Activités constructives et lésions cérébrales chez l'Homme - notecritique ; n°1 ; vol.79, pg 197-227

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L'année psychologique - Année 1979 - Volume 79 - Numéro 1 - Pages 197-227
L'exécution correcte des épreuves constructives exige l'élaboration de relations spatiales complexes. L'étude des lésions cérébrales de l'homme adulte met en évidence le rôle des lobes pariétaux dans la réalisation de ces épreuves, et conduit à opposer les lobes pariétaux gauche et droit, dont les fonctions seraient différentes. Les études expérimentales récentes montrent seulement, dans la performance associée aux lésions de l'un ou l'autre hémisphère, des différences qualitatives, dont l'interprétation reste difficile. Les études sur les sujets commissurotomisés semblent indiquer que les deux hémisphères utilisent des stratégies différentes. De très nombreux problèmes subsistent, que l'étude de l'évolution temporelle des troubles et des méthodes qui permettent de les compenser, pourrait contribuer à résoudre, au moins en partie.
Accurate performance on constructional tests requires the ability to integrate complex spatial relations. Studies of cerebral lesions in adult humans have shown that the parietal lobes perform a key function in determining this ability. Furthermore, the left and right parietal lobes appear to play disparate roles. Recently reported experimental studies have shown qualitative differences between performance of patients suffering from a lesion in either hemisphere. The interpretation of these qualitative differences is difficult. Investigations of commissurotomized patients indicate that the two hemispheres use different strategies. While many problems still remain, studies of the temporal evolution of the disturbances and of the methods which allow patients to compensate for their disabilities may add critical information.
31 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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B. Pillon
Activités constructives et lésions cérébrales chez l'Homme
In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°1. pp. 197-227.
Résumé
L'exécution correcte des épreuves constructives exige l'élaboration de relations spatiales complexes. L'étude des lésions
cérébrales de l'homme adulte met en évidence le rôle des lobes pariétaux dans la réalisation de ces épreuves, et conduit à
opposer les lobes pariétaux gauche et droit, dont les fonctions seraient différentes. Les études expérimentales récentes montrent
seulement, dans la performance associée aux lésions de l'un ou l'autre hémisphère, des différences qualitatives, dont
l'interprétation reste difficile. Les études sur les sujets commissurotomisés semblent indiquer que les deux hémisphères utilisent
des stratégies différentes. De très nombreux problèmes subsistent, que l'étude de l'évolution temporelle des troubles et des
méthodes qui permettent de les compenser, pourrait contribuer à résoudre, au moins en partie.
Abstract
Accurate performance on constructional tests requires the ability to integrate complex spatial relations. Studies of cerebral lesions
in adult humans have shown that the parietal lobes perform a key function in determining this ability. Furthermore, the left and
right parietal lobes appear to play disparate roles. Recently reported experimental studies have shown qualitative differences
between performance of patients suffering from a lesion in either hemisphere. The interpretation of these is
difficult. Investigations of commissurotomized patients indicate that the two hemispheres use different strategies. While many
problems still remain, studies of the temporal evolution of the disturbances and of the methods which allow patients to
compensate for their disabilities may add critical information.
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Pillon B. Activités constructives et lésions cérébrales chez l'Homme. In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°1. pp. 197-227.
doi : 10.3406/psy.1979.1360
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1979_num_79_1_1360L'Année Psychologique, 1979, 79, 197-227
REVUES CRITIQUES
ACTIVITÉS CONSTRUCTIVES
ET LÉSIONS CÉRÉBRALES CHEZ L'HOMME
B. PlLLON
Groupe de Recherches neuropsycholo giques
INSERM U 84l
SUMMARY
Accurate performance on constructional tests requires the ability to
integrate complex spatial relations. Studies of cerebral lesions in adult
humans have shown that the parietal lobes perform a key function in dete
rmining this ability. Furthermore, the left and right parietal lobes appear
to play disparate roles. Recently reported experimental studies have shown
qualitative differences between performance of patients suffering from a
lesion in either hemisphere. The interpretation of these qualitative differences
is difficult. Investigations of eommissurotomized patients indicate that the
two hemispheres use different strategies. While many problems still remain,
studies of the temporal evolution of the disturbances and of the methods
which allow patients to compensate for their disabilities may add critical
information.
