Analyse du processus d'internationalisation du complexe agro-industriel français (1955-1980) - article ; n°88 ; vol.22, pg 775-787

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Tiers-Monde - Année 1981 - Volume 22 - Numéro 88 - Pages 775-787
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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Pascal Byé
Amédée Mollard
Analyse du processus d'internationalisation du complexe agro-
industriel français (1955-1980)
In: Tiers-Monde. 1981, tome 22 n°88. Transformations agraires. pp. 775-787.
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Byé Pascal, Mollard Amédée. Analyse du processus d'internationalisation du complexe agro-industriel français (1955-1980). In:
Tiers-Monde. 1981, tome 22 n°88. Transformations agraires. pp. 775-787.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/tiers_0040-7356_1981_num_22_88_4066ANALYSE DU PROCESSUS
D'INTERNATIONALISATION
DU COMPLEXE AGRO-INDUSTRIEL FRANÇAIS
(195 5-1980)
par Pascal Byé et Amédée Mollard*
L'analyse du processus d'internationalisation** peut être conduite à trois
niveaux : celui des échanges internationaux de marchandises ; celui de l'inte
rnationalisation des unités économiques, qui participe à la production; celui
des techniques, qui préside à l'organisation de la production.
A ce triple point de vue, certaines données statistiques récentes situent
bien l'importance de l'internationalisation dans le complexe agro-industriel
français. L'excédent commercial agro-alimentaire a représenté, en 1980,
11,8 milliards de francs, si l'on retient la nomenclature du Ministère du Comm
erce extérieur, et 16 milliards selon les calculs du Ministère de l'Agriculture.
Les ventes de produits agricoles ont représenté, en 1980, 7,5 % des exportations
françaises et celles des produits des industries agricoles et alimentaires 9,5 %.
Mais, l'augmentation des exportations agro-alimentaires est à rapprocher de
celles des importations agro-alimentaires et industrielles qui traduisent la
dépendance technique et économique des firmes et des agriculteurs. Les
importations de produits industriels nécessaires à la production agricole
représentent en 1980 environ 12 milliards de francs. La part de la production
intérieure contrôlée par les firmes étrangères s'élève a 18 % pour l'agro-
alimentaire. Dans l'amont de l'agriculture, cette part est évaluée à 35 % et
varie de 2 à 3 % pour les produits les plus classiques (engrais) à plus de 65 %
pour les consommations intermédiaires ou les équipements les plus
sophistiqués.
Le processus d'internationalisation est un élément déterminant du mouve
ment d'intégration de l'agriculture aux rapports de production capitalistes.
On doit d'abord lui attribuer un rôle essentiel dans l'uniformisation des
techniques de production et la modification des conditions de travail dans
l'agriculture, rôle qui repose avant tout sur la stratégie des grandes firmes de
l'amont agricole. On doit, ensuite, le rapprocher des tendances à la baisse
relative ou absolue des prix des produits agricoles qui ne dérive pas de la
, Grenoble.
** L'origine de cet article est une communication à un séminaire international qui s'est
tenu à Paris du 11 au 15 mai 198 1 sur l'application de la théorie de l'internationalisation du
capital et l'étude de la transformation de l'agriculture à l'échelle mondiale. Cette commun
ication s'appuyait sur les travaux effectués dans le cadre d'un programme de recherche
du Centre européen de Coordination, de Recherche et de Documentation en Sciences
sociales.
Bévue Tiers Monde, t. XXII, n° 88, Octobre-Décembre 1981 776 P. BYÉ ET A. MOLLARD
seule augmentation de la productivité agricole mais d'une accentuation de la
concurrence sur les marchés internationaux à laquelle président les grandes
firmes agro-alimentaires.
Le mouvement d'internationalisation est donc étroitement lié au mouve
ment d'industrialisation de la production agricole française qui domine la
période 1 960-1 980. Il se traduit successivement par un renforcement du
caractère international des firmes qui se situent en amont et en aval de la
production agricole nationale, puis par un alignement progressif des condi
tions de production et d'échange régnant dans l'agriculture française sur les
conditions de production et d'échange en vigueur sur les marchés commun
autaires et mondiaux. Les échanges croissants de marchandises, de techniques
et de capitaux contribuent à la disparition des particularismes locaux et
régionaux. La nécessité tantôt de déclencher, de maintenir ou d'accélérer les
évolutions en cours, tantôt de freiner ou de réduire certaines conséquences de
ces justifie les interventions de l'Etat et dans le cas français les
deux lois d'orientation agricoles de i960 et de 1980 qui ponctuent les mouve
ments d'industrialisation et d'internationalisation de la production agro
alimentaire française.
