Introduction à une étude métrologique des tuiles et briques gallo-romaines - article ; n°1 ; vol.5, pg 97-107

De
Revue archéologique de l'ouest - Année 1988 - Volume 5 - Numéro 1 - Pages 97-107
Après un rappel des textes anciens relatifs aux données métrologiques sur les matériaux en argile cuite dans le monde romain, la collecte des données archéologiques disponibles est décrite avec ses difficultés et ses limites. Avec pour base les 99 mesures inventoriées par Blanchet en 1920, c'est un ensemble de 564 données complètes dont nous disposons aujourd'hui.
Pour les briques carrées depilae, l'emploi de la paume comme unité de base est certaine. Pour les tegulae et les briques rectangulaires, une proportion générale de 4/3 entre la longueur et la largeur est mise en évidence avec peut-être une normalisation des modules, différente entre le nord et le sud de la Loire. Nous expliquons ce rapport 4/3 à partir de considérations anatomiques : rapport entre les dimensions du pouce et du doigt, ou de la main et de la paume. Les multiples façons d'obtenir des demi-modules pour les briques sont illustrées.
First, the roman works connected with the metrological aspect of the baked clay materials being recalled, we describe the collecting of the available archaeological data. Including the 99 measurements listed by Blanchet seventy years ago, we have today 564 complete data at our disposal.
The use of palm as a basic unit for the square bricks employed in hypocausts is attested. For the tegulae and the roman rectangular bricks, a mean 4/3 ratio appears between the length and the width of these materials. This ratio is explained from some anatomic units : inch with regard to digit, hand with regard to palm. Perhaps, standards are different between the north and the south of the river Loire. Illustration is given of the different manners to obtain half-modules for bricks.
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1988
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Louis Goulpeau
Introduction à une étude métrologique des tuiles et briques
gallo-romaines
In: Revue archéologique de l'ouest, tome 5, 1988. pp. 97-107.
Résumé
Après un rappel des textes anciens relatifs aux données métrologiques sur les matériaux en argile cuite dans le monde romain,
la collecte des données archéologiques disponibles est décrite avec ses difficultés et ses limites. Avec pour base les 99 mesures
inventoriées par Blanchet en 1920, c'est un ensemble de 564 données complètes dont nous disposons aujourd'hui.
Pour les briques carrées depilae, l'emploi de la paume comme unité de base est certaine. Pour les tegulae et les briques
rectangulaires, une proportion générale de 4/3 entre la longueur et la largeur est mise en évidence avec peut-être une
normalisation des modules, différente entre le nord et le sud de la Loire. Nous expliquons ce rapport 4/3 à partir de
considérations anatomiques : rapport entre les dimensions du pouce et du doigt, ou de la main et de la paume. Les multiples
façons d'obtenir des demi-modules pour les briques sont illustrées.
Abstract
First, the roman works connected with the metrological aspect of the baked clay materials being recalled, we describe the
collecting of the available archaeological data. Including the 99 measurements listed by Blanchet seventy years ago, we have
today 564 complete data at our disposal.
The use of palm as a basic unit for the square bricks employed in hypocausts is attested. For the tegulae and the roman
rectangular bricks, a mean 4/3 ratio appears between the length and the width of these materials. This ratio is explained from
some anatomic units : inch with regard to digit, hand with regard to palm. Perhaps, standards are different between the north and
the south of the river Loire. Illustration is given of the different manners to obtain half-modules for bricks.
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Goulpeau Louis. Introduction à une étude métrologique des tuiles et briques gallo-romaines. In: Revue archéologique de l'ouest,
tome 5, 1988. pp. 97-107.
doi : 10.3406/rao.1988.922
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rao_0767-709X_1988_num_5_1_92297
Re\>. archéol. Ouest, 5, 1988, p. 97-107.
INTRODUCTION A UNE ETUDE METROLOGIQUE
DES TUILES ET BRIQUES GALLO-ROMAINES
Louis GOULPEAU *
Résumé : Après un rappel des textes anciens relatifs aux données métrologiques sur les matériaux en argile cuite
dans le monde romain, la collecte des données archéologiques disponibles est décrite avec ses difficultés et ses
limites. Avec pour base les 99 mesures inventoriées par Blanchet en 1920, c'est un ensemble de 564 données
complètes dont nous disposons aujourd'hui.
Pour les briques carrées depilae, l'emploi de la paume comme unité de base est certaine. Pour les tegulae et les
briques rectangulaires, une proportion générale de 4/3 entre la longueur et la largeur est mise en évidence avec
peut-être une normalisation des modules, différente entre le nord et le sud de la Loire. Nous expliquons ce rap
port 4/3 à partir de considérations anatomiques : rapport entre les dimensions du pouce et du doigt, ou de la
main et de la paume. Les multiples façons d'obtenir des demi-modules pour les briques sont illustrées.
Abstract : First, the roman works connected with the metrological aspect of the baked clay materials being re-
called, we describe the collecting of the available archaeological data. Including the 99 measurements listed by
Blanchet seventy years ago, we hâve today 564 complète data at our disposai.
The use of palm as a basic unit for the square bricks employed in hypocausts is attested. For the tegulae and the
roman rectangular bricks, a mean 4/3 ratio appears between the length and the width of thèse materials. This ra
tio is explained from some anatomic units : inch with regard to digit, hand with regard to palm.
Perhaps, standards are différent between the north and the south of the river Loire. Illustration is given of the
différent manners to obtain half-modules for bricks.
Mots-clés : métrologie, tuiles et briques gallo-romaines, unités anatomiques.
Key-words : metrology, romano-gallic tiles and bricks, anatomic units.
