Association et Imagination. Les images et l'eidétisme. Le rêve. - compte-rendu ; n°1 ; vol.25, pg 580-590

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L'année psychologique - Année 1924 - Volume 25 - Numéro 1 - Pages 580-590
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1924
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VIII. Association et Imagination. Les images et l'eidétisme. Le
rêve.
In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 580-590.
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VIII. Association et Imagination. Les images et l'eidétisme. Le rêve. In: L'année psychologique. 1924 vol. 25. pp. 580-590.
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HELEN MARY CADY. — On the psychology of testimony [Sur la
psychologie du témoignage). — Am. J. of Ps., XXXV, 1, 1924,
p. 110-112.
Compte rendu d'une expérience faite dans plusieurs classes d'étu
diants sous cette forme : un personnage entre dans la salle de confé
rences, et annonce qu'il se propose de faire un cours préparatoire à
certains emplois publics : après avoir donné certaines explications, il
fait distribuer aux assistants un test qu'il les invite à remplir. Une
moitié des élèves doit faire un récit aussi circonstancié que possible
de tout ce qui vient de se passer : l'autre doit répondre, sur le même
sujet, à quarante-deux questions, dont quelques-unes contiennent
des suggestions fallacieuses. On trouve une grande variété de types
de réponses : en général, le questionnaire donne plus d'erreurs que
le récit spontané ; la méthode la plus satisfaisante pour obtenir un
témoignage exact est une combinaison des deux épreuves, la narra
tion libre précédant le questionnaire.
P. G.
VIII. — Association et Imagination. Les images
et l'eidétisme. Le rêve.
H. -F. ADAMS. — The formation of associations (La formation des
associations). — Ps. Rev., XXXI, 5, 1924, p. 376-396.
A. reprend et développe la théorie physiologique de Me Dougall
sur l'association, en y ajoutant l'idée que les voies associatives sont
doubles, l'influx nerveux pouvant circuler dans les deux sens. Quand
un centre est excité, il y a radiation de l'énergie nerveuse, qui s'écoule
vers les voies de moindre résistance, et en même temps attraction, la
résistance des synapses conduisant au centre actif étant diminuée.
Quand deux régions sont excitées en même temps, ces deux forces
de radiation et d'attraction tendent à « focaliser » le drainage de
l'influx nerveux, de telle sorte que la décharge maxima a lieu
entre ces deux centres. Ainsi s'explique la formation des associations
par contiguïté.
A. montre comment on peut, avec la même théorie, expliquer les
différentes lois de l'association.
G. P.
HULSEY CASON. — The concept of backward association [Le
concept d'association régressive). — Am. J. of Ps., XXXV, 2, 1924,
p. 217-221.
Le concept d'association régressive a été introduit par Ebbin-
ghaus, qui trouvait qu'après avoir appris des syllabes dans l'ordre
1, 2, 3, 4, etc., non seulement elles se trouvaient associées dans cet
ordre, mais qu'il y avait aussi des associations de la première à ASSOCIATION ET IMAGINATION. KÊVE 581
-d'autres placées plus ou moins loin dans la série, et même, en sens
inverse, de celles-ci à des syllabes antérieures. Mais on peut expliquer
ce résultat en admettant qu'au cours des expériences il se produisait
des circonstances spéciales favorables à ces associations, par exemple
dans les récitations des séries imparfaitement sues, dans les fluctua
tions de l'attention, dans les remarques faites par le sujet sur l'ordre
des syllabes (Ebbinghaus accordait peu de place à l'introspection).
L'idée d'association régressive est peu compatible avec le fait qu'en
•changeant l'ordre des mêmes syllabes pour constituer une nouvelle
série, on ne fait pas d'économie appréciable sur le temps nécessaire
pour l'apprendre. Enfin l'association apparaîtra nettement irréver
sible, si on la conçoit comme s'étab lissant en réalité entre un stimulus
et une réponse motrice. P. G.
L.-M. HUBBARD. — Complex signs in diagnostic free association
(Les signes complexes dans l'association libre comme procédé de
diagnostic). — J. of exp. Ps., VII, 5, 1924, p. 342-357.
