Association et Imagination. Rêves. Psychoanalyse - compte-rendu ; n°1 ; vol.20, pg 464-474

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L'année psychologique - Année 1913 - Volume 20 - Numéro 1 - Pages 464-474
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1913
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VII. Association et Imagination. Rêves. Psychoanalyse
In: L'année psychologique. 1913 vol. 20. pp. 464-474.
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VII. Association et Imagination. Rêves. Psychoanalyse. In: L'année psychologique. 1913 vol. 20. pp. 464-474.
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et des pièces de monnaie. Étant donné que leur expérience à cet
égard a été beaucoup plus souvent répétée, surtout par compar
aison avec de tous jeunes gens, écoliers ou étudiants, on pouvait
aisément prévoir un tel résultat.
Rien de réellement précis, rien de neuf, après un si grand
nombre d'expériences; cela laisse une impression de mélancolie.
H. P.
À. LEY et P. MENZERATH. — Le témoignage des normaux et des
aliénés. — Rapport au IIIe Congrès international de Neurologie
et de Psychiatrie, Bruxelles, 1913, 8°, 30 pages.
Après leur importante étude sur l'association des idées dans les
maladies mentales, qui fut communiquée comme rapport de psy
chologie au VIe Congrès belge de Neurologie et de Psychiatrie, et
que nous avons occasion de signaler ici \ MM. Ley et Menzerath
ont eu l'excellente idée de faire un travail parallèle sur le témoi
gnage, apportant un historique, une revue des résultats acquis, et
des expériences personnelles, dont les détails doivent paraître en
une autre publication. Les conclusions propres à ces recherches
ont trait surtout à l'influence des diverses formes d'aliénation.
Chez les déments précoces, le témoignage est souvent tout à fait
nul; chez les imbéciles, la pauvreté du témoignage est en rapport
avec le défaut de développement des divers processus mentaux; le
témoignage peut être tout à fait correct chez les paralytiques géné
raux au début, mais devient toujours incorrect dans la période
d'état ; le témoignage est toujours très pauvre dans la folie maniaque
dépressive; chez les paranoïaques, le témoignage peut être très
correct quand il n'y a pas de rapport avec les idées délirantes.
A priori, on ne peut apprécier la capacité éventuelle de témoi
gnage d'un aliéné, mais on doit le soumettre à un examen expéri
mental pour évaluer son exactitude et sa précision, en tenant
compte de ce fait que, pour un témoignage donné, sa valeur dépend
encore des circonstances particulières, à cause de la prédominance
des facteurs affectifs, en sorte que l'on ne peut mesurer par la
capacité à témoigner la véracité d'un témoignage.
H. P-
VII. — Association et Imagination. Rêves. Psycho-analyse.
WALTER POPP. — Kritische Entwickelung des Associationspro-
blems (Développement critique du problème de l'association). — In-8°
de 161 p. Leipzig, 1913. Barth. Prix. 3 mk. 60.
B. KERN. — Assoziationspsychologie und Erkenntnis. [Psychologie
1. Aug. Ley et Paul Menzerath, L'étude expérimentale de l'associa
tion des idées dans les maladies mentales. Bulletin de la Société de
médecine mentale de Belgique, septembre 1911, p. 157. ASSOCIATION ET IMAGINATION 465
de V 'association et connaissance). — Zeitschrift für positivistische
Philosophie, I, 2, 1913, p. 65-91.
Le problème de l'association s'est singulièrement élargi, car c'est
à lui que l'on tend à ramener tous les phénomènes intellectuels,
la pensée en général, sans prétendre par là réduire le jeu de l'esprit
uniquement à des successions et combinaisons d'images. Mais,
quels que soient les éléments impliqués, il y a un fait de devenir
qui est fondamental.
Pour M. Popp, le problème associatif n'est qu'une face — ■ la face
formelle — du problème général du devenir psychique, et s'applique
au cours des représentations comme au progrès des idées; aussi ce
volume est-il la première partie d'une étude critique sur la théorie
de l'association qui, elle-même, inaugure une série d'études sur la
psychologie de la pensée.
Et les phénomènes conscients ne peuvent être envisagés seuls,
car, s'il y a des degrés de conscience — qui ne peuvent se con
fondre avec les d'attention, tout à fait indépendants — il y
a un inconscient psychique ; la sphère consciente ne pourrait même
s'expliquer qu'en s'appuyant sur la sphère de l'inconscient.
