Le gisement paléolithique moyen des Gastines (Ille-et-Vilaine). Etude géologique et archéologique - article ; n°1 ; vol.5, pg 11-33

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1988 - Volume 5 - Numéro 1 - Pages 11-33
The small open-air site of Les Gastines in the Rance Valley lias yielded, through excavation and surface collection, a lithic industry whose age is Saalian, on geological grounds. From a technical and typological view-point, the industry is characterized by a rather moderate levalloisian debitage, unabundant but well-made side-scrapers, numerous naturally backed knives, plentiful denticulates and especially notched pieces, rather numerous convergent retouched tools (mousterian points, convergent and déjeté side-scrapers) and an absence of bifaces. It relates to the Early Middle Palaeolithic and shows similarities to the industries of Piégu, Grainfollet, and layers F and G at La Cotte de Saint-Brelade.
Le gisement des Gastines, petite station de plein air de la vallée de la Rance, a livré (fouille et ramassages de surface) une série lithique dont l'âge, géologiquement démontré, est saalien. D'un point de vue technique et typologique, l'industrie est caractérisée par un débitage levallois assez modeste, des racloirs peu abondants mais de bonne facture, de nombreux couteaux à dos naturel, des denticulés et surtout des encoches abondants, d'assez nombreux outils à bords retouchés convergents (pointes moustériennes, racloirs convergents et déjetés) et l'absence de bifaces. Elle se rapporte au Paléolithique moyen ancien et présente des ressemblances avec les industries de Piégu, de Grainfollet et des couches F et G de la Cotte de Saint-Brelade.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1988
Lecture(s) : 40
Nombre de pages : 24
Voir plus Voir moins

Jean-Laurent Monnier
Le gisement paléolithique moyen des Gastines (Ille-et-Vilaine).
Etude géologique et archéologique
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 5, 1988. pp. 11-33.
Abstract
The small open-air site of Les Gastines in the Rance Valley lias yielded, through excavation and surface collection, a lithic
industry whose age is Saalian, on geological grounds. From a technical and typological view-point, the industry is characterized
by a rather moderate levalloisian debitage, unabundant but well-made side-scrapers, numerous naturally backed knives, plentiful
denticulates and especially notched pieces, rather numerous convergent retouched tools (mousterian points, convergent and
"déjeté" side-scrapers) and an absence of bifaces. It relates to the Early Middle Palaeolithic and shows similarities to the
industries of Piégu, Grainfollet, and layers F and G at La Cotte de Saint-Brelade.
Résumé
Le gisement des Gastines, petite station de plein air de la vallée de la Rance, a livré (fouille et ramassages de surface) une série
lithique dont l'âge, géologiquement démontré, est saalien. D'un point de vue technique et typologique, l'industrie est caractérisée
par un débitage levallois assez modeste, des racloirs peu abondants mais de bonne facture, de nombreux couteaux à dos
naturel, des denticulés et surtout des encoches abondants, d'assez nombreux outils à bords retouchés convergents (pointes
moustériennes, racloirs convergents et déjetés) et l'absence de bifaces. Elle se rapporte au Paléolithique moyen ancien et
présente des ressemblances avec les industries de Piégu, de Grainfollet et des couches F et G de la Cotte de Saint-Brelade.
Citer ce document / Cite this document :
Monnier Jean-Laurent. Le gisement paléolithique moyen des Gastines (Ille-et-Vilaine). Etude géologique et archéologique. In:
Revue archéologique de l'ouest, tome 5, 1988. pp. 11-33.
doi : 10.3406/rao.1988.917
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1988_num_5_1_917:
:
11
Rc\>. archcol. Ouest, 5, 19SS, p. 11-33.
