Les objets de parure de la vallée de l'Aveyron. Le Courbet, Bruniquel-Montastruc et autres abris ; documents inédits ou retrouvés - article ; n°1 ; vol.6, pg 197-231

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Paléo - Année 1994 - Volume 6 - Numéro 1 - Pages 197-231
Dans ce deuxième article consacré à l'étude de la parure dans les sites magdaléniens de la vallée de l'Aveyron, sont présentés les objets provenant des sites du Courbet et de Bruniquel-Montastruc, auxquels s'ajoutent des objets inédits ou retrouvés des abris de Fontalès et de Bruniquel-Lafaye. Les tableaux des caractères font ressortir deux groupes de parures aux différences assez marquées : Fontalès/Courbet et Plantade/Lafaye. Dans l'état actuel de l'étude, cette dichotomie paraît relever davantage de raisons chronologiques que culturelles.
In this second article devoted to ornament from Magdalnian sites in the Aveyron valley, objects from the Courbet and Bruniquel-Montastruc sites are presented together with others, either re-discovered or unpublished, from the Fontalès and Bruniquel-Lafaye rock shelters. The tables of characteristics reveal two different groups of ornament : Fontalès/Courbet and Plantade/Lafaye. At this point in the study, it seems that chronological rather than cultural reasons are responsible for the dichotomy.
35 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 12 janvier 2012
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Madame Edmée Ladier
Anne-Catherine Welté
Georges Lambert
Les objets de parure de la vallée de l'Aveyron. Le Courbet,
Bruniquel-Montastruc et autres abris ; documents inédits ou
retrouvés
In: Paléo. N. 6,1994. pp. 197-231.
Résumé
Dans ce deuxième article consacré à l'étude de la parure dans les sites magdaléniens de la vallée de l'Aveyron, sont présentés
les objets provenant des sites du Courbet et de Bruniquel-Montastruc, auxquels s'ajoutent des objets inédits ou retrouvés des
abris de Fontalès et de Bruniquel-Lafaye. Les tableaux des caractères font ressortir deux groupes de parures aux différences
assez marquées : Fontalès/Courbet et Plantade/Lafaye. Dans l'état actuel de l'étude, cette dichotomie paraît relever davantage
de raisons chronologiques que culturelles.
Abstract
In this second article devoted to ornament from Magdalnian sites in the Aveyron valley, objects from the Courbet and Bruniquel-
Montastruc sites are presented together with others, either re-discovered or unpublished, from the Fontalès and Bruniquel-Lafaye
rock shelters. The tables of characteristics reveal two different groups of ornament : Fontalès/Courbet and Plantade/Lafaye. At
this point in the study, it seems that chronological rather than cultural reasons are responsible for the dichotomy.
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Ladier Edmée, Welté Anne-Catherine, Lambert Georges. Les objets de parure de la vallée de l'Aveyron. Le Courbet, Bruniquel-
Montastruc et autres abris ; documents inédits ou retrouvés. In: Paléo. N. 6,1994. pp. 197-231.
doi : 10.3406/pal.1994.1086
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pal_1145-3370_1994_num_6_1_1086•
— N° 6 — DECEMBRE 1994 PALEO
LES OBJETS DE PARURE DE LA VALLEE
DE Lf AVEYRON
Le Courbet, Braniquel-Montastruc et autres abris ;
documents inédits ou retrouvés
par Edmée LADIER*, Anne-Catherine WELTE** et Georges LAMBERT***
Résumé Dans ce deuxième article consacré à l'étude de la parure dans les sites magdaléniens de la vallée de l'Aveyron, sont présentés les objets
provenant des sites du Courbet et de Bruniquel-Montastruc, auxquels s'ajoutent des objets inédits ou retrouvés des abris de Fontalès et de Brum-
quel-Lafaye Les tableaux des caractères font ressortir deux groupes de parures aux différences assez marquées Fontalès/Courbet et
Plantade/Lafaye. Dans l'état actuel de l'étude, cette dichotomie paraît relever davantage de raisons chronologiques que culturelles.
Abstract : In this second article devoted to ornament from Magdaleman sites in the Aveyron valley, objects from the Courbet and Bruniquel-Mon-
tastruc sites are presented together with others, either re-discovered or unpublished, from the Fontalès and Bruniquel-Lafaye rock shelters The tables
of characteristics reveal two different groups of ornament Fontalès/Courbet and Plantade/Lafaye. At this point in the study, it seems that chronolog
ical rather than cultural reasons are responsible for the dichotomy.
Dans cette seconde partie consacrée aux objets de • La pendeloque SAN. Dar. 140 (fig. l,a)
parure de la vallée de l'Aveyron, sont réunis des
objets connus ou inédits originaires de la grotte du Cette (5,6 x 3,88 x 1,3 cm) a été réali
Courbet ou de l'abri de Montastruc à Bruniquel sée dans un os peut-être fossilisé (en raison de son
conservés au British Museum à Londres, au Musée usure et de ses plages desquamées au recto), soigneu
des antiquités nationales à Saint-Germain-en-Laye, sement scié et découpé. De forme rectangulaire
ou connus dans la littérature. allongée, de section convexo-concave, elle est perfo
rée dans un des angles proximaux. Biconique, ovalai- S'y ajoutent un bon nombre d'objets découverts
ces derniers mois dans des réserves de musées où ils re, la perforation (qui exploite au verso l'orifice natur
n'étaient pas inventoriés (Fontalès) ou lors de fouilles el d'un canal) s'allonge dans le grand axe du support
récentes (abri Gandil), ou retrouvés dans les musées (0,47 x 0,31 cm) ; mais en raison de son épaisseur
de Bordeaux et de Nérac (abri Lafaye) . (9 mm), aucun travail interne n'est visible, s'il a exist
Cela porte à 344 le nombre total de pièces recen é.
sées, dont on tentera de dégager les caractéristiques Au recto, la surface de préparation dépasse un peu
générales (tableau I). l'orifice proprement dit. Les flancs sont légèrement
dissymétriques dans leur évasement. Et cupules de
creusement et quelques rares incisions pénétrantes
1. FONTALES sont visibles aux deux extrémités. Au verso, un léger
poli est observable par plaques en périphérie. Un fil
introduit à l'intérieur de la perforation permet la sus
Les recherches récentes effectuées dans les pension stable de ce pendentif anguleux.
