentale,
les monts des Ouled Naïl présentaient certains avantages pour des sociétés
paysannes. Les chaînes septentrionales sont encore aujourd'hui couvertes de
quelques forêts assez dégradées de pin d'Alep et de chêne vert ; et la végéta
tion naturelle n'a jamais été que la forêt ouverte, en raison des chutes de
pluie faibles et irrégulières que reçoivent ces montagnes — 300 à 500 mm,
avec plusieurs chutes de neige, dans le nord ; 200 à 300 mm sur les pentes
du sud. Elles ne présentaient donc pas d'obstacle réel à la pénétration
humaine et offraient des conditions de sécurité. Les pentes permettaient de
retenir et de distribuer, selon les besoins, une rare eau de ruissellement ;
elles permettaient aussi de capter et d'amasser le sol fertile. On doit insister
sur le fait que, dans des régions semi-arides, « le relief est une bénédiction
de Dieu », tandis que dans les basses terres les civilisations paysannes sont
rarement protégées. Tout aussi important est le fait qu'une réserve abon
dante de matériaux de construction, bois et pierre, était disponible ; en dépit
de la chute d'eau annuelle relativement basse, les épaisses couches calcaires
donnaient jour à de nombreuses sources.
L'Atlas tabulaire reçoit, lui, des précipitations suffisantes, de l'ordre de
600 à 700 mm, sa couverture forestière est donc beaucoup plus dense que
celle des monts des Ouled Naïl. L'environnement y est assez rude avec de
dix à vingt chutes de neige chaque année et parfois de longues périodes de
sécheresse. Les déplacements y étaient plus difficiles, il était nécessaire de
défricher de grandes surfaces de forêt — une tâche pénible — avant d'y
1. On pensait traditionnellement que les invasions hilaliennes avaient eu un effet catastro
phique sur le genre de vie sédentaire du Maghreb oriental et central, en se fondant essentiellement
sur un texte d'Ibn Khaldoun, qui compare les tribus arabes à une « nuée de sauterelles » détrui
sant tout sur leur passage. Plus récemment, cependant, certains auteurs ont suggéré que le déclin
économique du Maghreb oriental avait déjà commencé avant l'arrivée des tribus arabes, et voient
dans ces invasions et l'importance grandissante du genre de vie nomade un symptôme plutôt
que la principale cause du déclin de la prospérité (J. Poncet, « Le mythe de la " catastrophe
hilalienne " », Annales E.S.C., 22, 1967, p. 1099-1120). Quelles qu'en soient la cause ou les causes,
il serait peut-être intéressant de noter que les tribus arabes qui envahirent le Maghreb central
étaient déjà installées en Ifriqiya depuis quelques années.

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