LE GISEMENT PALEOLITHIQUE MOYEN DES GASTINES
(Ille-et-Vilaine)
Etude géologique et archéologique
Jean Laurent MONNIER *
Résumé Le gisement des Gastines, petite station de plein air de la vallée de la Rance, a livré (fouille et ramassa
ges de surface) une série lithique dont l'âge, géologiquement démontré, est saalien. D'un point de vue technique
et typologique, l'industrie est caractérisée par un débitage levallois assez modeste, des racloirs peu abondants
mais de bonne facture, de nombreux couteaux à dos naturel, des denticulés et surtout des encoches abondants,
d'assez nombreux outils à bords retouchés convergents (pointes moustériennes, racloirs convergents et déjetés)
et l'absence de bifaces. Elle se rapporte au Paléolithique moyen ancien et présente des ressemblances avec les
industries de Piégu, de Grainfollet et des couches F et G de la Cotte de Saint-Brelade.
Abstract The small open-air site of Les Gastines in the Rance Valley lias yielded, through excavation and surfa
ce collection, a lithic industry whose âge is Saalian, on geological grounds. From a technical and typological view-
poirrt, the industry is characterized by a rather moderate levalloisian débitage, unabundant but well-made side-
scrapers, numerous naturally backed knives, plentiful denticulates and especially notched pièces, rather nume-
rous convergent retouched toois (mousterian points, convergent and "déjeté" side-scrapers) and an absence of
bifaces. It relates to the Early Middle Palaeolithic and shows similarities to the industries of Piégu, Grainfollet,
and layers F and G at La Cotte de Saint-Brelade.
Mots-clés : Paléolithique moyen, stratigraphie, sédimentologie, typologie, habitat préhistorique.
Key-words : Middle Palaeolithic, stratigraphy, sedimentology, typology, prehistoric seulement.
Le site des Gastines (commune de Saint-Père- En outre, les hauteurs d'eau dans l'estuaire de la
Rance sont modulées par le fonctionnement de l'usiMarc-en-Poulet) se trouve sur la rive ouest de la ria
de la Rance (fig. 1), en bordure d'un bras de mer ne marémotrice, ce qui introduit des difficultés sup
correspondant à deux vallées affluentes (ruisseaux de plémentaires. Les conditions de travail furent géné
la Couaille et de la Goutte). Il est au nord de Saint- ralement très pénibles (froid, humidité, vent...).
Suliac et guère éloigné de plus de 1800 m, à vol d'oi Grâce à des équipes assez nombreuses et efficaces,
seau, du gisement bien connu de Grainfollet (Giot et une surface totale de 94 m a pu être fouillée (4).
Bordes, 1955).
I - L'HABITAT PREHISTORIQUE La station paléolithique des Gastines se situe plus
précisément à l'ouest du hameau du même nom (1).
Elle est strictement en position d'estran, c'est-à-dire L'habitat des Gastines était installé en plein air, à
peu de distance (50 mètres environ) d'un éperon roau-dessous du niveau des plus hautes mers actuelles
(fig. 2). cheux aujourd'hui en grande partie noyé sous les dé
pôts limoneux périglaciaires. Il est vraisemblable Nous devons la découverte de ce gisement à
M. Yves DONGUY, dans le courant de l'année qu'en liaison avec l'occupation paléolithique de la
zone reconnue en fouille, des abris aient pu être 1980. A la suite d'une série de sondages qui nous ont
permis de localiser la couche archéologique, il fut trouvés au pied de ces escarpements.
Le site des Gastines se trouve donc au fond d'une décidé d'entreprendre des fouilles plus étendues (2).
Une première campagne fut organisée en septem assez large dépression s'ouvrant à l'ouest sur la ria de
la Rance et correspondant à la réunion de deux valbre 1981, suivie de deux autres en octobre 1982 et en
avril 1983 (3). Le gisement étant situé dans la zone lées (fig. 1). L'habitat était relativement abrité des
vents de sud-ouest par la presqu'île de Saint-Suliac, de balancement des marées, il fallut choisir des pé
riodes de mortes-eaux pour entreprendre les travaux. mais très peu protégé des vents de secteur ouest à
* E.R. n °27 du C.N.R.S., Laboratoire d'Anthropologie préhistorique, Université de Rennes 1, 35042 Rennes cedex. 12
de Saint-Suliac ; au nord et au nord-ouest, le regard
butte sur les hauteurs occupées aujourd'hui par le
bourg de Saint-Jouan-des-Guérêts. Vers l'ouest par
contre, on peut apercevoir, depuis le site, la vallée de
la Rance dans un passage relativement étroit (entre
la Landriais et la pointe de la Roche-du-Port). Sans
doute existait-il aussi un gué à cet endroit.
