Déséquilibre et modèles macroéconomiques - article ; n°4 ; vol.65, pg 3-43

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Économie & prévision - Année 1984 - Volume 65 - Numéro 4 - Pages 3-43
Déséquilibre et modèles macroéconomiques,
par Dominique Bureau, Didier Miqueu, Michel Norotte.
L'article étudie les liens entre les développements récents de la théorie du déséquilibre et la structure des grands modèles économétriques. Si la définition de l'équilibre en volume et la dynamique réelle justifient pleinement de considérer le déséquilibre comme fondement microéconomique de la macroéconomie, des problèmes de cohérence restent mal résolus pour des comportements importants : prix, tensions, équation de Phillips.
Disequilibrium theory and macroeconomic models, by Dominique Bureau, Didier Miqueu, Michel Norotte.
This paper is devoted to studying macroeconometric models in relation with recent developments of the fixed-price equilibria theory, in an attempt to find microeconomic foundations to macro-models. The fixed-price (or disequilibriums) approach proved to be well adapted for analysing quantity equilibria and real dynamics of macro-models, but remained of little help as regards the coherence of a few econometric equation in such fields as prices, tensions on output capacities, or wages through the Phillips curve.
41 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Dominique Bureau
Didier Miqueu
Michel Norotte
Déséquilibre et modèles macroéconomiques
In: Économie & prévision. Numéro 65, 1984-4. pp. 3-43.
Résumé
Déséquilibre et modèles macroéconomiques,
par Dominique Bureau, Didier Miqueu, Michel Norotte.
L'article étudie les liens entre les développements récents de la théorie du déséquilibre et la structure des grands modèles
économétriques. Si la définition de l'équilibre en volume et la dynamique réelle justifient pleinement de considérer le déséquilibre
comme fondement microéconomique de la macroéconomie, des problèmes de cohérence restent mal résolus pour des
comportements importants : prix, tensions, équation de Phillips.
Abstract
Disequilibrium theory and macroeconomic models, by Dominique Bureau, Didier Miqueu, Michel Norotte.
This paper is devoted to studying macroeconometric models in relation with recent developments of the fixed-price equilibria
theory, in an attempt to find microeconomic foundations to macro-models. The fixed-price (or "disequilibriums") approach proved
to be well adapted for analysing quantity equilibria and real dynamics of macro-models, but remained of little help as regards the
coherence of a few econometric equation in such fields as prices, tensions on output capacities, or wages through the Phillips
curve.
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Bureau Dominique, Miqueu Didier, Norotte Michel. Déséquilibre et modèles macroéconomiques. In: Économie & prévision.
Numéro 65, 1984-4. pp. 3-43.
doi : 10.3406/ecop.1984.3341
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecop_0249-4744_1984_num_65_4_3341Déséquilibre
et modèles macroéconomiques
Didier Miqueu Michel Norotte
Administrateur de l'Inséé, Administrateur de l'Inséé,
Ingénieur Dominique à Chargé la Direction de des mission Bureau de Ponts, la prévision. Direction de la prévision Direction de la prévision
Les lecteurs d'Economie et Prévision ne seront pas surpris
que le présent numéro soit réservé aux modèles macroéconom
iques. Ces derniers sont à la Direction de la prévision des
instruments importants et sa revue cherche, naturellement, à
les décrire en mettant en relief les hypothèses posées et les
résultats économiques obtenus.
Pourtant, en général, l'étude se limite au cas particulier
traité et la réflexion globale de fond n'est qu'à peine esquis
sée. Ici, au contraire, l'objet essentiel est cette réflexion qui
essaie de joindre, à un niveau concret, les modèles les plus
habituels et la théorie du déséquilibre, dont la version la
élémentaire est le modèle à trois biens.
Il n'y a certes pas révolution et les habitués de la lecture des
théories émergeantes et de leurs applications aux modèles ne
trouveront pas du «vrai» neuf dans le premier article. Dans le
second, l'exposé de la maquette fait progresser d'une façon
plus nette certaines idées et apporte une aide pédagogique.
Cependant, dans l'ensemble du numéro, les lecteurs non spé
cialistes découvriront sans doute des aspects qu'ils connais
saient peu ou mal leur permettant défaire des liens nouveaux
entre des acquis apparemment contradictoires et quelquef
ois incompatibles.