L'objectif de cette note est de montrer comment, sur la période 195 5-1980,
l'internationalisation se manifeste puis se transmet à l'ensemble du capital
social national qui fonctionne alors dans les conditions du capital inter
national.
L'internationalisation qui trouve son origine dans l'ensemble des lois de
fonctionnement de l'ensemble du capital social se manifeste d'abord au sein
du secteur agro-alimentaire français, a travers le développement des échanges
extérieurs des produits agro-alimentaires, des techniques et la participation
croissante du capital international dans les firmes situées en amont et en aval
de la production agricole (cf. I).
La perpétuation et l'amplification du processus d'internationalisation vont
reposer ensuite sur deux phénomènes : le renforcement des relations entre
l'agriculture et les activités d'amont et d'aval, l'intégration de l'agriculture
constituant le facteur essentiel de l'internationalisation de l'ensemble du
secteur agro-alimentaire; la politique agro-alimentaire de l'Etat venant
accompagner ou renforcer les évolutions précédentes (cf. П).
Le processus d'internationalisation va profondément modifier les condi
tions de production et d'échange au sein du complexe agro-industriel français.
Très intégrée aujourd'hui au fonctionnement du système économique, l'agr
iculture va ressentir les effets et les conséquences de la crise économique.
C'est dans ce contexte qu'il faut juger les évolutions récentes concernant
l'approfondissement du mouvement crinternationalisation et sa position dans
la division internationale du travail.
I. — Eléments d'analyse sur l'internationalisation
DU SECTEUR AGRO-ALIMENTAIRE FRANÇAIS
1. U accentuation des échanges de produits agro-alimentaires
Les années 1950, 1951 et 1952 se caractérisent par une importance nouvelle
du commerce extérieur par rapport à la production nationale : les importations,
supérieures aux exportations, représentent près de 15 % de la production. LE COMPLEXE AGRO-INDUSTRIEL FRANÇAIS 777
L'aide américaine, à travers le plan Marshall, est à l'origine de cette situation
qui marque une certaine dépendance de l'économie française.
A partir de la période 1961-1965, débute le véritable processus d'interna
tionalisation de la production et des échanges, en relation directe avec la
création de la cee. Entre 1961 et 1974, la part des échanges extérieurs dans la
production est presque doublée. Elle passe de 11,7% à 22,0% pour les
importations. Ces échanges, en outre, se réalisent en grande majorité entre
pays de la cee, au détriment des pays en voie de développement et des Etats-
Unis, en particulier. Depuis 1975, cependant, les échanges avec les pays du
Marché commun ont tendance à plafonner. En 1977, les exportations
vers la Communauté représentaient 66,9 % du total des exportations agro
alimentaires françaises; elles n'en représentaient plus que 58,1 % en 1980.
On enregistre, durant les trois dernières années, un net redéploiement de
l'activité exportatrice en direction des pays industrialisés (pays de l'Est,
Etats-Unis) et semi-industrialisés (pays pétroliers).
On doit souligner cependant l'importance très inégale du commerce extérieur
selon les produits, et notamment le déséquilibre entre productions végétales et
productions animales, ces dernières étant beaucoup moins engagées dans le
processus d'internationalisation puisque leurs échanges (importations ou
exportations) représentent rarement plus de 5 % de la production nationale.
Par contre, l'agriculture française apparaît comme fortement spécialisée en
céréales, dont les exportations représentent jusqu'à 45 % de la production
nationale en 1 973-1 974. Dans les fruits et légumes, enfin, les importations
et les exportations se développent simultanément, compte tenu en particulier
des contraintes agronomiques et climatiques qui pèsent sur ces productions.
La constatation précédente signifie aussi que les productions végétales
s'échangent souvent à l'état brut (cas des céréales notamment), tandis que les
productions animales le sont en général après une première transformation
(produits laitiers, viandes en carcasses ou congelées...). L'importance des
exportations de produits laitiers (beurre, poudre, fromages...) ou des import
ations de viande relativement aux échanges extérieurs de produits animaux
bruts confirme cette analyse, de même que le décalage inverse entre les export
ations de céréales en grains et celles de produits alimentaires à base de céréales
(42,5 % en 1 971-1974 pour les premières, contre 24,9 % pour les secondes).
