Où sont passés les Mésolithiques côtiers bretons? Bilan 1985-1995 des prospections de surface dans le Finistère - article ; n°1 ; vol.13, pg 5-30

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1996 - Volume 13 - Numéro 1 - Pages 5-30
Since 10 years, the development of field-walking prospecting in the department àf Finistère gives more and more sites of the middle and late Mesolithic periods and the idea of « costal Mesolithic » is contested. The main sites, which are recognized through density and nature of artefacts seem to settle on a line situated at about 20 km from the present coast. The neighbourhood of materials concurrencing flint seems to be determinant in this localization. Those materials are excellent tracers of populations movements, either to the interior, or to the sea- side, and permit to draw migratory saisonal deplacements.
During the late Mesolithic, using the ultramylonite of Mikaël, and the calcedoines of Le Clos, the ensemble of Mikaël-Le Clos is a good example of such a territory. It is precisely bounded and one can trace the echelonnement of flaking operations during the deplacements.
Le développement des prospections de surface dans le département du Finistère depuis une dizaine d'années a entraîné la multiplication des sites du Mésolithique moyen et du Mésolithique final. L'intérieur du département se garnit ainsi progressivement, ce qui remet en cause l'idée de «Mésolithiques côtiers» strictement inféodés aux ressources côtières. Les sites principaux, reconnaissables à la densité et à la nature du matériel qu'on peut y trouver semblent s'établir sur une ligne située à une vingtaine de kilomètres des côtes actuelles. Entre autres facteurs - situation topographique et position stratégique à proximité des axes de déplacement d'interfluves - le voisinage de matériaux concurrents du silex semble avoir joué un rôle déterminant dans cette localisation. Ces matériaux de substitution constituent d'excellents traceurs de déplacement des populations, tantôt vers l'intérieur, tantôt vers la côte, et permettent d'esquisser des territoires de migration sans doute saisonniers.
Au Mésolithique final, utilisant l'ultramylonite de Mikaël et les calcédoines du Clos, l'ensemble de Mikaël-Le Clos est un bon exemple d'un tel territoire. Il est parfaitement circonscrit et on peut y retracer l'échelonnement des chaînes opératoires de débitage au cours des déplacements.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1996
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Pierre-Louis Gouletquer
Olivier Kayser
Michel Le Goffic
Pierre Léopold
Grégor Marchand
Jean-Michel Moullec
Où sont passés les Mésolithiques côtiers bretons? Bilan 1985-
1995 des prospections de surface dans le Finistère
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 13, 1996. pp. 5-30.
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Gouletquer Pierre-Louis, Kayser Olivier, Le Goffic Michel, Léopold Pierre, Marchand Grégor, Moullec Jean-Michel. Où sont
passés les Mésolithiques côtiers bretons? Bilan 1985-1995 des prospections de surface dans le Finistère. In: Revue
archéologique de l'ouest, tome 13, 1996. pp. 5-30.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1996_num_13_1_1037Abstract
Since 10 years, the development of field-walking prospecting in the department àf Finistère gives more
and more sites of the middle and late Mesolithic periods and the idea of « costal Mesolithic » is
contested. The main sites, which are recognized through density and nature of artefacts seem to settle
on a line situated at about 20 km from the present coast. The neighbourhood of materials concurrencing
flint seems to be determinant in this localization. Those materials are excellent tracers of populations
movements, either to the interior, or to the sea- side, and permit to draw migratory saisonal
deplacements.
During the late Mesolithic, using the ultramylonite of Mikaël, and the calcedoines of Le Clos, the
ensemble of Mikaël-Le Clos is a good example of such a territory. It is precisely bounded and one can
trace the echelonnement of flaking operations during the deplacements.
Résumé
Le développement des prospections de surface dans le département du Finistère depuis une dizaine
d'années a entraîné la multiplication des sites du Mésolithique moyen et du Mésolithique final.
L'intérieur du département se garnit ainsi progressivement, ce qui remet en cause l'idée de
«Mésolithiques côtiers» strictement inféodés aux ressources côtières. Les sites principaux,
reconnaissables à la densité et à la nature du matériel qu'on peut y trouver semblent s'établir sur une
ligne située à une vingtaine de kilomètres des côtes actuelles. Entre autres facteurs - situation
topographique et position stratégique à proximité des axes de déplacement d'interfluves - le voisinage
de matériaux concurrents du silex semble avoir joué un rôle déterminant dans cette localisation. Ces
matériaux de substitution constituent d'excellents traceurs de déplacement des populations, tantôt vers
l'intérieur, tantôt vers la côte, et permettent d'esquisser des territoires de migration sans doute
saisonniers.
Au Mésolithique final, utilisant l'ultramylonite de Mikaël et les calcédoines du Clos, l'ensemble de
Mikaël-Le Clos est un bon exemple d'un tel territoire. Il est parfaitement circonscrit et on peut y retracer
l'échelonnement des chaînes opératoires de débitage au cours des déplacements.Rev. archéoi Ouest, 13, 1996, p. 5-30.
OU SONT PASSES
LES MESOLITHIQUES COTIERS BRETONS?
Bilan 1985-1995 des prospections de surface
dans le Finistère
Pierre GOULETQUER*, Grégor MARCHAND***** Olivier KAYSER**, et Michel Jean-Michel LE GOFFIC***, MOULLEC****** Pierre LEOPOLD****,
Résumé: Le développement des prospections de surface dans le département du Finistère depuis une dizaine
d'années a entraîné la multiplication des sites du Mésolithique moyen et du Mésolithique final. L'intérieur du
département se garnit ainsi progressivement, ce qui remet en cause l'idée de «Mésolithiques côtiers» strictement
inféodés aux ressources côtières. Les sites principaux, reconnaissables à la densité et à la nature du matériel qu'on
peut y trouver semblent s'établir sur une ligne située à une vingtaine de kilomètres des côtes actuelles. Entre autres
facteurs - situation topographique et position stratégique à proximité des axes de déplacement d'interfluves - le
voisinage de matériaux concurrents du silex semble avoir joué un rôle déterminant dans cette localisation. Ces
matériaux de substitution constituent d'excellents traceurs de déplacement des populations, tantôt vers l'intérieur,
tantôt vers la côte, et permettent d'esquisser des territoires de migration sans doute saisonniers.
