Apprentissage et mémoire à long terme de phrases : le rôle de la cohésion sémantique des éléments - article ; n°1 ; vol.77, pg 41-62

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L'année psychologique - Année 1977 - Volume 77 - Numéro 1 - Pages 41-62
Résumé
Les sujets apprennent une liste de six phrases et font une épreuve de rappel après un délai de deux semaines. Les phrases comportent cinq éléments : sujet (NS), verbe (V), objet (NO), adjectif (A), complément de nom (NN). On fait varier la cohésion sémantique : forte (+) ou faible (—), du groupe nucléaire (GN) constitué des trois éléments (NS V NO) et du groupe adjoint (GA) constitué des trois éléments (NO A NN) de chaque phrase. L'expérience est réalisée avec quatre groupes de sujets, chaque groupe apprenant une liste de phrases différente : I (GN+ GA+) ; II (GN+ GA—) ; III (GN— GA + ) ; IV (GN— GA—). Les résultats de l'épreuve de mémoire confirment les hypothèses :
— L'élément nucléaire NO est mieux rappelé que A et NN, mais cette rétention différentielle dépend de la cohésion sémantique du groupe (NO A NN) : on n'observe qu'un faible écart dans le groupe I et un écart nul en GIII.
— Lorsqu'une cohésion sémantique forte affecte les éléments nucléaires, les facteurs syntaxique et sémantique composent leurs effets ; lorsqu'une cohésion sémantique forte affecte les éléments du groupe adjoint et que les facteurs syntaxique et sémantique entrent en conflit, l'influence du second est dominante. Les résultats montrent clairement que le sujet reconstruit la phrase à partir d'un groupe d'éléments clés, constitué non pas nécessairement par la structure SVO de la phrase mais par la structure sémantique caractérisée par un haut niveau de stabilité et de spécificité dans le système sémantique du sujet.
Summary
The purpose of this experiment was to study the influence of semantic cohesion on the learning and the long-term memorization of a series of six sentences (after a two-week delay). Each sentence had five elements : Subject (NS), Verb (V), Obfect (NO), Adfective (A), Noun complement (NN). The semantic cohesion of the nuclear group (NG) formed by the three elements (NS V NO) and of the adjunct group (A G) formed by the three elements (NO A NN) may be high or low. Thus, the experiment includes four groups of subfects : I (NG + AG+), II (NG + AG—), III (NG— AG+), IV (NG— AG—).
The results are the following :
— The nuclear element NO is better recalled than the modifiers A and NN, but the differences are dependent on the semantic cohesion of the group (NO A NN) ; this difference is quite low in G I and it is zero in G III.
— When there is high semantic cohesion of the nuclear elements, the effects of syntactic and semantic factors are cumulated ; when high semantic cohesion involves the elements of the adjunct group, semantic factors have greater influence than the syntactic factors.
The results show that subjects select some key-words in order to build a key structure which will allow reconstruction of the sentence in long-term memory. This key structure is chosen according to its degree of stability and specificity in the subject's semantic system.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
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M. F. Ehrlich
Apprentissage et mémoire à long terme de phrases : le rôle de
la cohésion sémantique des éléments
In: L'année psychologique. 1977 vol. 77, n°1. pp. 41-62.
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Ehrlich M. F. Apprentissage et mémoire à long terme de phrases : le rôle de la cohésion sémantique des éléments. In: L'année
psychologique. 1977 vol. 77, n°1. pp. 41-62.
doi : 10.3406/psy.1977.28178
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1977_num_77_1_28178Résumé
Résumé
Les sujets apprennent une liste de six phrases et font une épreuve de rappel après un délai de deux
semaines. Les phrases comportent cinq éléments : sujet (NS), verbe (V), objet (NO), adjectif (A),
complément de nom (NN). On fait varier la cohésion sémantique : forte (+) ou faible (—), du groupe
nucléaire (GN) constitué des trois éléments (NS V NO) et du groupe adjoint (GA) constitué des trois
éléments (NO A NN) de chaque phrase. L'expérience est réalisée avec quatre groupes de sujets,
chaque groupe apprenant une liste de phrases différente : I (GN+ GA+) ; II (GN+ GA—) ; III (GN— GA +
) ; IV (GN— GA—). Les résultats de l'épreuve de mémoire confirment les hypothèses :
— L'élément nucléaire NO est mieux rappelé que A et NN, mais cette rétention différentielle dépend de
la cohésion sémantique du groupe (NO A NN) : on n'observe qu'un faible écart dans le groupe I et un
écart nul en GIII.
