Les plaques décorées en schiste de la Bretagne armoricaine sous l'Empire Romain - article ; n°1 ; vol.17, pg 215-237

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 2000 - Volume 17 - Numéro 1 - Pages 215-237
At present, we have a sample of 50 sculpted schist plates found in Gallo-Roman, urban and rural sites of Brittany. The cartography we established reveals that they were used mainly in the eastern part of the country. The analysis of the techniques employed made it possible to study their craftsmanship involved and the location of the plates in buildings. Thanks to a classification of the ornamental designs we have been able to distinguish architectural designs, marine and aquatic animais, weapons, figurative wildlife and geometrical patterns. A symbolic interpretation of the shields is suggested.
Actuellement on dispose d'un échantillonnage de 50 plaques sculptées en schiste, provenant de sites gallo-romains, urbains et ruraux de Bretagne. La cartographie montre leur usage principalement dans la partie orientale de cette région. L'analyse des techniques de réalisation permet de faire des observations sur leur travail et sur leur disposition dans les édifices. Un classement des décors permet de distinguer les décors architecturaux, les animaux marins et aquatiques, les armes, les motifs naturalistes figuratifs et les motifs géométriques. Une symbolique des boucliers est proposée.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 2000
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Loïc Langouet
Laurent Quesnel
Monsieur Dominique Pouille
Gaétan Le Cloirec
Françoise Labaune
Gilles Leroux
Cyrille Chaigneau
Les plaques décorées en schiste de la Bretagne armoricaine
sous l'Empire Romain
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 17, 2000. pp. 215-237.
Abstract
At present, we have a sample of 50 sculpted schist plates found in Gallo-Roman, urban and rural sites of Brittany. The
cartography we established reveals that they were used mainly in the eastern part of the country. The analysis of the techniques
employed made it possible to study their craftsmanship involved and the location of the plates in buildings. Thanks to a
classification of the ornamental designs we have been able to distinguish architectural designs, marine and aquatic animais,
weapons, figurative wildlife and geometrical patterns. A symbolic interpretation of the shields is suggested.
Résumé
Actuellement on dispose d'un échantillonnage de 50 plaques sculptées en schiste, provenant de sites gallo-romains, urbains et
ruraux de Bretagne. La cartographie montre leur usage principalement dans la partie orientale de cette région. L'analyse des
techniques de réalisation permet de faire des observations sur leur travail et sur leur disposition dans les édifices. Un classement
des décors permet de distinguer les décors architecturaux, les animaux marins et aquatiques, les armes, les motifs naturalistes
figuratifs et les motifs géométriques. Une symbolique des boucliers est proposée.
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Langouet Loïc, Quesnel Laurent, Pouille Dominique, Le Cloirec Gaétan, Labaune Françoise, Leroux Gilles, Chaigneau Cyrille.
Les plaques décorées en schiste de la Bretagne armoricaine sous l'Empire Romain. In: Revue archéologique de l'ouest, tome
17, 2000. pp. 215-237.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_2000_num_17_1_1109•
Rev. archéol. Ouest, 17, 2000, p. 215-237.
LES PLAQUES DECOREES EN SCHISTE
DE LA BRETAGNE ARMORICAINE
SOUS L'EMPIRE ROMAIN
Loïc LANGOUET* et Laurent QUESNEL*
avec la collaboration de Dominique POUILLE, Gaétan LE CLOIREC, Françoise LABAUNE,
Gilles LEROUX et Cyrille CHAIGNEAU
Résumé : Actuellement on dispose d'un échantillonnage de 50 plaques sculptées en schiste, provenant de sites gallo-
romains, urbains et ruraux de Bretagne. La cartographie montre leur usage principalement dans la partie orientale de cette
région. L'analyse des techniques de réalisation permet de faire des observations sur leur travail et sur leur disposition dans
les édifices. Un classement des décors permet de distinguer les décors architecturaux, les animaux marins et aquatiques, les
armes, les motifs naturalistes figuratifs et les motifs géométriques. Une symbolique des boucliers est proposée.
