Attention visuelle et distractibilité chez des bébés de 3 à 5 mois - article ; n°2 ; vol.101, pg 201-219

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L'année psychologique - Année 2001 - Volume 101 - Numéro 2 - Pages 201-219
Summary : Visual attention and distractability in 3- to 5-month-old infants
Development of sensitivity to distractors is explored in 3- to 5-month-old infants. A peripheral distractor was presented when infants sustained attention on a central stimulus for 4 seconds, and both targets remained present for 10 seconds. A session involved 5 trials, with the central stimulus changing from trial to trial, while the distractor remained the same. Moreover, infants were observed in an habituation situation. Two hypotheses were studied : first, as 3 months is a transition point concerning the development ofthe oculomotor system, important interindividual differences are expected. Second, such problems no longer occur in 5-month-old infants, thus no links between ages are expected, whereas habituation with trials should be observed. For 3-month-old infants, long latences were observed, which may correspond to difficulties in disengaging fixations. Two months later such long latencies were rare, and no individual stability was observed. Moreover habituation to the distractor appeared only in 5-month olds. Finally, correlations between fixation durations in both situations, distractor and habituation, were significant in 3-month olds. Results are discussed in relation to Colombo's, Richards's and Ruffs data.
Key word : attention, distractability, infrency.
Résumé
Cette recherche porte sur l'évolution de la distractibilité chez des bébés de 3 et 5 mois. Un distracteur périphérique a été présenté lorsque les bébés avaient maintenu leur attention sur un stimulus central pendant 4 secondes, et les deux cibles sont restées présentes pendant 10 secondes. Une session expérimentale comprenait 5 essais, le stimulus central changeant à chaque essai cependant que le distracteur était toujours le même. Par ailleurs, les bébés ont été soumis à une épreuve d'habituation. Deux hypothèses sont étudiées : d'une part, 3 mois est un âge de transition du point de vue de la maturation du système oculomo-teur et on peut s'attendre à d'importantes différences interindividuelles. D'autre part, à 5 mois, l'exploration est guidée par le traitement de l'information et on devrait observer une habituation aux éléments fixes d'essai en essai (distracteur). Chez les bébés de 3 mois, on a observé de longues latences, qui peuvent traduire des difficultés de désengagement. Deux mois plus tard, ces longues latences disparaissent et aucune stabilité intra-individuelle n'est observée. L'habituation au distracteur apparaît effectivement à 5 mois. Enfin les corrélations entre les deux épreuves, distracteur et habituation (durées de fixations), sont significatives à 3 mois. Ces résultats sont discutés en liaison avec les perspectives de Colombo, Richards et de Ruff.
Mots-clés : attention, distractibilité, bébé.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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Marie-Germaine Pêcheux
F. Findji
J. RUEL
Attention visuelle et distractibilité chez des bébés de 3 à 5 mois
In: L'année psychologique. 2001 vol. 101, n°2. pp. 201-219.
Citer ce document / Cite this document :
Pêcheux Marie-Germaine, Findji F., RUEL J. Attention visuelle et distractibilité chez des bébés de 3 à 5 mois. In: L'année
psychologique. 2001 vol. 101, n°2. pp. 201-219.
doi : 10.3406/psy.2001.29553
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2001_num_101_2_29553Abstract
Summary : Visual attention and distractability in 3- to 5-month-old infants
Development of sensitivity to distractors is explored in 3- to 5-month-old infants. A peripheral distractor
was presented when infants sustained attention on a central stimulus for 4 seconds, and both targets
remained present for 10 seconds. A session involved 5 trials, with the central stimulus changing from
trial to trial, while the distractor remained the same. Moreover, infants were observed in an habituation
situation. Two hypotheses were studied : first, as 3 months is a transition point concerning the
development ofthe oculomotor system, important interindividual differences are expected. Second, such
problems no longer occur in 5-month-old infants, thus no links between ages are expected, whereas
habituation with trials should be observed. For 3-month-old infants, long latences were observed, which
may correspond to difficulties in disengaging fixations. Two months later such long latencies were rare,
and no individual stability was observed. Moreover habituation to the distractor appeared only in 5-
month olds. Finally, correlations between fixation durations in both situations, distractor and habituation,
were significant in 3-month olds. Results are discussed in relation to Colombo's, Richards's and Ruffs
data.
