Attention. Dùrr, Mac-Dougall, Geissler - compte-rendu ; n°1 ; vol.16, pg 397-414

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L'année psychologique - Année 1909 - Volume 16 - Numéro 1 - Pages 397-414
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1909
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Étienne Maigre
Alfred Binet
V. Attention. Dùrr, Mac-Dougall, Geissler
In: L'année psychologique. 1909 vol. 16. pp. 397-414.
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Maigre Étienne, Binet Alfred. V. Attention. Dùrr, Mac-Dougall, Geissler. In: L'année psychologique. 1909 vol. 16. pp. 397-414.
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le présent. Pour l'audition, ce phénomène se manifeste lorsque l'i
ntervalle est compris entre 60 et 100 a.
3° L'intervalle augmentant, il se forme une impression collective
(Kollektionsercheinung) ; les deux stimulus commencent à être dis
tingués l'un de l'autre, mais quelque chose les rattache entre eux.
Ce fait n'implique pas du reste la persistance en écho du premier
stimulus. — Des impressions collectives sont produites par les chocs
séparés par un intervalle de 350 à 400 a ;
4° On trouve ensuite l'unité subjective (die Erscheinungen der
subjektiven Einheitlichkeit) : une connexion est encore perçue,
mais grâce à des impressions localisées dans les organes des sens;
celles-ci, et par exemple les bruits entendus, forment un tout. Et
cette réduction à l'unité peut être spontanée ou volontaire. Elle se
constate, pour les chocs du frappeur, quand l'intervalle est de 440
à 880 a (ce type de réaction, ainsi que le précédent, peut aider à
faire l'analyse du rythme) ;
5° Pour une plus grande valeur de l'intervalle, les stimulus ne
paraissent plus liés entre eux.
Ces expérience ont montré qu'il est difficile d'évaluer la durée
d'une vague d'attention (eines Aufmerksamkeitschrittes); celle-ci
semblerait être de 400 à 900 s. — Le mot : extension de la conscience,
comme on le sait, peut être compris diversement. L'auteur définit
cette extension comme la durée d'un état jusqu'à sa disparition
complète. Et, bien que les observations soient, ici encore, très dif
ficiles, il trouve que cette durée varie entre 300 et 500 a. — Nous
d' « images de temps » celles-ci; sans serions munis, pour ainsi dire,
posséder aucun caractère phénoménal, n'en auraient pas moins une
étendue bien déterminée et une efficacité fonctionnelle. L'extension
dans le temps est une des caractéristiques des faits de conscience;
elle ne peut être réduite à des éléments spatiaux ou à des différences
d'intensité et de qualité. E. M.
IV. — Associations.
E. GOBLOT. — Un cas dissociation latente. — Revue philoso
phique, janv. 1909, p. 55.
L'auteur ouvre un livre grec qu'il a lu autrefois, il lit quinze
lignes, est interrompu, et a la suggestion d'un mot grec qu'il ne
comprend qu'à demi; vérification faite, ce mot grec se trouvait
quelques pages plus loin.
V. — Attention.
E. DÜRR. — Die Lehre von der Aufmerksamkeit [Vétude de Vatten-
tion). — Un vol. in-8 de 192 p. — Quelle et Meyer, Leipzig.
Ce volume n'est pas consacré à l'attention d'une manière exclu- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 398
sive ; il nous donne encore les résultats d'une série de recherches
sur les actes volontaires, effectuées suivant la méthode de l'école
de Wurtzbourg. De sorte que le lecteur se trouve en présence de
deux essais, tous deux systématiques, entrepris pour coordonner
et compléter nos connaissances sur les sujets les plus embrouillés
peut-être de la psychologie. — Ce n'est pas tout : l'auteur a indiqué
les applications pédagogiques des doctrines qui lui ont paru suf
fisamment prouvées.