C'est une banalité que d'annoncer l'omni-présence nées métrologiques concernant les matériaux employ
des matériaux d'argile cuite sur les sites gallo- és. Il suffit de feuilleter les informations archéo
romains. Généralement très fragmentées, les tuiles et logiques de Gallia pour constater que ce propos n'est
les briques constituent le matériel de base retrouvé pas exagéré, à quelques rares exceptions près, et que
par l'archéologue qui entreprend la fouille d'établi certaines photographies qui illustrent ces notices
ssements de cette époque. Cette omni-présence de montrent à l'évidence que ce ne sont pas les briques
vient même à la longue un handicap, en rendant trop et les tuiles entières qui font défaut. L'absence de
commune la découverte de ces matériaux, et quel a données sur les mesures de celles-ci est à verser au
rchéologue n'a pas un jour été tenté d'évacuer au tas crédit du seul désintérêt pour cette métrologie.
de déblais ces fragments pondéreux qui scellaient en Cette remarque ne date pas d'aujourd'hui et déjà,
couche continue, restes d'une toiture effondrée, le il y a plus de 60 ans, dans la Revue d'Archéologie
niveau "intéressant" d'habitation ? Cette entrée en (Blanchet, 1920), Adrien Blanchet, argumentant
matière paraîtra sévère, mais elle traduit indirect dans ce même sens, notait que les auteurs du Corpus
ement le désintérêt de la communauté archéologique Inscriptionum Latinarum (CIL) n'ont pas éprouvé la
pour les matériaux de construction. nécessité de donner les dimensions des matériaux i
Manifestement, l'intérêt se porte plus sur l'archi nventoriés pour leurs estampilles et marques.
tecture que sur la technologie des matériaux. D'où La situation tend actuellement à évoluer, mais une
une littérature archéologique qui ne laisse souvent nouvelle tendance, qu'on pourrait qualifier de "glo
rien ignorer de la dimension des pièces, de l'épais balisante", s'instaure, qu'il faudrait voir rapidement
seur des murs, du diamètre des colonnes, de la hau disparaître. Dire que, d'une part, la largeur des bri
teur des marches, de l'embrasure des fenêtres, etc., ques sur un site est comprise entre 24 cm et 29 cm et,
mais qui au contraire méprise superbement les d'autre part, leur longueur 29 cm et 36 cm,
' Maître de Conférence, Laboratoire d'Archéométrie, Université de Rennes I, 35042 Rennes Cedex. 98
c'est ne rien dire de précis. Faut-il comprendre que I - SOURCES ANCIENNES OU RECENTES les modules vont de 24 cm x 29 cm à 29 cm x 36 cm,
ou doit-on prendre en compte des matériaux de Les renseignements que nous fournissent les au24 cm x 36 cm et de 29 cm x 29 cm ? Dans ce cas, le teurs de l'antiquité sont à l'image de ce qui vient dernier de ces matériaux appartient à une catégorie d'être dit : de nombreuses données sur les différents différente (brique carrée pour pilette d'hypocauste ordres architecturaux ou les règles d'implantation, ou tetradoron selon la terminologie de Vitruve (voir mais finalement très peu de choses sur les matériaux plus loin)). Définir de la sorte les dimensions des composants. Comme de bien entendu, l'essentiel matériaux par une fourchette entre deux valeurs ex nous est donné par Vitruve (cité d'après l'édition par trêmes est on ne peut plus ambigu. Harvard Univ. Press) dans ses dix livres d'ArchitectDans ce même ordre d'idées, écrire que les pilae ure, mais les données sont tellement succinctes que d'un hypocauste sont montées avec des briques car nous pouvons nous permettre de les transcrire intrées au module 20 cm x 20 cm, c'est faire un à-peu- égralement.
près, car l'expérience montre l'extraordinaire disper D'abord, dans le Livre II, au chapitre III, 3, sion des valeurs effectivement mesurées sur les bri quelques brefs renseignements sur les trois modules ques d'une même pilette. Cette globalisation interdit principaux des briques utilisées à son époque : la l'emploi de ces données dans une étude métrologi- brique dite lydienne (1 pied 1/2 x 1 pied), la penta-
que sérieuse, d'autant que, comme nous le verrons doron (5 paumes x 5 paumes) et la tetradoron (4 pauplus loin, la valeur moyenne pour le module de ces mes x 4 paumes). carreaux est voisine de 21 cm x 21 cm (avec un écart- "Fîunt autem laterum gênera tria : unum, quod type de + 2 cm) et que beaucoup ne sont même pas graece Lydium appellatur, id est quo nostri utuntur, rigoureusement carrées. longum sesquipede, latum pede. Ceteris duobus Grae-
Se rendant d'ailleurs compte des dangers d'une corum aedificia struuntur ; ex his unum pentadoron, telle globalisation, certains auteurs ont récemment alterum tetradoron dicitur. Doron autem Graeci ap-
éprouvé le besoin de quantifier en plusieurs sous- pellant palmum, quod munerum datio graece doron modules les matériaux provenant d'un site donné. appellatur, id autem semper geritur per manus palC'est ainsi, par exemple, que Etienne et Mayet mum. Ita quod est quoquoversus quinque palmorum, (Etienne et al, 1971) ont défini 4 modules diffé pentadoron, quod quattuor, tetradoron dicitur, et quae rents, nettement séparés pour les briques de Belo sunt publica opéra, pentadoros, quae privata, tetrado- (Espagne), et que Le Bohec (Le Bohec, 1983) a dis ros struuntur. "
tribué en 10 sous-groupes, selon leur taille, mais "II se fait trois sortes de briques : la première est
aussi leur place et leur emploi, celles du castrum de celle dont nous nous servons, qui en grec est appelée
Jublains (53), ce qui le conduit d'ailleurs à des recou lydienne : elle est longue d'un pied et demi et large
vrements partiels (voir plus loin figure 8). Mais d'un pied. Les deux autres sont le pentadoron et le
même avec ces raffinements, cette habitude de glo tetradoron qui sont employées par les Grecs. Le pabaliser les données métrologiques devra être aban lme est appelé doron par les Grecs, parce que doron,
donnée car elle se traduit par une perte d'informat qui signifie un présent, se porte ordinairement dans ion et les résultats correspondants sont inutilisables la paume de la main, et ainsi la brique qui a cinq dans un contexte plus général (comme une compar palmes en carré est appelée pentadoron et celle qui aison entre sites ou la recherche de différences ré en a quatre, tetradoron. Les ouvrages publics se font gionales). Seules les mesures individuelles peuvent avec le pentadoron et ceux des particuliers avec le tetradoron." être prises en compte dans les traitements mathémat
iques. Il semblerait même, à prendre Vitruve mot à mot,
que seule la brique lydienne était utilisée par les Ro
mains alors que seuls les Grecs employaient les au
tres respectivement pour leurs édifices publics et pri
vés.
