Anatomo-physiologie nerveuse, Neurologie - compte-rendu ; n°1 ; vol.23, pg 240-266

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L'année psychologique - Année 1922 - Volume 23 - Numéro 1 - Pages 240-266
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1922
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II. Anatomo-physiologie nerveuse, Neurologie
In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 240-266.
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II. Anatomo-physiologie nerveuse, Neurologie. In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 240-266.
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Le physicien réel évoque d'autres physiciens imaginaires quand il
réalise le concept de la relativité du temps mais le philosophe ne
tient compte que des physiciens réels, vivants, et dès lors, pour ceux-
ci, il n'y aurait qu'un temps unique, le temps vécu.
Au fond c'est l'opposition du biologique, ce domaine de l'irréver
sible, au mécanique, qui se rencontre dans cette lutte de la philoso
phie bergsonienne et de la métaphysique relativiste, dont les ten
dances abstraites sont juste à l'opposé de celles qui sont si bien
exprimées dans les « Données immédiates de la conscience ».
H. P.
II. — Anatomo-physiologie nerveuse. Neurologie
lo Questiopjs Générales
CHARLES RICHET et CHARLES RICHET Fils. — Traité de
Physiologie médico- chirurgicale. — 2 vol. in-8 de 1452 pages.
Paris, Alcan, 1922.
Le point de vue des auteurs a été celui de l'application immédiate*
des données physiologiques à l'étiologie, à la séméiologie, à la théra
peutique. Il s'agit de ne plus permettre au médecin « de proférer ce
blasphème que la physiologie est une science accessoire », en lui-
montrant par d'éclatants exemples « que l'étude approfondie du
phénomène normal est indispensable pour la connaissance du phé
nomène pathologique ».
Etant donné le but des auteurs, et l'originalité de leur attitude,
on s'attendait à voir plus nombreuses et plus étendues ces notions
d'applicabilité pathologique des données physiologiques ; le traité
de Ch. Richet apparaît en somme très analogue dans sa constitution
aux autres Traités, de science pure.
Il n'est pas légitime d'envisager ce nouveau Traité du point de
vue de la science pure, puisque c'est aller à l'encontre du but pours
uivi, mais toutefois il est permis de remarquer parfois une confusion
ou une erreur, souvent une insuffisante documentation. Sur un point
qui touche à la psychologie^ nous relèverons l'erreur qui fait substicentième* tuer (p. 347) la notion du millième de seconde à celle du
la mesure des temps de réaction, et qui conduit les auteurs à dans
attribuer à l'acte cérébral une durée de 4 millièmes de seconde !
C'est un lapsus, toujours ennuyeux dans un ouvrage d'enseignement.
D'une manière générale, ce qu'on cherchera et ce qu'on trouvera
dans ce Traité, ce sera, sous ses aspects variés, la pensée riche, f
éconde, de Charles Richet ; c'est là ce qui fait la réelle valeur de
l'ouvrage. H. P.
L. BIANCHI. — La mécanique du cerveau et la fonction des lobes
frontaux. — Traduction Andre Collin et Sanguinetti. In-8
de 438 pages. Paris, Arnette, 1921.
Il y a trente-cinq années que L. Bianchi commença ses recherches ANAT0M0-PHYS10L0G1E NERVEUSE. ISEUROLOGIE 2 41
sur la physiologie cérébrale, recherches dirigées par des conceptions
philosophiques. Et l'on est heureux de pouvoir trouver, réunis dans
-ce livre, des protocoles d'expériences précieux à consulter, et des.
■exposés Un premier synthétiques chapitre traite des théories de l'évolution générales générale élaborées du par système l'auteur. ner
veux et des localisations. A l'aide de quelques observations cliniques
personnelles, Bianchi prétend montrer que la grande sphère occipito-
pariéto-temporale de Flechsig ne peut être envisagée comme un
•centre intellectuel, mais comme une « large zone d'évolution des
zones sensorielles primitives, visuelle, auditive et tactile ».