Le plan (fig. 4) montre la répartition de l'industrie
lithique. Aucun vestige osseux ne s'est conservé, ni
aucun charbon de bois ou dépôt cendreux. Il n'a pas
non plus été observé d'associations de blocs de pier
res, ni de fosses ou cuvettes pouvant être interpré
tées comme des "structures" d'origine anthropique.
L'analyse de l'habitat ne repose donc que sur la ré
partition des outils lithiques. La validité de tels plans
de répartition a été discutée ailleurs (Monnier,
1986a). Notons qu'aux Gastines nous avons affaire à
une unique couche d'occupation paléolithique (ce
qui exclut pratiquement les risques de mélanges) et
que l'industrie était localisée au contact du substra-
tum rocheux dont elle suivait les irrégularités (voir
injra). Frg. 1 : Situation paléo-géographique du gisement des Gastines.
Des relations entre éclats et nucleus ont pu être Les vallées, aujourd'hui ennoyées par la mer, font partie de la
établies, non par des remontages effectifs, mais en se ria de la Rance.
basant sur des particularités pétrographiques. En ef
nord-ouest. L'ensoleillement était bon. Les points fet le silex mis en oeuvre provient de rognons très
d'eau devaient être nombreux dans le voisinage. En variés, de sorte qu'une simple observation macrosco
outre, il est probable que la vallée de la Rance pique a permis d'établir des rapprochements indiscu
constituait une voie de passage privilégiée pour le tables entre certains éclats et nucléus.
gros gibier que l'on pouvait surveiller depuis ce site Il est apparu que la station se trouvait en bordure
discret, en retrait de la grande vallée, et à la faveur d'une plate-forme rocheuse. Ce platier étant entièr
des escarpements existant alentour (Monnier, 1982). ement mis à nu à l'ouest de la zone fouillée, il est
Au sud-ouest l'horizon est barré par le promontoire évident qu'une partie sans doute importante de la
e s t r a n
20 M
Fig. 2 : Position de la zone fouillée (F) par rapport au plan cadastral, b : borne EDF. Les pointillés indiquent la présence de falaises de
roches meubles (loess et head). La flèche indique l'emplacement de la coupe étudiée en falaise. i
1
13
(deux seulement). Il semble que les outils retouchés 21 22 23 24 25 26 27 de bonne facture soient plus nombreux dans la partie
M nord de la zone fouillée ; la densité du matériel li-
thique diminue d'ailleurs en bordure est (la pauvreté 1982 apparente en bordure ouest étant sans doute due au L
caractère résiduel des dépôts sur la plate-forme ro
cheuse). K En ce qui concerne la répartition des types d'out
ils, on peut noter que les éclats levallois sont relatJ ivement groupés et que les racloirs sont assez dispers
és, sauf dans la partie nord où ils apparaissent plus
nombreux et associés à des couteaux à dos naturel.
1981 H II - STRATIGRAPHIE, SEDIMENTOLOGIE
ET DATATION GEOLOGIQUE DU GISEMENT
G
a) La couche archéologique (fig. 5) 1982 1983
F A l'endroit du gisement, la stratigraphie est part
iculièrement réduite. L'épaisseur des dépôts limono-
argileux recouvrant l'industrie varie entre 0 (affleurE
ement du platier rocheux) et 90 cm. Le niveau d'occu
pation correspondait à la surface schisteuse (schistes D
micacés métamorphiques et altérés) parsemée de pet
its galets marins dispersés. Les silex taillés étaient C
directement au contact de cette surface, souvent mê
me incrustés entre les fragments de schiste cryotur- B 1983 bés. Il est donc évident que l'habitat était installé
directement sur le substrat rocheux, en l'absence de A couverture limoneuse (sans exclure cependant la pré
sence d'un petit sol végétal et d'un tapis herbeux). N La couche résiduelle de formations meubles tapis
sant les creux du platier rocheux fossile a une texture
O de limon sablo-argileux à argileux (échantillon F2 :
fig. 6) selon la classification pédologique (Jamagne,
P 1967). La structure macroscopique est plus ou moins
polyédrique avec des enrobements argileux (cutanés)
qui traduisent une évolution pédologique importante Q
(sol brun lessivé forestier), postérieure à la formation
de la couche archéologique. La présence de blocs de
schiste déplacés (solifluxion) puis altérés in situ, est Fig. 3 : Plan de la zone fouillée de 1981 à 1983. Localisation de à mettre en rapport avec cette pédogenèse. Localela coupe a-b (voir figure 4). R : repère topographique du chant
ment s'est développée une structure feuilletée proier.
