Le rôle de la nature dans le développement péruvien - article ; n°418 ; vol.76, pg 714-735

De
Publié par

Annales de Géographie - Année 1967 - Volume 76 - Numéro 418 - Pages 714-735
The importance of nature in the development of Peru. (Abstract.) — The population of Peru is distributed in small, densély peopled, pockets which cover only a small fraction of the country's area, either in the coastal désert or in the valleys or basins of the Andes or along the river banks of the Amazon. However, in spite of the apparently formidable obstacles which separate them (désert, high mountains, dense forest) communications hâve almost always been there, and the scattered nature of the distribution of population did not hinder the development first of the Inca Empire and then that of the Spanish. This article sets forth what limits of development are imposed by the natural environment and stresses the relative aspects oj thèse limits in the face of techniques employed and the methods of organising the economy. Thus the slope is more of an obstacle now to development than it was a century ago in the era of transport by caravans of animais. In the coastal districts, if the rational utilisation of water is a basic problem, at the same time conditions are favourable for organisation and an agriculture which should be intensive. As far as the opening up of the forests are concerned the poor quality of soils is less important than the limits imposed by distance and the low density of the population.
The significance of natural barriers changes with each epoch. But the signi-ficance of the density varies likewise according to the period. The progress of development becomes very expensive when the population is lost in too vast an area. However two similar densities hâve not the same significance either. The level of consumer demand and the catégories of employment should be taken into account.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
Lecture(s) : 53
Nombre de pages : 25
Voir plus Voir moins

Olivier Dollfus
Le rôle de la nature dans le développement péruvien
In: Annales de Géographie. 1967, t. 76, n°418. pp. 714-735.
Abstract
The importance of nature in the development of Peru. (Abstract.) — The population of Peru is distributed in small, densély
peopled, pockets which cover only a small fraction of the country's area, either in the coastal désert or in the valleys or basins of
the Andes or along the river banks of the Amazon. However, in spite of the apparently formidable obstacles which separate them
(désert, high mountains, dense forest) communications hâve almost always been there, and the scattered nature of the
distribution of population did not hinder the development first of the Inca Empire and then that of the Spanish. This article sets
forth what limits of development are imposed by the natural environment and stresses the relative aspects oj thèse limits in the
face of techniques employed and the methods of organising the economy. Thus the slope is more of an obstacle now to
development than it was a century ago in the era of transport by caravans of animais. In the coastal districts, if the rational
utilisation of water is a basic problem, at the same time conditions are favourable for organisation and an agriculture which should
be intensive. As far as the opening up of the forests are concerned the poor quality of soils is less important than the limits
imposed by distance and the low density of the population.
The significance of natural barriers changes with each epoch. But the signi-ficance of the density varies likewise according to the
period. The progress of development becomes very expensive when the population is lost in too vast an area. However two
similar densities hâve not the same significance either. The level of consumer demand and the catégories of employment should
be taken into account.
Citer ce document / Cite this document :
Dollfus Olivier. Le rôle de la nature dans le développement péruvien. In: Annales de Géographie. 1967, t. 76, n°418. pp. 714-
735.
doi : 10.3406/geo.1967.15069
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1967_num_76_418_15069Le rôle de la nature
dans le développement péruvien
Planches XIH-XVI par Olivier Dollfus
PR SENTATION
Le Pérou constitue un exemple particulièrement intéressant de pays tro
pical sous-développé de dimensions moyennes en 1967 une douzaine de mil
lions habitants se répartissent une fa on inégale sur 200 000 km2
La population se dispose dans une série archipels situés dans des milieux
naturels qui offrent des conditions extrêmement variées oasis une côte
désertique souvent tiède et humide vallées bassins et hautes plaines andines
encastrées entre des plateaux situés plus de 000 et des cordillères nei
geuses clairières trouant une forêt tropicale dont le manteau toujours vert
couvre les collines et les plaines amazoniennes Cependant ces archipels se
répartissent principalement entre les Andes et leurs piémonts soit dans un
quadrilatère de 000 km de long sur 300 400 de large La surface des terres
emblavées qui correspond aux grands secteurs occupation humaine ne
dépasserait pas la quarantaine de milliers de km2 moins même après les
statistiques officielles Malgré ampleur des obstacles les îles péruviennes