Dans le second chapitre, est envisagée historiquement la question
des fonctions attribuées aux lobes frontaux, c'est-à-dire surtout la
manière dont furent accueillies et discutées les conclusions propres
de l'auteur.
Le chapitre suivant traite de l'évolution, de la morphologie et de
la structure du lobe frontal. Puis, après un exposé des méthodes de
recherche, sont relatées les « histoires cliniques expérimentales de
-chiens, de renards et de singes », précieux recueil documentaire. On
a le regret toutefois de ne pas trouver une investigation assez précise
■du comportement des animaux opérés, pour se faire une opinion
•certaine en dehors des appréciations de l'auteur ; mais il ne faut
pas oublier que ces expériences sont en général très anciennes (1888-
90), quelques-unes seulement datant d'une quinzaine d'années.
Après deux courts chapitres sur l'aire corticale excitable du lobe
frontal et sur les voies associatives qui réunissent le lobe frontal au
•champ sensoriel du pallium, viennent des études de philosophie
générale des fonctions mentales, sur l'intelligence et le langage, sur
'les émotions et sentiments, enfin sur la conscience elle-même, avec
les conséquences sociales dégagées par Bianchi de 1' a anatomo-
psychologie de la conduite ». Deux appendices traitent de la logique
et de la sociabilité.
Certes, l'auteur, dans ses considérations générales, dépasse souvent
les certes limites sa conception où la prudence essentielle scientifique d'une voudrait localisation qu'on exclusivement se bornât,
frontale des facultés supérieures de l'esprit peut aujourd'hui paraître
mal fondée en fait, et, en droit, autant du point de vue d'une analyse
psychologique plus exacte que d'une conception plus précise du
fonctionnement physiologique du cerveau ; mais, malgré tout, sur
correspondant ces problèmes à traités une curiosité par l'auteur toujours avec en une éveil, information et avec un étendue, esprit
philosophique élevé, complété par le souci scientifique du fait d'ob
servation par ses recherches ou d'expérience, et ses théories, sur ces il problèmes a personnellement à la solution contribué desquels, avec
tant d'ardeur, on lira avec intérêt l'ouvrage de L. Bianchi, rendu
facilement accessible au public français par André Collin et San-
guinetti, dont le souci de fidélité se marque par une traduction un
peu trop littérale 1. H. P.
propres pour (1) Langelaan, Un n'ait regret pas seulement Pfungen été assez pour à soigneusement formuler, Pfungst, c'est Piéret faite que pour : la on vérification Piéron, trouve Subbok Langelmann des noms pour
Lubbock, Kalkins pour Calkins, etc..
l'année psychologique, xxiii. 16 ANALYSES BIBLIOGBAPHIQCES 242
Questions neurologiques d'actualité, avec Introduction par Pierre
Marie. — In-8 de 551 pages. Paris, Masson, 1922.
Ce recueil de Conférences faites a la Faculté de Médecine en 1921
par des neurologistes, sur des questions d'actualité, à l'instigation de
M. Pierre Marie, comporte une série de précieuses mises au point. En
dehors de M. Pierre Marie lui-même, collaborèrent à cette œuvre
collective d'enseignement MM. S. A. Kinnier Wilson, de Londres,
Chatelin, Claude, Roussy, Guillain, Lhermitte, Souques, Babonneix,
André Léri, Sainton, Sicard, Crouzon, Poulard, Foix, Laignel-
Lavastine, Vurpas, Bourguignon, Bouttier et Béhague.