Jung a étudié deux types de faits de persevération : persévération
•de l'idée (répondre par le même mot à plusieurs stimuli verbaux) ;
persévération d'un signe complexe attaché à une première réaction,
tel que : lenteur de la réponse, défaut de réponse, tendance à rire,
à rimer, à former des mots par dérivation, etc. Mais comment être
sûr qu'il s'agit de persévération de l'effet du premier stimulus, et
non d'un effet accidentel du stimulus suivant ? On ne pourrait l'a
ffirmer que si l'on trouvait un excès de pareilles séquences, par ap
port à leur fréquence probable. Dans les expériences de H, faites sur
•cent sujets, hommes et femmes, et dans des conditions variables, on
forme cinquante listes différentes avec les mêmes mots distribués au
hasard. Après une première épreuve d'association libre, chaque sujet
4oit réagir une deuxième fois en cherchant à répondre aux mots de
la même façon que la première fois. L'étude a porté sur la fréquence
-des signes complexes suivants : rire ou sourire, réaction lente, diffé
rence entre les deux réponses à un même mot dans les deux séries.
On trouve une très légère tendance à continuer à rire pour les mots
qui suivent ceux qui ont provoqué le rire, avec une décroissance
rapide : la tendance à persévérer dans la réaction lente, si elle existe,
•est à l'état de faible trace ; d'ailleurs elle est combattue consciem
ment par certaines personnes.
Dans la seconde partie du travail on cherche par la même méthode
•comment l'apparition de ces mêmes signes complexes est fonction
de la place du stimulus dans la série.
L'auteur conclut que la valeur de ces signes complexes comme
signes diagnostics (par exemple : d'une émotion) est médiocre : elle
ne pourrait être estimée dans un cas particulier que par la connais
sance préalable des lois de leur distribution. P. G.
O.-B. WELCH et C.-T. BURNETT. — Is primacy a îactor in asso
ciation-formation ? (La priorité est-elle un facteur dans la formation
de Vassociation ?) Am. J'. of Ps., XXXV, 3, 1924, p. 396-402.
Certains psychologues ont soutenu que certains événements, parce 582 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
qu'ils sont les premiers d'une série (par exemple la première syllabe
d'une série apprise) se fixent mieux dans la mémoire. Dans l'expé
rience qu'ils ont faite sur 26 sujets, pour contrôler cette assertion,
les auteurs de ce travail ont pris des précautions pour interdire au
sujet de se répéter les premières syllabes pendant que les suivantes
lui étaient présentées ; dans ces conditions les premières ne montrent
aucun privilège, tandis que les dernières de la série sont favorisées.
Ils citent deux autres expériences plus anciennes : l'une de
H.-W. Lamb, l'autre de M.-O. Watermann : la seconde ferait croire
à une influence de la priorité, mais les précautions suffisantes
n'avaient pas été prises, et il est possible que l'effet attribué à la
priorité soit dû à la récence et à la fréquence de la première syllabe
répétée par le sujet, car toutes les expériences sont d'accord pour
mettre en évidence l'influence de ces deux caractères sur la fixation..
P. G.
K. KOFFKA. — Forschungsbericht, Ueber die Untersuchungen an
den sogenannten optischen Anschauungsbildern [Revue critique :
les recherches sur les « images visuelles subjectives »). — Ps. For.,
III, 1-2, 1923, p. 124-167.
Gn trouvera dans cet article une critique minutie use et serrée de
travaux récents sur les images visuelles, de Jaënsch et de ses élèves
Kroh, Busse, etc.
On appelle, dans cette école, eidétiques les individus qui ont le
don des images. Ces visions intérieures (Anschauungsbilder A. B) ne
se distinguent de la vraie perception que par l'inaction de l'organe
périphérique. Cependant, elles sont tantôt colorées, tantôt incolores,
ou elles présentent les couleurs complémentaires de celles de l'objet,
ce qui les rapproche des images consécutives (N. B.) ; d'autre part,
ce ne sont pas toujours des reproductions de perceptions, et par là,
elles se rapprochent des représentations (V. B.). Koffka passe en
revue les différents critères proposés pour distinguer ces trois phé
nomènes : netteté et richesse des détails, grandeur du champ, intens
ité, nature du fond sur lequel elles apparaissent, caractère corporel,
visibilité des couleurs, etc.. Il montre que tous ces critères ne sont
pas employés de façon unanime par les auteurs, et qu'il est facile de
relever dans leurs descriptions certaines contradictions.