Key word : attention, distractability, infrency.
Résumé
Cette recherche porte sur l'évolution de la distractibilité chez des bébés de 3 et 5 mois. Un distracteur
périphérique a été présenté lorsque les bébés avaient maintenu leur attention sur un stimulus central
pendant 4 secondes, et les deux cibles sont restées présentes pendant 10 secondes. Une session
expérimentale comprenait 5 essais, le stimulus central changeant à chaque essai cependant que le
distracteur était toujours le même. Par ailleurs, les bébés ont été soumis à une épreuve d'habituation.
Deux hypothèses sont étudiées : d'une part, 3 mois est un âge de transition du point de vue de la
maturation du système oculomo-teur et on peut s'attendre à d'importantes différences interindividuelles.
D'autre part, à 5 mois, l'exploration est guidée par le traitement de l'information et on devrait observer
une habituation aux éléments fixes d'essai en essai (distracteur). Chez les bébés de 3 mois, on a
observé de longues latences, qui peuvent traduire des difficultés de désengagement. Deux mois plus
tard, ces latences disparaissent et aucune stabilité intra-individuelle n'est observée.
L'habituation au distracteur apparaît effectivement à 5 mois. Enfin les corrélations entre les deux
épreuves, distracteur et habituation (durées de fixations), sont significatives à 3 mois. Ces résultats sont
discutés en liaison avec les perspectives de Colombo, Richards et de Ruff.
Mots-clés : attention, distractibilité, bébé.L'Année psychologique, 2001, 101, 201-219
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire Cognition et Développement
CNRS UMR 8605, Université René-Descartes1
ATTENTION VISUELLE
ET DISTRACTIBILITÉ
CHEZ DES BÉBÉS DE 3 À 5 MOIS
par Marie-Germaine PÊCHEUX2,
François FlNDJl et Josette RUEL
SUMMARY : Visual attention and distractability in 3- to 5-month-old
infants
Development of sensitivity to distractors is explored in 3- to 5-month-old
infants. A peripheral distractor was presented when infants sustained
attention on a central stimulus for 4 seconds, and both targets remained present
for 10 seconds. A session involved 5 trials, with the central stimulus changing
from trial to trial, while the distractor remained the same. Moreover, infants
were observed in an habituation situation. Two hypotheses were studied : first,
as 3 months is a transition point concerning the development of the oculomotor
system, important interindividual differences are expected. Second, such
problems no longer occur in 5-month-old infants, thus no links between ages are
expected, whereas habituation with trials should be observed. For 3-month-old
infants, long latences were observed, which may correspond to difficulties in
disengaging fixations. Two months later such long latencies were rare, and no
individual stability was observed. Moreover habituation to the distractor
appeared only in 5-month olds. Finally, correlations between fixation
durations in both situations, distractor and habituation, were significant in
3-month olds. Results are discussed in relation to Colombo's, Richards's and
Ruffs data.
Key word : attention, distractability, infrency.
1. 71, avenue Edouard-Vaillant, 92774 Boulogne-Billancourt Cedex.
2. E-mail : Pecheux@psycho.univ-paris5.fr. 202 Marie-Germaine Pêcheux, François Findji et Josette Ruel
Chez le très jeune bébé, l'orientation de l'attention visuelle
est l'un des indicateurs privilégiés de l'activité cognitive
(McCall, 1971 ; Ruff et Rothbart, 1996), et de très nombreuses
études interprètent les durées d'exploration en termes de trait
ement de l'information. Pourtant, l'importance des variations
interindividuelles, pour atteindre un critère d'habituation par
exemple, suggère que les mécanismes proprement attentionnels
doivent aussi être pris en compte. Le traitement de l'information
met en jeu l'attention sélective, qui suppose qu'une partie loca
lisée de l'information est traitée, cependant que le reste du
champ n'est pas pris en compte. L'attention sélective visuelle
implique une suite d'engagements et de désengagements du
regard sur différents points du champ. Engagement et désenga
gement ont l'un et l'autre leurs mécanismes propres (Posner et
Cohen, 1984), qui peuvent être étudiés au travers des réactions à
des distracteurs. Pourtant les recherches sont rares qui considè
rent directement le développement de la distractibilité pendant
les premiers mois de vie. Dans une perspective différentielle,
Rothbart (1981) a mis en évidence que l'organisation et le
contrôle de l'attention constituent l'un des aspects du tempéra
ment, ce qui suppose une certaine stabilité des différences inter
individuelles de distractibilité. On étudiera ici, de manière longi
tudinale, les réactions de bébés à des distracteurs, à 3 et à 5 mois,
et on confrontera les résultats obtenus dans cette situation origi
nale avec les comportements des mêmes enfants dans une situa
tion classique d'habituation.
