Audition - compte-rendu ; n°1 ; vol.30, pg 586-606

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L'année psychologique - Année 1929 - Volume 30 - Numéro 1 - Pages 586-606
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1929
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6° Audition
In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 586-606.
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6° Audition. In: L'année psychologique. 1929 vol. 30. pp. 586-606.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1929_num_30_1_4979ANALYSES' 5*6
de l'examen cBffiqwe dé l'olfaction et îa difficulté d'emploi des
olfactomètres, S utilisé tufië méthode nouvelle, permettant de déceler
les anosmies (du moins les anosmies totales, car l'emploi- d'une seule
odeur ne permet pas de déceler avec certitude les anosmies partielles).
Il injecte tout simplement de l'éther, normalement, quand il n'y a
pas de trouble circulatoire, l'odeur d'éther est perçue par voie interne,
et l'on peut désigner le flacon donnant même odeur parmi quatre
(contenant de l'eau distillée, du menthol, de l'éther et de l'ammon
iaque).
L'expression d' « olfactomètre clinique » n'est à vrai dire pas jus
tifiée pour désigner ce moyen d'épreuve, puisqu'il n'est pas question
de mesure. H. P.
775. — J. HELSMOORTEL. — Lea «roubles ctè l'olfaction et ail.
goût. — J. de N. et de Pi?., XXIX, 1929, p. 298-301'.
Étude è'ian cas de psychose pöst-träumatique avec anosmte comp
lète et agjïeusàe partielle. H. P.
776. — F* L. WELLS. — Reaction-times to affects accompany ïûé
^mell stimuli1 ( Temps dé fécùetion aux caractères affectifs det stiriïuïi
oifactifs). — Am- J. of Ps., XLI, i, 1929, p. 83!-S6'.
Poui? 11: sujets requis de répondTë ée deux manières différentes au
caractère agréable e1S désagréable d'une série d'odeufs, la moyeh'n'e
dies tem^s> de réaction $ été trouvée ée &,i& seeon.'d'e par une method^;
de 555 9 environ par Paträre. L'amteur attrièue' à des Variations dans
la force1 et la soudaineté d<é rinspi^ation le» différences obtenues
les deux casv Quoiqu1*!! êri s«it, les durées observées sont toujouïs
inférieures à la secoödev et concordent de façon1 satisfaisaïilië avëe
Gelles qui ont été établies pr-éced«m«ient dans l& domaine visuel'.
I^Id., J. of e%p. Ps.y 1925, 54}.. A. B.-F.

777. — HARVEY FLETCHER. — Speech aöd Hearing {langage .
et Audition). — In-8 de 331> pages. Londres, Macmillan, 192-9;
Prix : 2-1- sh.
Cet ouvrage du Directeur des Recherches Acoustiques aux « Bell
Telephone Laboratories », présenté par H. I). Arnold, directeur géné
ral des recherches dans ces Laboratoires, peut être considéré comme
fondamental à Pneur^ actiiell'é. Il donne la syrithëse d'un admirable
efïort coordonné, pour préciser, grâce ä toutes les ressources de la
technique moderne, notre connaissance du son, au point de vue des
processus récepteurs, qui transforment dans des conditions quantita
tives côthplexes fes énergies vibratoires en. ce phénomène psychophy-
sîologiqUe qu'est le son, avec ses caractéristiques qualitatives si
Variées, et au point de vue des processus émetteurs qui, grâce à des
1. Voir aussi les n°» 5, 138, 249-252, 34«, 705, 714, 733; 759, iOl'O; 1342J. AUDITION 5*7
contractions musculaires délieates finenteot réglables, donnent
naissance vocalement à des modalités si nuancées et si nombreuses de
l'énergie vibratoire, dans la parole.
La première partie du livre est consacrée aw langage, du point de
vue de l'émission des sens impliqués par la langue1 anglaise (si favo
risée aujourd'hui par ces études dont les conséquences pratiques
immédiates se péadiseikt à son seul bénéfice).
