Analyse factorielle de la perception de mots chez des sujets à audition normale - article ; n°2 ; vol.67, pg 393-408

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1967 - Volume 67 - Numéro 2 - Pages 393-408
To 50 subjects with normal hearing and normal verbal aptitudes, 34 tests were given, concerning auditive perception of monosyllables, vowels and consonants, absolute and differential sensitivity for pure tones, and central factors like vocabulary, fluency and word memorisation ; some parallel visual tests were added. Results were jactor-analysed. The principal source of variance in the perception of words concerns subject's possibility to use his previous knowledge of the stimuli to reconstruct them from fragments, as an effect of their redundancy.
A 50 sujets doués d'une acuité sensorielle et d'aptitudes verbales normales, on a administré un ensemble de 34 épreuves portant sur l'audition de monosyllabes, de voyelles et de consonnes, sur la sensibilité absolue et différentielle pour des sons purs, et sur quelques aptitudes centrales comme le vocabulaire, la fluidité et la mémoire verbales ; on y ajouta quelques épreuves visuelles parallèles. Les résultats ont fait l'objet d'une analyse factorielle. La source principale de variance dans la perception de mots concerne la possibilité qu'a le sujet de recourir à sa connaissance préalable du message pour reconstituer celui-ci à partir de quelques fragments, grâce à sa redondance. absolue et différentielle pour des sons purs, et sur quelques aptitudes centrales comme le vocabulaire, la fluidité et la mémoire verbales ; on y ajouta quelques épreuves visuelles parallèles. Les résultats ont fait l'objet d'une analyse factorielle. La source principale de variance dans la perception de mots concerne la possibilité qu'a le sujet de recourir à sa connaissance préalable du message pour reconstituer celui-ci à partir de quelques fragments, grâce à sa redondance.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1967
Lecture(s) : 15
Nombre de pages : 17
Voir plus Voir moins

J. Costermans
Analyse factorielle de la perception de mots chez des sujets à
audition normale
In: L'année psychologique. 1967 vol. 67, n°2. pp. 393-408.
Abstract
To 50 subjects with normal hearing and normal verbal aptitudes, 34 tests were given, concerning auditive perception of
monosyllables, vowels and consonants, absolute and differential sensitivity for pure tones, and central factors like vocabulary,
fluency and word memorisation ; some parallel visual tests were added. Results were jactor-analysed. The principal source of
variance in the perception of words concerns subject's possibility to use his previous knowledge of the stimuli to reconstruct them
from fragments, as an effect of their redundancy.
Résumé
A 50 sujets doués d'une acuité sensorielle et d'aptitudes verbales normales, on a administré un ensemble de 34 épreuves portant
sur l'audition de monosyllabes, de voyelles et de consonnes, sur la sensibilité absolue et différentielle pour des sons purs, et sur
quelques aptitudes centrales comme le vocabulaire, la fluidité et la mémoire verbales ; on y ajouta quelques épreuves visuelles
parallèles. Les résultats ont fait l'objet d'une analyse factorielle. La source principale de variance dans la perception de mots
concerne la possibilité qu'a le sujet de recourir à sa connaissance préalable du message pour reconstituer celui-ci à partir de
quelques fragments, grâce à sa redondance. absolue et différentielle pour des sons purs, et sur quelques aptitudes centrales
comme le vocabulaire, la fluidité et la mémoire verbales ; on y ajouta quelques épreuves visuelles parallèles. Les résultats ont fait
l'objet d'une analyse factorielle. La source principale de variance dans la perception de mots concerne la possibilité qu'a le sujet
de recourir à sa connaissance préalable du message pour reconstituer celui-ci à partir de quelques fragments, grâce à sa
redondance.