Cette idée de l'inconscient psychique, notion paralléliste, paraît
aussi fausse que celle d'une causalité psychique à M. Kern, qui,
lui aussi rattache — plus complètement encore — la pensée et la
connaissance aux processus associatifs (comprenant des séparations
et comparaisons), mais tient à rattacher ceux-ci aux phénomènes
cérébraux, ces phénomènes eux-mêmes devant être réduits aux
phénomènes physico-chimiques.
Mais là, ce sont des attitudes théoriques qui se confrontent et
qui sortent du terrain de la psychologie positive.
H. P.
G. L. DUPRAT. — Association mentale et causalité psychologique.
— R. Ph., XXXVIII, 5, 1913, p. 452-470.
La réfutation de l'associationnisme ne doit pas entraîner la
négation de toute causalité psychique. Se fondant sur l'utilisation
des expériences associatives pour la psycho-analyse, révélant l'exi
stence de « complexus » divers, et s'inspirant de quelques recher
ches personnelles de cet ordre, M. Duprat en vient à concevoir
comme causes psychologiques des « synthèses idéo-affectives à
évolution continue, déterminant le cours de pensées, images, ten
dances et sentiments, sous l'excitation variée des circonstances
externes, grâce à l'orientation préalable de ces processus ».
Le terme inducteur, dans une association d'idées, est une occa
sion, non une cause.
Et comme, s'il y a des différences individuelles dans les carac
tères, il y a aussi des éléments communs, l'auteur envisage comme
de véritables entités scientifiques constituant « de vraies causes »,
l'année psychologique, xx. 30 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 466
les complexus cœnesthésique, trophique, sexuel, etc., entrant en
jeu dans le déterminisme dynamique.
A cet égard, et bien que je sois obligé de faire quelques réserves
sur la conception de « cause psychologique » que se fait M. Duprat,
je ne puis mieux faire pour montrer ma sympathie pour cette con
ception que de rappeler le résultat analogue de mes recherches sur
l'association des idées publiées en 1904 (et où la notion du « com-
plexus » que le Freudisme a généralisée était nettement indiquée
sans dénomination spéciale 1).
Voici en quels termes je m'exprimais alors :
« En mettant à part les cas où un terme se lie à un autre terme
par un automatisme inférieur, une habitude qui en vient à échapper
à la conscience — et nous avons vu que ces cas ne peuvent se
transformer en lois générales de l'association normale, complexe,
des idées — pour qu'une association soit déterminée, il ne suffit pas
d'un terme déterminant : un terme quelconque, image ou idée, et
surtout idée, peut ouvrir des directions absolument différentes.
Qu'est-ce donc qui déterminera telle ou telle direction? Ce sont
d'autres facteurs, que peuvent ignorer des observateurs extérieurs,
et même le sujet en l'esprit duquel les phénomènes se passent,
d'où la difficulté de prévoir. L'indétermination n'est qu'apparente,
il doit y avoir détermination réelle et profonde; mais, pour atteindre
cette détermination, il ne faut plus se contenter des facteurs de la
chaîne unilinéaire de l'ancienne conception associative, il faut
faire appel à une réalité plus complexe, et à un déterminisme plus
rigoureux et plus exact.
« Si je considère un paysage dont j'admire la beauté ou si je viens
de faire des classifications botaniques, ousijeme suis préoccupé de
questions de charpentage, l'idée d'arbre va lancer mon esprit dans
une direction artistique, scientifique ou industrielle. Mais ce n'est
pas l'idée d'arbre toute seule qui provoque ces associations; souvent
même ce ne sera pas essentiellement elle, quand elle s'intégrera
dans un cours de pensées qui évolue et se développe sous l'influence
de déterminations antérieures.