Le livre de M. Dürr mérite donc pour plusieurs motifs une
analyse minutieuse, et cet examen détaillé se trouve d'autant plus
nécessaire, que les ouvrages sur l'attention publiés dans notre
langue sont tous fort loin d'avoir la valeur de ce consciencieux
traité.
Celui-ci comprend cinq parties. L'objet des trois premières est de
définir la nature de l'attention et de reconnaître d'une manière
empirique ses conditions et ses effets, — cela, sans que l'auteur se
dissimule que les coupures ainsi établies seront probablement
artificielles, puisqu'il ne s'agit pas de décomposer en ses périodes
successives un enchaînement causal simple, mais bien de formuler
des relations fonctionnelles complexes. — La quatrième partie traite
des théories de l'attention ; la cinquième, la moins originale, de ses
variétés.
I. Nature de l'attention. — Un premier problème se pose : l'atten
tion se manifeste-t-elle toujours par une attitude bien déterminée?
— Quelques psychologues ont répondu affirmativement; parmi eux,
M. Ribot déclare d'emblée que l'attention est un phénomène
moteur. On sait d'autre part qu'une vue toute semblable sur la
nature des émotions a été exprimée par ce paradoxe : nous ne
pleurons pas parce que nous sommes tristes, mais nous sommes
tristes parce que nous pleurons. De même, on pourrait dire : les
contractions de muscles par lesquelles notre visage exprime l'éton-
nement ne se produisent pas parce que nous sommes attentifs,
mais nous sommes attentifs parce que ces phénomènes moteurs
s'effectuent dans notre organisme. M. Ribot ne s'est pas aventuré
jusque-là : il s'est contenté d'avancer, sans en fournir la moindre
preuve d'ailleurs, que les mouvements d'expression sont ici la partie
constitutive essentielle. Ce qui est inexact, comme Darwin1 et
J. Sully2, entre autres, l'ont fort bien montré, et comme M. Dürr,
qui semble ignorer leurs travaux, s'efforce à son tour de le faire
voir d'une manière qui nous satisfait moins.
L'attention est-elle un sentiment? — Dürr ne le pense pas. Nous
sommes du même avis : le sentiment d'être attentif n'est pas l'atten
tion elle-même. — II faut donc affirmer que c'est par des différences
dans les processus de la connaissance objective que l'attention se
1. L'expression des émotions, p. 241.
2. Brain, 1890, p. 156. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 399
manifeste. Et l'on doit reconnaître de plus que les objets ne se
divisent pas en deux classes comprenant, l'une ceux qui pourraient
la provoquer, l'autre ceux qui ne le pourraient pas.
Enfin l'attention ne peut être l'effet exclusif des impressions les
plus intenses, car si elle l'était il nous serait presque impossible
pendant le jour de la fixer sur nos idées, comme l'a justement fait
remarquer miss Vashburn1.
Puisqu'on a été conduit à faire abstraction des dissemblances de
qualité et d'intensité, il ne reste plus qu'un caractère par lequel les
phénomènes psychologiques peuvent se distinguer les uns des
autres : c'est leur « degré de conscience », qui varie en effet beau
coup et occasionne les différences dites de netteté et de clarté.
L'essence de l'attention ne peut donc se trouver que dans le degré
de conscience. (In einer besonderen Höhe des Bewusstseinsgrades.)
On parle couramment toutefois des phénomènes d'attention
comme s'ils étaient dus à l'exercice d'une faculté, tandis qu'il faut
voir en eux, si l'analyse qui précède est exacte, simplement un
aspect, une qualité de certains phénomènes. Le contraste est très
net. Dürr l'explique en disant que le concept d'activité indépen
dante est devenu inacceptable. La science, ajoute-t-il, ne connaît
que des réactions.
Mais ne pourrait-on pas trouver préférable de mettre en évidence
la cause au lieu du résultat? Il faudrait alors définir l'attention
comme le processus par lequel le degré de conscience peut être
surélevé. — Dürr pense qu'adopter cette manière de voir, c'est
s'engager dans un chemin sans issue, parce qu'il faut dire de quelle
sorte est le processus dont on parle. — Et d'abord, celui-ci est-il ou
n'est-il pas conscient?