Citer ce document / Cite this document :
Costermans J. Analyse factorielle de la perception de mots chez des sujets à audition normale. In: L'année psychologique. 1967
vol. 67, n°2. pp. 393-408.
doi : 10.3406/psy.1967.27572
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1967_num_67_2_27572Centre de Psychologie expérimentale et comparée
de l'Université de Louvain
ANALYSE FACTORIELLE DE LA PERCEPTION DE MOTS
CHEZ DES SUJETS A AUDITION NORMALE1
par J. Costermans2
De nombreux travaux ont confirmé à quel point une bonne
oreille est indispensable à la perception du langage. On peut
citer comme exemple une recherche de Kryter, Williams et
Green (1962), qui obtiennent une corrélation de .81 entre le
pourcentage d'intelligibilité et la moyenne des seuils absolus
pour 1 000, 2 000 et 3 000 c/s ou pour 2 000, 3 000 et 4 000 c/s.
C'est là une heureuse constatation pour l'audiologiste, qui
y verra le moyen d'éviter les épreuves d'articulation dévoreuses
de temps.
Le psycholinguiste pourra toutefois se montrer surpris de
ce que les corrélations obtenues sont tellement élevées. A en
juger par de tels résultats, on pourrait croire que la perception
du langage soit une activité avant tout périphérique, étroit
ement liée à l'acuité sensorielle. Or, telle n'est pas la conception
qui se dégage d'un grand nombre de recherches dévolues à
montrer la redondance élevée du langage et l'usage que l'auditeur
ou le lecteur peuvent en faire. Il fut établi que plus de la moitié
de l'information s'y trouve répétée, si bien qu'une partie seul
ement du stimulus vocal se révèle indispensable (Shannon, 1951 ;
Newman et Gerstman, 1952). Il est dès lors permis de penser que
la perception du langage se déroule en deux moments : identi
fication d'éléments fragmentaires, puis reconstitution du mes
sage dans son entièreté à partir de ces fragments. C'est un pro-
1. Travail réalisé avec le concours du Fonds national belge de la
Recherche scientifique.
2. Nous remercions chaleureusement le Pr A. Fauville dont les conseils nous
furent précieux.
a. psychol. 67 Ü6 ^ 0 4 m émoi it E s o r: i r: t n a i i \
cessus de ce genre que révèlent les études sur les mécanismes de la
lecture, notamment les observations de Haslerud et Clark (1957).
Quant aux corrélations élevées que l'on trouve entre les
mesures audiométriques tonales et vocales, il importe de remar
quer qu'elles sont fournies par des groupes de sujets présentant
des déficiences auditives caractérisées. Vu l'ampleur des diff
érences interindividuelles, les facteurs sensoriels prennent alors
une grande importance. Des mesures prises sur des sujets pré
sentant une audition cliniquement normale fourniraient sans
doute une corrélation plus modeste ; en même temps, d'autres
corrélations prendraient plus de relief, en particulier entre l'intel
ligibilité et diverses aptitudes centrales. Si l'ensemble de ces
intercorrélations était soumis à une analyse factorielle, nous
pensons que l'on dégagerait, à côté de facteurs sensoriels, l'un
ou l'autre facteur rendant compte de l'usage qui est fait de la
redondance. Tel sera l'objet de ce travail.
Quelques recherches ont abouti déjà à des facteurs de ce
genre. Hanley (1956), à côté d'un facteur d'acuité auditive,
trouve un facteur qu'il appelle « synthèse », parce que « tous
les tests saturés en ce facteur exigent du sujet qu'il identifie
des mots qu'il n'a entendus que partiellement ». Farrimond (1962)
remarque que la perception du langage semble affectée par les
résultats au test de vocabulaire ; dans l'identification de phrases
jouent des facteurs centraux relatifs à l'anticipation des éléments
vocaux.
I. — Description des épreuves
L'identification de monosyllabes français sera l'épreuve prin
cipale de cette recherche, celle dont l'analyse factorielle tentera
d'interpréter la variabilité interindividuelle.
Nous avons voulu par là nous limiter au matériel verbal le plus
simple, non sans avoir pensé d'abord à la perception de phrases ; mais
c'est là un matériel particulièrement complexe que nous réserverons
pour une recherche ultérieure ; il semble d'ailleurs que la majeure
partie de la redondance soit localisée à l'intérieur des mots (Carson, 1961).