— Lorsqu'une cohésion sémantique forte affecte les éléments nucléaires, les facteurs syntaxique et
sémantique composent leurs effets ; lorsqu'une cohésion sémantique forte affecte les éléments du
groupe adjoint et que les facteurs syntaxique et sémantique entrent en conflit, l'influence du second est
dominante. Les résultats montrent clairement que le sujet reconstruit la phrase à partir d'un groupe
d'éléments clés, constitué non pas nécessairement par la structure SVO de la phrase mais par la
structure sémantique caractérisée par un haut niveau de stabilité et de spécificité dans le système
sémantique du sujet.
Abstract
Summary
The purpose of this experiment was to study the influence of semantic cohesion on the learning and the
long-term memorization of a series of six sentences (after a two-week delay). Each sentence had five
elements : Subject (NS), Verb (V), Obfect (NO), Adfective (A), Noun complement (NN). The semantic
cohesion of the nuclear group (NG) formed by the three elements (NS V NO) and of the adjunct group
(A G) formed by the three elements (NO A NN) may be high or low. Thus, the experiment includes four
groups of subfects : I (NG + AG+), II (NG + AG—), III (NG— AG+), IV (NG— AG—).
The results are the following :
— The nuclear element NO is better recalled than the modifiers A and NN, but the differences are
dependent on the semantic cohesion of the group (NO A NN) ; this difference is quite low in G I and it is
zero in G III.
— When there is high semantic cohesion of the nuclear elements, the effects of syntactic and semantic
factors are cumulated ; when high semantic cohesion involves the elements of the adjunct group,
semantic factors have greater influence than the syntactic factors.
The results show that subjects select some key-words in order to build a key structure which will allow
reconstruction of the sentence in long-term memory. This key structure is chosen according to its
degree of stability and specificity in the subject's semantic system.Année psychol.
1977, 77, 41-62
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
associé au C.N.R.S., Université René-Descaries
et E.P.H.E., 3e section
APPRENTISSAGE ET MÉMOIRE
A LONG TERME DE PHRASES :
LE RÔLE DE LA COHÉSION SÉMANTIQUE
DES ÉLÉMENTS
par Marie-France Ehrlich2
SUMMARY
The purpose of this experiment was to study the influence of semantic
cohesion on the learning and the long-term memorization of a series of
six sentences (after a two- week delay). Each sentence had five elements :
Subject (NS), Verb (V), Object (NO), Adjective (A), N oun complement
(NN ). The semantic cohesion of the nuclear group (NG) formed by the
three elements (NS V NO) and of the adjunct (AG) by the (NO A NN) may be high or low. Thus, the experiment
includes four groups of subjects : I (NG + AG+), II (NG + A G — ),
III (NG— AG+), IV (NG— AG—).
The results are the following :
— The nuclear element NO is better recalled than the modifiers A
and NN, but the differences are dependent on the semantic cohesion of the
group (NO A NN) ; this difference is quite low in G I and it is zero
in GUI.
— When there is high semantic cohesion of the nuclear elements, the
effects of syntactic and semantic factors are cumulated ; when high semantic
cohesion involves the elements of the adjunct group, semantic factors have
greater influence than the syntactic factors.
The results show that subjects select some key-words in order to build
a key structure which will allow reconstruction of the sentence in long-term
memory. This key structure is chosen according to its degree of stability
and specificity in the subject's semantic system.
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. Nous remercions vivement Mlle J. Labat qui a participé à la réalisa
tion de cette recherche. 42 MÉMOIRES ORIGINAUX
Au cours de précédentes recherches (Ehrlich, 1975 a et b),
nous avons étudié l'acquisition et la rétention à long terme de
phrases en fonction de la méthode de présentation des différents
éléments qui les constituent. Nous avons montré qu'une méthode
« cumulative » dans laquelle on présente tout d'abord les él
éments nucléaires (le sujet, le verbe et le complément d'objet de
la phrase) avant d'introduire progressivement les éléments modif
icateurs (adjectif, adverbe, complément de nom) permet un
meilleur rappel des phrases, après un délai d'une semaine, que la
méthode classique.