Il est habituel (cf. «Statistiques et études financières», nu
méro Hors-série 79, Muet), de qualifier de néokeynésiens les
macro-modèles en usage dans le monde, au rang desquels
figurent ceux de l'Inséé et de la Direction de la prévision.
L'adjectif signifie, qu'à part certains phénomènes relativ
ement mineurs que n'avait pas retenus Keynes, le modèle est
essentiellement une description économique qui égale l'offre
à la demande effective, cette dernière étant le butoir. Dans le
court terme, la plupart des économistes se sont ralliés à cette
position de Keynes. Dans le moyen et long termes, des doutes
sérieux ont été émis. Lorsque l'économie n'est pas dans une
crise de moyen ou de long terme, on peut parfaitement conce
voir que l'offre domine : la politique économique et financière
doit alors être conçue pour que la demande absorbe l'offre
qui, elle, est fonction des facteurs de production, de leur eff
icacité et du progrès technique intertemporel. de ce problème de la liaison court terme -moyen Au-delà
terme, intégré plus ou moins explicitement dans les macro
modèles existants, deux autres difficultés subsistent:
les fondements microéconomiques de la macro;
la compréhension rigoureuse des mécanismes des macro
modèles et notamment du chômage persistant.
Ces deux problèmes semblent pouvoir maintenant trouver
leurs solutions en utilisant la théorie du déséquilibre.
A partir de la microéconomie qui conduit à la théorie de
l'équilibre, le chômage durable ne s'explique pas ou mal:
puisqu'il y a équilibre (ou tendance à l'équilibre), le salaire
doit diminuer et l'emploi par suite augmenter ; le chômage
autre que passager ne peut être qu'un chômage volontaire et,
comme cela n'est manifestement pas le cas, la théorie est en
défaut.
Au contraire, avec la théorie du déséquilibre où les prix sont
fixés avant chaque période de marche de l'économie -il est
bien évident que nous sommes ici dans un schéma- des
queues se forment, des manques et des surplus apparaissent.
On arrive ainsi à montrer qu'outre le point d'équilibre wal-
rasien, on parvient à trois systèmes de fonctionnement : chô
mage classique, chômage keynésien, inflation contenue.
En outre, les auteurs montrent que la régulation keynésienne
de l'économie n'est pas incompatible avec l'approche oligopo-
listique de la formation des prix et la possibilité que la
courbe de demande perçue par les entreprises soit différente
de la courbe de demande réelle.
Ainsi, bien que certaines explications fassent encore défaut,
notamment le statut de la courbe de Phillips, la revue de litt
érature commentée, simplifiée et orientée que constitue le pre
mier article, permet à des économistes, qui n'ont pas besoin
de suivre toutes les avancées récentes, de mieux comprendre
comment on peut, tout au moins pour l'instant, envisager la
synthèse d'inconciliables apparents.
Le second texte illuste ce qui précède en montrant ce que
pourrait être un modèle empirique de déséquilibre. La ma
quette met bien en évidence plusieurs régimes possibles et
son caractère pédagogique permet de constater que son r
égime keynésien est identique à celui des modèles macroéco
nomiques standard. bagage nécessaire à tout macroéconomiste. Il est La modélisation macroéconomique quantitative a
connu un développement considérable en France donc apparu intéressant de consacrer un article
depuis une dizaine d'années. Les progrès qui ont à ce sujet. Son but est simplement de faire le point
été réalisés en ce domaine tiennent à trois facteurs sur l'apport du déséquilibre aux modèles macroéco
nométriques d'une façon essentiellement pédagogessentiels.
ique. Il vise à fournir un cadrage d'ensemble de
En premier lieu, le travail quotidien des équipes ces questions pour l'utilisateur, plus ou moins occa
ayant en charge les grands modèles macroéconomiq sionnel, des modèles afin que celui-ci puisse tenir
ues. En effet, l'utilisation systématique de ces out compte des développements actuels. Il est bien
ils, dont les trois aspects dominants sont la prévi entendu qu'on ne trouvera pas ici de revue de litt
sion, la confrontation des prévisions aux réalisations érature sur le déséquilibre, de nouveaux éléments
théoriques ou des estimations de déséquilibre des et l'analyse de variantes de politique économique,
a permis des améliorations substantielles dans le modèles actuels.