« D'autres facteurs agissent, facteurs passés ou facteurs actuels :
les facteurs actuels peuvent être l'ensemble des états mentaux qui
ne manquent pas d'exister à chaque moment de notre moi, sen
sations, images, impressions cœnesthésiques, tous les échos de
l'influence des circonstances extérieures et organiques de ce
moment; les facteurs passés, ce sont toutes les idées qui viennent
de traverser la conscience et ont exercé une influence determi
native sur le cours actuel des pensées, et ce sont tous les facteurs
aussi qui sont passés par la conscience, mais qui demeurent et con
tinuent d'agir subconsciemment, avec moins de netteté peut-être,
mais encore avec force. Et parfois ces influences subconscientes ne
1. H. Piéron, La conception générale de l'association des idées et les
données de l'expérience. Revue philosophique, XXIX, 5 mai 1904,
p. 493-517. I
attraction donnée et la sont leur « même dont Dans jamais présence les amènent : tous d'états il venues influences n'y n'est les a à par jusqu'au cas pas ASSOCIATION la un conscience rayonnantes la enchaînement sans groupe nature seuil agir d'états ET sur de des se la IMAGINATIONles nouveaux phénomènes renforçant d'états conscience conscients opérations de groupements dans conscience; préoccupée, ou de d'association subconscients l'esprit.... une direction déteril mais 467 y est a
minés. »
Je crois bien que j'ai soutenu là une conception du déterminisme
associatif par des groupements, par des complexus, suivant la nouv
elle terminologie, tout à fait analogue à celle de M. Duprat, et je
m'excuse d'avoir rappelé en quels termes je l'avais fait.
H. Piéron.
JOHN F., SHEPARD and H. M. FOGELSONGER. — Studies in asso
ciation and inhibition {Etude sur l'association et V inhibition). —
Ps. Rev. XX, 1913, p. 291-311.
D'expériences un peu longues à relater portant sur l'association
simple (2 syllabes) et l'association composée (3 syllabes), les auteurs
déduisent qu'aux processus d'association s'adjoint un processus
d'inhibition dont la base profonde est encore ignorée et dont le rôle
doit être considérable dans les processus complexes. D'autres expé
riences seront relatées plus tard sur l'analyse du plan; association
par similarité et processus du raisonnement, ainsi que les lois du
processus inhibiteur. J. F.
ROBERT MORRIS ODGEN. — Experimental criteria for differentiating
memory and imagination in projected visual images {Critérium
expérimental pour la différenciation de la mémoire et de Vimagination
dans la projection des images visuelles). — Ps. Rev., XX, 1913, p. 378-
410.
Dans cette étude, toute d'introspection, l'auteur a recherché si
les images remémorées et imaginées présentent entre elles des
caractères distinctifs. Dans un escamoteur défilaient devant les yeux
du sujet des cartons portant des mots particulièrement suggestifs.
Le était invité à fixer des yeux un disque placé près de l'esc
amoteur, et, dès que le mot présenté lui donnait une image nette, à
crier dans la clef sonore de Römer. Le temps était mesuré par un
chronoscope de Hipp. L'image apparue, le sujet se livrant à l'intr
ospection notait si l'image était remémorée ou imaginée, en même
temps que ses caractères propres et ceux de son apparition.
Les résultats montrent que chaque sorte d'image peut être loca
lisée n'importe où. Cependant il y a tendance à placer les remémor
ées à distance, et les imaginées plus proches, en général aux envi
rons du disque. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 468
I L'absence ou la présence de couleur ne révèle rien sur la nature.
Les caractères affectifs, très rares, accompagnent d'ordinaire les
images remémorées.
Les images de mémoire sont plus distinctes, plus nettes, mais
moins stables que celles d'imagination.
Les images spontanées sont un peu moins fréquentes que les non
spontanées. Les images remémorées appartiennent le plus souvent
à la lre catégorie, bien que deux sujets fassent exception.
Les images imaginées apparaissent au bout d'un temps de réaction
plus long, elles s'accompagnent plus fréquemment d'associations.
Les images de nature douteuse sont : tantôt des images remémor
ées que l'imagination modifie aussitôt; des imaginées
accompagnées d'un faux sentiment de recognition, ou évoquant une
image remémorée analogue.
Des investigations sur la nature de la mémoire de recognition
sont nécessaires avant qu'on puisse faire reposer sur ses bases
réelles la distinction de l'imagination et de la mémoire.
J. F.
J. MOURLY VOLD. — Ueber den Traum. Experimental-psycnolo-
gische Untersuchungen (Sur le rêve. Recherches psychologiques
expérimentales). Publication de 0. Klemm. Tome II. 1 vol. in-8°.
Leipzig, Barth, 1912; prix : 11 Mk.
Ce deuxième volume des importantes recherches du regretté
Mourly Void sur le rêve est la stricte continuation du premier.
