Anthropologie, pathologie et soins dentaires au XVIIIe siècle : découverte exceptionnelle à Saint-Martin-des-Champs de Paris - article ; n°3 ; vol.9, pg 305-318

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1997 - Volume 9 - Numéro 3 - Pages 305-318
Résumé. — Le squelette d'un Abbé ayant vécu au XVIIIe siècle, a été découvert lors de travaux dans le choeur de l'église de Saint-Martin-des-Champs, au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. La présence d'une ligature en fil d'or reliant trois dents mandibulaires a entraîné une étude détaillée de l'individu. Sa stature est élevée et il présente plusieurs variations anatomiques osseuses et dentaires rares. Par ailleurs, des traces de pathologie générale et dentaire ont été relevées. La preuve archéologique de soins dentaires, voire de prothèse, réalisés à cette époque est un fait rarissime qui confère à ce squelette une importance capitale.
Anthropology, pathology and dental treatments in the XVIII™ century . Abstract. — The skeleton of an Abbot who has lived during the XVIIIth century, has been excavated from the church of Saint-Martin-des-Champs (CNAM, Pans, France). The presence of a gold ligature which links together three mandibular teeth, permitted a detailed anthropological and dental study. It shows several bony and dental non-metric variants which are rare. It has a high stature. In addition, general and dental pathologies have been observed. This skeleton is important because archaeological evidences of dental treatment are rare.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1997
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Frédérique Valentin
Jean Granat
Anthropologie, pathologie et soins dentaires au XVIIIe siècle :
découverte exceptionnelle à Saint-Martin-des-Champs de Paris
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 9 fascicule 3-4, 1997. pp.
305-318.
Résumé
Résumé. — Le squelette d'un Abbé ayant vécu au XVIIIe siècle, a été découvert lors de travaux dans le choeur de l'église de
Saint-Martin-des-Champs, au Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris. La présence d'une ligature en fil d'or reliant
trois dents mandibulaires a entraîné une étude détaillée de l'individu. Sa stature est élevée et il présente plusieurs variations
anatomiques osseuses et dentaires rares. Par ailleurs, des traces de pathologie générale et dentaire ont été relevées. La preuve
archéologique de soins dentaires, voire de prothèse, réalisés à cette époque est un fait rarissime qui confère à ce squelette une
importance capitale.
Abstract
Anthropology, pathology and dental treatments in the XVIII™ century . Abstract. — The skeleton of an Abbot who has lived
during the XVIIIth century, has been excavated from the church of Saint-Martin-des-Champs (CNAM, Pans, France). The
presence of a gold ligature which links together three mandibular teeth, permitted a detailed anthropological and dental study. It
shows several bony and dental non-metric variants which are rare. It has a high stature. In addition, general and dental
pathologies have been observed. This skeleton is important because archaeological evidences of dental treatment are rare.
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Valentin Frédérique, Granat Jean. Anthropologie, pathologie et soins dentaires au XVIIIe siècle : découverte exceptionnelle à
Saint-Martin-des-Champs de Paris. In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 9
fascicule 3-4, 1997. pp. 305-318.
doi : 10.3406/bmsap.1997.2489
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1997_num_9_3_2489Bull, et Mém. de la Société d'Anthropologie de Paris, n.s. t. 9, 1997, 3-4, p. 305-318.
NOTE
ANTHROPOLOGIE, PATHOLOGIE ET SOINS
DENTAIRES AU XVIIIe SIÈCLE :
DÉCOUVERTE EXCEPTIONNELLE À
SAINT-MARTIN-DES-CHAMPS DE PARIS
Frédérique Valentin1, Jean Granát2
Résumé. — Le squelette d'un Abbé ayant vécu au XVIIIe siècle, a été découvert lors de travaux
dans le choeur de l'église de Saint-Martin-des-Champs, au Conservatoire National des Arts et Métiers
de Paris. La présence d'une ligature en fil d'or reliant trois dents mandibulaires a entraîné une étude
détaillée de l'individu. Sa stature est élevée et il présente plusieurs variations anatomiques osseuses
et dentaires rares. Par ailleurs, des traces de pathologie générale et dentaire ont été relevées. La
preuve archéologique de soins dentaires, voire de prothèse, réalisés à cette époque est un fait rarissime
qui confère à ce squelette une importance capitale.