Au Mésolithique final, utilisant l'ultramylonite de Mikaël et les calcédoines du Clos, l'ensemble de Mikaël-Le
Clos est un bon exemple d'un tel territoire. Il est parfaitement circonscrit et on peut y retracer l'échelonnement
des chaînes opératoires de débitage au cours des déplacements.
Abstract: Since 10 years, the development of field-walking prospecting in the department àf Finistère gives more
and more sites of the middle and late Mesolithic periods and the idea of « costal Mesolithic » is contested. The
main sites, which are recognized through density and nature of artefacts seem to settle on a Une situated at about
20 km from the présent coast. The neighbourhood of materials concurrencing flint seems to be déterminant in this
localization. Those materials are excellent tracers of populations movements, either to the interior, or to the sea-
side, and permit to draw migratory saisonal déplacements.
During the late Mesolithic, using the ultramylonite of Mikaël, and the calcédoines of Le Clos, the ensemble of
Mikaël-Le Clos is a good example of such a territory. It is precisely bounded and one can trace the échelonnement
of flaking opérations during the déplacements.
Mots-clés: Bretagne, Finistère, Epipaléolithique, Mésolithique, armatures, ultramylonites, grès lustrés,
microquartzites calcédonieux, phtanites.
Key-words: Brittany, Finistère, Epipaleolithic, Mesolithic periods, armatures, sand-stones,
calcedonian quartzites, phtanites.
I-fflSTOWQUE DES RECHERCHES taillées dans l'abri sous-roche de Kerbizien à Huelgoat
(Moullec, 1986), bien des éléments se trouvaient réunis
En 1 98 1 , la découverte du site du Drennec (Commana) pour formuler quelques questions nouvelles concernant
( 1) par M. Le Goffic (Le Goffic, 1 994) rénovait la problémat «le Mésolithique côtier breton». Au cours d'une confé
ique de l'occupation du centre de la péninsule armori rence réalisée à Morlaix fin 1983, l'évocation évent
caine au Mésolithique, déjà bien posée par les découvert uelle «route» par laquelle aurait circulé le silex trouvé à
es de F. Le Provost à Saint-Nicolas-du-Pélem (Le Roux, Kerbizien devait susciter la réaction d'E. Baudouin et P.
1975;LeRoux, 1985;LePage, 1994), si bien que lorsque J.- Jézéquel qui pratiquaient des collectes sur les communes
J. Mazurier signala à J.-M. Moullec la présence de pierres du Cloître-Saint-Thégonnec, Plourin et Saint-Thégonnec,
** **** * *** Centre Service Kerbriant. 74 de avenue Régional Départemental Recherche 29410 Aubert, de Bretonne LE l 'Archéologie, 94300 CLOÎTRE- de l'Archéologie, et VINCENNES. Celtique, SAINT-THÊGONNEC. Avenue B.R 1 des rue 814, Buttes du Général 29285 de Coèsmes, BREST de Gaulle, Cedex. 35000 29142 RENNES. LE FAOU.
*****28 rue du Manoir de Gaudon, 35770 VERN-SUR-SEICHE.
Manuscrit reçu le 15/04/1996, accepté le 24/04/1996. GouletquerP. étal.
puis la rencontre de P. Léopold et J. Le Jeune, et ainsi la Depuis 1993, les découvertes ainsi réalisées alimentent
constitution d'un petit groupe de prospection informel la Carte Archéologique par des fichiers qui comportent un
auquel devaient se joindre épisodiquement quelques jeu descriptif des collections, en plus des informations récl
nes gens de Morlaix et des environs. amées par le Service Régional de l'Archéologie. Ces des
Entre 1984 et 1988, ce petit groupe devait progressive criptifs insistent sur les matériaux utilisés, donnent les trois
ment garnir les communes du Cloître-Saint-Thégonnec, de dimensions des objets, ainsi que leur répartition dans une
Plougonven et de Plourin de toute une série d'indices et typologie simplifiée, le tout étant complété par le dessin
de sites parfois importants qui auraient pu suffire à illus des pièces retouchées. Avec pas loin de 500 références, si
trer la pénétration à l'intérieur de la péninsule des populat l'on intègre les découvertes anciennes répertoriées, nous
ions du Mésolithique, comme M.F. Dietsch l'a montré dans sommes en mesure de faire le point d'une problématique
son Mémoire de Maîtrise (Dietsch, 199 1), tandis que dans qui ouvre encore bien des perspectives de découvertes.