Ensuite, dans le Livre V, au chapitre X, 2, parmi
d'autres renseignements sur la manière de concevoir
et de réaliser les hypocaustes, deux informations
complémentaires sur la taille des matériaux emplo
yés : les bipedales (2 pieds x 2 pieds) pour la suspen-
sura et les besales (2/3 pied x 2/3 pied) les pilae.
"Suspensurae caldariorum ita sunt faciendae, ut
primum sesquipedalibus tegulis solum sternatur incli-
natum ad hypocausim, utipila, cum mittatur, nonpos-
sit intro resistere, sed rursus redeat ad praefurnium ipsa
per se ; ita flamma facilius pervagabitur sub suspen-
sione.
Supraque laterculis besalibus pilae struantur ita dis-
positae, uti bipedales tegulae possint supra esse conlo-
catae ; altitudinem autem pilae habeantpedes duo. "
"Le sol suspendu des étuves est établi de la manièr
e suivante : il faut premièrement faire un dallage Fig. 1 : Carte des sites de la Gaule romaine (au sens élargi) ayant
fourni des données métrologiques utilisées dans ce travail. avec des dalles de terre cuite d'un pied et demi qui 99
aillent en penchant vers le foyer, en sorte que, si
l'on y jette une balle, elle n'y puisse demeurer, mais
qu'elle retourne vers le foyer ; par ce moyen, la flam
me ira plus facilement sous le plancher. Sur ce dalla BRICHJES
ge, on établit des piles avec des briques de huit pouc pour [jjlettes es, disposées et espacées en sorte qu'elles puissent
soutenir des dalles de deux pieds au carré. Ces piles
auront deux pieds de hauteur."
Au passage, nous glanons deux renseignements
complémentaires : la hauteur des pilae est de deux
pieds et celles-ci reposent sur un sol légèrement in
cliné, dallé de carreaux de un pied et demi de côté
{sesquipedalibus tegulis).
C'est tout. Le reste constitue des redites et n'ajou
te rien. Il en va de même dans le Architectonicae
privatis usibus adbreviatis liber de M. Cetus Faven-
tinus qui plagie Vitruve au point d'en recopier int
égralement des phrases entières.
Pour avoir l'équivalent par rapport à notre système
métrique décimal, il faut se rappeler, d'une part, que
l'unité de base était le pied {Ipes monetalis = 1 pied
= 29,6 cm) et, d'autre part, que ce pied pouvait être
soit divisé à la manière grecque en 4 paumes de 4
doigts (1 palmus = 1 paume = 7,4 cm et 1 digitus = 1
doigt = 1,85 cm), soit séparé à la mode romaine en
12 pouces (1 uncia = 1 once = 1 pouce = 2,46 cm)).
Comme le précise Frontin dans son De aquae ducti
urbis Romae en XXIV, 4-5 :
"Est autem digitus, ut convertit, sextadecima pars
pedis uncia duodécimal
"Or, le doigt est, on le sait, le seizième du pied et
l'once le douzième."
Notons au passage que les traducteurs modernes Fig. 2 : Pointage dans le plan longueur/largeur des données mé-
trologiques concernant des briques pour pilettes. Au-dessus, his'entêtent à rendre palmus par palme alors que, la stogramme des dimensions ; le quadrillage est donné en paumes référence anatomique étant évidente (voir Vitruve (1/4 pied). II, III, 3), il faudrait traduire par paume, ce que nous
ferons ici. chet avait tenu à signaler quelques concordances auL'archéologie a permis de retrouver quelques rares tour d'un module 40 cm x 30 cm pour une dizaine de exemplaires de pieds romains qui portent sur leur matériaux du grand Ouest de la Gaule (Poitiers, St face supérieure la division en paumes et doigts et, sur Jean des Echelles, temples normands...), mais finune autre face ou même sur les deux faces latérales, alement rien qui puisse indiquer une normalisation la division en douze pouces. Mais sur ces pieds, de voulue. référence puisque utilisés par des artisans gallo- En ce qui concerne les imbrices, nous ne les avons romains, la précision n'a pas l'équivalent de ce que pas retenues pour la suite de ce travail, car il y a une nous attendons de nos instruments de mesure ambiguïté fondamentale dans la manière de prendre modernes. C'est ainsi par exemple que Grenier les mesures. Si la longueur ne pose pas de problème,
(Grenier, 1958) indique que l'exemplaire trouvé au pour la largeur, faut-il prendre la corde ou l'arc camp de Mirebeau-sur-Bèze a pour les différentes (largeur avant pliure) et, d'autre part, la forme générpaumes des longueurs qui oscillent entre 7,2 et ale étant plus tronconique que cylindrique pour fa
7,5 cm alors que, sur une autre face, celles des ciliter l'emboîtement lors de la pose sur la toiture, pouces vont de 2,35 cm à 2,6 cm. faut-il mesurer la partie large (bas de Vimbrex) ou la
partie étroite ? Ces différentes manières de prendre L'enquête générale la plus récente sur la métrolog
ie des matériaux de construction gallo-romaine est les mesures n'étant pas précisées dans l'étude de
Blanchet, les résultats correspondants sont inutilcelle menée par Adrien Blanchet (Blanchet, 1920),
où l'auteur recense les dimensions de 175 matériaux : isables pour les études ultérieures.