bablement due au gel.
D'un point de vue granulométrique, le taux de sacouche archéologique a été depuis longtemps enle
ble varie entre 40 % et 47 %, celui de limon entre vée par l'érosion marine. L'interprétation de ce type
25 % et 34 %; le taux d'argile, compris entre 20 % de plan (fig. 4), qui ne représente qu'une surface
et 33 %, augmente nettement vers la base du profil limitée du gisement d'origine et qui ne prend en
(fig. 7). Le taux de graviers est faible (1,5 % à 5 %). compte que les seuls vestiges lithiques conservés, est
La médiane est comprise entre 16,8 et 40,6 microns. forcément délicate (Monnier, 1986b). On remarque
que les nucleus sont assez dispersés et semblent cor Le classement est médiocre (Qd phi de Krumbein
compris entre 2,3 et 3,3). La "moyenne" selon respondre à des postes de taille espacés. La position
des éclats par rapport à leurs nucleus d'origine n'est Rivière, paramètre de grossièreté du sédiment
(Rivière, 1977), est comprise entre 3,0 et 3,3. L'indipas quelconque : la répartition angulaire couvre
ce d'évolution (N) de Rivière est compris entre 0,152 beaucoup moins de 360 degrés et est même inférieu
et 0,069. Cet indice diminue assez régulièrement vers re à 180 degrés. Or ces orientations préférentielles
le bas du profil (fig. 10). ne correspondent pas systématiquement avec la pent
La morphoscopie des quartz montre un taux de e naturelle du substrat ; sous toutes réserves, ceci
grains non-usés largement dominant (fig. 7). La paraît confirmer l'hypothèse d'un débitage in situ, le
quantité de grains émoussés et en particulier tailleur ayant rejeté certains déchets par devant lui.
d'arrondis-luisants (maximum : 4,1 %) s'accroît un Cinq emplacements de taille, au moins, ont ainsi été
peu vers la base de la couche (échantillon F2), mis en évidence. En cinq endroits ont été repérées
certainement en rapport avec le fantôme d'un séddes concentrations de petits éclats de taille ou de r
iment marin ou fluviatile résiduel. L'augmentation du etouche ; trois d'entre elles sont directement liées à la
taux de grains non-usés au contact du substratum présence d'un nucleus. Trois galets de silex brut ont
(échantillon FI) correspond sans doute à l'incorpo- été trouvés. Les percuteurs (lithiques) sont rares :
14
21 22 23 24 25 26 27
N
M À
K
H
D
Fig. 4 : Gisement des Gastines, plan de répartition de l'industrie
lithique. 1 : éclats ordinaires ; 2 : éclats levallois ; 3 : pointes
lcvallois ; 4 : pointes moustériennes ; 5 : racloirs simples; 6 : ra-
cloirs transversaux ; 7 : racloirs doubles ; 8 : grattoirs ; 9 : cou
teaux à dos ; 10 : couteaux à dos naturel ; 11 : denticulés ; 12 :
éclats tronqués ; 13 : encoches ; 14 : nucleus ; 15 : percuteurs ;
16 : galets de silex ; 17 amas de petits éclats de taille. :
:
;
:
;
;
15
Fig. 5 : Profil W-E du gisement. 1 limon argileux 2 : niveau à industrie parsemé de petits galets marins ; 3 platier rocheux.
ration de matériaux frais issus de la désagrégation bien exprimés.