le même temps J.-M. MouÙec poursuivait l'exploration des Notre méthode est simple, car elle s'inspire de la collecte
communes voisines de Huelgoat. de loisir: parcourir les terres labourées et les chaumes à la
En présentant les problèmes posés par la prospection recherche des indices de présence que sont les pierres
des zones internes de la péninsule au Congrès des Socié taillées. Elle diffère cependant de cette pratique tradition
tés Savantes de Strasbourg (Gouletquer, 1991), il devenait nelle en ce sens que nous recommandons aux observat
pourtant évident que la prospection «de loisir», même sui eurs de limiter l'échantillonnage, dans la mesure où nous
vie par un chercheur professionnel, ne suffirait pas à assu avons démontré à plusieurs reprises que les données sta
rer la couverture des zones géographiques concernées par tistiques ne varient guère au-delà de quelques centaines
les problématiques nouvelles. C'est à partir de cette prise d'objets. En limitant le surexploitation des sites, nous libé
de conscience que furent mis sur pied à partir de 1989 les rons de l'énergie et du temps qui peuvent être consacrés à
séminaires de terrain «Le Mésolithique en Basse-Breta l'extension des zones prospectées. D'un autre côté, à l'ob
gne», dont le but est triple: stimuler la prospection concer servation méthodique des parcelles, nous avons depuis
nant les industries lithiques dites de surface, assurer plusieurs années ajouté la prospection raisonnée, qui nous
conduit à vérifier des hypothèses de localisation en foncl'échange entre chercheurs professionnels et bénévoles
et constituer des ateliers pédagogiques où chercheurs et tion d'une typologie désormais éprouvée: les gens du
Mésolithique - ou des Mésolithiques - ne s'installaient néophytes pourraient trouver la formation désirée. Instal
lés dans les régions de l'intérieur du Finistère dépourvues pas n'importe où, et il est relativement facile de localiser
d'indices du Mésolithique, ces stages de prospection de sur une carte au 1/25000 les sites probables. Surtout au
vaient bientôt confirmer que les zones réputées pauvres cours des stages de prospection collective, cette méthode
reflétaient l'absence d'observateurs et non une quelcon présente l'avantage de vérifier rapidement si une zone géo
graphique déterminée présente ou non des témoins repé- que réalité archéologique.
D'abord organisés aux frais des participants, ces sémi rables qui nous intéressent. Elle ne permet cependant pas
naires de terrain ont bénéficié à partir de 1992 de subvent l'économie de contre-vérifications, et nous nous gardons
ions du Conseil Général du Finistère et du Ministère de la bien de commenter les prospections négatives avant d'avoir
Culture, ce qui a permis de rationaliser la prospection et pratiqué ces contrôles.
d'améliorer les conditions pédagogiques et les échanges. Les résultats que nous proposons sont bien évidem
Ces rencontres ont été l'occasion d'un balayage rapide de ment à l'image de nos méthodes, imparfaits, très partiels et
grandes zones géographiques, à partir de Brasparts, puis ils peuvent paraître dérisoires par rapport aux immensités
de Châteauneuf-du-Faou et de Scaèr, les équipes de pros des terres impossibles à prospecter (d'après les statisti^
pecteurs de mieux en mieux formés étant appelées à répon ques de 1985 les terres arables représentent environ 59 %
dre localement à des problématiques de plus en plus préci de la superficie totale du département), et très légers face à
la valeur statistique des collections réunies au cours de ses, tandis qu'en dehors de ces rencontres la prospection
individuelle ou en petits groupes assure le suivi d'autres fouilles et sondages. Nous avons voulu rationaliser l'ob
secteurs géographiques. C'est ainsi qu'à partir de 1992 la servation de surface, et nous y parvenons dans la mesure
création de l'Association Tumulus des étudiants de l'UBO de nos moyens. Il est évident que d'autres méthodes, en
devait permettre la prospection méthodique du Léon occi particulier la réalisation de sondages dans les zones répu
dental, tandis qu'en marge de la vérification au sol des tées sensibles, apporteraient d'autres types de résultats.
prospections aériennes certains membres de la Société Mais ces méthodes sont hors de portée des moyens dont
d'Archéologie et d'Histoire du Pays de Lorient, regroupés nous disposons, et nous continuons à croire que pour
autour de D. Delaloy, B. Ginet et P. Lemétayer, assuraient longtemps encore en Basse-Bretagne l'observation de
surface aidée par les observateurs bénévoles restera le de nouvelles découvertes dans le sud-est du département.
C'est aussi dans cette mouvance qu'à la suite de son moyen le plus rapide et le moins onéreux pour aborder à
Mémoire de Maîtrise G. Marchand entreprit la prospection grande échelle les problèmes du Mésolithique. Dans une
des environs de Quimperlé (Marchand, 1990), relayant les perspective purement théorique de la méthode, notre dé
découvertes réalisées à Arzano par D. Tanguy (Tanguy, marche pourrait se situer en amont de pratiques plus tradi
1988). Aujourd'hui, c'est près d'une centaine d'observa tionnelles, le choix de sites soumis à des campagnes de
teurs qui assurent régulièrement ou épisodiquement la sondages ou à des fouilles exhaustives répondant alors à
couverture du département du Finistère, parmi lesquels des problématiques géographiques clairement posées.
une bonne vingtaine de prospecteurs chevronnés (2). Lorsque nous ne disposions que de quelques sites, nous
(1) Les noms de sites sont indiqués en italiques, suivis entre parenthèses du nom de la commune la première fois qu'ils apparaissent dans le texte.
Lorsque le département n'est pas précisé, il s'agit de sites du Finistère.
(2) II est bien évidemment impossible de remercier nominalement tous ceux qui participent à cette recherche, ainsi que ceux qui la favorisent
par leur accueil ou les moyens mis à notre disposition. Pour être collective, notre reconnaissance n'en n'est pas moins sincère. Soulignons que
cette recherche n'a pu se développer qu'à partir du moment où le Département du Finistère et le Service Régional de l'Archéologie y ont
apporté leur appui moral et financier. mésolithiques côtiers bretons Les
Fig. 1: Collecte de galets sur l'Arvor Vili montrant la probable répartition des dimensions par zones. 1: entre l'étang de Kergalan et le poste de
secours de Ru-Vein; 2: entre le poste de secours et l'étang de Nérizélec (collectes des 5 et 15 Août 1994). En abscisse, longueur des objets; en
ordonnée, nombre d'objets. Au total deux heures de ramassage par deux prospecteurs confirmés représentent 498 galets, soit environ 40 kg.
