Les processus érosifs dans le Nahal Zine (Néguev septentrional) pendant les saisons pluvieuses (1960-1961 — 1961-1962) - article ; n°395 ; vol.73, pg 8-20

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Annales de Géographie - Année 1964 - Volume 73 - Numéro 395 - Pages 8-20
13 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1964
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Dov Nir
Les processus érosifs dans le Nahal Zine (Néguev
septentrional) pendant les saisons pluvieuses (1960-1961 —
1961-1962)
In: Annales de Géographie. 1964, t. 73, n°395. pp. 8-20.
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Nir Dov. Les processus érosifs dans le Nahal Zine (Néguev septentrional) pendant les saisons pluvieuses (1960-1961 — 1961-
1962). In: Annales de Géographie. 1964, t. 73, n°395. pp. 8-20.
doi : 10.3406/geo.1964.16573
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1964_num_73_395_16573processus érosifs dans le Nahal Zine Les
(Néguev septentrional)
pendant les saisons pluvieuses
(1960-1961 — 1961-1962) *
Planches l-ll par Dov Nir
I. INTRODUCTION
Bien qu'il existe déjà une littérature abondante sur les rapports entre
l'écoulement et l'érosion des fleuves permanents, l'étude des processus d'éro
sion dans les conditions désertiques n'a pas encore abouti à des formules et
résultats satisfaisants (Birot 1961 ; Einstein 1942, 1950 ; Kalinske 1947 ;
Leopold et Miller 1955 ; Leopold et Wolman 1956 ; Tricart et Hirseh 1960 ;
Tricart 1961 A). Gomme on le sait, le caractère de l'écoulement d'un oued
est différent de celui de fleuves à écoulement permanent. Il est difficile
d'appliquer des formules basées sur les données mensuelles et annuelles
moyennes d'un écoulement permanent aux d'un écoulement éphé
mère des régions arides. De plus, l'étude des processus érosifs dans les condi
tions désertiques se heurte aux difficultés dues au manque de mesures él
émentaires des précipitations et de l'écoulement, ainsi qu'au manque de
données statistiques en général.
* L'auteur remercie vivement M. A. Yaïr pour son aide dans l'établissement des stations
ainsi que dans l'accomplissement d'une part des mesures ; M. N. Rosenan, qui a bien voulu lui
permettre de se servir des archives du Service Météorologique Israélien et a lu le manuscrit ;
Mme S. Schmorak, qui a mis à sa disposition les données du Service Hydrologique Israélien,
M. R. Gavriel, du Département de Statistique de l'Université Hébraïque, pour ses conseils et
critiques. L'ÉROSION DANS LE NÉGUEV SEPTENTRIONAL 9
L'auteur a commencé à mesurer les effets de l'érosion dans le Nahal Zine
en automne 1960. La méthode employée consistait à placer sur le lit de l'oued
des galets mesurés et marqués, afin d'apprendre, par leurs déplacements, les
effets de l'érosion dans les conditions naturelles d'écoulement de l'oued.
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Fig. I. — Carte d'orientation.
1. L'aire du bassin hydrographique du Nahal Zine contrôlée par la station d'observation du
Maalé Akrabime (l'aire contrôlée par la station du Maavare Zine incluse). — 2. L'aire contrôlée
par la station du Maavare Zine. — 3. Limite du bassin hydrographique du N. Zine. — 4. Station
météorologique. — 5. Station d'observation d'entraînement des cailloux.
Stations d'observation
Le bassin hydrographique du Nahal Zine (auparavant nommé Wadi
Fukra) se trouve dans la partie orientale du Néguev septentrional (fig. 1).
