À propos de la cavalerie dans les armées de Charlemagne - article ; n°4 ; vol.96, pg 531-537

De
Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres - Année 1952 - Volume 96 - Numéro 4 - Pages 531-537
7 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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Monsieur François-Louis
Ganshof
À propos de la cavalerie dans les armées de Charlemagne
In: Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 96e année, N. 4, 1952. pp. 531-
537.
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Ganshof François-Louis. À propos de la cavalerie dans les armées de Charlemagne. In: Comptes-rendus des séances de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 96e année, N. 4, 1952. pp. 531-537.
doi : 10.3406/crai.1952.10010
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1952_num_96_4_10010LA CAVALERIE DANS LES ARMÉES DE CHARLEMAGNE 531
(Tarn-et-Garonne) mais loin des gisements magdaléniens célèbres,
découverte par M. André Jarlan, d'Albi, contient deux figures
noires unies de bisons se suivant, marchant à gauche, de style assez
archaïque périgordien, je pense ; ils sont superposés à de nombreux
vestiges de larges figures au tracé rouge, trop mal conservés pour
être interprétés facilement. Je vous adresse sur la seconde une note
particulière. J'ajouterai encore, comme découverte de cet été, un
bas-relief d'excellent Renne et celui d'un Bison plus petit, sculptés
dans un abri de Saint-Cirque-la-Popie. M. S. Blanc et moi y avions
été conduits par M. Morturaux, de Sarlat, qui les avait aperçus le
premier.
M. Ganshof, correspondant de l'Académie, étudie la cavalerie
dans les armées de Charlemagne.
COMMUNICATION
A PROPOS DE LA CAVALERIE DANS LES ARMÉES DE CHARLEMAGNE,
PAR M. FRANÇOIS-LOUIS GANSHOF, CORRESPONDANT DE L* ACADÉMIE.
On est d'accord pour reconnaître à la cavalerie un rôle considé
rable dans les opérations auxquelles ont participé les armées de
Charlemagne. Il est dès lors souhaitable que l'on puisse se faire une
idée relativement précise de ce que fut cette cavalerie. Des vues
exactes et des observations pénétrantes ont été présentées à ce
sujet par les historiens de l'art militaire et de l'armée ; mais leurs
exposés sont trop brefs, parfois trop peu rigoureux et, chez cer
tains, entachés d'erreur1. Les sources sont rares. Les récits contemp
orains ne renferment que des allusions. Les .capitulaires sont plus
explicites, mais la plupart sont d'époque impériale et il est difficile
de savoir jusqu'où l'on peut faire remonter leur témoignage. L'archéol
ogie fournit une aide sérieuse, encore que ses apports soient d'inter
prétation délicate.
Première question : qui servait dans la cavalerie ? A coup sûr,
des vassaux. Le capitulare missorum de 792-793 indique le cheval
parmi les éléments essentiels de l'équipement du vassal non libre ;
l'observation vaut à plus forte raison pour les vassaux libres2. Des
1. H. Delbrûck, Gesch. d. Kriegskunsl, III2, 1903 ; Sir C. Oman, A History of the
Art of War in the Middle Ages, I*, 1924 ; F. Lot, L'art militaire et les armées au Moyen .
Age, 1, 1946 ; W. Erben, Zur Gesch. d. karol. Kriegswesens, ds. Hist. ZU, CI, 1908, Kriegs-
gesch. d. Mittelalters, 1929 ; H. Conrad, Gesch. d. deulschen Wehrverfassung, I, 1939 ;
E. v. Frauenholz, Dos Heerwesen d. german. Friïhzeit, d. Frankenreiches u. d. ritterlichen
Zeitalters, 1935 ; A. Prenzel, Beitrdge z. Gesch. d. Kriegsverfassung unler d. Karolingern,
1887 ; H. v. Mangoldt-Gaudlitz, Die Reiterei in d. german. u. frânk. Heeren, Berlin, 1922.
2. M. G., Capitularia, éd. Boretius, I, n° 25, c. 4 ; cf. F.-L. Ganshof, Note sur deux
capitulaires non datés de Charlemagne, ds. Miscellanea in hon. L. van der Essen, 1, 1947.