Une vingtaine de mm sépare les deux pics.
pent à notre méthode et par conséquent à notre problématavions avancé l'idée que ceux-ci nous étaient révélés à
ique actuelle. Enfin, au fur et à mesure qu'avancent nos partir du moment où les labours profonds avaient très s
travaux, la multiplication de nos observations renforce érieusement endommagé les couches archéologiques.
considérablement leur valeur statistique. Aujourd'hui nous en avons acquis la quasi certitude. Avec
Au début de nos prospections, nous n'attachions que des labours de 25 à 30 cm de profondeur, les couches a
peu d'intérêt aux petits échantillonnages: quelques silex rchéologiques se trouvent dispersées, comme l'atteste sur
trouvés dans une parcelle isolée ne méritaient pas qu'on la plupart des sites répertoriés le mélange des vestiges
s'y arrête, et parfois nous ne les collections même pas. lithiques avec les blocs de quartz arrachés aux filons, les
C'est ce qui s'est produit lors de nos premiers séminaires traînées d'argile ou les échantillons des roches sous-
de Brasparts. Par la suite, nous avons réalisé qu'ils avaient jacentes. C'est aussi ce que nous avions montré lors des
leur importance, non pas tant par leur nature elle-même, sondages pratiqués naguère à Ty Nancien, Kervouyen et
que par leur place dans une structure élargie que nous Kergalan (Plovan). Par contre, lors d'études
cherchions à comprendre. Nous en sommes arrivés ainsi à planigraphiques fines, nous avons démontré aussi que les
établir des fichiers de découverte même pour de très petimouvements des objets sont relativement restreints, le va
tes séries, voire pour des objets isolés, sans toutefois leur et vient des travaux de surface tirant et déversant les ter
attacher un intérêt administratif exagéré en les dotant de res tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre (Gouletquer,
leurs références cadastrales. Lorsque la direction du Ser1972; Gouletquer et Léopold, 1991; Gouletquer et al, 1993).
vice Régional de l'Archéologie nous a demandé de livrer Sur les sites que nous suivons depuis longtemps, les con
des dossiers administratifs complets, même pour les décentrations visibles il y a cinq, dix, quinze ans ou plus sont
couvertes les plus modestes, nous l'avons fait volontiers, toujours à la même place et ont toujours la même configur
bien que cela alourdisse considérablement le travail de ation.
traitement des données. Cette exigence a cependant préCeci rejoint l'impression empirique que les prospecteurs
senté l'avantage d'attirer notre attention sur la place que les plus chevronnés retirent de leur expérience, l'idée que
les objets isolés peuvent tenir dans les structures archéol'importance relative des ramassages de surface est le
logiques. S'il fallait prendre une image simple, nous direflet direct de la hiérarchie des sites eux-mêmes. A con
rions que chacune des populations dont nous cherchons dition bien sûr que les collectes soient réalisées dans des
à comprendre le comportement a disséminé sur nos paysacirconstances comparables: il y a des sites très importants,
ges un «tas de cailloux». Notre problème est de comprenddes sites relativement importants, des concentrations mod
re la disposition de chacun de ces tas, et non de décider estes et des objets isolés, et cette hiérarchie répond à
à partir de quelle position de sa périphérie il commence. une logique d'occupation que nous devons tenter de comp
Pour cela nous devons localiser le plus possible de cailloux, rendre. et non effectuer des tris a priori. Bien entendu ceci n'empêche pas que des phénomènes
Ceci étant dit, nous reconnaissons volontiers que les plus complexes puissent apparaître: inversion de strat
petites découvertes ne présentent aucun intérêt administrigraphie sous l'effet du flux des terres, couches archéolo
atif, et nous verrions mal figurer sur un document de Plan giques préservées sous des alluvions, et autres cas de
d'Occupation des Sols la plupart de nos découvertes. figures que nous révèlent certains chantiers de fouille. Mais
ces circonstantes sont difficiles à détecter, elles Gouletquer P. et al.
H- GENERALITES borés sont des ultramicrolithes minuscules, exploitent de
grands galets, et les plus petits de ceux-ci se retrouvent
A -LES MATERIAUX sur les sites du Mésolithique final dont les microlithes ou
les pièces à troncature peuvent être grandes. Il semble
I - Le silex bien que pour toutes les cultures qui nous intéressent les
tailleurs prenaient ce qu'ils trouvaient, les canons de l'in
II y a peu de choses à dire à propos du silex qui n'ait déjà dustrie se calant sur les dimensions moyennes des galets
été dit: l'absence de craie à silex dans les formations géo disponibles, et se satisfaisant de la qualité de la matière
logiques du Massif Armoricain fait que les seules ressour première.
ces sont représentées par les cordons de galets littoraux. La longueur des lamelles entières comparée à la hauteur
Certains sites du Paléolithique supérieur, voire de l'Epipa- des nucléus montre que la perte est relativement faible
léolithique, comme le site de Lann-Gazel (Trémaouézan) (fig-3).
présentent cependant des échantillons qui proviennent Ajoutons que le silex est partout présent, même s'il se
manifestement de rognons bruts et non de galets, ce qui trouve en faibles proportions sur les sites d'exploitation
confirmerait qu'à l'époque correspondante les hommes de matériaux concurrents. Il demeure le marqueur principal
avaient accès à des affleurements aujourd'hui submergés. de présence et de déplacement, même si son importance
Par la suite, seuls les galets côtiers ont été utilisés, sauf au est sérieusement tempérée par l'usage systématique
Néolithique et peut-être à l'extrême fin du Mésolithique, d'autres matériaux. Dans un premier temps, nous avons à
lorsqu'apparaissent des silex d'importation. ce sujet préféré parler de «matériaux de substitution du
Une étude statistique des galets de silex de l' Arvor Vili, silex» plutôt que d'employer l'expression traditionnelle
collectés sur la plage de Plovan, permet de faire deux cons de «matériaux de remplacement» (Giot, 1995). Aujourd'hui
tatations. nous parlerons plus volontiers de «matériaux concurrents
D'une part, il semblerait que les dimensions des galets du silex» afin de mieux insister sur le rôle qu'ils tiennent,
varient selon les secteurs étudiés (fig. 1), ceci étant peut- au moins lors de certaines séquences de l'occupation pré
être à mettre en relation avec la provenance des galets et historique de notre secteur géographique. Au début de
avec l'histoire du cordon lui-même. nos réflexions sur les collections de la région de Morlaix,
D'un autre côté, contrairement à ce qui se passait lors nous nous étonnions du fait que la proportion de silex ne
que nous collections des silex en vue d'expériences de diminue pas proportionnellement à la distance à la côte,
taille, il ne semble pas que les hommes du Mésolithique pour faire progressivement place à des matériaux plus lo
aient effectué un choix dès la collecte sur les plages, si l'on caux. En fait, les apparentes anomalies se comprennent si
en croit la dimension des galets et nucléus rencontrés sur l'on admet que pour certaines cultures au moins, silex et
les sites. Nous avons déjà fait remarquer à plusieurs repri matériaux concurrents ont eu la même importance.
