Le régime glaciaire au Groenland, d'après un ouvrage récent - article ; n°36 ; vol.7, pg 441-456

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Annales de Géographie - Année 1898 - Volume 7 - Numéro 36 - Pages 441-456
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Publié le : samedi 1 janvier 1898
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Maurice Zimmermann
Le régime glaciaire au Groenland, d'après un ouvrage récent
In: Annales de Géographie. 1898, t. 7, n°36. pp. 441-456.
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Zimmermann Maurice. Le régime glaciaire au Groenland, d'après un ouvrage récent. In: Annales de Géographie. 1898, t. 7,
n°36. pp. 441-456.
doi : 10.3406/geo.1898.18137
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1898_num_7_36_18137RÉGIME GLACIAIRE AU GROENLAND LE
d'après un ouvrage récent
(Photographies, Pl. K, L, M, N)1
C'est aux études du voyageur danois H. Rink .(1848-18'H), que
revient l'honneur d'avoir révélé au monde l'importance scientifique
du Groenland. Il fut le premier à décrire2 la grande calotte de glace
qui revêt tout l'intérieur de cette immense contrée, étalée sur 22 de
grés de latitude et couvrant une superlicie de 2 millions de kmq.
Depuis cette époque, près d'un demi-siècle s'est écoulé; l'exploration
de Г Inlandsis a successivement tenté, sur des points très divers, les
efforts des plus grands explorateurs polaires actuels : E. de Nordens-
kiold, R. E. Peary, F. Nansen. En outre, les Danois ont procédé, à
partir de 1 «S 7 в , ; i cet ensemble d'explorations méthodiques qui, entre
prises pour cinq années, ne sont pas encore terminées aujourd'hui,
et auxquelles s'attachent particulièrement les noms d'Ain. Helland,
K. J. V. Steenstrup, R. Hammer, A. Kornerup, G. A. D. Jensen,
G. Holm, T. V. Garde, G. Ryder. On peut dire que le Groenland a été
e'tudié sur des points assez nombreux de sa vaste étendue, malgré les
lacunes de sa partie septentrionale et orientale, pour qu'il soit pos
sible de s'en faire une juste idée. A cet égard, les derniers travaux de
R. E. Peary, T. G. Chamberlin, R. D. Salisbury, dans le N. de la
grande terre, et de G. Ryder, sur la côte du Scoresby Sound, ont été
particulièrement utiles. C'est à cet ensemble qu'on doit de posséder
aujourd'hui, dans l'ouvrage que vient de nous donner M. E. de Dry-
galski, assisté de MM. E. Vanhôffen et II. Stade3, l'étude la plus com-
1. Les photographies annexées à cet article sont extraites de, l'ouvrage ijue
nous analysons ici. Nous adressons de vifs remerciements à M. île Dry^alski et à
la Société de Géographie de Berlin, qui nous ont jrracieusement autorisés à les
reproduire.
2. II. IiiMi, llrnnlniul цену rnpki.sk о;/ s fut is tik beskreve.t, Copenhague, 18132-1857,
2 vol. en trois parties.
3. (hnidnud-Expeilithin der tiespllxcluift fur Enlkitrute zu Berlin IM1-I89S,
unter Leitunf/ v<m Eiucii von Dry<;alski, heraus^e^reben v. d. (lesellxclui ft fur Erd-
kunde zu Berlin. Berlin, W*. Kuhl, 18У7, 2 vol. in- 4. Le. premier volume, iirnnlnnda
Eis и nil sein Vorluiul ,xix + ."">6 p., .'il íi;r., 44 pl., ix cartes, a été rédigé par le
chef de l'expédition, et traite de tous les problèmes ^éophysiques relatifs au Groenl
and. 11 faut appeler l'attention sur le choix des photographies, ipii, presque, toutes,
se rapportent a la ^lace ou aux placiers, et qui, à re point de vue, constituent une
collection très précieuse. La prande carte des courants de j:lace île Karajak, à
1:30 000, celle îles colonies Danoises qui forment l'Inspectorat du Groenland
■septentrional à 1: ."TOOOOi, les cartes spéciales en couleur des placiers de Kan-
iierdluk-Umiamako, Jakobshaven, et des placiers côtiers de Коше, Asakak, Sar- s
.