choix et la qualité des spécifications des diverses
équations. Très schématiquement, l'analyse des liens entre
déséquilibre et modélisation quantitative conduit à
Seconde source de progrès, cette évolution, peu plusieurs situations : dans un premier cas, la théorie
spectaculaire en elle-même, s'est trouvée accélérée, du déséquilibre apparaît explicative de la macro
économie usuelle et correspond bien à l'idée qu'il d'une part, par l'existence de plusieurs modèles
opérationnels et la concurrence entre équipes qui s'agit de fondements microéconomiques; dans un
en est résultée, d'autre part, par les résultats obtenus second, des écarts importants se révèlent entre les
dans l'analyse de la structure de ces instruments. deux approches, soit que le déséquilibre envisage
Les études correspondantes ont d'abord permis de des situations plus ou moins ignorées des modèles
mieux comprendre leur fonctionnement en repérant (ex. chômage classique), soit que les modèles intè
les interdépendances entre blocs déterminantes et grent aussi d'autres considérations.
en proposant des méthodes d'analyse de leur dyna
mique. Puis fut dégagé un standard représenté par La méthode suivie ici consiste donc simplement à
la maquette réalisée par Deleau, Malgrange et Muet passer en revue les différentes parties des modèles
qui fournit un repère aussi bien pour le choix des empiriques pour repérer les liens qu'ils entretiennent
spécifications que pour l'analyse des mécanismes avec cette théorie, les éléments homogènes de ce
des modèles. point de vue étant ensuite regroupés. Cette démar
che se caractérise donc par deux traits:
La troisième source d'amélioration provient des son point de départ est constitué par les modèles travaux sur les fondements microéconomiques de empiriques. Seuls les éléments théoriques les concerla macroéconomie qu'il est maintenant convenu de nant seront évoqués, nommer «théorie du déséquilibre». Comme il s'agit
de développements théoriques, leurs retombées sur la grille d'analyse est celle du déséquilibre. Bien
la modélisation quantitative pragmatique est néces que certaines références aux travaux sur la struc
sairement moins immédiate que pour les études ture des modèles soient proposées, on notera que la
précédemment évoquées qui avaient cette modélisat logique en est différente. Ainsi, les comportements
ion elle-même pour objet. Les premiers résultats sont regroupés en fonction de références microéco
ont d'ailleurs soulevé des problèmes spécifiques nomiques, ce qui est autre qu'une analyse en fonc
avec l'introduction de notions non traditionnelles tion d'interdépendances ou d'intégration dynamique.
(schémas de rationnement, mécanismes de report) De même, il n'est pas question d'établir un panora
et la nécessité de créer des méthodes économétri ma des modèles existants et ceux-ci ne seront pré
ques adaptées. Pourtant, l'influence de cette théorie sentés que pour illustrer ce qui est avancé dans le
est très importante et fait maintenant partie du texte. L'article est organisé en quatre parties, traduisant ses seront alors détaillés. Enfin, la quatrième partie
le statut des différents comportements vis-à-vis de traite d'éléments plus divers, introduits le plus sou
la théorie, à l'exception de la première qui rappelle vent très empiriquement : tensions, délais... Le pro
brièvement les éléments théoriques utilisés par la blème qu'ils posent ici est de savoir dans quelle
suite. La seconde partie traite des aspects keyné- mesure ces termes peuvent s'interpréter comme r
siens des modèles : il s'agit d'un thème maintenant ésumé des autres régimes de déséquilibre que le chô
bien connu. L'objectif sera donc simplement de mage keynésien et sont aptes à rendre compte du
préciser l'articulation avec la zone de chômage fait que la situation réelle se caractérise par un
keynésien du modèle à trois biens. La troisième mélange de régimes plutôt que par une pure situa
partie examine les équations de prix des modèles tion keynésienne. Une mention particulière sera
dont la référence microéconomique habituelle n'est faite pour la relation de Phillips dont le rôle est dé
pas le déséquilibre mais la littérature sur la concur terminant dans la caracterisation habituelle des
rence monopolistique. Les problèmes de cohérence modèles, opposant un long terme dit «classique» à
qui en résultent et qui se nouent sur la question du un court terme «keynésien».
statut de la courbe de demande perçue des Théorie du déséquilibre, brefs rappels
crées à un rappel du modèle microéconomique de La marché permanence du travail, de où déséquilibres règne une situation durables de sur chôle déséquilibre le plus simple, couramment appelé
«modèle à trois biens» et à un survol rapide des mage involontaire, est un phénomène majeur que la
théorie microéconomique classique ne peut appré techniques économétriques particulières à ce do
hender de manière satisfaisante. En effet, celle-ci maine de l'économie. La dernière partie présentera
suppose que les marchés sont équilibrés et que les brièvement les tentatives d'élargissement de ces
déséquilibres entre offres et demandes se résorbent modèles de déséquilibres par l'intégration d'effets
grâce à des modifications de prix relatifs. Dans dynamiques.
l'analyse théorique du chômage, il faut au contraire
expliquer pourquoi les prix et les salaires n'ont pas
joué ce rôle régulateur du marché du travail.