Abstract : At présent, we hâve a sample of 50 sculpted schist plates found in Gallo-Roman, urban and rural sites of Brittany.
The cartography we established reveals that they were used mainly in the eastern part of the country. The analysis of the
techniques employed made it possible to study their craftsmanship involved and the location of the plates in buildings.
Thanks to a classification of the ornamental designs we hâve been able to distinguish architectural designs, marine and
aquatic animais, weapons, figurative wildlife and geometncal patterns. A symbolic interprétation of the shields is suggested.
Mots-clés : Plaques décorées, schiste, gallo-romain, Bretagne.
Key-words : Omamental plates, schist, Gallo-Roman, Brittany.
INTRODUCTION vailler et dont le grain permet d'obtenir des sculptures
en bas-relief relativement fines. Les plaques en calcaire,
Les plaques murales en schiste, sensées orner des the utilisant souvent les mêmes registres, mais n'ayant pas
rmes gallo-romains, ont fait l'objet d'études préliminai été travaillées de la même manière, n'ont pas été prises
res (Langouët, 1975, 1984 et 1988, 208-212), reprises en compte (Le Bot, 1998 ; Thébaud, 2000). Seules les
depuis par plusieurs auteurs (par exemple, pour les Cô- plaques en schiste présentant des motifs décoratifs ont
tes-d'Armor, Aumasson, 1987, 69-70), mais des données été retenues à l'exclusion de plaques ayant servi comme
ou des découvertes récentes (Bain-de-Bretagne, La Cha- éléments de pavages ou de parois de piscines, moulures,
pelle-de-Brain, Cesson-Sévigné, Châtillon-sur-Seiche, baguettes ou limites de plinthes. Les plaques connues à
Corseul, Langon, Le Hézo, Monteneuf, Plumaudan, Ren ce jour, soit gravées, soit sculptées, sont décrites en an
nes, Sens-de-Bretagne, ...) justifient de proposer une nexe, en suivant l'ordre alphabétique des communes où
étude de synthèse à partir de nouvelles observations, et elles furent découvertes. Les dessins, préférés à des pho
de préciser certaines conclusions. Au début septembre tographies, ont été réalisés à la même échelle (l/5èmc)
1999, l'échantillonnage connu se montait à cinquante pour permettre des perceptions intuitives ou des compar
plaques décorées gallo-romaines en schiste, retrouvées aisons raisonnées. Certains bons dessins ont été repro
dans la péninsule armoricaine. duits directement mais, autant que faire se peut, beau
coup ont été repris et normalisés par des moyens info
PRÉSENTATION rmatiques (Adobe Illustrator) à partir des pièces original
es, ou parfois à partir de photographies, ce qui a permis
Les cinquante pièces étudiées ont pour dénominateur d'obtenir des représentations plus homogènes et plus f
commun d'être en schiste (du grec skhistos signifiant idèles quand il s'agissait de dessins anciens. Lorsque les
«que l'on peut fendre»), un matériau se délitant assez f fragments de plaques laissent manifestement deviner une
acilement en plaque, relativement facile à scier et à symétrie, une reconstitution est proposée ; dans ce cas,
* UMR 6566, «Civilisations Atlantiques et Archéosciences», CNRS - université Rennes 1, Rennes 2 & Nantes - Ministère de la Culture, Laboratoire
d'Anthropologie-Archéométrie, Université Rennes 1, 35042 RENNES Cedex.
