Le tracé du T.G.V. en Pays-de-la-Loire (1985-1986). 1 - Prospections, sondage et diagnostic archéologiques. 2 - Analyse des découvertes, du Mésolithique final à l'époque gallo-romaine - article ; n°1 ; vol.12, pg 177-194

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1995 - Volume 12 - Numéro 1 - Pages 177-194
Dans la Sarthe, les prospections de surface sur les terrains touchés par la construction de la nouvelle ligne duT.G.V.-Atlantique ont permis la découverte d'un certain nombre de gisements dans une région encore méconnue de la recherche archéologique. Seront ici décrits et interprétés les vestiges du puits gallo-romain de L'Epinay à Connerré, le polissoir de Montaigu à Thorigné-sur-Dué et les armatures mésolithiques du Shadock à Dollon.
The prospection of land touched by the construction of the new T.G.V. Atlantique (High-speed train) has uncovered a certain number of archaeological sites in a region of Sarthe poor in prehistorical and historical research. Here we will describe and interpret the remains of a romain well in L'Epinay at Connérré, the polisher found at Montaigu at Thorigné-sur-Dué and the Mesolitic arrowheads found at Shadock in Dollon in the Sarthe région.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
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Christine Boujot
Serge Cassen
Gérard Guillier
Grégor Marchand
Le tracé du T.G.V. en Pays-de-la-Loire (1985-1986). 1 -
Prospections, sondage et diagnostic archéologiques. 2 -
Analyse des découvertes, du Mésolithique final à l'époque gallo-
romaine
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 12, 1995. pp. 177-194.
Résumé
Dans la Sarthe, les prospections de surface sur les terrains touchés par la construction de la nouvelle ligne duT.G.V.-Atlantique
ont permis la découverte d'un certain nombre de gisements dans une région encore méconnue de la recherche archéologique.
Seront ici décrits et interprétés les vestiges du puits gallo-romain de L'Epinay à Connerré, le polissoir de Montaigu à Thorigné-
sur-Dué et les armatures mésolithiques du Shadock à Dollon.
Abstract
The prospection of land touched by the construction of the new T.G.V. Atlantique (High-speed train) has uncovered a certain
number of archaeological sites in a region of Sarthe poor in prehistorical and historical research. Here we will describe and
interpret the remains of a romain well in L'Epinay at Connérré, the polisher found at Montaigu at Thorigné-sur-Dué and the
Mesolitic arrowheads found at Shadock in Dollon in the Sarthe région.
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Boujot Christine, Cassen Serge, Guillier Gérard, Marchand Grégor. Le tracé du T.G.V. en Pays-de-la-Loire (1985-1986). 1 -
Prospections, sondage et diagnostic archéologiques. 2 - Analyse des découvertes, du Mésolithique final à l'époque gallo-
romaine. In: Revue archéologique de l'ouest, tome 12, 1995. pp. 177-194.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1995_num_12_1_1033Rev. archcol. Ouest, 12, 1995, P- 177-194.
LE TRACE DU T.G.V. EN PAYS DE LA LOIRE (1985-1986)
1- Prospections, sondage et diagnostic archéologiques
2- Analyse des découvertes,
du Mésolithique final à l'époque gallo-romaine
Christine BOUJOT*, Serge CASSEN** Gérard GUILLIER*** et Gregor MARCHAND*
Résumé: Dans la Sarthe, les prospections de surface sur les terrains touchés par la construction de la nouvelle ligne duT.G.V.-Atlantique ont permis la découverte d'un certain nombre de gisements dans une région encore méconnue
de la recherche archéologique. Seront ici décrits et interprétés les vestiges du puits gallo-romain de L'Epinay à
Connerré, le polissoir de Montaigu à Thorigné-sur-Dué et les armatures mésolithiques du Shadock à Dollon.