A côté de la théorie microéconomique classique,
incapable de retracer la réalité, une interprétation
Les fondements macroéconomique dont la référence est le concept
de demande effective (1) a tendu à s'imposer pro de la théorie du déséquilibre gressivement : l'emploi y est déterminé par le niveau
de la production égal à la demande, et cette der
nière peut s'avérer insuffisante pour permettre le
plein emploi. Ce schéma théorique, nous le verrons
La théorie microéconomique du déséquilibre fait dans la deuxième partie, est abondamment repris
appel à de nombreuses notions ou définitions nouvpar les modèles macroéconomiques.
elles qui ne sont pas toujours intuitives et que nous
allons préciser ici. Cette approche demeurée essentiellement macroéco
nomique, a reçu une impulsion nouvelle grâce aux
contributions importantes de C lower, Leijonhufvud,
notamment, qui ont permis de dégager un cadre
microéconomique assez général susceptible de re Les équilibres temporaires à prix fixés
présenter, de manière formelle et cohérente, les
phénomènes de déséquilibre. La formalisation plus
rigoureuse de leurs intuitions a par la suite été pro Les fondements théoriques essentiels ont été clairgressivement réalisée par de très nombreux auteurs ement exposés par Bénassy : le cadre de référence du parmi lesquels Barro-Grossman, Bénassy, ou modèle est celui des « équilibres temporaires à prix Malinvaud... D'un point de vue théorique, l'intérêt fixés», notion qui fait intervenir deux concepts majeur de l'ensemble de ces travaux apparaît dou précis : ble ; ils ont, d'une part, permis de jeter lien entre
la première référence est celle des équilibres tempordeux grandes branches de l'analyse économique,
qui s'ignoraient par tradition, la théorie microéco aires (Grandmont) qui s'oppose à l'analyse inte
nomique classique et la théorie keynésienne ; d'au rtemporelle classique des modèles d'équilibre général.
tre part, ils ont élargi l'analyse à d'autres régimes Dans ces derniers, les agents expriment sous la
forme d'offres et de demandes anticipées pour toutes de régulation économique que le chômage par in
suffisance de la demande, dit « keynésien », en intro les périodes actuelles ou futures, des plans d'emblée
duisant les concepts de chômage classique et d'in compatibles (il y a équilibres entre offres et demand
flation contenue pour ce qui est des modèles les es) à chaque période grâce à un système de prix
plus simples. L'ensemble de ces travaux est désor relatifs actualisés : dans ce cadre d'analyse, dès la
première période, l'ensemble des états futurs de mais regroupé sous le terme de «théorie du déséqui
l'économie, parfaitement déterminé, est figé (2). libre ». Leurs fondements seront l'objet d'un premier
Pour les modèles d'équilibre temporaire, les plans chapitre, les deux parties suivantes seront ment et s'avèrent donc incompatibles, un schéma agents dépendent toujours de leurs anticipations des de rationnement. est nécessaire pour définir les sur les états futurs de l'économie, mais celles-ci ne
quantités allouées aux différents agents. De la consont plus nécessairement cohérentes, l'équilibre
frontation entre les offres et demandes préalablen'étant alors assuré que pendant la période courante.
ment exprimées et les allocations, chaque agent La formation des anticipations est donc un élément
déduit les nouvelles contraintes quantitatives qu'il central de ces modèles : bien que l'accent ait récem
perçoit. Arrivé à ce point, une itération du procesment été mis sur leur possible rationalité, la prati
sus de tâtonnement est achevée et l'équilibre final que macroéconomique la plus courante considère
est alors un «point fixe» de ce tâtonnement. qu'elles sont autorégressives et ne dépendent donc
que des informations passées; .
