Alfred Binet et « L'Année Psychologique » d'après une correspondance inédite - article ; n°4 ; vol.97, pg 665-699

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L'année psychologique - Année 1997 - Volume 97 - Numéro 4 - Pages 665-699
Summary: Alfred Binet and « L'Année Psychologique » as seen through unedited correspondence.
This paper presents the story of the first years of the review L'Année Psychologique (1894-1912). The evolution of the review is exposed through unpublished correspondence between Alfred Binet and Jean Larguier des Bancels, his sub-editor during the years 1902-1911. The first part of the paper presents the biography of Binet's closest collaborators : Jean Larguier des Bancels (1876-1961) and Théodore Simon (1873-1961). The second part of the paper presents the evolution of the Année Psychologique (changes of publishers, politics of publication, etc.) between 1903 and 1911 as a result of editorial problems. The last part of the paper recounts, through the correspondence between J. Larguier des Bancels and Th. Simon, the last moments of Binet's life and the circumstances of the composition of the commemorative volume in 1912 (t. XVIII) edited by his two collaborators. From his nomination as director of the Laboratory of Physiological Psychology established at the Sorbonne, Henri Piéron ensured the continuity of the publication of the review.
Key words : L'Année Psychologique, Alfred Binet, Jean Larguier des Bancels, Théodore Simon, Henri Piéron, history of psychology.
Résumé
L'article retrace l'histoire des premières années de la revue L'Année Psychologique (1894-1912). L'évolution de la revue est exposée à travers une correspondance inédite qu'Alfred Binet a entretenue avec Jean Larguier des Bancels, son secrétaire de rédaction pendant la période 1902-1911. La première partie de l'article présente la biographie des deux plus proches collaborateurs de Binet au début du siècle : Jean Larguier des Bancels (1876-1961) et Théodore Simon (1873-1961). La seconde partie de l'article présente l'évolution de L'Année Psychologique (changement d'éditeur, de politique de publication, etc.) de 1903 à 1911 nécessitée par la survenue de problèmes éditoriaux. La dernière partie de l'article retrace, à travers une correspondance entre J. Larguier des Bancels et Th. Simon, les derniers moments de la vie de Binet et les circonstances de rédaction du volume commémoratif de 1912 (t. XVIII) édité par ses deux collaborateurs. Dès sa nomination comme directeur du Laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne en remplacement de Binet, Henri Piéron assurera la continuité de la revue.
Mots-clés : L'Année Psychologique, Alfred Binet, Jean Larguier des Bancels, Théodore Simon, Henri Piéron, histoire de la psychologie.
35 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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S. Nicolas
Alfred Binet et « L'Année Psychologique » d'après une
correspondance inédite
In: L'année psychologique. 1997 vol. 97, n°4. pp. 665-699.
Citer ce document / Cite this document :
Nicolas S. Alfred Binet et « L'Année Psychologique » d'après une correspondance inédite. In: L'année psychologique. 1997 vol.
97, n°4. pp. 665-699.
doi : 10.3406/psy.1997.28987
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1997_num_97_4_28987Abstract
Summary: Alfred Binet and « L'Année Psychologique » as seen through unedited correspondence.
This paper presents the story of the first years of the review L'Année Psychologique (1894-1912). The
evolution of the review is exposed through unpublished correspondence between Alfred Binet and Jean
Larguier des Bancels, his sub-editor during the years 1902-1911. The first part of the paper presents the
biography of Binet's closest collaborators : Jean Larguier des Bancels (1876-1961) and Théodore
Simon (1873-1961). The second part of the paper presents the evolution of the Année Psychologique
(changes of publishers, politics of publication, etc.) between 1903 and 1911 as a result of editorial
problems. The last part of the paper recounts, through the correspondence between J. Larguier des
Bancels and Th. Simon, the last moments of Binet's life and the circumstances of the composition of the
commemorative volume in 1912 (t. XVIII) edited by his two collaborators. From his nomination as
director of the Laboratory of Physiological Psychology established at the Sorbonne, Henri Piéron
ensured the continuity of the publication of the review.