Fig. i. — Schéma représentatif des voyelles et diphtongues.
Sur les 65 symboles classant en catégories les quelques centaines
de sons vocaux qui peuvent être émis, mais non différenciésfauditi-
vement, une personne « moyenne » parlant l'anglaia peut en utiliser
39, en différenciant Tes sons correspondants : voyelles pures au
nombre de 11, longues (û : tool ; ö : tone ; ö : talk ; a : far ; à : tape ;
é : team) et brèves (u- : took ; o : ton ; â : tap % e : tens ', v : tip) ; d!iph-
tongues au nombre de 4 (ï, ou, oi, ew) ; transitives au aombtfe de 3
(w, y, h) ; semi-voyelles au nombre de 5 (1, r,, m,, n, ng) et consonnes
au nombre ée 16, dont 8- frkaiives (4 sourd«s : f, s, th : thiw ; sto ;
et 4 sonores : v, z,, ik : then, z h : azuïe)r et 8 occlusives on * Stop
consonant» » (4 so-wf des : p,, tr ch, fc ; et 4 soiwwes : b, diy j, g).
Les schémas sont donnés pour les positions^ des lèvres et de l'a
langue dans l'émission- des principawx sons. Puis, après1 indication
des diverses méthodes techniques pour l'analyse physique d«s sons
du langage, portée actuellement, par la méthode oscillographiqtte à
un très haut point de perfection, de nombreux exemples sont donnés
des courbes du phénomène vibratoire complexe dans rémission« de |
|
|
|
|
|
ifW
588 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
sons, de mots, de phrases, par les sujets, hommes et femmes (dont un
grand nombre ont été soumis à cette exploration phonétique), et les
« spectres sonores » de multiples sons sont graphiquement représent
és, en indiquant sur une échelle des fréquences en abscisses, chaque
son partiel identifié avec son amplitude respective en ordonnée (Cf.
Figure 2).
Une statistique, fondée sur 104 examens individuels, donne, pour
les voyelles de 13 mots, la durée (moyenne et extrême), la fréquence
fondamentale moyenne, et pour les deux fréquences caractéristiques
(d'après les analyses de Paget), la moyenne et les extrêmes de la plus
basse et de la plus haute, séparément pour les hommes et les femmes.
Énorme et précieux travail I
II ! J
PITCH -100
illi. 1 .Il ■i 1.
iiRTiiiiiniiiiiiiiiiiinmrwv
TUOE n"tip" II 1 -109 .lilllllillllllllll ill "l" PITCH 1 AS AMPL
IL.
II 1 I 1 II 1 1 1 II 1
"A" AS IN~TAPE"
PITCM-2S0
TUOE IE "ee'as PITCH in -137 "teem"
AMPL T 1
1 1 I ■ I ■ 1 1 Ljl J 500 I . ■ a 1000 ■ . ISOO 1 m nJL n..i 4000 ^_ 4500 3S00 20C0 FREQUENCY 2S0O 3000 0
Fig. 2. — Spectres sonores de voyelles.
Une statistique analogue est donnée pour les caractéristiques des
6 consonnes occlusives.
Après cela, la synthèse, par des procédés purement électriques, de
sons vocaux, dont les caractéristiques individuelles ou momentanées
pourront être reproduites, est possible. On se contente encore de dis
positifs simplifiés donnant les sons caractéristiques, pour émettre
des sons vocaux schématiques.
Enfin un dernier effort a porté sur- la-mesura de l'énergie émise
dans le langage, mesure dont les résultats sont exprimés en mi
crowatts. - ../■•
en valeur moyenne « average » Le « speech power » est indiqué,
(énergie totale divisée par la durée) en valeur instantanée (taux ,
AUDITION 589
d'énergie à chaque instant), en valeur moyenne « mean » (énergie
« average » ramenée au centième de seconde), en valeur syllabique
(maximum de la valeur « mean » pour une syllabe) en valeur phoné
tique (maximum pour une voyelle ou une consonne fondamentale)
et en valeur de sommet (maximum, dans une période donnée, de la
valeur instantanée).