Mots clés : anthropologie, paléopathologie, ligature en fil d'or, soins dentaires au XVIIIe siècle,
Paris (France), dents.
ANTHROPOLOGY, PATHOLOGY AND DENTAL TREATMENTS IN THE XVIII™ CENTURY.
Abstract. — The skeleton of an Abbot who has lived during the XVIIIth century, has been
excavated from the church of Saint-Martin-des-Champs (CNAM, Pans, France). The presence of a
gold ligature which links together three mandibular teeth, permitted a detailed anthropological and
dental study. It shows several bony and dental non-metric variants which are rare. It has a high
stature. In addition, general and dental pathologies have been observed. This skeleton is important
because archaeological evidences of dental treatment are rare.
Key words : anthropology, palaeopathology, gold ligature, dental treatment, XVIII* century,
Pans, France, teeth.
1. Frédénque VALENTIN, Institut de Paléontologie Humaine, UMR 6569 CNRS, 1 rue René Panhard 75013
Pans.
2. Jean GRANÁT, 23, rue Pascal 75005 Paris. 306 FRÉDÉRIQUE VALENTIN, JEAN GRANÁT
I. — INTRODUCTION
Lors de la fouille du choeur de l'église Saint Martin-des-Champs de Paris
(Conservatoire National des Arts et Métiers, CNAM), Madame Catherine Brut
(Commission du Vieux Paris) et son équipe ont découvert un cercueil en plomb (Zone 25,
S74) qui renfermait un squelette. Une plaque métallique gravée donne l'état civil du défunt :
un Abbé de Saint-Martin-des-Champs décédé en 1781, à l'âge de 68 ans 7 mois 15 jours.
La présence d'un fil d'or, reliant entre elles trois dents mandibulaires, a été d'emblée
remarquée à la fouille, évoquant de nombreuses questions sur les habitudes et l'hygiène
des Parisiens du XVIIIe (Figure 1A). L'analyse anthropologique, limitée ici à une
investigation macroscopique et radiologique, peut en révéler certains aspects qui vont
être développés dans la suite.
Effectivement, cet individu est intéressant à plus d'un titre. Il est un témoin matériel
unique contribuant à enrichir les connaissances en histoire de la médecine et de l'art
dentaire français qui, justement, est né au XVIIIe siècle à Paris avec les travaux et écrits
capitaux de Pierre Fauchard (1678-1761). Ouvrant la discussion sur l'apparence du corps
et du visage, il constitue également un apport à l'histoire des mentalités. Apparence qui
est de la plus grande importance dans la société des notables du XVIIIe siècle où dominent
la civilité et l'impassibilité du visage. En effet, «c'est le plus adroit ou le plus éloquent,
celui qui sait le mieux parler au regard qui devient le plus considéré » (Courtine et Haroche,
1994).
П. — ANTHROPOLOGIE GÉNÉRALE DU SQUELETTE
État de conservation
Le squelette est en bon état de conservation mais, cependant, quelques os de petite
taille n'ont pas été retrouvés. Les temporal gauche, sacrum, scapulas et première côte
gauche sont incomplets. Des restes de cheveux et de cuir chevelu adhèrent encore au
crâne. La surface corticale des ossements est généralement bien préservée ; une corrosion
post-mortem altère la surface corticale de la face antérieure du menton sur toute la hauteur
de la mandibule et l'arcade alvéolaire maxillaire gauche. Par ailleurs, des déformations et
fracture post-mortem affectent, à gauche principalement, le temporal et le zygomatique,
créant un chevauchement au niveau de l'arcade.