.
Í42 GEOGRAPHIE RÉGIONALE.
plète; la plus considérable et la plus digne de rester fondamentale,
dont le Groenland ait jamais fait l'objet..
C'est à la suite des- observations effectuées -au. cours de deux
voyages, d'abord; durant l'été de- 1891? (3 mai-18; septembre), puis
pendant une année entière, du Aer mai 1892 au( U octobre 1893, que-
ce travail imposant a pris naissance. Sur le conseil de H; Rink et de
K. J.V. Steenstrup, M. de Drygalski choisit comme base d'opérations
un nunatak1 du rebord de l'Inlandsis, à proximité d'un de ses plus
actifs émissaires, le glacier de Karajak, et au fond du: fjord long et
étroit d'Umanak. La station offrait de plus l'avantage de se trouver à
la base de la grande presqu'île de Nugsuak, depuis longtemps signalée
par l'existence, sur les plateaux : basaltiques - qui- la . couronnent, . de -
calottes et de langues glaciaires locales, sans lien avec la glace conti
nentale. Un observatoire météorologique fut établi dans le voisinage
de. la station.-L'année se passa à recueillir des mesures et des collec
tions ; à étudier la structure, le mouvement, le rôle de transport et
d'érosion de la glace; a explorer, soit en traîneaux, soit sur des em
barcations, les - principaux . émissaires ■ de l'Inlandsis qui ; débouchent
dans les baies de, Disko et du; Nord-Est, connues depuis Rink; pour
concentrer presque tout le débit des glaces intérieures.
Le principal effort de M. de Drygalski a porté sur des recherches de
iréophysique. Il; se proposait, avant tout, de, reconnaître quel est le:
véritable principe du mouvement glaciaire. Il5 fallait donc procédera,
de minutieuses études sur;Ia répartition des températures - dans < la-,
glace, élucider le rôle des crevasses et du broyage des masses glacées -
par les tassements qu'engendre la pression; ou rechercher si le mouve
ment de la glace dans les couches profondes, n'était pas dû à son amol
lissement. Aces travaux, où les observations de température devaient
jouer un rôle capital, se sont jointes des recherches sur la structure
cristallographique des diverses glaces, M. de Drygalski estimant que la
glace, véritable roche destinée à prendre de plus en plus d'importance
sur le globe, en voie de refroidissement, mérite de solliciter des tra-
farfik, etc., sont dignes du texte qu'elles éclairent. Le, second volume contient les
observations biologiques de M. E. Vaxhôffen, et les relevés météorologiques, magnét
iques, etc., de MM." II. Stade et- de Drygalski (x — .471 p., 31 fig., 8 pi., 1 carte;.
On ne saurait rendre un trop vif hommage au luxe extérieur de la publication; et
par ses énormes proportions, elle n'a d'analogue que les Meddelelser от Granland
Copenhague, -1878-18%, XIX. vol. in-8*. Mais les Meddelelser ne sont qu'un. recueil'
d'études indépendantes, d'observations admirablement effectuées ; il leur manque
toute vue d'ensemble propre à leur assurer l'unité, mérite qui donne tant d'intérêt
à l'ouvrage de M. de Drygalski.
l.On appelle nunatakker, au (îroenland, les pointes rocheuses que l'Inlandsis ne
recouvre pas totalement, et qui font saillie comme des îles sombres sur la surface
glacée. Le nunatak de -Karajak i sépare le gramb Karajak du petit Karajak,: d'uni
côté il baigne dans le fjord d'Umanak, ses trois autres faces sont assiégées par
la glace. . I ,
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41? v v:.-.«>.: ^ ■

LE RÉGIME GLACIAIRE. AU GROENLAND. ИГ
vaux micrographiques au même titre que les roches rlont les déformat
ions engendrent les montagnes. -
On ne saurait ici suivre M. de Drygalski dans les savantes deduct
ions, -d'un s caractère mathématique souvent; fort abstrus,, sur les
quelles il fonde les très importants résultats qu'il a obtenus. Nous
croyons devoir: insister surtout sur. les modifications apportées par
son (nuvre aux idée< généralement en cours sur le Groenland,, part
iculièrement à celles que Rink et Nansen ont accréditées.