Manuscrit reçu le 26/11/1999, accepté le 15/02/2000. L. Langouët et L. Quesnel 216
les fragments subsistants sont distingués par un tramage tographie (fig. 1), on doit étendre cet artisanat à la civitas
grisé. Sauf indication contraire, les dessins et les reconst des Riedones, voire à celle des Vénètes. Ce sont surtout
itutions graphiques sont de Laurent Quesnel. Quatre pla les sites ruraux (22/25) qui ont livré ces plaques ; dix de
ques figurant dans l'annexe (18, 23, 31 et 32) sont res ces sites en ont fourni plus de deux. Seuls trois sites ur
tées introuvables dans les collections, d'où l'absence de bains gallo-romains (Carnaix, Corseul et Rennes) en ont livré.
leurs dessins.
Dans les commentaires et dans les illustrations qui LES CONTEXTES ARCHÉOLOGIQUES
suivent, les références aux plaques sont indiquées par le
chiffre, indiqué en caractère gras, du corpus donné en On connaît un contexte gallo-romain de découverte
annexe. pour 96 % des plaques. 48 viennent de sites gallo-ro
Les dimensions indiquées sont, autant que possible, mains, ruraux ou urbains, et au moins 55 % de celles-ci
celles des champs décorés et des moulures ; les largeurs proviennent de sites où existaient des thermes. Ces pla
et hauteurs des champs décorés ont plus de signification ques participaient au décor, aussi bien d'installations ther
que celles des plaques entières, aux contours souvent males privées, comme aux Sables d'Or, en Fréhel (26 à
bruts de débitage ou de sciage. En effet, on verra plus 30), ou publics, près de la gare, à Caulnes (4 à
loin qu'elles étaient généralement fixées sur les murs 10), que d'édifices privés, comme c'est probablement le
par des clous ou des pattes et, la plupart du temps, seuls cas pour la plaque-trophée de Cesson (12). Les datations
les champs et les moulures étaient visibles au sein de d'occupation des sites concernés s'étalent globalement
panneaux muraux recouverts par ailleurs de mortiers et du 1er au IVème siècles ap. J.-C. Mais la majorité des
d'enduits peints. sites pour lesquels on dispose de données chronologi
ques semble avoir connu une construction ou des réamé
nagements au cours des Ilème et Illème siècles ap. J.-C. RÉPARTITION GÉOGRAPHIQUE
La cartographie des lieux de découverte met en évi MATÉRIAUX ET MISE EN FORME
dence une concentration des plaques de schiste en Haute-
Bretagne, principalement dans les Côtes-d' Armor, l'Ille- Le schiste est une roche sédimentaire, éventuellement
et- Vilaine et le Morbihan (fig. 1). Une seule (3) est con métamorphique. La couleur des plaques retrouvées se
nue à ce jour dans le Finistère et aucune n'est réperto situe majoritairement entre le gris clair et le noir, en pas
riée dans la Loire-Atlantique, la Mayenne ni la Manche. sant par le gris-bleu et le gris-vert ; un seul élément est
Trois sites de trouvaille se situent à l'ouest d'une ligne en schiste rouge (9). Les 25 sites concernés se situent
Saint-Brieuc- Vannes et vingt deux sites, à l'est de cette sur le massif armoricain. En l'absence d'analyses miné-
ligne. Dans une étude précédente, sur la base d'une car ralogiques précises, la carte géologique de la Bretagne
ne permet pas, à elle-seule, de retrouver les origines de tographie moins complète, ces plaques avaient été pré
sentées comme le fruit d'un artisanat coriosolite ces schistes ; en effet la potentialité des schistes du dé-
(Langouët, 1988, 208-212). A la vue de la nouvelle vonien, de l'ordovicien, du cambrien et du briovérien
LA MANCHE
OCEAN ATLANTIQUE
100 Km