ses qu'on pouvait trouver, parfois fort loin des côtes, des
2 - Les matériaux concurrents du silex galets bruts ou testés de très petite taille, ainsi que des difficiles à exploiter à cause de défauts divers. A
Plovan et dans les environs, on peut dire que les sites Indépendamment de leur utilisation comme percuteurs,
proches de la côte reflètent la qualité des galets qui se retouchoirs, enclumes, etc., sur beaucoup de sites nous
trouvent au plus près. Même à très courte distance on reconnaissons l'utilisation anecdotique de matériaux lo
trouvera des sites d'où sont absents les grands galets ou caux, tels que quartz, grès, voire certains quartzites aux
les produits de débitage qui pourraient en provenir. Bien propriétés médiocres. Les matériaux de ce genre ont très
entendu cela demanderait à être confirmé par de nouvelles peu voyagé et présentent rarement une proportion nota
études statistiques, mais cela apparaît assez nettement si ble du matériel collecté. Nous nous posons toujours la
l'on compare de façon empirique les galets et nucléus du question de savoir si certains schistes n'entreraient pas
site de Kergalan à ceux de Corlan (Plovan) et que l'on dans cette catégorie, mais pour l'instant nous n'avons
met en parallèle les dimensions des galets trouvés sur la pas d'exemple convaincant de leur utilisation.
côte à proximité des deux sites. Bien que notre couverture du département soit loint d'être
Sur un total de 498 échantillons, 2 seulement dépassent homogène, nous avons de bonnes raisons de penser que
10 cm de longueur. On peut même dire que rares sont ceux nous avons fait le tour des principaux matériaux qui ont
qui excèdent 8 cm. La figure 2 compare la grande longueur donné lieu à une exploitation systématique et qui ont a
des galets de Plovan avec la hauteur des nucléus collectés ccompagné les populations dans leurs migrations. L'un des
dans le Finistère ces dernières années. Ces derniers sont arguments qui nous permet de l'affirmer est tiré des petits
bien entendus plus petits que les galets, la différence étant indices de présence. En effet, si ces matériaux se trouvent
de l'ordre de 25 mm, espace dans lequel s'intercalerait le en très fortes proportions sur les lieux d'exploitation et sur
diagramme d'épaisseur des premiers éclats de décorticage. certains sites, on les retrouve sous forme d'échantillons
11 est intéressant de noter qu'on retrouve dans la série de isolés, parfois fort loin de leur territoire d'origine, soit sur
nucléus les pics des trois grandes catégories de galets, à des sites plus ou moins importants, soit totalement isolés,
25, 3 1 et 43 mm rappelant ceux des 46, 54 et 68 mm des et toujours sous forme très élaborée (éclats ou lamelles par
galets. Les collectes anciennes de Kergalan, Kervouyen, exemple). Quoique discrètes, ces traces constituent des
Ty Nancien et Ty Lann (Plovan) n'entrent pas dans cette indices très sûrs de l'existence d'axes de circulation et de
étude. Elles préciseraient la catégorie des nucléus de gran sites plus importants sur lesquels se sont déroulées tou
des dimensions, dont la hauteur est supérieure à 40 mm. La tes les phases des chaînes opératoires de débitage. L'exemp
plupart des nucléus de très petite taille, inférieurs à 12 mm le est très clair pour les phtanites, peu représentées sur
sont des sur entames ou sur éclats. les sites de l'est du département, mais dont la distribution
Il ne semble pas qu'il y ait eu un choix spécifique de annonce de façon tout à fait claire une aire de production
grands ou de petits galets conduisant à de grands ou pet toute proche. Même si de grandes zones du Finistère de
its nucléus permettant eux-mêmes de tirer de grandes ou meurent inexplorées, il est peu probable qu'elles recèlent
petites lamelles. Même les sites du Mésolithique ancien de nouveaux types de matériaux dont nous n'aurions pas
de Kergalan et Kervouyen, dont les produits les plus su reconnaître les traces à quelques kilomètres de là. Les mésolithiques côtiers bretons
nucleus Finistère et galets de Plovan
40
'"■■»■■■■— ",y
20 40 60 80 100 120
Fig. 2: Comparaison entre les hauteurs des nucléus de silex du Finistère et la grande longueur des galets de silex collectés sur la plage de Plovan.
En abscisse, longueur des objets; en ordonnée, nombre d'objets.
lamelles Finistère et nucleus
nucleus
lamelles
20 40 60 80 100
Fig. 3 : Comparaison des longueurs des lamelles de silex entières du Finistère (longueur supérieure ou égale à deux fois la largeur) et des hauteurs
des nucléus de silex. En abscisse, longueur des objets; en ordonnée, nombre d'objets.
a) Les ultramylonites nilis) devait confirmer l'usage et le transport de cette ro
che, que nous allions rencontrer par la suite à Goazbizien
Les accompagnent les grands systèmes (Plourin-lès-Morlaix), avant d'en localiser un probable site
d'exploitation à Mikaël (Plougonven). Le site de Plourin- de failles hercyniennes du nord et du sud de la Bretagne.