Cette énergie est extrêmement variable, et les différences indivi
duelles sont considérables. Voici pour des moyennes de la valeur
« average » (en microwatts) la répartition pour 100 des individus.
moins de 0,62 0,62 à 1,25 1,25 à 2,50 2,50 à 5 5 à 10 10 à 20 20 à 40 40 à 80
7 9 14 18 22 17 9 4
Quand on donne le maximum de sa voix, on arrive à 1.000 micro
watts, en voix faible on ne dépasse pas 0,1 et en voix chuchotée 0,001,
Cela montre un jeu considérable dans le clavier d'intensité- de la
voix, dont les termes extrêmes sont comme un et un million.
L'intensité moyenne varie d'ailleurs avec les phonèmes, comme
le montrent les déterminations de la valeur du « speech power » pho
nétique et de sommet pour une série de 32 phonèmes dont est indi
quée d'autre part l'intensité auditive perçue.
On a ainsi la comparaison de la puissance sonore des phonèmes
dans le langage usuel, puissance qui est fonction de Paudibilité d'un
côté, de l'énergie d'émission vocale de l'autre.
La répartition des audibilités sur l'échelle des fréquences des deux
caractéristiques est donnée en un tableau.
Enfin la fréquence relative des phonèmes étudiés dans la langue
anglaise est donnée d'après les recherches de Dewey dont l'ouvrage
a été publié par Harvard en 1923.
Une deuxième partie du livre est consacrée aux sons musicaux et
aux bruits', les spectres sonores étant donnés des sons de divers in
struments, et de certains bruits, avec indication d'une méthode pour
la mesure des bruits et de leur effet assourdissant (dont le but est
en relation avec la lutte entreprise contre les bruits des villes).
Enfin la troisième partie, la plus importante, concerne l'audition.
Comme la plupart des travaux dont la synthèse est donnée ont été
longuement analysés dans les volumes de Y An. Ps., de ces dernières
années, nous pouvons indiquer, sans insister, les grandes lignes des
chapitres.
Un rapide schéma, très clair, de l'appareil auditif de l'homme, et
un résumé de la théorie de Helmholtz sont suivis de l'exposé de la
conception générale, très solidement fondée, qui lie la question
tonale des sons à des excitations — non pas exclusives mais prédo
minantes — de régions bien définies de la membrane basilaire.
Puis, après quelques notes sur le problème de physiologie nerveuse,
envisagé à la lumière des travaux d'Adrian, F. expose les faits acquis
en ce qui concerne les seuils d'audibilité, les limites de fréquence
audibles, les minima différentiels perceptibles, poui l'intensité et
pour la fréquence, avec intégration dans la surface d'audition, et
calcul du nombre de sons différents qui, en moyenne, peuvent être
reconnus (sans indication des limites normales de variabilité, qui
sont considérables), les effets de masquage réciproque de sons simul- '
'

,
'
j
=
,
ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 590
tanés (dont l'étude est capitale pour la théorie), les phénomènes de
battements, et les méthodes de détermination de l'acuité auditive.
Et cette étude générale de l'audition se complète d'une étude plus
spécialement pratique relative à la perception du langage et de la
musique, avec détermination des niveaux comparés de « loudness »
(c'est-à-dire de « sonorité » ou de « bruyance », d'intensité en somme)
des sons de diverse fréquence à des niveaux définis d'énergie (l'a
ccroissement d'intensité en fonction de l'énergie ne suivant que très
approximativement la loi de Fechner, et — chose grave pour la
théorie fechnérienne — n'ayant pas même valeur pour une distance
du seuil correspondant à un même nombre d'échelons de sensation).