Parmi ces conférences, de valeur nécessairement inégale, nous
citerons, pour l'intérêt qu'elles présentent au point de vue psycho-
physiologique, les suivantes :
Les syndromes parkinsoniens (Souques) et la maladie de Wilson
(K. Wilson) à cause de l'important problème de la régulation sous-
corticale de la motricité ; l'encéphalite léthargique (Lhermitte), en
raison de la curieuse et instructive variabilité des lésions engendrées
et des troubles neuropsychiques corrélatifs ; les troubles sensitifs
d'origine cérébrale (Roussy), sur lesquels la documentation de l'au
teur ne m'a pas paru très complète ; l'automatisme médullaire (Foix) ;
les encéphalopathies infantiles (Babonneix) engendrant, entre autres
syndromes, les divers états de débilité mentale ; les algies (Sicard) ;
les modifications de la pupille (Poulard) ; les psychoses thyroï
diennes (Laignel-Lavastine) ; le^ petits syndromes mentaux et l'état
mental des obsédés (Vurpas), l'obsession, à la suite de très fines
analyses psychologiques étant envisagée comme une « réaction de
l'intelligence à la défectuosité de l'automatisme » ; la chronaxie
(Bourguignon) ; la question de l'existence de centres préformés ou
innés du langage (Pierre Marie) résolue par la négative , d'après
l'observation de sourds-muets et d'enfants hémiplégiques droits,par
ictus précédant l'acquisition du langage, et qui apprennent à parler,
ce qui indique une formation de centres adaptés (au sens de grou
pements associatifs plus ou moins étages) comme pour diverses
activités motrices complexes, en l'absence de centres préformés.
La variété et l'intérêt des questions traitées donnent à ce recueil
une très grande valeur. H. P.
J. P. PAWLOW. — La vraie physiologie cérébrale. — Ar. int. de
Ph., XVIII, 1921, p. 607-616..
Grâce à l'étude des réflexes conditionnels, la physiologie des hé
misphères cérébraux, nous dit l'auteur, est réellement née.
Les fonctions fondamentales de l'étage supérieur consistent en la
création de liens nouveaux et passagers entre les phénomènes exté
rieurs et le travail des différents organes et en la décomposition de
la complexité du monde extérieur, ramenée à l'activité des appareils
créateurs et arialysateurs. Dans un circuit réflexe congénital et
invariable, il y a trois secteurs, un « récepteur », un « conducteur » et
un « effecteur » ; quand intervient l'étage cérébral, pour les réflexes
conditionnels, il s'ajoute deux secteurs nouveaux, l'un « analysa-
teur », l'autre « contacteur », réalisant des liens passagers. ANATOMO-PHVSJOLOGIE NEKVEUSE. NEUROLOGIE 24 3
L'étude de la formation, de la systématisation des réflexes condit
ionnels, conduit à une loi générale correspondant à une fonda
mentale propriété du processus nerveux, celle de Virradiation et de
la concentration consécutive.
Soit une excitation acide gustative accompagnant l'excitation
mécanique de vingt points de la peau. Un réflexe conditionnel est
réalisé. Par d'un point seulement, répétée, le réflexe condi
tionnel se produit d'abord, puis s'atténue et disparaît ; il y a « fréna-
tion » interne. Qu'on excite alors aussitôt un autre point cutané, on a
le réflexe conditionnel normal.
Qu'on recommence maintenant l'expérience en réalisant le pro
cessus de frénation sur un point et en excitant ensuite un autre
point, mais après un temps variable. On constate alors que. si le
réflexe conditionnel est obtenu normalement par excitation imméd
iate du deuxième point, il est obtenu de plus en plus atténué au
fur et à mesure que l'intervalle augmente jusqu'à faire complètement
défaut pour un intervalle de 20 secondes, pour reparaître avec des
intervalles plus longs, atténué d'abord puis plus intense, et redevenu
normal pour un de 60 secondes.
Il s'agit là d'un processus d'inhibition, de « frénation » interne,
qui se répand, s'irradie d'abord, puis se reconcentre, l'irradiation
maxima correspondant à une durée de 20 secondes environ ; la
vitesse du processus est constante pour un animal donné, et suscept
ible de varier d'un animal à l'autre.
Pawlow considère comme inutile de chercher de ce fait des expli
cations psychologiques, et il conclut qu'il ne faut pas s'écarter, en
matière de physiologie cérébrale, de la méthode des sciences natur
elles.
H. P.
GEORGE T. JOHNSON. — A survey of the physiology Jof cerebra
tion (Une revue de la physiologie cérébrale). — J. of abn. Ps., XVI,
2-3, 1921, p. 115-136.