Rink avait dépeint" l'Inlandsis comme une sorte d'inondation: de
glace qui aurait eu . pour origine v la. congélation progressive des an
ciens cours d'eau du. Groenland, pour, étape le remplissage des
ciennes vallées par la. glace- et pour; terme, l'ensevelissement- inté
gral de la contrén i. Les estuaires des anciens fleuves collecteurs
des eaux se trouveraient ainhi remplacés par les grands fjords pro
ducteurs d'icebergs; a chacun de ces fjords correspondrait le même
domaine que drainaient anciennement les cours d'eau; il y aurait au
sein île l'Inlandsis comme -une sorte d'articulation ; hydrographique..
Au résumé, selon cette théorie, encore en faveur parmi les- savants
danois2, serait une formation qui aurait pris naissance par
accroissement de bas en haut, une de plaine.
Nansen, sans toucher h la question d'origine de l'Inlandsis, s'était
surtout prononcé sur son mouvement" et sur saforme. Il la décrit 3
comme une1 « voûte régulière s'étendant.1 d'une côte à l'autre, et
«'élevant graduellement vers l'intérieur, selon* unei pente- d'abord
assez marquée, qui va s'affaiblissant de plus en plus vers le centre dm
pays '>. La surface de la glace, à ses yeux, peut encore se comparer à-
« un bouclier dont la pointe serait tournée vers le S., et dont la surface,
en larpeur comme en longueur, serait arrondie... La périphérie de la-
couche glaciaire, examinée au; moyen de coupes transversales, per
pendiculaires à l'axe longitudinal » du Groenland; . parait* ajoute-t-il,
ressemblant' figurer des courbes mathématiques à peu; près exactes,
assez à des segments de cercle. Mais le rayon de ces cercles va crois
sant du S. vers le N. ; la, surface du? bouclier, au S.,, est fortement
arrondie; au N., elle s'aplatit rapidement. »
Quant : au mouvement i de cette ; masse - «le glace d'une épaisseur
formidable,, qu'il évalueàlTOO ou 20()0cm., Nansenďattribue^a la:
1. Risk, il rnnvient <le le «lire, partait «l'un fait d'expérience. Ortains ruisseaux,
même considérables, gèlent entièrement au retour de lTiiver, et Tété ne sufiit pas
toujours à fuiidre toute la irlace formée. Mais M. de Drypralski» qui a étudié le
phénomène, a reconnu ijiie Rink en avait exagéré l'importance.
2. La notice consacrée par K. J. V. Steenstrup à Rink en fait foi Jironland
Expédition , I, p. '23;.
3. F. \.\sskn," Wixsťnschiiffliche Err/ehn'isse von Diirchquerunfj von Grnnlnnd
\Peterm. Mift., Ergzh. ne 1U". p. 70-T8'!. Voir aussi Verh. <ies. Erdfc. Berlin, XVIi;
1890, p. 446-î:;:î. :
Ш GÉOGRAPHIE RÉGIONALE..
pression énorme déterminée par la pesanteur dans son sein; cette iif serait pas inférieure ù 160 atmosphères. L'Inlandsis tout
entière pourrait être considérée comme une masse visqueuse dont les
couches supérieures seraient moins plastiques que les couches infé
rieures *. De la surface. vers le fond; se succéderaient toutes les tran
sitions de la rigidité presque absolue à la limite extrême de la plas
ticité, c'est-à-dire ;ï la fluidité de l'eau; et ce phénomène aurait pour
cause l'existence constante, dans les profondeurs, de la température
de la glace fondante.
