Le modelé du Quadrilatero Ferrifero, sud de Belo Horizonte, Brésil - article ; n°379 ; vol.70, pg 255-272

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Annales de Géographie - Année 1961 - Volume 70 - Numéro 379 - Pages 255-272
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Publié le : dimanche 1 janvier 1961
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Jean Tricart
Le modelé du Quadrilatero Ferrifero, sud de Belo Horizonte,
Brésil
In: Annales de Géographie. 1961, t. 70, n°379. pp. 255-272.
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Tricart Jean. Le modelé du Quadrilatero Ferrifero, sud de Belo Horizonte, Brésil. In: Annales de Géographie. 1961, t. 70, n°379.
pp. 255-272.
doi : 10.3406/geo.1961.15813
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1961_num_70_379_15813LE MODELÉ DU QUADRILATERO FERRIFERO
SUD DE BELO HORIZONTE, BRÉSIL1
(Pl. V-VI)
La région du Quadrilatero Ferrifero, située immédiatement au Sud de
Belo Horizonte, présente, du point de vue géomorphologique, un exceptionn
el intérêt. Elle constitue, en effet, un ensemble de hautes terres qui dominent
les formations granitiques et la couverture paléozoïque du haut bassin de
R.S. Fransisco. Après bien d'autres, L. С King a utilisé ces reliefs résiduels
pour définir un étagement théorique de surfaces d'érosion. Notre propos ne
sera pas de jeter sur le marché de nouveaux aplanissements, encore moins de
prétendre en faire la corrélation à l'échelle d'un demi-continent : des séjours
successifs au Brésil ont renforcé notre scepticisme vis-à-vis de raccords trop
évidents et de généralisations trop faciles. Nous nous contenterons d'esquis
ser une analyse des relations entre formes structurales et cuirasses dans une
région limitée, carré d'une cinquantaine de kilomètres de côté.
I. — Aspects géomorphologiques et problèmes
Le Quadrilatero Ferrifero présente au voyageur lassé de la monotonie
des croupes cristallines de l'immense pénéplaine de la région au N-0 de
Belo Horizonte, un relief vigoureux et varié au travers duquel la voie ferrée
se faufile dans des vallées étroites, tandis que la grande route, accrochée
à des éléments de plateau, ouvre des points de vue panoramiques d'une réelle
grandeur.
Trois types de relief apparaissent dès le premier contact avec le paysage :
— Des crêtes, réduites parfois à des alignements de buttes allongées,
passant ailleurs à des massifs de hauteurs plus compacts, dont les sommets
atteignent entre 1 400 et 1 600 m comme dans la S. do Curral del Rey, la
S. da Moeda ou la S. Gérai, voire même 2 000 m (S. de Garaça). La plupart
de ces reliefs résiduels sont étroits et allongés, en rubans. Cependant, la
S. de Garaça forme un véritable massif ovale. Dans les serras allongés, la
dissymétrie est la règle. Le plus bel exemple en est la S. do Curral del Rey,
qui forme le fond de paysage de la ville Belo Horizonte, qu'elle domine par
une corniche verticale, abrupt rocheux de 200 m de hauteur, à allure mono-
clinale, tandis qu'elle n'offre, du côté du S-E, qu'un revers incliné à 30-40°.
— Des croupes et des plateaux constituant un niveau intermédiaire, au
pied des crêtes, vers 1 000-1 200 m d'altitude, et qui occupent, de beaucoup,
la plus grande partie de la région. Examiné dans le détail, le moutonnement
1. Ces observations ont été faites au cours de deux voyages : en 1956, où nous avons bénéf
icié d'une jeep de l'Institut Technologique de Minas Geraes et de l'amabilité du professeur
Wiler Florancio, qui nous a guidé, et en 1959, où nous avons dirigé dans la région, avec le pro
fesseur A. Teixeira Guerra, une excursion des étudiants de géologie du Cage de Rio de Janeiro.