ont presque toujours communiqué entre elles Le cloisonnement des noyaux
de population est pas synonyme un isolement complet fig l)
Dès introduction de agriculture sur la côte plusieurs millénaires avant
notre ère des relations existaient entre le rivage du Pacifique les Andes et
même la forêt époque incaïque les communautés de Huanuco utilisaient
des terres situées sur les deux flancs de la montagne andine En quelques
générations les princes du Cuzco étendirent leur pouvoir sur les Andes et
leurs piémonts du Chili la Colombie Dès la conquête espagnole des commu
nications constantes établirent entre la côte où le vice-roi réside Lima
les Andes restées indiennes mais où Espagne pénètre avec ses fonctionnaires
ses hommes glise et ses soldats et la forêt que parcourent des mission
naires Des ordonnances sont vite exécutées ainsi celle de Francisco
de Toledo de 1576 obligeant les ayllus indiens se regrouper dans des Divisions administratives les départements et leur chef-lieu) Fig 716 ANNALES DE OGRAPHIE
agglomérations au plan quadrillé disposées autour une place Armes
dominée par église La disposition et la physionomie de habitat se trou
vaient dès lors fixées pour plusieurs siècles Le castillan remplace le quetchua
comme langue administrative et aire des idiomes indiens ne cesse de se
rétrécir En quelques décennies après la conquête les moutons les vaches
les chèvres et les chevaux se répandent et le blé comme orge interviennent
dans les assolements Mais souvent les techniques agricoles importées restent
celles de la Castille au xvie siècle
Rapidité aussi de la diffusion de certaines espèces époque contempo
raine eucalyptus introduit au Pérou dans la seconde moitié du xixe siècle
est maintenant arbre le plus répandu dans les Andes les truites ensemencées
par les ingénieurs anglais constructeurs des voies ferrées sont les poissons les
plus abondants des lacs et torrents de montagne En dix ans le transistor
acheté par les plus modestes paysans leur apporte des nouvelles du pays et
du reste du monde
Ces échanges hommes ce brassage idées mais aussi inégale pénétra
tion des techniques la roue connue dès le xvi siècle ne devient un usage
courant avec le camion ont contribué et contribuent faire du Pérou
un pays métis comme le sont ailleurs la plupart des Républiques de
Amérique des Cordillères opposition entre une côte créole ponctuée de
quelques touches de sang noir et les Andes indiennes tend effacer avec
la migration des paysans montagnards vers les piémonts et les villes des
oasis Cependant malgré accroissement des flux hommes et de marchan
dises entre les trois grands ensembles géographiques du pays côte Andes et
forêt) la côte toujours plus peuplée et plus riche urbaine et aux cultures
exportation se distingue des Andes restées pauvres et rurales et qui sont
de plus en plus marginales tant un point de vue social économique
après avoir constitué pendant de longs siècles axe peuplé du Pérou
On insiste souvent dans les analyses géographiques du Pérou sur les limi
tations apportées par les milieux physiques son développement Ces limi en elles-mêmes immuables une pente échelle humaine conserve
la même inclinaison) ont des valeurs très différentes en fonction des tech
niques aménagement et utilisation de espace en aussi de la
densité et des formes de occupation humaine et du degré de richesse des
habitants Ainsi propos de exemple péruvien nous verrons le changement
de la signification un certain nombre de données naturelles au cours des
dernières décennies Et compte tenu des différentes interprétations des
milieux physiques par les sociétés qui occupent le Pérou nous analyserons
quelques-unes des conséquences de la densité humaine et de sa répartition
pour une problématique du développement fig 2) Peuplement Fig
Densité supérieure 100 pour la côte de 50 100 pour la Sierra
000 habitants 718 ANNALES DE OGRAPHIE
II LES DONN ES NATURELLES DE LA MONTAGNE
La pente
Bien que les Andes aient un fort pourcentage de leur surface composé
de plateaux et de hautes plaines surtout dans le Sud du pays le soulèvement
plio quaternaire et le creusement consécutif de la masse montagneuse par
les rivières ont entraîné le développement de longs versants et la formation
de vallées encaissées
LA PENTE ET AGRICULTURE
La pente condition de ne pas dépasser une trentaine de degrés ne cons
titue pas un frein pour son utilisation agricole par une société stable et techni
quement peu outillée Dans un système de production où énergie dépensée
était et est encore surtout humaine où on ne calcule pas effort entrepris
en fonction de la seule productivité mais en fonction du résultat obtenir
aménagement des terrasses créées et entretenues par des générations suc
cessives permettait de résoudre une des contraintes nées du relief monta
gneux Les terrasses ne modèlent pas partout les versants cultivés des
Andes nombreuses dans le Sud elles sont plus sommaires dans le Centre et
font souvent défaut dans le Nord Mais pour des hommes travaillant la
terre la houe et récoltant les céréales la faucille les difficultés nées un
champ incliné entraînent pas une productivité du travail nettement infé
rieure celle obtenue sur un champ horizontal Les blocs et les pierres qui
affleurent la surface du sol pentu ne constituent pas une gêne considérable