Une théorie générale est à la base de toutes ces analyses. Les trois
sortes d'images seraient des variétés de phénomènes de mémoire. Il
y aurait passage continu de l'une à l'autre. Les A. B. occupent une
place intermédiaire entre les N. B. et les V. B. Cette idée n'est pas
claire, car les A. B. n'ont pas toujours des caractères moyens, mais
se montrent par exemple souvent supérieures en richesse et en viva
cité aux deux autres. Pourquoi faire des N. B. des phénomènes de
mémoire, si elles s'expliquent directement par des
rétiniens ?
On peut comparer également les trois faits au point de vue de
leurs caractères fonctionnels : conditions d'apparition (rapports
avec la durée de l'impression) — degré de plasticité (influence des
conditions de l'expérience) et de flexibilité (influence de la volonté). ASSOCIATION ET IMAGINATION. REVE 583
— degré de cohésion entre l'image et le fond sur lequel on la projette
(déplacement avec l'écran, adhérence à certains points de repère,
mélange des couleurs) — degré d'invariance (selon la position de
l'observateur par rapport à l'écran) — effet des excitations pertur
batrices, etc.. Il est impossible de suivre K dans le détail de sa cri
tique : il n'a pas de peine à montrer les divergences des auteurs, le
défaut de corrélation des différents critères, l'incertitude du procédé
de mesure.
D'après Jaënsch et ses élèves, l'image (A.B.) est particulièrement
développée dans la jeunesse, où elle occupe par rapport aux autres
degrés un rang privilégié. On suppose que les deux mondes de la
perception et de la représentation se sont différenciés à partir de
celui des images : thèse obscure, car il faut bien que la perception
précède la mémoire. Le rapport des images consécutives avec le phé
nomène primordial est encore un autre sujet de confusion.
Les preuves du caractère primitivement indifférencié des A. B.
seraient tirées de leur universalité dans la jeunesse (établie sur des
enquêtes collectives assez peu convaincantes) ; des difficultés (rele
vées plus haut) de distinguer chez certains individus les trois phé
nomènes : enfin de l'évolution régressive de l'imagination concrète
chez l'adulte.
Le principal mérite de ces recherches, d'après Koffka, est d'avoir
montré qu'on pouvait expérimenter sur les images. Mais les faits
sont inexactement et insuffisamment étudiés ; la théorie n'est ni
claire ni conséquente, et il y a beaucoup de dilettantisme dans ses
généralisations.
P. G.
G. SCHWAB. — Vorläufige Mitteilungen über Untersuchungen zum
Wesen der subjectiver Anschauungsbilder. [Communication prél
iminaire sur des recherches concernant la nature des tableaux intuit
ifs subjectifs). — Ps. For., V, 3-4, 1924, p. 321-339:
Les images subjectives (Auschauungsbilder) sont définies dans
l'école de Jaënsch comme de véritables perceptions à caractèie cor
porel, et par là se distinguent des simples représentations (Vorstel
lungen).
Une enquête a été faite sur 61 jeunes filles de 9 à 18 ans, choisies
dans une école parmi les types eidétiques. Les épreuves sont les sui
vantes : on leur présente une série de dessins plus ou moins complexes,
et on leur demande d'en former ensuite une image sur laquelle elles
donnent des explications détaillées. Elles doivent obtenir, puis dé
crire une représentation, puis une image (projetée sur un écran), soit
d'un objet présenté dans une séance précédente, soit d'une personne
familière ; décrire d'après une vision subjective, des cartons divisés
en huit carrés de couleur différente et portant des chiffres différents,
qui leur ont été montrés ; enfin comparer une image souvenir propre
ment dite et une image consécutive d'un carré de couleur.