Pour rester dans un cadre d'analyse simple, on sup
la seconde caractéristique est qu'il s'agit d'équili pose, enfin, qu'il existe un bien «monnaie» mais
bres à prix fixés alors que traditionnellement seuls que son rôle est réduit à celui de moyen d'échange
les équilibres où les prix étaient la variable d'aju et qu'il n'est pas susceptible d'être rationné: son
stement entre offres et demandes avaient retenu allocation est simplement le solde des échanges de
l'attention. Ainsi, tandis que dans les modèles chaque agent pour tous les autres produits et résulte
d'équilibre général, prix et quantités varient simul donc de l'identité comptable qu'est la loi de Walras.
tanément, les quantités seules peuvent se modifier
dans les modèles à prix fixés. Une première justif Une meilleure compréhension de ce schéma nécess
ication à cette rigidité des prix à court terme pourr ite de préciser les concepts théoriques utilisés, qu'il
ait être trouvée dans certaines études statistiques s'agisse des différentes définitions de demandes ou
appliquées aux entreprises qui concluent que la va des notions, plus nouvelles, de schémas de ratio
riabilité à court terme des prix est plus faible que nnement et de contrainte perçue-
celle de la production ou des stocks (3)... il est ce
pendant indéniable que si cette hypothèse de prix
Graphique 1 : le processus de tâtonnement par les quantités fixés peut déjà paraître restrictive sur données tr
imestrielles, au regard de l'observation des faits, elle
devient irréaliste sur données annuelles, périodici Demandes et offres té courante des modèles macroéconomiques. La des agents seconde justification est de considérer cette rigidité
des prix à court terme comme une hypothèse de
travail permettant de définir de manière relativ
ement simple (4) des équilibres par les quantités, Contraintes perçues par notion dont les développements théoriques s'avére les agents
ront extrêmement féconds.
Allocation entre les agents Si l'équilibre final est censé avoir un lien avec la
réalité des observations économiques, il ne faut
cependant pas oublier que le cheminement par l
equel cet équilibre est obtenu, est un processus abstrait
et atemporel dans la mesure où il est supposé se
réaliser instantanément à l'intérieur de chaque pé Demandes notionnelles et effectives
riode: il ne faut voir là qu'un ensemble de condi
tions techniques servant à établir l'existence et
l'unicité de l'équilibre final ainsi que sa cohérence Les offres et demandes de facteurs sont dérivées
avec les comportements des agents. Dans les mod selon la formalisation habituelle de la microécono
èles d'équilibre général, ces conditions techniques mie qui recourt à la maximisation d'une fonction
sont représentées par l'existence d'un «commissai- objectif sous contraintes quantitatives : cette fonc
re-priseur» qui détermine au fur et à mesure les tion-objectif est l'utilité dans le cas des ménages, le
prix relatifs afin d'ajuster les offres et les demandes. profit dans celui des entreprises. Une telle formali
Dans la définition particulière des équilibres à prix sation permet d'obtenir des fonctions d'offres et de
fixés que Bénassy a donné, l'équilibre est obtenu, demandes de facteurs, cohérentes entre elles, pour
sans intervention d'un tel agent extérieur, par un chaque agent et possédant des propriétés intéres
processus de «tâtonnement» décrit brièvement ci- santes : parmi ces propriétés, l'homogénéité des
après. offres et demandes, vis-à-vis des prix, est particu
lièrement importante (5) puisqu'elle implique que
Pour chaque bien autre que la monnaie, les demand seuls les prix relatifs sont à considérer.