Nous avons donc élaboré une liste phonétiquement équilibrée de
100 monosyllabes du type consonne-voyelle-consonne. Mélangés au
hasard, ils furent enregistrés sur bande magnétique par un parleur
exercé à contrôler l'intensité de sa voix ainsi que la cadence. Ils furent
présentés au sujet au moyen d'un haut-parleur dans une chambre
insonorisée, au rythme d'un mot toutes les 5 s ; chaque stimulus était
précédé d'un signal avertisseur visuel, et le sujet répondait par écrit.
Le résultat était le nombre de stimuli correctement reproduits (pour COS'I'K I! MANS 30 5 .1.
les tests d'articulation, voir Fournier, 1951). L'épreuve se déroula dans
trois conditions différentes : le silence, un bruit brownien de 500-1 000 c/s
et de 70 phones, et un bruit de 2 000-4 000 c/s également de 70 phones.
L'introduction de bruits d'intensité modérée procède du désir de créer
des conditions d'écoute fréquentes dans l'usage courant du langage.
D'autre part, des recherches antérieures (Costermans, 1964 ; Costerinans
et De Valck, 1965) nous ont conduit à choisir deux types de bruits diffé
rents. Un bruit de fréquences basses masque principalement cette partie
du spectre vocal qui confère à la voix sa portée, et diminue ainsi la
détectabilité des stimuli. Par contre, un bruit de fréquences médianes
masque une bande qui contribue grandement à l'intelligibilité ; il déforme
les stimuli et les rend difficilement identifiables. Nous avons donc affaire
à des effets de masque fondamentalement différents, et, dans la mesure
où le masquage porte davantage sur une partie du spectre, nous avons
en même temps des distorsions de fréquences. Dans chacune de ces
trois conditions d'écoute, les monosyllabes furent donnés à un niveau
d'intensité constant et choisi pour que l'épreuve soit de difficulté
moyenne et permette d'obtenir une dispersion convenable des résultats ;
ces niveaux furent respectivement de 36, 60 et 54 dB re 0,0002 dynes/cm2.
Nos hypothèses impliquent que la batterie comprenne des
épreuves dites sensorielles et des épreuves dites centrales.
h' examen audiométrique tonal comportait la mesure du seuil
absolu et des seuils différentiels d'intensité et de fréquence pour
des sons purs de 750 et de 3 000 c/s, représentatifs des deux zones
de fréquences décrites plus haut.
Ces mesures ont été prises dans le silence et dans nos deux bruits
masquants. Un rapide calcul permet de voir que l'examen audiométrique
totalise ainsi 18 mesures indépendantes. Celles-ci furent faites au moyen
d'écouteurs, en audition binaurale. Pour la mesure des seuils diffé
rentiels, les sons étaient donnés à un niveau de 75 dB afin que les stimuli
soient faciles à détecter, même dans le bruit ; ils étaient soumis à des
modulations, soit d'intensité, soit de fréquence, et c'est la présence
de ces modulations que Je sujet devait signaler (pour ces techniques,
voir Hirsh, 1956).
A côté de cet examen audiométrique tonal, nous avons voulu sou
mettre les sujets à quelques épreuves d'audiométrie vocale, plus proches
du test d'intelligibilité de monosyllabes. Nous avons donc construit dés
tests phonétiques portant d'une part sur 12 voyelles isolées, d'autre part
sur 16 consonnes suivies de /œ/. Ces deux ensembles de stimuli furent
mélangés au hasard, enregistrés sur bandes magnétiques à la cadence
d'un stimulus toutes les 3 s, et administrés de la même manière que les
monosyllabes. De nouveau, nous avions trois conditions d'écoute : le
silence et les bruits de 500-1 000 et 2 000-4 000 c/s. Les niveaux d'intens
ité choisis pour les stimuli furent respectivement de 33, 69 et 60 dB pour
les voyelles, et de 33, 57 et 60 dB pour les consonnes. 396 MÉMOIRES OKI GIN AUX
Venons-en maintenant aux épreuves dites centrales. D'après
notre hypothèse, les aptitudes sensorielles que nous venons de
mesurer doivent permettre au sujet de percevoir des fragments
de mots. D'autres aptitudes entreraient ensuite en jeu, lui per
mettant de reconstituer la réponse exacte. Pour cela, il nous
semblait que deux facteurs importants devaient être pris en
considération : d'une part, une bonne connaissance du vocabulaire
de la langue, d'autre la possibilité de mobiliser rapidement
ce vocabulaire, c'est-à-dire une bonne fluidité verbale.