Nos remerciements émus vont à tous ceux qui nous ont fait bénéficier avec tant de gentillesse
de leur aide et de leur connaissance du pays, ainsi qu'au Ministère des Affaires Étrangères, qui
nous a envoyé au Brésil en mission de Coopération Technique. ANNALES DE GÉOGRAPHIE 256
observé d'un point haut fait place à une certaine variété. On rencontre, en
effet, des croupes convexes aux formes lourdes, d'altitude concordante,
monotones et anonymes, traduisant un faciès de dissection homogène dans
des roches uniformes. Mais on note aussi des croupes plus aiguës, toujours
dissymétriques, esquissant des allures de crêtes, dont les flancs plus irrégul
iers, parfois décharnés et zébrés des rainures rapprochées d'un réseau de
thalwegs élémentaires plus dense, décèlent des influences structurales de même
nature que les reliefs résiduels dominants. Enfin, généralement au pied de
ces derniers, s'intercalent des éléments de plateau, qui mettent une note de
rigidité dans ce paysage de prime abord confus. Ce sont de véritables tables
mollement ondulées et toujours nettement inclinées, en glacis, qui se terminent
parfois par de petites corniches abruptes laissant apparaître un affleurement
de cuirasse ferrugineuse.
— Des vallées encaissées, enfin, complètent cette trilogie classique de
vieille terre. Elles sont également de types variés. La plupart d'entre elles
sont des couloirs relativement amples le long desquels voies de communic
ations, cultures, agglomérations s'installent à l'aise. Ces vallées corre
spondent au modelé de croupes et se divisent en un réseau ramifié multipliant
justement les cols de flanc et donnant à la dissection son caractère. Ailleurs,
généralement au bord des éléments de plateau, les vallées se font étroites
et prennent même, comme dans la Serra Gérai près de Gandarela, l'aspect
de véritables gorges. Des versants dont la pente moyenne atteint 50-60°
se rejoignent le long d'un talweg qui n'est pas une abstraction géométrique...
Cette analyse des éléments constituants du paysage nous décèle un relief
dont la genèse est influencée conjointement par les données structurales et
par une évolution géomorphologique discontinue, constituée par une suc
cession de phases dissemblables. Examinons donc d'abord les données struc
turales et leur influence.
II. — Les données structurales
ET LEUR TRADUCTION DANS LE RELIEF
Nos observations ont été grandement facilitées par l'existence d'une carte
géologique au 1 : 200 000, levée récemment1, et qui nous a permis de coordon
ner les données éparses que nous avions recueillies antérieurement.
La région appartient à la dorsale brésilienne, constituée ici par une série
de roches sédimentaires précambriennes violemment plissées et partiellement
digérées par des intrusions de magma granitoïde. Quelques venues basiques
formées de serpentine et de gabbro ne jouent guère de rôle géomorpholo
gique car elles sont très peu étendues et isolées (environs de Congonhas,
Rio da Cana, environs de Cocais). De plus, les roches qui les constituent,
notamment la fameuse « Pedra Sabàe », sont tendres.
1. Mapa Geologico preliminar do Quadrilatère Ferrifero, Dép. Prod. Mineral, 1958, éd. pro
visoire, 1 : 200 000, levée par les géologues du Dep. da Produçào Mineral et du U.S. Geological
Survey. Annales de Géo<;kaphie. № 370. Tome LXX. Pl. V.
Illustration non autorisée à la diffusion
A. LES TROIS TYPES DE FORMES AU S DE LA S. DO CUKEAL СКс/ге DEL ./. T. REY. CLX-0 en.
dřete pseudo-appalaehierme vallées à allure encaissées d'inselber»'. disséquant Niveau la ré»iori. de croupes vers 1 000- l 100 m,
Illustration non autorisée à la diffusion
LA S. DO CUERAL DEL REY, VUE VI5RS L'e DJil3UIS UN DE SES POINTS Cliché CULMINANTS. ./. T. CLX-2 en.
Allure de crête monoeliriale pseiido-appalaehienne très nette. Front rocheux abrupt.
Illustration non autorisée à la diffusion
Cliché J. T. CLXI-33.
C. LA CUIRASSE AU SOMMET DE LA S. DO CURRAL DEL REY.
Vue vers l'W, un peu on dessous du point culminant.
La cuirasse (3 ш) donne une corniche très nette. A droite, dépression subséquente. de Géographie. № 'M'.). Tome LXX. Pi, VT. Annales
Illustration non autorisée à la diffusion
Cliché J. T. CLXI-6.
A. LE GLACIS CUIRASSÉ DU MED DE LA S. DA MOADA, PARTIE S.
Glacis très net, ci«ide du fait du cuirassement.
Dissection par des vallons aux versants non cuirassés, aux sols minces.
Illustration non autorisée à la diffusion
Cliché ./. T. LIV-14.
LES CUIRASSES SOMMITALES, S. DA AGUA LIMPA (PARTIE DE LA S. GERAI,).
Au premier plan, coupe dans la cuirasse,
formant corniche au-dessus d'une; vallée profonde aux versants décharnés.