réserves du Musée de Saint-Antonin (Tarn-et-Garon-
ne) ont permis de découvrir dans la collection Daras- • La pendeloque SAN.Dar.141 (fig. l,b)
se provenant de l'abri de Fontalès 3 objets de parure
inédits en matière organique (fig. 1). Ils viennent Ce fragment d'omoplate (8,77 x 5,3 x 1,5 cm) a
ainsi s'ajouter aux 44 pièces déjà connues de cet abri été aménagé et décoré. La tête de cet os a été brisée
(Ladier et Welté, 1993 a et b), dans la catégorie des (avec arrachements au verso) ; l'épine a été inten
pendeloques du type volume transformé. tionnellement fracturée (en cinq étapes révélées par
* Musée d'Histoire Naturelle, place Antoine Bourdelle, 82000 Montauban
** Museum 35, allée Jules Guesde, 3 W00 Toulouse
*** Laboratoire de Chrono-Ecologies, CNRS, Faculté des Sciences, Route de Gray, 25030 Besançon
197 les arcs de cercle des brisures). L'extrémité distale [qui] avaient servi de grains de collier [... et] de
enfin a, elle aussi, été brisée de manière symétrique petits os perforés dont l'usage paraît avoir été sem
(avec arrachements au verso) mais non régularisée. blable ». S'y ajoutent « un globule de lignite aplati
La perforation, bien centrée au recto, s'est décalée au et percé en travers » et une pendeloque en os gravée.
verso à l'écart de l'épine, en raison sans doute de Dix d'entre elles sont figurées. Acquises par le Musée
l'épaisseur à perforer. Ovalaire au recto, elle paraît d'ethnographie de Berlin, H. Schmidt en fit une
avoir été réalisée par découpage (après légères per courte recension, accompagnée d'une photo (actuell
ement difficile à lire) montrant 33 objets de parure cussions) et régularisée (minimes découpes, festons
polis). Au verso, l'orifice a en partie disparu, mais on enfilés ou fixés par encoche. Quelques-unes des
peut remarquer dans la zone subsistante des cupules pièces dessinées par É. Cartailhac sont reconnais-
de creusement et de légères traces de poli. Malgré sablés (entre autres, une phalange de doigt vestigiel
son axe décalé, cette perforation permet une très bon de Renne biperforé, une incisive de cheval, le globule
ne suspension de la pièce. de lignite), mais les autres éléments ne sont pas
Le recto présente un décor schématique : deux déterminables. En 1910, H. Breuil publia le dessin
longs tracés divergents, proximaux, dont un est tan de la pendeloque osseuse où il avait identifié des cer
gent à l'orifice ; et sur chaque bord, deux tracés vidés (Capitan, Breuil et Peyrony, 1910). Cet
ensemble, connu sous le nom de la 2e collection de courts parallèles qui paraissent complémentaires,
d'autant plus que deux d'entre eux semblent reliés par Lastic, est considéré comme perdu ou détruit durant
un troisième inscrit dans la dépression. D'autres seg la deuxième guerre mondiale. Toutefois, il n'est pas
ments sont visibles, épars et peu nombreux. Pour exclu que les réaménagements actuels qui se déroul
tous, la section est dissymétrique en V. ent dans l'ex-Allemagne de l'Est permettent de voir
resurgir certaines pièces trop bien mises à l'abri...
• La pendeloque inachevée SAN.Dar.142 Quoiqu'il en soit, les seules informations dont nous
disposons à ce jour sur cette deuxième collection pro(fig.l, c)
viennent de ces trois publications et son décompte
II s'agit d'un fragment de bois de Renne, bois de n'est qu'une estimation provisoire.
chute probablement, aux bords intacts et à la tige cas En 1913, Raoul Daniel récolta quelques objets
sée avec arrachement (4,87 x 3 x 1,3 cm). Au recto, dans les déblais situés en avant de la grotte (Pajot,
s'observe une perforation circulaire inachevée (0,25 1969). Conservés au MAN, on y trouve 2 fragments
cm de diamètre), dont l'entonnoir s'enfonce par rota de Dentales, coquilles en général utilisées pour la
tion, accompagnée de quelques cupules de creuse parure.
ment. Au verso, aucun orifice artificiel n'existe. Enfin, J.-F. Alaux recueillit, également dans les
On remarque également quelques traits gravés. Au déblais, quelques éléments de parure qu'il publia en
recto, il s'agit de deux tracés rectilignes à sillon inter 1967-1968. Déposés au Musée Toulouse-Lautrec, ils
ne, convergents, et d'un troisième courbe un peu plus n'ont pu actuellement être retrouvés.
loin, tous de section dissymétrique en V. Au verso, Dans la présentation de ces objets, sont réunis les
ce sont trois segments profonds, également converg observations que nous avons pu faire sur les pièces
ents, de section en V avec, parfois, de la 1ère collection de Lastic conservée au British
sillon interne, et un autre tracé de même structure Museum et les commentaires des différents auteurs
mais plus superficiel. concernant les autres collections. Il faudra donc tenir
compte des lacunes et incertitudes dans la tentative
2. LE COURBET de synthèse.
Les 52 éléments de parure recensés dans les
musées et publications appartiennent à diverses col 2.1. Coquilles
lections, dont le sort est très varié. La première col
lection réunie par le vicomte de Lastic, l'inventeur du 15 coquilles de mollusques aquatiques et ter
site, fut acquise par le British Museum de Londres en restres sont recensées dans la littérature, mais seules
1864 : 9 objets de parure y sont conservés, dont 7 deux espèces ont pu être identifiées, selon deux des
inédits. Le vicomte de Lastic réalisa ensuite une types établis par Y. Taborin (1991) :
- Type 3 = forme en tube, raccourcie - Denta- seconde collection, signalée en 1867 au Congrès
international d'anthropologie et d'archéologie préhis leidés sp., soit 6 exemplaires qui ont dû être enfilés
torique. É. Cartailhac en publia les pièces les plus (4 de la coll. J.-F. Alaux, 1967-1968 ; 2 de la coll.