Key words : L'Année Psychologique, Alfred Binet, Jean Larguier des Bancels, Théodore Simon, Henri
Piéron, history of psychology.
Résumé
L'article retrace l'histoire des premières années de la revue L'Année Psychologique (1894-1912).
L'évolution de la revue est exposée à travers une correspondance inédite qu'Alfred Binet a entretenue
avec Jean Larguier des Bancels, son secrétaire de rédaction pendant la période 1902-1911. La
première partie de l'article présente la biographie des deux plus proches collaborateurs de Binet au
début du siècle : Jean Larguier des Bancels (1876-1961) et Théodore Simon (1873-1961). La seconde
partie de l'article présente l'évolution de L'Année Psychologique (changement d'éditeur, de politique de
publication, etc.) de 1903 à 1911 nécessitée par la survenue de problèmes éditoriaux. La dernière
partie de l'article retrace, à travers une correspondance entre J. Larguier des Bancels et Th. Simon, les
derniers moments de la vie de Binet et les circonstances de rédaction du volume commémoratif de
1912 (t. XVIII) édité par ses deux collaborateurs. Dès sa nomination comme directeur du Laboratoire de
psychologie physiologique de la Sorbonne en remplacement de Binet, Henri Piéron assurera la
continuité de la revue.
Mots-clés : L'Année Psychologique, Alfred Binet, Jean Larguier des Bancels, Théodore Simon, Henri
Piéron, histoire de la psychologie.L'Année psychologique, 1997, 97, 665-699
Université René- Descartes et EPHE1
Laboratoire de Psychologie expérimentale
ALFRED BINET
ET «L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE»
D'APRÈS UNE CORRESPONDANCE INÉDITE2
par Serge NICOLAS
SUMMARY : Alfred Binet and « L'Année Psychologique » as seen through
unedited correspondence.
This paper presents the story of the first years of the review L'Année
Psychologique (1894-1912). The evolution of the review is exposed through
unpublished correspondence between Alfred Binet and Jean Larguier des
Bancels, his sub-editor during the years 1902-1911. The first part of the paper
presents the biography of Binet's closest collaborators : Jean Larguier des
Bancels (1876-1961) and Théodore Simon (1873-1961). The second part of
the paper presents the evolution of the Année Psychologique (changes of
publishers, politics of publication, etc.) between 1903 and 1911 as a result of
editorial problems. The last part of the paper recounts, through the
correspondence between J. Larguier des Bancels and Th. Simon, the last
moments of Binet's life and the circumstances of the composition of the
commemorative volume in 1912 (t. XVIII) edited by his two collaborators.
From his nomination as director of the Laboratory of Physiological
Psychology established at the Sorbonne, Henri Piéron ensured the continuity
of the publication of the review.
Key words : L'Année Psychologique, Alfred Binet, Jean Larguier des
Bancels, Théodore Simon, Henri Piéron, history of psychology.
1. Centre Henri-Piéron, URA 316 CNRS, 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2 . Cette recherche a été réalisée à partir du Fonds d'Archives Jean Lar
guier des Bancels (cote IS 1907) déposé à la Bibliothèque cantonale et universit
aire de Lausanne-Dorigny. Ces archives contiennent de nombreux documents
biographiques et une correspondance importante et encore inédite d'Alfred
Binet. Je tiens ici à remercier pour leur aimable collaboration Mme Daniele
Mincio, conservatrice du département des manuscrits de la Bibliothèque, ainsi
que les responsables des Archives cantonales vaudoises qui m'ont permis
d'accéder à certains documents relatifs à la généalogie de Jean Larguier des
Bancels. 666 Serge Nicolas
INTRODUCTION
II y a maintenant un siècle, Alfred Binet fonda L'Année Psy
chologique (1894), une des premières revues publiées dans ce
domaine (pour les circonstances historiques de la fondation de la
revue : Nicolas, 1995). Grâce à l'appui du ministère et au zèle de
nombreux souscripteurs, Binet réussit à couvrir les frais du pre
mier volume qui parut en 1895 chez l'éditeur Félix Alcan et qui
rendait compte des travaux du Laboratoire de psychologie phy
siologique de la Sorbonne pour l'année 1894. Pourtant, les noms
des éditeurs de cette revue ainsi que la politique éditoriale de
Binet varièrent sensiblement dans les années qui suivirent.