1952 35 COMPTES" RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 532
instructions en vue d'une expédition prévue pour l'été de 806,
impliquent aussi que les vassaux servent à cheval1. Il s'agit de tous
les vassaux : ceux du roi, des églises, des seigneurs laïques. Les vas
saux, guerriers d'élite étaient appelés plus volontiers sous les armes
que la masse des mobilisables, surtout s'ils avaient reçu un bénéfice :
en 807 on a convoqué à Y « ost », en Neustrie et en Bourgogne, tous
les vassaux « chasés », en 808, tous les vassaux tenant un bénéfice
d'au moins quatre manses; dans certaines régions, les vassaux royaux
paraissent avoir constitué des groupements, faciles à mobiliser2.
La cavalerie de Charlemagne comprenait des éléments non vassa-
liques. En 806, le contingent à fournir par la Frise, comptait à côté
des comtes, des vassaux royaux, des caballarii, chez qui rien ne
révèle qu'ils fussent des vassaux ; sans doute était-ce des hommes
libres aisés. Il a dû en aller de même dans les territoires germaniques
de l'Est, où les relations vassaliques étaient également moins répan
dues que dans l'entre-Loire-et-Rhin. Même dans cette dernière
région, les troupes montées ont compris des cavaliers autres que les
vassaux. Les caballarii de l'abbé Fulrad de Saint-Quentin et de ses
vassaux, qu'il devait en 806, mener à 1' « ost », n'étaient pas tous
liés à lui ou à ceux-ci par des engagements vassaliques. Il pouvait y
avoir parmi eux, des hommes libres jouissant d'une certaine aisance
et dépendant à un titre quelconque de l'abbaye3. On peut admettre
que les hommes libres possédant un alleu de quatre manses et tenus,
en vertu d'un capitulaire de 808, au service militaire personnel, ser
vaient à cheval comme les vassaux tenant un bénéfice de même
importance4.
Le second problème qui se pose est celui de l'armement5. Il exis
tait un armement minimum dont tout cavalier devait être muni.
Le capitulaire déjà cité, de 792-793, le définit : bouclier (scutum),
lance (lancia), épée (spata), épée courte (semispatum). En 806, les
caballarii de Fulrad doivent porter les mêmes armes ; plus l'arc, les
flèches et le carquois : leçon tirée des guerres avares ou généralisa
tion d'un usage italien6. Il est douteux que tout cavalier disposât, en
fait, de chacune de ces pièces d'équipement. Il est probable que pas
1. Capitula de causis diversis, c. 3, Karoli epistola ad Fulradum, Capil., n0< 49, 75 ;
cf. Wippermann, Dos Aufgebotsbrief Karls d. Gr. An Abt Fulrad, ds. Jahresber. Gymn*
Attendorn, 1885. Les datations différant de celles de Boretius seront justifiées ailleurs.
2. Memoratorium de exercitu praeparando, c. 1, Capitulare missorum de exercitu,.
promovendo, c. 1, Capit., n01 48, 50 ; Vita Hludowici, c. 3, M. G., SS., II, p. 608.
3. Textes de la n. 3. Contra : Delbriick, p. 8-10, v. Frauenholz, p. 33. Des hommes,
libres de ce type se rencontrent dans le polyptyque de Saint-Bertin (B. Guérard, CartuU
de l'abb. de S.-B., 1840, p. 975).
4. Cap. mis. de exerc. promov., v. n. 4. Sic, Erben, Karol. Kriegsw., p. 327.
5. Nos vues s'opposent à celles de Delbriick, p. 25-27.
6. Voir n. 2 et 3 ; contra : Erben, ib., p. 323. Pour l'Italie, Leges Aistulphi, a0 750, c. 2»
MG., LL., IV, p. 196. LA CAVALERIE DANS LES ARMÉES DE CHARLEMAGNE 533
mal de vassaux libres non chasés, montaient un cheval et portaient
des armes appartenant à leur seigneur, comme les vassaux non libres1.
S'il est faux qu'en très grande majorité, les cavaliers de Charle-
magne fussent casqués et cuirassés2, cependant les armées franques
comptèrent sous son règne, des cavaliers répondant à ce type.