Illustration non autorisée à la diffusion
Cliché J. T. LIV-10.
C. ÉVOLUTION (iÉOMORPlIOLOGIQUE DE LA S. D'AGTJA LIMPA
AUX liNVIRONS DE GANDARELA.
Haute surface cuirassée mollement ondulée avec vallées évasées,
dominée par les crêtes culminantes aux formes lourdes. QUADRILATERO FERRIFERO SUD DE BELO HORIZONTE 257
La série sédimentaire préeambrienne se compose de 5 formations séparées
par des discordances :
— A la base, la série Itacolomi est composée de quartzites, de pellites,
de conglomérats, de phyllades. Elle n'affleure que sur de faibles surfaces et ne
donne qu'un seul relief résiduel important, le pic d'Itacolomi, qui semble
coïncider avec un bloc faille en coin.
— Le groupe de Piracicaba comporte des quartzites, dont certains sont
ferrugineux, des phyllades, des grauwackes, des dolomites. Il affleure sur
d'assez grandes surfaces principalement dans des aires anticlinales où il est
entouré par le groupe de l'Itabirite. Le groupe de Piracicaba est une formation
de résistance médiocre, jouant le rôle de roche tendre. Il est le plus souvent
tronqué par les niveaux de croupes à des altitudes de 1 300-1 400 m.
— Les groupes d'Itabira (à la base) et de Caraça (au sommet) sont concor
dants entre eux. Ils sont formés, respectivement, par l'itabirite, minerai de
fer activement exploité, des marbres calcaires et dolomitiques et des schistes
et par des quartzites, des schistes et des conglomérats. Les faciès sont variables
et ces formations donnent certains reliefs résiduels importants, comme la
S. do Curral del Rey, la S. Gérai et la S. da Moeda. C'est surtout le groupe de
Garaça qui joue un rôle important en matière d'érosion différentielle, du fait
de ses quartzites. Les crêtes de la S. Moeda et de la S. Gérai coïncident avec
le groupe de Garaça et la partie supérieure du groupe d'Itabira. Généralement,
le de Caraça n'affleure qu'en bandes étroites, larges seulement de
0,5-1 km. Lorsqu'il forme des affleurements plus massifs, comme dans la
S. do Caraça ou plusieurs chevauchements s'empilent les uns sur les autres,
les reliefs deviennent exceptionnellement importants.
— Le groupe de Maquiné consiste également en quartzites, en grès fins,
pélitiques, en conglomérats et en schistes. Son principal affleurement est au
pied de la S. Gérai où il constitue un gradin intermédiaire.
— Le groupe de Nova Lima et la Série du Rio das Velhas constituent le
dernier ensemble. Il s'agit de schistes, de phyllades, de dolomites, de roches
ferrugineuses et métamorphiques variées, qui affleurent sur une vaste surface
au milieu du Quadrilatero Ferrifero et dont la résistance générale est médiocre.
La disposition des couches est complexe, résultat d'une tectonique très
compliquée. Les groupes de Piracicaba, d'Itabira et de Garaça forment une
série d'affleurements alignés grossièrement selon les quatre côtés d'un quad
rilatère, ce qui a donné son nom à la région. Au N-W, immédiatement au S
de Belo Horizonte, une longue bande des groupes de Piracicaba et d'Itabira
s'allonge du NE au SW. Elle est immédiatement flanquée au NW par les
affleurements de gneiss et de granite des environs de Belo Horizonte. Elle
forme le bord de la région de hautes terres, avec l'alignement discontinu des
Serras dos Très Irmàos, de Mutuca, do Curral del Rey, da Piedade et du Morro
da Queimada. Les altitudes restent relativement modestes : 1 300-1 400 m.
Seul le Morro da Queimada, isolé à l'extrémité NE de l'alignement, se hausse
à 1 600 m. Mais comme les croupes cristallines ne dépassent guère 800-900 m,
ces hauteurs forment un gradin très net qui domine le bas pays. L'impression
ANN. DE GÉOa. LXXe ANNÉE. 17 ANNALES DE GÉOGRAPHIE 258
de montagne est d'ailleurs renforcée par le fait que ce gradin coïncide avec le
front escarpé d'un monoclinal. Du côté du SE, la hauteur relative de cet
alignement est moindre car les croupes s'établissent à 1 100-1 200 m.