L'évolution en ce début de siècle de L'Année Psychologique sous
le « règne » de Binet nous est aujourd'hui connue grâce à une
correspondance inédite1 conservée par le secrétaire général de la
revue à cette époque : le psychologue suisse Jean Larguier des
Bancels. Dans un premier temps, nous présenterons une biogra
phie succincte des deux principaux amis et collaborateurs de
Binet : Jean Larguier des Bancels et Théodore Simon, parce
qu'ils sont les deux personnages clés de L'Année Psychologique
durant la période 1900-1912. Ensuite, nous décrirons l'évolution
de L'Année Psychologique à travers des extraits de lettres qu'Al
fred Binet avait adressées à Jean Larguier des Bancels. Enfin,
nous exposerons principalement à travers une correspondance
1 . La découverte de cette correspondance mérite quelques explications.
Son existence fut mentionnée pour la première fois par Mme Thêta Wolf (1973)
dans l'excellente biographie qu'elle a consacrée à Alfred Binet. Après le décès de
Jean Larguier des Bancels en 1961, tous les papiers de ce psychologue entrèrent
en possession de sa nièce qui les déposa à la Bibliothèque cantonale et universi
taire de Lausanne (Suisse). Cependant, les récents extraits de catalogue de cette
bibliothèque ne mentionnaient nulle part l'existence de ces lettres. Mme Thêta
Wolf qui fut à une certaine période en possession des copies de ces lettres sous
forme de microfilms ne put, à son grand regret, me communiquer le précieux
matériel égaré, semble-t-il, dans quelque bibliothèque américaine. Tout sem
blait donc perdu, les lettres et l'espoir de les retrouver. Cependant, un nouvel
inventaire demandé par l'auteur de cet article et daté du 11 janvier 1995 per
mit enfin de mettre la main sur cette correspondance. Un trésor de 188 lettres
et cartes d'Alfred Binet couvrant les dix dernières années de sa vie était enfin
accessible au public, c'est la correspondance la plus étendue du psychologue
français que l'on connaisse. Pour donner une idée de son importance, il est utile
de souligner qu'il n'existe en effet que quelques lettres, une dizaine tout au
plus, déposées au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale. Binet et «L'Année Psychologique» 667
inédite entre Jean Larguier des Bancels et Théodore Simon les
circonstances qui ont conduit à la rédaction du volume comme-
1911-1912)1 élaboré suite à la disparition moratif (t. XVIII,
d'Alfred Binet en 1911.
I — LES PROCHES COLLABORATEURS
DE «L'ANNÉE PSYCHOLOGIQUE»
AU DÉBUT DU SIÈCLE
Alfred Binet reconnaissait s'être entouré essentiellement de
trois proches amis et collaborateurs à L'Année Psychologique.