Depuis 1978, les exportations de transformés ont très sensibl
ement augmenté. Ainsi, en 1980, ce sont les exportations des industries aliment
aires qui ont le plus progressé (+ 21,4 %), passant de 36,9 à 44,8 milliards
de francs, tandis que les exportations de l'agriculture ont plafonné à 3 5 milliards.
L'augmentation des importations de produits agricoles (+ 4,8 % pour 1980)
reste inférieure à celle des produits alimentaires transformés.
Pour l'ensemble de la période considérée et l'ensemble des produits, les
marchandises échangées sur les marchés internationaux représentent une part
encore modeste de la production alimentaire nationale. Moins d'une unité
de produit sur cinq transite sur ces marchés. En volume, les importations
(boissons exclues) représentent 11 % de ces échanges, les exportations 8 %.
Sur l'ensemble de la période 1960-1975 et pour quatre grands produits
(lait; produits laitiers; produits de la minoterie; sucre; boissons), on note
un très net tassement des importations, une augmentation très sensible, à
partir de i960 surtout, des exportations.
Les échanges des autres produits alimentaires sont beaucoup plus instables.
TM — 27 778 P. BYÉ ET A. MOLLARD
Ils sont constamment déficitaires pour les produits de l'industrie des corps
gras. La balance commerciale s'améliore sensiblement depuis 1965 pour
l'alimentation animale (déficit réduit à six points pour la période 1 970-1 974).
Elle devient excédentaire pour les boissons. Pour la viande, par contre, depuis
bientôt dix ans, les importations l'emportent sur les exportations.
La priorité accordée depuis 1976 à l'exportation de produits agro
alimentaires a contribué à améliorer la position des postes traditionnellement
excédentaires. Les exportations de sucre et sucreries (5,7 milliards en 1980)
augmentent de 94,4 % entre 1979 et 1980, celles des céréales (14,7 milliards
en 1980) de 26 %. Les produits laitiers (6,4 milliards), les boissons, les produits
de la minoterie (-}- 3 milliards) et même les animaux vivants présentent en 1980
un solde nettement excédentaire.
Cependant, les déficits commerciaux restent importants pour les oléa
gineux, les viandes, les légumes et même les fromages. Ils augmentent pour les
aliments pour animaux, les fruits et le tabac.
La situation récente de la balance commerciale traduit bien l'impact de
l'internationalisation sur les orientations de la production agricole française :
les produits végétaux industrialisables (sucres et céréales) constituent le point
fort des politiques d'exportation; la dépendance commerciale reste import
ante pour les productions où les techniques de production restent encore à
dominante artisanale (légumes, fruits, viandes).
2. Internationalisation et uniformisation des techniques
Les performances obtenues dans la production agricole et sur les marchés
internationaux l'ont été au prix d'un changement radical des techniques de
production. L'application de ces techniques s'est traduite notamment par une
utilisation croissante de produits industriels (consommations intermédiaires
et biens d'équipement) et de techniques importées (brevet).
La période 1947-1979 se caractérise par une dépendance accrue à l'égard
des techniques et des produits industriels nécessaires à la production et à la
transformation des agricoles. D'abord limité à l'amont agricole, le
mouvement s'étend progressivement à l'aval alimentaire.
U industrialisation progressive de la production agricole se traduit ď abord par une
importation croissante de produits d'origine industrielle.
De 1946 à 1979, on peut distinguer trois grandes phases :
— de 1946 à 1955, l'agriculture nationale se révèle peu dépendante à l'égard
de son amont. Les fournisseurs de l'agriculture suffisent à répondre à la
demande nationale. Pour les engrais, la France est même exportatrice;
— de 1956 à 1965, le mouvement d'industrialisation de l'agriculture nationale
s'affirme. La production nationale est assurée conjointement par des firmes
françaises et étrangères, ce qui permet de freiner les importations. Pourtant
si les exportations augmentent entre i960 et 1965, les importations tant
en matériel agricole qu'en produits chimiques nécessaires à la production
agricole s'accroissent beaucoup plus vite;
— à partir de 1965, ce dernier mouvement s'affirme. Il recouvre l'incapacité
de l'industrie nationale à répondre aux exigences d'une demande agricole
qu'elle ne contrôle plus. Pour le matériel agricole par exemple, la situation LE COMPLEXE AGRO-INDUSTRIEL FRANÇAIS 779
de la balance commerciale estimée en volume (la chose est encore plus
nette quand on utilise les valeurs) continue de se détériorer. Les importat
ions de tracteurs de grande puissance et de matériels de récolte augmentent
très sensiblement depuis bientôt dix ans. Elles sont loin d'être compensées
par les exportations de tracteurs de moyenne puissance, de machines de
préparation du sol (semoirs et charrue) ou de traitement où la France
occupe, depuis plusieurs années, une position favorable sur les marchés
internationaux.