Un second côté du Quadrilatère est orienté N-S et suivi approximative
ment par la route de Belo Horizonte à Rio de Janeiro. Il s'agit d'un anti-
clinorium complexe dont le cœur est formé par le groupe de Piracicaba et les
bords par les groupes de Caraça et d'Itabira. Ces derniers donnent des align
ements de crêtes lourdes qui se haussent à 1 400 m, tandis que le cœur de
l'anticlinorium forme des glacis et des croupes vers 1 300 m. A l'W de l'anti-
clinorium, nous retrouvons les formations cristallines portant un niveau de
croupes vers 900 m. Ici encore, le Quadrilatère forme un ensemble de hautes
terres dominant les alentours par un talus très net, rectiligne, qui coïncide
avec l'apparition des groupes de Caraça et d'Itabira. Du côté de l'intérieur
du Quadrilatère, le contraste est bien moindre, car les croupes atteignent
1 000-1 100 m.
Le troisième côté du Quadrilatère est orienté E-W et passe par Mariana,
Ouro Preto et S. Juliâo. C'est un massif allongé de hautes croupes, au modelé
confus, large de 5 à 10 km, qui se hausse à 1 400 m (1 500 dans la S. do Ouro
Branco) entre les croupes de 1 100 m d'altitude de l'intérieur du Quadrilatère
et celles de 1 200 m des formations du groupe de Nova Lima qui le flanquent
au S, au delà de la ligne de partage des eaux.
Le Quadrilatère se forme par la S. Gérai, qui s'oriente du NW au SE,
mais ne rejoint pas la S. do Curral del Rey. La S. Gérai forme un relief
vigoureux, rectiligne, très net du côté intérieur du Quadrilatère : ses lourdes
crêtes dépassent 1 600 m tandis que les croupes, situées à leur pied, ne s'élèvent
guère à plus de 1 200 m. Vers l'extérieur, la S. Gérai se soude à des chaînes qui
filent vers le NE et qui encadrent des niveaux de croupes moins élevés donnés
les uns par le groupe de Piracicaba, dans le cœur de l'anticlinorium de Gan-
darela, les autres par le groupe de Nova Lima dans le synclinorium de
Conceiçâo do Rio Acima, ou par celui de Rio das Velhas. C'est au milieu de ces
croupes que s'élève le point culminant de la région, la S. do Caraça, ensemble
massif de montagnes lourdes qui atteint un peu plus de 2 000 m.
L'intérieur du Quadrilatère est constitué par trois ensembles géologiques,
formant une aire braehysynclinale : le groupe de Nova Lima, le groupe de
Maquiné, les gneiss d'Itabirito. Le groupe de Nova Lima est le plus vigou
reusement disséqué et donne des croupes qui s'abaissent de 1 100-1 200 m
au pied de la S. de Itabirito et de 1 000 m au pied de la S. do Curral del Rey
à 800-900 m aux abords du Rio das Velhas qui parcourt une vallée relativ
ement ample. Le groupe de Maquiné forme, au pied de la S. Gérai, une ban
quette de 1 200 m environ d'altitude, dominant les croupes plus basses du
groupe de Nova Lima par un talus bien net, que franchissent en cascade les
petits ruisseaux. Quant aux gneiss, situés près de la ligne de partage des eaux,
ils donnent des croupes lourdes et molles qui s'échelonnent entre 900 et
1 100 m.
Dans l'ensemble-, les influences structurales sont donc nettes. Les for- FERRIFERO SUD DE BELO HORIZONTE 259 QUADRILATERO
mations sédimentaires forment une région de hautes terres qui domine les
monotones croupes cristallines de l'W, de ГЕ et du N, qui forment un niveau
vers 800 m se relevant graduellement à 900-1 000 m aux abords du Quadril
atère. A l'intérieur de celui-ci, les formations riches en schistes et en micas
chistes du groupe de Nova Lima donnent les reliefs les moins élevés et géné
ralement les moins vigoureux, quoique, parfois, des affleurements de quart-
zites engendrent des pentes raides et décharnées. Le groupe de Maquiné et
celui de Piracicaba ne constituent jamais les points culminants et apparaissent
en position intermédiaire. Le groupe de Maquiné forme des sortes de ban
quettes au pied des serras, celui de Piracicaba des systèmes de hautes croupes
entre les serras. Quant aux plus hauts reliefs, ils sont toujours associés aux
groupes d'Itabira et de Caraça. Ilya donc une certaine coïncidence entre les
affleurements et l'orographie, typique d'un modelé d'érosion différentielle.