Abstract: The prospection of land touched by the construction of the new T.G.V. Atlantique (High-speed train) has
uncovered a certain number of archaeological sites in a région of Sarthe poor in prehistorical and historical research.
Hère we will describe and interpret the remains of a romain well in L'Epinay at Connerré, the polisher found at
Montaigu at Thorigné-sur-Dué and the Mesolitic arrowheads found at Shadock in Dollon in the Sarthe région.
Mots-clés: T.G.V.-Atlantique, Mésolithique final, polissoir, gallo-romain.
Key-words: T.G.V. Atlantique, late Mesolithic, polisher, Gallo-roman.
INTRODUCTION cente de la discipline) et en présentant un bilan scienti
fique de l'opération (1).
A partir de la limite départementale avec le Loir-et- En dehors des opérations de sauvetages d'envergure,
liées aux grands travaux d'aménagement du territoire Cher, la ligne nouvelle du T.G.V. n'a plus que trente
(autoroutes, T.G.V.,...), les résultats acquis lors d'inter kilomètres à parcourir avant de se rattacher au réseau
ventions archéologiques de portée plus limitée (sondag ferroviaire pré-existant; c'est donc l'emprise de cette
es, prospections,...) ne font que très rarement l'objet future voie, entre Montmirail et Connerré, emprise au
d'une diffusion au-delà du simple rapport d'évaluation sol parfois égale à celle d'une autoroute, qui fit l'objet
remis au Service Régional de l'Archéologie. La volonté d'une prospection et surveillance des travaux.
récente de publier par région des «Bilans» scientifiques Géographiquement, nous nous situons à l'est du dépar
corrige partiellement ce constat. tement de la Sarthe.
Il existe pourtant des expériences à faire partager, des
diagnostics à soumettre à la communauté des cher 1 - PROSPECTIONS, SONDAGE
cheurs, des informations à révéler au plus grand nomb ET DIAGNOSTIC ARCHEOLOGIQUES
re. Le risque serait bien entendu de mélanger des
1.1 - LES PROSPECTIONS D'OCTOBRE 1985 genres différents dans un même article. Nous prenons
néanmoins le parti de relater ce qui peut être finalement
retenu du déroulement bref d'un contrat type de Chargé La documentation disponible
d'Etude (4 mois de contrats répartis entre deux archéo
logues munis de leur véhicule personnel, sans frais de La S.N.C.F., en la personne de M. Niçois de la Direc
déplacements), en abordant quelques aspects méthodol tion Ligne Nouvelle de la S.N.C.F., a bien voulu nous
donner l'essentiel de la documentation de base néces- ogiques (pour témoigner davantage de l'évolution
(1) Nous tenons à remercier J.P. Daugas, Conservateur régional, J.P. Bouvet, Conservateur du Patrimoine et N. Rouzeau, Ingénieur au S.RA. des
Pays de la Loire, de nous avoir laissés entièrement libres d'accéder aux dossiers du T.G.V. atlantique et de nous avoir permis également de
bénéficier de l'excellent fonds documentaire et du matériel informatique du Service Régional de l'Archéologie. Les objets découverts sont
conservés au dépôt archéologique du Mans.
• Contractuelle M.S.H., 7 rue Gager Gabillot, 75015 PARIS.
•• ••• Chargé Contractuel de recherche A.FA.N, au C.N.R.S. 72100 LE (U.P.R. MANS. 403, université de Nantes, Laboratoire de préhistoire armoricaine, BP 1025, 44036 NANTES Cedex.