Tandis que certains sujets font des déclarations précises et sûres,
qu'on n'a pas de raison de suspecter, d'autres sont plus réservés, se
déclarent incapable de rendre compte de ce qu'ils « voient » ou de 584 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
distinguer la véritable vision du phénomène actuel, soit dans sa
nature, soit dans son contenu. De même il y a toute sorte d'interméd
iaires entre les sujets qui disent distinguer nettement l'image de la
simple représentation, et ceux qui ne peuvent même pas comprendre
le sens de cette question. La distinction des images proprement dites
et des images consécutives n'a pu être établie : comme il est possible
d'obtenir une image consécutive même sans fixer longuement l'objet,
la confusion des deux faits est toujours possible. L'examen du contenu
représenté montre aussi tous les degrés dans l'exactitude des détails :
beaucoup sont de pure imagination, alors que les sujets déclarent
encore « voir ». Mêmes résultats avec les rectangles divisés en carrés
de couleur, qui permettent un contrôle précis des erreurs.
L'auteur conclut qu'il est impossible de faire correspondre à un
concept unique les faits qualifiés de vision subjective. Cette expression
n'est pas, dans le témoignage des sujets, la garantie de l'équivalence
du phénomène avec une perception corporelle. P. G.
F. KIESOW. — Si veriîicano nei bambini e nei îanciulli immagini
consecutive contrarie ? Con tribu to dello studio dei fenomeni eide-
tici (Constate-t-on Vexistence d'images consécutives négatives chez
les jeunes enfants et les adolescents '? Contribution à l'étude des
phénomènes eidétiques). — Ar. it. di Psic, III, 2-3, 1924, p. 121-132.
L'auteur rappelle les principales données relatives à la conception
des eidétiques développée par Jaensch et son école de
Marbourg, à la suite de celui qui fut son maître, G.-E. Müller, de
Göttingen (1913) et d'Urbantschitsch (1907). Les phénomènes eidé
tiques désignent des représentations qui, sans être des hallucinations,
gardent le caractère de la réalité, des images identiques aux percep
tions mêmes, des « Anschauungsbilder », ou « images subjectives »,
suivant la traduction de Kiesow. L'eidétisme caractériserait l'esprit
de l'enfant avant la métamorphose juvénile due à la prédominance
acquise au cours de l'éducation des représentations verbales et des
concepts abstraits, et l'esprit des primitifs qui n'ont jamais subi la
métamorphose susdite.
A quel âge se ferait la transformation ?
D'après Henning qui examina l'olfaction, la transformation se
ferait de 10 à 12 ans, d'après Herwig, vers 14 ans.
Kiesow a procédé à des recherches qui ont consisté, en présentant
pendant un temps court des disques colorés (rouge, vert, jaune et
bleu), à demander à des enfants d'âges divers, s'ils voyaient, sur
fond blanc, une image consécutive négative. L'absence de cette
image, par elle-même, est considérée comme une preuve de l'existence
de l'imagination eidétique.
Trouvant chez 32 filles de 6 à 14 ans et 26 garçons de 10 à 14, l'exi
stence constante de l'image négative, et son absence chez 7 enfants
sur 10 de 4 à 6 ans, c'est à cet âge que la transformation se produirait.
On voit ce qu'a de fragile une telle démonstration, fondée sur le
postulat que, quand l'enfant n'accuse pas l'image consécutive néga
tive c'est réellement parce qu'il a une persistance eidétique positive,
un « Anschauungsbild », et non pour une autre cause quelconque.
H. P. ASSOCIATION ET IMAGINATION. REVE 585
DR. KOCHMANN. — Über musikalische Gedächtnisbilder.
I. Mitteilung. Experimentelle Untersuchungen an Schülern (Des
images mnésiques musicales. Ire communication. Recherches expé
rimentales sur des écoliers). — ■ Z. für ang. Ps., XXIII, 5-6, p. 329-
351.
L'auteur se propose d'étudier les images intuitives au sens de
Jaensch (Anschauungsbilder) dans le domaine auditif et de voir s'il
est possible de les différencier des images mentales (Vorstellungsb
ilder). Il a fait entendre à des écoliers de 10 à 17 ans des notes de
piano isolées et des phrases musicales que le sujet devait reproduire
après un intervalle déterminé.