Dans le Finistère, deux faciès ont été systématiquement Bourg, localisé par J. Le Jeune et celui de Glaharé
exploités. (Lannéanou) en comportent de fortes proportions, mais
on en trouvera l'utilisation jusqu'à Linglaëz (Plouyé) et Dans le nord-est du département, J.-M. Moullec avait
mis en évidence dans l'abri sous roche de Kerbizien Stéraon (Cleden-Poher) et des traces très discrètes jusque
l'utlisation d'une roche noire dans laquelle apparaissaient dans la vallée de l'Elorn, hMoulin-Penguilly (Bodilis).
des grains de quartz, et qui figure dans son rapport de La présence de blocs bruts, de grands déchets et de
fouille sous l'appellation de «microgranite». Les prospect grands éclats nous fait penser que le site de Mikaël se
ions d'E. Baudouin, P. Jézéquel et P. Léopold mettaient en trouve très proche d'un affleurement, c'est pourquoi nous
évidence son utilisation au Clos (Le Cloître-Saint- avons désigné ce faciès par l'appellation «ultramylonite
Thégonnec) et la découverte du site de La Presqu 'île (Bren- de Mikaël» (abréviation: ««m» dans nos inventaires), sans 10 GouletquerP. étal.
présumer bien sûr de la provenance réelle de tous les échant ciès rencontrés au Clos, dans lesquels la calcédoine do
illons. mine.
Dans le sud-est du département, G. Marchand a signalé Les quartzites et calcédoines du Clos montrent tout
pour la première fois l'utilisation d'ultramylonites sur le l'éventail de textures et de colorations entre des faciès
tout à fait comparables à ceux du Crann et de véritables site de Loc-Yvi à Tréméven, et pour l'instant nous nous
contenterons de cette localité éponyme. Les ultramylonites calcédoines, comme nous l'avons décrit lors de la
de Tréméven sont signalées par l'abréviation «ut» dans planigraphie d'une partie du site. La possibilité qui nous a
nos inventaires. Le site de Loc-Yvi n'a offert pour l'instant été donnée de prospecter en 1995 la parcelle voisine du
qu'une petite collection d'objets, et il faudrait de nouveaux site déjà publié nous a confirmé la présence d'un affleur
échantillonnages pour en confirmer la nature. Le feciès est ement de ces microquartzites calcédonieux et de leur exploi
tation. Nous sommes donc bien là sur une carrière. Certrès différent de celui deMikaël, la pâte gris-clair présen
tains faciès très particuliers, translucides et de coloration tant des traînées plus ou moins sombres, et les variantes
locales n'offrent pas toutes les mêmes qualités. verte ou rosé sont très caractéristiques et constituent d'ex
Certains faciès ressemblent beaucoup à des schistes, ce cellents marqueurs. Nous attribuerons, sinon au Clos, du
qui peut expliquer que les collections réalisées il y a quel moins au même secteur géographique, les calcédoines ren
ques années dans ce secteur n'en possèdent pas. Des contrées sur les autres sites de la région, en particulier
prospections de contrôle réalisées par la Société d'Archéol ceux de La Presqu 'île et de Kerbizien sur lesquels se r
ogie et d'Histoire du Pays de Lorient en confirment la econnaissent les faciès vert et rosé. Les quartzites de La
présence sur les sites signalés par D. Tanguy à Arzano. Forest-Landerneau se présentent en blocs massifs de plu
Les collections de G. Marchand en montrent à Pors Bali sieurs décimètres, ceux du Clos plutôt en plaquettes de
(Moèlan-sur-Mer) (Marchand, 1994), àKervoën (Clohars- quelques centimètres d'épaisseur, les faciès calcédonieux
eux-mêmes étant encore plus minces, ce qui limite la dCarnoët), à Lann Bricou (Locunolé), et les prospections
collectives réalisées dans le cadre de nos séminaires de imension des objets qu'on peut en tirer.
terrain en ont confirmé l'existence à Kercapitaine (Mellac), Nous avons décrit à Lézarzou (Plourin-les-Morlaix) un
à Cleun Beuz (Scaër), à Kerboudou et surtout à Créac 'h site d'exploitation d'une calcédoine de moindre qualité,
Miné Vihan (Saint-Thurien), où un important atelier de signalée par D. Maguet et J. Le Jeune. Ici les faciès
débitage peut être identifié, présentant toutes les caracté saccharoïdes sont absents, et les échantillons teintés de
ristiques d'un site proche du lieu d'extraction. rosé ou de vert sont rares. Au Cloître-Saint-Thégonnec, le
site dit Le Stop offre un très fort pourcentage de calcéD'une manière générale, les échantillons des deux types
d'ultramylonites s'altèrent très rapidement lorsqu'ils sont doine qui pourrait provenir du Clos ou d'un affleurement
exposés à l'air. Très foncés lorsque la cassure est fraîche, plus proche que nous n'avons pas pu détecter.
ils prennent alors des colorations grises parfois très clai La découverte très récente du site du Mésolithique
moyen de Guévroc à Ploudaniel par E. Dilasser et J.-M. res.
L'Haridon indique le voisinage d'un affleurement de
b) Les microquartzites calcédonieux microquartzite calcédonieux. On y trouve en effet plus de
80 % de ce matériau. La même formation pourrait fort bien
L'utilisation des microquartzites calcédonieux caracté avoir alimenté le site du Mésolithique final de L 'Ormeau
rise le nord du département. Ces roches peuvent résulter (Plabennec).
du métamorphisme d'un grès très fin au contact d'une Enfin, dans le sud-est du département on rencontre quel
zone de faillage par laquelle les venues hydrothermales ques échantillons d'une calcédoine assez terne dont cer
auraient induit une cimentation calcédonieuse, les gradients tains faciès ressemblent à de la meulière. Quelques beaux
de étant fonction de la proximité des vei éclats, voire des lamelles, écartent l'hypothèse qu'il puisse
nes, de leur durée et de leur intensité. On peut ainsi obser s'agir d'une «pollution» due à la proximité de moulins.
ver des microquartzites à l'aspect granuleux ou Ultramylonites et microquartzites calcédonieux sont as
«saccharoïde» et des calcédoines pratiquement pures, ainsi sociés aux grands ensembles nord et sud de la Bretagne
que tous les intermédiaires. (ChaurisetGarreau, 1983).