****Etudiant-doctorant, Kerfourcher, 29300 TREMEVEN. Manuscrit reçu le 07/03/1994, accepté le 18/04/1994. 178
saire à une enquête préliminaire. Après avoir pris con Les conditions de prospections
naissance du volumineux dossier des Etudes d'Impact,
cartographiées au 1/25000, nous avons pu accéder très Les prospections de surface ont été menées par Chris
librement aux études géotechniques et aux études de tine Boujot et Serge Cassen, entre le 1 et le 25 Octobre.
carrière, à la couverture aérienne verticale au 1/5000 et A peu près 25 % du terrain a pu être observé par
enfin à la série des plans topographiques du tracé de la cheminements dans les parcelles labourées directement
ligne nouvelle T.G.V., du 1/1000 au 1/5000. concernées par l'emprise du T.G.V. Par manque de
Si l'on excepte les travaux de G. Guyot qui prospecta, temps, les emplacements «prometteurs» (éperons, ter
à l'ouest de Montmirail, durant les années 1950 et 1960, rasses non inondables,...), en dehors des acquisitions
une zone sableuse riche d'une industrie lithique mésoli foncières de la S.N.C.F., ont tous été abandonnés. Ce
thique (id., 1967), les publications archéologiques con sont donc les champs cultivés du plateau de Dollon, de
cernant les périodes anciennes et récentes sont relativ Thorigné et de Connerré qui se prêtèrent le mieux aux
ement muettes sur le secteur en question. Le premier ramassages superficiels. En revanche, les bois de Thor-
souci fut alors de rencontrer les personnalités locales rigné, du Luart, de St-Maixent, de Vibraye et de Meller
susceptibles de nous informer. Très sensibilisé par le ay, ainsi que les prairies de Champrond furent d'une
problème et passionné d'Histoire et de Préhistoire, M. exploration presque impossible sans des sondages
Gruau, instituteur à Connerré, avouait son ignorance mécaniques indispensables.
pour les zones s'étendant en dehors de la vallée de Durant ces prospections préliminaires, plusieurs te
THuisne. Une enquête auprès des exploitants agricoles rrassements d'envergure nous ont incité à surveiller
des fermes de L'Epinay, La Combrière, Loyau, La certains décapages (déviation de la R.N. 23 au niveau de
Brosse aux Loups, La Martinière et Les Masnières PEpinay) et autres travaux de «purges» (les tourbes de
n'apportait rien de nouveau: aucun indice, aucune ano la plaine alluviale de l'Huisne qui empêchaient une
malie pouvant laisser croire à quelque gisement potenti bonne assise et un bon ancrage des remblais), sans pour
el... En dehors de la zone d'intervention, beaucoup autant pouvoir intervenir de façon plus directe que la
plus à l'est, la préhistoire ancienne est néanmoins repré seule observation des coupes et le prélèvement d'échant
sentée par le site d'Auvours daté du Paléolithique supé illons, bien entendu en dehors des horaires des grutiers,
rieur (Allard, Guyot, 1972). Ailleurs, le dolmen de type et conformément à la convention. Il n'est pas inutile de
angevin de la Pierre Couverte à Duneau, situé en zone rappeler que les tourbes de l'Huisne et du Narais furent
basse dans la vallée du Due, témoigne d'une occupation anciennement exploitées (par exemple à St-Mars-la-
lors d'une période de la Préhistoire récente. Un périmèt Brière) alors qu'aujourd'hui ces matériaux sont négligés
re de protection avait d'ailleurs été proposé à la S .N.C.F. au profit des sables et graviers sous-jacents, extraits de
dans le cadre des études d'impact. D'autres monuments manière industrielle dans la vallée de l'Huisne.