Fig. 1 : Répartition des plaques décorées en schiste en Bretagne armoricaine. Pour les sites ayant livré plusieurs plaques (cercle pointé), seul le premier
numéro figurant dans l'annexe a été indiqué pour désigner chaque site. :
:
:
Les plaques décorées en schiste 217
correspond à environ 50 % du massif armoricain. Il - la gravure, avec de fines rainures (6, 33),
- le travail au ciseau, suivi d'un polissage de la surface n'existe pas de corrélation évidente entre les sites de
découverte et les gisements de schiste. Tout juste peut- sculptée, le tout débouchant sur des motifs en bas-relief,
on noter que plusieurs plaques sculptées sont faites d'un au contour adouci (4, 5, 8, 9, 10, 12, 13, 19, etc),
- le travail au ciseau débouchant sur des figures en schiste métamorphique montrant des recristallisations,
c'est-à-dire d'un schiste en contact avec un massif grani creux, tantôt brutes de taille (35, 37 et 39), tantôt lissés
tique (4, 5, 7, 11, 14, 17,22, etc). (49). Les creux, bruts de taille, des plaques 35, 37 et 39
Quelques plaques similaires en calcaire ont été trou ne devaient pas être visibles et devaient être comblés par
vées en Armorique : à Cesson-Sévigné, en Ille-et- Vilaine, un mortier, peint en surface ; d'une part, la taille brute au
ciseau permettait un bon ancrage de ce mortier, d'autre à Basse-Goulaine, en Loire-Atlantique (Thébaud, 2000)
et à Arradon (Morbihan). Leur matériau vient du bassin part, la surface non travaillée perdait de son importance
de la Loire. Elles n'ont pas été prise en compte dans le visuelle.
On détecte aussi le travail au ciseau sur les faces arricorpus.
Plusieurs bords de plaques ont fait l'objet d'un sciage, ères de certains éléments et sur des plaques sculptées en
mais ce n'est pas forcément vrai pour les quatre côtés creux (35, 37 et 39). D'après toutes ces traces, certains
d'une même plaque. On observe essentiellement trois des ciseaux utilisés avaient des largeurs de 1,0 + 0,1 cm,
modes de réalisation des décors sur schiste mais on peut présumer l'emploi d'outils plus fins à la
vue des finitions des bas-reliefs.
Plusieurs plaques présentent encore, malgré le polis
sage final, des portions résiduelles de traçages à la pointe
sèche (6 et 50) et des petits trous de pointage du centre
de certains motifs circulaires (22, 47 et 50) (photo.),
traduisant l'usage de compas. L'emploi de cet outil de
traçage se retrouve indirectement dans tous les motifs
circulaires et les rosaces à symétrie 6, de même que dans
l'enroulement du corps du dauphin de la plaque 4.
Les épaisseurs de ces plaques planes varient entre 2 et
6 cm. Les dimensions les plus fréquentes, largeur ou haut
eur, des champs décorés se situent principalement entre
20 et 35 cm (observation faite sur les dimensions dispo
nibles sur 65 % des plaques) (fig. 2 et 3).
Les plaques décorées, de formes rectangulaire ou car
rée, sont de deux types. Le premier correspond à une Dimension du champ décoré (cm) sorte de triptyque où, de part et d'autre d'un champ cent
Fig. 2 Histogramme des dimensions des champs décorés. ral, les deux champs latéraux sont ou devaient être identiques
Longueur du grand côté
60 - ■-
t- 50
40 f
30
10
10 15 20 25 30 35 40 Longueur du petit côté
Fig. 3 Recherche de corrélation entre les dimensions des champs décorés des plaques rectangulaires en schiste de Bretagne armoricaine. L. Langouët et L. Quesnel 218
(6, 13 et 28) (fig. 4). Le second ne comprend qu'un seul teur des plaques provenant d'un même site : par exemple
champ. Dans les deux types, la symétrie des décors est 1 8 cm, 25 cm, 28 cm et 35cm pour le site des Sables d'Or.