Quelle que soit la méthode utilisée, l'apprentissage conduit
à la formation d'unités surordonnées, de nature syntactico-
sémantique, chaque unité regroupant tous les éléments de la
phrase. Le rappel à long terme apparaît dépendant non pas du
nombre de fois où les éléments ont été présentés ou évoqués pen
dant l'apprentissage, mais de la stabilité des unités surordonnées
construites par le sujet.
L'élaboration de ces unités semble se développer autour de
certains éléments privilégiés que nous qualifierons « d'éléments
clés », en ce sens qu'ils jouent un rôle dominant au niveau de
l'apprentissage et du rappel à long terme. Quels sont les éléments
qui peuvent avoir le statut d'élément clé ?
Dans les recherches concernant la mémoire des phrases
simples sujet-verbe-objet (S V 0), quelques auteurs se sont ins
pirés du concept psycholinguistique de thème développé notam
ment par Hockett (1963) et Halliday (1967). Selon ces auteurs,
la phrase, en tant que message, présente une structure thémat
ique ; elle peut être analysée en deux parties : thème et propos
(lopic et comment). Le thème est « le sujet psychologique » ; sauf
s'il existe des raisons pour qu'il en soit autrement, le thème, le
sujet logique et le sujet grammatical sont représentés par le
même élément qui est alors placé en début de phrase. Lorsque
ces éléments sont dissociés, dans une phrase passive par exemple,
la tendance est d'associer thème et sujet grammatical ; par exten
sion, le thème peut être constitué par un groupe d'éléments placés
en début de phrase.
Dans cette perspective, Johnson-Laird (1968) confirme que le
sujet grammatical est l'élément dominant et porte l'accent de la
phrase ; Clark (1966), Clark et Card (1969), Horowitz et Pry-
tulak (1969) montrent que le sujet est mieux rappelé et qu'il
constitue un indice de rappel plus efficace que l'objet et le verbe M. -F. EHRLICH 43
de la phrase. Toutefois, les résultats de Blumenthal (1967) et de
Segui (1973) indiquent que sujet et objet de la phrase sont des
indices d'efficacité égale lorsque les listes à mémoriser sont homog
ènes et constituées de phrases actives, passives ou négatives.
D'autre part, Perfetti (1973) observe que l'efficacité d'un
indice dépend essentiellement de la coïncidence des traits syn
taxiques et sémantiques des éléments de la phrase : sujet et
objet de la phrase deviennent plus efficaces s'ils assurent respec
tivement les fonctions d'acteur et de patient (au sens de Fill-
more, 1968). Enfin les recherches de James (1972), James,
Thompson et Baldwin (1973), Perfetti et Goldman (1974) mont
rent que le thème de la phrase est représenté par l'élément
dont la valeur d'imagerie est la plus élevée quelle que soit la
fonction grammaticale de cet élément, sujet ou objet de la
phrase.
Dans les phrases complexes où des éléments modificateurs
(adjectifs, adverbes, compléments circonstanciels) viennent
s'ajouter à la phrase noyau S V 0, les données expérimentales
montrent que le sujet opère une sélection parmi les constituants
de la phrase, en fonction de leur catégorie syntaxique : les noms
et les verbes sont mieux retenus que les adjectifs et les adverbes
(Mandler et Mandler, 1964 ; Martin, Roberts et Collins, 1968).
Selon Segui (1973 et 1974), le facteur déterminant est moins la
catégorie syntaxique que le rôle fonctionnel des éléments dans
la phrase : un élément nucléaire (nom ou verbe) — élément
« obligatoire » de la structure de base de la phrase et dont la pré
sence est nécessaire à la correction grammaticale de l'énoncé —
est mieux retenu qu'un élément qui le modifie (adjectif, adverbe
ou complément circonstanciel) et qui peut être supprimé sans
affecter la grammaticalité de la phrase. Les recherches de Segui
tendent à montrer que les éléments nucléaires qui forment la
proposition principale de la phrase (le sujet, le verbe et l'objet)
sont structurés en une unité sémantique retenue de manière
privilégiée par le sujet et qui sera le point de départ du processus
de construction de la réponse. Les éléments modificateurs liés
aux éléments nucléaires par des propositions incidentes sont
intégrés par la suite à la structure primaire S V O1.