Grâce aux belles recherches de Mackenzie et de Kingsbury, Fin-
50 I VALUES OF 4O ^*» Aa oft UP ass 0.2« Ol25 aes aee
30 "03 0.5 0.38 0^3 0^8 0.25 0.23 022 0.21 0.24 0.27
2.9 0.21 027 06 P-S Q36. 026 025 022 0.24 P?! P33: 0-32, 0.23, s 10 y 1.2 0.9 07 0.6 Ml, 031 9-23 0*2 0,84 0.27: 032 037 IM5 30, 0.34; <W M* r 0 026' 029' 0.37 031 4.0 ' 17 l.t OS O.6 047 036 023 0.23 0.25 0.20 033 0.5 0.7 1 4« j -IP s 6.0 30 L6 1.0 0.7 0-6 044 0.39 o^s 023 0^5, PAO 0.26 034 044 P6 a9r7r 029{ \ -20
a&3 Q45 035 030 027 02» 0*9 932 936 0.5 AT] 5-0 » 0.7 *». **< -30 \ O.7' 0.30: 2.0 M 034 3.0 IS 1.0 0.55 0.43 0.3« 032 031 O42 0.6 0.9 S, -40 s 3-5/J- 4.4 26 J.6 i.i 08 06 046 0.41 0.40 040 042 049 0.7 '■2 > -50 *
17 1.2 0.7 42 26 0.9 ÇA as 0.5 P-6 10 20 °fi "1 -eo S 7_ "i 40 z» 2.1 1.5 1.2 1.0 0.6 0.6 OB 1.0 1.9 35
-70 t 2.4 3.2 2.0 1.7 J.4 .1.4 1.7 30 I?
-60!
3." 26 22 22. Zi 28
-90 , i rf L
-100 1 n | -eoo -*00 -300 -2( 0 -100 100 200 300 400 soc n
PITCH < C£NTIrjOCTAV£S ABOVE •
Fig. 3. — Carte de sensibilité auditive donnant les seuils différentiels rela
tifs (calculés par interpolation)- pour les divers échelons de hauteur et
d'intensité, les valeurs de ces seuils étant sensiblement les mêmes pour
l'intensité et pour la hauteur.
tensité relative des sons de diverses fréquences, à des niveaux définis .
d'énergie, exprimés en multiples du niveau liminaire, (ce qui s'appelle
des niveaux de sensation avec une unité logarithmique appelée
« bel »), peut être précisée, et cela permet, dans les sons complexes,
une fois connu le spectre sonore objectif, de déterminer, ce qui est le
plus importaift, le perçu.
Enfin cfês chapitres sont encore consacrés à la reconnaissance de la
hauteur tonale des sons musicaux, à la mesure de perceptivité des
sons vocaux et à la détermination numérique (capitale en télépho
nie et en T. 8. F.) des diminutions de perceptivité dues à divers 591
effets de distorsioa, comme il s'en produit dans les essais de repro
duction de la voix par le phonographe, le récepteur, le haut-parleur,
ou dus encore à des diminutions défiaies d'acuité auditive, à des types
divers da surdité, ou à l'effet perturbateur des bruits avoisinants.
On peut juger, à l'indication de ces questions traitées sous forme
très condensée mais avec un grand luxe de tableaux, de chiffres et de
graphiques, de l'iraportance de cette œuvre, presque entièrement
fondée sur des recherches poursuivies ees dix dernières années. Et
l'on ne saurait trop féliciter Harvey Fletcher de cette belle et claire
synthèse. H. P.
778. — PIETRO TULLIO. — Some experiments and
tiosis on Experimental Otology and Fhoneties (Analyses, expe
riences et considerations sur Votologie et la phonétique expérimen-
* tales). — Bologne, 1929, 41 p.
Pietro Tullio qui a consacré de longues et patientes recherches aux
problèmes de l'acoustique physique et physiologique expose dans
cette conférence l'essentiel de ses résultats. Ceux qui .ont lu son
principal ouvrage intitulé : « Orecchio1 » n'ignorent pas que T. a
concentré son effort principalement dans deux directions : il a
cherché, d'une part, les caractères et les modalités de la propagation
des mouvements vibratoires à travers les milieux liquides ; et s'est
appliqué, d'autre part, à mettre en lumière le rôle de l'excitant
sonore dans la production de différents réflexes d'origine vestibu-
tout de suite, pour le premier de ces deux domaines,
que l'exposé même des phénomènes étudiés et des résultats acquis
par Tullio présente une grosse difficulté. Il n'est pas aisé, en effet,
de rendre un compte exact d'une foule d'observations relatives aux
phénomènes % visibles » que l'action des corps vibrants produit • dans
les milieux liquides et qui ont fourai'surlout des lois # qualitatives ».