L'action *des inégalités du sol se ferait faiblement .sentir sur la :-
forme extérieure de l'Inlandsis. Celle-ci serait dans une large mesure:
indépendante, pour l'aspect comme pour le mouvement; du sol qui;
la supporte, .et se déterminerait ;ï elle-même sa forme, par les lois
intimes de la glace. — II y avait dans l'énoncé de cette hypothèse
quelque chose de simple, qur pouvait séduire, mais le caractère ma
thématique qu'il affectait élait de nature à inquiéter. On pouvait diff
icilement concevoir qu'un. pays couvrant 2500 km. en longueur et.de-
700 à 1200 km; en largeur,- fît à ce point exception au milieu de l'in
finie complexité des formes géographiques naturelles, par la régular
ité quasi géométrique de sa forme et la simplicité de son régime.
Le mérite essentiel de- M: de Drygalski, au point1 de vue géo
graphique, est, à nos yeux, d'avoir rétabli par une minutieuse analyse
de ses rapports avec le relief, la dépendance de l'Inlandsis à l'égard8:
du terrain qui la porte. D'unautre côté, il s'est efforcé de montrer
l'invraisemblance des idées de Rink etde ramener la cause principale
de l'Inlandsis ù l'altitude, ensorte qu'elle n'apparaisse plus comme
une formation unique en son v genre,- mais comme un glacier géant;
soumis aux lois générales d'établissement des glaciers ordinaires.
Suivant les sections du littoral d'où on l'examine, l'Inlandsis n'offre
en aucune manière les mêmes conditions d'altitude ni de régime,
voire les : mêmes caractères intrinsèques. C'est ainsi : qu'il existe de
profondes différences entre la plus grande partie de la côte W. et la.
côte E., entre le N. et le S., et même entre les diverses sections d'une,
mêmecote. — II est certain' d'abord- que l'intensité du phénomène
glaciaire, à des époques très proches de nous, a dû varier considéra
blement dans des espaces restreints. Les explorateurs danois, Nansen,
T.C Chamberlin, R: D. Salisbury et M. de Drygalski lui-même sont
d'accord pour reconnaître qu'il existe des bandes entières du littoral:
qui paraissent avoir été recouvertes par la glace continentale, comme
en témoignent l'usure de leurs formes et les lignes universellement
arrondies dû paysage, alors que d'autres au contraire, en général plus
élevées, présentent un chaos de crêtes et de pics déchirés et anguleux,
!.. Xaxsex/ Wissenschaftl: Ergebn., p. 73. .
RÉGIME GLACIAIRE AU GROENLAND. Ш LE
qui figurent évidemment d'anciens nunataks, de toutternps épargnés
par TInlandsis. Ce fait nous révèle déjà une plus grande complexité
que la conception de Nansen n'eût fait croire. Mais il va plus..
Dans la partie moyenne de la côte occidentale, entre fi-2° et 75° N.,
FInlandsis heurte de toutes parts son rebord à une ligne monta
gneuse, composée en majeure partie de gneiss et entre 69U et 72° de
trapps basaltiques. Ces montagnes ou bien sont dépourvues déglaciat
ion, ou bien ne nourrissent que des glaciers locaux que M. de Dry-
galski appelle IJochlandcis. Dans la partie la plus méridionale delà
cote, le manque de glaciation s'explique par la médiocre altitude des
sommets : 700 al OOO m. Les principaux glaciers locaux ne se trouvent
guère que sur les hauteurs plus imposantes de l'île Disko, de Nugsuak
et du fjord de Kangerdluk (l 000 à "2 000). Quant à l'Inlandsis, située en
arrière, et qui déborde par les profondes coupure»"de la lûme monta
gneuse, elle ne repose que sur un socle très inférieur à fiOO m. C'est
seulement au N. d'Upernivik et dans la baie de Melville, que l'affaiss
ement probable de toute la côte permet à l'Inlandsis d'atteindre immé
diatement le bord de la mer; son front, d'ailleurs d'altitude faible,
s'y confond en effet avec la ligne du littoral. A. partir du cap York,
dans la presqu'île de Hayes, nouveau changement; le sol se relève et
forme un plateau de plus de 600 m.; l'Inlandsis, très près de la côte,
se relève aussi jusqu'à 1 ">()() m. — De ces faits, on peut conclure que
l'altitude de l'Inlandsis varie beaucoup suivant l'altitude de son sou
bassement. De plus, il y a contradictionentre la bande côtière libre
très large, la faiblesse des glaciations locales,, malgré des hauteurs
notables, d'une part, et la présence, d'autre part, de l'Inlandsis sur un
socle très bas; on- se. trouve amené à concevoir irrésistiblement
cette idée que la côte W. est mal appropriée aujourd'hui à la glacia
tion, et que si l'Inlandsis y apparaît, c'est qu'elle vient d'ailleurs;
elle ne provient point des formes visibles du; pays, « c'est une fo
rmation étrangère ayant fait intrusion parmi ces formes, une inondat
ion de glace, un débordement venu de l'intérieur ».