L'auteur fournit un utile résumé des données physiologiques que
l'on doit aux travaux de Sherrington, d'Adrian et Lucas, de Graham
Brown (phénomènes de facilitation) et de l'école de Pawlow (réflexes
conditionnels). Il montre que les données psychologiques et physio
logiques s'accordent et s'éclairent mutuellement en de nombreux
points. Il détermine les règles physiologiques que l'on doit théor
iquement admettre, en plus des faits expérimentaux, pour rendre
compte du « learning » : Les stimuli laissent une empreinte dans les
neurones affectés sous forme d'un accroissement d'irritabilité ré
sultant de celui des synapses afférentes : l'activité momentanée de corticaux et moteurs abaisse la résistance des synapses
afférentes (en outre des ondes d'excitation efférentes) ; la résistance
des synapses afférentes agit sur la propagation de l'excitation le
long des voies latérales ; un abaissement de résistance des synapses
afférentes d'un neurone voisin facilite l'activité de ce neurone.
H. P. 2 44 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
R. BRUGIA. — L'irrealta dei eentri nervosi (L'irréalité des centres
nerveux). — Riv. di Psic, XVII, 2, 1921, p. 99-118, p. 340-355.
Il n'y a pas, selon l'auteur, de parties du système nerveux consti
tuant des centres au sens habituel du mot, c'est-à-dire capables de
« susciter, entretenir ou discipliner des énergies » ; ce sont seulement
des moyens de continuité anatomique nécessaires et de transmission
entre éléments sensitifs et dispositifs musculaires. Les instincts ne
sont que des successions de réflexes sans intervention des vertus
mystérieuses d'un centre.
Naturellement, aucun fait précis ne permet d'établir cette thèse,
qui reste une vue théorique appuyée d'illustrations, interprétables
autrement. H. P.
HENRY HEAD. — Release of function in the nervous system {La
libération fonctionnelle dans le système nerveux). — Pr. of R. S.,
A. 92, 645, 1921, p. 184-209.
Dans cette « Croonian Lecture », l'auteur expose les grandes lignes
de son importante conception générale sur le fonctionnement ner
veux supérieur au cours des altérations pathologiques, inspirée de
Hughlings Jackson : Les lésions destructives n'engendrent pas
d'effets positifs, mais, en permettant à des centres inférieurs d'échap
per au contrôle de centres supérieurs, entraînent, par cette condition
négative, d'une façon indirecte, l'apparition de symptômes positifs.
La libération fonctionnelle peut survenir par désintégration (abai
ssement organique de la capacité de domination des centres supé
rieurs) ou par déséquilibre dans les énergies respectives des fonctions
des centres contrôleurs et des centres contrôlés (diminution d'un
côté, augmentation de l'autre), par évasion du contrôle (escape from
control).
La désintégration a été physiologiquement établie par les expé
riences de Sherrington et trouve un exemple expérimental encore
dans les dissociations de sensibilité étudiées par Head et Rivers
après section nerveuse.
L'évasion du contrôle trouve aussi dans les phénomènes de sensi
bilité des exemples élémentaires ; elle montre, sans disparition des
fonctions supérieures, les activités inférieures dans leur simplicité
originale, activités normalement inhibées ou modifiées par la domi
nance qu'implique l'intégration du système nerveux (au sens de
Sherrington). Celle-ci s'établit à la suite d'un conflit, d'une lutte
pour l'expression, la réalisation, entre des réactions physiologiques
incompatibles, et dont les unes devront être empêchées, pour faire
place aux autres par un mécanisme, ou de suppression temporaire,
ou d'inhibition définitive, celles qui disparaissent étant les modes
impulsifs et primitifs de réponse qui ne sont connus que par suite du
phénomène pathologique de libération fonctionnelle. H. P.
J. BABINSKI. — Réflexes de défense. — R. N., XXIX, 8, 1922,
p. 1049-1081.
Etude générale qui a fait l'objet d'une conférence à la Société nerveuse.- >'EL'noi.or.iE 2 45 anatomo-physioi.ocie
royale de Médecine de Londres, et consacrée surtout au point de
vue de la clinique neurologique, sans examen approfondi du méca
nisme physiologique.