C'est un fait bien connu que la surface d'un liquide à laquelle on
applique un corps vibrant se recouvre d'un système de lignes, dont
les particularités varient suivant le mode d'application d« corps
vibrant, suivant les formes du récipient et aussi suivant la tension
superficielle dépendant de la nature du liquide. En s'engageant dans
la voie frayée par Bartoli, par Faraday et par Chladny, c'est donc
l'étude de ces phénomènes superficiels que T. aborde en premier lieu.
Loin de s'y borner cependant, il eut l'excellente idée de faire une
étude expérimentale des vibrations des gouttes de liquide et des
courants qui ont lieu à l'intérieur des liquides.
Les gouttes d'eau et les bulles de savon placées sur un corps vibrant
offrent une série d'aspects intéressants, susceptibles d'être décelés
par le microscope. Voici quelques-uns des résultats obtenus par
Tullio, d'après un résumé qu'il en donne lui-même :
« II résulte de l'ensemble d'expériences ici décrites, que les gouttes
placées sur une surface vibrante exécutent des vibrations isochrones
1. Pietro Tullio : L'orecchio, éd. Cappelli, Bologne 1927 (452 p.) trad,
allemande « Das Ohr und die Entstehung der Sprache und der Schrift »
par Auguste Jellinek éd. Urban et Schwarzenberg, Berlin 1929 (460 p.) ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
avec celles de la surface et qu'elles peuvent résonner en même temps
aux différentes fréquences. Elles suivent, d'une façon caractéristique
toutes les variations successives de hauteur. Et, en outre, elles r
épondent à toutes les différences de l'intensité qu'elles peuvent repro
duire fidèlement » (p. 37, éd. allemande).
Un chapitre de 1'« Orecchio » est consacré aux courants qui se pro
duisent à l'intérieur des liquides et qui ont fait aussi l'objet d'une
étude minutieuse de l'auteur. En mettant dans le liquide des parti
cules solides, Tullio a pu observer des courants qui doivent corre
spondre à son avis « aux lignes d'énergie acoustique » et constater
que ces courants sont susceptibles par le changement de leur vitesse
propre, de reproduire les variations d'intensité.
Enfin les expériences sur les phénomènes d'attraction et de répul
sion acoustique (étudiés déjà par Lebedew et Bjerkness) ont conduit
à établir un fait qui offre un intérêt réel pour la connaissance des
mécanismes vestibulaires. Il a trouvé notamment par observation
directe que des phénomènes analogues ont lieu dans les canaux
semi-circulaires et que les otolithes sont soumis par l'action de
vibrations extérieures à des mouvements de va-et-vient très marqués.
Les modalités de ces correspondraient exactement à
celles qui furent observées dans les dispositifs physiques.
Comme il a été dit, l'attention de Tullio s'est portée également
vers les problèmes que posent le fonctionnement des canaux semi-cir
culaires et leur rôle possible dans les perceptions auditives. Il s'avisa
d'explorer en particulier la dépendance des réflexes d'origine ves-
tibulaire, de l'excitation par onde acoustique. Voici dans leurs grandes
lignes les faits qu'il a établis. Quand on perfore un des canaux
osseux du pigeon de manière que le canal membraneux corre
spondant soit exposé «plus directement à l'action des sons, on est à
même de provoquer avec les vibrations sonores des réflexes carac
téristiques, qui se traduisent p&r les mouvements de la tête et des
yeux. L'opération ayant été faite, par exemple, sur le canal supé
rieur, le pigeon excité par le son lève sa tête avec un léger mouve
ment de rotation qui va à 45° environ, mais qui dans le cas d'une
excitation prolongée peut aller jusqu'à 90°. Il faut noter que ces mou
vements se produisent régulièrement à cnaque stimulation sonore
et lui correspondent tant au point de vue de l'intensité que delà
durée. Mais il suffit d'introduire un peu de cocaïne dans l'ouverture
pour que l'anesthésique diffusant vers les terminaisons nerveuses
de l'ampoule supprime les phénomènes réactionnels précédemment
observés. Avec un procédé analogue on peut déterminer exactement
des mouvements de la tête vers le bas et dans le sens horizontal.