R. Daniel, conservées au MAN : n° 11919, 2,1 cm intéressantes (1903), mentionnant des « dents de
de long et n° 11920, 1,8 cm de long). Cheval, de Renne, de Renard ; percées d'un trou,
198 - = forme bivalve de taille grande ou Type 4 rotation ; et l'on peut encore observer des traces de
moyenne - Glycymeris sp., 2 exemplaires au moins. rainurage (gouttière proximale, abaissement d'axe
Mais on ne peut rien préciser au sujet des perfora distal avec au moins cinq passages d'outil) et des
tions (simples ou doubles) ou de leur technique. stries circulaires avec cran de départ.
Au verso, la préparation localisée est aussi import
2.2. Dents (fig. 2) ante : rainurage « étoile » proximal, parallèle dis
tal; festons probables, mais l'intérieur du cône est
9 dents ont été recensées à ce jour (fig. 2) : une encombré de sédiments rouges et on ne peut voir si
de la 1ère coll. de Lastic, conservée au British des stries circulaires existent. L'ensemble est poli.
Museum, 6 de la 2e coll. de Lastic figurées par É.
Cartailhac (1903, fig. 112), 2 de la coll. Alaux 2.3. Pierre trouée
(1967-1968, pi. I, qui n'ont pu être étudiées). C'est
un chiffre minimum, mais la qualité de la photo de la H. Schmidt (1908-1909, p. 180) signale que dans
la 2e coll. de Lastic se trouve « une petite pierre de 2e coll. de Lastic (Schmidt, 1908-1909) ne permet
pas de distinguer un fragment de dent percé d'un forme irrégulière, à qui une perforation naturelle
confère sa valeur de pendentif » ; et c'est ainsi qu'elfragment d'os.
le est représentée sur la photo fig. 106. Bien qu'elle Ces 9 dents se répartissent en :
- une incisive de Bovidé (1ère coll. de Lastic, ne soit connue que par la littérature, cette pièce est
retenue en tant que volume naturel utilisé en parure, British Museum)
- 2 canines de Renard (2e coll. de Lastic ; Cart car on en connaît sur d'autres sites (Lafaye et Gandil;
cf. infra). ailhac, 1903, fig. 112),
- une incisive de cheval (2e coll. de Lastic ;
2.4. Volumes transformés Cartailhac, 1903, fig. 112),
- 2 craches de Cerf (2e coll. de Lastic ; Cartail
Les pendeloques en matière organique présentent hac, 1903, fig. 112 ; et coll. J.-F. Alaux, 1967-1968,
trois types de volume transformé : les formes allonpl. I,fig. IX
- une canine de carnivore (coll. J.-F. Alaux, gées (6 exemplaires), la forme ovalaire pisciforme
(un exemplaire), les rondes-bosses (2 exemplaires). 1967-1968, pl. I, fig. 2),
- 2 dents indéterminées (2e coll. de Lastic ; S'y ajoutent 2 pièces de forme indéterminée en rai
son de leur fragmentation et une perle en lignite. Cartailhac, 1903, fig. 112),
- dents de Renne et de Cheval (2e coll. de Last
2.4.1. Formes allongées en matière organique (fig. ic; mentionnées par Cartailhac, 1903, p. 307, et
Schmidt, 1908-1909, p. 18), 3,a-f)
soit 5 espèces plus précisément.
• Sur les 2 canines de carnivore de la 2e coll. de • Le bâtonnet d'ivoire BM-64. 12.26.536, 1ère coll.
Lastic (entières) et celle de la coll. J.-F. Alaux, la de Lastic (fig. 3, a)
perforation est unique mais sa localisation est
variable (pointe, collet milieu). Le diamètre de la Inédit, ce petit bâtonnet brisé (3 x 0,6 x 0,5 1 cm)
lumière paraît toujours inférieur à 2 mm ; et rien ne montre sur toute sa surface des traces de mise en for
peut être précisé quant à la technologie de la dent ou me, ainsi que des brèches de sédiment rouge (ce qui
de la perforation. indiquerait sa provenance de la base du sédiment). Il
• Les 2 craches de Cerf (2e coll. de Lastic et est parfaitement poli ; ses bords aux arêtes insen
coll. J.-F. Alaux) sont ornées de traits courts et sibles sont subparallèles, sa section subplano-
parallèles gravés sur la couronne (fig. 2, e et h). convexe. La lumière de la perforation, biconique et
• Seule Y incisive de Bovidé (1ère coll. de Lastic) bien centrée, est subcirculaire (diamètre inférieur à
BM-64. 12.26.897 (fig. 2, a), inédite, a pu être étu 2,5 mm). Traversant le support sur près de 3,5 mm
diée. Intacte (L = 4,34 cm), elle porte une perfora d'épaisseur, ses faces internes et les contacts avec la
tion à la pointe de la racine. Le percement a été pré surface de l'objet sont extrêmement polis.
paré par l'amincissement de la racine (3 mm à traver Au recto, sa préparation losangique s'allonge dans
ser) puis par raclages et grattages. D'orientation le sens du grand axe et présente deux demi-circonfér
méso-distale, la lumière est ovalaire (1,3 mm). ence, l'une emboîtant l'autre. Le versant proximal est
Au recto, la préparation localisée est importante ; bien plus évasé que le versant distal. Le poli d'usage
la demi-circonférence vestibulaire est plus large, avec a fait disparaître la majorité des traces, sauf quelques
un pourtour plus élevé que son homologue linguale éléments latéraux du rainurage. Au verso, où la pré
paration est arrondie, on observe encore quelques qui présente un poli. L'orifice a dû être réalisé par
199 d'enlèvement par pression, ainsi que des cupules préparation allongée (2,26 x 0,45 cm), et la même
stries hélicoïdales et circulaires de creusement. dissymétrie des flancs. Les stries sont fortes et péné
trantes aux deux extrémités, comme également cer
• Le « pendentif » BM-64.12.26.534, 1ère coll. taines incisions internes latérales. Mais les bords de
de Lastic (fig. 3, c) l'orifice sont atténués et donc polis. La lumière est
minuscule, le diamètre du trou ovalaire étant infé
Réalisé dans un bois de Renne découpé à sa partie rieur au 1/1 0e de mm, ce qui pose la question de son
proximale et sans doute à sa partie distale (cassures achèvement (et de son usage. . .).