connus, comme la Pierre Plate de Marchevert et la
Pierre Plate à St Mars-de-Locquenay, confirmaient une Inventaire des sites découverts (tab. 1)
relative densité de tombes mégalithiques dans cette
partie du département. Quant à la toponymie, nous Une quinzaine de sites furent classés selon l'impor
retenions seulement quelques lieux-dits évocateurs (Le tance des indices recueillis en surface. Généralement,
Chemin de César à Dollon, la Fontaine aux Guerriers à ces vestiges se limitent à des silex taillés pour les pério
Melleray...) pour y prévoir des observations plus appro des préhistoriques et à des tessons de poteries pour les
fondies. Le dépouillement des missions aériennes de périodes historiques. Une exception toutefois, à la Grande
PI.G.N. n'aboutit à aucun résultat probant sur une Métairie à Thorigné-sur-Dué, où des travaux de voirie
majorité de terrains en herbage. En définitive, seules les menés en-dehors de l'emprise du T.G.V. ont montré
informations relatives à l'occupation gallo-romaine dense l'existence de fosses et fossés très visibles (bien que non
de la vallée de l'Huisne (Menjot d'Elbenne, 1923; Verdier datés) grâce au contraste de leur remplissage sombre
et al., 1982) résumaient le fond documentaire le plus sur le gravier jaunâtre du substrat.
étoffé et le plus significatif. Le tableau d'évaluation (tab. 1) permettait à l'époque
d'appeler l'attention sur trois sites principaux plus sus
L'environnement géographique ceptibles que d'autres de bénéficier d'une attention
particulière à l'occasion des travaux de décapage. En
D'une manière générale, cette portion de la Gâtine premier, le polissoir inédit de Montaigu, observé sur un
mancelle du Haut-Maine offre un relief adouci, parfois affleurement de grès, laissait peut-être supposer d'au
interrompu par quelques formations gréseuses plus tres témoignages néolithiques en relation avec cette
abruptes. Le territoire étudié se trouve en effet au découverte. Toujours sur le territoire de la même
contact des formations de surface encore intégrées à la commune, les structures excavées entr'aperçues à la
vaste couverture sédimentaire du Bassin parisien, dans Grande Métairie imposaient naturellement la plus grande
la partie occidentale du plateau Crétacé de St-Calais vigilance. Enfin, la forte densité des vestiges découverts
(Obert, 1988). Ces formations se partagent entre les aux Feuillus, tant pour la Préhistoire récente que pour
sables et grès du Mans, les sables du Perche et les argiles les périodes historiques (médiévale en particulier), et
à silex. que l'on doit corréler à la nature favorable de l'enviro
Conséquence des terrains acides, peu de parcelles nnement du plateau de Dollon (bonne exposition, meilleure
sont ici mises en culture (à noter les champs de cassis et qualité des terres agricoles,...), impliquait là encore un
d'asperges...), et la prairie d'élevage et les vergers de suivi attentif des décapages mécaniques.
pommiers dominent dans le paysage malgré une ten
dance récente à produire du maïs, grâce à la mécanisat Rédaction d'un rapport
ion et aux engrais. Presque toutes les situations de
hauteur restent boisées. Outre ces gisements potentiels sur lesquels nous voulions
attirer l'attention (et particulièrement en demandant la
conservation in situ du polissoir), nous insistions sur la
nécessité de suivre soigneusement les purges des zones 179
Rapport direction des Antiquités 1 SNCF Oct. 1985 (extrait)
Indices terrain Gisement Commune Classement
Silex taillés, briques, tuiles CONNERRE L'Epinay
poteries sigillées
La Grassière CONNERRE Poteries médiévales? *
Montaigu THORIGNE-SUR-DUE Polissoir néolithique ***
La Grande Fosses, fossés indatés *** Métairie Céramiques hist., meules
Le Bord du Gué DOLLON Silex taillés néolithiques
Silex taillés, poteries Les Feuillus DOLLON ***
gallo-romaines, médiévales
Le Loyau DOLLON Poteries historiques *
Le Billot DOLLON Silex taillés néolithiques *
Silex taillés Le Boulay 1 * Poteries historiques
Silex taillés néolithiques Le Boulay 2 DOLLON * Poteries historiques
Le Shadock DOLLON Silex taillés mésolithiques
Les Buttes Silex taillés néolithiques *
Silex taillés Les Essarts 1 LAVARE *
Silex taillés, poteries Les Essarts 2 * gallo-romaines, médiévales
Le Grand Pré MELLERAY Silex taillés paléolithiques
Classement : jjc Peu sensible ^ % Sensible % % % Très sensible
Tab. 1: Inventaire des sites et évaluation des indices de terrain.