Dans ce dernier cas en particulier il est aisé d'observer, quand on
prolonge l'action du son, un nystagmus comportant une sous-phase
longue et une phase brève et qui s'ajoute à la déviation. permanente.
Si l'on perfore les trois canaux osseux, les excitations, provenant
des trois régions réceptrices se neutralisent et la tête du pigeon reste
à l'état de repos. L'animal effectue néanmoins à la suite de l'excita
tion dissymétrique un mouvement de rotation autour de l'axe
antéro-postérieur.
En étendant ensuite ces expériences aux animaux non opérés, AUDITION 593
Tullio a réussi a produire, par l'excitation sonore, des réflexes tout
analogues aussi bien chez le pigeon que chez le lapin. Il constatait
des mouvements non seulement des yeux et de la tête mais aussi
du tronc, des jambes, et des ailes et, en outre, des mouvements de
rotation présentant le même degré d'amplitude.
Quel est le mécanisme de l'excitation qui déclenche au niveau
des canaux semi-circulaires tous ces réflexes ? C'est ici que Tullio
fait appel au» phénomènes de propagation des ondes qu'il a étudiés
avec tant de minutie, des courants tout semblables à ceux qu'il a
observés dans divers liquides peuvent être décelés avec le micros
cope dans le vestibule et dans les canaux semi-circulaires du pigeon :
Des courants produits par l'énergie du son battent rythmiquement
contre les ampoules qui d'un côté obstruent partiellement les ca
naux et déterminent le mouvement de l'animal suivant le' plan du
canal... Lorsqu'on fait accroître l'intensité du son et qu'on prolonge
son action, le courant devient oscillant et présente un large mouve
ment de va-et-vient. En laissant alors l'animal mouvoir sa tête libr
ement, nous observons du nystagmus dont la fréquence correspond
aux oscillations du courant interne.
Il est impossible de reproduire dans le cadre d'un bref compte-
rendu toutes les intéressantes observations recueillies par Tullio et
qui enrichissent sans conteste le domaine de la physiologie auditive.
En tant que données de fait elles ont évidemment la valeur des
matériaux qui devront servir pour l'élaboration de théories explicat
ives. Mais ceci reconnu on ne peut s'empêcher d'exprimer quelques
réserves sur les interprétations vraiment trop hardies que Tullio
applique aux résultats de ses investigations. Car si l'on peut bien
.admettre l'existence des réflexes vestibulaires produits par l'action
diffuse de l'excitant sonore, rien ne nous autorise à y voir un méca
nisme conditionnant l'orientation auditive latérale. Est-il besoin de
rappeler à ce propos que l'étude de la latéralisation des sons a- été
poussée assez loin et qu'elle a permis d'établir une série de faits qui
non seulement rendent superflu l'appel à un mécanisme s'exerçant
dans les canaux semi-circulaires mais qui sont même incompatibles
avec les possibilités structurales et fonctionnelles de ces organes.
Il est tout à fait surprenant que Tullio n'ait tenu le moindre compte
de cet ensemble de recherches, ne fût-ce que pour les confronter avec
ses résultats personnels. Et l'on doit se demander de quelle manière
il entend intégrer aux lois quantitatives de l'audition toutes les don
nées concernant la propagation des ondes sonores dans les liquides.
Il semblerait que ces données doivent subir encore un traitement
quantitatif et mathématique. C'est en dépassant le point de vue
purement qualitatif et descriptif qu'on pourra accorder les faits
établis par Tullio avec l'ensemble des lois quantitatives régissant le
mécanisme de l'audition. P. K.