En parlant d'eux, Binet a écrit, dans sa lettre du 14 août 1904
adressée à Jean Larguier des Bancels, qu'ils sont « mes trois
meilleurs collaborateurs, ceux que j'aime le plus, ou plutôt ceux
là seuls que j'aime». La lettre du 1er juin 1906, adressée à nou
veau à Jean Larguier des Bancels, ajoute : «Vraiment, les coll
aborateurs que j'ai su me créer me forment une seconde famille. »
Les noms de ces hommes étaient : Victor Henri (1872-1940),
Jean Larguier des Bancels (1876-1961) et Théodore Simon
(1873-1960)2. Les lecteurs de L'Année Psychologique connaissent
1. Signalons ici qu'il convient d'apporter un éclaircissement concernant les
dates de parution de L'Année Psychologique. Cette revue fut fondée en 1894 par
Henry Beaunis et Alfred Binet. Cependant sur la page du titre du premier
tome, on trouve deux dates : 1894 pour l'année et 1895 pour la date de parut
ion. Il s'ensuit que l'année associée à un tome quelconque correspond en fait
aux travaux de l'année précédente. Par convention, nous avons ici gardé pour
chaque tome cité les deux dates, celle correspondant aux travaux de l'année (la
première) et celle portée sur la page de titre de la revue (la seconde). Ce choix
nous a semblé indispensable et nous a été imposé par des contraintes inhérentes
à la suite de l'exposé. Par contre, pour les articles nous avons donné la date
effective de parution (la seconde).
2. Le nom d'un de ses proches collaborateur et élève n'apparaît pas : celui
du psychologue roumain Nicolas Vaschide (1874-1907). C'est en 1895 qu'Alfred
Binet fut appelé par son ancien camarade de classe du lycée Louis-le-Grand à
Paris, Take Ionescu, devenu ministre de l'Enseignement public en Roumanie, à
donner une série de conférences de psychologie expérimentale à l'Université de
Bucarest. Lors de ce séjour, Alfred Binet se prit d'amitié avec ce jeune et bril
lant étudiant roumain. Il l'invita à continuer ses études à Paris et à organiser
des recherches au Laboratoire de psychologie physiologique de la Sorbonne
qu'il dirigeait. Les deux hommes réalisèrent un nombre important de travaux
publiés dans le tome IV (1897-1898) de L'Année Psychologique. Cependant
en 1898, la collaboration entre les deux hommes cesse brusquement suite 668 Serge Nicolas
déjà la vie et l'œuvre de Victor Henri (Nicolas, 1994), mais
savent certainement peu de choses sur Théodore Simon et
encore moins sur Jean Larguier des Bancels puisqu'il n'existe
aucune biographie de ce psychologue suisse. Nous allons présen
ter ici ces deux derniers personnages parce qu'ils sont les princ
ipaux acteurs de notre histoire, Jean Larguier des Bancels
comme destinataire d'une correspondance importante de Binet
et Théodore Simon comme le plus proche collaborateur de
à Paris.
a) Jean Larguier des Bancels (1876-1961)
Jean-Charles-Georges Larguier des Bancels est né à Lau
sanne le 3 avril 1876. Comme de nombreux citoyens suisses des
régions romandes, Jean Larguier des Bancels a des origines fran
çaises très marquées.
Il nous faut tout d'abord dire quelques mots sur l'origine de
ce nom, Larguier des Bancels, car il est très souvent mal réper
torié dans nombre de bibliographies1. Larguier est un nom que
l'on trouve dans la partie méridionale du Languedoc au
XVe siècle (Jaccard, 1965). A la fin du XVIe siècle, pour des rai
sons confessionnelles sans doute, un membre de cette famille se
réfugie à Saint-Germain-de-Calberte, dans les Hautes Cévennes.
La branche des Larguier qui nous occupe, celle des Larguier des
Bancels, tire son nom du mas dit « des Bancels » situé non loin
à une dispute qui restera gravée dans la mémoire d'Alfred Binet. Binet écrivait
encore dans sa lettre du 30 mars 1906 à Larguier des Bancels : « Du moment
que Vaschide est dans cette maison-là, je n'y entre pas. » Vaschide quitte alors
le laboratoire de la Sorbonne et rejoint dans un premier temps celui de Pierre
Janet à La Salpêtrière pour ensuite intégrer celui d'Edouard Toulouse à Ville-
juif où il devient rapidement chef des travaux (1900). Sa gloire naissante s'ac
crut très rapidement dans le domaine de la psychopathologie. On compte pas
moins de 200 publications écrites en l'espace de dix ans seul ou en collaboration
(avec Piéron, Toulouse, Vurpas, etc.). Il meurt prématurément en 1907 à l'âge
de 33 ans (pour une biographie : Herseni, 1965).