1.2 - SURVEILLANCE DES DECAPAGES. basses (tourbeuses) de Champrond ainsi que le tracé
tout à fait visible en photographie aérienne du Chemin SONDAGE (Mars, Avril 1986)
de César, probable voie antique. Pour mener à bien ces
Débutés au début du mois de Février 1986, les décaprojets, nous demandions en conséquence à connaître le
calendrier détaillé des terrassements prévus en 1986, pages affectèrent irrémédiablement les zones les plus
afin d'intervenir le plus efficacement possible, et ce, sensibles des Feuillus et du Loyau. Prévenue seulement
compte-tenu des contraintes budgétaires qui n'autori à la fin du mois, la Direction des Antiquités, à Nantes,
décidait alors d'intervenir immédiatement et d'étaler saient plus que deux mois de terrain pour assurer aux
les deux mois de contrats «restants» sur Mars et Avril, archéologues ce contrôle et les interventions consé
quentes. en confiant la surveillance des travaux à S. Cassen puis
à C. Boujot (fig. 1). 180
Paléolithique % Néolithique t-=__ Portion (champs de labourés) l'emprise TGV accessible à la prospection de sur/ace Mésolithique Q Gallo-RomainTHistorique
CONNERRÊ THORIGNÉ-SUR-DUÉ LE LU ART
LAVARt
Equidistancc des courbes = Sm
Fig. 1: Distribution des sites archéologiques sur la portion principale de l'emprise T.G.V./Ligne nouvelle dans la Sarthe.
Le Grand Pré à Melleray Le polissoir de Montaigu à Thorigné-sur-Dué (fie.
2 et 3)
Signalé «Paléolithique» et «sensible» dans le rapport
de 1985 pour avoir donné en ramassage de surface Actuellement en limite de l'emprise T.G.V., le polis-
plusieurs éclats très patines témoignant d'une technique soir de Montaigu à Thorigné-sur-Dué se présente comme
de débitage levallois, ce site aurait probablement per un bloc de grès affleurant le haut de la colline de
mis la fouille d'un habitat... néolithique dans la Sarthe Montaigu, parmi d'autres dalles d'ailleurs signalées sur
s'il n'avait été détruit sous nos yeux, sans recours possi la carte géologique de Bouloire. A peu près un tiers de
ble devant l'avance des engins. Un foyer, des fosses et un la surface du bloc (1 m2) est marqué par une grande
trou de poteau creusés dans le substrat sableux, associés cuvette, peu profonde, striée de rainures parallèles à plusieurs silex taillés et à une lame de hache polie en selon un schéma classique. Ce qui est moins courant
silex, furent signalisés au milieu des décapages au moyen peut-être, c'est la position topographique en hauteur
de plusieurs jalons en bois. Le temps de prévenir la qui éloigne l'atelier des points d'eau indispensables à la
direction des travaux, les structures furent entièrement finition des lames de haches, comme on a pu le constater
bouleversées et enlevées par un autre décapage plus au Carteron à Cholet (Maine-et-Loire) où les polissoirs
profond, et ce, malgré nos avertissements et nos précaut sur «boules» de granité furent regroupés et disposés au
ions... contact direct du lit de la Moine (Pissot, 1899; Gruet,
1967). 181
plaquée sur les parois, comme pour maintenir le subL'Epinay à Connerré (fig. 4 à 6)
strat fluide ou pour en isoler son contenu. On notera
cependant l'existence d'une couche sombre, elle-même Déjà repéré et signalé en Octobre 1985 mais classé
plaquée à la paroi des galets, sombre très compseulement en zone «sensible», le gisement de l'Epinay à
Connerré confirma très vite toutes ses potentialités dès acte, très charbonneuse et contenant de nombreux
clous en fer, que nous serions tentés d'interpréter comme le premier décapage effectué en notre absence sur une
les restes d'un aménagement en bois (coffrage?) qui importante zone d'emprunt de matériaux, le long de la
future ligne ferroviaire. Plusieurs taches sombres sur le aurait ainsi mieux étayé et mieux isolé cette fosse, ou ce
substrat clair furent par la suite marquées au sol par nos puits. La séquence lithologique peut se résumer comme
soins et la plus grande d'entre elles fut décapée manuel suit:
lement par C. Boujot, seule sur le terrain durant cette
1 - niveau charbonneux où se mêlent de nombreux période, et devant par surcroit surveiller les décapages
fragments de céramique et de briques (tegulae) concassmécaniques des Grands Montmards (Melleray), du
dépôt des Chalonges (Champrond), du Grand Mesnil ées;
(Connerré), ainsi que les purges des tourbes de la zone
2 - couche argilo-sableuse jaune; industrielle de Thorigné-sur-Dué, et enfin la déviation
de la DI (Champrond).