L'interdiction d'exportation des « brognes » formulée dès 779,
renouvelée en 803 et 811, étendue à d'autres armes3, implique
l'existence de cavaliers cuirassés. Le capitulaire de Thionville, en
805, prescrit que tout vassal tenant un bénéfice de douze manses
doit avoir une brogne (brunia) et la porter quand il sert à l'armée,
sous peine de retrait du bénéfice et de confiscation de la brogne. En
802-803 et en 811, il a été ordonné aux évêques, abbés, abbesses et
comtes d'avoir un stock de brognes, d'épées, voire même de casques
pour armer leurs vassaux ; prescriptions que la négligence et la
fraude ont souvent rendues inopérantes4. Charlemagne paraît
avoir tenté de constituer une réserve d'armes par des rachats et
des paiements en nature de l'hériban et un dépôt de remonte par
les « dons annuels » en chevaux3.
Quelques mots, à propos des armes citées. On ne possède ni
exemplaire conservé, ni description contemporaine de la brogne.
Le Psalterium Aureum de Saint-Gall (seconde moitié du ixe siècle)
contient des miniatures qui, là où certaines de leurs données sont
contrôlables, paraissent reproduire assez fidèlement l'état de choses
de l'époque. Des cavaliers y portent un vêtement recouvert de
petites plaques de métal, disposées en écailles de poisson6, comme sur
la brogne des xe-xie siècles. On peut vraisemblablement se repré
senter ainsi la brogne du temps de Charlemagne. On ne saurait
dire si la lorica, dont il est parfois question, est synonyme de brunia
ou si ce mot couvre également la chemise de mailles et le vêtement
revêtu de bandes métalliques7.
Le casque (galea), cité dans un seul capitulaire8» est difficile à
1. Voir n. 2.
2. Contra : Delbruck, p. 25-26. Sic : Erben, ib., p. 323-324, Conrad, p. 64, v. Frauenholz
p. 30-31.
3. Cap. Haristallense, c. 20, Cap. miss., c. 7, Cap. Bononiense, c. 10, Capit., nOi 20»
40,74.
4. Cap. mis. Theod. générale, c. 6, Cap. Aquisgranense, c. 9 (cf. Prenzel, p. 50, n. 67)»
Cap. Bonon., c. 10, Capitula ecclesiasiica ad Salx data, a° 803, c. 8, Capit., n°" 44, 77»
74, 42.
5. Herib. et rach. : Cap. eccl. ad S. data, c. 8, Cap. mis. Theod. gen., c. 19, Cap. Bonon.%
c. 2, v. n. 12. Dons : Kar. episl. ad Fuir., Memorat. de exerc. praep. c. 3, v. n. 3 et 4»
Capitula omnibus cognita facienda, ais 801-806, c. 5, Capit., n° 57.
6. A. Merton, Die Buchmalerei in St. Gallen von 9. bis z. 11 JhU, 1912, pi. XXVIII»
2, XXIX, 1, 2.
7. Cap. Aquisgr., c. 9, v. n. 14 cf. E. A. Gessler, Die Trutzwaflen d. KarolingerzeiU
1908, p. 70.
8. Cap. c. 9, v. n. 12. COMPTES RENDUS DE L' ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 534
connaître : aucun des rares exemplaires conservés, ne peut être
attribué avec certitude à l'époque carolingienne. Le Psalterium
Aureum fait porter aux cavaliers, un casque rappelant le futur
morion, mais sans visière : sans doute est-ce, compte tenu des
déformations dues aux artistes, le casque rond connu dès l'époque
mérovingienne1. Des miniatures et des peintures murales, attribuées
au xe siècle, montrent des cavaliers portant un casque s'élevant
très haut ; peut-être est-ce une représentation déformée du casque
d'allure conique avec amorce de cimier, connu au vne siècle, que l'on
croit retrouver dans le helmo con derecto de la Loi Ripuaire
(art. xxxvi, 11 ; règne de Pépin m)2 : type qui finira par aboutir
au heaume conique des xe-xie siècles. S'il en était ainsi, on serait
admis à postuler son existence au temps de Charlemagne.
Le bouclier est encore plus mal connu : il n'est même guère pos
sible d'attribuer avec certitude au vme ou au ixe siècle, tel umbo —
seule partie métallique conservée. Les boucliers du Psalterium
Aureum paraissent être ronds ou ovales.
La lance, arme de jet ou de choc du cavalier et du fantassin,
pouvait quant à la qualité, au poids, à la longueur du bois, présen
ter d'assez grandes différences. Les fers d'époque carolingienne
conservés, ainsi que les miniatures et fresques des ixe et xe siècles,
nous mettent presque toujours en présence de lances à quillon3.