Pour pouvoir faire des comparaisons, signalons tegulae, imbrices, briques rectangulaires ou carrées
ou rondes ou semi-circulaires, tubuli, etc.. En fait, de enfin que certains auteurs allemands (Baatz und
nombreuses données sont inutilisables pour une véri Behrends, 1977) suivent une normalisation assez ar
table étude métrologique car soit incomplètes (la bitraire :
largeur seule, par exemple), soit globalisées (valeurs - format A : briques carrées de 20 cm x 20 cm
maximales et minimales). Finalement, nous ne re (3/4 pied x 3/4 pied),
tiendrons pour la suite que 99 données complètes, - format B : briques carrées de 29 cm x 29 cm
correctement énoncées : 32 tegulae, 31 briques rec (1 pied x 1 pied),
tangulaires et 36 briques carrées pour pilae. Mais, - format C : briques carrées de 36 cm x 36 cm
même avec pour seule base cet effectif réduit, Blan- (lpied 1/4x1 pied 1/4), 100
- format D : briques carrées de 59 cm x 59 cm A la différence du C.I.L., dans ces études, les dimens
ions des matériaux entiers figurent fréquemment et (2 pieds x 2 pieds),
- format E : briques rectangulaires de 44 x 15 cm sont donc utilisables.
Ceci nous a finalement conduit à une liste de 131 (1 pied 1/2 x 1/2 pied).
Cela couvre, pour les briques de pilae, les princi sites pour lesquels 564 dimensions complètes ont pu
pales dénominations rencontrées dans Vitruve : for être relevées, soit en moyenne un peu plus de 4 par
mat A pour besales, format B pour tetradoron ou pé site. Mais en fait, nombreux sont ceux qui ne fournis
sent qu'un seul matériau correctement mesuré et, dales, format C pour pentadoron et format D pour
bipedales. Par contre, comme nous le verrons, cette par contre, quelques autres sont particulièrement
nomenclature est totalement inadaptée pour les bri riches. La distribution de ces 131 sites, portée sur la
ques rectangulaires. De plus, l'emploi de cette nor figure 1, montre que le semis cartographique est as
malisation est un aspect assez sophistiqué de la sez régulier et couvre bien la totalité de l'aire de
tendance à une forme de globalisation signalée plus l'ancienne Gaule celtique au sens très élargi.
haut et est à proscrire en métrologie. Tout au plus Nous allons pouvoir maintenant commenter les ré
peut-elle permettre de ranger en grandes catégories sultats de cette enquête en nous intéressant success
les groupes de matériaux dont les mesures indivi ivement aux briques carrées pour pilae, aux tegulae
duelles doivent être précisées. Nous ne conserverons puis aux briques rectangulaires.
pas cette nomenclature, les noms d'origine se suffi
sant à eux-mêmes.
III - RESULTATS
II - LA COLLECTE DES DONNEES 1 - Les briques carrées pour pilae :
Sans rechercher un inventaire exhaustif des mesur Nous avons porté en figure 2 la totalité des me
es de tuiles et de briques disponibles dans la litt sures relevées sur des briques pratiquement carrées
érature archéologique, nous avons considérablement mais provenant toutes de structures en hypocauste
étendu la première enquête de Blanchet puisque, {pilae ou suspensura). Nous avons noté par un rond
pour l'étude métrologique qui suit, nous disposerons plein, de petite taille, les mesures isolées et par un
d'une base de 564 mesures complètes de matériaux : rond plein, de taille plus importante, les dimensions
183 tegulae, 161 briques rectangulaires et 220 briques rencontrées plusieurs fois. Cette figure appelle les
carrées. commentaires suivants : a) Pour cela, nous avons d'abord conservé les 99 a) Les résultats s'inscrivent sur une diagonale, ce
mesures complètes de l'étude de Blanchet en 1920. qui est normal pour des matériaux carrés (longueur =
b) Ensuite, nous avons systématiquement dépouillé largeur) même si, fréquemment, des écarts peuvent la totalité des informations archéologiques de Gallia exister. depuis leur première parution. Malheureusement, b) L'histogramme présenté au-dessus et le quadril
c'est par dizaines que des exemples de matériaux en lage au pas d'une paume soulignent tous deux la rétiers, avec parfois photographie à l'appui, remplissent gularité de la distribution des groupements observés.