779. — LÉONARD TROLAND. — The Psychophysiology of audi
tory qualities and attributes {La psychophysiologie des qualités et
des attributs auditifs). — J. of gen. Ps., II, 1, 1929, p. 28-58.
Suivant l'exemple de Boring, l'auteur a entrepris d'examiner les
« possibilités théoriques' » que présentent certains résultats des plus
l'année psychologique, xxx. 38 594 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
récentes recherches dans le domaine auditif. Il estime avec raison
que les données obtenues dans les recherches de l'équipe de physi
ciens dirigée par Fletcher aux « Bell Telephone Laboratories » ont
élucidé bien des aspects du mécanisme de l'oreille interne. Cependant
toutes ces données si importantes soient-elles ne sauraient prendre
leur pleine signification que si elles sont confrontées avec les résul
tats de la plus récente physiologie nerveuse. Aussi est-ce surtout
au point de vue des mécanismes nerveux que Troland se propose
d'envisager les principaux attributs des sensations auditives.
Plusieurs phénomènes, tels que les harmoniques subjectifs, les
battements, les sons différentiels et additionnels peuvent s'expliquer
d'une manière satisfaisante d'après le scheme que Wegel et Lane
ont donné du fonctionnement de la membrane basilaire. Mais ce
scheme n^est pas suffisant aux yeux de Troland pour rendre compte
de l'analyse des sons complexes suivant la loi d'Ohm. Si l'on admet îe
fonctionnement global de la membrane basilaire tel que l'envisagent
Wegel et Lane on éprouve quelque difficulté à 1e concilier avec une
spécificité locale spatialement très rigoureuse. En effet, l'amplitude
et l'étendue du déplacement de la membrane doivent être si consi
dérables du point de vue de la conception de Wegel qu'il faut renon
cer à l'idée d'une excitation strictement localisée. La théoriede spéci
ficité locale ne s'est-elle pas d'ailleurs heurtée depuis longtemps à la
difficulté de faire abstraction du rayonnement probable de l'exci
tation sur la membrane basilaire. Pour Troland, il y a d'autres raisons
encore qui doivent nous faire abandonner la théorie du lieu dans
sa forme extrémiste. En partant d'une part de l'idée empruntée_à
Hecht que l'intensité de la sensation dépend essentiellement du
nombre d'influx nerveux passant par unité de temps dans les fibres
« coopérantes », et en admettant, d'autre part, aveG Banister qu'à
chaque vibration acoustique correspond un influx nerveux, il estime
que le nombre des fibres affectées doit s'accroître (du moins pour
les fréquences moyennes) en raison inverse de la fréquence vibratoire
(Pour une excitation liminaire un son de 20 v. d. mettrait en jeu
1.000 fibres de plus qu'un son de 20.000 v. d.).
Il est facile de comprendre que suivant cette ligne de raisonnement
Troland en arrive à combiner la théorie de spécificité locale avec
celle de fréquence, cette dernière ayant, d'ailleurs, le rôle explicat
if, prépondérant. La psych'ophysiologie de la hauteur et de l'i
ntensité Jonales se présenterait dès lors comme suit :
«La hauteur est déterminée par la fréquence d'une série dUnflux
régulièrement espacés conduits dans un groupe de fibres coopé
rantes. L'intensité (loudness) dépendrait du nombre total d'impul
sions par seconde, indépendamment de l'identité des fibres où elles
cheminent et sans, rapport avec la fréquence, celle-ci n'agissant que
dans la mesure où elle est un facteur déterminant le' nombre. Pra
tiquement, dans tous les cas, l'impression de hauteur doit reposer
sur un certain degré de synchronisme entre les courants nerveux
dans les fibres associées ».
Tel étant le mécanisme de la perception de hauteur, Troland n'a
pas trop de peine à expliquer les phénomènes de bruit, de vocalité -,
et de dissonances. Ils tiennent au degré de »régularité des réflexes

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