courante, soit au sein d'une même plaque (3, 6, 26 et La plaque 17 a conservé un trou de fixation (diamètre
34), soit entre des plaques retrouvées en couple (4 et 5, 6,5 mm) d'axe creusé parallèlement à sa surface ; comme
26 et 27, 43 et 44). Toutes ces symétries se sont révé ses bords conservés sont bien taillés, il est presque cer
lées précieuses pour proposer quelques reconstitutions tain que la surface de cette plaque devait être dans le
à partir de fragments de plaques incomplètes. même plan que l'enduit environnant. Par contre la fixa
Une question fondamentale se pose d'emblée. Les pla tion courante par des clous ou des pattes aux têtes dé
ques de schiste, étaient-elles peintes ou non ? Jusqu'à bordantes nécessitait un masquage par l'enduit peint ; les
présent, aucun des éléments retrouvés en fouille n'a per champs décorés, entourés ou non d'un encadrement, de
mis de trouver la trace tangible de pigments. L'hypothèse vaient se présenter en creux au sein des panneaux d'en
d'une peinture est quasi certaine pour les plaques 35, 37 duits peints. Le fait que les bords des plaques sont par
et 39. Pour certaines plaques en bas-relief, il faut jouer fois bruts de sciage ou de débitage et que les bandes pé
de la lumière rasante pour obtenir une bonne vision du riphériques extra-moulures n'ont pas les mêmes largeurs
décor. Est-ce que des fenêtres ou des lampes judicieuse constitue un argument supplémentaire en faveur d'un
ment placées permettaient une telle vision ? Cela n'est masquage des bandes plates entourant les champs décorés.
pas impossible. Toutefois les thermes où beaucoup de Les plaques à triple champ décoré (6, 13 et 28) (fig. 4)
ces plaques devaient figurer, étaient des lieux relativ devaient être disposées horizontalement et constituaient
ement sombres ne facilitant pas la vision des motifs, même des frises à elles seules. La plaque 28 n'est entourée d'une
traités en bas-relief. Surtout la couleur des plaques de plate bande que sur trois côtés, comme si la plaque repos
schiste n'apparaît pas en harmonie avec les couleurs uti ait sur un autre élément. Vient alors l'idée d'un décor de
lisées pour les enduits peints environnants. Une reconst linteau de porte, hypothèse d'autant plus plausible pour
la plaque 6 que celle-ci a une largeur décorée relativitution en couleur de la plaque 17, réalisée dernièrement
par une dessinatrice du SRA de Bretagne, nous a séduit ; ement importante, 91 cm. Mais on ne peut exclure d'autres
seul le champ environnant le dauphin a été colorié en bleu emplacements pour les plaques 13 et 28.
et l'effet est très intéressant. Il nous semble donc très Le fait que l'on retrouve ces plaques principalement
probable que ces plaques de schiste étaient partiellement dans des thermes, publics ou privés, peut aussi corres
colorées, ne serait-ce que par un lait de chaux peint ap pondre, au delà d'un souci décoratif évident, à l'utilisa
posé soit dans des champs plats environnant certains mot tion d'un matériau régional, certes facile à sculpter, mais
ifs, soit pour certaines parties de décors en bas-relief. surtout résistant au milieu humide que constituaient les
différentes pièces, chauffées ou non. On peut suggérer
MISE EN PLACE que, pour les pièces d'habitat, l'on ne retrouve que des
plaques en schiste alors qu'il pouvait exister aussi des
Plusieurs plaques murales ont conservé les stigmates similaires en bois. Malheureusement on connaît
d'une fixation sur un mur, généralement sous la forme les mauvaises conditions de conservation de ce matériau.
d'encoches proches du milieu de côtés (2, 4, 5, 24, 34, On peut noter, à ce propos, que d'autres matériaux ont
été utilisés : on peut citer le calcaire (Chapelle- 37, 39, 47). Ces types de fixation sont probablement à
l'origine de fractures de certaines plaques ; en effet il Vaupelteigne, Arradon, Basse-Goulaine, Cesson-Sévi-
est assez courant d'avoir des fragments dont la cassure gné, ...) et le marbre (Montmaurin, Echhternach, Metz,
commence au milieu d'un des côtés (17, 20, 24, 26, 30, Trêves, ...).