Babinski pense que les réactions pathologiques comportent un
retour à un mode de réactivité ancestrale (triple flexion du membre
inférieur sous l'influence d'une excitation quelconque de ce membre),
qui a été modifié par adaptation (la réaction de triple flexion étant
limitée à l'excitation de la plante du pied, et devenue rapide et
brève). H. P.
, HENRI PIERON. — La notion des centres coordinateurs cérébraux
et le mécanisme du langage. — R. Ph., 46e A., 7-10, 1921, p. 99-
142, et p. 233-280.
Un historique de l'évolution des conceptions en matière d'aphasie ;
une relation de sept observations personnelles d'aphasie de guerre
particulièrement intéressantes (une cécité verbale pure et une accom
pagnée d'agraphie, une aphémie transitoire avec agraphie tenace,
une aphasie d'hémiplégique à prédominance d'aphémie et agraphie, complexe par insuffisance d'irrigation de l'hémisphère
gauche après ligature de la carotide primitive, enfin deux aphasies"
compliquées de troubles intellectuels) ; un essai de mise au point de
données de fait, rétablissant la réalité d'existence de la cécité ver
bale pure et de l'agraphie, délimitant l'aphémie et la surdité verbale
et faisant la part du type ordinaire d'aphasie complexe ; une esquisse
de construction des mécanismes psychophysiologiques, enfin de
courtes pages sur l'état du problème des localisations de l'aphasie ;
telles sont les grandes lignes de cette étude.
La notion essentielle à laquelle il est fait appel pour rendre compte
des faits complexes de la pathologie du langage, c'est celle des centres
coordinateurs.
On sait que le regard à droite ou à gauche (qui implique un jeu
musculaire des deux yeux très compliqué) est commandé par des
centres coordinateurs dextrogyre ou céphalogyre. L'atteinte de l'un
de ces centres empêchera le regard de se porter correctement d'un
côté ou de l'autre, sans ataxie ni paralysie.
Dans l'aphémie, dans toute aphasie, ce qui est atteint, c'est un
centre coordinateur, non plus héréditaire cette fois, mais constitué
par l'apprentissage, par le jeu de l'habitude. Il ne s'agit donc pas
de perte d'images motrices (car, s'il y a bien des images kinesthé-
siques des mouvements verbaux comme des autres mouvements,
elles ne sont ni nécessaires ni suffisantes pour assurer une exécution
correcte qui exige l'intervention du centre coordinateur).
L'agraphie sans cécité verbale peut exister par atteinte d'un centre
coordinateur de l'écriture, si celle-ci est usuelle ; sinon, quand elle
consiste en une copie d'image visuelle chez des individus peu lettrés,
elle est une conséquence de la cécité verbale.
La notion du centre coordinateur, où se trouve comme un jeu de
fiches assurant chacune d'un coup un système de communications
complexes, ne vaut pas seulement pour l'activité motrice mais aussi
pour la réception sensorielle : lorsqu'on a coutume de percevoir un 24 6 ANALYSES BIBUOCttAPllIQl ES
symbole complexe (un mot par exemple), les perceptions correspon
dantes (traits noirs vus, phonèmes entendus), éveillent des réactions
associatives par l'intermédiaire d'une fiche coordinatrice qu'a pré
parée l'usage. Ce n'est pas une image proprement dite; mais l'atteinte
de cette station coordinatrice symbolique empêchera le jeu des
associations usuelles ; il y aura une agnosie, une asymbolie, équi
valant à une apraxie, et qu'on interprète par la destruction d'images
verbales visuelles ou auditives, alors qu'il n'existe pas i
ndépendantes distinctes des autres images de la vue ou de l'ouïe.
Ainsi peuvent s'expliquer les agnosies limitées comme dans la cé
cité verbale pure, de même que des apraxies limitées, aphémies ou
agraphies, grâce à un mécanisme psychophysiologique qui ne fait
appel à aucune entité. Les localisations des divers centres coordina
teurs ne peuvent être encore très exactement précisées, mais nous
savons à peu près où se trouve leur siège.