Nous avons donc soumis nos sujets à une épreuve de vocabulaire, en
l'occurrence le test de Binois et Pichot (1958) : un mot étant donné, il
s'agissait de trouver son synonyme parmi six autres mots. Le test
comprend 44 items rangés par ordre de difficulté croissante ; administré
sans limite de temps, il dure environ un quart d'heure. Pour la mesure
de la jluidité verbale, nous avons recouru à l'épreuve classique des
initiales à compléter : trouver le plus de mots français possible commenç
ant par une lettre donnée, et cela dans un temps limité. Il y avait
10 initiales successives et le temps imparti par lettre était de 30 s ; le
sujet répondait oralement.
De nouveau, nous avons voulu y ajouter des épreuves dont le
contenu soit plus proche de la tâche principale, et destinées à sonder
la connaissance et la disponibilité, non plus du vocabulaire français
en général, mais des mots qui font partie du matériel sélectionné pour
l'expérience. Autrement dit, il s'agissait de bien connaître ce matériel
verbal et de pouvoir compléter rapidement les fragments au moyen de
mots qui en font partie. Dans un premier test, nommé reconnaissance
de mots, on présentait une liste de 200 monosyllabes ; la moitié d'entre
eux seulement faisaient partie du matériel utilisé dans les tests d'intel
ligibilité, et le sujet avait à les souligner. La seconde épreuve, dite de
reproduction, était semblable à une épreuve de fluidité verbale. Il fallait
fournir en 30 s le plus de mots possible, tantôt commençant par telle
consonne, tantôt contenant telle voyelle, abstraction faite de l'orth
ographe ; il y avait 8 consonnes et 8 voyelles. Mais cette fois les mots
fournis devaient faire partie du matériel expérimental ; ceux-là seuls
étaient considérés comme corrects. Comme on le voit, ces épreuves
font largement appel à la mémoire verbale ; leurs résultats seront
tributaires de l'exercice qui sera décrit plus loin.
Il nous faut signaler une dernière particularité de cette
batterie, qui n'est pas sans importance : les principales épreuves
auditives étaient doublées d'une épreuve visuelle.
C'est là, nous semble-t-il, une manière intéressante d'éprouver la vali
dité de notre hypothèse; si elle est correcte, la corrélation entre la percep
tion auditive de mots et leur perception visuelle ne doit être ni trop basse
ni trop élevée, puisque la phase sensorielle ferait appel à des mécanismes •


OOSTERMANS 397 .1.
TABLEAU I
Contenu des épreuves
l'iranien uudiomélrique louai
1 . Seuil absolu pour 750 (U/s dans le silence.
2. a 000 c /s
3. 750 c/s dans 500-1 000 c/s à 70 phones.
■ I. .H 000 c/s 500-1 000 c/s à 70
5. - 750 c/s - 2 000-4 c/s à 70
6. '5 000 c/s -- 2 000 c/s à 70
7. Seuil différentiel d'intensité pour 750 c/s à 75 dB dans le silence.
S. 3 000 c/s à 75 dB
9. 750 c/s à 75 dB dans 500-1 000 c/s à 70 phones.