Nous reconnaissons au moins deux secteurs de product
c) Les grès lustrés ion, associés eux aussi aux grands accidents tectoniques.
Le premier est la moyenne vallée de l'Elorn, le second le
secteur sud-est de Morlaix. L'usage des grès lustrés est très répandu, et pour nous
Les quartzites dits de La Forest-Landerneau sont bien en tenir au Finistère, le site de Kervouster (Guengat) mont
connus depuis la découverte de leur utilisation par le Com- re que les affleurements de quelque importance ont pro
mandant Morel en 1927, leur redécouverte par B. Hallegouèt bablement décidé de l'implantation de sites du Paléolithi
(Giot et al, 1977) et la fouille du site du Crann (LaForest- que moyen (Monnier, 1980).
Landerneau) par J.-L. Monnier (Monnier, 1980). C'est ce Pour l'instant, nous situons deux grands ensembles d'uti
qui nous a conduits à désigner les quartzites de ce type lisation des grès lustrés au Mésolithique, l'un centré sur le
sous l'abréviation <</Z» sans préjuger de l'origine exacte Porzay, l'autre sur le secteur sud-est du département, mais
des objets. C'est probablement de la vallée de l'Elorn que faute d'en distinguer la provenance avec certitude, dans
proviennent les échantillons décrits sur le site du Drennec nos inventaires nous désignons les grès lustrés par l'abré
par M. Le Goffic, ceux collectés à Kerdilichant, viation générique «gl».
Kergavarec, Kerlizic (Guipavas) ou à Menez ar Ch 'Ion Aucun indice du Mésolithique ne nous est signalé à
(Dirinon) par l'Association Tumulus ou encore ceux que proximité de Kervouster, ce qui pourrait signifier que l'a
révèlent les collections d'A.-C. Escolano à Goazeuzen ffleurement a été oublié après le Paléolithique moyen. Il est
(Saint-Sauveur). Tout aussi logiquement on leur rattachera vrai qu'aucune campagne de prospection systématique
les quartzites signalés par le Docteur Le Hir dans les cou ne s'est intéressée à la région. A la suite des découvertes
ches d'occupation de la grotte de Roc 'h-Toul (Guiclan) et de J. Mornand à Kerninet (Saint -Nie) et Kervigen
ses environs (Le Hir, 1874). Le faciès caractéristique (Plomodiern), M. Le Goffic montre l'importance de ce der
«saccharoïde» est assez homogène, contrairement aux nier, qui représente un lieu d'exploitation de grès lustré Les mésolithiques côtiers bretons 11
sans aucun doute proche d'un affleurement. Les campag l'ouest de l'Aven semblent montrer l'absence ou la rareté
nes de sismique réflexion haute définition indiquent l'exis de ces roches, suggérant une solution de continuité avec
tence probable de formations tertiaires dans la baie de les exploitations du bassin de l'Odet. Nous sommes là dans
Douarnenez à une profondeur d'environ - 20 m, qui pour un secteur où toute la prospection reste à reprendre à part
raient correspondre à cet affleurement ( Augris et al. , 1 988) ir des indices repérés autrefois par Y. Le Moal.
(fig. 4). L'une des observations les plus intéressantes est
la présence à Kervigen d'échantillons possédant à la fois
le faciès «grès lustré» caractéristique et de la cornaline. d) Les phtanites
Cette association grès lustré-cornaline peut s'expliquer par
une floculation en milieu oxydant de silice colloïdale liée à Sur beaucoup de sites de l'est du département on trouve
une altération chimique des terres émergées voisines, ce quelques échantillons de phtanites, ce qui suggère des
qui paraît tout à fait possible au Tertiaire. La couleur rouge, contacts avec les affleurements de la région de Callac (Côt
révélant la présence d'hématite s 'expliquant par l'aridité es-d' Armor). Malheureusement la prospection de ce sec
du climat du Tertiaire ayant engendré ailleurs en Bretagne teur n'est pas encore réalisée, si bien que l'on ne dispose
de véritables latérites. pas de sites d'exploitation bien définis. Dans le Finistère,
Les grès lustrés de Saint-Nic et des environs ont très seuls les sites de Goariva (Plougonven) (12 %) et de
certainement alimenté les sites de la vallée de l'Aulne, l'im Steraon (14 %) offrent un pourcentage réellement signifi
portante concentration de Kernolen (Saint-Thois), mais catif, mais vers l'ouest on en trouvera quelques échant
probablement aussi les indices plus lointains de Cost- illons jusque sur les sites du Clos et de La Presqu 'île. Les
Foënnec (Châteauneuf-du-Faou), ou Penity-Saint-Lau- quelques indices relevés par P. Dizannou, associés aux
rent (Landeleau), voire le site de La Presqu 'île. affleurements de phtanites situés entre Plourac'h et
Il est plus difficile de leur rattacher les indices rencont Plusquellec (Côtes-d 'Armor) ne suffisent pas encore à lo
rés à Ty Nancien ou à Loscoat (Guengat) et à Kerzu (Quim- caliser de véritables exploitations. Les faciès sont suff
per) dans la basse vallée du Steir, qu'on verrait plus volont isamment variés pour que seuls certains affleurements aient
iers en relation avec le secteur de Kervouster. Quant aux été largement utilisés. Une campagne de prospection qui
forts pourcentages enregistrés à Koad Taël (Plomelin) par consisterait à visiter tous les affleurements signalés par la