Trois types de problèmes ont été étudiés par l'intermédiaire
des réactions des bébés à des stimuli périphériques. D'une part,
on a étudié l'extension du champ visuel, dans une perspective
développementale. D'autre part, on a montré que la distractibil
ité varie en fonction de l'état d'attention. Enfin, on a considéré
différentes caractéristiques des stimuli périphériques, qui contri
buent à leur saillance.
S'agissant du champ utile de vision, plusieurs recherches
montrent que le regard d'un bébé est moins attiré par un stimulus
périphérique si une cible centrale reste présente. La variable
dépendante est ici la présence d'une saccade oculaire dans la
direction du stimulus périphérique. Harris et Mac Farlane (1974)
ont observé que des nouveau-nés et des enfants de 2 mois peuvent
détecter une cible à 30° d'excentricité si les deux stimuli, cible
centrale et cible périphérique, sont présentés en succession, alors Distractibilité chez le bébé 203
que la limite n'atteint que 15° si les deux cibles sont en compétit
ion. À 2 et 3 mois, le champ utile de vision est réduit quand la
cible centrale est plus proche du bébé que la cible périphérique,
même si l'angle visuel est maintenu constant (DeSchonen,
McKenzie, Maury et Bresson, 1978). A 4 mois également, la pro
babilité d'une orientation vers un stimulus périphérique est
moindre quand les cibles sont présentées simultanément (Finlay
et Ivinskis, 1984). Mais les recherches les plus récentes montrent
qu'il faut tenir compte de la saillance relative des deux stimuli, et
inclure des essais de contrôle, car des saccades vers la périphérie
peuvent apparaître en l'absence de stimulation (Goldberg, Maur
er et Lewis, 1997). De plus, des données sur le rythme cardiaque
suggèrent que le stimulus périphérique est peut-être perçu sans
être fovéalisé (covert attention, Posner et Rothbart, 1981).
D'autre part on a montré que l'inhibition des saccades vers
un stimulus périphérique dépend de l'état d'attention, évalué
par d'autres indices que l'orientation du regard. Chez des
enfants de plus de 6 mois, Ruff (1990) distingue l'inspection
(examining), qui se manifeste par un regard attentif, une
expression faciale particulière, et la présence de manipulations,
de l'attention flottante (casual looking), dans laquelle l'orien
tation du regard n'est pas accompagnée d'autres indices de
concentration. Chez de très jeunes bébés le critère de manipulat
ion n'est pas utilisable, mais on peut tenir compte de l'expres
sion faciale en même temps que de l'orientation du regard.
Richards (1987) se fonde sur les modifications du rythme car
diaque, et contraste l'attention soutenue (sustained attention),
pendant laquelle on observe une décélération du rythme car
diaque, avec la fin de (attention termination) où le
rythme cardiaque réaugmente jusqu'à atteindre sa valeur de
référence, avant même que le regard ne quitte la cible. Quel que
soit l'âge des bébés entre 3 mois et 1 an, les latences de la saccade
entre cible centrale et distracteur sont plus longues quand les
enfants sont engagés dans un traitement cognitif, pendant
l'inspection ou l'attention soutenue, que pendant l'attention
flottante ou la fin de l'attention. Ces résultats suggèrent donc
que, pour évaluer la distractibilité individuelle, il est nécessaire
d'observer les enfants dans un même état attentionnel, par
exemple en état d'attention soutenue.