10. - 3 000 c/s à 75 dBc/s à 70
11. -■ 750 c/s à 75 dB ■- 2 000-4 000 c/s à 70
12. -- 'A 000 c/s à 75 dB ■- 2 c/s à 70 —
13. Seuil différentiel de fréquence pour 750 c/s à 5 dB dans le silence.
14. ■■■ • 3 000 c/s à 5 dB
15. - — 750 c/s à 5 dB dans 500-1 000 c/s à 70 {»houes.
16. - - 3 000 c/s à 5 - c/s à 70 — -
17. ■- 750 c/s à 5 dB - - 2 000-4 000 c/s à 70
18. - 3 000 c/s à 5 dB - 2 c/s à 70
Examen phonétique.
19. Audition de voyelles à 33 dB dans le silence. 20. ■■- ' 69 dB 500-1 000 c/s à 70 phones.
21. 60 dB - 2 000-4 c/s à 70
22. Audition de consonnes à 33 dB dans le silence.
23. 57 dB 500-1 000 c/s à 70
24. ni) dB 2 000-4 c/s à 70
Epreuves visuelles
25. Lecture d'optotypes.
2P>. de lettres présentées durant 13 ms.
Epreuves d intelligibilité
27. Audition de mots à 36 dB dans le silence.
28. 60 dB 500-1 000 c/s à 70 phones.
29. 54 dB — 2 000-4 c/s à 70
30. Lecture de mots présentés durant 33 ins.
Epreuves centrales
31. Vocabulaire.
32. Fluidité verbale.
33. Reconnaissance de mois sélectionnés pour l'expérience.
34. Reproduction de pour
différents tandis que la phase ultérieure dépendrait de facteurs communs.
Parallèlement aux épreuves d'intelligibilité vocale, nous avons donc
soumis les sujets à un fest de lecture de mots au tachistoseope. Eu égard
aux épreuves de mémoire que nous venons de décrire, il était souhaitable
de conserverie même matériel verbal. A cet effet, la liste phonétiquement
équilibrée de 100 monosyllabes CVC présentait deux particularités
supplémentaires : tous les mots avaient une longueur de 5 lettres, et les
fréquences relatives de celles-ci reflétaient celles de la langue française
(Chavasse, 1948). Ces mots, mélangés au hasard et dactylographiés en
majuscules sur des cartons, furent présentés durant 33 ms au moyen
d'un tachistoseope monoculaire à disque (Fauville, 1940). Parallèlement 398 MÉMOIRES ORIGINAUX
à l'examen audiométrique, nous avons fait subir aux sujets un test
d'acuité visuelle par la technique classique des optotypes. Ceux-ci
consistaient en 56 lettres majuscules de petites dimensions obtenues
par réduction photographique ; ils furent présentés par groupes de
quatre dans les mêmes conditions de perception que les mots, mais en
vision prolongée. Enfin, parallèlement aux tests phonétiques, on a
élaboré une épreuve portant sur la tachistoscopique de
lettres isolées ; 100 lettres dactylographiées de dimensions ordinaires
furent présentées pour une durée de 13 ms.
Les épreuves que nous venons de décrire sont au nombre
de 34. Le tableau I en donne une vue d'ensemble et leur assigne
un numéro d'ordre qui sera repris dans les tableaux ultérieurs.
IL — Déroulement des expériences
Toutes les épreuves ont été administrées de manière individuelle
à 50 sujets masculins, recrues du Centre d'Instruction de l'Armée à
Heverlée1. Trente-neuf d'entre eux avaient 19 ans ; les autres étaient
un peu plus âgés. Ils ne se connaissaient pas de troubles de l'audition
et leur vue était satisfaisante compte tenu d'éventuels verres correc
teurs. Ils ne se connaissaient pas non plus de troubles du langage ou
de la parole, et tous savaient lire et écrire ; leur langue maternelle était
le français. Les sujets étaient choisis au hasard, pourvu que ces conditions
fussent remplies. Leur niveau d'instruction reflète grosso modo la
situation qui caractérise l'ensemble de la population : 15 sujets n'avaient
fait que des études primaires, 20 avaient terminé les moyennes infé
rieures, 9 les moyennes supérieures, 5 sujets avaient poursuivi des études
techniques supérieures et un seul était de niveau universitaire.