es et offres des agents résultent de la maximisation
de leur fonction objectif en tenant compte des con Les différentes définitions de demande, notionnelle,
traintes qu'ils perçoivent sur les quantités. Si ces effective, etc. auxquelles se réfère la théorie du dé
offres et demandes ne s'équilibrent pas séquilibre, dépendent de la nature des contraintes intégrées dans le programme des quantitatives Une condition supplémentaire importante caractér
agents. Deux cas sont à distinguer (cf. tableau ci- ise la détermination des demandes effectives spé
dessous) : cifiques au tâtonnement décrit par Bénassy et peut
être techniquement présentée de la manière suivantlorsque seules les contraintes de budget et de fonc
e : s'il y a différents marchés i = 1... N, la détermition de production sont prises en compte par les nation de la demande effective d!un agent sur le ménages et les entreprises, les solutions des pr marché i est obtenue en intégrant toutes les conogrammes correspondants sont appelées offres et de
traintes quantitatives perçues sur tous les marchés mandes notionnelles : elles correspondent à la défi
excepté sur le marché i. Cette condition, qui peut nition habituelle de la microéconomie classique et
apparaître purement technique, a cependant un ne dépendent que des prix relatifs et non des quant contenu intuitif intéressant (cf. Grandmont, Drazen): ités ; en ayant ainsi la possibilité, sur chaque marché,
lorsque, aux contraintes précédentes, s'ajoutent d'exprimer des offres et demandes effectives violant
d'autres quantitatives, les solutions des la contrainte perçue sur celui-ci, les agents explo
programmes d'optimisation sont appelées offres et rent le degré de contrainte auquel ils sont soumis et
demandes effectives : elles dépendent éventuellement font donc circuler l'information le concernant. A
encore des prix relatifs, mais aussi de quantités qui l'inverse, si les agents n'avaient pas cette possibil
définissent les nouvelles contraintes prises en compte. ité, une des causes du chômage pourrait alors être
que les chômeurs n'ont pas le droit de rechercher
du travail.
Tableau 1 : la formation des demandes notionnelles et
effectives
Solution du Agent Programme de maximisation programme sous-contrainte
Rationnement et équilibre Fonction Contraintes
objectif par les quantités
Fonction de production Offres Entreprise Profit et demandes
Contraintes de budget \ notionnelles Ménages Utilité Lorsqu'il n'y a pas égalité entre le total des offres et
Profit Fonction de production Entreprise des demandes sur chaque marché, celle-ci ne s'ob
tient dans le processus de tâtonnement qu'en rationAutres contraintes Offres
quantitatives et demandes nant les agents les plus exigeants. Ces rationnements
Contrainte de budget effectives Ménages Utilité sont déterminants puisqu'ils définissent les contrainAutres contraintes tes quantitatives perçues par les agents pour foquantitatives
rmuler leurs nouvelles demandes effectives. Des
conditions techniques «raisonnables» sont impos
L'exemple simple de la détermination de la consom ées à ces processus de rationnement (cf. Bénassy).
mation des ménages permet de mieux cerner la dif
férence pratique qu'il y a entre ces deux concepts L'échange doit être volontaire: cette règle stipule de demande. Supposons que les ménages aient deux que l'on ne peut imposer à un agent ni d'échanger sources de revenus, des revenus non salariaux exo plus qu'il ne le désire, ni de devenir offreur s'il était gènes — sous la forme de dividendes ou d'encaisses demandeur (ou vice-versa). monétaires par exemple— et des revenus salariaux
dont le montant dépend évidemment du niveau Les agents qui se trouvent du «côté court» du marcd'emploi. Si les ménages réalisent leur niveau d'emp hé, c'est-à-dire les offreurs s'il y a excès de demanloi désiré, fonction du pouvoir d'achat du taux de de ou les demandeurs s'il y a excès d'offre... peuvent salaire et des paramètres de la fonction d'utilité, la réaliser leur plan. contrainte budgétaire n'intègre alors que ces mêmes
grandeurs ainsi que les revenus non salariaux:
Les allocations consécutives au rationnement doidans ce cas, la consommation des ménages dépend
vent être une fonction continue des demandes efuniquement du taux de salaire réel et des revenus
fectives. non salariaux. En revanche, s'il y a chômage, la
contrainte supplémentaire sur le marché du travail
Dans la pratique, il existe de nombreux schémas est intégrée au programme du consommateur : dans
théoriques simples de rationnement qui satisfont ce cas, la consommation des ménages dépend éga
aux conditions que nous venons d'énumérer: les lement des revenus salariaux (taux de salaire réel
rationnements proportionnels où l'on suppose que multiplié par le niveau de l'emploi).
les allocations respectent les parts de marché, les par queue où un ordre de priorité est Si l'on se replace au sein du processus de «tâton
nement» défini plus haut, il est aisé de voir que les imposé, a priori, etc. Dans le cas particulier, mais
contraintes quantitatives supplémentaires qui s'i fort développé dans les travaux théoriques (cf. pa
ge 1 1) où il n'y a que deux agents sur le marché, ntègrent aux programmes des agents proviennent des
l'un offreur et l'autre demandeur, il est aisé de véri- rationnements rencontrés sur les différents marchés. processus de rationnement à considérer est la règle fier que la seule règle compatible avec les critères
imposés ci-dessus est celle du minimum de l'offre du minimum des offres ou demandes. L'intérêt en
est alors la possibilité de procéder à une identificaou de la demande.