Kleist, en 1912, décrit une forme particulière d'apraxie qu'il appelle
d'abord « apraxie optique », puis « apraxie constructive » (Strauss,
1924 ; Kleist, 1934). Il la définit comme « une perturbation qui apparaît
dans les activités d'arrangement et dans laquelle la partie spatiale de
la tâche est perturbée, bien qu'il n'y ait pas d'apraxie des mouvements
isolés ». Critchley (1953) élargit cette définition et décrit le trouble
comme « une difficulté à assembler des unités unidimensionnelles de
façon à former des figures ou des patterns bidimensionnels ».
1. Hôpital de la Salpêtrière, 47, boulevard de l'Hôpital, 75635 Paris
cedex 13. B. Pillon 198
MISE EN ÉVIDENCE DU TROUBLE
ET DESCRIPTION DES ÉPREUVES
L'apraxie constructive est mise en évidence par les difficultés des
patients à effectuer des tâches de dessin, d'assemblage ou de construct
ion. Quelques-uns se plaignent spontanément de difficultés construc-
tives : ceux dont elles peuvent perturber la vie professionnelle, comme
l'étudiant en médecine examiné par Ettlinger et coll. (1957) et qui
était gêné dans la représentation anatomique d'un corps, l'électricien
suivi pendant trente ans par Oldfleld (Whitty et Newcombe, 1973)
et qui avait des difficultés dans les montages électriques, des archi
tectes, des ingénieurs, tous ceux dont le métier requiert un certain
niveau de représentation spatiale et de manipulation des données
spatiales. Dans la majorité des cas, la mise en évidence de l'apraxie
constructive demande l'utilisation d'épreuves. Celles-ci, de même que
les différents types de perturbations qu'elles peuvent mettre en évi
dence, ont été décrites en détail par Critchley (1953), Ajuriaguerra
et Hécaen (1964), Warrington (1969). Nous les rappellerons brièvement.
Fig. 1. — Figure complexe de Rey
Elles peuvent se diviser en épreuves de dessin et en épreuves d'assem
blage et de construction. Les dessins peuvent être spontanés, mais
sont le plus souvent copiés. Ces être à deux dimens
ions : figures géométriques (croix, carré, losange, trapèze, étoile,
grecque, etc.), dessin d'une bicyclette, test de Bender (1960 ; Santucci
et Pècheux, 1968), figure complexe de Rey (1959; Osterrieth, 1945;
Ducarne et Pillon, 1974), utilisation du test de rétention visuelle de
Benton (1962) sous une forme copiée. Ils peuvent être aussi à trois
dimensions : cube en perspective, maison en perspective. Les épreuves Activités construdives et lésions cérébrales 199
d'assemblage sont le plus souvent à deux dimensions : stick-test de
Goldstein et Sheerer (1947), cubes de Kohs, épreuve d'assemblage de
la Wais, différentes épreuves de puzzle. Benton et Fogel (1962) ont mis
au point une épreuve constructive tridimensionnelle. Ces épreuves
sont donc nombreuses et variées. Elles se différencient par un certain
nombre de paramètres, qui permettent de comparer ou d'opposer :
le dessin aux épreuves d'assemblage ou de construction, l'exécution
spontanée à la reproduction, les objets familiers aux figures géométri
ques, les épreuves bidimensionnelles aux épreuves tridimensionnelles,
des tâches relativement simples à d'autres plus complexes. Pour
certains auteurs (Benton et Fogel, 1962 ; Benson et Barton, 1970),
le nombre de ces paramètres met en question l'existence même de
l'apraxie constructive, comme concept unitaire. Cependant, si ces
épreuves sont différentes les unes des autres et ont chacune des
aspects spécifiques, elles présentent aussi un certain nombre de traits
communs.
TRAITS COMMUNS AUX DIFFERENTES EPREUVES
Qu'elles utilisent un modèle externe (dessin copié) ou un modèle
interne (dessin spontané), ce sont toujours des tâches de reproduction
et jamais des tâches de création. Seule l'épreuve de fluidité graphique
mise au point par Jones-Gotman et Milner (1977) demande une cer
taine invention. Bien que l'apraxie constructive ait probablement un
caractère supramodal, les épreuves sont pratiquement toutes visuelles.