Les épreuves étaient réparties en trois séances. La séance I débutait
par l'examen audiométrique avec ses 18 mesures dans l'ordre donné
au tableau I. Toutefois, entre les seuils différentiels d'intensité et de
fréquence prenait place l'examen d'acuité visuelle, l'alternance entre la
chambre insonore et la chambre noire contribuant à rompre la monot
onie. Pour terminer, le sujet passait dans un bureau pour subir les tests
de vocabulaire et de fluidité. Cette séance durait environ une heure et
demie et groupait, on l'aura remarqué, toutes les épreuves conçues en
termes d'aptitudes générales. Les autres mesures se révélant assez
sensibles aux effets de l'exercice, on décida de diviser chacune d'elles
en deux moitiés, la première destinée à la séance II et la seconde à la
séance III. La séance II — qui durait près de trois heures — commenç
ait par les 4 épreuves d'intelligibilité. Suivait l'examen phonétique,
entrecoupé de la présentation tachistoscopique de lettres et d'une pause
1. Nous remercions vivement les autorités militaires du Centre d'Instruction
O.M.T., et en particulier le colonel Blanchnrt ; cette recherche n'eût pas été
possible sans leur précieuse collaboration. COSTERMANS 399 J.
de 20 mn. Elle prenait fin par les épreuves de reconnaissance et de
reproduction. La séance III comprenait la seconde partie des mêmes
épreuves dans une succession exactement inversée ; elle débutait donc
par le test de reproduction pour finir par l'audition de mots dans le
silence. Pour neutraliser les effets de l'exercice — et aussi de la fatigue —
on additionna simplement les résultats aux deux moitiés de chaque test.
Les trois séances que nous venons de décrire s'étalaient sur deux jour
nées successives, avec la réserve que les séances II et III ne furent jamais
administrées le même jour.
Chaque épreuve était précédée d'instructions standardisées et d'un
bref exercice. Par ailleurs, au début des séances II et III, on présentait
au sujet la liste dactylographiée des monosyllabes rangés par ordre
alphabétique ; il en prenait connaissance durant 10 mn, avec instruction
d'en mémoriser le plus grand nombre possible. La standardisation de
cette tâche revêtait une grande importance pour la valeur des résultats,
non seulement aux tests d'intelligibilité, mais surtout aux tests de
reconnaissance et de reproduction.
III. — Examen des corrélations
Les résultats individuels obtenus présentent le plus souvent
une distribution gaussienne. Dans certains cas, toutefois, il
s'avéra que les valeurs assignées aux stimuli avaient rendu le
test ou trop facile ou trop difficile ; il en résulta une réduction
de l'écart-type et une distribution asymétrique. Ceci étant acci
dentel, on décida de normaliser toutes les distributions.
Les intercorrélations furent ensuite calculées entre les
34 épreuves par la formule habituelle de Bravais-Pearson1.
Elles sont données dans le tableau IL Le lecteur comprendra
que nous ne pouvons commenter ici ces 561 coefficients. Nous
les examinerons par groupes, et principalement ceux qui se
trouvent au centre de notre propos : les corrélations des quatre
épreuves d'intelligibilité entre elles et avec les autres tests ; il
s'agit des colonnes et lignes 27 à 30.
Les trois épreuves auditives d'intelligibilité présentent entre
elles des corrélations élevées, de l'ordre de .80. Entre l'audition
de monosyllabes et leur lecture tachistoscopique le coefficient
est de l'ordre de .56 ; c'est là une valeur moyenne qui va dans le
sens de nos hypothèses et fait augurer que nous trouverons des
facteurs communs à côté de facteurs spécifiques.
1. Les corrélations et l'analyse factorielle furent réalisées par l'ordinateur
du Centre de Calcul de l'Université de Louvain ; nos remerciements s'adressent
particulièrement à M. G. Peeters. I
.