1. Les classements bibliographiques sur «Jean Larguier des Bancels» por
tent très souvent comme nom de l'auteur « des Bancels » ou « Bancels » et
comme prénom «Larguier» ou «J. Larguier». Ceci peut paraître un détail
pour un psychologue mais ne l'est certainement pas pour un historien ou un
bibliophile. En tout état de cause, ce simple fait montre combien Jean Larguier
des Bancels est un oublié de l'histoire de la psychologie alors qu'il a porté avec
Alfred Binet le poids de la rédaction de L'Année Psychologique pendant près de
dix années. et «L'Année Psychologique» 669 Binet
du bourg de Saint-Germain. Jérémie Larguier ;n licta en 1709
tous les droits seigneuriaux sur le territoire des Bancels et il
ajouta à son nom celui de cette terre, pour se distinguer de ses
frères cadets. Les Larguier furent pour la plupart protestants et
c'est pour des raisons confessionnelles qu'ils furent amenés à
quitter la France pour s'installer dans le canton de Vaud en
Suisse.
Parmi les ascendants de Jean Larguier des Bancels, il y eut
deux Vaudois célèbres : Jacques des son
père ; et Charles Secrétan, son grand-père. Jean- Jacques-Frédér
ic-Georges Larguier des Bancels (1844-1904), dit Jacques Lar
guier des Bancels, quitta Lausanne après ses études secon
daires pour se rendre à Paris où il soutint sa thèse de médecine
en 1870. Il s'établit ensuite à Lausanne où il fut chirurgien
comme son père. Lors de la création de la Faculté de
à Lausanne en 1890, il fut nommé professeur de médecine
légale. Marié à Charlotte Secrétan, il eut pour beau-père le
célèbre philosophe Charles Secrétan (1815-1895). Ce dernier fit
ses études générales à Lausanne, sa ville natale, et fut nommé
professeur ordinaire de philosophie à l'Académie de Lausanne
grâce à une dissertation sur les rapports entre l'âme et le
corps. Il était un passionné de la langue et de la philosophie
allemandes, passion qu'il communiquera à son petit-fils. Le
père et le grand-père maternel influencèrent nettement la car
rière intellectuelle du jeune Larguier des Bancels. Le premier
en lui donnant le goût des études positives et le second des
études philosophiques. Il n'est donc peut-être pas étonnant
qu'il se soit dirigé vers la psychologie pour concilier ces deux
inclinations.
Jean Larguier des Bancels fit ses études primaires et secon
daires à Lausanne où il obtint son diplôme de bachelier es Let
tres en 1894. La même année, il réussit son certificat de Matur
ité pour les études médicales et l'année d'après (1895) passa
avec succès ses examens en sciences naturelles. Il continua ses
études à Paris (1895-1896) pour suivre les enseignements de
Boutroux, Brochard, Egger, etc., et obtint en Sorbonne une
licence es lettres en 1896. Diplôme en main, il passa le semestre
d'hiver 1896-1897 à l'Université de Berlin pour suivre des cours
en philosophie puis le semestre d'été suivant à l'Université de
Lausanne. Revenant à Paris, il prépara un certificat d'études
supérieures en physiologie générale qu'il obtint en 1900. C'est au 670 Serge Nicolas
cours de cette période qu'il fit la connaissance de Victor Henri
lequel l'introduisit auprès de Binet. Jean Larguier des Bancels
publiera dans L'Année Psychologique ses premiers articles de
psychologie sur les thèmes de la fatigue intellectuelle et phy
sique (Larguier des Bancels, 1899 a, 18996) et de l'esthétique
expérimentale (Larguier des Bancels, 1900, 1901). Durant cette
période, il prépara sous la direction de Dastre, dans le labora
toire de physiologie où il fut aussi intégré, une thèse intitulée
« De l'influence de la température extérieure sur l'alimentation :
Recherches expérimentales sur le pigeon » qu'il soutint le
26 décembre 1902 (Larguier des Bancels, 1902 a). Dans cette
thèse il arriva aux mêmes conclusions que celles énoncées par
Alfred Binet sur la consommation de pain chez les écoliers, à
savoir que la de nourriture varie avec la tempé
rature moyenne mais que le poids du corps se maintient quelles
que soient les limites de la température extérieure. Dans sa thèse
Jean Larguier des Bancels remercie Victor Henri pour les
conseils qu'il n'a pas cessé de lui prodiguer. Les deux hommes
restèrent très liés pendant de nombreuses années, ils publièrent
d'ailleurs ensemble ultérieurement de nombreuses études dans le
domaine de la chimie physique.