Les épreuves tactilo-constructives difficiles à concevoir, si l'on
veut éviter de donner trop d'importance aux facteurs mnésiques,
empêcher le patient de détruire ce qu'il est en train de faire par des
gestes maladroits, le forcer à utiliser la même main pour explorer et
reproduire le modèle. Quelques auteurs (Poppelreuter, 1917 ; Van
Dongen et Drooglever- Fortuyn, 1968) ont cependant fait exécuter
à leurs patients des dessins sans l'aide de la vue et ont montré une
supériorité de la performance lorsque les afïérences visuelles sont sup
primées. Enfin l'exécution correcte des épreuves constructives exige
l'élaboration de relations spatiales complexes qui sont effectuées au
niveau représentatif et des opérations cognitives qui ne sont acquises
qu'assez tardivement dans le développement de l'enfant. Pour Piaget
et Inhelder (1947), la coordination des points de vue qui caractérise
l'espace projectif et l'utilisation des systèmes de coordonnées per
mettant de situer les éléments dans un espace métrique ne sont pas
possibles avant 8 à 10 ans. Cette utilisation d'une géométrie euclidienne
et métrique limite peut-être la compréhension de l'activité des deux
hémisphères dans les épreuves constructives. Franco et Sperry (1977)
étudiant des sujets commissurotomisés montrent en effet une supé- 200 B. Pillon
riorité de l'hémisphère droit pour abstraire les caractéristiques pro-
jectives et topologiques, alors que dans un espace euclidien l'hémis
phère gauche semble avoir plus de possibilités pour compenser son
insuffisance spatiale.
MÉCANISMES PHYSIOLOGIQUES
ET STRUCTURES ANATOMIQUES
L'acquisition tardive des opérations cognitives qui permettent
l'organisation des relations spatiales, nécessaire à l'exécution des
épreuves constructives, explique la grande sensibilité de ces épreuves
aux atteintes corticales. Ces épreuves font intervenir une multitude
de mécanismes physiologiques et de structures anatomiques. Le sys
tème réticulaire permet une activation globale des hémisphères cér
ébraux (Jouvet, 1969; Hernandez-Peon, 1969), mais aussi, semble- t-il,
une activation plus sélective de l'un ou l'autre hémisphère en fonction
de la tâche à effectuer (Kinsbourne, 1974, 1977 ; Joynt, 1977 ; Heilman
et Watson, 1977). Le déclenchement d'une activité orientée vers la
position du stimulus est effectué grâce à un système sous-cortical
comme le montrent Trevarthen (1968, 1974) et Perenin et Jeannerod
(1975, 1978), mais chez les mammifères supérieurs il paraît mettre aussi
en jeu le cortex pariétal (Hyvarinen et Poranen, 1974 ; Mountcastle
et coll., 1975). L'exploration de l'espace nécessite l'intégrité des lobes
pariétaux, dont l'atteinte peut entraîner un syndrome de Balint
(Balint, 1909 ; Michel et coll., 1965; Eyssette, 1969; Lhermitte et
coll., 1969 ; Jeannerod, 1972) ou la négligence d'un hémi-espace
(Brain, 1941 ; Ajuriaguerra et Hécaen, 1964 ; Jeannerod, 1972), mais
aussi l'intégrité des lobes frontaux, comme le mettent en évidence
Karpov, Luria et Yarbus (1968) et Lhermitte, Derouesné et Signoret
(1972). Les lobes occipitaux sont nécessaires pour la perception des
formes (Hécaen et Angelergues, 1963 ; Humphrey, 1972). Les lobes
pariétaux jouent un rôle primordial dans l'analyse des relations spa
tiales, leur intégration et leur manipulation (Critchley, 1953 ; Hécaen,
1972 b). Le programme d'action est établi par les aires frontales pour
Luria (1966, 1969, 1973) et Lhermitte, Derouesné et Signoret (1972),
par la région pariétale gauche pour Hécaen et Assal (1970). Le contrôle
de la réalisation du programme et la comparaison de la reproduction
au modèle, sont effectués par les régions frontales pour Luria (1966)
et pour Lhermitte et coll. (1972), mais font aussi intervenir la région
pariétale droite, comme le montrent McFie, Piercy et Zangwill (1950)
et Bortner et Birch (1960). D'autres mécanismes physiologiques et
structures anatomiques interviennent dans la coordination visuo-
motrice (Buser, 1972 ; Levy-Schoen, 1972 ; Hein, 1972 ; Teuber, 1972 ; Activités constnictives el lésions cérébrales 201
Trevarthen, 1974 ; Paillard et coll., 1974, 1976). Cette multiplicité des
perturbations possibles et des structures anatomiques, dont les lésions
peuvent affecter les activités constructives, ne facilite évidemment
pas l'analyse et l'interprétation des données pathologiques, que nous
recueillons. Cependant, la plupart des auteurs s'accordent pour recon
naître le rôle prédominant des lobes pariétaux (ou des régions avoisi-
nantes) dans le traitement des données spatiales et la réalisation des
activités constructives. C'est donc aux troubles associés aux lésions
pariétales et à leur interprétation que nous nous intéresserons surtout
dans le reste de l'exposé.