des schistes micacés. 1 - Description Hthostratigraphique (fig. 8) Les minéraux lourds sont dominés par la hornblend
e, la tourmaline, l'épidote, l'andalousite, la stauroti- La hauteur maximale de la falaise étudiée est d'ende et le grenat (fig. 7). L'augmentation du taux de viron 6 mètres. Elle est orientée nord-sud et corresgrains opaques et altérés vers le haut semble en rap pond à un versant exposé au sud. Les couches ont port avec le développement de la pédogenèse . été numérotées de haut en bas. L'analyse au diffractomètre de rayons X indique la - Couche 1 : limon moyen sableux, jaune orangé dominance de l'illite et de la kaolinite. terne (10 YR 7.5/3). Consistance poudreuse. PrésenBien qu'aucune limite stratigraphique n'ait été ob ce de racines. Limite inférieure nette et sinueuse. servée sur le terrain, l'évolution des caractères gra- Epaisseur: 1 m. nulométriques, morphoscopiques et minéralogiques - Couche 2a : limon brun vif (7.5 YR 5.5/8), compsuggère l'existence d'une bipartition de la couche en act, à structure prismatique. La texture est limono- deux ensembles distincts (échantillons 1 à 3 et 4 à 6). sablo-argileuse. Epaisseur : 0,75 m à 1 m.
- Couche 2b : loess grossier, massif et friable, poub) La coupe en falaise dreux au toucher. Couleur brun jaune vif (10 YR
Par chance l'existence dans le voisinage (entre 50 7/6). Texture de limon moyen sableux. Résiduel à la
et 100 m de la fouille), de falaises littorales entail base de 2a.
lant les dépôts limoneux pléistocènes, nous fournit - Couche 3 : sable friable mêlé à de nombreux
de plus amples renseignements stratigrapjiiques et cailloux anguleux. Couche lenticulaire dont l'épais
nous ouvre des possibilités de corrélations. L'une seur maximale atteint 0,50 m.
- Couche 4 : head à matrice sablo-limoneuse, jaune de ces falaises (au nord de l'éperon rocheux) présent
e un développement assez important des dépôts ré orangé terne (10 YR 6/4), très friable. Epaisseur va
cents, notamment loessiques ; mais sa partie inférieur riable : 0,50m à 0,75m. Limite inférieure peu mar
e, masquée par des éboulis épais, était peu accessi quée.
ble. Par contre, au sud de l'éperon, la coupe était à - Couche 5a : head à matrice sablo-limoneuse.
l'époque plus dégagée et plus propre, ce qui a permis Couleur brune (7.5 YR 4/4). Plus compact et durci
d'en faire l'étude dans de meilleures conditions, les que 4. Structure plus ou moins feuilletée. Limite pro
limons récents y sont beaucoup moins développés, gressive avec 5b.
mais les dépôts anciens (head, limons argileux) sont - Couche 5b : head à matrice sablo-argileuse, brune
100* ARGILES ARGILES
Fig. 6 : Comparaison sédimentologique de la couche à industrie (F2) et de la couche 9 de la falaise selon le diagramme des textures.
ALO : argile lourde ; AS : argile sableuse ; A argile AL : argile limoneuse ; SA : sable argileux ; LSA : limon sablo-argileux ; LAS :
limon argilo-sableux LA : limon argileux ; LMS : limon moyen sableux ; LM : limon moyen ; S : sable ; SL : sable limoneux ; LLS : limon
léger sableux ; LL : limon léger (d'après M. Jamagne). \
i
\
:
i
1
;
16
minéraux lourds minéraux lourds transparents
altères opaques
i
\
v
i
;
/ (
50 90 Li 10
Fig. 7 : Diagrammes scdimentologiques du gisement des gastines (secteur fouillé). Granulométrie : g : gravier, sg : sable grossier, sf :
sable fin, 1g : limon grossier, If : limon fin, a : argile. Morphoscopie : nu : non-usés, cal : coins-arrondis-luisants, al : arrondis-luisants,
cap : coins-arrondis-picotés, ap : arrondis-picotés. Minéraux lourds : h : hornblende, e : épidote, t : tourmaline, a : andalousite, s :
staurotide, g : grenat.