39, 44 et 49). Certaines plaques (par exemple 24) pré
sentent des traces de rouille au milieu de certains côtés, LES DÉCORS
traces d'un élément ferreux de fixation. Ces détails at
testent que, disposées verticalement, elles ornaient les La présentation thématique du décor des toutes les pla
murs d'édifices gallo-romains. ques n'est pas simple, si on met à part les motifs archi
La fouille des thermes de la villa des Sables d'Or, d'où tecturaux, les animaux aquatiques ou marins et les sujets
proviennent cinq plaques (26 à 30), a permis de constat figuratifs ou naturalistes. On rencontre un problème glo
er que le décor des murs ne comportait, au dessus des bal avec les boucliers et les motifs décoratifs à carac
plinthes, que ces plaques et des panneaux d'enduits peints tère symbolique. En effet ces derniers peuvent figurer
blancs encadrés par un liseré monochrome à la périphér seuls sur certaines plaques mais ils peuvent aussi servir à
ie. Il semble logique d'admettre que, dans les thermes la décoration des boucliers. En toute rigueur il faudrait
de ce site, les plaques devaient se situer très probable faire une double classification.
ment à la hauteur des yeux, soit au centre des panneaux, Classer à part les boucliers laisse de côté des plaques
soit dans des frises centrées latéralement. ne portant que des symboles simples et faire une classe
On dispose d'arguments pour une position centrale des motifs symboliques minimise le support particulier
dans les panneaux d'enduits peints. Dans la villa des Sa qu'est le bouclier. On peut même rencontrer certaines
bles d'Or, en Fréhel, deux plaques identiques, ornées de ambiguités ; ainsi la plaque 30, décorée de deux paires
d'ailes adossées et d'un rond central biradié, représente- peltes, furent récupérées. Compte-tenu du plan où les
différentes pièces des thermes étaient en enfilade t-elle un bouclier rectangulaire ou simplement ces seuls
(Langouët et ai, 1980), les plaques devaient se faire face. motifs. Or ceux-ci avaient un rôle prophylactique
Or ce n'est pas un cas isolé. Dans les thermes de Caulnes (Couissin, 1926, 390-402) quel que soit le support (bouc
et probablement dans ceux de Plénée-Jugon, les plaques lier ou plaque décorée) sans oublier que les boucliers
où figurent des animaux marins (respectivement 4-5 et pouvaient avoir eux-même un même rôle. Il a semblé lo
43-44) étaient symétriques, ce qui laisse supposer que, gique de donner plus d'importance, dans un classement
là aussi, elles se faisaient face avec le souci de tenir thématique, aux boucliers qu'aux motifs symboliques y
figurant, quitte à revenir ultérieurement sur la grande frcompte d'une progression déambulatoire.
Par contre l'hypothèse d'une disposition en frise pa équence de représentations de certains motifs.
raît peu probable ; en effet il y a les différences de Un autre exemple est fourni par la plaque 29. En toute Les plaques décorées en schiste 219
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 4 : Plaques en schiste de Bretagne armoricaine à triple champ décoratif: 6 - Caulnes (22), camp des Romains ; 13 - Cesson-Sévigné (35), la Chapelle
(dessin F. Labaune, reconstitution L. Quesnel) ; 28 - Fréhel (22), les Sables d'Or. L. Langouët et L. Quesnel 220
rigueur, elle ne représente qu'un cercle central et huit saïques et les enduits peints, mais aussi dans les accou
demi-cercles, donc est à base de motifs géométriques doirs ou les clôtures de vomitaria des théâtres et amphit
simples. En ne retenant que le contour de ces motifs ins héâtres.
crits dans un octogone, ne peut-on pas y voir un empile Les monstres marins sont en fait de grands animaux
ment schématisé de quatre boucliers. Il a fallu faire un systématiquement serpentiformes à extrémité trifurquée.