tion immédiate des « régimes de déséquilibre », c'est-
à-dire des configurations de rationnement des agents Comme tout équilibre microéconomique, l'équili
à l'équilibre par les quantités et ce, sans avoir à bre final du processus de tâtonnement correspond
exposer le déroulement complexe du processus de à une situation où les anticipations sont réalisées,
tâtonnement. Par souci d'en simplifier la présentatsi bien qu'aucun des agents n'éprouve le besoin de
ion, les calculs seront renvoyés dans l'annexe 1 rectifier ses offres et demandes effectives ; celles-ci
et seuls figureront ici les principaux résultats écosont toutes compatibles avec les contraintes perçues
nomiques. lors de la dernière itération et ne sont donc plus
modifiées. Alors que les itérations de tâtonnement
n'ont eu pour autre rôle que celui de faire « circuler
de l'information» sur les marchés, c'est seulement
à l'équilibre que les transactions ont lieu entre les Le comportement des agents
agents. L'équilibre est un équilibre par les quantités
entre offres et demandes effectives ; le cas particul
ier où les offres (et les demandes) effectives et no- Les prix du bien de consommation p et du travail
tionnelles sont identiques, est celui où le système de w étant fixes, les comportements des trois agents
prix relatifs exogènes est tel que, dès le départ, il sont les suivants:
ne se produit pas de rationnement : c'est l'équilibre
le consommateur dispose d'un encours nominal walrasien.
initial de monnaie mo et a une offre de travail exo
gène lo(7). Les arguments de sa fonction d'utilité L'unicité de l'équilibre par les quantités est une
sont la consommation en volume c et le stock d'enquestion importante mais, par nature, difficile et
caisses réelles m/p ; très technique. Ce problème a notamment été abor
dé par Laroque et Schultz grâce auxquels un résul la contrainte de budget du consommateur s'écrit
tat de portée assez générale a pu être établi : l'hypo alors :
thèse fondamentale assurant l'unicité est proche de
m0 + wl = pc + m = R (revenu) la condition macroéconomique, selon laquelle la
propension marginale à consommer, c, est inférieure
à l'unité. Un lien intuitif peut être fait avec le mult Si l'on exclut la monnaie, le consommateur exprime
iplicateur keynésien (1 + c + c2 + ...) dont l'exi donc une offre notionnelle de travail I = l0 et une
demande de bien de consommation c; il est alors stence est assurée par la même condition c < 1. En
susceptible d'être rationné sur ces deux marchés. effet, dans le cas du modèle à trois biens et si l'éc
onomie reste en chômage keynésien, on peut mont
rer qu'il y a quasi identité entre le multiplicateur L'entreprise maximise son profit n = pq — wl sous
keynésien et le résultat du tâtonnement par les la contrainte technique d'une fonction de product
quantités (cf. annexe 2). ion q = Al^ (0 < ft < 1) où le capital et la technolo-
logie sont rigides dans le court terme. Celle-ci offre
sur le marché du bien une quantité q et a une de
mande notionnelle de travail T qui ne dépendent que
du prix relatif w/p et des paramètres A et ft ; comme
le consommateur, l'entreprise peut être rationnée
sur ces deux marchés.
Le modèle à trois biens
Enfin, l'Etat a une dépense pg en bien de consommat
ion financée par création monétaire.