Pour les tons isolés, les images mentales se sont montrées très
nettes chez tous les sujets. Les enfants continuaient à entendre les
sons en les localisant dans la tête ou dans l'oreille. L'auteur n'a pas
pu trouver de critères objectifs pour distinguer des images mentales
et des images intuitives parmi ces images mnésiques qui ont présenté
tous les degrés de clarté possibles.
Les phrases musicales donnent lieu chez la majorité des enfants à
des images mnésiques très durables. D. W.
HANS HENNING. — Das Urbild [La pré-image). — Z. für Ps.,
XCIV, 1924, p. 273-277.
On sait ce que l'école de Jaënsch appelle tableau intuitif (An-
schauungsbild). Ces tableaux intuitifs ne peuvent s'observer commod
ément, pour les sens supérieurs, que chez l'enfant. Ils persisteraient;
par contre, chez tout le monde dans le domaine de sens inférieurs,
l'odorat et le goût 1. Un tableau objectif olfactif peut être percept
ion, image consécutive, souvenir, représentation (individuelle ou
collective), image de la rêverie, illusion, synesthésie, pseudo-synes-
ihésie, hallucination. Ce qui varie, dans ces cas, ce n'est pas la nature
du tableau intuitif, mais la coloration du moi, la « structure du vécu »,
les « propriétés du complexe » (« Komplexqualitäten »).
On peut imaginer — et éprouver — quelque chose qui est anté
rieur à cette différenciation, une impression plus plastique et plus
ineffable, mobile dans la conscience et dans le monde extérieur, va
riable, fluente.
Les sujets de Henning disent : « Cette odeur était par delà la per
ception, le tableau intuitif, le souvenir »... « J'éprouvais comme un
parfum oriental... Comme vous aviez parlé des mille et une nuits,
je ne savais plus si c'était objectif ou subjectif»... « C'était une odeur
d'Ylang sans phrase, sans plus... Il lui manquait un facteur d'ob
jectivité pour être perception ; la persistance, avec adhésion
active, dans le monde du moi pour être tableau eidétique ; l'exci
tation antécédente pour être image consécutive ; la localisation
dans le passé pour être souvenir ; la passivité du moi pour être
représentation. C'était réel, mais plus simple que tout cela. C'était
seulement odeur, rien de plus ». I. M.
1. Cf. Henning, Der Geruch. Lpz., Barth, 1924, p. 286. Voir l'ana
lyse ci-après. ■
586 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
HANS HENNING. — Ausgeprägte Anschauungsbilder der beiden
Arten von Geschmackssinn {Tableaux intuitifs caractérisés dans
le domaine des deux formes du goût). — Z. für Ps., XCV, 1924,
p. 137-142.
L'auteur a décrit précédemment le goût nasal (le 12e sens, comme
il l'appelle dans son livre Der Geruch, Lpz., Barth, 1924, p. 268).
Le goût nasal n'est mis en jeu que par des substances gazeuses, alors
que le goût lingual répond aux liquides ; ses excitants et ses impres
sions diffèrent également de ceux de la langue.
Les deux formes offrent, d'après l'auteur, des tableaux intuitifs
« eidétiques », dans le sens de Jaënsch. Mais les de
la langue ne coïncident point avec ceux du nez. La plupart des sujets
ne présentent que l'une des variétés, à l'exclusion de l'autre. On a
cité déjà des cas d' « eidétisme » du goût nasal ; l'auteur, rapporte un
cas de goût lingual où la simple contemplation d'un aliment provo
quait une impression gustative buccale très forte. Quand le sujet
était étudiant, et point riche, il lui suffisait de regaraer une trancha
de cervelas (assez épicé, il est vrai) pour être rassasié.
Les peuples inférieurs auraient ce trait particulièrement accentué.