choix et on a opté pour sa présentation dans la classe des D'une part, le motif triple du bout de la queue, végétalisée
motifs géométriques. (2, 4, 35, 43, 44), ou schématisée (17), rappelle la fleur
Après réflexion, on a opté pour un classement des de lotus rencontrée dans l'art celtique (Duval, 1977, 250).
motifs décoratifs des plaques gallo-romaines en schiste D'autre part, le traitement des corps des chevaux (2, 37,
en cinq grandes séries, ce qui a permis de ne négliger 43, 44) rappelle celui de ces mêmes animaux figurant
aucune plaque. souvent sur des monnaies pré-romaines. Ces monstres
marins se retrouvent aussi comme éléments décoratifs
1) LES DÉCORS ARCHITECTURAUX de monuments. Par exemple, les frises du quadrifrons du
mausolée de Glanum sont ornées chacune de deux tr
Ils sont de deux types, avec la particularité de présent itons et de deux monstres marins (Rolland, 1969, 35 et
er systématiquement des chapiteaux de style corinthien pi. 18) ; l'auteur de l'étude évoque alors une décoration
(fig. 5 et 6). qui témoigne peut-être d'influences orientales et peut
La première série est constituée de plaques (8, 10 et ainsi avoir été choisie en fonction du rôle symbolique
19) à décor symétrique comprenant des pilastres et une des tritons, figurés sur les monuments funéraires comme
arcature s'y appuyant. Il est probable que le fragment de génies psychopompes. Il faut noter l'originalité de la pla
la plaque 38 provient d'une plaque de même type. Ce que 43 où le nez du dauphin déborde du cadre du champ
même décor, réalisé en stuc, a été retrouvé dans le décoré.
frigidarium des thermes de la villa de Saint-Frégant (Fi Les plaques 36, 37 et 40 représentent de simples pois
nistère) (Le Loch, 1974, 38 et 40) ; d'une manière répét sons qui évoquent seulement un milieu aquatique. Il faut
itive, il comprenait des colonnes engagées à quatre can toutefois remarquer que la plaque 40 a été collectée à
nelures, des chapiteaux au feuillage très stylisé et des l'emplacement de thermes, non fouillés à ce jour, où
arcatures. Du fait des bords bien identifiés, les plaques pouvait éventuellement exister un bassin ou une piscine.
8, 10 et 19 ne permettent pas d'envisager une telle Les plaques décorées d'animaux marins ou aquatiques
répétitivité. Chaque plaque offrait un décor de portique, proviennent de six sites sur vingt cinq (24 %), où devai
tout à fait propice pour servir de fond mural soit à une ent principalement exister des thermes.
statue dont on pourrait deviner indirectement la hauteur La plaque 2 mérite un commentaire particulier ; en ef
(8 et 10 des thermes de Caulnes), soit à un laraire. fet la chevelure du triton rappelle celle des têtes ornant
La deuxième série présente des chapiteaux seuls (pla les monnaies coriosolites pré-romaines. Ainsi on re
ques 9 et 48). Ces plaques ont dû être combinées à des trouve, sur cette plaque, avec le traitement de la tête et
colonnes en stuc, en marbre ou en schiste pour former du corps du cheval, des caractéristiques du droit et du
un décor mural de pilastre ou de portique, comme c'est revers de ces monnaies gauloises. Cette observation est
le cas dans la villa d'Echternach (Ferdière, 1988, 223-224). d'autant plus importante que le plaque 2 a été retrouvée à
Au total quatre sites sur vingt cinq (17 %) ont livré des Broons, dans le territoire coriosolite.
plaques à décor architectural.
