Audition, par R. Chocholle, J.-P. Legouix, H. Piéron - compte-rendu ; n°1 ; vol.59, pg 195-206

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L'année psychologique - Année 1959 - Volume 59 - Numéro 1 - Pages 195-206
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1959
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R. Chocholle
J.-P. Legouix
Henri Piéron
2° Audition, par R. Chocholle, J.-P. Legouix, H. Piéron
In: L'année psychologique. 1959 vol. 59, n°1. pp. 195-206.
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Chocholle R., Legouix J.-P., Piéron Henri. 2° Audition, par R. Chocholle, J.-P. Legouix, H. Piéron. In: L'année psychologique.
1959 vol. 59, n°1. pp. 195-206.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1959_num_59_1_6610PSYCHOPHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 195
d'objets, des disparations, etc.) a une limite qui représente le rayon de
cet espace visuel.
La distance d'accommodation étant fonction de l'éclairement avec
intervention d'une constante p déterminée par l'auteur (p = 5,8 —
0,913 log B), B étant la luminance (Leuchtdichte), il s'ensuit que le
rayon de cet espace visuel (qui serait une demi-sphère quand on est,
une nuit claire, au sommet d'une montagne) subit une variation pério
dique, nycthémérale, dans la vie au grand air, avec un point critique
supérieur pour 10 apostilbs (lux équivalents) : le rayon ne serait que
de 10 m aux très faibles éclairements nocturnes (0,1 apostilb), s'élevant
jusqu'à 50 m au maximum, puis redescendant (30 mal 000 apostilbs,
10 m à 100 000).
Ce serait l'influence de ce rayon de notre espace visuel — distance
limite d'objets à l'infini — qui déterminerait la grandeur apparente du
soleil et de la lune : pour une variation de 10 à 50 m du rayon, les
dimensions (pour 30') varient de 10 à 43 cm ; or, des observations directes
ont donné les valeurs extrêmes, par ciel couvert, de 10 et 49 cm en
comparant les positions au zénith et à l'horizon. Mais alors, il ne s'agit
plus du facteur de luminance, et l'espace ne correspond pas à une
demi-sphère, comportant un aplatissement depuis longtemps signalé.
H. P.
2° Audition
MISRAHY (G. A.), DE JONGE (B. R.), SHINABARGER (E. W.),
ARNOLD (J. E.). — Effects of localised kypoxia on the electro-
physiological activity of cochlea of the guinea pig (Effets de Vhypoxie
locale sur V activité électrique de la cochlée de Cobaye). — J. acoust.
Soc. Amer., 1958, 30, 705-709. — LEGOUIX (J. P.), GERAUD (J.).
— Localisation des sources de potentiels nerveux auditifs recueillis
en diverses régions de la cochlée de Cobaye. — J. de Physiol., 1958,
50, 53-61.
Le premier travail utilise une méthode biochimique destinée à
diminuer localement l'O2 disponible existant dans les tissus. Cette
méthode consiste à injecter avec un micro-injecteur spécial une faible
quantité de glucose oxydase et des substrats. De cette manière, il est
possible de rendre l'organe de Corti hypoxique sans modifier la tension
d'O2 disponible pour les autres structures. Le fait que cette hypoxie
locale ne touche pas le potentiel continu qui existe au niveau de l'endo-
lymphe amène les auteurs à conclure que ce dernier ne dépend pas de
l'organe de Corti, mais plutôt de la stria vascularis.
Cette méthode a été appliquée également pour démontrer la locali
sation des fréquences dans la cochlée. A ce point de vue, elle ne semble
pas apporter davantage de renseignements que ceux déjà obtenus au
moyen d'autres techniques.