Une importante collecte de tessons gallo-romains, de 3 - poche de sable jaune (0 1 à 5 mm), vierge;
fragments de tegulae, et le dégagement d'une construc
4 - dépôts de terre noire peu compacte, séparés par de tion en pierre sur le bord sud de la fosse décapée (5 m
fins épandages d'enduits de chaux blanche; nombreux de diamètre) poussaient à sonder la structure. N. Rou-
zeau apporta son aide pour établir une coupe stratigra- charbons à la base;
phique le plus rapidement possible. D'une profondeur
5 - couche argilo-sableuse jaune très compacte, mêlée de 2 m, cette fosse, probablement circulaire, fut com
blée de matériaux détritiques plus ou moins organiques de glomérules d'argile rubéfiée;
auxquels se sont mêlées différentes strates de sable et
6 - niveau graveleux avec lentilles argileuses; gravier de l'environnement naturel immédiat. Une véri
table construction de galets calcaires, très érodés, était
Thorigné-sur-Dué
Montaigu- 1985
Fig. 2: Implantation du polissoir de Montaigu à Thorigné-sur-Dué (Sarthe). 182
gisement se situe au contact même de cet établissement,
seul élément aujourd'hui identifiable sur le terrain après
la destruction du site, et à peu près à égale distance des
lieux-dits Montchauvet, Le Boulay et Le Coursu. L'en
vironnement agricole n'est guère favorable dans ces
terrains sableux, nous sommes là au contact des Sables
du Mans. Le seul gisement mésolithique connu à proxi
mité, celui de la Croix- Verte à Montmirail, se situe à
quelques kilomètres en allant vers l'est, toujours en
contexte sédimentaire sableux.
Après une prospection rapide en 1985, micro-burins,
lamelle, nucléus et armature trapézoïdale, parmi un lot
d'une vingtaine d'éclats, permettaient d'une part de
classer le gisement dans la période mésolithique et
d'autre part de souligner tout l'intérêt qu'il y avait à
suivre les décapages mécaniques, à défaut d'y effectuer
des sondages préalables. Mais prévenus trop tardiv
ement en 1986, nous n'avons pu que recueillir dans les
déblais non tamisés quelques fragments de lames retou
chées, grattoirs, burins, ainsi qu'un lot de trapèzes et
d'armatures asymétriques qui seront ici commentées en
priorité (fig. 8). Ajoutons qu'une légère patine affecte
l'ensemble des objets récoltés, de façon très homogène,
et cela diffère d'une grande partie de nos autres ramas
sages sur le parcours prospecté, grossièrement attribués
au Néolithique récent. Le silex semble être d'origine
locale. Aucun tesson de céramique n'a été récolté.