Sa forme est celle d'un rectangle, orienté en général du SO vers le NE,
conformément aux lignes structurales de la région (Amiran 1951 ; Picard
1951 ; Nir 1958). Du point de vue climatologique, le bassin fait partie du
domaine aride, car la majeure partie de son étendue reçoit en moyenne moins
de 100 millimètres de pluie par an (Atlas ďlsrael, feuille 2/IV). ANNALES DE GÉOGRAPHIE 10
Ce bassin hydrographique comprend le plateau d'Ovdate à ГО, la vallée
de Zine au centre et les chaînes anticlinales asymétriques de Hazera et
Hatira à ГЕ. Son étendue totale atteint 1 460 km2. Nahal Zine commence
près de Mitspé Ramone, à une altitude d'environ 900 m, et il se jette dans
la playa qui s'étend au S de la mer Morte, à une altitude de près de — 370 m
au-dessous du niveau de la Méditerranée (le niveau de la mer Morte étant
de — 395 en 1962). Le bassin est constitué, en général, par des roches sédi-
mentaires marines (Bentor et Vroman 1951). Les roches résistantes à l'éro
sion (dolomite, calcaire dur) affleurent sur le plateau d'Ovdate et sur les
versants des chaînes de Hatira et Hazera. Dans les parties basses du bassin
— dans la vallée du Zine et dans les boutonnières des fonds des makhte-
chimes (= « brays »), ce sont les roches tendres, parfois d'origine continent
ale, qui affleurent (marnes, craie et grès nubien).
Une station d'observation qui a fonctionné en permanence pendant les
deux saisons pluvieuses 1960-1961 — 1961-1962, a été établie au Maavare Zine
(= « Passage de Zine »), près de Sdé Bokère. La partie du bassin hydrogra
phique du Nahal Zine à l'amont de cette station couvre 334 km2. Presque
tout le débit passant par cette station provient du plateau d'Ovdate.
La seconde station d'observation a été établie au pied de l'escarpement
du Maalé Akrabime (= « Montée des scorpions ») ; elle reçoit le débit d'une
aire s'étendant à 1 210 km2. Cette station a dû être abandonnée en raison
de difficultés budgétaires.
La méthode de mesure
Les stations d'observations ont été établies de manière à être d'un accès
facile, mais en même temps dissimulées à l'écart des pistes en usage. Une série
de galets de calcaire dur, prise dans le voisinage, a été posée sur le lit, allant
d'une berge à l'autre, perpendiculairement au sens de l'écoulement. Une fois
les données des galets (longueur, largeur, épaisseur) déterminées, chaque
galet fut marqué à la peinture à l'huile, selon la série à laquelle il appartenait,
et numéroté d'après la place qu'il y occupait. La longueur des galets choisis
variait de 50 à 250 millimètres, et la distance entre deux galets voisins fut
de 30 centimètres. Les galets furent posés par séries de 9 galets, allant de
la plus petite taille à la plus grande. Les mesures, dont le nombre total s'éleva
à 9, furent prises après chaque averse importante.
Ce fut seulement un an après le début des observations que l'auteur
reçut le résumé polycopié de l'exposé de L. B. Leopold, communiqué en
octobre 1961 à Rome (Miller et Leopold 1961) ; les méthodes qui y sont
mentionnées sont proches de celles employées par nous. Nous n'avons pas
envisagé des observations à l'aide d'isotopes radio-actifs (dont les inconvé
nients et avantages ont été traités par Tricart (Tricart 1961 B). Nous avons
pris connaissance des travaux utilisant la méthode lumniphore seulement au
cours des observations (Jolliffe 1961). DANS LE NÉGUEV SEPTENTRIONAL II L'ÉROSION
LA STATION AU PIED DU MAALÉ AKRABIME,
COORDONNÉES 1628/0328
I. L'établissement de la station
La station a été établie le 10 octobre 1960, environ 600 m à Г О de la
piste Maalé Akrabime-Hatseva, à une altitude de 15 m au-dessus de la
Méditerranée (410 m au-dessus du niveau de la mer Morte). A cet endroit, le
fond du lit est relativement plat, ayant une largeur de 36 m. Quatre-vingt-dix
galets, tous numérotés et peints d'après la méthode indiquée ci-dessus, ont
été posés (PI. I-A). De plus, la coupe du fond du lit a été dressée (fig. 2).
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Fig. 2. — Coupe transversale dans le lit du Nahal Zine, au pied du Maalé Akrabime.
1. Aire de la coupe, agrandie entre 10.10-7.11 1960. — 2. Aire de la coupe, diminuée à cette
même époque.