Le deuxième travail (Legouix et Géraud) concerne le problème de la
localisation des sources des potentiels d'action auditifs dans la cochlée 196 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
vu sous un angle méthodologique. En effet, il est possible, au moyen de
certaines méthodes purement électriques, de localiser les sources du
potentiel microphonique. En ce qui concerne les potentiels d'action,
il n'existe pas de critère permettant d'attribuer les recueillis
à des fibres particulières et on se contente, en général, d'enregistrer une
activité globale de l'ensemble des fibres auditives. Ce travail représente
une tentative de réaliser des enregistrements sélectifs des diverses fibres.
En plaçant des électrodes en diverses régions de la cochlée, on recueille
des potentiels d'action d'amplitude et de forme diverses.
L'étude de ces potentiels après des destructions étroitement localisées
par galvanocautérisation indique que les électrodes, quelle que soit leur
position, recueillent un mélange de l'activité de l'ensemble des fibres
cochléaires, mais avec une prédominance des fibres les plus proches de
l'électrode.
Par la même méthode, il a été possible de montrer que le potentiel
d'action produit par un clic stimulant la totalité de la cochlée est
constitué par les influx des seules fibres des 1er et 2e tours de spire de la
cochlée qui se groupent en salve. Les influx des autres fibres des régions
plus apicales de la cochlée ne sont jamais observables (sauf par des
enregistrements avec microélectrodes) en raison de leur faible amplitude
qui résulte de leur asynchronisme.
J. P. L.
MISRAHY (G. A.), HILDRETH (K. M.), SHINABARGER (E. W.),
CLARK (L. C), RICE (E. A.). — Endolymphatic oxygen tension
in the COChlea Of the guinea pig (Tension d'oxygène dans I'endo-
lymphe de la cochlée de Cobaye). — J. acoust. Soc. Amer., 1958,
30, 247-250. — MISRAHY (G. A.), (E. W.),
ARNOLD (J. E.). — Changes in cochlear endolymphatic oxygen
availability, action potential and microphonics during and following
asphyxia, and exposure to loud sound (Modification des ressources
d'oxygène, des potentiels d'action et du potentiel microphonique pen
dant et après V asphyxie, Vhypoxie et V exposition à un son très intense) . —
J. acoust. Soc. Amer., 1958, 30, 701-705. — FERNANDEZ (C),
SINGLE (H.), PERLMAN (H.). — Effects of short term hypo
thermia on COChlear responses (Effets de l'hypothermie de brève durée
sur la réponse cochléaire). — - Acta Oto Laryngol., 1958, 49, 190-205.
Les deux premiers travaux décrivent les résultats de l'application d'une
méthode micro-polarographique à la mesure de la tension d'oxygène
dans la cochlée. Ils soulignent l'importance de l'oxygène et donc des pro
cessus métaboliques sur l'amplitude des potentiels électriques cochléaires.
D'autre part, pendant l'application d'un son on constate une aug
mentation de la tension d'O2 endolymphatique et une diminution
de cette tension après la cessation du son (dette d'oxygène). Après
l'asphyxie, on constate également une augmentation de la tension
d'O2, augmentation qui n'existe plus si l'asphyxie a été trop prolongée.
Par comparaison, des effets de l'asphyxie et de l'application de sons très l'SYCHOPIIYSIOLOGIE DES SENSATIONS 197
intenses, les auteurs concluent que les altérations qui résultent des
traumatismes sonores pourraient être rapportés à des modifications
locales de la circulation sanguine.
Le troisième travail analyse avec beaucoup de détails les effets de
l'abaissement thermique sur les potentiels électriques cochléaires et
souligne une fois de plus le rôle des facteurs métaboliques sur ces
potentiels.
J. P. L.
KATSUKI (Y.), WATANABE (T.). — Electric response of auditory
neurons in cat to sound Stimulation (Réponse électrique des neurones
auditifs chez le Chat). — Proceed. Jap. Acad., 1958, 34, 64-69.
Ces recherches ont consisté à enregistrer l'activité des neurones des
divers éléments des voies auditives. Elles ont été effectuées sur des chats
anesthésiés localement, ou seulement très légèrement anesthésiés, afin
d'éviter des effets dépressifs sur les centres. Ces précautions ont permis
de mettre en évidence de nouveaux faits qui semblent être d'une grande
importance.