Le déficit enregistré pour les produits chimiques, l'alimentation animale
ou les semences ne traduit qu'imparfaitement la dépendance de l'agriculture
française à l'égard des modèles techniques dominants et des firmes étrangères
souvent implantées en France qui les propagent.
Le mouvement s'amplifie et se perpétue par le biais de l'uniformisation des
techniques.
En amont de l'agriculture, la généralisation d'un modèle technique agricole
dominé par la mécanisation lourde et la chimie conduit non seulement à
l'augmentation permanente des importations de produits industriels et à la
disparition progressive des fabricants nationaux spécialisés (fabricants de
tracteurs), mais elle se perpétue et s'amplifie par un déficit constant de la
balance des brevets de toutes les branches où le renouvellement de la gamme
des produits a été rapide (phytosanitaires, mécanique spécialisée). Non seul
ement la part de la production contrôlée par les industries nationales est faible
(8 tracteurs sur 10 immatriculés et 9 trayeuses sur 10 sont fabriqués par des
firmes étrangères), mais la dépendance technologique s'accentue en particulier
dans les phytosanitaires. Sur quelque 160 matières actives sous brevet au
ier juillet 1975, 12 seulement étaient d'origine française pour tous les produits
nouveaux ou les semences.
En aval de l'agriculture, la situation est moins nette. Les techniques de
la transformation alimentaire sont encore dominées par la transposition à
l'échelon industriel de processus de production d'origine artisanale.
Mais la généralisation de nouvelles techniques alimentaires, la mise
au point de nouveaux produits élaborés conduisent, via les grandes firmes
alimentaires notamment, à une modification rapide des procédés utilisés.
La balance des brevets, excédentaire pour les produits les plus banalisés (pre
mière transformation des produits agricoles), devient déficitaire pour les
produits les plus sophistiqués. La dépendance technologique s'accentue,
notamment par le biais de l'importation de biens d'équipement qui changent
progressivement les techniques de fabrication (généralisation des procédés
en continu, modification des techniques d'emballage, perfectionnement des
techniques de « séparation »...).
3. U internationalisation des firmes situées en amont et en aval de la production agricole
a) Les firmes amont
L'importance du déficit de la balance commerciale et de la balance des
brevets des produits industriels nécessaires à la production agricole ne reflète
qu'une partie de la dépendance technique de l'agriculture française. En réalité, 780 P. BYÉ ET A. MOLLARD
le renforcement de l'implantation de firmes étrangères spécialisées sur le
territoire national donne au mouvement d'internationalisation une nouvelle
dimension. D'abord limitée au machinisme agricole, cette implantation s'est
généralisée aux activités de la chimie, de l'alimentation animale et des semences.
Dans Yindustrie du machinisme agricole, la présence des firmes internationales
n'a cessé de se renforcer depuis 1956. A l'origine spécialisés sur la fabrication
des seuls tracteurs et machines de récolte, les grands fabricants internationaux
(John Deere, Massey-Ferguson, Fiat...) contrôlent aujourd'hui plus de 80 %
de la production nationale de tracteurs et du matériel autotracté. Leur activité
s'étend progressivement à la distribution des matériels spécialisés (préparation
du sol; matériel de manutention...) dont la fabrication reste encore assurée
par des petits et moyens constructeurs spécialisés. Le développement de
l'équipement fixe à la ferme (matériel d'irrigation, matériel de prétraitement
des récoltes) pourrait conduire à un renforcement de la présence des firmes
étrangères comme on peut le noter déjà dans le domaine de l'équipement laitier
avec la présence d'Alfa-Laval.
Dans Yindustrie chimique, la participation directe de groupes étrangers dans
la fabrication n'a pas été jusqu'à présent autorisée par les pouvoirs publics.
Le déficit croissant de la balance engrais dû à l'importation des principaux
composants (phosphates, gaz, naphta et plus récemment ammoniac, acide
phosphorique) justifie depuis 1973 notamment les rapprochements entre
firmes françaises (accords cdf - phosphates du Maroc) ou firmes étran
gères (accords Agrico-Cofaz) pour la gestion des matières premières non
renouvelables.