Mais l'existence d'apraxies ou d'agnosies verbales n'empêche
pas le type commun de l'aphasie d'être une atteinte de la sphère
associative du langage, une atteinte intellectuelle spécialisée, suivant
la conception de Pierre Marie.
Dans les diverses théories, on retient surtout la partie destructive,
alors que c'est l'apport propre des données positives nouvelles qu'il
faut garder. H. P.
GIUSEPPE PELLACANI. — I centri dei riflessi emotivi {Les centres
des réflexes émotifs). — Riv. di Psic, XVIII, 1, 1922, p. 23-38.
Vauteur envisage l'émotion comme l'aspect subjectivo-cognuivo-
conscient d'une commotion nerveuse, cas particulier du postulat
fondamental de l'identité psychophysiologique (le phénomène psy
chique n'étant que l'aspect conscient du phénomène organique avec
lequel il s'identifie). Cette commotion est une réaction réflexe à des
stimuli adéquats, extérieurs, d'action directe ou indirecte, ou enti
èrement «.psychogènes » ; les centres qu'elle implique sont nombreux et
diffus, s'étageant dans la moelle, le bulbe, le cervelet, le mésencé-
phale, les noyaux de base (centres de coordination sympathique
et parasympathique, mimique, musculaire), ils comprennent les
centres supérieurs de coordination, et la commotion ne donne nais
sance à l'émotion elle-même que dans la mesure où ils s'étendent à
la sphère corticale, où ils s'adjoignent les centres supérieurs de réca
pitulation et de coordination de l'écorce.
Mais l'auteur ne prouve nullement, bien entendu, ce postulat que
le phénomène conscient est exclusivement cortical. H. P.
J. R. KANTOR. — The Nervous System, Psychological Fact or
Fiction ? (Le système nerveux, fait psychologique ou fiction ? — ■
J. of Ph., XIX, 2, 1922, p. 38-49.
L'auteur prétend examiner les conceptions nerveuses prévalentes
actuellement en psychologie, pour discerner dans ces conceptions ce
qui est fait et ce qui est invention, le système nerveux apparaissant,
au titre des réflexes d'une part, au titre de moyen d'explication
général d'autre part. ANATOMO-PHYSIOLOGIE .NERVEUSE. NEUROLOGIE 247
En fait, à propos de quelques exemples, il critique les tentatives
d'explication physiologique de phénomènes de comportement, im
pliquant la théorie du neurone.
H. P.
L. BLANCHI. — La fonction musicale du cerveau et sa localisation.
— Scientia, XVI, 7, 1922, p. 25-36.
Dans cette étude, l'auteur se fonde sur une intéressante obser
vation de sa clinique relative à un hémiplégique aphasique complet,
et resté capable de chanter une chanson napolitaine, mélodie et pa
roles, alors qu'il ne pouvait prononcer non seulement un mot, mais
même un son syllabique (en dehors de ma-ma). Ne comprenant à peu
près pas les paroles prononcées par d'autres, sensiblement incapable
de les répéter, ce malade comprenait et répétait, en chantant seule
ment, les paroles de chansons chantées par d'autres. Le langage
chanté se montrait donc entièrement conservé et le langage parlé
entièrement aboli. Une observation aussi caractérisée n'est pas
fréquente, si la dissociation du chant et de la parole est un fait bien
connu.
Cette observation, dit Bianchi, « montre donc d'une façon irréfu
table que les centres corticaux et les voies de transmission du chant
articulé doivent être différenciés des centres corticaux et des voies
de transmission du langage ordinaire. »
C'est que, si le est élément constitutif de la pensée, le
chant «instrument des impulsions émotives, se rattache étroitement
aux états émotifs de l'âme, et se soustrait à la volonté ». Pour la mus
ique savante (exécution instrumentale, lecture musicale) de nomb
reuses données indiquent, par l'association des amusies et apraxies
musicales avec les aphasies, que les centres correspondants sont dans
l'hémisphère gauche. Mais, pour la musique primitive, populaire, il
n'en serait pas ainsi ; du moins cette fonction aurait une localisation
bilatérale, car le chant qui, au début n'était pas articulé, devait bien
dépendre des deux hémisphères avant que la différenciation du lan
gage parlé se soit produite. Le chant articulé, complexe psychique
peu dissociable, est devenu automatisme par habitude, d'où une
persistance plus tenace, même avec articulation.