En premier lieu, la bande de fréquences à laquelle peut répondre un
neurone est d'autant plus étroite que ce neurone est plus haut situé
dans les voies acoustiques. La bande passante la plus étroite se trouvant
au niveau des neurones des genouillés médians. Au niveau du cortex,
au contraire, la bande passante s'élargit. Ce fait, ajouté aux propriétés
particulières des neurones du cortex qui montrent une adaptation rapide,
et sont du type « on » et « off », indique, selon les auteurs, que la zone de
projection primaire se situerait dans les genouillés et non dans le cortex.
D'autre part, l'application d'un deuxième son de fréquence légèr
ement différente de celle du premier stimulus modifie la réponse à ce
premier son, et ceci à tous les niveaux et même au niveau du nerf
cochléaire, ce qui n'avait jamais été vu auparavant. Tout se passe
comme si la bande passante du neurone considéré était rétrécie par
l'application du deuxième son. Les fréquences inhibitrices sont d'ailleurs
dans un rapport déterminé par rapport à la fréquence caractéristique du
neurone, de sorte que la gamme où il n'y a pas d'inhibition est située
autour de cette fréquence caractéristique.
Certains neurones montrent une certaine activité spontanée, qui se
trouve dans la plupart des cas être déprimée par l'application d'un son.
Ce type d'inhibition, déjà entrevu par Galambos, s'observe à tous les
niveaux, sauf au cortex. De plus, dans le cortex, la réponse de certains
neurones était facilitée par l'application d'un deuxième son. La fréquence
du deuxième son facilitateur doit d'ailleurs se trouver dans un certain
rapport défini avec celle du premier son.
Ces résultats semblent être d'une grande importance pour le méca
nisme de l'audition. Cette publication est assez brève, il y aura grand
intérêt à se reporter à un prochain article devant paraître dans le
Journal of Neurophysiot-ogy .
J. P. L. 198 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ROSENZWEIG (M. R.), SUTTON (D.). — Binaural interaction
in lateral lemniscus of Cat (Interaction binaurale dans le lemniscus
latéral du Chat). — J. Neurophysiol., 1958, 21, 17-23. — ERULKAR
(S. D.). — The responses of the inferior colliculus of the Cat to binaural
stimulation (Les réponses du tubercule quadrijumeau inférieur du
Chat à la stimulation binaurale). — J. Physiol., 1957, 138, 35 p.
Le problème des relations entre les deux oreilles, qui conditionnent
l'orientation auditive latérale, est très complexe, les voies afférentes et
les étapes synaptiques étant encore assez mal connues.
D'après leurs recherches de 1937, Kemp et Robinson avaient conclu
qu'il n'y avait pas d'interaction entre les deux réceptions jusqu'à
l'étape des tubercules quadrijumeaux.
Or, Rosenzweig et Sutton ont pu mettre en évidence des interactions
de clicks brefs (0,3 ms) transmis, dans un ordre déterminé, à l'une puis
à l'autre oreille de 8 chats au niveau du lemniscus latéral, au-dessous
des tubercules quadrijumeaux, en enfonçant les électrodes dans le tronc
cérébral après enlèvement du cervelet. La réponse obtenue, avec une
latence de 4,3 ms du sommet, est diminuée pour le second click dans
l'ordre, aussi bien droite-gauche que gauche-droite, lorsque l'intervalle
est inférieur à 5 ms ; la réduction d'amplitude, atteignant 60 % à 0,3 ms
d'intervalle, n'est plus que de 40 % à 1 ms.
Mais l'interaction, manifestée avec des macroélectrodes, n'est pas
analysée. En employant des microélectrodes dans le tubercule quadri
jumeau, Erulkar a mis en évidence des unités répondant à des stimuli dans
l'une ou l'autre oreille (36 sur 80 explorées, soit près de 50 %), tandis
que d'autres ne répondent qu'à l'oreille contralatérale (33 sur 80) et
quelques-unes (11 sur 80) seulement à l'oreille du même côté.