sans arrachement), cet objet inédit (5,9 x 1,7 x 0,97 Au-delà, et comme par symétrie inversée, une ner
cm), de section piano-convexe, est couvert en partie vure en relief s'allonge (4,65 x 0,2 cm), obtenue par
de sédiments noirs (ce qui pourrait être interprété deux profondes rainures (l/10e de mm) qui semblent
comme lié à son origine : couche supérieure - Magd issues de la perforation, mais sont seulement à peu
alénien supérieur). La perforation biconique bien près dans son prolongement. Réalisées par de vigou
centrée montre d'intéressantes traces de préparation. reux rainurages (avec parfois des dérapages), leur
Au recto, le cône de percement s'allonge dans le section est dissymétrique.
Deux lignes courtes et isolées « bordent » en grand axe (1,20 x 1 cm), plus évasé dans la zone
proximale que dans la zone distale. Les flancs sont en quelque sorte ce jeu contrasté des reliefs.
général irréguliers, comme « grignotés », présentant
toutes les traces d'attaque : contour externe délimi • La pendeloque en os BM-509, 1ère coll. de Last
tant la perforation (forme ogivale distale), rainurage ic (fig. 3,b)
profond et rainures pénétrantes, cupules d'enlève
ment et stries hélicoïdales internes avec fort cran de Trouvée près de la couche stalagmitique dans le
départ. La lumière de l'orifice est subcirculaire limon noir (donc dans la partie supérieure du gis
ement - Magdalénien supérieur), cette pendeloque (maximum de 4 mm).
Au verso, après un découpage transversal proxi (5,27 x 1,05 x 2,06 cm) a été brisée dans sa partie
mal, on observe un rainurage distal profond et large distale.
jusqu'à l'entaille, accompagné de nombreuses rai Réalisée dans une côte sciée longitudinalement, et
nures et cupules. Le cône de percement s'allonge auss débarrassée de la spongiosa, son profil longitudinal
i dans le grand axe mais s'évase plus sur le plan dis comme la section sont convexo-concaves. Les bords,
tal et à droite que sur le plan proximal et à gauche (en d'inégale épaisseur, ont des arêtes bien marquées,
cas d'objet porté). Il aurait pu être réalisé par rotation tandis que toute la pièce conserve des traces de mise
à partir du flanc gauche où subsiste une légère protu en forme.
bérance, mais cela reste difficile à vérifier car l'inté La partie proximale, présentant suspension et
rieur du trou est rempli de sédiments. décor, est intacte. La suspension est assurée par une
Un polissage certain s'observe tout le long du scia perforation biconique bien centrée (subcirculaire au
ge distal, de la protubérance et à la plus vaste péri recto, plus irrégulière au verso). Avec la surface, les
phérie de la perforation. Qu'en est-il à l'intérieur ? arêtes de contacts sont nettes, mais polies, et plus
adoucies au recto qu'au verso. Au recto, des traces de
• Le « pendentif » BM-64. 12.26.933, 1ère coll. striage sont visibles, ainsi que des stries hélicoïdales
de Lastic (fig. 3, d) internes, et seulement ces dernières au verso (il n'y a
pas de cupules de creusement, seulement des canali-
Cette pièce inédite provient du niveau 2 («couche cules ouverts). Aucune dépression bordière (périphé
bigarrée»), selon les indications de l'inventaire ; il rique) n'autorise à penser que les crans latéraux aient
s'agit d'un andouiller de Renne scié à la base et dont pu servir à la suspension (comme ce fut le cas pour la
la rupture avec la perche a entraîné un arrachement pendeloque pisciforme de Fontalès MHNT
1970.Dar.7). au verso. Intact (13,85 x 1,5 x 1 cm), incurvé, de
section ovalaire, il a été perforé, ce qui l'a transformé Ces crans ont donc un rôle décoratif. Les deux
en pendentif. La perforation biconique s'allonge sur séries latérales sont à la fois symétriques et diffé
les deux faces dans le grand axe de l'objet. Au recto, rentes. Symétriques par les deux minuscules crans
le cône de percement (2,32 x 0,5 cm), aux bords peu proches du sommet, par la puissance des deux
polis, aux flancs inégalement évasés, présente de grandes entailles et la structure identique de l'e
fortes incisions proximales et distales dont certaines nsemble jusqu'au niveau de la perforation (section di
pénètrent à l'intérieur. D'autres sont visibles sur les ssymétrique en V et même orientation). Par contre,
flancs, tandis que, parfois, ne subsistent que les crans elles diffèrent par leur nombre (6 et 11) ainsi que par
leur structure au-delà de la perforation. Et il est d'au- d'origine. Au verso, on retrouve la même zone de
200 plus regrettable que ce très bel objet de parure tant de l'abri de Fontalès, situé une trentaine de kilo
soit incomplet ! mètres plus au nord, sur la rive gauche de l'Aveyron
(pièce MHNT 1970.Dar.7 de la coll. Darasse,
• Fragments osseux perforés conservée au Museum d'histoire naturelle de Toulous
e).