Diagnose du sexe et de l'âge
L'examen des os coxaux par la méthode morphologique de Bruzek (1991) indique
que le sujet est de sexe masculin. Ce résultat est bien en accord avec l'état civil et les
fonctions du défunt. En revanche, les indicateurs d'âge au décès observables directement
sur le squelette, classiquement utilisés en anthropologie, donnent globalement un âge
plus jeune que celui figurant sur la plaque funéraire (sutures exocraniennes : Vallois, 1937 ;
Masset, 1982 ; Meindl étal, 1985 ; cartilage thyroïdien : Cerny, 1983 ; côtes : Iscan étal,
1984 ; pubis : Todd, 1920 ; coxal : Lovejoy étal, 1985). Ainsi, l'état des surfaces auriculaires PATHOLOGIE ET SOINS DENTAIRES AU XVIIIE SIÈCLE À PARIS 307 ANTHROPOLOGIE,
et de la symphyse pubienne du coxal, et le degré de synostose des sutures crâniennes
conduisent à une sous-estimation notable. Confirmant l'opinion de Loth et Iscan (1989)
qui en font un des meilleurs sites d'estimation d'âge, ce sont les modifications observées
à l'extrémité sternale des côtes qui, révélant un âge compris entre 54 et 64 ans, se
rapprochent le plus de celui inscrit sur la plaque.
Morphologie
Comparativement aux crânes du cimetière parisien de l'Ouest qui a reçu des corps de
1788 à 1824 d'une part, et à ceux du des Innocents utilisé depuis Philippe
Auguste jusqu'au XVIIIe siècle d'autre part, le crâne de ce sujet est long (186,0 mm) et
plutôt large (146,0 mm). Sa hauteur (basion-bregma, 128,0 mm) et sa largeur frontale
minimale (96,0 mm) sont comparables aux valeurs moyennes proposées pour ces deux
cimetières par Broca (1879). Très divergent, le frontal est étroit relativement à la largeur
maximale du crâne. La face est haute (88,0 mm) et courte (74,0 mm). Les orbites sont
vastes, aussi hautes (37,0 mm) que larges (40,0 mm). L'ouverture nasale est large (28,0
mm) et haute (55,0 mm), sa base présente un sillon pré-nasal du côté droit. La mandibule
est courte (101,0 mm) et large (119,0 mm) ; sa branche montante est haute (64,0 mm) et
étroite (29,0 mm).
Les caractères discrets crâniens mentionnés par Hauser et de Stéphano (1989) sont
généralement absents. Seules ont été enregistrées les présences d'une double perforation
à l'os nasal droit, d'une échancrare supra-orbitaire médiale double à gauche, d'un foramen
de Civinini incomplet du côté gauche et de trace d'os médio-palatins (traces de sutures
paramédianes bilatérales) et l'absence bilatérale de foramen zygomatico-facial. Dans les
populations européennes le foramen de Civinini est un caractère peu commun, les
fréquences d'apparition varient de 3 à 10,4 % (Hauser et de Stéphano, 1989). La présence
d'os médio-palatins est également un caractère excessivement rare pour lequel peu de
données sont disponibles (Crubézy, 1991).
Par ailleurs, les fémurs montrent, tous deux, une empreinte iliaque sur le col fémoral.
Ce relief, selon Poirier et Charpy (1911), serait dû à la pression exercée sur le bord antérieur
de l'os coxal en position assise ou accroupie. Le fémur droit se caractérise en outre par
une fossette d'Allen dont la présence serait liée à l'hyperextension de la hanche (Angel,
1964). Ces reliefs seraient donc le reflet d'amples mouvements de flexion extension de la
hanche chez notre sujet. Variante anatomique rare, le cunéiforme médial droit est bipartite.
On peut citer à titre d'exemple Barlow (1942) qui en a recensé 3 cas sur 1000 sujets
examinés.
Pour finir, certains caractères comme la présence d'os médio-palatin ou un cunéiforme
médial bipartite correspondent selon Crubézy (1992) à des innovations c'est-à-dire à des
caractères phénotypiques inhabituels. Leur étiologie n'est pas précisée à ce jour. Si leur
héritabilité se confirme, leur présence et leur association chez cet individu pourraient
résulter de mariage en cercle social restreint voire familial ou consanguin.