L'épée (spata, gladius) est connue par de nombreux exemplaires
conservés dans les anciens pays francs et dans ceux où elle a été
exportée en dépit des interdictions, notamment en Scandinavie. La
lance est longue (0 m. 90 à 1 mètre), généralement lourde, destinée
à frapper d'estoc ou de taille, à double tranchant, souvent damassée ;
poignée, garde et pommeau sont plus développés que dans l'épée
mérovingienne, ce qui procure à l'arme un meilleur équilibre. On a
forgé des épées de luxe et d'autres constituant des types de série;
ces séries se distinguent bien les unes des autres, mais répondent
toutes aux caractères généraux qui ont été indiqués4. La région
rhénane paraît avoir été un centre important de fabrication.
1. Cf. casque du vie siècle, au musée de Mariemont ; G. Faider-Feytmans et A. France-
Lanord, Le casque mérovingien de Trivières, ds. Rev. belge d'Archéol. etd'Hist. de l'Artt
XX, 1951. Contra, Erben, p. 324.
2. Min. ds. ms. 764 de la bibl. de Saint-Omer (Vita Wandrigesili secundo) reprod. ds.
Algemeine Geschiedenis van de Nederlanden dir. pr. H. van Werveke & cons., I, 1949,
pi. 41. Fresques de Saint-Pierre-les-Églises ; P. Deschamps et M. Thibout, La peinture
murale en France. Le Haut Moyen Age et l'époque romane, 1951, p. 38-45, pi. IV, V,
cf. casque de Baldenheim, Strasbourg, musée de Rohan ; Lex Rinuaria, M. G., LL.,.V,
p. 231 et Du Cange-Favre, Gloss., v° directum, 4.
3. Gessler, p. 44-54. V. n. 14 et 18.
4.p. 101-110, 112-114 ; H. Arbmann, Schweden u. d. karolingische Reich,
1947, p. 215-235 ; A. France-Lanord, La fabrication des épées damassées, ds. Le Pays
Gaumais, 1949. V. p. ex. Strasbourg, musée de Rohan, n° 4788 ; reprod. ds. France-
Lanord, pi. I, n° 1 et ds. R. Forrer, Strasbourg-Argentorate, 1, 1927, p. 233, flg. 157. LA CAVALERIE DANS LES ARMEES DE CHARLEMAGNE 535
L'épée courte, arme à un seul tranchant pouvant être employée
comme poignard, était destinée au combat à pied. On en a conservé
peu d'exemplaires carolingiens1 ; elle n'est pas reproduite dans les
miniatures.
L'armement du cavalier coûtait fort cher. D'après les taux de
conversion d'amendes fournis par la Loi Ripuaire (mss. de la classe B,
reproduisant un texte datant de Charlemagne), la monture et l'équ
ipement minimum valaient 12 ou 16 sous suivant que l'on montait
une jument ou un destrier mâle ; ces chiffres s'élevaient à 36 ou à
40 sous pour le cavalier cuirassé, casqué, muni de jambières2. Sur
la base du taux de conversion de Yinferenda au temps de Charl
emagne (1 vache = 2 s.), ces chiffres se traduisent respectivement
par 6 ou 8, 18 ou 20 vaches3. Pour des régions, plus éloignées des
centres de fabrication d'armes et pour celles où l'élevage du cheval
était peu développé, les chiffres cités devraient être majorés4. Or
le bétail de la réserve dans le domaine royal d'Annappes (Nord ;
2.063 ha.) comptait en une année normale du règne de Louis le
Pieux, 45 vaches5. Pour servir dans la cavalerie avec l'armement
minimum, il fallait donc jouir d'une large aisance et pour servir avec
brogne, casque et jambières, il fallait être fort riche : à moins qu'un
autre — roi, église, comte ou vassal royal opulent — vous équipât.
Il n'est pas possible de chiffrer les effectifs de la cavalerie au
temps de Charlemagne. Delbrûck considérait que toutes les forces
de la monarchie auraient pu représenter 10.000 hommes presque
tous cavaliers, mais que normalement une expédition importante
aurait pu en compter de 5.000 à 6.000. Ferdinant Lot estimait qu'il
pouvait y avoir au ixe siècle, dans la France actuelle, quelque
20.000 hommes ayant un domaine de douze manses et devant, dès
lors, le service à cheval, avec une brogne ; il ne se faisait pas d'illu
sions quant à la possibilité de les mobiliser6. Tout ce que nous
croyons pouvoir affirmer sur la base de ce qui a été dit, c'est que
la cavalerie de Charlemagne n'a jamais compté de gros effectifs.