Evidemment ces conclusions de l'auteur ne sont pas faites pour
•entraîner une adhésion immédiate : En effet, si un seul hémisphère
permettait la conservation du chant articulé, l'observation de
Bianchi ne serait pas exceptionnelle mais aurait un caractère banal
et Papraxie paraît dépendre, pour les actes devenus automatiques,
habituels, d'une lésion de centres praxiques unilatéraux, or il
s'agit d'actes indépendants de la différenciation du langage. La
praxie complexe du chant ne doit pas échapper à la règle de l'uni-
Jatéralité. Bianchi confirme seulement la dissociation connue des
fonctions verbales et musicales.
H. P. A>'ALYSKS IIIRLiOGUAPHIQUES 248
2° Recherches anatomo-piiysiologiques expérimentales et comparées
H. BERGER. — Untersuchungen über den Zellgehalt der menschli
chen Grosshirnrinde (Recherches sur la teneur cellulaire de Vécorce
cérébrale de V homme). — Z. f. ges. N. U. Ps., 69, 1921, p. 46-60.
L'auteur admet que la différenciation de l'écorce, impliquant une
augmentation du nombre des prolongements, doit entraîner
réduction du nombre proportionnel des cellules nerveuses, mais il
échoue à trouver une différence systématique dans le nombre de
cellules par unité de volume des centres moteurs des mains droite
et gauche. D'après des mensurations et des numérations soigneuses,
le nombre total des cellules de l'écorce chez l'homme serait d'environ
5 milliards et demi (5.512.000.000). H. P.
K. S. LASHLEY. — Studies of cerebral function in learning. —
II. The effects of long continued practice upon cerebral localization.
— III. The motor areas [Etudes sur les fonctions cérébrales dans
V apprentissage. — • II. Les effets d'une longue pratique continue sur
la localisation cérébale. — III. Les zones motrices). — J. of comp.
Ps., I, 1921, p. 453-468 ; et Brain, 44, 3, 1921, p. 255-285.
L'auteur a constaté que des habitudes fondées sur des impressions
visuelles, acquises par le rat blanc après de nombreux essais, étaient
abolies après ablation de l'écorce occipitale, mais persistaient après
ablation d'un tiers du cerveau dans la région antérieure, comprenant
tout le cortex excitable, le cortex considéré comme moteur. Ainsi
le long apprentissage n'a pu entraîner un transfert fonctionnel de
l'aire visuelle aux noyaux sous-corticaux.
La destruction du cortex, dit l'auteur, n'a pas, chez le rat, les effets
paralytiques constatés chez les mammifères supérieurs. En revanche
on réalise une hémiplégie analogue par ablation simultanée d'un
côté de la région excitable de l'écorce et du corps strié, qui possède
une grande partie des fonctions transférées à l'écorce chez les pri
mates.
Dès lors Lashley a refait des expériences relatives à l'influence de
cette ablation simultanée et bilatérale sur une habitude visuelle
préalablement acquise (et consistant à se diriger dans un couloir
éclairé pour y trouver sa nourriture, et non dans un couloir obscur
où une décharge électrique <i pun t» l'animal de son erreur). L'an mal,
lent, spas^ique, après l'opération, manifeste pourtant une rétention
satisfaisante du résultat de son apprentissage : il se dirige correc
tement.
Donc la persistance de l'habitude après ablation de l'écorce non
occipitale ne tient pas à une suppléance par le corps strié ; elle tient
à ce que les zones dites motrices, corps strié compris, ne font pas
partie de l'arc impliqué par les réflexes conditionnels résultant de
l'apprentissage et ne jouent qu'un rôle négligeable, ajoute l'auteur,
dans la motricité volontaire,

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