Sur ce premier point, les psychologues ont présenté des théories
contradictoires. — Les uns, avec Wundt, tiennent pour identiques
l'attention et la volonté, et se représentent cette dernière comme
un état de la conscience composé de représentations et de sent
iments. Ce qui n'empêche pas leurs réponses d'être embarrassées
quand on leur demande en quoi consiste l'attention. Ils invoquent
alors les sentiments d'activité, les sensations de tension et d'autres
phénomènes similaires. Aucun psychologue, cependant, n'est dis
posé à admettre que ces états, ou même que n'importe quels autres
états de conscience ne faisant pas partie d'une perception, peuvent
rendre celle-ci plus claire et plus nette. Les processus cités plus
haut doivent être considérés comme tout à fait secondaires. On le
prouve encore par cette remarque qu'ils peuvent différer du tout
au tout dans les cas où nous constatons néanmoins un égal degré
d'attention.
En résumé, les psychologues qui définissent l'attention comme
une cause ne doivent y voir que des processus inconscients qui
nous sont encore presque tous inconnus, — de sorte que le mot
1. Mind, 1899. (Les arguments de M. Dürr sont plus longs, mais ne nous
paraissent pas d'une plus grande force.) DB
400 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
lui-même perdrait tout sens précis et désignerait quelque chose
d'inconnu ou d'hypothétique. M. Dürr pense qu'il ne faut à aucun
prix en venir là.
II. Conditions de Uattention. — Dans quelles circonstances notre
perception est-elle particulièrement nette? Et, avant tout, quel est
ici le rôle des objets, quel est celui des motifs? (par le dernier mot
on entendra tout phénomène de conscience capable d'éveiller,
sinon de retenir l'attention). Il faudra de plus reconnaître les
rapports entre les motifs et la volonté, voir si dans certaines ci
rconstances cette dernière doit s'ajouter à eux pour les rendre
efficaces, et si elle peut agir seule dans d'autres cas. — Enfin,
l'étude de l'influence des processus physiologiques antérieurs ne
saurait être négligée.
L'étendue de l'objet semble avoir une certaine importance. — On
savait que le nombre des perceptions nettes qui coexistent en nous
est très limité. Cattell1 entreprit de déterminer combien d'entre
elles peuvent être saisies à la fois par l'attention. Il croyait possible
de mesurer cette dernière par le nombre des objets aperçus en un
centième de seconde, et dont les sujets conservaient le souvenir
jusqu'au moment de rendre compte de leurs impressions. Il trouva,
en se servant du tachistoscope, qu'au maximum quatre ou cinq
syllabes ou lignes, n'ayant entre elles aucun rapport, pouvaient
être identifiées sans faute. On a donc admis, avec Wundt, que l'atten
tion 'peut s'étendre à quatre ou cinq objets. — Mais la complexité
de ces derniers doit entrer en ligne de compte : il est bien évident
que la détermination d'un nombre restera sans valeur tant que
nous n'aurons aucun moyen d'évaluer d'une manière objective la
complexité des objets. Il faut encore remarquer que le concept
d'absence de rapport, utilisé dans ces expériences, n'est pas précis,
et que l'absence d'unité est quelque chose de tout relatif. Enfin, on
ne saurait identifier ce qui peut être perçu d'un coup d'œil, avec ce
qu'un même acte d'attention peut embrasser.
C'est pour échapper à cette dernière cause d'erreur que Wirth2,
après avoir modifié plusieurs fois sa méthode, institua les expé
riences où il prit pour critérium la possibilité d'apercevoir des
variations très brèves d'éclairement déterminées sur n'importe quel
point de l'étendue considérée. Il se préoccupait surtout de mesurer
le seuil de la conscience. Et il trouva que sa mesure reste à peu
près la même dans le cas où l'attention se disperse sur tout le
champ visuel, et dans le cas où elle ne se distribue qu'à un petit
espace; cette valeur s'abaisse d'ailleurs faiblement lorsque le point
où la variation d'éclat doit se produire est connu d'avance. De sorte
que si le mot attention désigne le plus haut degré de clarté possible
dans un certain milieu, le champ de l'attention visuelle est très
1. Philosophische Studien, 1886.
2. Psychologische Studien, 1906. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 401
circonscrit; il est au contraire assez vaste si le mot s'applique à
tous les degrés de clarté relative.