Il semble ici que les éléments nucléaires de la phrase, sélec-
1. Remarquons que ces résultats concernent une épreuve de rappel fa
isant suite à une ou deux présentations d'une série de phrases. 44 MÉMOIRES ORIGINAUX
tionnés en tant qu'éléments clés, aient été organisés par le sujet
en une structure clé.
Dans l'expérience présentée ci-dessous nous étudierons le
rôle respectif des facteurs syntaxiques et sémantiques dans la
sélection des éléments clés au cours de l'apprentissage d'une série
de phrases. C'est à l'aide d'une épreuve de rappel à long terme
que nous pourrons identifier ces mots clés et mettre en évidence
leur rôle dans la reconstruction de la phrase.
Les phrases utilisées sont du type suivant : sujet-verbe-objet-
adjectif-complément de nom ; exemple : Le jardinier lond la
pelouse verle du parc.
Du point de vue syntaxique, les phrases de ce type sont
constituées d'une proposition de base S V 0 qui, fonctionnelle-
ment, joue le rôle de phrase nucléaire et de deux éléments modif
icateurs : l'adjectif et le complément de nom, reliés au complé
ment d'objet par l'intermédiaire de deux propositions incidentes.
Sous l'angle sémantique, nous considérerons la phrase comme
constituée de deux groupes de mots :
— un groupe nucléaire (GN) qui rassemble les trois éléments
acteur-action-patient : le jardinier tond la pelouse ;
: — un groupe adjoint (GA) qui spécifie et particularise le patient :
la pelouse verte du parc.
Nous ferons varier la cohésion sémantique, c'est-à-dire la force
des liens sémantiques qui unissent les éléments du groupe
nucléaire d'une part, les éléments du groupe adjoint d'autre part.
Nous considérons ici qu'un groupe de mots est caractérisé par
une cohésion sémantique forte (CS + ) lorsque ses éléments cons
tituants ont des liens associatifs étroits et qu'il correspond à ce
que Kintsch (1972) appelle « un groupe défïnitionnel », caractérisé
par une certaine permanence dans la mémoire sémantique du
sujet1. Au contraire, un groupe de mots a une cohésion
faible (GS — ) s'il constitue un « groupe contingent ». Il s'agit d'un
groupe circonstanciel que le sujet peut construire dans une situa
tion particulière, mais qui ne fait pas partie de sa mémoire sémant
ique permanente. La distinction entre structure permanente et
structure circonstancielle introduite par S. Ehrlich et Ricateau
1. Dans la théorie de Kintsch, une entrée lexicale est représentée par une
liste de propositions, des informations additionnelles pouvant être générées
par l'opération de règles d'inférence. Les énoncés construits à partir de cette
liste de propositions sont de type définitionnel et stockés comme tels en
mémoire ; ils n'exigent pas la mise en œuvre de règles d'inférence. M. -F. EHRLICH 45
dès 1970 a été développée par ces mêmes auteurs dans deux publi
cations récentes (1976).
Ainsi, dans la phrase Le jardinier tond la pelouse verte du parc,
les deux groupes nucléaire et adjoint présentent une cohésion
sémantique forte : en effet, il est dans les fonctions du jardinier
de tondre les pelouses ; l'une des caractéristiques d'une pelouse
est d'être verte et les pelouses sont le plus souvent situées dans
un parc. Par opposition, la phrase L'homme traverse la pelouse
odorante de l'école est constituée de deux groupes contingents
dont la cohésion sémantique est faible.
Deux épreuves seront réalisées afin d'opérationaliser cette
variable de cohésion sémantique.
HYPOTHÈSES
Notre hypothèse générale est que les caractéristiques sémant
iques des phrases à apprendre jouent un rôle fondamental. Au
cours des essais d'apprentissage, le sujet élabore pour chaque
phrase une unité sémantique complexe organisée autour d'él
éments clés. Lors de l'épreuve de mémoire, ce sont les éléments
clés qui, retenus de manière privilégiée, permettent la reconstruc
tion de la phrase. Nos hypothèses portent essentiellement sur les
performances des sujets dans cette épreuve de mémoire.
La première hypothèse est relative au facteur syntaxique : un
élément nucléaire est mieux retenu que les éléments modificateurs
qui lui sont attachés. Mais nous supposons que cette rétention
différentielle des éléments dépend de la force des liens sémantiques
qui unissent l'élément nucléaire et les modificateurs.