À ces objets, s'ajoutent les fragments osseux per
forés de la 2e coll. de Lastic signalés par É. Cartail- À Fontalès, la silhouette du poisson a été précisée
hac(1903)etH. Schmidt (1908-1909) : par de nombreux détails (Welté, 1985). Ce n'est pas
- « tête d'un métacarpien latéral de jeune cervidé le cas de celle du Courbet, limitée au corps fusiforme
trouée comme dans les exemplaires d'autres stations et à la limite de la tête, qui ne devient compréhens
ible que par comparaison avec celle-là. S'agit-il » (fig- 3, e) ;
- os biperforé (fig. 3, f), en réalité un doigt vesti- d'une représentation abrégée, réduite à sa plus simple
giel de Renne. expression, à la limite de l'intelligible, ou abandon
née en cours de réalisation (après cassure par
2.4.2. Forme ovalaire pisciforme (fig. 3, g) exemple) ? Quoi qu'il en soit, ces deux pièces appa
raissent très proches par l'allure générale, les dimens
La pendeloque pisciforme BM-510 (1ère coll. de ions de la flèche, la situation du tracé « limite de
Lastic) a été réalisée dans une mince lame d'os, sans tête » et son orientation ; ce que corrobore la super
doute extraite d'une côte fendue dans la longueur et position des relevés (fig. 11). Il n'est donc pas inter
dont la moitié a été retenue. Privée d'une de ses dit d'y voir un objet ovalaire à suspendre du même
extrémités (8,11 x 2,1 x 0,23 cm), sa section est type, au décor analogue. Mais il serait hasardeux
concavo-convexe et elle s'incurve dans le sens longi d'utiliser ces similitudes comme éléments de data
tion. tudinal.
Oblongue, elle a la forme d'un fuseau comprimé
latéralement, s'effilant en extrémités arrondies. Les 2.4.3. Volumes transformés indéterminés (fig. 4)
flancs sont régularisés, l'un montrant quelques
écaillures tandis que l'autre présente un poli ténu. Le Dans cette catégorie sont réunis des objets dont la
contour de l'extrémité distale, légèrement ébréchée, forme originelle ne peut être déterminée en raison de
ne montre ni traces de travail, ni poli. Une fracture a leur facture.
fait disparaître l'essentiel de l'extrémité proximale, où
subsistent toutefois l'inflexion des contours qui amor • Le fragment d 'omoplate BM-64. 12.26.1 052, 1ère
cent un rétrécissement bilatéral de la flèche, ainsi que coll. de Lastic (fig. 4, a-b)
d'un côté l'amorce d'une très légère dépression. Leurs
prolongements convergent très vite. Actuellement Inédit, ce fragment d'omoplate fissuré (9,7 x 6,2 x
absente, la perforation pouvait se situer à l'intérieur 1,8 cm) est couvert par plaques de sédiments rouges
et provient donc du niveau inférieur du gisement de la flèche, comme à Isturitz (Leroi-Gourhan, 1975,
fig. 16F). Mais cela ne laissait guère de matière entre (comme cela est noté dans le catalogue d'inventaire).
le bord et l'orifice qui s'en trouvait fragilisé. Cela Actuellement, sa forme est allongée, mais l'objet a dû
nous amène à penser qu'il est vraisemblable qu'elle être plus large, en raison de la place nécessaire à la
soit incluse dans un anneau. deuxième perforation. Des vestiges de l'aménage
ment subsistent : traces de décarnisation près de l'e
La surface est régularisée, recto et verso, montrant xtrémité proximale au recto, découpage de l'épine au
de nombreux traits de préparation et de raclage, sur verso.
tout longitudinaux. Sur la face concave, un peu en
La perforation intacte (diamètre maximal = 1,24 arrière de l'extrémité distale, on note un trait oblique,
avec de légers dérapages aux extrémités. De section cm), subquadrangulaire, avec un léger décalage
dissymétrique en V, approfondi par plusieurs pas d'axe, ne montre aucune trace de travail, sauf
sages de l'outil, il n'est absolument pas impliqué dans quelques cupules sur le contour distal au recto, sans
le travail de préparation de l'os. Son emplacement (il doute liées aux pressions nécessaires aux enlève
croise le grand axe de la pièce au premier quart de sa ments. Les contours recto est verso montrent altern
longueur) et son inclinaison (il forme avec la perpend ativement poli et abrupt, ce qui permet d'envisager le
iculaire à cet axe un angle de 14° environ) sont sem passage d'un lien. Ce dernier devait ressortir dans la
blables à ceux du tracé qui limite la tête d'un poisson, deuxième perforation, actuellement brisée et dont ne
suggérée par la morphologie fuselée de la flèche, gra subsiste que la partie abrupte qui échancre le bord
vé sur la face concave d'une pendeloque pisciforme latéral droit.
201 Fragment osseux de la 2e coll. de Lastic (fig. 4, Trois arêtes sont crantées par des incisions réali
sées en V, de section dissymétrique, remplies de c-d)
sédiment. À la face antérieure, on distingue 5 inci
Cet objet peut être rattaché à la catégorie des sions (d'espacement assez régulier de 0,4 à 0,8 mm),
volumes transformés indéterminés. É. Cartailhac chacune accompagnée de plusieurs tracés second
(1903, p. 309 et fig. 119) en propose un dessin ainsi aires ou dérivants qui, pour autant que l'on puisse en
légende : « mélange de traits que j'ai vainement juger, paraissent semblables et attester leur réalisa
cherché à comprendre » (fig. 4, c). En 1910, H. tion par la même main. À la face postérieure, les
Breuil publie le dessin de deux petits rennes (fig. 4, deux arêtes sont crantées : 8 incisions (dont 1 bis)
d), dont « l'un a des andouillers antérieurs très sur l'une d'elles, espacées de 0,6 à 1,2 mm, et 4 sur
simples [et] l'autre les a palmés et fortement dissy l'autre, espacées de 0,8 à 1,7 mm. Aucune de ces
métriques » (Capitan, Breuil et Peyrony, 1910, p. trois séries d'incisions ne paraît correspondre entre
178 et fig. 160-3). elles.