2. Les pluies de début novembre I960
De fortes pluies tombèrent sur tout le Néguev septentrional, les premiers
jours de novembre 1960. A Ovdate sont tombées, les 2-3 novembre, 5,6 mm
de pluie, et Sdé Bokère reçut, le 2 novembre, une quantité de 5 mm1. Aux
endroits plus proches de la station d'observation, les quantités de pluies
furent encore plus élevées : Maalé Akrabime 12 mm, carrefour Orone-Maalé
Akrabime 27 mm. Des quantités supérieures furent mesurées dans la partie
septentrionale du bassin du Nahal Zine, qui n'intéresse pas notre station
(Petit Makhteche 31 mm) 2.
3. Le débit
Le Service Hydrologique a mesuré, grâce à son instrument de jaugeage,
situé près de la station d'observation, une crue comptant parmi les plus
1. Archives du Service Météorologique, Ministère des Transports.
2. Lettre de M. N. Rosenan du 13-11-1960. 12 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
puissantes mesurées à cet endroit : 63,7 m3/s. Le débit pendant cette période
a été le suivant1 :
Débit total en m3 Date Heure Débit m8/s
12,30 Début de l'écoulement 3-11-1960
13,00 0,475 3 348 13,30 0,181
14,00 0,298
5,770 19,00 — 20,00 1,214 24 840
21,00 0,357
4-11-1960 00,00 Début de l'écoulement
01,30 0,357
04,30 5,155 694 500 a 06,00 63,700
11,00 0,240
15,30 Sec
4. Le déplacement des galets
Aucun des 90 galets posés le 10 octobre ne fut retrouvé en place le
7 novembre, quand la station fut visitée à nouveau. La recherche des galets,
effectuée par 4 chercheurs jusqu'à une distance de 600 m vers l'aval du
cours, n'a permis de retrouver que 4 galets. On peut supposer que le reste a
été enterré par les alluvions, car même les galets retrouvés étaient partie
llement enterrés.
Le déplacement des 4 galets retrouvés s'établit comme suit :
D A В G
Distance Indice Longueur Distance Numéro de la rive droite Déplacement С de la rive en m du galet en m du galet en mètres en mm В (7-11-1960) (10-10-1960)
4 8,4 6 150 75 500
17 270 8 4,6 230 62,6
10 9 5 245 60,8 250
16 28 560 7,3 170 95
Le nombre des galets retrouvés est insuffisant pour un traitement sta-
1. Archives du Service Hydrologique, Ministère de l'Agriculture.
2. D. H. K. Amiran (Amiran 1951, p. 116) signale une crue avec un débit supérieur à
600 m3/s le 13-5-1945, près de son embouchure dans la mer Morte. DANS LE NÉGUEV SEPTENTRIONAL 13 L'ÉROSION
tistique des processus érosifs. Néanmoins, on peut noter quelques faits remar
quables :
a. La distance de déplacement se trouve, dans 3 des 4 cas, dans un rap
port inverse à la longueur des galets.
b. La composante du mouvement latéral a une tendance nette, dans la
totalité des cas, vers le centre du lit.
c. L'emplacement du galet, c'est-à-dire sa distance du centre du lit,
joue un rôle important. Le galet n° 16, qui fut deux fois plus éloigné de la
rive droite que le galet n°6, a traversé 95 m, alors que le galet n° 6 n'a été
déplacé que de 75 m, bien que le premier soit plus long de 20 mm.
d. L'auteur a essayé de déterminer Y indice d'entraînement comme étant
le rapport entre la distance parcourue par le galet et la longueur même du
galet, exprimé en millimètres. Dans le cas étudié, la valeur maximale fut
de / = 560, c'est-à-dire que, sur chaque mm de longueur d'axe, le galet a
été déplacé de 560 mm. Le nombre des galets retrouvés étant très restreint,
on ne peut conclure définitivement que les valeurs de cet indice soient une
fonction inverse de la longueur des galets, mais la table ci-dessus semble
pourtant l'indiquer.