Stature
Ce sujet était de stature élevée. Elle est estimée à 1,71 m par les formules d'Olivier et
al. (1978). La valeur obtenue se rapproche de la moyenne calculée pour les hommes 308 FRÉDÉRIQUE VALENTIN, JEAN GRANÁT
inhumés à Spitalfields (Londres) entre 1729 et 1852 qui varie de 167,9 à 170,3 cm selon
la méthode utilisée (Molleson et Сох, 1993). Cette valeur dépasse nettement celle fournie,
cent ans après sa mort, pour les conscrits parisiens de 1881 qui s'échelonnent entre 1,63
et 1 ,66 m (Manouvrier, 1888). Pour cet auteur, la taille moyenne d'une population s'élevait
«suivant le degré d'aisance de chaque arrondissement». La même proposition pourrait
donc être retenue pour expliquer la stature élevée de notre sujet.
Etat de santé
Outre les pathologies dentaires qui vont être décrites par la suite, le crâne se caractérise
par des remaniements osseux du cornet nasal moyen gauche d'origine probablement
infectieuse. De plus, quatre caractères mettent en évidence une dysmorphose de la base :
une incurvation de la suture palatine, une déviation de la lame verticale du vomer (concavité
droite), un trou déchiré postérieur droit plus vaste que le gauche et une cloison nasale
déviée dont l'apex est déjeté vers la gauche.
Les vertèbres cervicales montrent une ostéophytose périarticulaire apophysaire à
laquelle s'ajoute une éburnation interapophysaire en C5-C6. Au niveau des vertèbres
thoraciques et lombaires s'observent des appositions osseuses sur les faces antérieure et
latérale du corps. Les faces latérales droites présentent des excroissances volumineuses
de T6 à TU et des coulées osseuses en T10 et TH. Les plateaux comme les articulations
sacro-iliaques sont indemnes. Le reste du squelette présente des enthésopathies bilatérales
en particulier au niveau du tubercule glutéal ; ces atteintes pourraient être l'expression
d'un début de DISH ou maladie hyperostosique qui se rencontre chez l'homme de plus de
50 ans, combiné à une arthrose vertébrale.
Les os des deux pieds, en particulier l'extrémité distale des deux métatarsiens et les
sésamoïdes, portent un ensemble de modifications, ostéophytose périarticulaire et
éburnation, de nature arthrosique en relation avec une position en hyper-extension du
gros orteil. Il est possible de conclure ici à un hallux valgus bilatéral qui serait la
conséquence du port de chaussures à talon dont on a d'ailleurs retrouvé les vestiges dans
d'autres sépultures de même chronologie fouillées également dans l'église de
St-Martin-des-Champs.
III. — LE COMPLEXE ALVEOLO-DENTAIRE :
MORPHOLOGIE, PATHOLOGIE ET SOINS
L'étude exhaustive du complexe maxillo-dentaire, sur ce crâne daté avec certitude du
XVIIIe siècle, s'est révélée surprenante. Elle a des implications en Anthropologie comme
en Odonto-Stomatologie.