DE L'APRAXIE CONSTRUCTIVE
A L'AGNOSIE SPATIALE
Pour Kleist (1912 ; 1934) et Strauss (1924), l'apraxie constructive
est une forme séparée d'apraxie, un désordre des mouvements sous le
contrôle visuel, désordre qui affecte particulièrement les composants
spatiaux de la tâche ; il y a rupture du lien entre l'image visuelle et
l'image mentale du mouvement à exécuter, la lésion atteignant les méca
nismes cérébraux sous-jacents aux associations visuo-kinésthésiques.
J. Lhermitte et Trelles (1933) présentent une conception voisine. Les
cas présentés par ces auteurs avaient des lésions hémisphériques gauches
ou des lésions bilatérales. La fréquente association des troubles cons-
tructifs avec un syndrome de Gerstmann (1927 ; Lhermitte et Cambier,
1960 ; Frederiks, 1969) mettait en évidence une atteinte de la région
pariétale gauche. Cependant, tout en insistant sur le versant exécutif
de l'apraxie constructive, Mayer-Gross (1935, 1936) note que la per
ception visuelle peut être perturbée. J. Lhermitte et Mouzon (1941)
constatent que dans certains cas l'apraxie constructive peut être la
conséquence d'une agnosie géométrique ; les lésions sont alors plus
postérieures et atteignent le lobe occipital. D'autres auteurs (Scheiller
et Seidemann, 1931-1932 ; Lange, 1936 ; Dide, 1938) montrent que
les lésions rétro-rolandiques droites sont suffisantes pour produire des
troubles constructifs et ils insistent sur l'importance des troubles de
la perception visuo-spatiale dans ces cas. Paterson et Zangwill (1944)
mettent nettement en évidence une association entre lésion postérieure
droite, troubles constructifs et troubles d'analyse des relations spatiales.
McFie, Piercy et Zangwill (1950) suggèrent une certaine division du
travail entre les deux hémisphères pour ce qui concerne l'organisation
spatiale. Hécaen, Ajuriaguerra et Massonet (1951) indiquent que cer
tains traits différencient les troubles visuo-constructifs des patients
atteints de lésions hémisphériques droites de l'apraxie constructive
des patients atteints de lésions hémisphériques gauches. Duensing (1953) 202 B. Pillon
fait une distinction radicale entre l'agnösie visuo-spatiale associée à
des lésions de l'hémisphère droit et le trouble correspondant, associé
à des de gauche, qui est un trouble d'exécution.
Depuis, les travaux sur l'apraxie constructive ont surtout cherché
à différencier les troubles selon la latéralité des lésions : variations
de fréquence et d'intensité d'une part, différences qualitatives d'autre
part.
FRÉQUENCE ET INTENSITÉ DES TROUBLES
EN FONCTION DE LA LATÉRALITÉ DE LA LÉSION
De nombreux auteurs ont trouvé une plus grande fréquence des
troubles constructifs lors des lésions postérieures droites que lors des
lésions postérieures gauches (Hécaen et coll., 1951 ; Faust, 1955 ;
Arseni et coll., 1958 ; Reitan, 1959 ; Piercy et coll., 1960 ; Piercy et
Smith, 1962 ; Benton, 1962 ; Benton et Fogel, 1962 ; Costa et Vau-
ghan, 1962). Pour Piercy et coll. (1960), les troubles constructifs sont
deux fois plus fréquents lors des lésions postérieures droites (37,8 %)
que lors des lésions postérieures gauches (16,1 %). Certains de ces
auteurs ont aussi trouvé que les troubles étaient plus sévères lors des
lésions droites (Piercy et coll., 1960 ; Piercy et Smith, 1962 ; Costa
et Vaughan, 1962). Wolff (1962) pense cependant que des séries de
patients non sélectionnés peuvent être faussées par une plus grande
importance des lésions dans l'hémisphère droit, ces lésions étant moins
parlantes que celles de gauche. Arrigoni et de Renzi (1964)
reprennent le même argument en s'appuyant sur la longueur des temps
de réaction, qu'ils estiment corrélés avec l'importance des lésions.