Les indices de terrain indiquent que le site couvrait
probablement une surface de 3000 à 4000 m2; il est par
contre certain qu'une partie de celui-ci est encore pré
servé sur le flanc ouest de la discothèque, dans la
parcelle qui la jouxte, et pourrait ainsi offrir l'opportu
nité d'une fouille de contrôle et d'exploration.
1.3 - LES PROSPECTIONS DE SURFACE: BILAN
METHODOLOGIQUE Fig. 3: Le polissoir de Montaigu à Thorigné-sur-Dué (Sarthe).
Elles sont à la fois révélatrices du contexte historique
7 - amas de pierres calcaire locales dans une matrice régional et notablement insuffisantes dans le repérage
de sable brun; des gisements archéologiques. Révélatrices, car on
constate à quel point une région fort démunie en inven
8 - couches de sable brun séparées par des niveaux taires de sites et en collection d'objets, rarement évo
quée dans la littérature spécialisée, peut révéler ses cendreux;
potentialités malgré un environnement a priori dévafo-
9 - couche noirâtre peu compacte comprenant de rable (prairies et bois). Insuffisantes, car il est clair que
nombreux charbons et des clous. les structures en creux d'un site comme celui du Grand
Pré ne sont jamais apparues en prospectant les labours,
Aucune interprétation vraiment satisfaisante ne peut que notre diagnostic fut faussé par les vestiges récoltés,
être avancée quant à la fonction de cette fosse et aux et que seuls des sondages mécaniques peuvent apporter
conditions présidant à son remplissage. Dans ce sec rapidement d'indispensables éléments d'appréciation, à
teur, le tracé T.G.V. coupe la voie antique reliant Le la «verticale» comme à l'»horizontale». Quant au type
même de la mission, confiée à une personne isolée, ceux Mans (Vindinvm) à Chartres (Autricvm) (Bouton, 1947)
qui, à cet endroit, longerait au nord la R.N. 23. L'env qui ont de nos jours l'expérience du suivi des décapages
ironnement archéologique est dense. Outre la voie industriels savent combien il peut être illusoire de voul
romaine, il est signalé à Duneau (au nord de Connérré), oir intervenir, seul, sur de tels chantiers...
d'importants vestiges romains (Menjot d'Elbenne, 1923;
Verdier et al, 1982), et à Sceaux-sur-Huisne, non loin 2 - ANALYSE DES DECOUVERTES
de Connérré, des thermes et une villa (Verdier et al,
1982). Des vestiges antiques (de La Tène et de la Malgré des indices prometteurs malheureusement
période gallo-romaine) furent mis au jour dans les «effacés» de nos mémoires par leur destruction prémat
communes environnantes: Thorigné-sur-Dué, Tuffé, la urée, on aura soin de ne pas négliger l'analyse de ceux
Chapelle-Saint-Rémy et Montfort-le-Gesnois (Ledru, qui furent recueillis. En résumé, nous nous attacherons
1981). à décrire, d'une part, les matériels du «puits» de Conn
érré, probables témoins d'un habitat gallo-romain
Le Shadock à Dollon implanté sur la haute terrasse dominant la vallée de
l'Huisne et, d'autre part, ceux du Shadock qui posent,
II ne s'agit pas, on s'en doute, d'un toponyme recensé par le biais des armatures en silex, le problème des parts
au cadastre mais de l'emplacement d'une discothèque respectives des composantes orientales, méridionales et
portant ce nom et que frôle la ligne à grande vitesse. Le indigènes dans le processus de la néolithisation de la 183
Fig. 4: Situation de la structure O de l'Epinay à Connérré (Sarthe).
2.1 - LA FOSSE GALLO-ROMAINE DE L'EPINAY Connerré- 1986
L'Epinay Nous préférons, étant donné le caractère particulier
Structure 0 des conditions d'observation trouvées sur le terrain,
offrir une sélection de mobilier issue d'une évaluation
qualitative que présenter une évaluation quantitative
sans grande signification, les vestiges recueillis sur le
site pouvant être considérés comme un prélèvement.