Les expériences de Wirth ont établi en outre que le seuil de la
conscience est parfois plus élevé lorsqu'on fait effort pour répartir
également l'attention sur tout l'espace où le changement d'éclat
doit être constaté, que lorsqu'elle est fixée sur un point du champ
visuel extérieur à cet espace *. Il semble donc qu'il y ait en nous
comme un besoin de fixation contre lequel il ne faut pas lutter, si
l'on veut avoir des sensations visuelles nettes. — Cette thèse semble
confirmée par d'autres faits, comme celui-ci : lorsque plusieurs
obstacles surgissent simultanément, tout bicycliste sait qu'il vaut
mieux ne pas disperser son attention, mais fixer du regard l'un
d'entre eux et laisser déterminer au besoin ses mouvements par les
autres.
Dürr reconnaît que l'unité de l'objet, ou si l'on veut le pouvoir
acquis par l'observateur de le considérer sous un seul aspect, aide
à fixer l'attention; il en est de même de la familiarité où nous
sommes avec lui, pourvu qu'il excite encore notre intérêt. — Ce
dernier facteur semble avoir le plus d'inlluence, et c'est en effet
leur signification, leur importance pour nous' fondée sur nos asso
ciations d'idées, qui, d'ordinaire, nous rend attentifs aux phéno
mènes.
Autant que son objet le « motif » de l'attention contribue à
établir celle-ci. La nouveauté et le contraste lui sont favorables;
d'ailleurs le changement excite presque toujours notre intérêt.
Un premier problème se pose à propos des motifs : comment
l'attention peut-elle se transporter d'un état de conscience à un
autre? — Tout ce qui rend plus étroite l'association entre deux
faits, facilite ce transfert; du reste, il faut ici tenir compte de la
conscience que l'observateur a du rapport entre le motif et l'objet,
des sentiments mis en œuvre par le motif, etc.
Un autre problème, au moins aussi important, est celui de l'atten
tion volontaire. On caractérise en général cet état par une conscience
particulière de tension et d'activité, et par une « prise de position »
consciente (Stellungnahme). — Dürr repousse cette manière de voir.
Pour la réfuter, il s'appuie sur les expériences suivantes :
Des mots ou des phrases que le sujet lisait lui faisaient accomplir
des actions volontaires. Par exemple, la phrase : « vous allez recevoir
deux instructions, vous choisirez celle que vous voudrez » appar
aissait d'abord; ensuite ces instructions étaient présentées. — Les
réactions manifestées furent presque toujours décrites comme des
processus de reproduction, même lorsqu'il s'agissait de certains
mouvements. Une idée ou une image éveillée par le mot aperçu pro
voquait la réponse nécessaire, et celui qui l'effectuait ne se sentait
1. On sait que Sancte de Sanctis a obtenu le résultat contraire (Atli
délia soc. romana di antropologia, t. IV). Mais dans ses expériences l'atten
tion se distribuait sur tout le champ visuel, ou devait se porter sur un
point extérieur à celui-ci.
l'année psychologique, xvi. 26 402 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
que simple spectateur. Dans quelques cas en outre, Dürr put noter
ce qu'il appelle une « production », c'est-à-dire un "état de conscience
qu'aucune association ne lie aux mots présentés : par exemple la
conscience de l'inexactitude de la proposition lue; dans d'autres
cas enfin, l'attention ne se portait que sur une partie de l'ensemble
exposé. Les actes volontaires effectués semblaient donc tous fondés
sur des reproductions et des productions évoquées, et en outre
des déplacements de l'attention, sans que fussent intervenus la
conscience du moi ou les sentiments : même questionnés sur ce
dernier point, les sujets, dans cette première série d'expériences,
n'ont jamais constaté de modification de leurs sentiments.