Enfin, bien qu'à l'évidence la saillance d'un stimulus péri
phérique joue un rôle sur sa détection, les chercheurs ne détail- Marie- Germaine Pêcheux, François Findji et Josette Ruel 204
lent pas les raisons qui ont guidé leur choix de distracteurs, ou
de leur excentricité. Richards (1987) a d'abord utilisé un pan
neau de diodes clignotant de manière régulière, mais dans une
recherche plus récente (1997) il est passé, sans donner de justif
ications, à un petit carré blanc oscillant entre deux positions ver
ticales. Dans une recherche portant sur l'exploration de jouets
par des bébés de 10 mois, Ruff, Capozzoli et Saltarelli (1996) uti
lisent comme distracteurs des diapositives immobiles à 80°
d'angle visuel. À notre connaissance seuls Tellinghuisen et
Oakes (1997) ont comparé l'effet de stimuli unimodaux (visuels
ou auditifs) et bimodaux (visuels et auditifs), et de stimuli bimo-
daux simples et complexes. Dans ce dernier cas ils trouvent chez
des bébés de 7 mois une latence plus longue pour aller vers un
stimulus simple que pour aller vers un stimulus complexe,
cependant qu'à 10 mois les latences sont extrêmement brèves
dans les deux conditions. Une analyse systématique des caracté
ristiques susceptibles d'intervenir dans la détection d'un distrac
teur visuel (clignotement, mouvement, taille, couleur, etc.) reste
à mener, afin d'expliciter les choix faits selon la problématique.
Pour l'ensemble de ces travaux, où il s'agit d'évaluer dans
quelles conditions un stimulus périphérique est détecté, la durée
de la latence est un bon indice, et chaque essai se termine par la
saccade vers la périphérie. Pourtant, la gestion des distracteurs
ne s'arrête pas à leur détection, et l'intérêt qui leur est accordé
dépend de leur saillance, comparée à la saillance de la cible cen
trale. Ces saillances sont fonction de la complexité des cibles,
mais également de leur nouveauté. Dans l'environnement habi
tuel les distracteurs ne disparaissent pas quand le regard les
atteint, et un distracteur qui demeure identique à lui-même joue
sans doute de moins en moins son rôle de distracteur. Une étude
plus complète de la distractibilité devrait tenir compte de ce que
le distracteur peut être détecté puis négligé, ou faire l'objet
d'une exploration plus ou moins intense. Chez des enfants plus
âgés, Ruff et al. (1996) ont effectivement observé une chute de la
réactivité au distracteur sur 4 essais consécutifs.
Dans le cadre d'une étude plus large des capacités attention-
nelles précoces, et du rôle de l'étayage maternel en ce domaine
(Pêcheux, Findji et Ruel, 1992 ; Findji, Pêcheux et Ruel, 1993 ;
Pêcheux, Ruel et Findji, 2000), nous avons étudié de manière
longitudinale la sensibilité aux distracteurs chez des enfants de 3
et 5 mois. C'est dans cette zone d'âge que la maîtrise du système Distractibilité chez le bébé 205
oculomoteur se construit, maîtrise qui est un préalable au con
trôle de l'attention en tant que telle. Dès 1966, Stechler et Latz
décrivaient, aux alentours de 3 mois, un mécanisme d'attention
obligatoire lié aux difficultés à se désengager. Johnson, Posner
et Rothbart (1991) ont identifié, entre 3 et 4 mois, une impor
tante transition dans le contrôle oculomoteur ; elle concerne la
capacité à se désengager d'une fixation, qui dépend de la matur
ation des lobes pariétaux postérieurs. Hood et Atkinson (1993)
considèrent que les changements les plus importants dans la
détection d'un distracteur ont lieu avant 3 mois, et Bronson
(1994) propose que « aux alentours de 3 mois la médiation par
les frontal eye fields permet probablement le contrôle volontaire,
et les enfants peuvent surmonter les effets de saillance »
(p. 1259). On peut donc s'attendre à ce qu'à 3 mois, certains
bébés aient encore des difficultés à se désengager du stimulus
central pour aller explorer le distracteur périphérique (Frick,
Colombo et Saxon, 1999). Par contre, à 5 mois, les problèmes de
contrôle oculomoteur sont bien maîtrisés par tous les enfants.