Dans le premier volume, il y avait un exposé de la méthode,
consistant en des expériences faites sur une centaine de sujets
(maîtres et maîtresses, étudiants d'université, élèves de gymnases,
écoliers aussi) avec des excitations cutanées ou musculaires (gants,
chaussures, etc.), exercées durant toute la nuit, et enregistrement
des rêves après réveil naturel des sujets; il y avait ensuite une rela
tion des expériences faites sur le membre inférieur (articulation du
pied surtout et du genou), et des résultats, indiquant une inter
vention rare de faibles images de pression ou de température, et
fréquente au contraire de très vives images motrices, le système
moteur étant le plus influencé.
Ce volume débute par un exposé de rêves naturels, sans expéri
mentation, mais analogues aux rêves expérimentaux, rêves moteurs
avec participation du membre inférieur, puis de rêves influencés
par des affections pathologiques touchant les jambes (tabes, névral
gies, fractures, etc.).
Ensuite vient la relation des expériences, parallèles aux précé
dentes, mais effectuées sur le membre supérieur (gants). Ces con
clusions sont identiques à celles dégagées des recherches sur l'exci
tation de la jambe; notons quelques points accessoires, comme les
recherches sur l'excitation des doigts, sur la comparaison des deux
côtés au point de vue des prédominances possibles, sur l'influence
de la gaucherie ou de la droiterie, etc. I
ASSOCIATION ET IMAGINATION 469
L'auteur relate dans les chapitres suivants les résultats d'expé
riences sur l'excitation d'autres parties du corps, comme le dos, la
peau des pieds, etc., et sur le rôle des sensations thermiques, puis
expose des rêves avec participation complexe d'éléments différents,
et en particulier les rêves où le corps tout entier intervient, parmi
lesquels les rêves de planement et les cauchemars, et il en arrive à
des rêves où l'on s'imagine qu'on rêve, bien que ceux-ci se présen
tent dans un aspect bien différent de ceux étudiés jusque-là; et
enfin l'auteur envisage la parole dans le rêve comme fonction
motrice, remarquant ingénieusement divers facteurs d'incohérence,
comme le parallélisme d'action indépendante du centre visuel et
du centre verbal, ou le parallélisme d'évocation indépendante de
deux mots dont la relation apparaît naturellement illogique, rap
pelant le rôle évocateur des ressemblances verbales, notant
l'influence de la veille, les influences périphériques, etc.
Enfin le dernier chapitre examine la dépendance du rêve vis-à-
vis de conditions diverses, telles que des excitations exercées pen
dant la soirée, avant le sommeil; l'auteur relate des expériences
sur le rôle des images visuelles, discute le cas de rêves habituels et
pose même le problème de l'hérédité des rêves.
Il ne faut évidemment pas chercher dans cet important ouvrage
un traité systématique ; c'est un recueil de documents, observations
et expériences, classés sous quelques rubriques, avec énoncé de
quelques constatations faites. C'est une mine précieuse où l'on
fouillera avec profit. H. P.
YVES DELAGE. — Psychologie du rêveur. — B. I. P., XIII, 4, 1913,
p. 195-206.
M. Delage expose deux rêves d'apparence banale, mais posant des
problèmes en réalité très complexes.
Dans le premier, le rêveur a un dialogue avec une hôtelière, et il
se croit à dix heures du matin, tandis que l'hôtelière sait qu'il est
plus de deux de l'après-midi, et le manifeste dans sa con
versation. Gomment le rêveur peut-il ignorer ce que sait un per
sonnage qui en réalité ne fait qu'un avec lui? Il faut admettre
qu'il y a dans le rêve comme dans la veille des états inconscients,
exerçant une influence indirecte.
Dans le second rêve, un personnage est vu dans un aéroplane
bizarre marchant normalement, puis, brusquement, dans un canot
automobile voguant dans l'air, y bouclant la boucle à plusieurs
reprises pour s'abîmer dans la mer. Comment y a-t-il pu y avoir
cette substitution brusque qui n'a pas été préparée dans l'esprit du
rêveur? Normalement, dans la rêverie, l'idée de l'attitude nouvelle
apparaîtrait et serait suivie, après un certain décalage, par l'évo
cation des images. Il se peut que ce décalage soit assez petit dans
le rêve pour être inaperçu, et laisser croire à une sorte de sponta
néité d'actes du personnage représenté en rêve ; mais il se peut aussi ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 470
que l'image visuelle fût liée à quelque lueur entoptique, animée
brusquement d'un mouvement inattendu, suivie par la représenta
tion imaginaire et interprétée par la pensée. Dans le premier cas
l'idée déterminerait l'image ; dans le second, l'image déterminerait
l'idée. Mais il est difficile de décider entre ces deux hypothèses.