La seconde hypothèse concerne plus directement le facteur
sémantique : les éléments des groupes dont la cohésion sémantique
est forte sont mieux retenus que les éléments appartenant à des
groupes dont la cohésion sémantique est faible. En outre, nous
supposons que ce facteur exerce une influence domi
nante par rapport au facteur syntaxique : les éléments du groupe
adjoint, lorsqu'ils constituent un groupe sémantique fort sont
mieux retenus que les éléments du nucléaire intégrés dans
un groupe sémantique dont la cohésion est faible.
Enfin, nous nous proposons de vérifier que les éléments clés
peuvent être regroupés en une structure clé et que c'est à partir
de cette structure clé que la phrase est reconstruite par le sujet. MÉMOIRES ORIGINAUX 46
MÉTHODE
LES PHRASES UTILISEES
1 . Huit couples de phrases possédant des caractéristiques syntaxiques
identiques ont été construites sur le modèle suivant :
I : « Le jardinier tond la pelouse verte du parc. »
IV : « L'homme traverse la odorante de l'école. »
Ce sont des phrases actives, affirmatives, au singulier, constituées de
trois éléments nucléaires : le nom sujet (NS), le verbe (V), le nom objet
(NO) et de deux éléments modificateurs : l'adjectif (A) et le complément
de nom (NN) qui modifient (NO).
Dans toutes les phrases, le sujet est animé et humain, le verbe est
transitif ; le complément d'objet est animé, non humain pour la moitié
des phrases, inanimé pour l'autre moitié. L'adjectif vient toujours après
le complément d'objet, le complément de nom est de même type que
l'objet qu'il modifie, animé ou inanimé.
2. Les éléments de chaque phrase ont été choisis de telle sorte que le
groupe nucléaire d'une part : GN (NS V NO) et le groupe adjoint d'autre
part : GA (NO A NN) présentent une cohésion sémantique forte ou faible.
Ainsi, dans les phrases de type I, le groupe nucléaire et le groupe
adjoint ont une cohésion sémantique forte alors que dans les phrases de
type IV, les deux groupes ont une cohésion sémantique faible.
Deux épreuves préliminaires portant sur 100 sujets ont permis d'opé
ra tionaliser cette variable expérimentale de cohésion sémantique. Dans
ces épreuves, les séquences correspondant aux groupes nucléaires (GN)
d'une part, les aux adjoints (GA)
d'autre sont présentées par couples : une séquence supposée CS-f
et la séquence correspondante supposée CS — .
Dans la première épreuve, pour chaque couple, les sujets jugent de la
cohésion sémantique des séquences de mots en marquant d'un signe -f la
séquence qui représente un groupe sémantique fort et — la qui un faible.
La consigne présentée aux sujets est la suivante : « C'est une épreuve
très simple : votre tâche est de juger la force sémantique plus ou moins
grande de groupes de mots. Sur la première feuille, vous avez des phrases
simples constituées d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Ces
phrases sont couplées deux à deux. Pour chaque couple de phrases, vous
mettez un signe + à côté de la phrase qui représente un groupe sémant
ique fort, c'est-à-dire un groupe dont les éléments sont fortement asso
ciés et vous mettez un signe — à côté de la phrase qui représente un
groupe sémantique faible. Vous devez nécessairement mettre un signe +
pour une phrase et un signe — pour l'autre phrase. M. -F. EHRLICH 47
« Sur la seconde feuille, vous effectuerez cette même tâche avec des
séquences de mots constituées d'un nom, d'un adjectif et d'un complé
ment de nom. »
La moitié des sujets commencent à juger la force sémantique des
groupes (GN) et poursuivent l'épreuve avec les groupes (GA) ; les autres
sujets effectuent la même tâche en commençant par les groupes (GA).
Les résultats de cette épreuve mettent en évidence une très grande
concordance des jugements effectués par les 100 sujets, ce qui vient vali
der le choix des séquences de mots. C'est ainsi que 96 % des sujets jugent
que la séquence « Le jardinier tond la pelouse » est un groupe dont la
cohésion sémantique est forte et « L'homme traverse la pelouse » un
groupe de cohésion faible.