les colonnes de Gallia, mais sans les dimensions dans Là aussi, il y a quelques exceptions, mais nous rla notice correspondante. Il est certain que l'effectif etrouvons bien des dimensions voisines de 3 x 3 pau
final eût pu être triple ou quadruple sans cette indif mes, 4x4 paumes, 5x5 paumes, 6x6 paumes et férence généralisée. Nous ne pouvons pas croire que 8x8 paumes. Nous n'avons pas cru devoir inclure le ces dimensions, lorsqu'elles étaient disponibles sur le module à 7 x 7 paumes car les quelques valeurs pro
terrain, ne figuraient pas dans les rapports de fouille ches sont dispersées (soit systématiquement trop fai
fournis par les archéologues à leur Direction des Ant bles, soit nettement trop fortes sans solution appa
iquités. Mais régulièrement, ces données figurent rente de continuité) mais celui-ci n'est pas à exclure parmi celles qui ont dû être sacrifiées dans le con a priori.
densé fourni par le directeur pour les notices de c) Nous retrouvons donc bien, pour reprendre la Gallia. Comme les rapports de fouille demeurent terminologie de Vitruve : bipedales, sesquipedales,
confidentiels, il est illusoire d'espérer récupérer au
jourd'hui ces données, sauf si par miracle, et ce n'est Scsint-Dizier (52) pas souvent le cas, elles ont été publiées dans l'une
des nombreuses revues archéologiques locales. Alors,
le problème est celui d'un dépouillement fastidieux
qui s'apparente à l'hypothétique recherche d'une
aléatoire aiguille dans une meule de foin.
c) Nous avons largement mis à contribution le f Rondes: ,018 ichier constitué par F. Le Ny lors de son enquête
préalable, pour ses mémoires de Maîtrise et de Di
plôme d'Etudes Approfondies sur les fours puis les
Carrée ateliers de tuiliers de la Gaule romaine.
d) Enfin, nous avons dépouillé, pour ce qui concer ////////// ///'S S ne la frange nord-est de la Gaule, essentiellement les
deux Germanies et la Rhétie, des études de synthèse
ou des inventaires d'estampilles légionnaires, publiés Fig. 3 : Schéma de constitution normale (selon la description de
soit en Hollande, soit en Allemagne, soit en Suisse. Vitruve, Livre V, ch. X.2) despilae et de la suspensura. '
101
soit faite sentir. Nous reviendrons sur ce problème
pentadoron, le il y nom a un même problème tetradoron de besales qu'il et va implique peut-être falloir un discuter. besales, rapport En mais de effet, 8/12 là, des demi-modules en III-4.
Au total, nous avons actuellement recensé : 121 (tout comme pour l'unité monétaire bes qui corres
pond à 8 onces, soit 8/12 d'un As), soit un module à besales 11 sesquipedales, (ou tridoron), 22 bipedales 45 tetradoron, et 7 briques 14 pentadoron, d'un mod
2/3 de pied ou, en système métrique, une dimension ule proche de 7 paumes au carré. Ces chiffres auproche de 19,7 cm (alors que 3 paumes correspon raient pu être artificiellement grossis puisque nous dent à 22,2 cm). Or, les valeurs se regroupent majori trouvons dans la littérature des multiples comme : tairement entre 20 cm et 22 cm, avec une moyenne
proche de 21 cm, soit à égale distance des deux solu à Vaison-la-Romaine, - 3 bipedales aux dimensions 62 cm x 62 cm.
tions possibles et, ce qui n'arrange rien, la dispersion
est importante, avec des dimensions allant de 18 cm
à 25 cm. L'histogramme montre bien la continuité de
à Vindobona, -- 55 72 3 13 bipedales sesquipedales besales tetradoron aux aux dimensions aux dimensions 20 56 30 cm cm 44 x x 20 56 cm x cm, 30 x 44 cm, cm, la distribution mais sans possibilité de trancher.
D'un autre côté, la logique interne du système,
avec un pas d'une paume, appelle un module de 3 x 3
paumes ou, pour extrapoler les dénominations de à Sables - 13 besales d'Or aux (22), dimensions 21 cm x 21 cm,
Vitruye, un "tridoron". Alors, besales ou tridoron, les et qu'à chaque fois nous n'avons retenu qu'un exempdonnées, même nombreuses, restent insuffisantes laire pour ne pas distordre les statistiques, d'autant pour trancher. que, dans le cas de Vindobona, les valeurs ont bien d) Ce qui renforce encore cette impression d'un l'air d'être arrondies en ce qui concerne les tetradosystème avec la paume comme unité de base, c'est ron et les besales. Le cas des matériaux de Sables l'existence de demi-briques. Sur cette même figure 2, d'Or est tout autre puisqu'il s'agit de mesures indivion peut enregistrer l'existence de demi-bipedales (un duelles et qu'à côté des 13 exemplaires cités plus exemplaire certain) et de éemi-tetradoron (3 exemp haut nous avons relevé :
laires assurés). On conçoit très bien que la nécessité
d'avoir des demi-dalles de suspensura le long des -- 3 1 exemplaires exemplaire aux dimensions 20 cm x 21,0 20,5 x 20 cm,
parois ou des demi-pilae engagées dans les murs, se
Les Andelys(27) Sables d'Or (22)
j
y s / / / / s y y
50cm
Guiry-Gadaucourt(78) Gièvres (38)
Fig. 4 : Quelques-unes des variantes observées en Gaule dans la constitution des pilae et de la suspensura. :
102
- 1 exemplaire aux dimensions 20 cm x 22,0 cm, n - 3 exemplaires aux 20,5 cm x 21,0 cm,
- 1 aux 20,8 x 21,3 cm,
- 1 exemplaire aux dimensions 21 x 21,3 cm.