Les formations cristallines sont les plus déprimées et leur relief de croupes
résulte de la dissection d'une surface qui se plaçait ici vers 800-900 m d'alti
tude. La série de Nova Lima avec ses schistes et micaschistes est également
peu résistante et se dissèque aisément en croupes. Si elle n'a pas été davant
age déblayée, si elle forme encore souvent des massifs de 1 000-1 100 m,
c'est à sa position qu'elle le doit. En effet, tout l'intérieur du Quadrilatère est
drainé par le Rio das Velhas qui y pénètre à Sabara en profitant d'un étran
glement de la bande formée par les affleurements des groupes d'Itabira et de
Caraça. Partout ailleurs, en effet, les alignements de hauteurs constitués par
ces formations et qui entourent le Quadrilatère constituent une ligne de
partage des eaux, entre les divers tributaires du R. S. Francisco. Le réseau
hydrographique se calque avec une étonnante précision sur le dessin des
affleurements. Coïncidence statistique entre l'altitude des croupes et la
répartition des affleurements, stricte adaptation du réseau hydrographique
à la lithologie nous amènent à analyser en détail les modalités de l'érosion
différentielle.
III. — Les modalités de l'érosion différentielle
Le Quadrilatère appartient à la zone intertropicale à saison sèche où
règne normalement une végétation de savane, souvent dégradée en prairies
steppiques plus ou moins clairsemées du fait de l'action séculaire de l'homme
recherchant le bois pour l'exploitation des mines. Certains versants difficiles
d'accès, comme vers Gandarela, sont encore recouverts de forêts sèches de
belle venue. Mais, de toutes manières, l'existence d'une saison sèche marquée
ralentit l'altération chimique tandis que le ruissellement prend plus d'im
portance que dans la forêt pluviale.
Les modalités de la dissection des divers types de roches rencontrés dans
tout le Quadrilatère dépendent essentiellement de deux facteurs, dont le jeu
est commandé étroitement par la lithologie : l'altération chimique, qui
prépare les débris transportables, et le ruissellement qui les évacue sur les
versants. ■
ANNALES DE GÉOGRAPHIE 260
Les micaschistes et les schistes argileux offrent des conditions particuli
èrement favorables à la dissection. En effet, ils se décomposent facilement en
produits riches en argiles qui durcissent rapidement sous l'effet de la séche
resse, du fait d'une très faible capacité de rétention. De la sorte, les averses
ruissellent facilement sur un sol qui absorbe peu d'eau. Des débits considé
rables sont réalisés à l'issue de surfaces peu étendues, ce qui permet une
multiplication des talwegs élémentaires et un dense chevelu de drainage
temporaire. Entre ces talwegs élémentaires, le ruissellement, que l'obstacle
de la végétation maintient diffus, déplace les particules terreuses abondantes
fournies par la décomposition argileuse. La rareté des cailloux entrave la
formation de pavages. Un décapage très actif des pentes a donc lieu, qui les
adoucit rapidement. Les versants ont des inclinaisons modales de 10-15° seu
lement. Les sols sont minces (1-2 m), malgré la facile décomposition de la
roche : ils ne peuvent gagner en épaisseur du fait d'une ablation trop active.
Les flancs de croupes sont ciselés par un dense réseau de ravineaux, trop
rapprochés pour atteindre des débits suffisants pour pouvoir inciser vigou
reusement la roche, trop mal alimentés pour que l'humidité persiste assez
longtemps pour la pourrir. Ces ravineaux n'arrivent donc pas à s'enfoncer
dans le versant et se contentent de l'égratigner. Ils assurent avant tout
l'évacuation des troubles arrachés par l'érosion pluviale aux sols d'altération
et n'attaquent pratiquement pas la roche saine. Le déboisement, la multi
plication des pâtures aux touffes d'herbe espacées favorisent l'érosion plu
viale, donc accélèrent l'ablation.
Les gneiss et granites donnent un modelé de dissection différent des
schistes. Les altérites y sont beaucoup plus épaisses (une dizaine de mètres
en moyenne) et le réseau de talwegs élémentaires beaucoup moins dense. En
effet, les altérites provenant des roches cristallines sont beaucoup plus per
méables que les argiles de décomposition des schistes et des micaschistes.