Tout d'abord, la seconde molaire inférieure gauche présente un gabarit occlusal peu
courant chez l'Homme actuel, confirmant la grande variabilité morphologique des dents
humaines (Figure IB), (Granát etal., 1992). En effet nous observons sur cette dent un fort
développement du trigonide et une réduction relative du talonide. La cuvette « centrale »
très rétrécie est nettement déportée distalement et un tubercule accessoire s'observe en
position mésiale par rapport au protoconide. Cette molaire est donc à 6 tubercules mais PATHOLOGIE ET SOINS DENTAIRES AU ХУПШ SIÈCLE À PARIS 309 ANTHROPOLOGIE,
Figure 1. — A. Ligature en fil d'or (vue vestibulaire). B. Gabarit occlusal de la seconde molaire
inférieure gauche avec le tubercule accessoire mésio- vestibulaire. (Clichés J. Granát). 310 FRÉDÉRIQUE VALENTIN, JEAN GRANÁT
son gabarit occlusal n'est pas en +6, il est en +5. Cette disposition des tubercules sur une
molaire inférieure d'homme moderne est très originale et nous n'en avons trouvé mention
ni dans les traités ď anatomie dentaire ni dans les nombreux ouvrages d'anthropologie
physique, traitant des dents, que nous avons compulsés. Chez les hominidés fossiles,
nous retrouvons, mais en beaucoup plus discret, l'amorce d'un sixième tubercule en
position mésio- vestibulaire sur la première molaire droite de la mandibule de Montmaurin
(Billy et Vallois, 1977). C'est le seul cas, à notre connaissance, qui rappelle celui que
nous venons de décrire.
Surtout, nous retiendrons ici le fait exceptionnel qu'il existe des preuves de soins
dentaires et de restauration prothétique pratiqués à cette époque. La ligature en fil d'or
qui se remarque immédiatement et qui relie ensemble trois dents sur le côté droit de la
mandibule, en est une preuve directe (Figure 1A). De nombreux ouvrages traitent de
l'histoire des soins dentaires au cours des temps, mais ce sont des gravures, des instruments
et même des prothèses qui constituent les collections des différents musées consacrés à
l'art dentaire. Si des mentions de soins, voire de prothèses dentaires, se retrouvent ici ou
là depuis l'antiquité (Egyptiens, Phéniciens, Etrusques, etc.) les preuves en sont rarissimes
(Baron étal, 1992 ; Benion, 1986 ; Cabanes, 1928 ; Romagnoli, 1988 et 1989 ; Rousseau,
1991-1996; Wittaker, 1993).
Le dentiste le plus en renom de cette période historique est Pierre Fauchard (1678-
1761). Son oeuvre capitale Le Chirurgien Dentiste ou traité des dents est considérée
comme l'acte de naissance de l'art dentaire en France. Ce crâne présente des traces d'actes
de dentisterie effectués à l'époque contemporaine de P. Fauchard, ce qui est extrêmement
important. Ceci nous a été confirmé par le Docteur Claude Rousseau, conservateur du
Musée Pierre Fauchard, musée de l'histoire de l'art dentaire, situé dans les locaux du
Conseil National de l'Ordre des Chirurgiens-Dentistes à Paris(l). Il y existe, entre autres,
des répliques de pièces prothètiques historiques, répertoriées dans le monde, par plaques
ou par ligatures en or. Elles sont très peu nombreuses. Il n'existe aucun original. C'est
donc bien un fait anthropologique rare que nous décrivons ici.
Usure
Les prémolaires et molaires restant en place présentent une faible usure occlusale. En
revanche, au maxillaire, les faces palatines des incisives et de la canine gauche sont
profondément usées sur toute leur hauteur (Figure 2A). De même, les incisives et les
canines mandibulaires montrent une usure extrêmement prononcée des faces vestibulaires,
atteintes sur toute leur hauteur (Figure 2B). A ce propos, en odonto-stomatologie, on
admet généralement les définitions suivantes (Périer, 1949) : l'usure est la perte de substance
s ' effectuant lors de la mastication et 1 ' abrasion est la perte de substance résultant ď actions
non masticatrices, parfois volontaires*.