Nous aurions pu ainsi multiplier les exemples de la
diversité des mesures relevées sur les briques prove 30 TUILES
nant de mêmes pilettes. 1 De toute façon, il est normal que ce soient les pet
its modules les mieux représentés puisqu'ils inte
rviennent en plus grand nombre dans les pilae où, de
plus, ils sont situés à la base et donc plus fréquem
ment retrouvés en place. Il est fort possible égal 20
ement que la probabilité d'être fractionnés en plu
sieurs morceaux croisse avec la taille des matériaux
bien que l'épaisseur, augmentant souvent avec celle-
ci, ait été un facteur agissant en sens contraire.
Avec tous ces différents modules, les possibilités de
10 combinaison pour l'élaboration des pilettes {pilae)
sont multiples et, par les quelques exemplaires comp
lets connus en Gaule, il est possible de constater
que le modèle simple décrit par Vitruve (une pila fai
te de besales, élevée sur 2 pieds de haut et suppor
tant une suspensura faite de bipedales, ce qui induit 0,5 1
un espacement de 2 pieds entre les pilae) a connu de
nombreuses variantes. Nous n'avons guère rencontré
qu'à "les Crasses" en St-Dizier (52) le prototype dé
crit par Vitruve et encore les pilae sont-elles cons-
'L (cm)
dominant briques truites Les 18,0 sorte Fig. avons (20 quelques 6 cm combinaisons Histogramme rencontré des écartements avec à de x 4/3. reposant exemples 20 chapiteaux modules des cm) des briques (figure sont en au entre fréquences pilae croissants figure qui sol variées pilae rondes de sur 3). supportent 4. du besales Partout une sont formant et rapport d'un nous besales coiffées assez L/l la ailleurs, 1.5 diamètre en avec suspensura. fréquemUV" classique donnons quelque un par nous mode des de
TUILES
ment inférieurs à deux pieds et la suspensura n'est
donc pas toujours réalisée avec des bipedales. C'est
par exemple le cas à Paris-"parvis de Notre-Dame",
où l'écartement entre pilae n'est que de 30 cm et
donc la suspensura a pu être réalisée en tetradoron ou
pédales. Ailleurs (Sables d'Or, 22 ; Chatellerault, 86),
l'écart est voisin de 44 cm et donc la suspensura réa
lisée en sespuipedales. D'un autre côté, la hauteur
sous suspensura est fréquemment proche de 60 cm,
donc des deux pieds recommandés par Vitruve, mais
on connaît des exemples où elle n'est que d'un pied
et demi, voire, exceptionnellement, de seulement un
pied.
2 - Les tegulae :
Nous avons porté en figure 5 les dimensions
(L = longueur et 1 = largeur) des 183 tegulae répertor
iées, en différenciant au niveau des symboles les
matériaux trouvés dans des sites civils au nord de la
Loire (ronds pleins) de ceux découverts au sud de la et dans des sites légionnaires (carrés pleins).
Cette limite, pour arbitraire qu'elle puisse paraître,
n'est pas quelconque car durant la collecte des don
nées nous avions traité séparément plusieurs sous- Fig. 5 : Pointage dans le plan longueur-largeur des données mé-
trologiques relatives aux tegulae. En-dessous, histogramme des ensembles et au niveau de la synthèse, c'est le choix largeurs : trait plein pour les sites civils au nord de la Loire avec de ces regroupements qui est apparu le plus discrimiun mode dominant à 1 = 1 pied = 4 paumes ; en pointillé pour les nant. sites civils du sud de la Loire et les sites légionnaires avec un mode
dominant à I = 4/3 pied = 4 mains. L'ensemble des points est distribué au sein d'une =
103
bande organisée autour de la droite d'équation dans le reste de la Gaule et 9 sites légionnaires.
L = 4 1/3, que nous avons matérialisée sur la figure. L'ensemble des points figuratifs s'inscrit dans une
L'histogramme des rapports L/l, représenté en figu bande autour de la droite L/l = 4/3. La recherche de
re 6, confirme cette proportion généralement obser la loi linéaire qui optimise cette relation de corréla
vée sur les tegulae en Gaule romaine, entre la lon tion entre la longueur et la largeur des briques rec
gueur et la largeur. Il montre également l'existence tangulaires nous conduit à une droite d'équation :
de quelques rares matériaux, fort éloignés de cette L : 1,366 1 - 0,558, avec un coefficien* de corrélation
norme puisqu'on trouve des rapports L/l depuis 1,1 égal à 0,936, soit encore meilleur que pour les tuiles.
jusqu'à 1,75. Et cependant, on observe sur cette figure 7 des
Si nous souhaitons traiter mathématiquement le points très écartés de la droite idéa.2. En fait, nous
problème autrement, nous rechercherons plus rigo verrons plus loin qu'il s'agit parfois de demi-briques.
ureusement la droite de corrélation de cet ensemble A ce propos, une remarque s'impose d'ailleurs sur la
de points représenté en figure 5. Nous obtenons une distinction à faire (qui n'est pas toujours faite ou
loi : L = 1,29 1 - 0,123, avec un coefficient de corréla notée dans les publications) entre les briques fabr
tion égal à 0,87, ce qui est excellent. La proportion iquées à une module volontairement moitié des bri
annoncée pour L/l comme égale à 4/3 est donc très ques entières du même site et les briques entières qui
voisine de la réalité (+ 3 %) et dans la gamme de pré ont été sciées pour ces mêmes emplois particuliers.
cision que l'on est en droit d'attendre d'artisans de L'observation attentive de la tranche des matériaux
l'antiquité, d'autant que la maîtrise des phénomènes permet pourtant de faire sans aucune ambiguïté la
de retrait, inhérents au séchage puis à la cuisson, distinction.