pour des paysans employant que des outils manuels La faible dimension
des parcelles de montagne liée en partie hétérogénéité du milieu naturel
est pas un obstacle leur exploitation
En contrepartie de ces inconvénients qui apparaissent limités pour une
société paysanne utilisant comme force de travail que énergie des muscles
les pentes offrent quelques avantages Elles permettent abord étagement
des cultures et des récoltes sur une courte distance De petits canaux sont
faciles installer sur les versants et grâce des prises eau faites dans les
lacs ou sur des torrents ils permettent allongement de la saison agricole
et amélioration des rendements Les pentes exposées Est bénéficiant du
réchauffement matinal portent une altitude maximale les limites écolo
giques de certaines plantes blé orge et pommes de terre Les versants situés
au-dessus des cuvettes sont écart des inversions de température qui pro
voquent des gelées matinales dans les fonds par exemple dans le bassin de
Huancayo Plus sensibles au ruissellement et érosion les pentes sont
abri des inondations qui compromettent parfois les cultures dans les alti
planos bordures du lac Titicaca)
Et pourtant au fur et mesure que les techniques progressent et de ce
fait font moins appel énergie humaine musculaire le coût et la difficulté
du travail sur les pentes deviennent plus élevés Tandis que la productivité LE ROLE DE LA NATURE DANS LE VELOPPEMENT RUVIEN 719
accroît très vite dans les plaines par la motorisation et la mécanisation de
agriculture les versants apparaissent défavorisés Les terrasses au-dessus
de altipiano ne sont plus cultivées mais la steppe de la plaine est emblavée
malgré les risques des gelées et des inondations proximité des grandes villes
la concurrence autres possibilités de travail fait délaisser agriculture là
où elle est le moins rentable est-à-dire sur les pentes raides est le cas
dans de nombreuses vallées proches de Lima Le déplacement une partie
des maisons de la mi-pente vers le fond de la vallée où se trouve la route
carrossable allonge considérablement le temps nécessaire pour aller cultiver
les parties supérieures des versants où leur abandon progressif
Enfin par suite de émigration le départ des jeunes suivi de la désinté
gration des structures villageoises traditionnelles et de la disparition de pra
tiques de travail communautaire accompagne du manque entretien des
rigoles irrigation et des terrasses Les infiltrations le long de la pente
éboulement des murs de pierre sont autant de facteurs qui favorisent une
reprise des mouvements de masse et du ravinement sur les versants La charge
solide des torrents accroît autant avec des conséquences prévisibles
laves plus fréquentes exhaussement du lit des rivières et inondations
Ainsi peu peu utilisation soigneuse des pentes andines sur laquelle
reposait une partie de économie agricole indienne disparaît Le versant
devient un élément répulsif justifiant le déclin de agriculture de montagne
LA PENTE ET LES COMMUNICATIONS
évolution en ce qui concerne les limitations apportées par la pente
dans les communications va dans le même sens Plus les transports se moto
risent plus la pente devient un obstacle Une pente condition de être
pas une paroi verticale ne gêne pas beaucoup des gens circulant pied ou
cheval Le tracé un chemin muletier est pas une entreprise difficile
Du seul fait de la pente la charge des hommes et des animaux ne diminue
guère et le ralentissement de la vitesse reste limité Les reliefs andins sauf là
où se dressent des cordillères neigeuses qui sont souvent coupées de cols
franchissables en toute saison comme la Cordillère Blanche arrêtent ni
le piéton ni le cavalier absence de forêt sauf sur le versant oriental humide
et très localement sur le versant oriental est un autre élément favorable la
circulation dans les Andes Aussi ce qui est remarquable dans Empire inca
est son extension sur plus de 000 km du SSE au NN0 au moment de son
apogée ce est pas le fait il se soit étendu sur une grande et haute mon
tagne tropicale et ses piémonts Les reliefs andins ont guère freiné la marche
des Conquistadores vers le Cuzco Pour des hommes pied ou pour une
caravane de bêtes de somme ce qui compte est la distance absolue par
courir Les hommes quelles que soient leurs fonctions et les catégories sociales
mettent alors le même temps se déplacer et le coût du transport est prati
quement le même quel que soit le produit espace se révèle alors homogène
Les transports modernes moteur voiture train ou avion le rendent
hétérogène Le relief montueux devient plus difficile et par là plus coûteux Voies de communication Fig
l.*Altitude supérieure 000 Route panaméricaine asphaltée Route grand
trafic asphaltée Route empierrée Route en construction Chemin de fer
voie normale Chemin de fer voie étroite XIII Cultures en terrasses ndenes et village interfluve Au premier plan route récemment Pl
construite Vallée du Sanla Eulalia Carampoma vers 3000
Champs de céréales sur les flancs de la vallée de Canipaco Région de Huancoyo vers 3900 Pl XIV Petit noyau de colonisation dans la plaine amazonienne le long de la rivière avec sa
clairière et son champ aviation
Transport par radeau ba/sa sur le rio Hualloga entre Tarapoto et Yurimaguas

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.