Dans le domaine phytosanitaire, l'implantation directe en tant que fabri
cants, formulateurs ou distributeurs n'a cessé de se renforcer depuis i960.
Aujourd'hui, le poids croissant de Rhône-Poulenc dans l'agrochimie ne suffit
pas à contrebalancer l'influence exercée par les groupes étrangers ou multi
nationaux (Hoescht, Bayer, Basf, Ciba-Geigy...) sur les marchés nationaux.
La fabrication des produits pour Y alimentation animale, qui avait constitué
dans les années 65 un « point d ancrage » privilégié de l'activité des grandes
firmes internationales spécialisées (Ralston-Purina, Cargill, Unilever...) dans
l'industrialisation de l'élevage avicole et porcin, tend aujourd'hui à être de plus
en plus assurée par des groupes nationaux. La généralisation du modèle
« maïs-soja » justifie le déplacement progressif des premières vers des activités
situées en amont de la fabrication proprement dite : commerce des céréales
et des oléagineux, trituration des graines et vente des tourteaux, vente des
souches génétiques et des « savoir-faire ».
C'est le même souci de « contrôler » les évolutions techniques à venir sans
s'engager directement dans la fabrication proprement dite qui conduit,
depuis 1973, les firmes étrangères et internationales à renforcer leurs activités
dans le domaine des semences. Fortement représentés dans la production des
semences de « plantes à paille », les groupes nationaux coopératifs et privés
tendent à s'associer à des groupes étrangers pour la production de nouvelles
variétés (accords France-Maïs Pioneer; Northrup-King Sica Caussade; Gava-
dour Cargill). Ce mouvement va de pair, depuis 1973, avec l'intervention
croissante des firmes étrangères de la phytopharmacie dans la recherche et
la production semencière (Ciba-Funk's ; Upjohn-Asgrow; Sandoz-Northrop
King). LE COMPLEXE AGRO-INDUSTRIEL FRANÇAIS 78 1
Entreprises sous contrôle étranger (ESCE) dans la parachimie
et le machinisme agricole (1975)
-я g r- Os я В H ч) 2 S u Nombt и Effectif Invest. Ventes со d'expl. b и Exe. ESCE I
/0 /0 /0 0/ 0/ 0/ !*
Illustration non autorisée à la diffusion
Parachimie III 49,2 51,0 55,6 21,4 52,9 59,4 53,9
Fabrication
machines
6,0 41,2 55,1 53,2 62,1 agricoles 15 4i,9 59,9
Moyenne
nationale i 6ОО 21 21 6,5 17,4 25,4 24
Source : Cité par Econ. et Finances agricoles, février 1979.
b) Les firmes agro-alimentaires
La croissance de la demande nationale pour certains produits alimentaires,
le prix et la qualité de la production agricole, la mise en place du Marché
commun sont parmi les principales raisons qui ont justifié l'importance
croissante prise par les firmes internationales dans la production alimentaire
nationale.
Le mouvement d'internationalisation de la production agro-alimentaire
peut se résumer aux évolutions suivantes :
— une lente pénétration des groupes internationaux dans des productions
alimentaires élaborées mais à technique classique. Ce mouvement est très
net dans des branches où l'utilisation des marchandises importées est
essentielle (chocolaterie; corps gras; café; alimentation animale). Il met
en évidence l'avance des grands groupes internationaux transformateurs
dans l'organisation de ces échanges;
— une domination des groupes internationaux d'autant plus forte que la
concentration industrielle déjà réalisée dans la branche est faible. Ainsi
en va-t-il pour la confiturerie ou la conserverie;
— une domination des groupes d'autant plus forte que le
produit alimentaire est élaboré et que le recours à des technologies aliment
aires nouvelles est important (industrie des surgelés, des produits
diététiques...).