Dürr reconnaît toutefois (p. 66) qu'un phénomène psychologique
peut fort bien demeurer inaperçu : il cherche donc à déterminer
d'une autre manière les rapports de la volonté avec la peine et le
plaisir. De nouvelles expériences (rapportées p. 67 à 70) montrent
que ni les motifs capables de provoquer le plaisir ou la peine, ni
ceux qui trouvent la conscience sur laquelle ils vont agir, dans une
disposition gaie ou mélancolique, ne contribuent à constituer l'acte
volontaire.
Celui-ci n'aurait-il donc rien qui le caractérisât comme forme
spéciale de la causalité psychique? Beaucoup d'auteurs l'admet
traient malaisément. Ils seraient sans doute d'avis que les motifs
énumérés ci-dessus (simples motifs de reproduction, d'après eux),
sont capables de faire exécuter certains actes faciles grâce au
mécanisme des associations; mais ils soutiendraient que pour les
actes corporels et psychologiques difficiles, il faut que la volonté
prête une force particulière aux motifs.
Cela veut-il dire qu'un état spécifique de tension doit encore
intervenir pour que s'accomplisse l'acte qui présenterait quelque
difficulté? — Pour mettre à l'épreuve cette hypothèse, Dürr fit exé
cuter de deux manières des opérations psychologiques assez diffi
ciles (par exemple, la recherche d'un concept plus compréhensif
qu'un concept donné) : dans l'un des cas le sujet se comportait à
sa guise et d'ordinaire avait fortement conscience de son activité,
tandis que dans l'autre les états de tension étaient éliminés, en
donnant l'ordre de ne pas faire de recherche active ou d'autres
instructions parfois assez bizarres (voir p. 71 et 72). Les résul
tats furent identiques. De sorte que la conscience d'une tension
semble n'influer en rien sur la qualité des phénomènes provoqués
par les motifs. — II faut dès lors chercher une autre caractéris
tique des actes volontaires.
Ne pourrait-on pas dire : les sentiments de plaisir et de peine,
ainsi que les états de tension, ne sont pour la personnalité, pour
la conscience du moi (Ichbewusstsein), que des manières différentes
de se sentir modifiée; or cette conscience même, tout entière,
intervient ici. Elle n'est pas la somme des sensations particuli
èrement constantes, puisque celles-ci accompagnent tous nos actes,
et c'est dans les actions volontaires qu'elle se manifeste avec le ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 403
plus de netteté. D'après les expériences de Dürr, elle apparaît :
1° lors de l'interruption d'une série de phénomènes associatifs
(dans ce cas, le sujet a conscience qu'il intervient parfois d'une
manière spontanée); — 2° lorsque nous prenons une position, une
attitude (eine Stellungnahme) vis-à-vis d'un complexus; — 3° dans
les cas d'attention volontaire.
Il faut donc voir si, dans l'un ou l'autre de ces cas, la conscience
de la personnalité est une cause d'événements psychologiques.
Dans le premier, les sujets ont affirmé maintes fois que la marche
des représentations se serait poursuivie s'ils n'étaient pas inte
rvenus personnellement. Mais, lorsqu'on les interroge on trouve
qu'au moment où, par exemple, ils se rendent compte que les
représentations évoquées les écartent du but, la conscience du moi
est ressentie avec force ; elle se maintient tout aussi vive tandis que
la tâche à accomplir leur revient à la conscience avec netteté (ce
qui doit être le « motif » des processus ultérieurs), et tandis que
l'attention change d'objet. — Aucun de ces phénomènes, affirme
Dürr, ne peut être considéré comme produit par la conscience du
moi. La certitude de n'avoir pas rempli une instruction semble le
fait, à la fois des états de conscience qui ne répondent pas à la
tâche assignée, et du reliquat encore actif de l'instruction elle-
même; on ne voit pas comment la conscience du moi ajouterait à
l'efficacité de ces facteurs. Maintenant, est-ce cette conscience ou
cette certitude qui cause le souvenir précis de la tâche donnée?