A son retour en Suisse, le département de l'Instruction
publique accorda à Jean Larguier des Bancels le titre de Privat -
Docent de l'Université de Lausanne et l'autorisa, à sa demande,
à faire en cette qualité un cours de psychophysiologie à la
Faculté des lettres et un cours de physiologie à la Faculté de
médecine à partir du semestre d'hiver 1903-1904. Quatre années
plus tard, le Conseil d'État du canton de Vaud le nomma profes
seur extraordinaire de psychologie expérimentale et de physiolog
ie des sens à l'Université de Lausanne dans sa séance du 8 jan
vier 1907. Il prit ses fonctions le 1er octobre de la même année.
Jean Larguier des Bancels publiera de nombreux articles dans
les domaines de la psychologie, de la physique-chimie et de la
philosophie. Ses principaux travaux en psychologie portent sur
la mémoire (cf. Larguier des Bancels, 1902 b, 1902 c, 1904 a,
1904 6, 1906, 1917), les sensations du goût et de l'odorat
(cf. Larguier des Bancels, 1909, 1910, 1912 b), les instincts et les
émotions (cf. 1919, 1921, 1925, 1930, 1932). Affligé d'une sur
dité croissante, il démissionne le 15 octobre 1936 pour des rai
sons de santé. Il est nommé professeur honoraire le
1er mars 1940. Jusqu'à sa mort, survenue, le 8 mai 1961, à l'âge et «L'Année Psychologique» 671 Binet
de 85 ans, il vivra solitaire dans sa belle campagne des Bergères.
Il laissera à ses amis le souvenir d'un homme étonnamment
cultivé, distingué et... modeste.
b) Théodore Simon (1873-1961)
La vie et l'œuvre de Théodore Simon est beaucoup mieux
connue que celle de Jean Larguier des Bancels (cf. Husson,
1961 ; Wolf, 1961), c'est pour cette raison que nous nous conten
terons ici de présenter à grands traits ce personnage si étroit
ement attaché à la figure et aux travaux d'Alfred Binet dans les
dix dernières années de sa vie.
Théodore Simon est né à Dijon le 10 juillet 1873. Orphelin de
père et de mère dès l'âge de 12 ans, il fut recueilli par une de ses
tantes qui habitait Sens. Après ses études secondaires au lycée
de cette ville, il s'inscrivit comme étudiant à la Faculté de médec
ine de Paris. Il fut reçu interne des hôpitaux de Paris en 1898.