H. P.
KWIEK (M.). — (1) Recherches sur la relation entre l'intensité et
l'audibilité du son sinusoïdal (avec résumé en français portant ce
titre). — Pozn. Towarz. Przyjac. Nauk, Prace Kom. Mat-Przyr.,
1950, 6, 133-150. — (2) Sur la réduction des spectres acoustiques
(en français). — Bull. Soc. Amis des Sciences Poznan, 1951, 11,
116-124. — (3) Recherches sur la sensibilité de l'ouïe à l'égard
de l'intensité du ton sinusoïdal par la méthode différentielle (avec
résumé en français portant ce titre). — Pozn. Towarz. Przyjac.
Nauk, Prace Kom. Mat-Przyr., 6, 329-352.
Dans les numéros précédents de L'Année Psychologique, nous nous
sommes intéressés aux reprises des recherches sur les échelles de sonie
(Stevens, Dadson et Robinson, en particulier).
Quelques années plus tôt, des recherches furent entreprises également
par Kwiek sur le même sujet, mais elles semblent avoir été ignorées
jusqu'à présent. Nous pensons donc utile d'en donner un aperçu.
Comme on le sait, les déterminations utilisées jusqu'à présent par les
divers auteurs peuvent se répartir en 3 catégories : PSYCHOPHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 199
1) Détermination de rapports sensoriels : détermination d'intensités
paraissant doubles ou moitié, recherche de relations dans les cas où on
admet, a priori, qu'il y a réellement doublement d'intensité sensorielle,
appréciation de rapports sensoriels en présence d'intensités fixées,
représentation de l'intensité par des nombres, etc.
2) Détermination d'intervalles égaux : fractionnement d'un intervalle
d'intensité en intervalles identiques, détermination d'intervalles iden
tiques à diverses intensités, etc.
3)des échelons différentiels d'intensité à partir des
seuils différentiels d'intensité.
Les résultats obtenus à l'intérieur de chacun de ces groupes de
déterminations par divers auteurs peuvent être rapprochés les uns des
autres (bien que les différences soient importantes dans les déterminat
ions du premier groupe) ; mais les résultats diffèrent notablement d'un
groupe de déterminations à l'autre.
On a été amené à admettre que l'échelle des échelons différentiels
n'est pas identique à l'échelle de sonie, pour l'audition tout au moins :
s'il y avait concordance, en effet, on ne comprendrait pas pourquoi,
par exemple, une différence identique de sonie à partir d'un niveau
isosonique identique, mais à deux fréquences suffisamment différentes,
ne correspond pas à un même nombre d'échelons différentiels.
Par contre, les déterminations de rapports sensoriels ou d'intervalles
égaux devraient amener à une même échelle ; or, les divergences entre
les deux séries d'échelles obtenues par divers auteurs sont souvent
importantes (v. à ce sujet, par exemple, les travaux de Stevens d'un
côté et de Garner de l'autre).
La question est de savoir d'où viennent ces divergences, et quelle est
la véritable échelle sensorielle.
Kwiek, dans le premier travail, a entrepris une étude sur l'échelle de
sonie en cherchant à déterminer des intervalles égaux. Il a fait toutes
ses mesures à 1 000 Hz ; il faisait rechercher par le sujet des intervalles
égaux d'intensité le long de toute la marge audible d'intensité.
Il faisait entendre aux sujets un son de 1 000 Hz à un certain
niveau (niveau 1), puis un 2e plus intense (niveau 2), puis un 3e ; on
cherchait alors à ajuster l'intensité de ce 3e son jusqu'à ce que le sujet
juge que le « saut » d'intensité entre 2 et 3 est équivalent à celui existant
entre 1 et 2 ; puis, partant de la sensation du « saut » entre 2 et 3, on
recherchait un « saut » équivalent entre 3 et un 4e niveau ; l'intervalle
entre 3 et 4 était ainsi à l'intervalle entre 2 et 3 et donc aussi
à l'intervalle entre 1 et 2 ; les échelons de l'atténuateur étaient de 2 dB.