D'après le relevé, le décor comporterait donc deux
La pièce n° cervidés disposés selon deux plans obliques conver BM-L.894, 1ère coll. de Lastic (fig.
gents en symétrie (type 3 des symétries axiales 4,f)
orthogonales ; Welté, 1987 et 1993). L'animal tourné
à gauche, de très petit format, a été reconstitué dans Cet objet d'ivoire inédit, brisé et écaillé (1,86 x 0,8
sa totalité. Ses bois sont très développés, en bonne x 0,4 cm), ne se comprend que comparé au précé
perspective, sa tête détaillée avec l'œil ovalaire, la dent. Sa surface, qui montre de nombreuses traces de
petite oreille bien placée ; le corps, très incomplet mise en forme, est très polie. La perforation bico
est strié. Son vis-à-vis, aux andouillers beaucoup plus nique (sur 0,4 cm d'épaisseur) présente, au recto, une
simples, a lui aussi un corps strié, marqué par la per vaste surface de préparation (diamètre maximal de
foration, et son attitude est difficile à discerner : relè- 0,5 cm), non régularisée, avec rainurages et cupules
ve-t-il la tête ou s'effondre-t-il ? Actuellement inscri de creusement, tandis qu'au verso, la circonférence
te dans le grand axe du support, on ignore tout du externe, moins vaste (diamètre maximal de 0,35 cm)
développement et de l'environnement de cette scène est plus régularisée, accompagnée de rainurages,
(mais il n'est pas impossible que, de manière involont cupules d'attaques, stries internes.
aire, l'abbé H Breuil, qui venait de relever l'art des Le décor est essentiellement composé d'incisions à
parois gravées de Font-de-Gaume, ait été influencé peu près parallèles. Sur la face antérieure, on observe
pour cette reconstitution par le motif des célèbres une série de 7 incisions, de section dissymétrique en
rennes affrontés de la paroi gauche de cette cavité). V, légèrement gravées et régulièrement espacées (0,8
à 1,6 mm). La face postérieure en montre également
2.4.4. Rondes-bosses (fig. 4) : une dizaine d'incisions (dont les tracés secondaires)
crantent une des arêtes, tandis que, sur l'autre, seuls
• La pièce n° BM-unregistred 5, 1ère coll. de Las- subsistent les départs de ces traits emportés par un
tic (fig. 4, e) vaste arrachement.
Par ses dimensions et la morphologie de ce qui en
Inédite, en ivoire, cette pièce est complète, bien subsiste, cet objet est tout à fait analogue au précé
que fracturée (et recollée) et fissurée (2 x 0,7 x 0,6 dent. La similitude de nature et d'emplacement des
cm). Sa surface, très polie, montre de nombreux ves décors suggère une grande parenté entre leurs
tiges de sa mise en forme, très proche de la morphol auteurs.
ogie de la crache de Cerf.
La perforation biconique (qui traverse une épais L'imitation plus ou moins fidèle des formes natu
seur de 5,6 mm) montre un certain décalage en rai relles est fréquente au Paléolithique supérieur, surtout
en ce qui concerne les « dents canines de cerfs mâles son du recollement. L'intérieur en est couvert de séd
iments rouges. Au recto, la circonférence d'attaque, ou craches », comme le rappellent aussi bien G. et
vaste (diam. = 3,2 mm) et subcirculaire, interrompt A. de Mortillet (1912), H. Breuil et R. Lantier
une zone de raclage et grattage ; ses flancs sont éva (1979), R. Desbrosses, J. Ferrier et Y. Taborin
sés. Au verso, la préparation est également vaste (1976) qu'H. Barge-Maheu et Y. Taborin (1991).
(diam. = 3,6 mm) et montre quelques cupules Ces « copies » se rencontrent dans toute l'Europe,
accompagnées de raclage. Les flancs sont inégaux. des régions danubiennes au bassin de la Seine : ainsi
La lumière de l'orifice est actuellement ovalaire à Istallôsko (montagne de Biïkk, Hongrie) où, dans la
(décalage des bords lors du recollement), de 2,4 mm couche cl (44 300 ± 19O.GrN 4659 et 39 300 ±
de diamètre. 9OO.GrN 4658), une dent de Cerf a été imitée en bois
202 de cervidé et perforée (Kozlowski, 1992) ; à la grotte qu'on ne trouve que dans la série conservée à Bor
Mamutova (Pologne), où des craches ont été réalisées deaux, ce qui montre bien que la collection V. Brun
en ivoire pendant l'Aurignacien (G. et A. de Mor- a été divisée en lots distincts ; la présence d'une pen
tillet, 1912 ; Kozlowski, 1992). Au Trou Magrite deloque en bois de Renne ; et la de pende
(Belgique), un exemplaire a été réalisé en calcaire, il loques lithiques naturelles et non plus transformées.
y a environ 30 000 ans (White, 1989) ; à Arcy-sur-
Cure (France), un autre est confectionné en osselet de 3.1. Coquilles
Renne au Châtelperronien (Leroi-Gourhan, 1975).
Au Magdalénien, la grotte de Rigney (Doubs - Dans son carnet de fouille, V. Brun signale, sous
le n° 169, un dentale qui n'a pas été retrouvé dans les niveau inférieur : 14 950 ± 950 BP, Lyon. 1191) a
livré une pendeloque en bois fossile imitant une collections.
crache de Cerf (David et Thé venin, 1989 ; David et
Cupillard, 1991). 3.2. Dents
Les copies du Courbet prennent place parmi les
plus récentes et ne sont pas dépourvues d'ambiguïtés. On compte 52 dents perforées supplémentaires
Si on tente de suspendre la pièce intacte, un fil léger (46 à Bordeaux, 6 à Nérac). Parmi celles-ci, 2 sont
étant introduit dans l'orifice, l'objet ne s'oriente pas à décorées et 30 ont subi une modification de leur
la manière d'une véritable crache : la partie la plus volume.
large est dans une position proximale. On a alors un Ces dents couvrent 6 espèces au moins, dont 5
pendentif tout différent du modèle original, puisqu'il déterminées; ce sont, par ordre de fréquence :
- le Renne 36 évoque maintenant la silhouette féminine stylisée
- le Bouquetin 6 (type Mezinc).
- les indéterminés 5 Ce jeu des formes est-il intentionnel ?
• A ces deux objets en matière organique, s'ajoute - le Cerf 3
- le Bovidé 1 une perle en lignite de la 2e coll. de Lastic (fig. 4,
- le Renard 1 g), décrite et dessinée par É. Cartailhac (1903, p.
307 et fig. 113) : « un globule de lignite aplati et On ne rencontre que des dents monoradiculées,
percé en travers, avec une sorte d'œil gravé au centre qui se répartissent ainsi :
- incisives 49 », reproduite aussi par H. Schmidt (1908-1909, fig.