n'était peut-être pas totale. Par contre, nous n'observons pas comme pour les
Sur la figure 5, nous avons représenté en-dessous tegulae une nette tendance à une normalisation des
et séparément les histogrammes des largeurs pour les largeurs même si, toutes régions confondues, on peut
mêmes deux sous-ensembles (sites civils du nord de observer une densification du semis de points sur la
la Loire-sites du sud de la Loire et sites légionnair figure 7 au voisinage d'une largeur de 1 pied. Mais à
es), respectivement en trait plein et en pointillé. Il y l'évidence, les modules en Armorique romaine sont
a, à l'évidence, une très nette différence des modules, nettement plus petits que la moyenne générale :
tout au moins globalement, avec de rares exceptions. 1 = 27,1 + 2,7 cm contre 1 = 30,9 ± 5,0 cm pour Je reste
Pour les tegulae recueillies dans des sites civils de la Gaule. Les écarts-types, supérieurs ou égaux à
du nord de la Gaule, les valeurs moyennes sont : 10 %, donnent la mesure de la forte dispersion.
L = 39,2 cm et 1 = 30,2 cm, soit une normalisation,
évidente sur l'histogramme, des largeurs autour du
pied (29 à 30 cm). Mais si on veut bien y réfléchir un
peu, la technique même d'assemblage des tegulae sur
les toits, en lignes adjacentes parallèles selon la ligne
de pente (avec des imbrices comme couvre-joints), Briques 'A
implique à plus ou moins long terme, en cas de réfec
tion partielle ou de remplacement d'une tuile brisée,
une certaine normalisation des largeurs, au moins au
sein d'une aire géographique donnée.
La valeur moyenne de la largeur des tegulae au
nord de la Loire semble bien correspondre au pied
romain. Mais alors, à quoi correspond, dans la mét
rologie romaine, la longueur (4/3 pied = 1 pied 1/3),
dans un système, à cheval entre un système duodé
cimal et un système sextadecimal, qui connaît donc
comme divisions le quart de pied, le douzième de
pied et le seizième de pied ? Nous essayerons de r
épondre à ce type de question lors de la discussion en
partie IV.
Au sud de la Loire et dans les sites légionnaires,
les valeurs moyennes sont alors : L = 48,75 cm et
1 = 38,0 cm, soit une largeur en moyenne voisine de
5 paumes ( de 37 cm), avec une dispersion compar
able en tous points ( +7 %). Mais là aussi se po .Armorique .Gaule
sera lors de la discussion le problème de la longueur, ^Légions _ L 1 36l égale en moyenne à 5/3 pied ou 1 pied 2/3.
3 - Les briques rectangulaires.
De la même façon, nous avons pointé en figure 7
l'ensemble des valeurs des dimensions (L = longueur
et 1 = largeur) des 161 briques rectangulaires inven
toriées sur 60 sites différents : 14 en Armorique ro
maine (arbitrairement circonscrite aux régions de Fig. 7 : Pointage dans le plan longueur-largeur des données mé-
Bretagne, des Pays de Loire et de Normandie), 37 trologiques relatives aux briques rectangulaires. 104
L/l = 4/3), mais il faut se méfier d'une sollicitation
excessive des chiffres. Par contre, nulle part en Gaule
nous n'avons trace de cette brique lydienne dans des
sites civils, le rapport L/l, voisin de 4/3 traduisant 40 JUBLAINS Briques
bien la différence.
Pour en finir et à titre d'illustration, nous donnons
en figure 8 la position des 10 sous-ensembles décrits
Echelle des modules par Le Bohec (Le Bohec, 1983) pour les briques de
Jublains (53) par rapport à la droite d'équation d'après Y. Le Bohec
L = 4 1/3. Seul le sous-groupe M'2 est nettement à l'é
35 cart. Mais s'il est facilement possible, a posteriori, de
vérifier la bonne concordance, il eût été difficile de
déduire avec quelque rigueur la loi de corrélation du
seul énoncé des 10 sous-groupes. Il en aurait été de
même pour les 4 sous-modules utilisés par Etienne et
Mayet (Etienne et Mayet, 1971) pour décrire les bri
ques de Belo en Espagne (figure 9). 30
4 - Les demi-briques ou briques à module moitié.
Par demi-briques, nous entendons exclusivement
les briques ayant, dès leur fabrication, un module
moitié de celui d'une brique standard entière. Mais,
comme nous n'avons pu mettre en évidence de nor25
malisation très stricte des modules, nous serons obli
Mr gés de ne retenir comme certaines que les demi-
briques dont la brique entière est attestée soit sur le
même site soit dans un contexte voisin. Mais les
briques entières pouvant être carrées ou rectangul
aires, il y aura plusieurs solutions possibles à la ma
nière de parvenir à un demi-module.
L'emploi des briques dans la construction des murs
(que ce soit en chaînage dans un mur de pierres ou
seules en assises successives) nécessite pour amélio
rer leur solidité et leur rigidité, de monter ceux-ci en
décalant en quinconce les assises les unes par rapport 20 25 30 aux autres. Lorsqu'il y a interruption de la structure
(embrasure ou extrémité), il est nécessaire de dispo
ser de matériaux de module moitié mais, selon que la Fig. 8 : Positionnement dans le plan longueur-largeur des diffé
rents modules de briques proposés par Y. Le Bohec pour les mat brique oblongue est utilisée longitudinalement ou ériaux du castrum de Jublains (53). transversalement dans le mur, ce ne sera pas le mê
me demi-module qui sera employé. Ceci peut être
11 semble toutefois que, dans les légions, on ait uti pratiquement réalisé en sciant une brique entière
lisé deux tailles différentes de briques avec un rap dans le sens désiré mais nous allons montrer que les
port longueur/largeur apparemment proche de 4/3, tuiliers gallo-romains ont également produit des
mais des largeurs de base respectivement voisines de demi-briques pour chacun des cas de figure possibles.