Les Indiens de l'Amérique du Sud n'aspirent qu'une bouffée de
cigarette, ne font que lécher un morceau de sucre. Les impressions
ainsi obtenues sont suffisantes. Les paysans russes font mieux :
quand il n'y a pas beaucoup de sucre à la maison, on met un seul
morceau de sucre au milieu de la table, tout le monde prend du thé
sans le sucrer, mais en regardant le morceau, — et le thé paraît sucré
à tout le monde !
I. M.
ANTONIN PRANDTL. — Versuche über die Perseveration von
Vorstellungen. {Expériences sur la « persévération», [persistance] des
images). — Z. fu, Ps., XCV, 1924, p. 249-273.
La « perse vération » est définie : retour, répétition d'une impression
primaire (sans que cette répétition signifie identité) alors qu'aucun
fait psychique conscient n'a évoqué cette impression primaire. Cette
définition élimine d'une part les images consécutives (il faut qu'il
y ait eu une interruption, une pause), de l'autre les souvenirs évoqués,
volontaires.
L'expérience consiste à lire au sujet (au rythme 60 du métronome)
une série de 8 couples de syllabes dépourvues de sens et à voir com
ment, d'après quelles règles ces syllabes reparaissent dans les inter
valles de repos.
On constate, d'abord, un court intervalle vide (6 secondes en
moyenne). Lorsque les souvenirs apparaissent, ils se présentent selon
un ordre assez fixe : les dernières syllabes entendues d'abord, puis
les avant-dernières, etc. (on raisonne sur les moyennes de fréquence,
bien entendu). Le nombre total des « persévérations » croît avec
l'exercice, d'une pause à l'autre.
Le mode d'évocation permet de distinguer deux types : type per
sistant, type fugace (le plus fréquent). Les images sont durables dans ASSOCIATION ET IMAGINATION. RÊVE 587
le premier cas, rapides dans le second. La fréquence des souvenirs
n'est d'ailleurs pas liée au mode d'évocation, elle est un fait indivi
duel.
Il existe, dans le type fugace, notamment, une manière de rythme
de réapparition des mêmes images : elles reparaissent rarement avant
20 secondes (il y a une façon de phase réfractaire) ; le maximum de
fréquence est autour de l'intervalle de 60 secondes. On ne constate
pas de maximum net dans le type persistant.
La tendance à la répétition des mêmes images est contre-battue par
la au complètement, à l'évocation de tous les membres
d'une série. L'auteur soutient que cette seconde tendance est,
comme la première, mécanique, automatique, — ce qui paraît dis
cutable.
La fugacité des impressions et leur réapparition fréquente dans
les intervalles de repos devait suggérer une technique d'apprentis
sage : courtes répétitions séparées par des intervalles. L'expérience
montre qu'en effet, toutes choses égales d'ailleurs, pour une même
durée totale d'apprentissage, le procédé fractionné est plus efficace.
I. M.
GREGOR PAULSSON .— The creative element in Art {L'élément
créateur dans Vart). — Se. Se. Rev., II, 3-4, 1923, p. 11-173.
Cette longue étude comporte trois parties : la première, théorique,
fait entrer la création artistique dans les cadres d'une psychologie
générale de l'activité, la seconde suit le développement de la product
ion esthétique chez l'enfant, la dernière est une enquête expériment
ale par laquelle P. cherche une confirmation de ses idées théoriques.
L'activité, spontanée et d'abord incoordonnée s'organise selon
les lois de Thorndike (loi de succès et loi d'exercice). Orientée
par les impressions sensorielles, elle devient prévoyante grâce aux
lois de l'association. Entravée, elle suscite le sentiment de malaise
et, si l'obstacle est brisé, le sentiment {feeling) de joie. Chaque expé
rience active se colore ainsi d'émotions douées d'un aspect « conatif ».
(Il convient de distinguer les sensations alghédoniques des émotions :
les premières appartiennent au domaine sensoriel, les secondes ont
leur origine dans l'action). D'autre part l'activité humaine ne dépend
pas uniquement des impressions et des associations mécaniques,
elle est grandement gouvernée par le caractère, constitué par des
complexes d'émotions primaires et d'instincts auxquels elles sont
liées. Les émotions sont la peur, la colère, le dépit, la répu
gnance, la curiosité, la joie et le chagrin. Ces deux dernières jouant
un rôle à peu près exclusif en art.