- canines 3. 106).
Le Renne est représenté exclusivement par des
incisives, dont une forte proportion d'incisives lac- 3. BRUNIQUEL-LAFAYE (fig. 5)
téales. Le Cerf est représenté par une canine et 2
Sur les 60 objets supplémentaires provenant de incisives, le Bouquetin et le Bovidé exclusivement
l'abri Lafaye, 50 sont conservés au Musée d'Aquitai par des incisives, le Renard par une canine.
ne à Bordeaux, 6 au Musée de Nérac et 4 au Musée Certaines dents (28) sont brisées au niveau de la
d'histoire naturelle de Montauban. couronne (5), ou dans la longueur (7) ou au niveau de
Les objets conservés à Bordeaux font partie d'un la perforation (16).
lot envoyé en 1872 par V. Brun lui-même. On y
compte 46 dents perforées, 2 pendeloques en steati Préparation de la dent
te, une pendeloque en bois de Renne et une dent fo
rtement encochée, qui sera étudiée plus loin avec les La plupart des dents montrent les traces d'une pré
objets complémentaires. paration destinée à faciliter le percement (raclage ou
Quant aux objets conservés à Nérac, ils appartien grattage).
nent à un lot provenant également de la collection V. Quelques dents ont un aspect poli, qui paraît plus
Brun, mais nous ne savons pas quand, comment ni dû à l'usage qu'à une action délibérée. Les 7 dents
pourquoi ils se trouvent à Nérac. Il s'agit de 6 dents polies se répartissant ainsi : 4 incisives de Renne, 2
perforées, qui sont collées - avec 6 autres dents non incisives de Bouquetin, une canine de Cerf.
perforées - sur un petit support mentionnant l'e Le raclage apparaît sur 5 des 6 dents de Bouquet
nsemble comme « éléments de collier ». in, sur 4 des 5 dents indéterminées, sur toutes les
Aux résultats publiés en 1993, ce nouveau lot dents de Cerf et de Renard, et sur 24 des 36 dents de
d'objets apporte les informations suivantes : l'au Renne.
gmentation du nombre d'espèces animales représent Le grattage se répartit ainsi sur la moitié des
ées par les dents (7 au moins au lieu de 3) ; la pré dents: sur toutes les dents de Bovidé et de Renard,
sur 3 des 5 dents indéterminées, sur la moitié des sence de dents brisées dans le sens de la longueur,
203 dents de Bouquetin et sur près de la moitié des dents une fois au milieu, jamais à la pointe. La moitié des
de Renne. dents de Bouquetin sont perforées au milieu.
Une seule dent, une incisive de Renne, porte deux Une des incisives de Renne conservées à Bor
perforations (fig. 5, g). deaux montre une perforation inachevée : sur une
face de la dent, la perforation, précédée d'un grattage,
Perforation de la dent a été menée jusqu'à la cavité pulpaire (fig. 5, h).
L'autre face ne montre aucune trace d'intervention.
Toutes les dents, sauf une incisive de Renne (fig. Ce mode opératoire, consistant à mener la perforation
5, f), montrent, sur l'une ou l'autre face ou sur les jusqu'à la cavité pulpaire sur une face d'abord puis
deux, les traces d'une préparation au percement. sur l'autre, permet de comprendre le décalage accen
Celle-ci est localisée dans la grande majorité des cas, tué que l'on observe entre les perforations recto et
et n'affecte que très rarement la totalité de la racine. verso de nombreuses dents.
La préparation localisée se rencontre sur les 3/4 des
dents de Renne, le tiers des dents de Cerf et sur la 3.3. Incisions sur dents
totalité des autres espèces.
Le rainurage est un des modes de percement qui Deux dents portent un décor gravé : une canine de
se rencontre sur près des 3/4 des dents. Effectué sur Cerf et une canine de Renard.
les deux faces, on le rencontre 23 fois. Il se trouve
sur toutes les dents de Bovidé, de Renard et indéter • Canine de Cerf, Musée de Nérac (fig. 5, i)
minées, dans 27 cas chez le Cerf et le Bouquetin.
Les stries hélicoïdales se rencontrent plus fr Cette dent est collée sur un support ; il n'est donc
équemment chez le Cerf et le Bouquetin, puis le Renn pas possible d'examiner ses deux faces. Sur la face
e. Elles sont totalement absentes chez le Bovidé, le visible, à proximité de la perforation et de part et
Renard et les indéterminés. On les rencontre sur les d'autre de celle-ci, on distingue de courtes incisions
deux faces à la fois seulement 2 fois chez le Renne obliques, disposées en deux groupes.
et le Bouquetin.
La pression est un mode de perforation qui se • Canine de Renard, Musée d'Aquitaine (fig. 5, j)
trouve sur plus des 3/4 des dents et, dans 2/3 des
cas, sur les deux faces à la fois. On la rencontre sur Cette dent est brisée au niveau de la perforation.
On note des traces de grattage sur toute la dent, toutes les dents de Bovidé et de Renard, très fr
équemment chez le Renne, le Bouquetin, les indéter même la couronne. Sur la face la plus endommagée
(verso), on note 3 groupes de fines et courtes minés, sur les 2/3 des dents de Cerf.
Les trois modes de perforation se rencontrent soit hachures obliques entre la perforation et la couronne.
isolés, soit combinés par deux ou trois. La strie héli
coïdale seule ne se rencontre qu'une fois. Le rainura 30 dents présentent une modification de volume
ge seul et la pression seule sont plus fréquents. La par troncature de la racine (27 cas) ou de la couron
combinaison la plus fréquente est : rainurage/pres ne (3 cas). Ce sont des dents de Renne dans le cas de
sion (36 cas), suivie de loin par la combinaison ra modification de la racine (27). Une incisive de Bou
inurage/strie hélicoïdale (4 cas). quetin et 2 incisives indéterminées montrent un ra
ccourcissement de la couronne. La technique de la pression seule est plus fréquent
e chez le Renne et le Bouquetin, absente chez le Dans le cas des dents de Renne, elles sont raccour
Cerf, le Bovidé et le Renard. La combinaison la plus cies environ de la moitié de leur longueur. Sur une
fréquente en général - rainurage/pression - l'est aussi incisive, brisée au niveau de la perforation, on voit, sur
chez le Renne (27 cas). La des trois les faces vestibulaire et linguale, une forte encoche qui
techniques ne se rencontre qu'une seule fois, chez le correspond à un travail de troncature inachevé.