Boiler, Howes et Patten (1970) ne trouvent une corrélation de ce type
que chez les malades qui présentent une tumeur « primitive » de
l'hémisphère droit. Benson et Barton (1970) ne trouvent aucune corré
lation entre l'étendue de la lésion et la vitesse de réaction ; trouvant
une corrélation élevée entre les temps de réactions visuels et auditifs
et une absence de corrélation entre ces temps de réaction et le reste
de la batterie utilisée, ils interprètent la vitesse de comme
une fonction indépendante, sur laquelle les lésions corticales droites
joueraient un rôle déterminant (Pillon, 1973). Warrington, James et
Kinsbourne (1966) ne trouvent aucune différence quantitative concer
nant les troubles constructifs associés à des lésions de l'un ou l'autre
hémisphère. Cependant, Benson et Barton (1970), Gainotti, Messerli
et Tissot (1972 b), retrouvent une plus grande sévérité des troubles
lors des lésions droites et Collignon et Rondeaux (1974) une plus
grande fréquence des troubles lors des mêmes lésions. Les différences
quantitatives semblent donc en faveur d'une relative prédominance
de l'hémisphère droit. Ces différences sont probablement moins inté- Activités constructives et lésions cérébrales 203
ressantes que les différences qualitatives, qui sont d'ailleurs reconnues
par la plupart des auteurs, même quand ils nient les différences
quantitatives.
DIFFICULTÉS CONSTRUCTIVES OBSERVÉES
LORS DES LÉSIONS POSTÉRIEURES GAUCHES
Les éléments suivants sont considérés comme caractéristiques des
troubles constructifs associés aux lésions postérieures gauches : dessin
plus hésitant (Duensing, 1953 ; McFie et Zangwill, 1960), importance
des troubles du graphisme (Gainotti et coll., 1972 b ; Ducarne et
Pillon, 1974), simplification du dessin (Duensing, 1953 ; McFie et Zangw
ill, 1960 ; Piercy et coll., 1960 ; Arrigoni et de Renzi, 1964 ; Warrington
et coll., 1966; Gainotti et coll., 1970, 1972 b ; Collignon et Ron
deaux, 1974 ; Ducarne et Pillon, 1974), agrandissement de l'ouverture
des angles (Warrington et coll., 1966 ; Gainotti et Tiacci, 1970 ; Coll
ignon et Rondeaux, 1974), petit nombre de détails reproduits (McFie
Fig. 2. ■ — Copie de la figure de Rey
effectuée par un patient atteint d'une lésion postérieure gauche
et Zangwill, 1960 ; Piercy et coll., 1960 ; Arrigoni et De Renzi, 1964 ;
Warrington et coll., 1966; Gainotti et coll., 1970, 1972 6 ; Collignon
et Rondeaux, 1974), facilitation par la présence d'un modèle (Duens
ing, 1953 ; Piercy et coll., 1960 ; Gainotti et coll., 1972 b), amélioration
par l'apprentissage (Warrington et coll., 1966 ; Hécaen et Assal, 1970),
facilitation par la présence de points de repère (Hécaen et 1970 ;
Collignon et Rondeaux, 1974 ; résultat contesté par Gainotti et
cell., 1977 b), difficultés plus marquées dans la partie droite des dessins
(Collignon et 1974 ; Ducarne et Pillon, 1974), possibilité 204 B. Pillon
du phénomène de closing-in ou d'accolement au modèle décrit par
Mayer-Gross (1935; Piercy et coll., 1960; Hécaen, 1972 6; Ducarne
et Pillon, 1974 ; pour Gainotti et Tiacci (1971) et Collignon et Ron
deaux (1974), ce phénomène peut aussi exister dans les lésions droites).
La figure 2, extraite d'un travail publié avec B. Ducarne (1974),
montre les caractéristiques suivantes : simplification des éléments et
régression du graphisme (l'horizontale et la verticale sont bien repré
sentées, mais le patient échoue pour les diagonales, qui correspondent
à un stade d'acquisition plus tardif) ; les relations topologiques de
proximité et de voisinage sont relativement respectées.