Comparons à ces conditions celle de la côte E. et de la côte S.
Depuis la baie de Dove (77° N.) jusqu'au Scoresby Sound, règne une
région de hautes montagnes dont les sommets atteignent de 1 ."00 à
3 300 m. (hauteur approximative du pic Petermann). Aux abords
d'Angmagsalik et de la pointe méridionale, on trouve un paysage ana
logue, un ensemble de hautes montagnes (loOO à w2 000 m:), au tra
vers desquelles l'Inlandsis déborde par des brèches et ouvertures
abruptes, mais en serrant de beaucoup plus près la côte. L'Inlandsis
elle-même, même dans la région du Scoresby Sound: et du fjord
François-Joseph, est parsemée de nunataks très élevés; elle donne
cette impression qu'elle, repose sur un haut soubassement de mont
agnes. En général, surtout entre 60° et 70° N., la bande littorale est .
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GÉOGRAPHIE :. RÉGIONALE. Ш
infiniment plus réduite que sur la partie correspondante de la côle W.;
les montagnes, bien -que .-plus élevées,, sont submergées, à part les
crêtes et les pics les plus hauts. A l'extrême pointe S., de hauts mass
ifs, qui nourrissent des glaciations locales, semblent; au Xi de Julia-
nehaab, se perdre au loin sous le revêtement de la glace continentale..
Enfin M: de * Drygalski, se fondant! sur. l'altitude, intérieure de l'In-
landsis, reconnue: par Nansen, émet l'hypothèse d'un haut système
montagneux intérieur, situé un peu à TE.~de l'axe médian du pays, et
contre lequel s'appuieraient les montagnes de la côte orientale.
Pour 'lui «c'est tout ce vaste ensemble qui constituerait le- vrai
centre d'élaboration de l'Inlandsis. A TW. en eliet, se présentent des
montagnes généralement de hauteur médiocre contre lesquelles l'I
nlandsis se heurte, venant de l'intérieur, sans parvenir à les submerger,
sinon là où les affaissements de la baie de Melville le lui permettent;
A l'E. aucontraire, on rencontre des massifs beaucoup plus hauts
qu'elle submerge en partie et desquels elle paraît descendre.
La thèse est, on le voit, entièrement différente de celle de Nansen.
Voici comment son auteur l'appuie. Tout d'abord, c'est un fait con
staté, par Nansen lui-même, que Taxe longitudinal- de plus grande
altitude se trouve pour l'Inlandsis plus près de la côte E. que de la
côte W. L'iniluence du relief sous-jacent peut seule rendre compte
de cette particularité.
En second lieu; on a fait cette observation curieuse que sur la côte
E. les surfaces glaciaires en contact avec des nunataks ont tendance à
s'élever contre leurs parois; sur la côte W., c'est le contraire, la glace
est séparée des parois rocheuses par de ? profonds fossés. Le fait:
s'explique simplement parce que sur. la côte E. les névés sont en.
excès, et par suite, sitôt qu'ils trouvent un point d'appui solide,
tendent ai former, des amoncellements. Sur la côte W., région par:
excellence d'ablation (pour l'Inlandsis, les nunataks par leur couleur,
sombre et l'absorption des rayons caloriques, sont une cause de
fusion pour la glace adjacente. Celle-cise trouve, en effet dans une
région qui n'a rien à voir avec son origine et qui ne lui fournit pas de
nouveaux matériaux d'alimentation.