3) LES ARMES
2) LES ANIMAUX MARINS ET AQUATIQUES
En général, il s'agit d'armes défensives, des boucliers
Ce sont des poissons (36, 37, 40), des dauphins (4, 5, en l'occurrence. Toutefois, à première vue, il y a une ex
17, 35, 43, 44), des tritons, à moitié homme à moitié ception. En effet, sur la plaque 12 de Cesson-Sévigné
poisson (2), ou des monstres, combinaisons de mammif qui est indiscutablement un trophée (fig. 9) ; on distin
ères terrestres et marins (2, 36, 43, 44) (fig. 7, 8 et 9). gue un casque, une armure, des boucliers et une hache
Ils cohabitent sur certaines plaques (2, 43, 44) ou se trou bipenne. Mais cette dernière arme, cataloguée comme
offensive, a été ajoutée, comme un graphito gravé, dans vent associés à d'autres motifs, tels des boucliers (36).
Probablement pour évoquer le mouvement, les corps un deuxième temps. Le sculpteur initial ne l'avait pas re
sont courbes (17, 34, 36) et vont même jusqu'à faire présentée. Cette plaque 12, se présentant comme un tro
preuve d'enroulements (2, 4, 43). De tels dauphins figu phée, a été découverte hors contexte ; il n'est pas imposs
rent sur une console sculptée gallo-romaine conservée ible qu'elle provienne d'un monument funéraire non
aux thermes de Cluny, à Paris (Poux, 1999, 118). Ce identifié, lié à l'établissement rural de la Chapelle, en
Cesson-Sévigné. De nombreuses monnaies romaines prémême traitement dynamique se retrouve dans des mo
sentent de tels assemblages où le casque et les vêtements saïques ; citons par exemple, les dauphins d'une maison
du 1er siècle ap. J.-C. de Glanum (Pobé, 1961, 58 et 69), du vaincu sont disposés sur un poteau avec ses armes. Un
ceux du site de Blanzy-lès-Fismes, en Braine (Aisne, bon exemple figure sur un denier de 46-45 av. J.-C.
France) (Stern, 1979, pi. 77 A.2), le dauphin et les monst (Goudineau, 1990, 217). Un autre exemple connu est
celui qui figure sur l'arc de triomphe d'Orange. La plares marins du palais de Fishbourne du milieu du Ilème
que de Cesson-Sévigné ne devait pas orner des thermes siècle ap. J.-C. (Dorset, Grande-Bretagne) (Cunliffe,
mais devait se trouver dans une pièce d'habitation, sans 1971, 182-183, PI. I, fig. 46, 47, 51 et 52) et les monst
res marins du site de Westerhofen (Bavière, Allemagne) que l'on sache quel événement elle commémorait. La
cuirasse semble être celle d'un centurion romain. Les (Stern, 1960, pi. C ; Ferdière, 1988, 24) ou ceux déco
rant une villa d' Avenches, datables de la première moitié seuls éléments qui pourraient caractériser les vaincus sont
du Illème siècle ap. J.-C. (Coll. 1993, 107-108). les deux boucliers hexagonaux échancrés qui figurent à
Le dauphin était très employé à la décoration, non seu côté de rond et ovale, beaucoup plus classiques.
lement sur des plaques murales décorées, dans les :
Les plaques décorées en schiste 221
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Fig. 5 : Plaques en schiste de Bretagne armoricaine, décorées de motifs architecturaux 19 - Châtillon-sur-Seiche (35), la Guyomerais (dessin M. Batt,
reconstitution L. Quesnel) ; 38 - Le Hézo (56), Er Faude (dessin C. Le Pennée). :
:
L. Langouët et L. Quesnel 222
Fig. 6 Plaques en schiste de Bretagne armoricaine, décorées de motifs architecturaux 8, 9 et 1 0 - Caulnes (22), près de la gare ; 48 - Plumaudan (22), Percoul. :
:
Les plaques décorées en schiste 223
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Fig. 7 Plaques en schiste de Bretagne armoricaine, décorées d'animaux marins 2 - Broons (22), Kerhalo ; 43 - Plénée-Jugon (22), la Mare Pilais (dessin M.
Micault, d'après A. Ramé) ; 44 - Plénée-Jugon (22), la Mare Pilais ; 37 - Le Hézo (56), Er Faude (dessin C. Le Pennée).

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