Notons d'ailleurs qu'il n'est pas impossible de concevoir encore
une troisième forme de déterminisme hypothétique, mais échap
pant peut-être davantage à l'observation introspective.
H. P.
MEYER SALOMON. — The analysis and interpretation of dreams
based ou various motives (Analyse et interprétation de rêves basés
sur des motifs variés). — J. of. abn. Ps., 1913, VIII, 2, p. 73-100.
Le contenu des rêves dépend surtout de notre plus récente expé
rience, de nos espoirs, souhaits, craintes, regrets, etc. Il ne dépend
donc pas nécessairement de notre expérience d'enfance ; cependant
nos tendances anciennes, même les plus primitives agissent sur
notre vie mentale actuelle et par là même sur nos rêves. Le symbo
lisme n'est pas nécessaire. Des réminiscences de scènes agréables
ou pénibles peuvent aider à la dramatisation. L'expérience sexuelle
ne tient pas exclusivement le rêve sous sa dépendance : bien des
rêves dépendent de l'instinct de conservation, du sentiment social,
familial, conjugal, filial, fraternel, etc. — L'interprétation freu
dienne des rêves, et celle des mythes et légendes qui s'y rattache,
est donc illégitime ou du moins exclusive à l'excès.
G.-L. DUPRAT.
FREDERIK VAN EEDEN. — A study of dreams [Une étude des rêves.
— Ps. Soc. f. Ps. R., XXVI, 67, 1913, p. 431-461.
L'auteur a étudié ses rêves pendant près de dix-sept ans, et il en
a noté environ 500 qui lui ont paru remarquables.
Il en a fait une classification : 1° en rêves ordinaires, fréquents,
de caractère indifférent, sans influence sur la veille, vite oubliés,
survenant probablement à toutes périodes du sommeil, ne repro
duisant les conditions de la veille que de façon défectueuse et se
produisant dans des conditions somatiques normales; 2° en rêves
très vivaces, désagréables, assez rares, d'influence pénible sur la
veille et parfois prémonitoires, survenant à un moment quelconque,
bien remémorés, ne reproduisant la veille que sous un aspect faux,
corrélatifs de perturbations nerveuses; 3° en rêves symboliques,
désagréables, souvent erotiques, « démoniaques », fréquents, moins
bien remémorés que les précédents (rêves où l'on assassine par
exemple); 4° en rêves sensoriels, indifférents, rares, survenant dans
le sommeil profond, corrélatifs de quelques perturbations ner
veuses, assez bien remémorés, prémonitoires, et où l'on est long- ET IMAGINATION 471 ASSOCIATION
temps obsédé par un objet unique; 5° en rêves lucides, très
agréables (sensations de planement), assez fréquents, survenant de
cinq à huit heures du matin dans de très bonnes conditions soma-
tiques, avec évocation très complète de la veille, et souvenir bien
conservé, parfois prémonitoires; 6° en rêves démoniaques non
désagréables, assez fréquents, divertissants dans la veille; 7° en
rêves de veille (où l'on se croit faussement éveillé), rares, pré
cédant de peu la veille, démoniaques, sans influence, mais bien
remémorés avec évocation très complète de la vie de la veille) ;
8° en rêves initiaux, agréables, du début du sommeil, rares, sans
influence, bien remémorés, avec évocation complète de la vie de la
veille; et 9° en rêves pathologiques, généralement désagréables»
mal remémorés, et n'évoquant la veille que sous forme tout à fait
fausse.
Dans les caractères invoqués, on voit que l'auteur n'hésite pas à
attribuer à certains rêves une origine surnaturelle, rêves lucides,
ou au contraire rêves étranges où l'on commet sans sourciller les
actes les plus terrifiants. Il voit là une hypothèse légitime, une
hypothèse de travail, opinion qu'on ne partagera sans doute pas,
les hypothèses les plus fécondes étant celles qui font appel aux
explications les plus simples et tâchent de ramener l'inconnu au
connu, et non le connu — plus ou moins bien — à l'inconnu.