En procédant ainsi de proche en proche, Kwiek pouvait déterminer ainsi
des intervalles égaux entre un niveau voisin du seuil de sensation et un
niveau voisin (à 15 dB) du seuil de sensation intolérable.
En posant arbitrairement qu'il y a 120 échelons égaux de sensation
de 0 à 120 dB, Kwiek a pu ramener les courbes de tous ses sujets à une
même échelle et comparer entre elles les de divers sujets. Chacun de 200 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ces échelons représente une unité que Kwiek appela « Kalandyk », du nom
d'un professeur de l'Université de Poznan, assassiné par les nazis en 1939,
chez qui ces travaux furent commencés. Kwiek a extrapolé les courbes aux
valeurs inférieures et supérieures aux limites utilisées dans ces mesures.
L'auteur a utilisé divers sujets, les uns normaux, les autres patho
logiques. On trouve des différences nettes entre chaque sujet ; les
sujets pathologiques en particulier diffèrent nettement des sujets nor
maux, surtout s'il y a recrutement : dans ce dernier cas, l'accroissement
de la sonie avec l'intensité est extrêmement rapide.
/
an
1 /
60
I
-
20
-
n
un de l'intensité sujet Fig. 1. normal. — en Variations décibels prise de la par sonie rapport évaluée 80 à 2.10-4 en 100 « Kalandyks 120 barye 1V0 à 1 », 000 en Hz fonction pour
L'auteur a tracé une courbe moyenne à partir des résultats obtenus
sur des sujets normaux (flg. 1). Ces courbes sont très différentes de celles
obtenues par tous les autres auteurs, et, en particulier, de celles qui
reposent sur des déterminations de rapports. Ces courbes paraissent
satisfaire notre esprit et représenter une véritable échelle sensorielle du
fait que : 1) L'accroissement d'intensité de la sensation est lent aux
faibles niveaux ; 2) II a sa plus grande valeur aux intensités moyennes ;
3) II se met à décroître de nouveau aux intensités élevées ; 4) II ne
conduit pas à concevoir un trop grand nombre d'échelons sensoriels,
même en admettant que l'unité sensorielle est plus faible que l'échelon
adopté par Kwiek : on trouve en effet, d'après la courbe moyenne de
Kwiek, 3 « Kalandyks » environ à 20 dB et 1 « Kalandyk» environ à 10 dB,
et il ne peut donc y avoir plus de 360 à 480 échelons sensoriels de 0 à
120 dB, ce qui satisfait notre esprit, à l'inverse des milliers, voire des
centaines de milliers d'échelons proposés jusqu'à présent.
Dans le deuxième travail, Kwiek a montré d'une façon théorique
quels profits on peut tirer de cette courbe de sensation pour juger du
timbre de sons complexes.
Dans le troisième travail, Kwiek a abordé le problème des échelons
différentiels d'intensité. L'auteur montre d'abord qu'on doit mathémati- PSYCHOPHYSIOLOGIE DES SENSATIONS 201
quement aboutir à des échelles différentes en intégrant les seuils diffé
rentiels pris en accroissement ou, au contraire, en diminution d'intensité.
Aussi, l'auteur a-t-il étudié séparément les seuils différentiels aux accroi
ssements et aux décroissances d'intensité. Toutes les mesures ont été
faites à 1 000 Hz. Les stimuli de chaque paire avaient une durée déter
minée de quelques secondes (les deuxièmes stimuli de chaque paire
étaient plus courts que les premiers) et, ils étaient, séparés par un inter-
120
IOO
o
Fig. 2. — Comparaison chez un des sujets entre la variation de la sonie
évaluée en « Kalandyks » (courbe en pointillés) et la des échelons
différentiels croissants (courbe épaisse) et décroissants (courbe fine) à 1 000 Hz ;
l'intensité est donnée en dB par rapport à 2.10~ 4 barye.
valle de quelques secondes (il y a donc certainement « erreur de présen
tation temporelle », « time error » de la part des sujets du 2e stimulus
sur le premier, du fait de la réduction progressive du souvenir du
1er stimulus au cours de l'intervalle vide).