5. Les changements du fond du lit
Des importants dans la configuration du fond du lit, engen
drés par cette seule crue, furent notés (fig. 2). L'aire de la coupe transversale
a perdu par l'érosion 30,550 m2 et a grandi par accumulation de 8 500 m2,
soit une diminution totale de 22,050 m2. Nous remarquons que les processus
d'érosion et d'accumulation ont été uniformes des deux côtés de la coupe.
On peut alors constater que sur un mètre linéaire d'écoulement, sur toute la
largeur du lit, 22,050 m3 de charge ont été enlevés. En moyenne, 0,630 m3
de charge a été enlevé sur chaque mètre carré le long de la coupe.
Une seule station d'observation ne peut bien entendu livrer un chiffre
caractéristique pour tout l'oued ; mais désormais c'est un chiffre représent
atif des forces érosives agissant au point d'observation étudié.
Le caractère de l'entraînement et de la déposition de la charge fine (sable
et petits graviers) témoigne d'une compétence de transport élevée, qui se
termina brusquement. Les langues de sable dans le lit se terminent par un
micro-talus raide, semblable à celui d'une coulée boueuse, témoignant à
notre avis d'un processus d'entraînement « en vrac » (Tricart 1961 .A).
6. Conséquences diverses
La force érosive des crues de ce genre et les dégâts causés aux routes,
voies ferrées, etc., sont évidents. La route Kfar Yerouham-Orone, gou
dronnée pendant l'été 1960, a été presque coupée par le Nahal Yirkëam (l'un 14 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
des tributaires du Nahal Zine qui conflue près de la station d'observat
ion). La force érosive, en se concentrant au débouché étroit de l'oued du
Makhteche Gadole, y a démoli la route jusqu'à la moitié de sa largeur. Ceci
malgré le bassin de drainage restreint du Nahal Zine, qui s'étend sur 48 km2
seulement.
LA STATION AU MAAVARE ZINE,
COORDONNÉES 1312/0280
1. L'établissement de la station
La station a été établie le 11 octobre 1960 au Maavare Zine, 300 màl'O
de la piste Sdé Bokère-Eyn Zike. La largeur du lit est, à cet endroit, de 6 m,
son altitude étant de 303 m au-dessus de la Méditerranée. Dix-huit galets de
calcaire y ont été posés, selon la méthode exposée ci-dessus (PI. I-B et II-A).
Dans la mesure où des galets furent enlevés par les crues, ils furent remplacés
par des galets de mêmes dimensions. Les résultats des observations ont été
récapitulés au tableau I.
2. Observations du 7 novembre I960
La planche II-B témoigne des changements engendrés par la crue du
3-4 novembre 1960. La comparaison de la planche II-B et de la planche II-A
prises au même endroit avant la crue, révèle des modifications sur la partie
droite (Sud) du lit : 11 galets y ont été entraînés (les changements mesurés
sur le fond du lit sont portés dans la figure 4). Au contraire, tous les galets
placés sur la partie gauche sont restés en place, bien qu'il y eut écoulement
en tourbillon autour d'eux. La profondeur maximale de l'eau est évaluée à
73 cm au centre du lit, au-dessus du galet 8. Nous remarquons la nouvelle
déposition du galet n° 9, le plus grand de tous, l'enterrement presque entier
des galets étant la règle.
3. Le rapport entre le déplacement et l'intensité des pluies
Le Service Hydrologique ne pouvant fournir les données relatives au
débit de cette station, l'auteur a dû chercher un paramètre permettant
d'exprimer les rapports entre le déplacement des galets et les facteurs hydro
météoriques. Les diverses formules d'écoulement en nappe {run-off), par
exemple celui élaboré par Thornthwaite (1953), ou l'analogie avec le système
d'écoulement de la région méditerranéenne voisine de Jérusalem (Rosenan
1957), ne sont pas applicables. Les données sur le rapport entre les pluies et
l'écoulement superficiel dans le Néguev sont très sporadiques et très diverses ,
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Fig. 3. — Rapport entre l'intensité journalière moyenne (à gauche) et absolue (à
droite) des pluies (en mm) et la distance totale d'entraînement des galets (en m)
à la station de Maavare Zine.
1. Les pluies à Sdé Boquère. — 2. Les pluies à Ovdate.

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