Enfin Nansen avait été surpris, en 1888, de ne pas trouver, sur les
pentes orientales de l'Inlandsis, ces couches de poussière, cette
Ar?/o&omVe que Nordenskiôld avait rendue célèbre, et qui sur la côte
W., donne naissance à des trous, profonds de ."<> à 60 fin., larges de
20 à 30 cm., sur toute la surface de la glace. Pour M. de Drygalski, si
la kryokonite manque sur la côte E. et se trouve au contraire en
excès sur-la côte W.,. c'est que dans la première région, domaine
d'alimentation par excellence, les névés en. constante accumulation,
engloutissent à mesure qu'elles tombent toutes les poussières; à l'W.
au contraire, les neiges tombées dans l'année fondent intégralement; ■id
• .t.. > '.1 (
:* ;> . .
:
LE RÉGIME --GLACIAIRE/AIT GROENLAND. 447
chaque été, par la fusion, fait reparaître à la lumière Thorizonsde
poussières que les neiges de l'hiver avaient ensevelies.. Il' ne se pro
duit dune pas, sur, cette côte, un; renouvellement annuel de la provi
sion de1 kryokonite,. mais un long stalet de celle qui s'est constituée
au cours de très longues périodes et que chaque nouvelle année con
tribue uniquement à accroître ou à amoindrir. La kryokonite consti
tue ici un* horizon permanent, qui* s'ajoute à toutes- les autres
influences destructives pour amener l'abaissement de la surface placée,
par la prise qu'offre sa couleur foncée aux rayons solaires.
Ainsi tous ces indices, que renforce encore l'aspect extérieur de
l'Inlandsis dans la région 'étudiée par M: de Drygalski, laissent penser
qu'on a affaire sur la côte E., avec le foyer d'origine de la glaciation,
et sur la côte W. avec la région où elle expire. A tous égards, il
semble qu'on puisse reconnaître •: entre les caractères de l'Inlandsis
sur ces deux côtes, les mêmes différences' qu'on observe entre la ré
gion des névés et la langue d'un glacier ordinaire.
Ces conclusions semblent fort justes. D'autre part, M. de Drygalski,
en faisant ressortir le rôle de l'altitude dans la genèse de l'Inlandsis,
paraît adopter un principe plus raisonnable que celui de Rink.
Il nous a semblé cependant que dans l'énoncé de ses idées, il
néglige trop les influences climatiques. A- propos, du-. Groenland*,
septentrional, où l'Inlandsis, à partir du cap York, couvre un plateau
de 600 à 700 m. et descend à travers -les brèches d'un massif monta
gneux, il écrit1 ::« L'Inlandsis dès lors ne traverserait plus, comme
sur le reste de la côte W/, une région côtière éloignée de son origine,
mais à l'instar d'un' Hochlandeis ordinaire, elle : couvrirait' un haut
pays de montagnes. Elle se trouverait donc située à son lieu même
d'origine, d'où ses émissaires descendraient rapidement vers la mer. »
Ainsi donc, il semblerait qu'à ses yeux le relèvement du i sol suffit à
déterminer un foyer de glaciation. Et de fait, l'altitude joue un rôle
considérable, mais l'abondance plus ou moins-grande des précipita
tions, les conditions océanographiques ambiantes, ont peut-être une
influence plus forte encore. Que d'exemples de montagnes élevées
privées de- glaciers par un climat sec ! Selon nous, le régime glaciaire
qui imprime son sceau au Groenland est un phénomène dû au climat,
non moins qu'au relief; c'est par une campagne d'observations mé
téorologiques organisées suivant une certaine; méthode et sur Ae>-
points d'élection; voire même, s'il était possible, sur l'Inlandsis elle-
même, qu'on peut espérer en saisir la clef.
En ce qui touche le phénomène glaciaire en général, on remar
quera combien les assertions de M. de Drygalski s'accordent avec les
idées de M. de Lapparent. On sait que le savant géologue est porté à
1. Í, chap, vu, p. in:j lfU.

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