Tableau I
Jugements de la cohésion sémantique
A B C D
GN Accord 94 % 96 % 96 % 93 %
6,14 6,57 6,52 5,88 CS cs— + 2,39 3,75 3,32 1,97
— (cs— ) 3,75 2,82 3,20 3,91 (CS + )
GA Accord 93 % 90 % 93 % 94%
5,90 5,60 6,33 6,38 CS cs— + 2,10 3,40 2,40 2,80
— (CS— ) 3,80 2,20 3,93 3,58 (CS + )
E F H G
no o/ GN Accord 98 % 94 % ö/ /o
6,55 6,39 6,58 5,23 CS cs— + 2,73 3,22 4,08 2,89
— (cs— ) 3,82 3,17 2,50 2,34 (CS + )
GA Accord 98 % 95 % 82 % 96 %
6,06 5,60 6,20 6,80 cs— CS + 2,18 2,10 4,60 1,80
— (CS-) 3,88 3,50 5 1,60 (CS + )
Pour chacun des huit couples de séquences correspondant aux groupes
nucléaires (GN) et chacun des huit couples de séquences correspondant aux
groupes adjoints (GA), on a calculé :
— le pourcentage de sujets jugeant les séquences supposées de cohésion
sémantique forte (CS + ) comme ayant une cohésion sémantique forte ;
— les valeurs moyennes de cohésion sémantique des séquences supposées
(CS + ), des séquences supposées (CS — ) et la valeur de l'écart (CS-f)
— (CS— ). 48 MÉMOIRES ORIGINAUX
Afin de recueillir les données plus précises, nous avons alors demandé
aux mêmes sujets d'effectuer une nouvelle épreuve consistant à coter la
cohésion sémantique des séquences de mots, toujours présentées par
couples, à l'aide d'une échelle en 7 points. Cette technique permet d'ob
tenir une valeur moyenne de cohésion sémantique pour chaque séquence ;
à partir de ces valeurs, nous avons calculé l'écart entre les séquences
supposées CS+ et les séquences supposées CS — .
Les données de ces deux épreuves sont représentées dans le tableau I
(p. 47).
A l'issue de ces épreuves nous avons retenu les six couples A, . . . , F,
pour lesquels les scores des deux épreuves sont les plus homogènes. Les
scores moyens de ces six couples sont les suivants :
Pour GN, accord : 95,83 % (CS+) — (CS—) = 3,44. GA, : 93,83 % — (CS— ) = 3.481.
1. Deux épreuves contrôle ont été réalisées dans le but de préciser les
liens entre la cohésion sémantique et deux autres variables dont le rôle faci-
litateur a été mis en évidence dans l'apprentissage de phrases.
a) Afin d'estimer la force associative entre les éléments des groupes GN
et GA, les 54 mots de ces groupes ont fait l'objet d'une épreuve d'association
libre portant sur 80 sujets. Nous avons alors considéré pour chaque mot induc
teur la réponse la plus fréquente ; ce n'est que dans les groupes de cohésion
sémantique forte que l'on retrouve des mots fréquemment associés :
— Pour les groupes GN :
V — > NO pour A et C ; fréquences d'association : 38 % et 18 % ;
NS -> NO et V -> NO pour E ; fréquences d'association : 48% et 52%.
— Pour les groupes GA :
NN — > NO pour D et F ; fréquences d'association : 24% et 16% ;
NO -> A pour C ; fréquence d'association : 36 % ;
A — > NO et NN -> NO pour E ; fréquences d'association : 45% et 64%.
Aucune de ces associations n'est réversible. Pour les groupes GN, on ne
retrouve que 4 couples de mots fréquemment associés sur les 18 possibles ;
pour GA on en retrouve 5 sur 18. Ce n'est que dans la phrase E : « Le palefre
nier selle le cheval fougueux du cavalier », que la force associative interél
éments est très élevée ; les associations convergent vers le mot cheval. Il n'y
a donc qu'un recouvrement très partiel entre cohésion sémantique d'un groupe
d'éléments et force associative interéléments.
b) Une épreuve devant permettre de coter la valeur d'imagerie des
groupes GN et GA a été effectuée par un second groupe de 60 sujets. Les
séquences de mots sont présentées par couples, de la même manière que dans
l'épreuve de jugement de la cohésion sémantique. Les sujets doivent coter,
sur une échelle en 7 points, la valeur d'imagerie définie comme « la facilite
avec laquelle un groupe de mots évoque une image mentale représentant un

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