(7.5 YR 4/4). Limite inférieure nette. L'épaisseur to - Couche 7 : head grossier à matrice sablo-
tale de la couche 5 varie entre 0,25m et 0,50m. limoneuse pauvre. Couleur : brun jaunâtre terne (10
- Couche 6a : head à matrice de limon argilo- YR 5/4). Les cailloux schisteux sont très altérés.
sableux, brun vif (7.5 YR 5/6). Compact. Présence de L'ensemble est compact et tassé. L'épaisseur varie
concrétions carbonatées. Structure polyédrique e entre 0,30 m et 1 m. La limite inférieure est assez
stompée (sans doute fluée) avec enrobements argi nette.
leux. Limite indistincte avec 6b (6a passe latéral - Couche 8 : head à matrice sablo-argileuse, brun
ement à 6b). vif (7.5 YR 5/6). Les cailloux sont plus gros qu'en 7,
- Couche 6b : head à matrice argileuse. Structure mais la matrice est plus abondante. L'ensemble est
polyédrique estompée et déformée (fluée) avec enro très compact et durci. Présence de revêtements argi
bements argileux. Identique à 6a. L'ensemble de la leux et de nombreuses traces grises (hydromorphie).
couche 6a-6b est lenticulaire et d'épaisseur très va Epaisseur variable : 0,30 m à 1 m. La limite inférieur
riable (0,25 mal m). Les limites avec 6c sont très e, est assez nette mais très sinueuse, formant des
floues. sortes de poches.
- Couche 6c : limon argilo-sableux lité. Couleur - Couche 9 : argile compacte, d'aspect marmorisé
brun vif (7.5 YR 5/7). Compact. 6c se présente sous (hydromorphie). Couleur brun vif (7.5 YR 5/8 à gris
forme de couches lenticulaires dont l'épaisseur maxi olive (7.5 Y 6/2). La couche est lenticulaire (épais
seur maximale observée : 1,25 m). La limite inférieu- male est d'environ 1 m. Les limites sont assez floues.
5M
Fig. 8 : Relevé stratigraphique de la coupe en falaise au sud de la zone fouillée. 1 : limon sableux ; 2a : sol brun lessivé (horizon Bt à
structure prismatique) sur loess ; 2b : loess résiduel ; 3 : sable ; 4 : head sableux ; 5a-5b : head argileux ; 6a-6b : head argileux ; 6c :
limon argilo-sableux lité ; 7 : head grossier ; 8 head argileux ; 9 : argile ; 10 : head grossier. :
17
minéraux lourds
(transparents)
Fig. 9 Diagrammes granulométriques des dépôts en falaise (pour la légende détaillée, voir figure 7).
re est assez nette.
- Couche 10 : head grossier très caillouteux et comp couche 4). L'indice de dissymétrie (Sk) apparaît très
variable (fig. 10), ses valeurs les plus faibles correact. La matrice, très pauvre, est sablo-argileuse, de
spondant au loess supérieur, au limon orangé médian teinte brune (10 YR 4.5/4). L'épaisseur maximale ob
et à la couche 9. L'indice d'acuité (K) diminue assez servée dépasse 2,5 m. Ce head vient au contact du
régulièrement de haut en bas du profil. La moyenne rocher.
selon Rivière (X) exprime la grossièreté du sédiment. 2 - Résultats analytiques L'indice d'évolution (N) reflète l'énergie de mise en
place du sédiment : il évolue sensiblement comme la Les résultats permettent de mieux cer
moyenne ; X et N sont fortement corrélés (fig. 11). ner les caractères de ces différentes couches.
La maturation met en évidence des phénomènes d'é
- Granulométrie : limination préférentielle des particules fines.