On ne peut, d'ailleurs, perdre de vue que le rapport établi entre
le domaine de douze manses et le service avec brogne, est une
prescription du pouvoir. La charge écrasante que constituait l'achat
1. Gessler, p. 87-88. Au musée de Rohan on en conserve un (n° 4778), ayant 0 m. 61 de
lame, dont 0 m. 50 primitivement apparente ; reprod. ds. Forrer, ibid.
2. L.R., XXXVI, 11, v. n. 18. Les jambières ne sont pas citées dans les capitulalres.
On croit les discerner dans le Ps. A.
3. Cap. miss. Wormatiense, 829, c. 15, Capil. n, n° 192.
4. Vente de trois terres contre un cheval et une épée, Thurgau, 761 ; H. Wartmann,
Vrkundenb. d. Abtei S. Gallen, I, n° 31, cf. M. Bloch, La société féodale, I, 1939, p. 235.
5. Brevium exempla, c. 25, Capil., n° 128 ; cf. P. Grierson, The identity of the unnamed
fiscs in the B.E., ds. Bev. b. Phil. et Hisl., XVIII, 1939, p. 452. Exagération chez
Delbrûck, p. 4.
6. Delbrûck, p. 16 ; Lot, p. 97-98. COMPTES RENDUS DE L* ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS 536
de l'armement défensif métallique et la tentation de s'en défaire à
un prix avantageux poussaient à la fraude1. L'inefficacité de l'a
dministration et l'absence d'un matricule des mobilisables, rendaient
la fraude relativement facile. Seuls les vassaux royaux pouvaient
voir leurs obligations plus rigoureusement contrôlées et leurs
déficiences plus aisément réprimées : ils ont dû, pensons-nous,
constituer le gros de la cavalerie cuirassée.
Nous croyons, en effet, qu'il y eut dans l'armée franque sous
Charlemagne, deux cavaleries, comme c'était le cas dans l'Italie
lombarde2 : une cavalerie dont les hommes étaient légèrement
armés et qui comprenait la grande majorité des effectifs ; une
cavalerie cuirassée, très peu nombreuse3. On peut supposer que
celle-ci formait au -combat des unités spéciales : les guerriers qui les
constituaient étant beaucoup moins vulnérables, l'action de ces
unités devait être plus efficace que celle de la cavalerie non cuirassée
et, dans le combat à pied4, que celle de l'infanterie. Ceci fait mieux
comprendre la préoccupation qu'avait le pouvoir d'empêcher
l'exportation des brognes, plus encore que celle des épées : la qualité
de celles-ci était un facteur de supériorité ; le port de la brogne
par une fraction de la cavalerie, pouvait être un facteur décisif de
victoire vis-à-vis de populations où cette arme défensive était
inconnue ou peu répandue : Saxons, Slaves, Avars, Scandinaves,
Bretons. Peut-être la diffusion de la brogne par le commerce de
contrebande chez certains de ces peuples et la faiblesse des effectifs
de la cavalerie blindée franque contribuent-ils à expliquer les insuc
cès militaires des dernières années de Charlemagne.
M. Charles-Edmond Perrin a remarqué que M. Ganshof s'est
attaqué à un gros problème, celui de la cavalerie sous Charlemagne
qui est un élément essentiel de la tactique militaire. Il souligne
l'étude neuve qui en a été faite d'après les capitulaires. M. Ganshof
a puisé des renseignements importants dans l'archéologie ; il a relevé
l'existence de deux cavaleries, l'une cuirassée dont l'équipement très
dispendieux rendait le recrutement rare, l'autre légère d'équipement
moins onéreux donc plus nombreuse.
M. Robert Fawtier s'étonne que les textes ne parlent pas de
cavalerie et pense qu'il doit s'agir d'infanterie montée.
1. V. les trois premiers textes cités, n. 13.
2. V. n. 8.
3. Contra : Delbruck, p. 26. Sic : Conrad, p. 64. V. les deux types de cavaliers ds. 1*
Ps. A., Merton, pi. XXIX, 1.
4. Ex. : pi. 2. ERRATA
C.R.A.I. — 1952 novembre-décembre
M. Ganshof ayant numéroté ses notes de façon continue, on a
omis lors de la correction des épreuves, d'adapter les renvois à
une numérotation des notes par page. Il en est résulté une série
d'erreurs que l'on peut corriger en s'aidant du tableau figurant
ci-dessous.