Nous discernons ainsi les formes suivantes:
La céramique commune
a) Les assiettes
1 - Important fragment d'assiette au fond légèrement
concave, la lèvre ronde, épaisse, est prolongée par une
panse oblique (diam.: 202 mm). La pâte est blanche et
la surface gris ardoisé est micacée et lustrée (fig. 7, 10).
Des formes comparables proviennent du Mans (Hum-
bert, 1987) ou d'AUonnes (72) (Goupil, 1986). Deux
autres tessons de la même
fosse.
0 1m b) Les bols
2 - Lèvre arrondie et rentrante de bol tripode (diam.:
180 mm) . La pâte beige présente du mica, un fin dégrais
sant quartzeux et de la chamotte. Notons la présence Fig. 5: Plan du décapage de la structure O à L'Epinay (Connérré-
Sarthe) et implantation du sondage. d'un enduit interne rouge orangé et les traces d'utilisa
tion au feu (fig. 7, 3). Des formes comparables sont
France de l'Ouest. Le caractère inédit pour la région de présentes à Allonnes et au Mans (Fourmy et ai, 1983)
(Notons la présence d'un fragment de faisselle à pâte ces dernières découvertes incitera à développer, de
blanche, dont la surface bleutée présente de légères manière sans doute ambitieuse, une rapide synthèse des
éléments objectifs en présence. craquelures). 184
e) Les vases c) Les mortiers
5 - Fragment de vase à la lèvre horizontale puis 3 - Fragment de mortier (diam.: de 280 à 300 mm),
légèrement montante, formant un méplat interne (diam.: dont la pâte recèle quelques grains de quartz. L'engobe
120 mm). Pâte et surface noirs (fig. 7, 8). est orangé et la surface interne est sablée et usée (Deux
6 - Vase à lèvre épaisse, arrondie, pâte et surface gris autres fragments de mortiers présentent aussi une usure
clair (diam.: 98 à 100 mm) (fig. 7, 2). interne). Nous remarquons sur la partie supérieure de la
7 à 9 - Ensemble de trois fragments de vases à lèvres lèvre une estampille, incomplète, placée dans un cartou
moulurées, présentant un engobe peint sur le haut de la che quadr angulaire: PATER— (fig. 7, 1). Des signatures
panse et sur la lèvre (diam.: 130 mm - n° 6 et 110 mm - sur lèvre de mortier, PATERNUSF, furent découvertes
n° 9). La pâte du n° 6 est blanche et celle du n° 9 est grise. dans les fouilles de Vienne-en-Val (45) à Orléans (45),
Bazoches-en-Dunois (28), Langeais (37) et Areines
f) Les cruches (41), un atelier ayant été fouillé à Coulanges (03) (Fer-
dière 1974). Ces estampilles, si elles présentent le même
10 - Col de cruche à pâte blanche (fig. 7, 13). anthroponyme, n'offrent pas le même type de caractère.
La céramique commune non tournée d) La marmite
n° 5 et 14 - Quatre fragments de lèvres appartenant 4, 4 - Important fragment de marmite (fig. 7, 7) présen
à des vases modelés, en céramique brune. Des éléments tant une lèvre épaisse, anguleuse à la base, dont la pâte
comparables de céramique non tournée furent trouvés est d'une teinte variant du beige au gris (diam.: 170 mm) .
au Mans dans des contextes de la seconde moitié du La surface noire présente un décor de bandes lustrées
second siècle, sans toutefois présenter de caractère alternées (sous la lèvre) et un guilloché encadré
résiduels. de moulures.
.0
Connerre 1986
(Sarthe)
L'Epinay
2- m
Fig. 6: Coupe stratigraphique de la structure O de I'Epinay à Connérré (Sarthe). 185
Fig. 7: Matériel céramique de l'Epinay à Connérré (Sarthe).

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