Gela n'empêche d'ailleurs pas les observations de l'auteur d'avoir
leur intérêt; en particulier les rêves où l'on se croit éveillé, dont il
cite un exemple emprunté à Mach (Analyse der Empfindungen,
p. 130); les rêves lucides où l'on pense comme dans la veille, et
dont il a recueilli 352 cas; les rêves symboliques, comprenant les
rêves du type de ceux qu'interprète la psycho-analyse de Freud, et
qui, pour ce dernier, constitueraient la totalité des rêves, rêves
souvent obscènes, constituant des catégories très intéressantes,
mais sur lesquelles M. van Eeden, se réservant pour un travail plus
complet, donne peu de détails.
Il insiste beaucoup sur ses rêves lucides, qui seraient incompatibles
avec l'origne somatique invoquée par Havelock Ellis, et qui, très ana
logues aux rêves d'Hervey de Saint-Denis, lui paraissent impliquer,
après la dissociation mentale du sommeil, une « réintégration de la
psyche » en un mode d'existence non spatial, avec réflexion, volonté
libre, etc.
Ceci est évidemment discutable, mais le fait du rêve lucide est
incontestable et pose bien certainement un problème.
Une observation très juste de l'auteur sur le caractère général du
rêve c'est qu'il s'agit d'un état où les sensations somatiques, viscé
rales, internes ou périphériques, ne peuvent pas pénétrer direc
tement dans l'esprit, mais seulement sous la forme — qu'il qual
ifie de non spatiale et psychique — d'un symbole ou d'une image.
C'est en effet le caractère le plus net de l'état de rêve.
H. P. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 472
ELIOTT PARK FROST. — The characteristic form assumed by
dreams (La forme caractéristique revêtue par les rêves). — Am. J.
of Ps., XXIV, 3, 1913, p. 410-413.
L'auteur relate et analyse un rêve qu'il considère comme typi
que, rêve présentant trois « motifs » tout à fait différents, mais
ayant en commun une tonalité affective générale, une évolution
semblable, et se continuant de l'un à l'autre par un facteur de pas
sage, motifs remémorés dans la veille en un sens inverse de leurs
succession normale, à partir du dernier.
L'impression de peur était toujours dominante; dans les trois
cas, les choses, d'apparition brusque, étaient énormes, multiples,
et se rapetissaient ou se raréfiaient progressivement.
L'auteur note l'allure de rythmes, de phases, analogues à des
ondulations d'attention, mais ayant un début explosif, avec un
résidu, quand l'explosion s'apaise, qui semble déchaîner une explo
sion nouvelle.
Bien souvent, dans la veille, l'esprit redonne un enchaînement
logique à de telles successions; c'est ce que l'auteur n'a point fait;
mais l'indication des facteurs de passage reste un peu frêle et
subjective, ces facteurs n'étant pas évidents. H. P.
HAVELOCK ELLIS. — The relation of erotic dreams to vesical
dreams (Rapports des rêves erotiques et des rêves vésicaux). — J. of
abn. Ps., 1913, VIII, 3, p. 137-167.
Le processus urinaire est plus fondamental que le processus
sexuel ; les rêves qui se rattachent à l'un et à l'autre sont souvent
associés après la puberté; mais les rêves de miction ont précédé
les autres, qui ensuite sont parfois en interférence avec leurs pré
décesseurs. Les impulsions sont distinctes et leurs manifestations
peuvent être disjointes à moins de devenir symboliques les unes des
autres, l'attraction exercée par la fonction urinaire pouvant se tran
sformer ainsi en attraction exercée par la fonction sexuelle. Le « type
vésical de mentalité » semble plus fréquent chez la femme que chez
l'homme, peut-être parce que le type sexuel des rêves peut se déve
lopper chez l'homme avec plus de chances de satisfaction que chez
la femme. G.-L. Duprat.
PAUL MENZERATH. — L'étude expérimentale de la dissimulation.
— Bulletin de la Société de médecine mentale de Belgique, 1913,
n° 167.
Un travail de Schnitzler tendait à prouver que la méthode des
associations était sans valeur pour déceler des complexus et révéler
une dissimulation. L'auteur a repris une expérience de Schnitzler
sur la dissimulation de la profession, en s'adressant à des médecins
et en composant une série de 100 mots, 30 d'ordre général (table,

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