Le modèle à trois biens est un modèle d'équilibre à
prix fixés dont les fondements ont été exposés plus
Les trois régimes de déséquilibre haut. Par rapport au cadre très général de la théor
ie des équilibres à prix fixés où le nombre d'agents
et de biens est a priori quelconque, ce modèle simp
lifié se limite à ce qui est strictement nécessaire Plusieurs configurations de rationnement peuvent
se présenter selon que l'entreprise est contrainte ou pour étudier les fondements microéconomiques du
non sur son offre de production et sur sa demande chômage : il ne comporte que trois biens, le travail : 1,
de travail. Le consommateur étant le seul autre un bien de consommation : c, la monnaie : m (6), et
agent susceptible d'être contraint, sa situation est trois agents : l'Etat, le consommateur et l'entre
parfaitement symétrique de celle de l'entreprise. On prise. Une hypothèse simplificatrice supplémentaire
peut montrer (cf. annexe 1) qu'une situation où est enfin ajoutée, qui stipule que la demande de
l'Etat n'est jamais rationnée : dans ce cas, le seul l'entreprise aurait, à la fois, une offre productive et
10 '
I
1
tres structurels des comportements d'agents permet une demande de travail excédentaires est incohé
de déterminer dans lequel des trois régimes se trouve rente du point de vue de son comportement micro
l'économie. Dans cette version simple du modèle économique. Ne demeurent donc que trois configu
rations possibles de rationnement —trois régimes à trois biens, le régime de déséquilibre ne dépend que
de déséquilibre— comme le montre le tableau ci- des prix relatifs w/p et de la «demande autonome»,
d'origine non salariale, 0 mo/p + g (cf. annexe 1). dessous.
Plus précisément, le plan caractéristique des va
riables exogènes (w/p, 0mo/p + g) peut être séparé
Tableau 2: les trois régimes de déséquilibre en trois zones dessinées ci-dessous, qui correspon
(Situation de entreprise*) dent chacune à un régime particulier et dont l'inte
rsection commune est le point représentatif de l'équiMarché du bien Marché du travail
de consommation libre walrasien.
Entreprise Entreprise non
contrainte contrainte Schéma: les régimes du modèle à trois biens = lo
Demande autonome Impossibilité Chômage Entreprise A keynésien contrainte
Entreprise Inflation Chômage
non contrainte contenue classique
* La situation des consommateurs s'en déduit par symétrie. Chômage classique
Ceci introduit les régimes fondamentaux de la théo
rie du déséquilibre que sont le chômage keynésien,
le chômage classique et l'inflation contenue. Du
point de vue de l'entreprise, chacun de ces régimes
correspond à un mode particulier de détermination
de son niveau de production. Quand l'équilibre se
fait par les quantités, sa production est limitée soit
Ce schéma statique, très simple, peut servir de guipar les prix relatifs en vigueur et égale donc la pro
de pratique pour étudier les enchaînements éconoduction notionnelle (chômage classique), soit par la
miques capables de rééquilibrer le marché de l'emdemande à laquelle elle est confrontée (chômage
ploi. Il suffit de le compléter en introduisant des keynésien), soit enfin par les disponibilités en main-
«isoquantes» d'emploi, définies comme lieu des d'œuvre (inflation contenue).
points du plan (w/p, 0 mo/p + g) où l'emploi d'équi
libre est constant. chômage q : offre notionnelle
classique
Graphique 2 : isoquantes d'emploi et statique comparative chômage c + g : demande effective
keynésien q = Minimum 0 s- + 9
inflation Al{j : capacité de pro
contenue duction limitée par
l'emploi disponible.
Le terme de chômage classique s'applique donc à
une situation où, en raison du niveau du salaire réel,
les entreprises produiraient «à perte» au-delà du
seuil qu'est la production notionnelle; dans cette
situation, les ménages sont contraints sur les deux
marchés ; il y a chômage et leur demande de bien
n'est pas satisfaite. Le chômage keynésien corres
pond au cas où, avec un excès d'offre sur les deux
On peut alors, sur le graphique 2, illustrer simplemarchés, la demande effective détermine l'équilibre.
ment les effets sur l'emploi d'une manipulation des Enfin, l'inflation contenue est due à un manque de
instruments de politique économique que sont les facteurs de production : cette situation avec excès
salaires réels ou les dépenses gouvernementales, de demande sur les deux marchés est potentiell
l'enseignement principal de la théorie du déséquilement inflationniste, ce qui n'apparaît pas dans le
ibre étant que ces effets sont fort différents, voire modèle puisque les prix y sont fixés à court terme
contradictoires, selon le régime dans lequel se troumais justifie la terminologie «d'inflation contenue»
ve l'économie: utilisée. La situation particulière où aucun agent
n'est rationné est l'équilibre walrasien et correspond en chômage keynésien, tout ce qui accroît la de
à un système spécifique de prix relatifs w*/p*. mande accroît la production des entreprises et donc
l'emploi. Les deux instruments, hausse des dépens
Dans la pratique, la seule connaissance des varia es de l'Etat A g et du salaire réel A (w/p), sont eff
bles exogènes du modèle w/p, m/p, g et des icaces pour résorber le chômage;
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