I
I
1
!
|
5 CO GO SD ^ OS QO < ) CO lO SO SD Tf "^ <
t^OMMfliCQOOH M ■ W * O r ?] * ^ * O H O N M W O H ^ H O CO iO lû
«O CO CO CO Djj
OCOQOCOiO^ =5 ixs Ci »O ifl OJ> CQ t* O M îl O Tjt i£5 O] N ri W ri «
^OkÛiÛ'<*0iQ0C31ON w « ^ o q o r- q h o
XOO^rifli! t- ^ *t iC H O: CO CO ?1 "^ Cl l> I> SO CJ CO l> 00
Ȁ ^-i. CO "GO io CO CO CD
Oî îO H H on O l> ^ ....... (M GO t> ^< CO CO
»C iO ^1 tH CO lO 3ï ff5 < y-i i-H O O i-t tN
S <=
S il
i O O Ô CJ N ri W ô G^l C o 2
^fiO l> CO fC tC t)< M lO l> [^ <Jî a lO CO I nnHOrlÏÏHNriNWHCCiCOi
03
00 <M im h -
^ oo tj;
i w 'f »fl a i> co os o -- w « - ï (M co co co m ro .1. COSTERMANS 401
C'est également une corrélation moyenne que l'on trouve entre
les épreuves d'intelligibilité et certains résultats de l'examen
audiométrique. Elle est d'environ .46 entre l'audition de mots
dans le silence et le seuil absolu non masqué ou peu masqué
(nous entendons par là les seuils pour 750 et 3 000 c/s dans le
silence, pour 3 000 c/s dans le bruit de 500-1 000 c/s et pour
750 c/s dans le bruit de 2 000-4 000 c/s) ; comme prévu, c'est
une corrélation plus modeste que celle que fournissent géné
ralement des sujets à audition déficiente. La perception de
mots dans un bruit de 500-1 000 c/s présente une corrélation
semblable avec le seuil absolu, non masqué ou peu masqué,
pour 3 000 c/s, mais non pour 750 c/s ; un tel résultat peut
s'expliquer si l'on considère que, les fréquences basses étant
rendues inutilisables, la perception du langage repose essen
tiellement sur les médianes. Enfin, l'audition de mots dans un
bruit de 2 000-4 000 c/s ne corrèle guère avec les mesures audio
métriques. On ne trouve pas plus de corrélation entre l'intelli
gibilité vocale et la sensibilité différentielle.
Entre l'audition de mots et l'examen phonétique les corré
lations sont assez importantes ; elles sont généralement plus
élevées qu'avec les épreuves tonales, et plus élevées avec les
consonnes les voyelles ; elles sont en moyenne de .70
et .42 respectivement. Elles sont plus basses lorsque l'examen
phonétique se déroule dans le bruit de fréquences médianes.
Les corrélations avec les épreuves dites centrales sont appréc
iables. Ici encore, elles sont plus élevées lorsque le contenu des
tests se rapproche davantage des épreuves d'intelligibilité ; elles
sont en moyenne de .64 pour la reconnaissance et la reproduction
des mots utilisés, et de .51 pour le vocabulaire et la fluidité
verbale. Il apparaît d'ores et déjà que les facteurs centraux ne
sont nullement étrangers aux mécanismes d'identification des
mots, et c'est là une constatation importante.
Quant aux épreuves visuelles, la lecture de mots présente
une corrélation de .73 avec l'acuité visuelle et de .75 avec la
lecture de lettres isolées ; elle présente avec les épreuves centrales
une d'environ .46. Le jeu de facteurs centraux se
trouve ainsi confirmé ; mais les deux premiers coefficients mettent
l'accent sur l'importance particulière et bien connue des ajuste
ments sensoriels dans la perception visuelle.
Relevons au passage quelques autres coefficients. Les trois
tests portant sur les voyelles présentent entre eux des corré
lations d'environ .48 ; pour les consonnes, elles sont de l'ordre

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.