Elles absorbent donc beaucoup plus d'eau et il faut des averses beaucoup
plus intenses ou des pentes beaucoup plus fortes pour que le seuil de ruisse
llement y soit franchi. De la sorte, la surface-seuil, permettant avec une
fréquence suffisante une concentration de débit de ruissellement telle qu'un
talweg élémentaire apparaisse, est plus élevée et la densité des talwegs él
émentaires est moindre. On n'observe pas, sur ces roches, les ravineaux peu
profonds et nombreux des schistes. On y rencontre, au contraire, des vallons
plus espacés et évasés, plus entaillés dans le versant aussi, qui tendent à
subdiviser les croupes en patte d'éléphant. L'infiltration plus forte diminue
le ruissellement diffus tandis que la présence de grains de quartz et l'hété-
rométrie plus grande des horizons superficiels atténue l'érosion pluviale. Le
décapage superficiel est donc beaucoup moins intense tandis que le pour
rissement souterrain est bien supérieur, du fait de la plus grande humidité
et de la persistance plus longue de cette humidité dans des formations à plus
grande capacité de rétention. Les versants conservent des pentes plus fortes,
avec un mode de 25-30°. L'humidité souterraine se concentre en dessous des
talwegs dans les vallons et y persiste plus longtemps, ce qui facilite l'altération QUADRILATERO FERRIFERO SUD DE BELO HORIZONTE 261
et permet aux vallons de s'approfondir graduellement sans que la roche
saine apparaisse jamais dans leur talweg.
Les roches siliceuses, phyllades, grauwackes, quartzites offrent encore
d'autres conditions. Du fait de leur nature chimique, elles sont peu favorables
à l'altération qui se contente généralement de s'attaquer à leur ciment et,
ainsi, de les désagréger lentement en produits sableux. La capacité d'absorp
tion de ces altérites est assez grande, mais, comme elles sont minces, l'eau
arrive rapidement au contact de la roche sous-jacente. Tout dépend alors
de sa perméabilité, commandée avant tout par le réseau de joints et de
diaclases. Or dans les quartzites, très peu élastiques, la vigoureuse tectonique
antécambrienne a généralement multiplié les cassures dans des bancs au
surplus assez minces. Les possibilités d'infiltration sont donc très grandes.
Dans les grauwackes et les phyllades, joints et diaclases sont beaucoup
moins denses, ce qui favorise, au contraire, le ruissellement. De surcroît, les
altérites sont plus fines, donc moins perméables. Mais, dans tous les cas, la
rareté de l'argile rend les formations superficielles très sensibles au ruisse
llement, car elles sont aisément mobilisables faute de cohésion. En fonction
des différences de vitesse d'altération, des caractéristiques des altérites, de la
perméabilité de la roche saine, une assez grande variété de types de versants
est réalisée.
Dans les phyllades et les grauwackes, une pellicule continue d'altérites
recouvre la roche, épaisse de quelques décimètres seulement, d'ailleurs, sur
les pentes raides. Il suffit d'un banc plus épais et plus cimenté pour qu'appar
aisse un ressaut : le rembourrage trop mince ne peut l'amortir... On a ainsi
ces versants décharnés, anguleux, trahissant les micro-influences structurales,
habituellement caractéristiques des climats secs, mais qui reflètent seulement
ici une carence de l'altération d'origine lithologique. Les talwegs élémentaires
y sont nombreux et atteignent généralement la roche saine. Mais comme
celle-ci résiste, ils ne peuvent guère que l'égratigner et ne s'encaissent pas
beaucoup dans le versant. Ce sont de simples rigoles, plus encore que sur les
micaschistes, plus altérables. Le ruissellement est très intense, mais n'agit
guère sur le versant car il manque de produits à transporter du fait d'une
altération déficiente. Aussi lave-t-il les débris trop chichement fournis, presque
aussitôt qu'ils sont formés ce qui entretient la minceur des sols et, par voie de
conséquence, la pauvreté de la végétation, qui, à son tour, favorise le ruis
sellement. Les versants décharnés sont toujours en pente forte, avec un mode
de 50-60°, ce qui permet le déplacement progressif de la pierraille de désagré
gation. Mais cette raideur ne fait que traduire la lenteur de leur évolution.
Le potentiel érosif est en excès par rapport aux débris disponibles bien que
la pente plus forte permette la mobilisation de plus grossiers.
Sur les quartzites, ces caractéristiques s'exagèrent encore. La désagré
gation est encore plus difficile, surtout quand le quartzite est pur. Elle opère
avec une extrême lenteur et tous les débris sont bien souvent évacués avant
qu'il n'y ait eu le temps de s'en former de nouveaux. Il en résulte l'apparition
de roche nue sur les pentes, de corniches et d'abrupts rocheux qui mettent au

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