Kwiek a intégré les seuils différentiels et amené les échelles de chaque
sujet à se superposer aux échelles de sonie obtenues dans le travail
précédent, en admettant qu'il y a 120 échelons de 0 à 120 dB. Les
résultats montrent que non seulement les échelles de sonie et d'échelons
différentiels ne sont pas les mêmes selon que l'on a procédé par des
accroissements successifs ou des décroissances successives (v. fig. 2 pour
un sujet). Les échelles moyennes diffèrent selon que l'on a affaire à des
sujets normaux ou anormaux, des hommes ou des femmes.
Ainsi, l'échelle de sonie obtenue par Kwiek dans son premier travail
diffère à la fois d'une échelle des échelons différentiels et des échelles
obtenues dans les déterminations de rapports. Par contre, la courbe
moyenne de sonie obtenue par Kwiek se rapprocherait, d'après l'auteur,
de celle obtenue par Garner, au moins dans sa partie moyenne. 202 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Kwiek (d'après des communications personnelles, et d'après des
communications de ses collaborateurs) a pu arriver à superposer les
échelles de sonie obtenues par les autres auteurs (quelle que soit la
méthode utilisée) à sa propre courbe de sonie en faisant subir une
certaine transformation à chacune de ces échelles : il suffit, en effet, de
retracer ces courbes en remplaçant le rapport prescrit aux sujets par un
autre rapport de sonie, et de les ramener dans le cadre des graphiques
de l'auteur en admettant qu'il y a 120 échelons de 0 à 120 dB ; ainsi,
si les sujets devaient juger deux intensités telles qu'elles soient dans un
rapport de 1 à 2 par exemple, il est possible de faire coïncider les courbes
avec celle de l'auteur en prenant comme rapport pour la construction
du graphique non pas 1 à 2, mais 1 à K : tout se passerait comme si le
sujet s'était attaché non pas au rapport de 1 à 2, comme il lui était
demandé, mais à un rapport de 1 à K ; ce rapport de 1 à K varie suivant les
résultats des divers auteurs ; dans la plupart des cas cependant, il se trouve
entre 1,30 et 1,50 (dans le jugement de sonies dans le rapport de 1 à 2)
Kwiek rejoint donc l'idée de Garner que les différences entre les résultat
des déterminations par rapports et des déterminations par intervalles
proviennent d'erreurs des sujets dans la reconnaissance des rapports
les sujets feraient une erreur, et cette erreur serait systématique et
constante le long de toute la marge audible. Par contre, la détermination
d'intervalles égaux permettrait d'arriver à une échelle correcte de sonie.
Il est bien évident que les erreurs de la part des sujets doivent
être considérables dans la détermination des rapports ; et toutes les
explications proposées jusqu'à présent (différences de méthodes utilisées
par les différents auteurs, de conduite de mesures, de consignes, de
sujets, etc.) ne Semblent pas suffisantes pour rendre compte de toutes
les différences extraordinaires constatées entre les résultats des divers
auteurs. Mais doit-on admettre l'existence d'une erreur systématique
constante, évaluable sous forme d'un rapport ? Ne serait-ce pas plutôt
que notre échelle sensorielle est une échelle d'intervalles égaux plus
qu'une échelle de rapports ? Ne serait-ce pas plutôt qu'en l'absence de
bases véritables de rapport, nous sommes incapables d'en juger ?