En dépit d'un net ralentissement à partir de 1976, la présence étrangère
reste déterminante dans le secteur agro-alimentaire. D'une manière générale,
celle-ci a tendance à se renforcer dans les activités où elle est déjà importante
et dans les domaines où l'innovation technologique est rapide. En 1980, la
part de marché contrôlée par les firmes étrangères s'élèverait à 18 % mais
varierait de о % pour certains secteurs (meunerie, sucrerie...) à près de 100 %
pour d'autres (bouillons, café soluble, pet-food..?). 782 P. BYÉ ET A. MOLLARD
Part du marché des entreprises alimentaires
contrôlées par des capitaux étrangers (en %)
Fromages 8
Produits laitiers frais 20
Lait concentré 75
Crèmes glacées 30
Huiles alimentaires 18
Margarine 75
Malterie 0,3
Sucrerie о
Biscuits, panification fine 28 à 30
Boulangerie industrielle 25
Meunerie о
Pâtes alimentaires 30
Bouillons et potages 95
Café soluble 90
Chocolat 50
Illustration non autorisée à la diffusion Levure 3 j
Confiserie 40 à 45
Entremets, desserts 30
Viande, charcuterie, salaisons 5
Plats cuisinés à base de viande, de poissons négligeable à base de pâtes 60
Produits élaborés, surgelés 35 à 40
Transformations de pommes de terre 80
Conserves de fruits et légumes négligeable
Aliments pour enfants 40
Eau minérale о
Vin négligeable
Brasserie 11
Apéritifs à base de vin 25
Spiritueux, cognac 18
Aliments pour le bétail 10 à 15 chiens, chats, etc. 80
Source : Evaluation du Secrétariat d'Etat aux IAA cité par le Conseil
économique.
II. — Les facteurs de détermination du processus
d'internationalisation du secteur agro-alimentaire français
Le développement des échanges extérieurs de marchandises, le renforcement
de la présence des firmes étrangères ou multinationales en amont et en aval
ne sont que le reflet de l'intégration progressive de l'agriculture nationale au
fonctionnement du complexe agro-industriel. L'internationalisation de la
production agricole ne s'y réalise qu'indirectement à travers les relations de LE COMPLEXE AGRO-INDUSTRIEL FRANÇAIS 783
domination qu'exercent sur elle les activités d'amont et d'aval qui sont elles-
mêmes fortement engagées dans ce processus.
C'est en se référant à cette réalité qu'il faut juger de l'intervention de
l'Etat dans le processus d'internationalisation. Durant la période 1950-1980,
les politiques étatiques vont jouer, moyennant un engagement financier
important, un rôle essentiel, tantôt en accélérant le processus d'international
isation au moment de l'ouverture et de l'élargissement du Marché communauta
ire, tantôt en atténuant ses effets pour garder une certaine autonomie au
niveau de la politique agricole nationale.
1 . Rôle dominant des industries dans le processus d'internationalisation
du complexe agro-industriel
1. Les industries agricoles et alimentaires
Durant toute la période 195 0-1980, la part des produits agricoles direc
tement commercialisés par les agriculteurs ne cesse de diminuer, la tendance
étant sans doute moins forte pour certains marchés de produits frais (fruits
et légumes) ou encore faiblement industrialisés (viande bovine) où l'inte
rvention des firmes alimentaires reste limitée à des opérations de stockage et
de conditionnement.
Cette évolution est essentiellement commandée par le développement des
industries alimentaires qui réalise dès 1972 un chiffre d'affaires supérieur à
celui de la valeur de la production agricole et dont la participation dans la
valeur ajoutée par l'ensemble « agriculture-transformation-distribution » vient
presque égaler en 1979 celle de la production agricole proprement dite.
Le pôle alimentaire apparaît donc de plus en plus comme l'étape inte
rmédiaire obligatoire dans la commercialisation des produits agricoles. On
évalue à plus de 60 % les produits agricoles qui subissent une transformation
alimentaire.
En 1977, la part représentée par l'achat des produits agricoles dans les
coûts de production des industries alimentaires varie de 85 % (alimentation
animale) à 45 % (brasserie) des coûts totaux. Elle reste en moyenne, malgré
une diminution très sensible dans la fabrication des produits élaborés, supé
rieure à 60 %.
On comprend donc l'intérêt des firmes alimentaires à faire pression sur
le niveau des prix agricoles pour maintenir sinon augmenter leur taux de profit.
La mise en concurrence des agricultures nationales par les firmes de la transfor
mation alimentaire est d'autant plus efficace que les producteurs agricoles
nationaux ne disposent que de peu d'alternatives pour écouler leurs
productions.
2. Les industries d'amont
Durant la même période, les achats de l'agriculture en produits d'origine
industrielle sont allés de pair avec :
— la substitution progressive du capital au travail lié à la raréfaction de la
main-d'œuvre agricole;
— la spécialisation des exploitations agricoles;
— l'augmentation de la production agricole.

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