Bouquetin. Comme cela apparaissait sur une autre dent de
Le diamètre de la perforation se situe, dans près Lafaye antérieurement étudiée (Ladier et Welté,
de la moitié des cas, dans la classe 1 à 2 mm, puis 1993), la troncature était effectuée après le perce
dans celle de 2-3 mm. Ces dimensions affectent ment, ce qui apparaît tout à fait logique s'agissant de
principalement les dents de Renne. Une seule perfo la manipulation, pour un travail de précision, d'un
ration supérieure à 3 mm se rencontre sur une canine objet de très petite taille.
de Cerf.
La perforation est principalement localisée au 3.4. Pendeloques lithiques
collet de la dent, puis au milieu et rarement à la point
L'abri Lafaye a donné 4 pierres calcaires perfo- e. Les dents de Renne sont percées 35 fois au collet,
204 rées naturellement. Elles sont aplaties, de forme montre, au recto comme au verso, une encoche adouc
généralement ovale, et portent une perforation natu ie, située dans l'axe médian.
relle de taille variable (0,5 à 0,9 cm), de forme plus Chaque face porte un décor gravé. Symétrique au
ou moins régulière, située près d'un bord pour les verso par rapport à l'axe médian, il consiste en une
plus grandes. Leur forme arrondie n'est pas due à courte incision et une incision plus longue partant du
l'usure d'un transport dans des alluvions fluviatiles, bord de la pièce au niveau de l'étranglement. Au rec
mais à un phénomène de dissolution chimique dans to, on note, partant de la perforation, deux courtes
le banc de calcaire en plaquettes d'où elles provien incisions et une plus longue dans l'axe médian de la
nent. L'une d'entre elles (fig. 5, 1) montre des arêtes pièce.
vives, qui ne sont pas des cassures et qu'une érosion Cet objet est très poli, sans doute par un usage pro
fluviatile aurait usées. Ces objets ont été récoltés longé.
dans leur gîte géologique et apportés sur le site.
Même s'il y a eu récolte, et donc choix délibéré, rien 3.5.2. Pendeloques lithiques
ne prouve absolument que ces objets ont été utilisés
• Le Musée d'Aquitaine conserve 2 petites pendecomme parure.
Cependant, la présence de lignes gravées sur l'une loques en steatite, identiques aux 6 du Musée d'his
d'elles permet de la désigner à coup sûr comme une toire naturelle de Montauban et à celle du Museum
pendeloque. Il paraît donc légitime de considérer que d'histoire naturelle de Toulouse, l'une verte, l'autre
les trois autres, identiques dans leur nature et très brune (fig. 5, d-e). Leur longueur est de 1 cm et 0,8
semblables dans leurs dimensions, sont également cm, pour une largeur de 0,4 cm. La perforation,
des pendeloques. décentrée, utilise les mêmes techniques (rainurage et
stries hélicoïdales) que pour les dents.
• Au Musée d'histoire naturelle de Montauban se • Pierre calcaire (fig. 5, a)
trouve une pendeloque en pierre calcaire plate (fig.
De forme ovale (3,6 x 3 x 1,2 cm), avec une 5, k) portant un décor gravé. De forme ovale (9,5 x
encoche naturelle profonde à l'extrémité la plus 6,75 x 1,25 cm), à surface régulière et totalement
proche d'une perforation naturelle, ovale, de 0,5 cm craquelée (exposition à la chaleur ?), chaque face
de diamètre maximum. porte au niveau du bord les traces de quelques enl
èvements centripètes, en un endroit au recto, en trois
• Pierre calcaire (fig. 5, b) endroits au verso. Une perforation naturelle presque
circulaire de 0,8 cm de diamètre se trouve près du
De forme grossièrement circulaire (2,3 x 2,2 x 1 bord.
cm), marquée d'une encoche naturelle. Une perfora Au recto, deux groupes de deux lignes ondulées
tion naturelle, de forme irrégulière, se trouve à peu gravées, à peu près parallèles, sont centrées sur le
près en son centre. haut de la perforation. L'extrémité des deux lignes de
gauche se situe sur le champ de l'objet. Les gravures
• Pierre calcaire plate (fig. 5, l) sont peu profondes et montrent une section en ber
ceau. On note également une courte incision oblique
De forme vaguement ovale (8,4 x 7,5 x 1,6 cm), vers le bas de l'objet et une autre vers son tiers infé
avec une arête vive, portant une perforation à peu rieur.
près circulaire de 1,15 cm de diamètre. Cet objet, marqué « Plantade » à l'encre de Chi
ne, provient sans conteste de Lafaye, comme le
3.5. Volumes transformés confirme l'étiquette de la main de V. Brun, dont le
numéro ( 1 86) renvoie au carnet de fouilles à la ment
3.5.1. Forme indéterminée en matière organique ion : « galet percé d'un trou, deuxième cabane ».
Dans le carnet de fouilles, l'expression « deuxième
• Pendeloque en bois de cervidé, Musée d'Aquitai cabane » désigne l'abri Lafaye.
ne (fig. 5, c)
3.6. Bruniquel-Lafaye, synthèse
Pendeloque de forme grossièrement ovalaire (L =
Après la redécouverte des 60 objets étudiés ci- 2,4 cm ; 1 = 1,55 cm ; ép. = 0,65 cm), brisée au
niveau de la perforation. Celle-ci, biconique, est dessus, le nombre total des objets de parure prove
située au niveau d'un étranglement marqué. Sous cet nant de Bruniquel-Lafaye s'élève donc à 94. Les
étranglement, la pendeloque affecte la forme générale lignes qui suivent présenteront l'étude synthétique
d'un rectangle curviligne. La base de la pendeloque globale de tous ces objets.
205

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