Les sujets n'essaieraient-ils pas, d'après la consigne donnée et quelques
vagues critères et connaissances antérieures, d'imaginer une échelle et
d'y fixer les sons donnés par rapport à quelques repères ? Il semble
d'ailleurs bien difficile d'admettre l'existence d'une erreur systématique
constante le long de toute la marge audible ; cette doit varier
suivant le contexte, et en particulier suivant l'intensité du son. On le
voit bien d'ailleurs dans les superpositions des échelles de sonie de divers
auteurs et de celles de Kwiek : s'il y a le plus souvent bonne concordance
dans une partie plus ou moins étendue des fréquences moyennes, par
contre, la concordance ne se maintient pas aux faibles et aux forts
niveaux d'intensité ; ces différences ne sont pas des erreurs expériment
ales fortuites : il y aurait bien plutôt des différences systématiques pro
gressivement variables, le long de toute la marge des intensités audibles. DES SENSATIONS 203 PSYCHOPHYSIOLOGIE
Le jugement d'intervalles égaux est bien plus facile à comprendre par
les sujets, parce que l'appréciation d'égalité ou de différence repose sur
une base plus sûre, elle est possible, car couramment effectuée dans la
vie de tous les jours, et les consignes sont faciles à comprendre. En
particulier, la méthode utilisée par Kwiek apparaît comme la meilleure,
au moins dans son principe. De plus, elle doit entraîner le moins d'erreurs
possible de la part des sujets. Les erreurs ne sont pas toutes supprimées
pour autant, et une évaluation en serait nécessaire : ainsi, par exemple,
le jugement d'un intervalle par rapport à l'intervalle précédemment
déterminé et non pas par rapport à un intervalle étalon fixé une fois
pour toutes doit entraîner une accumulation des erreurs, chaque erreur
s'ajoutant aux erreurs commises dans les intervalles déterminés préc
édemment et se répercutant sur tous les jugés postérieurement
(par contre, la comparaison avec un intervalle constant entraînerait
un autre type d'erreurs par contraste trop grand entre les intensités
limites des intervalles, quand celles-ci seraient trop différentes). De
même, il faudrait envisager les répercussions de la consigne sur les
jugements des sujets : le jugement peut varier suivant qu'on demande
de s'appesantir sur les accroissements d'intensité, les « sauts d'intensité »
ou, au contraire, les différences ; dans les premiers cas, on tend incon
sciemment à faire appel à une notion de rapport, tandis que, dans le
dernier cas, on fait nettement à une différence ; et demander de
juger de sauts égaux ne peut-il amener quelques sujets à chercher ce qui
peut exister objectivement, en dehors de leur propre sensation qu'ils
imaginent comme subjective ? Jusqu'à quel point, par exemple, les résul
tats des déterminations de Kwiek ne sont-ils pas parfois des compromis
de la part des sujets entre plusieurs possibilités, d'autant que les échelons
différentiels pourraient servir de base aux jugements dans ce type de
mesures ?
R. Gho.
BÉKÉSY (G. v.). — Funneling in the nervous system and its role in
loudness and sensation intensity on the skin (Le cheminement dans
le système nerveux et son rôle dans la sonie et dans la sensation d'intens
ité sur la peau). — J. acoust. Soc. Amer., 1958, 30, 399-412.
Békésy a essayé dans ce travail de montrer que les intégrations et les
inhibitions successives jouent un rôle important dans notre sensation.
Békésy excite par exemple la peau au moyen de vibrateurs de
différentes formes et de différentes surfaces. S'il utilise un vibrateur
constitué par deux pointes par exemple, la sensation croît plus vite
avec l'intensité, auprès du seuil, que s'il utilise un vibrateur de grande
surface ; il existe d'ailleurs une limite : il n'y a plus de différences d'un
système sur l'autre quand la distance entre les pointes est de 4 cm.
D'autre part, le seuil absolu est plus faible, et le seuil différentiel plus
ample, si la distance est de 4 cm entre les pointes, que si cette distance
est plus petite ou, au contraire, plus grande. Il y a donc sommation, mais

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