DIFFICULTES CONSTRUCTIVES
OBSERVÉES LORS DES LÉSIONS POSTÉRIEURES DROITES
Les éléments suivants sont considérés comme caractéristiques des
troubles constructifs associés aux lésions postérieures droites : négli
gence de la partie gauche du modèle (Paterson et Zangwill, 1944 ;
McFie et coll., 1950; Hécaen et coll., 1951; Piercy et coll., 1960;
Arrigoni et De Renzi, 1964 ; Gainotti et coll., 1970, 1972 b, 1977 b ;
Collignon et Rondeaux, 1974 ; Ducarne et Pillon, 1974), progression
de la droite vers la gauche (Ducarne et Pillon, 1974), déplacement des
éléments de la gauche vers la droite (Ducarne et Pillon, 1974), échec
dans la représentation de la troisième dimension, remplacée par une
orientation des dessins en diagonale (Hécaen et coll., 1951 ; Piercy
et coll., 1960 ; Gainotti et Tiacci, 1970 ; Collignon et Rondeaux, 1974),
perturbation des relations spatiales entre les différents éléments (Hécaen
et coll., 1951 ; Piercy et coll., 1960; McFie et Zangwill, 1960; Arri
goni et De Renzi, 1964 ; Warrington et coll., 1966 ; Gainotti et
coll., 1970, 1972 b ; Collignon et Rondeaux, 1974), approche très ana
lytique, détail par détail (Paterson et Zangwill, 1944 ; Duensing, 1953 ;
Ettlinger et coll. , 1957 ; McFie et Zangwill, 1960 ; Gainotti et Tiacci, 1970 ;
ce qui est en partie contredit par Warrington et coll. (1966) et Collignon
et Rondeaux (1974)), gêne par la présence de points de repère (Hécaen
et Assal, 1970 ; résultat non retrouvé par Collignon et Rondeaux (1974)
ni par Gainotti et coll. (1977 b)), absence d'aide par la présence d'un
modèle (Duensing, 1953 ; Piercy et coll., 1960 ; Gainotti et coll., 1972 b),
dessins relativement riches en détails (Warrington et 1966) et
aussi complexes que le modèle (Piercy et coll., 1960), traits sur des
lignes déjà dessinées (Gainotti et Tiacci, 1970 ; Ducarne et Pillon, 1974),
addition d'éléments non requis (Gainotti et Tiacci, 1970), multiplication
d'éléments du dessin (Ducarne et Pillon, 1974).
La figure 3, extraite d'un travail publié avec B. Ducarne (1974)
montre les caractéristiques suivantes : construction à partir du grand
triangle de droite, progression de la droite vers la gauche, négligence Activités constriiclives et lésions cerebrates 205
Fig. 3. — Copie de la figure de Rey
effectuée par un patient atteint d'une lésion postérieure droite
de la partie gauche, intégration à droite de détails situés à gauche,
difficultés d'articulation des différents éléments, multiplication de
certains détails ; le déplacement de certains éléments de la gauche vers
la droite entraîne le non-respect des relations topologiques de proximité
et de voisinage et la superposition de structures, qui devraient norma
lement être séparées.
LESIONS POSTERIEURES GAUCHES
ET APRAXIE CONSTRUCTIVE
Les difficultés constructives observées lors des lésions postérieures
gauches évoquent des troubles d'exécution. Il semble y avoir une
certaine dissociation entre l'intention du geste et sa réalisation, phéno
mène qui, en l'absence de paralysie ou d'ataxie, évoque l'apraxie.
Piercy, Hécaen et Ajuriaguerra (1960) suggèrent que l'apraxie cons
tructive, associée à une lésion hémisphérique gauche, est fréquemment
une forme mineure ou particulière d'apraxie globale. Cependant Ajuria
guerra, Hécaen et Angelergues (1960) trouvent que parmi 50 cas non
sélectionnés avec apraxie idéomotrice ou idéatoire, 13 avaient des per
formances normales aux tests constructifs, ce qui souligne la complexité
des relations entre les différentes formes d'apraxie et la pluralité des
mécanismes qui peuvent intervenir. Les mêmes auteurs distinguent
d'ailleurs différents niveaux dans l'apraxie : niveau sensorimoteur,

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