1. 22, rue Emile Ménier, 75116 Paris. PATHOLOGIE ET SOINS DENTAIRES AU XVIIIE SIÈCLE À PARIS 311 ANTHROPOLOGIE,
A
dents Figure droite. mandibulaires. 2 — E. Usure radiographie : С A. Erosions des généralisée faces panoramique cervicales. palatines et le de fil des D. la d'or. dents trace mandibule (Clichés de maxillaires limage montrant J. Granát). sur ; B. la l'alvéolyse des première faces vestibulaires molaire horizontale inférieure des 312 FRÉDÉRIQUE VALENTIN, JEAN GRANÁT
Figure 3 — A. ouverture de la pulpe sur l'incisive mandibulaire médiane gauche. B. porte foret à
archet d'après P. Fauchard. C. radiographie montrant la hauteur de l'ouverture et le sommet de la
pulpe de l'incisive mandibulaire médiane droite. D. radiographie occlusale visualisant la ligature
en fil d'or. {Clichés J. Granát). PATHOLOGIE ET SOINS DENTAIRES AU ХУПШ SIÈCLE À PARIS 313 ANTHROPOLOGIE,
Occlusion dentaire
Seules entrent en contact au cours des mouvements d'occlusion les incisives et les
canines. La canine supérieure droite est absente mais son alvéole est intact ; elle a donc
disparu post-mortem. Les alvéoles des autres dents absentes ne sont plus apparents et
seule demeure la crête alvéolaire. Les radiographies montrent une cicatrisation osseuse
totale et parfaite. Ces dents n'étaient donc plus sur l'arcade, longtemps avant la mort du
sujet. Au niveau prémolaires et molaires, les dents présentes n'ont plus leurs homologues
antagonistes et n'entrent en contact avec aucune dent lors de l'occlusion. La différence
d'usure entre dents jugales et dents antérieures peut s'expliquer par ce trouble de l'articulé
dentaire.
Caries
Les dents présentes sont peu ou pas cariées. Au maxillaire, sur les incisives centrales,
l'incisive latérale et la canine gauche, nous notons sur la racine, juste au-dessous du collet
et vestibulairement, des lésions en forme de croissant (Figure 2C). Ce sont certainement
des érosions dues à des agents extérieurs et non pas des caries du collet. En effet, l'incisive
latérale droite et l'alvéole de la canine droite sont épargnés.
Pathologie et traitements dentaires
Nous remarquons sur l'incisive centrale inférieure gauche l'ouverture de la chambre
pulpaire (Figure ЗА). A première vue l'on pourrait penser que cet orifice dans la face
vestibulaire est secondaire à la forte usure ; ce qui aurait causé secondairement la nécrose
pulpaire et entraîné par migration une infection apicale. Radiologiquement, il existe en
effet une image périapicale de type granulomateux.
L'examen attentif de cette pénétration pulpaire va plutôt dans le sens d'une trépanation
effectuée volontairement pour soulager le sujet des douleurs provoquées par l'infection
apicale, comme Fauchard (1746) le décrit parfaitement dans son ouvrage. Pour ce faire, il
utilisait un trépan puis une rugine et un équarissoir. Fauchard décrit aussi des forets à
manche et des forets montés sur un chevalet à archet (Figure 3B). Dans son traité (p. 171 ;
T. 1), nous lisons dans le texte : « Alors on fe fervira d'un foret convenable, monté fur fon
chevalet, qu'on tiendra de la main gauche ; & avec fon archet tenu de la main droite, on
percera & ouvrira ce canal autant qu'il fera à propos, en fuivant fa direction».
Effectivement, sur cette incisive l'ouverture est régulière, bien circulaire et entourée d'un
liseré de dentine (d'ivoire) de couleur brun très foncé, qui pourrait donner à penser qu'il
y ait eu échauffement. Il pourrait être consécutif au frottement du foret lors du perçage et
de l'alésage.
L'incisive médiane droite présente la même usure en plateau de la face vestibulaire
que celle de gauche. Généralement, en réponse à ces usures la pulpe se rétracte, comme le
confirme la radiographie (Figure 3C). Si donc, l'ouverture de la chambre pulpaire de
l'incisive gauche était due à l'usure, la radiographie montrerait cette effraction au sommet
de la chambre pulpaire, à un niveau identique à celui de la pulpe de la dent voisine. Or, la
radiographie montre que l'ouverture est plus haute et rejoint la pulpe par un pertuis de
diamètre régulier et aux parois verticales. Cette observation confirme, pour nous,
l'utilisation d'un foret afin de perforer l'ivoire et atteindre la pulpe de cette dent. Nous

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