P. 532, n. 3, renvoi à la n. 3, lire : n. 1.
id., n. 4, » » n. 4, lire : n. 2.
id., n. 6, » aux n. 2 et 3, lire : p. 531, n. 2 et p. 532, n. 1.
P. 533, n. 1, renvoi à la n. 2, lire : p. 531, n. 2.
id., n. 5, » » n. 12, lire : n. 4.
id., n. 5, » aux n. 3 et 4, lire : p. 532, n. 1 et 2.
id., n. 7, » » n. 14, lire : n. 4.
id., n. 8, » » n. 12, lire : n. 4.
P. 534, n. 3, » aux n. 14 et 18r lire : p. 533, n. 6 et p. 534, n. 2.
P. 535, n. 2, renvoi à la n. 18, lire : p. 534, n. 2.
P. 536, n. 1, » » n. 13, lire : p. 533, n. 5.
P. n. 2, » » n. 8, lire : p. 532, n. 6. DU 14 NOVEMBRE 1952 537 SÉANCE
M. Ganshof répond qu'en effet les données des textes sont impréc
ises sous Charlemagne.
M. Mario Roques pose quelques questions relatives aux armes
de jet.
LIVRES OFFERTS
M. Clovis Brunel dépose sur le bureau de l'Académie le volume II des Cata-
lunya Carolingia, els diplômes carolingis a Catalunga, 2e partie, par Ramon
d'Abadal i de Vinyals.
M. Henri Massé a la parole pour un hommage :
« J'ai l'honneur de déposer sur le bureau de l'Académie, aux noms de leurs
auteurs, deux ouvrages : Les inscriptions du Cambodge (volume IV) publiées
et traduites par M. Georges Cœdès, correspondant de l'Académie-; l'étude que
Mlle d'Alverny et M. Vajda consacrent à Marc de Tolède, traducteur d'Ibn
Toumart.
Notre regretté confrère, Louis Finot, avait publié dans le Bulletin et dans
les Mémoires de la Mission archéologique de l'École française d'Extrême-Orient
les plus intéressantes inscriptions du Cambodge, relevées avant 1939. Cette
entreprise fut continuée par M. Cœdès qui a déjà donné en trois volumes les
textes, traductions et commentaires des inscriptions reproduites en fac-similé
dans le Corpus publié sous les auspices de l'Académie. Dans son introduction
au troisième de ces volumes, offert en hommage le 30 novembre 1951, M. Cœdès
a expliqué pourquoi il laissait provisoirement de côté les inscriptions repro
duites dans le tome IV de ce même Corpus. Le présent volume contient les textes,
traductions et commentaires d'inscriptions sanscrites et khmères — inscrip
tions inédites et logiquement groupées en ordre chronologique, les plus anciennes
datant de la première moitié du viie siècle, les plus récentes du milieu du xive siè
cle. M. Cœdès a choisi les plus importantes, celles qui proviennent des trois
capitales successives du Cambodge : elles sont utiles à la chronologie des édifices
de ces villes, et l'on en tire maint renseignement de caractère politique, religieux
ou économique (sur ce dernier caractère, voir notamment la stèle de Samrôn).
En présentant à l'Académie le précédent tome de ce recueil, notre confrère
M. Renou avait insisté sur la valeur des inscriptions par rapport à l'histoire du
Cambodge ; il avait loué sans réserve la compétence de M. Cœdès en sanskrit
et en khmer, son habileté à restituer le texte des parties endommagées des
inscriptions ou du moins à proposer des conjectures plausibles. Ce nouveau
volume possède les mêmes mérites et prouve encore une fois la maîtrise de
M. Cœdès.
Le second de ces ouvrages relève de l'Afrique septentrionale et de l'Espagne.
Aux premières années du xne siècle, un Berbère du Maroc, Ibn Toumart, après
avoir voyagé en Orient et sérieusement étudié la théologie, se proclama Mahdi
et descendant d'Ali; il groupa ses partisans sous le nom d'Almohades (al-Mowah-
hidîn, «les Unitaires »). Ces Almohades renversèrent les émirs Almoravides et
fondèrent une nouvelle dynastie. Ibn Toumart avait écrit plusieurs traités dont

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