C'est à coup sûr la seconde, toujours accompagnée de la perception
de ce qu'il faudrait faire, alors même que la conscience du moi
n'apparaît pas avec netteté.
Voici un exemple du second cas. Le sujet réagit aux mots : « la
métaphysique est un non-sens » par une tendance à dire : « non »;
en même temps il a conscience de sa supériorité, et de son « moi ».
Dans les réactions de ce genre, la conscience du moi ne précède
jamais les autres états; elle ne saurait donc être leur cause.
Enfin, lorsque l'attention est changée volontairement d'objet, des
motifs sont toujours invoqués, qui réagissent sur les tendances
actuelles. Or le « moi » résume tout au plus nos principales ten
dances.
Dürr conclut donc que, ni les sentiments de plaisir et de peine,
ni des états de tension particuliers, non plus que la conscience de
la personnalité produite d'une manière quelconque, n'appartien
nent aux conditions constantes des actes volontaires.
Peut-on encore regarder la volonté comme un cas particulier de
la causalité psychique? On pourrait essayer de le faire, en admettant
que ce qui différencie d'un automate l'homme doué de volonté,
c'est que chez ce dernier des inhibitions se produisent. Le critérium
serait mauvais, car les inhibitions devraient seules être considérées
comme volontaires, ce qui semble inexact.
Dans la vie courante, enfin, on s'en rapporte à la « réflexion », à
la détermination clairement consciente, pour reconnaître les actes 404 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
volontaires et fonder notre responsabilité, ce qui n'est pas satis
faisant au point de vue psychologique, parce qu'on ne saurait
limiter ces mêmes actes aux circonstances où l'on fait un choix. Ce
n'est pas, du reste, le choix entre plusieurs motifs qui est caracté
ristique de la « réflexion », mais la possibilité du choix, laquelle
existe lorsqu'une tendance est rendue inactive par d'autres ten
dances. Alors, une certaine conscience d'une direction s'établit
{Richtungsbewusstsein) : on sait, au moins approximativement, où
tend tel ou tel motif, et cette connaissance agit sur les « dispo
sitions » actuelles, qui à leur tour développent un effet favorable
ou inhibiteur. Et les expériences citées plus haut ont montré que
la seule différence constante entre les autres faits psychiques et les
actes volontaires expressément désignés comme tels par les obser
vateurs, est cette connaissance d'une direction qui appartient aux
derniers, et qui devient un motif surajouté capable de déterminer
des inhibitions ou de permettre à la plus forte tendance de prendre
le dessus. Tous les sujets ont constaté une pause, remplie la plu
part du temps par quelques états de conscience, avant que l'acte
qu'ils jugent volontaire ne s'accomplît. Il en résulte que dans
chacun de ces actes plusieurs dispositions au moins, et quelquefois
plusieurs motifs (lorsqu'il faut faire un choix), se font pour un
temps équilibre; et comme la personnalité se trouve liée à nos
tendances, cela explique qu'on regarde dans une certaine mesure
les actes volontaires comme l'expression de la personnalité.
En résumé, l'action volontaire est celle où le motif ne s'actualise
pas de suite, celle qui est donc conditionnée centralement de
manière à remplir une certaine attente.
Cette conception de l'essence de la volonté étant acquise, on
voit aussitôt dans quel rapport elle se trouve avec l'attention :
la volonté ne saurait se substituer aux motifs, ou s'y surajouter
pour leur permettre d'agir; mais nous nommons volontaire un état
d'attention lorsqu'il est conditionné centralement et remplit une
attente plus ou moins déterminée. L'individu se considère alors
comme la cause proprement dite, puisque le motif n'a pas imméd
iatement agi.