En conséquence, on s'attend à ce qu'il n'y ait pas de lien entre
l'organisation de l'attention à 3 mois et à 5 mois. À cet âge, le
contrôle de l'attention n'est plus contraint par le fonctionne
ment de l'oculomotricité, et la durée des fixations dépend moins
des capacités d'engagement et de désengagement que des modal
ités de traitement de l'information. On peut alors faire
l'hypothèse qu'à 5 mois on observe, avec la répétition des essais,
une habituation au distracteur si celui-ci ne change pas d'essai
en essai, en même temps qu'aucune habituation n'apparaît pour
la cible centrale qui change à chaque essai.
Pour tester ces deux hypothèses, on a retenu une situation
expérimentale où, à chaque essai, un distracteur périphérique
apparaît quelques secondes après la cible centrale, les deux
cibles restant conjointement présentes pendant 10 secondes.
Dans la mesure où on visait, ultérieurement, la mise en évidence
de différences interindividuelles, on a choisi un distracteur
simple, qui n'attire pas forcément le regard. Pour étudier
l'éventuelle habituation d'essai en essai, on a proposé 5 essais
consécutifs, pour ne pas demander trop aux bébés. Enfin, dans
la mesure où il s'agit d'une situation originale, nous avons pro
posé aux enfants une tâche d'habituation classique, qui peut ser
vir de référence pour interpréter les résultats concernant les dis-
tracteurs. 206 Marie- Germaine Pêcheux, François Findji et Josette Ruel
Diverses revues de question (Bornstein, 1985 ; Pêcheux,
1985 ; Colombo, 1993) ont fait le bilan des résultats obtenus
dans des situations d'habituation. En particulier, on s'est inté
ressé à la vitesse d'habituation (durée d'exploration nécessaire
pour parvenir au critère, en général 50 % des premières fixa
tions) et à la durée de la fixation la plus longue (peak fixation) ,
car ces deux indices paraissent fidèles à quelques jours de dis
tance, et relativement stables sur des délais de quelques semai
nes. Colombo, Freeseman, Coldren et Frick (1995) ont observé
que, lors d'une habituation visuelle, la durée de la fixation la
plus longue se distribue de façon bimodale, ce qui permet de di
stinguer entre short lookers et long lookers. Cette dichotomie cor
respondrait à des explorations différentes : les short lookers se
focaliseraient plutôt sur les caractéristiques globales du champ à
explorer, et les long lookers sur les détails. Bien que les situations
diffèrent sur un certain nombre de points — en particulier il n'y a
dans l'habituation qu'une cible à explorer, qui apparaît et dispa
raît en fonction des regards du bébé — on peut penser que dans la
situation « distracteur », les long lookers auront des fixations
plus longues, et donc moins de changements de fixations que les
short lookers (Frick, Colombo et Saxon, 1999).
METHODE
SUJETS
L'échantillon observé comprend 51 enfants, recrutés par lettre à partir
des listes de naissance de l'état civil, avec l'autorisation du procureur de la
République. Tous les enfants, 35 garçons et 16 filles, sont nés à terme et
sans complications. Ils ont été observés au laboratoire à 3 mois (âge moyen
100 jours, a — 6 jours) et 5 mois (âge moyen 163 jours, a = 8 jours).
APPAREILLAGE
Les bébés étaient assis dans un siège spécial devant un grand écran
vidéo (80 cm de diagonale) qui était vu sous un angle de 36° en largeur
et 27° en hauteur. Les bébés voyaient le stimulus au travers d'un miroir
semi- transparent cependant qu'ils étaient filmés en vidéo à l'aide d'une
caméra dans l'axe de leur regard (Lécuyer, Humbert et Findji, 1992).
L'ensemble de la procédure était contrôlée par un ordinateur Archime- Distractibilité chez le bébé 207
des A440. L'expérimentateur voyait le visage du bébé dans un écran de
contrôle, sans indication relative aux stimuli, et indiquait par l'inte
rmédiaire de la souris si le regard de l'enfant était ou non orienté vers la cible
centrale.