Nommé le 1er février 1899 pour deux ans à l'hôpital psychia
trique de Perray- Vaucluse, il contacta Alfred Binet pour lui pro
poser ses observations sur la colonie d'enfants anormaux
annexée à cet hôpital. Ce fut le début d'une collaboration qui
devait associer indissolublement leurs deux noms. Les premières
recherches publiées par Théodore Simon dans L'Année Psycholo
gique lui furent inspirées par Alfred Binet et concernèrent l'a
nthropométrie chez les enfants anormaux (Simon, 1900 a) et la
suggestion chez les débiles (Simon, 1900 b). C'est dans le cadre
de cette collaboration que Théodore Simon choisit comme sujet
de sa thèse de doctorat, soutenue le 2 mai 1900, l'étude compar
ée du développement physique (la taille) et de l'intelligence
(Simon, 1900 c). Ces recherches anthropométriques sur les
enfants arriérés furent étendues l'année suivante (Simon,
1901 a). La question qui présidait à ce nouveau travail fut de
savoir s'il existait une corrélation entre les dimensions de la tête
et le développement intellectuel. Les conclusions de ces travaux
montrèrent que si les enfants anormaux sont en moyenne plus
petits et ont un diamètre céphalique moins important, ces él
éments n'ont pas de valeur précise pour l'individu qui en est por
teur. La même année, on trouve deux autres publications de
Simon (1901 b, 1901 c) qui n'eurent cependant aucun prolonge
ment et qui portèrent sur l'écriture et les sensations tactiles chez
les enfants arriérés mentaux. 672 Serge Nicolas
Théodore Simon fut par la suite nommé interne à l'hôpital
Saint-Anne à Paris de 1901 à 1903, puis médecin- adjoint à
l'hôpital psychiatrique de Dury-lès-Amiens de 1903 à 1904.
Durant cette période, il ne publia qu'un seul article dans
L'Année Psychologique : un résumé clinique d'aliénation ment
ale (Simon, 1904) qui sera complété l'année suivante (Binet et
Simon, 1905 e). Son retour comme assistant à Saint- Anne
de 1904 à 1908 coïncida avec la mise en place de la commiss
ion ministérielle pour les anormaux (octobre 1904) pour l'ét
ablissement de classes spécialisées qui devait amorcer la mise en
œuvre d'un diagnostic scientifique des états inférieurs de l'i
ntelligence (cf. Binet et Simon, 1907). L'étude approfondie de
l'arriération mentale (Binet et Simon, 1905 a, 1905 6) conduisit
à la mise au point de la première version de la fameuse échelle
métrique de l'intelligence qui fît connaître ses auteurs dans le
monde entier (Binet et Simon, 1905 c, 1905 d) et qui connut
deux versions successives améliorées (Binet et Simon, 1908 a,
191 1J). Ces préoccupations d'ordre pédagogique firent l'objet
d'un article (Binet et Simon, 1906) et d'un ouvrage (Binet et
Simon, 1907).
La collaboration entre Binet et Simon culmine dans les trois
tomes de L'Année Psychologique qui précèdent la mort de Binet
en 1911 avec un nombre important d'études de pathologie ment
ale (cf. Pias, 1994 pour un développement à ce sujet). Dans le
tome XV (1908-1909), Binet et Simon (1909 a) exposeront
d'abord leur méthode psychogénique déjà entrevue l'année pré
cédente (Binet et Simon, 1908 6) qui consistait à étudier la
genèse psychologique d'une fonction mentale à un stade de
développement bien arrêté ; ils aborderont ensuite (Binet et
Simon, 1909 6) une nouvelle théorie de la démence qui établira
un lien entre les études précédentes sur les enfants arriérés et les
études suivantes sur les aliénés. Dans les tomes XVI (1909-1910)
et XVII (1910-1911), Binet et Simon (1910 a, 19106, 1910 c,
1910 d, 1910 e, 1910/, 1910g, 1910 h, 1911a, 19116, 1911c,
1911 d, 1911e) présenteront un tableau d'ensemble de l'aliéna
tion où ils s'efforceront d'établir une classification purement
psychologique des maladies mentales basée sur la définition dif
férentielle d'états mentaux caractéristiques de chacune d'entre
elles.
Après la disparition de Binet, Th. Simon prit la direction de
la Société libre pour l'étude psychologique de l'enfant dont il fut

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