D'où enfin cette conséquence pédagogique : il faut considérer
l'attention volontaire comme un effet que le maître peut obtenir en
développant ou en créant des motifs et des dispositions, et non pas
comme l'acte d'une puissance libre à laquelle on s'adresse dire
ctement pour lui demander un effort; l'attention ne doit pas être
prise comme donnée initiale, mais considérée comme un résultat
dû au maître plus qu'à l'élève.
Les conditions psychologiques de l'attention comprennent encore
îe rôle des états de conscience simultanés. Même quand ceux-ci ne
sont pas associés avec le phénomène auquel on est attentif, ils peu
vent impressionner favorablement, pourvu que l'attention ne se
porte pas sur eux. C'est de la sorte qu'agit une impression agréable BIBLIOGRAPHIQUES 405 ANALYSE8
(auditive ou visuelle). D'autres fois, la présence de ces phénomènes
simultanés empêche qu'il ne se forme un sentiment de tension
pénible. Néanmoins, considéré en lui-même, aucun état de con
science non associé avec celui auquel on est attentif ne peut en
élever le degré de clarté : il l'abaisse au contraire d'autant plus
qu'il est lui-même plus capable de nous intéresser.
Dürr ne s'occupe guère des conditions physiologiques, que pour
reconnaître notre ignorance des facteurs grâce auxquels notre atten
tion se porte sur un objet particulier. Tout au plus savons-nous que
tel composé chimique ou tel agent physique est capable d'élever ou
d'abaisser le degré de l'ensemble de la conscience.
III. Effets de l'attention. — Avant d'énumérer les phénomènes pos
térieurs aux états d'attention et placés sous leur dépendance, l'au
teur veut qu'on distingue nettement entre la statique et la dyna
mique mentales. Dans les circonstances qui leur prêtent une certaine
stabilité, on peut envisager à part les faits de conscience; mais il
est aussi nécessaire d'étudier l'enchaînement des mêmes faits, la
marche des processus psychologiques. L'attention peut du reste
avoir, à l'un ou l'autre des deux points de vue, des conséquences
positives et négatives.
Elle agit d'une manière « positive », à la fois sur les phénomènes
isolés (sensations, faits de la conscience des rapports, sentiments) et
sur les enchaînements psychologiques. — Sous son influence, l'i
ntensité des sensations paraît un peu augmentée, la connaissance
des rapports se modifie quelquefois, et divers sentiments peuvent
naître ou changer, puisqu'elle contribue à établir les « productions »
dont ils dépendent. — Aucun des processus de la dynamique ment
ale ne lui échappe : on a surtout étudié son rôle dans les phéno
mènes de reproduction. Ceux-ci peuvent être ou non involontaires.
Dans le premier cas, comme les associations entre les phénomènes
sont renforcées par ce fait qu'on leur est attentif, la fidélité de la
mémoire augmente. Le second fait partie du cas plus général de
l'activité volontaire, une conscience de la direction se trouve alors
surajoutée, et l'attention a de l'importance surtout à cause de ceci,
que les processus de reproduction s'effectuent mieux lorsqu'elle se
porte sur les motifs excitateurs. Dans ce même cas elle agit aussi en
s'opposant aux phénomènes qui empêcheraient l'action réciproque
des motifs et delà disposition du sujet.
Par effet négatif, il faut entendre un préjudice quelconque porté
à des phénomènes psychologiques. Le rétrécissement, maintes
fois signalé, du champ de la conscience, signifie que l'élévation du
degré de clarté d'un fait a pour contre-partie nécessaire l'affa
iblissement d'un état psychologique simultané quelconque. Mais il
est d'autres phénomènes, comme les sentiments, qui sont affaiblis
lorsque l'attention se porte sur eux. Nos activités routinières et
réflexes perdent alors le plus souvent leur précision et leur rapidité.
L'action sur les sentiments est expliquée par M. Dürr d'une manière

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