Le diagramme granulométrique (fig. 9) met en év
- Morphoscopie : idence les importantes variations de composition des
La morphoscopie des quartz montre une dominan- dépôts qui constituent la falaise. La couche 1 se
ce des grains émoussés dans la partie supérieure du présente comme une colluvion de loess (fig. 12). Le
profil, et l'inverse dans la partie inférieure (fig. 9). loess franc (couche 2b) est assez grossier (média
Les grains luisants (coins-arrondis et arrondis) sont ne = 32 microns) et assez bien classé (Qd phi de
relativement fréquents dans le loess et dans le sable Krumbein = 0,58). Le lehm supérieur (horizon Bt du
sous-jacent (couche 3). La présence d'un pourcentasol brun lessivé post-glaciaire) est nettement enrichi
ge notable de grains arrondis-picotés dans ces couen argile (fig. 9, couche 2a). Sous le loess, la granulo
ches peut signaler des actions éoliennes periglaciaires métrie change totalement : les taux de graviers et de
et confirme en tout cas l'hypothèse d'un apport éo- sable grossier deviennent très importants. La couche
lien de matériel d'origine marine. Dans les couches 4 3 est un sable grossier (médiane = 178 microns), mé
et 5a, ce sont les grains à coins-arrondis picotés qui diocrement classé (Qd phi = 1,63). Seules les couches
dominent, semblant indiquer une moindre évolution. 6a, 6b et 9 présentent un taux de limon et d'argile
A partir de 5b, les grains non-usés dominent, sauf en important (fig. 9) et une médiane inférieure à 50 mi
7 où l'on note une nouvelle augmentation du taux crons (fig. 10). D'une façon générale, la qualité du
des "coins-arrondis-picotés". Les grains émoussés- classement diminue vers le bas du profil (Qd phi est
luisants restent présents vers le bas du profil, mais en pratiquement égal ou supérieur à 2 à partir de la 18
très faible pourcentage ; toutefois la couche 9 se s limoneuse ou sablo-argileuse (couches 1 à 5), relat
ignale par un taux de grains arrondis-luisants et à ivement - des peu limons compactés argilo-sableux et peu altérés, et du head tassés et coins arrondis-luisants un peu plus marqué.
compactés, fortement pédogénisés (couches 6 à 8),
- Minéralogie : - des argiles et du head grossier à matrice sablo-
Les 'minéraux lourds sont également dominés par argileuse (couches 9 et 10).
la hornblende, l'épidote, la tourmaline, l'andalousite,
la staurotide et le grenat. Le grenat, sans doute lié à La genèse des dépôts peut se résumer ainsi :
des apports éoliens de matériel allochtone, d'origine Sur une ancienne plate-forme marine façonnée
marine, présente son taux le plus fort dans les cou dans les schistes micacés, se sont mises en place des
ches 1 à 3. La hornblende est particulièrement abon couches de head grossier (couche 10) constituées par
dante dans les couches 2a, 2b, 4, 5a, et 7 à 10. Le une masse importante de matériaux gélifractés (les
taux de tourmaline est maximum dans les couches 5b schistes sont très gélifs), puis des argiles ou des l
à 8. imons sablo-argileux à argileux (couche 9) ayant en
A noter que les résultats des analyses mettent en core incorporé des éléments d'origine marine (voir la
évidence des différences peu sensibles sur le terrain, morphoscopie). Ces dépôts ne présentent pas d'alté
entre les couches 5a et 5b d'une part, 6a, 6b et 6c ration particulière, sinon une certaine hydromorphie.
d'autre part. Une coupure morpho-stratigraphique existe cepen
En ce qui concerne la minéralogie des argiles, les dant au sommet de la couche 9, marquée par un n
diagrammes de diffractométrie faits sur les échantil iveau d'érosion et de ravinements, et fossilisée sous
lons des couches 6a, 6c et 9, montrent encore unifo un head (couche 8) dont la matrice provient larg
rmément la dominance de l'illite et de la kaolinite. ement de l'argile sous-jacente.