1 pied ( 29 cm) et de 1 pied et demi ( 44,4 cm). a) Briques rectangulaires coupées dans le sens de la Mais à la réflexion, peut-être s'agit-il d'une brique et
longueur. de sa demi-brique, puisque les centres de gravité des C'est la largeur qui est divisée par 2, d'où en deux nuages de points correspondants sont respect
moyenne : ivement : L/l = 4/1,5 = 8/3 = 2,67. - petit module :
L = 42,4 cm et 1 = 29,5 cm soit L/l = 1,44, Nous possédons plusieurs exemples de demi-
- grand module : briques de ce type :
Le Mans (72) "rue des Poules" : L = 54,9 cm et 1 = 43,0 cm soit L/l = 1,28.
42 cm x 32 cm - 44,4 cm x 14,8 cm (L/l = 3,00), Nous avons bien la longueur de la brique de petit
module très proche de la largeur de celle de grand Vindobona (Allemagne) :
43 cm x 30 cm - 43,0 cm x 14,0 cm (L/l = 3,07), et, parallèlement, la de la brique de
petit module du même ordre de grandeur que la 36 cm x 28 cm - 36,0 cm x 13,5 cm (L/l = 2,77),
moitié du grand côté de celle de grand module. Nous Saalburg (Allemagne) :
42 cm x 29 cm - 42,0 cm x 14,0 cm (L/l = 3,00), pourrions même, à la limite, penser que la brique de
Holdeurn (Pays-Bas) : petit module est, à peu de chose près, aux dimens
ions de la brique lydienne décrite par Vitruve 43 cm x 30 cm - 41,0 cm x 15,0 cm (L/l => 2,73),
(L = 44,4 cm et 1 = 29,6 cm, soit L/l = 3/2) et qu'en 37 cm x 29 cm - 37,5 cm x 15,0 cm (L/I = 2,50).
conséquence la brique de grand module serait une Il est visible que cette manière de concevoir la
double-lydienne (L = 59,2 cm et 1 = 44,4 cm, soit demi-brique et qui correspond à un emploi dans des :
105
murs épais (briques avec leur longueur dans le sens
de l'épaisseur du mur) est rencontrée majoritair
ement dans des sites à finalité de défense (camp l
égionnaire) et il n'est même pas certain que la demi-
brique trouvée rue des Poules au Mans (72) ne puis
se pas provenir de l'enceinte de la ville puisqu'on y Briques rencontre des matériaux ayant exactement le même
module que la brique entière.
b) Briques rectangulaires coupées dans le sens de la
largeur.
C'est la longueur qui est divisée par 2, d'où en
moyenne :
L/l = 2/3 soit L'/l' = 3/2 = 1,5.
Nous en connaissons nettement moins de façon
certaine car, provenant de sites civils, c'est sur des
collectes plus restreintes de matériaux entiers que la
recherche de couples briques/demi-briques peut être
menée. Toutefois, par analogie, nous pensons pou
voir retenir les exemples suivants :
Bessan (34) :
44 cm x 33 cm - 22,0 cm x 32,0 cm (L/l = 1,45),
Toulouse (31):
20,0 cm x 33,0 cm (L/l = 1,65),
19,0 cm x 32,0 cm (L/l = 1,68).
L
BELO Briques 60 41=]
Fig. 10 Histogramme des fréquences pour les largeurs des
Echelle des modules briques rectangulaires en Gaule romaine.
/ d'après R.Etienne et F. Mayet Nous avons, dans les deux cas, affaire à des sites
civils du midi de la Gaule. Dans le cas de Toulouse, 50 /
nous pouvons même ajouter que les briques de l'en// ceinte dont nous avons eu à connaître les dimensions
sont d'un module voisin mais avec des
exactes et des proportions longueur/largeur nett
ement différentes de la brique entière que serait le
double des demi-briques décrites ici (44 cm x 29 cm 40 contre 40 cm x 33 cm). /
c) Briques carrées coupées en deux.
Dans ce cas, outre un rapport longueur/largeur ,/ voisin de 2, on serait en droit d'attendre un module
de la brique entière qui corresponde à l'un des pro
totypes, décrit en III. 1 (multiples entiers de la 30 2 / paume). Des exemples qui vérifient ces règles exis
tent mais, dans d'autres cas, nous ne disposons pas
d'une brique carrée entière qui puisse servir de mod
èle de base. Citons des ôemi-tetradoron et une
demi-bipedales :
Vindobona (Allemagne) : 20 / 30 cm x 30 cm - 31,0 cm x 15,0 cm (L/l = 2,07),
Holdeurn (Pays-Bas) :
59 cm x 59 cm - 57,0 cm x 30,0 cm (L/l = 1,90),
Le Mans (72) :
29 cm x 29 cm - 29,6 cm x 14,8 cm (L/l = 2,00),
40 1 28,5 cm x 15,0 cm (L/l = 1,90) 20 30
Ennery (57) :
29 cm x 29 cm - 29,0 cm x 14,5 cm (L/l = 2,00), Fig. 9 : Positionnement dans le plan longueur-largeur des diffé 28 cm x 28 cm - 28,0 cm x 13,5 cm (L/l = 2,07). rents modules de briques proposés par R. Etienne et F. Mayet
Mais à quoi correspondent les demi-modules sui- pour les matériaux de Belo (Espagne).

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