STIMULI
Pour la situation « distracteur », les cibles centrales étaient composées
de 5 ensembles de 4 formes irrégulières de couleurs différentes (DeLoache,
1976), vues sous un angle de 6° X 6° sur fond noir. Une étude préliminaire a
montré qu'elles étaient également intéressantes pour des bébés de 3 à
5 mois, avec une première fixation moyenne de 12 secondes dans une procé
dure d'habituation. Le distracteur était composé de 4 barres jaunes
(7° X 0.75°) respectivement à 15° à gauche et à droite du centre, et à 10° vers
le haut et vers le bas. Compte tenu des « préférences » éventuelles des très
jeunes bébés pour un côté ou l'autre du champ visuel, cette disposition a
permis d'éviter de contrebalancer les localisations d'un distracteur unique,
ce qui aurait pu interférer avec une éventuelle habituation.
Pour la situation d'habituation, on a utilisé un ensemble de 3 formes
irrégulières polychromes, vue sous un angle de 5° X 5°. Dans le stimulus-
test les trois formes et les trois couleurs étaient différentes du stimulus
d'habituation.
PROCEDURE
Le rendez-vous était fixé avec la mère à une heure où l'enfant n'avait
ni faim ni sommeil, et toutes les précautions étaient prises pour qu'il soit
détendu et alerte.
La situation « distracteur » comprenait 5 essais, le stimulus central
changeant à chaque essai ; l'ordre des stimuli centraux a été contrebalancé
sur l'ensemble de l'échantillon. Quand le bébé avait maintenu une fixation
sur la cible centrale pendant 4 secondes, c'est-à-dire lorsqu'il avait vraisem
blablement atteint un état d'attention soutenue (Richards et Casey, 1992),
le distracteur apparaissait. Les deux stimuli restaient alors présents pen
dant 10 secondes. Si le bébé fixait la cible centrale pour moins de 4 secondes
un nouvel essai était proposé. La même procédure était répétée jusqu'à
l'obtention de 5 essais valides avec un maximum de 15 essais.
Dans la situation d'habituation on a utilisé la procédure contrôlée par
l'enfant, dans laquelle le stimulus d'habituation est présenté jusqu'à ce que
deux fixations successives soient plus courtes que la moitié des deux pre
mières fixations. Un stimulus nouveau était alors présenté (test de réaction
à la nouveauté).
L'ordre de présentation des deux situations a été contrebalancé sur
l'ensemble du groupe. 208 Marie-Germaine Pêcheux, François Findji et Josette Ruel
ANALYSE DES DONNEES
Les enregistrements vidéo pour les deux situations ont été analysés off
line, image par image (25 images/seconde), en utilisant le logiciel Coder
(Kappas, 1995) : le time code intégré à l'enregistrement est repéré et stocké
avec la nature de l'événement codé. Chaque regard vers le centre, vers une
partie du distracteur et hors stimuli a été identifié, sans que le codeur
connaisse la séquence des stimuli. L'accord interjuges, évalué sur 40 % des
enregistrements, est K = .82 pour les regards sur le centre, .79 pour les
regards sur le distracteur et .92 pour les hors stimuli. Les fichiers
donnant la séquence des fixations ont ensuite été mis en correspondance
avec les fichiers donnant le début et la fin des stimulations.
MESURES
Distracteur : Trois indices concernent les regards vers le distracteur :
1 / la latence du premier regard vers le distracteur (de l'apparition du
tracteur à la première saccade vers le distracteur) ;
2 / la durée totale sur le distracteur ;
3 / le nombre de regards vers le distracteur.
Une latence courte, une durée élevée sur le distracteur et un nombre
élevé de fixations indexent un haut niveau de distractibilité. Si les enfants
s'habituent aux distracteurs, la latence devrait croître d'un essai à l'autre,
la durée et le nombre des fixations devraient décroître.
Par contre, la durée totale et le nombre de regards vers la cible centrale
devraient être stables d'un essai à l'autre, puisque la cible centrale change.
On a également contrôlé le pourcentage de temps passé hors stimuli sur les
10 secondes de présentation totale des deux stimuli.
A partir des fichiers concernant l'habituation on a dérivé trois indices :
la durée totale d'exploration jusqu'aux essais-critère, la durée de la peak
fixation, et le pourcentage de réaction à la nouveauté, en rapportant la
durée de l'essai-test à la somme de l'essai-critère et de l'essai-test (Oison et
Sherman, 1983).
RESULTATS
Avant toute analyse on s'est assuré qu'aucune différence
significative n'existait entre les garçons et les filles, sur tous les
indices, et que le temps passé hors stimuli était pratiquement
négligeable.

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