L'ensemble médian (couches 6 à 8) est un pédo3 - Interprétation générale des dépôts complexe développé pour partie sur le head (couches
Trois ensembles peuvent être distingués : 7 et 8) mais dont les horizons supérieurs sont flués
(couche 6). Ce sont des sols forestiers de type inter- - des sables, limons et head à matrice sablo-
Md Qd phi M
-0.15 -O.1O -O.O5 0
Ft w w r
médiane. Fig. (kurtosis) 10 : Comparaison Qd selon phi Trask. : indice X des : de moyenne indices classement granulométriques selon selon Rivière. Krumbein. N : entre indice Sk la : d'évolution coefficient falaise (couches selon de dissymétrie Rivière. 1 à 10) M et (skewness) : indice la zone de fouillée selon maturation Trask. (F selon : K couches : coefficient Rivière. 1 à 6). d'acuité Md : 19
Fig. 11 : Corrélation entre l'indice d'évolution (N) et le moyenne (X) selon Rivière. Comparaison entre les couches observées en fouille
(FI à F6) et la falaise.
glaciaire (horizons Bt de sols bruns lessivés). caractères pédogénétiques du sédiment fouillé pou
Les couches supérieures (1 à 5) sont principal vaient aussi bien se rapporter au paléosol discerné à
ement d'origine périglaciaire, sauf la couche 1 qui cor mi-hauteur de la falaise qu'au sol post-glaciaire
respond à des colluvions holocènes formées à partir (fig. 14). Une hypothèse fut émise sur le terrain, se
du loess sous jacent. Ces dépôts périglaciaires, qui ne lon laquelle la couche recouvrant l'industrie dans le
secteur fouillé correspondait à un niveau limono- montrent pas de traces de pédogenèses importantes,
débutent par des coulées de solifluxion recouvrant argileux à la base de la falaise (couche 9), donc bien
un second glacis d'érosion (sommet de la couche 6) au-dessous du sol du dernier interglaciaire dont on
pensait reconnaître les éléments dans la partie et incorporant un abondant matériel sableux qui
moyenne de la falaise (Monnier et Donguy, 1983). peut être d'origine fluviatile ; ils se terminent par la
Cette hypothèse de travail devait donc être vérifiée mise en place d'un loess assez grossier mais typique
avec l'appui des analyses sédimentologiques dont il ne subsiste, à cet endroit, que peu d'épaisseur
(Monnier, 1985a). à cause de la pédogenèse post-glaciaire et du collu-
En fait nous avons affaire à un sédiment de texture vionnement.
limono-sablo-argileuse à argileuse (échantillon F2), La coupe présente à l'évidence de nombreuses l peu graveleux ni caillouteux. Seules les couches 2a- acunes stratigraphiques (multiples niveaux d'érosion).
2b, 6a, 6b, 6c et 9 de la falaise ont donc lieu d'être Néanmoins il paraît clair que le complexe pédogénét confrontées. Le simple examen des courbes granulo- ique médian correspond au dernier interglaciaire au
métriques (fig. 12 et 13) permet d'éliminer immédiasens large (à rapprocher de la Formation de La
tement les couches 2a-2b (loess typique) et 6b (trop Haute-Ville : Monnier et Bigot, 1987) et sépare donc
pauvre en limons). A la rigueur les courbes de 6a et les dépôts en deux membres, l'inférieur appartenant
6c pourraient être comparées, mais le taux d'argile au Saalien et le supérieur au Weichsélien.
(plus faible) et les minéraux lourds (trop peu de
hornblende) s'opposent à un rapprochement objectif. c) Corrélations entre la couche archéologique et la
En fait le faisceau des courbes correspondant à la falaise. Datation géologique du gisement.
partie supérieure du gisement (échantillons FI à F3)
se superpose remarquablement bien à la courbe de la La seule possibilité de replacer le gisement dans
son contexte stratigraphique était naturellement d'ef couche 9 de la falaise, la meilleure ressemblance
étant entre F2 et C9 (fig. 13). L'ensemble des indices fectuer des corrélations à courte distance entre la
fouille et la falaise, l'aspect du sédiment recouvrant granulométriques (fig. 10 et 11), le diagramme des
textures (fig. 6), la morphoscopie (taux de grains l'industrie, les relations géométriques entre l'estran
et les dépôts en falaise, laissaient penser à une posi émoussés-luisants), les minéraux lourds, confirment
tion stratigraphiquement assez basse. Toutefois les l'identité de la couche à industrie avec la couche 9 de

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.