J. Philippe, ils pourraient tout aussi bien être mis en rela carte géologique pourrait être envisagée.
tion avec la région de Saint-Evarzec, où P. Carrié relève Sur les sites où les phtanites sont présentes, on recon
jusqu'à 60 % de grès lustrés sur le site mésolithique an naît deux faciès caractéristiques. L'un d'une roche parfa
cien ou moyen de Kermorvan (Saint-Evarzec). Ici nous itement homogène, très noire, l'autre présentant des
nous trouvons peut-être dans l'aire d'influence des fo filonnets de quartz souvent bleuté. Ces faciès se taillent
rmations géologiques de Moulin-du-Pont (Pleuven). parfaitement. Il est difficile pour l'instant de dire si les deux
La proportion de grès lustrés rencontrée sur certains roches proviennent des mêmes formations. Dans les Côt
es-d' Armor, F. Le Provost signalait autrefois la présence sites du sud-est du département laisse soupçonner la pré
sence proche d'affleurements assez largement exploités, de phtanites à Kergoubleau (Saint-Nicolas-du-Pélem, Cô
qui auraient alimenté les sites de Kerboudou et de Pors tes-d' Armor) (C.-T. Le Roux, 1985), et D. Le Roy précise
Bali. Les prospections préliminaires de R. Le Floc'h à que leur proportion peut atteindre jusqu'à 50 %, ce qui
Fig. 4: Sismogramme en baie de Douarnenez montrant un ensemble sédimentaire meuble (sable) reposant sur le substratum rocheux. Le faciès
sismique intermédiaire (t) est attribué à des dépôts tertiaires (document IFREMER). -
«
12 GouletquerP. étal.
indiquerait la présence d'un site d'exploitation très proche MESOLITHIQUE RECENT
(renseignement oral).
e) Nombre d'objets, dimensions ou poids?
\\\ Très tôt dans notre démarche, le problème s'est posé
d'évaluer les proportions relatives des divers matériaux.
Dans la mesure où il s'agit de raisonner sur leur transport, 1 2 3 • 4 ^ 5 il eût été logique de donner la préférence aux études pon
dérales. Nous y avons renoncé parce que si le pesage est Beg an Dorchenn (6590 + 1 10 BP) La Presqu'île
tout à fait réalisable lorsqu'il s'agit de séries importantes, MESOLITHIQUE MOYEN
il devient vite surréaliste lorsqu'il s'agit d'analyser le con
tenu d'un carré de planigraphie, ou de petites séries, voire
des objets isolés. Comme par ailleurs l'étude des dimens
ions demeure indispensable, nous réalisons une écono
mie non négligeable en nous contentant de celle-ci. A part
ir de ces données, il est facile d'évaluer un volume théori
que pour chaque objet ou pour chaque ensemble, et il est
8 évident que les proportions entre les divers matériaux ne
varieront pas dans des marges importantes entre poids Quillien
réels et volumes théoriques. MESOLITHIQUE ANCIEN Sur un site donné, la comparaison du graphique des
volumes et de celui du nombre d'objets est intéressante,
car elle permet d'illustrer la présence dominante, pour cha
que matériau, de grands ou de petits objets, et par consé 10 11 12 13 "U 14 w 15 quent la position dans les chaînes opératoires. Cependant,
les séries sur lesquelles nous travaillons sont en général
trop petites pour que l'on puisse se permettre de bien ex
ploiter ces principes. Dans les fiches descriptives des si Toul an Naouc'h (8830 + 180 BP)
tes, nous nous contenterons par conséquent de juxtapos
er les graphiques, sans les commenter outre mesure.
16 17 18 19 20 B - OUTILLAGE ET ARMATURES
Le développement de la prospection à l'intérieur du dé
Kervouyen partement n'a pas révélé de différences majeures avec la
typologie des sites déjà répertoriés sur les côtes, ce qui
confirme la complémentarité entre sites côtiers et sites de
l'intérieur.
D'une manière générale la typologie de l'outillage est
peu variée, la catégorie des grattoirs étant à peu près la 25
seule représentée, avec quelques rares burins, et des
perçoirs plus rares encore. Bien qu'elles soient systémat 21
iquement dessinées, les pièces à retouches simples, voire Epipaleolithique 3 cm les pièces à coches, doivent être regardées avec beau
coup de suspicion dans ces collectes de surface: il n'est
pas rare de rencontrer des morceaux de verres présentant
des «retouches» tout à fait éloquentes. Si les séries issues
de sondages ont pu être soumises à des études statist
iques comparatives à partir de séries-types et de diagram Armatures
mes cumulatifs, il est hors de question d'appliquer celles- épipaléolithiques
ci aux collectes de surface. Aussi devrons-nous considé et mésolithiques rer les pièces culturellement et chronologiquement signifi 26 du Finistère catives - essentiellement les armatures - uniquement comme
des indices de présence, et rien d'autre. C'est là l'une des
limites imposées par la méthode, et si dans certains cas de
surexploitation de sites ou de planigraphie soignée les
échantillons significatifs ont pu être multipliés, cela ne
Roc'h Toul permet pas pour autant d'appliquer des principes statist
iques qui doivent être réservés à des collections réalisées
Fig. S: Tableau des armatures épipaléolithiques et mésolithiques en milieux clos.
rencontrées dans le Finistère. Le point indique l'armature domiLe tableau des armatures épipaléolithiques et mésolithi nante dans l'assemblage. 1: triangle scalène large; 2: trapèze asymétques rencontrées dans le Finistère situe la typologie des rique long; 3, 4: trapèzes symétriques courts (4, à troncatures con
armatures et leur position dans une grille chronologique caves); S: trapèzes symétriques à retouches inverses d'amincisse
ment; 6, 10, 16, 21: pointes à base naturelle; 7, 11, 17, 22, 26: sommaire (fig. 5). lamelles à bord abattu; 12, 18, 23: armatures Bertheaume; 21: trian
gle isocèle; 8, 13, 19, 25: triangles scalènes; 9, 15, 20: pointes à
base retouchée; 27, 28: pointes aziliennes.

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