Les émotions primaires peuvent, à leur tour, s'organiser en sys
tèmes plus élevés, les sentiments, liés à un objet défini et susceptibles
de s'adapter émotionnellement aux vicissitudes de cet objet. Il
semble que la production artistique soit la manifestation d'un sys
tème de ce genre : chaque sentiment se développe selon des lois
propres et en fonction de son idéal particulier, tout en subissant
l'influence du caractère tout entier ; par suite il est assez vain de-
chercher à isoler les facteurs élémentaires et objectifs de l'activité -588 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
esthétique, qui est gouvernée par le système personnel auquel elle
appartient. D'autre part, le postulat d'une esthétique libre « l'art
pour l'art » est extrêmement douteux. L'art enveloppe des aspects
pratiques, scientifiques, religieux ou moraux. Ce qui distingue en
propre l'activité artistique, c'est qu'elle opère une re-création du réel,
transformant une chose indifférente en chose de valeur, le dangereux
en désirable, le perdu en retrouvé : peindre le portrait de son enfant
mort peut être pour l'artiste une source de joie. « Toute beauté est
une promesse de bonheur ». (Stendhal).
En ce qui concerne le développement de la productivité artistique
chez l'enfant, on reconnaît d'ordinaire un stade de griffonnage sans
signification, manifestation du besoin d'activité, puis un stade
durant lequel l'enfant donne à ses dessins une signification qui paraît
aux adultes tout à fait arbitraire. Le dessin est alors un symbole de
représentation. Progrès remarquable lorsque l'enfant discerne une
ressemblance entre un de ses dessins et un objet. La signification se
fixe alors en un schéma que l'enfant reproduit, sans se lasser, d'une
façon stéréotypée : ces schémas sont dessinés de mémoire, sans réfé
rence au modèle. Ici s'arrête le développement de l'activité du dessin
spontané : les influences sociales vont jouer, par l'éducation, et les
dessins jusqu'alors très semblables chez les diverses races (cf. collec
tion de Lamprecht) vont se différencier selon l'idéal esthétique de
chaque peuple.
Ainsi ce n'est pas la copie du perçu, mais le résultat d'une action
qui préside au dessin enfantin : l'attention du jeune artiste ne s'at
tache pas au modèle, mais à l'activité dont la réussite est une source
de plaisir (de là répétition du motif : le rythme). Le schéma commence
quand le griffonnage acquiert une signification, prédomine sur la
représentation de ce que l'enfant perçoit effectivement durant la
période où le dessin est illustration et non reproduction, mais il survit
à cette phase et l'artiste adulte, comme l'enfant, a tout un stock de
schémas personnels, d'ailleurs modifiables et interchangables, dont il
se sert pour réaliser une œuvre d'art.
Dans la troisième partie de son ouvrage, P. organise une enquête
expérimentale dont la technique est la suivante : les sujets (certains
bons, d'autres médiocres dessinateurs) ont la consigne de copier de
mémoire 10 dessins (présentés 2 minutes). Après chaque épreuve,
rapport introspectif. Les modèles sont classés en 20 séries, relativ
ement homogènes (lignes et griffonages sans signification, tâches mo
nochromes ou polychromes, symétriques ou non, lignes rythmiques,
ébauches variées, dessins cubistes, etc.).
P. cherche à discerner.
1° Les causes de l'activité artistique : il en distingue six : a) beauté
ou laideur ; b) couleur ; c) symétrie ; d) rythme et sensations kines-
thésiques ; e) signification ; /) tendance à produire. Les trois premiers
facteurs ne jouent qu'un rôle secondaire : on ne peut, en particulier
considérer l'élément moteur rythmique comme la cause essentielle
de la production esthétique (contrairement aux idées de Ver non Lee,
de Lipps et de Lange). Celle-ci est avant tout déterminée par les deux
derniers facteurs qui se soutiennent mutuellement : toute attitude
esthétique n'est pas créatrice, mais il n'y a production que lorsqu'il

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